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Le drapeau lorrain
Notes renumérotées


Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain
1872

LE DRAPEAU LORRAIN.

Le sujet, bien futile, que je vais traiter, a fait l'objet d'une dissertation, publiée en 1866, et qui est certainement oubliée depuis longtemps, de même que les circonstances dans lesquelles elle vit le jour (1). - Tant de choses, et des choses si tristes sont arrivées depuis !
- Si je la réimprime aujourd'hui, c'est qu'il m'est permis de la rectifier et de la compléter dans sa partie la moins dépourvue d'intérêt.

Quel était le drapeau lorrain ? La réponse a cette question, qui parait très-simple au premier abord, est plus difficile à faire qu'on ne suppose : pour les temps anciens, les documents font presque absolument défaut, et on en est réduit à de pures conjectures.
Dom Calmet dit (2) d'après le P. Benoit Picart (3), que « lorsqu'un duc de Lorraine faisoit ses reprises auprès de l'empereur pour les fiefs qu'il tenoit de l'Empire, il devoit être suivi de son maréchal, de deux comtes, de deux chevaliers et d'un grand nombre de gentilshommes et de pages, tous armés et richements vêtus. Le maréchal portoit la GRANDE BANNIERE DU DUCHÉ, qui devoit être de couleur rouge, houppée et frangée de même. Ceux qui l'accompagnoient portoient des banderoles de même couleur... »
Ainsi, sous Gerard d'Alsace et nos premiers ducs héréditaires, la grande bannière de Lorraine devait être simplement d'étoffe rouge, sans aucun ornement.

Le duc Mathieu 1er (1139-1176) ayant obtenu, dit-on (4), de l'empereur Fréderic-Barberousse, la permission de porter un aigle dans ses armes, il est possible qu'il l'ait fait représenter sur la bannière du duché, laquelle aurait ainsi ressemblé a celle de l'Empire.

II est probable aussi que Ferry (1205-1206), qui commença à prendre les trois alérions (5), les fit empreindre sur la bannière ducale. Ce qui est certain, c'est qu'un sceau de ce prince nous le montre, à cheval, tenant un petit drapeau, ou plutôt un simple panonceau, coupé par une bande chargée de trois alérions. Ferry II, Ferry III et Ferry IV (1206-1329) sont représentés de la même manière (6).
Les sceaux n'indiquent pas la couleur de ce drapeau, ni celle des emblèmes qui y sont figurés; mais, comme on sait que les armes simples de Lorraine étaient d'or, à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent, et que le drapeau en question porte ces armes, il est peut-être permis d'en conclure qu'à partir de Ferry Ier, la bannière ducale fut jaune, à la bande rouge ornée de trois alérions ou petits aigles d'argent.
Jusqu'à quelle époque nos ducs conservèrent-ils cette seconde bannière, si tant il est vrai qu'ils l'aient mais porté ? c'est ce qu'on ignore. Dom Calmet dit (7) : « Les anciens, je veux dire ceux qui ont vécu depuis Ferry de Bitche, portèrent les trois alérions dans leurs enseignes et sur leurs écus. Depuis René d'Anjou, ils ont souvent porté la croix de Jérusalem à double croison, que nous nommons la croix de Lorraine. René II portait clans sa principale bannière l'image de l'Annonciation de la Vierge, et dans la bannière qui suivoit après, l'image de saint Nicolas... »
Un peu plus loin (8), le même auteur ajoute, en parlant de la croix de Lorraine, « qui se voit pour la première fois sur les monnaies du roy René », que « René II la fit mettre en or sur ses drapeaux pendant la guerre qu'il eut contre le duc de Bourgogne ».

C'est à propos des bannières et drapeaux adoptés par René II, que j'ai à faire plusieurs additions et rectifications à ma dissertation de 1866. Je suis obligé d'entrer dans quelques détails, et de rappeler les divers documents qui se rattachent à ce sujet.
Le premier, par ordre de date, est « La vraye Déclaration du fait et conduite de la bataille de Nancy, où le Roy René fut victorieux contre Charles Duc de Bourgongne, en 1476, dressé par Chrétien, secrétaire dudit Seigneur, et, de son ordonnance, donnée à maitre Pierre de Blaru ...... qui a composé le livre appelé les Nanceydes (9). Or, voici comment le duc s'y exprime, par la plume de son secrétaire, qui avait lui-même pris part à la bataille :
« ... Le guidon de ladicte avant-garde estoit ung bras armé, issant d'une nuée, tenant une espée nuë, avec la devise de mes Prédécesseurs, qui est, UNE pour TOUTES.
« En la bataille estoient les autres piétons.... Messire Jean de Baudre portoit l'estendard en ceste bataille, auquel estendart estoit l'Anunciate peincte.
« ... Et estois en la bataille habillé de gris-blanc (10) et rouge, ... et avoye sur mon harnois une robbe de drap d'or à une manche de drap desdictes couleurs de gris, blanc et rouge, et une barde aussi couverte de drap d'or, et sur lesdictes robbe et barde trois doubles croix blanches. »
L'auteur de la Nancéïde, parfaitement renseigné par les notes que lui avait remises le secrétaire de René II, s'exprime ainsi :
Multo autem plures quam supra diximus : ad se
Vexillum primi contraxerat agminis, in quo
Pictus et armatus pendensque ex nube lacertus
Ense minax nudo : palmam spondebat ab astris.
Inscriptumque aliquid verbis hic talibus OMNES
VNAM PROPTER. erat, quod verbum gente domoqoe
In Vademontana multis celebratur ab aunis.

« Nombre d'autres guerriers, que nous n'avons pas nommés, étaient rangés autour de l'étendard de l'avant-garde, sur lequel était peint un bras armé, sortant d'une nuée et tenant une épée nue ; il semblait promettre la victoire au nom du ciel. La devise était : UNE POUR TOUTES, paroles que la maison de Vaudémont avait rendues célèbres depuis bien des années (11) . »
Et plus loin :
His instructa viris scies postprima : potentes
Obtinuit nervos, vexille ornata beato.
Hoc nam picta aderat virguncula : nuncius ad quam
Aliger inquit ave, dia legatus ab aula.
Hec virgo est ob quarn (cunctas) dilexerat unam
Ipse Comes Vademontis. Ab hoc hune crede (lothringam
Qui rem Marie regit nunc) descendisse Renatum.

« Le corps de bataille formé par ces héros était d'une force irrésistible; sur son étendard était peinte une Vierge qui reçoit la salutation du messager divin, C'est par amour pour celle Vierge sainte que le comte de Vaudémont honorait toutes les vierges. René descendait de ce prince (12). »
La Chronique de Lorraine, très-vraisemblablement composée par Chrétien de Châtenoy, secrétaire de René II, témoin de ce qu'il raconte, se borne à dire : « Li duc son estendard en la main le prind, aquel l'Annonciade estoit. Lequel le mit en la main messire Jehan de Baude ... , lequel le porta honorablement par toute la ville (de Saint-Nicolas) (13) ».

Tels sont, avec un autre que je citerai plus loin, les trois documents authentiques et vraiment dignes de foi en ce qui concerne la bataille de Nancy. On va voir comment ces documents ont été paraphrasés par les historiens qui sont venus dans la suite.
Le plus ancien est Je fumeux procureur général Nicolas Remy, lequel fit imprimer à Pont-à-Mousson, pour la première fois en 1605, un petit volume, non sans mérite, et qui est fort recherché des amateurs : je veux parler du Discovrs des choses advenves en Lorraine, depuis le decez du duc Nicolas iusques à celuy du duc René... L'auteur, ne disant rien des matériaux qu'il avait pu consulter, s'exprime ainsi en parlant de la bataille de Nancy:
« Le Guidon estoit porté par le Sieur de Dompjulien, et estoit de damas blanc, frangé, et houppé de mesme, peinct d'un bras armé d'or, yssant d'une nuée, avec vn rouleau, ou estaient escrits ces mots vne pour toutes, et aupres du fer trois limbes aux couleurs du general, qu'estoient incarnat, blanc et gris.
« La Banniere Royale de Damas blanc, parée de grandes frises d'or, frangée, et houppée de mesme, ou estoit paincte l'image de l'Annonciade, avec vn rouleau contenant ces mots, Aue gratia plena, Et auprès du fer, trois limbes aux couleurs que dessus ...
« La Cornette estoit de Damas iaulne, frangée de mesme ...
« Le Panon de Velour iaulne, à bande de Satin cramoisy, munie de trois Allerions, de riche broderie d'argent, frangé d'or [,] de geule, et d'argent... »
Dom Calmet, empruntant une partie de la description donnée par l'auteur du Discovrs, dit (14), en rapportant l'ordonnance de bataille du duc René: ... « La bannière ducale (du premier corps d'armée) étoit portée par messire de Dom-Julien. Cette bannière étoit de damas blanc, frangé et houppé de même, où étoit représenté un bras armé, d'or, sortant d'une nuée, et tenant une épée, avec un rouler, où étoit écrite la devise du duc René: Une pour toutes. Auprès du fer de la bannière on voyoit trois limbes ou bandes de ses couleurs, qui étoient l'incarnat, le blanc et le gris. »
La principale bannière du second corps, où se trouvait le duc, « étoit de damas blanc, à franges et houppes d'or, et représentoit l'Annonciation de la Vierge. »
Dans un autre endroit de son ouvrage, que j'ai cité en commençant, Dom Calmet s'exprime de la manière suivante:
« On a déjà vu que René II portoit le rouge, le blanc et le gris, et l'on assure que, dans sa fameuse bataille contre le duc de Bourgogne devant Nancy (15), il portoit dans sa principale bannière, qui étoit de damas blanc, l'image de l'Annonciation de la Vierge, ayant auprès du fer trois limbes de ses couleurs, qui étoient incarnat blanc et gris.
« Sa cornette étoit de damas jaune, frangée de même, et son pannon était de velours jaune, à la bande de satin cramoisi ... »
Et plus loin (16) :
« René II portoit dans sa principale bannière l'image de l' Annonciation de la Vierge, et dans la bannière qui suivoit après, l'image de S. Nicolas. Il avait une dévotion particulière à Notre-Dame de Bonne nouvelle, ou de l'Annonciation, persuadé que c'étoit par son intercession qu'il avait remporté la victoire sur le Duc de Bourgogne (17). »
M. Huguemin, dans son Histoire de la guerre de lorraine et du siége de Nancy (18), a singulièrement amplifié les descriptions fournies par les écrivains qui l'avaient précédé:
« Le sieur de Dom-Julien, dit-Il, portait le guidon, qui était de damas blanc, frangé et houppé de même; dans le milieu, un bras d'or armé et tenant une épée, sortait d'un nuage : au-dessus on lisait ces mots : Une pour toutes, qui étaient la devise de Vaudémont : du fer de la lance tombaient trois limbes ou rubans, aux trois couleurs du duc René...
« Jean de Baude portail la bannière ducale, qui était de damas blanc, ornée de grandes frises d'or avec des franges et des houppes également d'or : au milieu, on voyait peinte l'annonciation de la vierge Marie, avec ces mots: Ave, gratiâ plena. Du Ier, tombaient trois limbes aux trois couleurs du prince.
« La cornette, de damas jaune et frangée de même, était portée par Henry, comte de Salm, Jacques de Salm tenait le pannon, qui était de velours jaune, frangé de rouge et d'argent: il était traversé d'une bande de satin cramoisi, sur laquelle brillaient trois alérions d'argent. »

Si l'on se reporte aux passages de La vraye Déclaration, de la Nancéïde et de la Chronique de Lorraine, cirés plus haut, on verra que tous les historiens se sont plus ou moins éloignés des textes primitifs, fournis par des contemporains ou des témoins de la bataille de Nancy. Ceux-ci ne parlent, en effet, que du guidon, avec le bras armé, et du grand étendard, sur lequel était représentée l'Annonciation. Quant aux couleurs, ils n'en disent rien. L'authenticité de ces documents, qui ont presque un caractère officiel, ne saurait pourtant être mise en doute.
Il en existe un autre, auquel on peut sans crainte attribuer un semblable caractère, et qui les complète, en donnant la représentation même des drapeaux sous lesquels marcha l'armée lorraine pour aller combattre le duc de Bourgogne.
Ce document, c'est le manuscrit, très-vraisemblablement original, et par conséquent infiniment précieux, de l'oeuvre de Pierre de Blarru, donné au Musée lorrain par M. le baron de Landres. Ce qui en rehausse encore la valeur, se sont les deux charmantes et fort curieuses miniatures qui l'accompagnent. Elles représentent, l'une, René Il, monté sur la jument la Dame, qui le portait à Morat, et revêtu du costume qu'il a cru devoir décrire dans La vraye Déclaration ; l'autre, la bataille de Nancy. Au-dessus des hommes d'armes, pressés les uns

contre les autres, et au milieu desquels le duc se fait distinguer, on voit trois drapeaux, bien différents de forme et de couleur. Le premier est une oriflamme rouge, bordée d'un filet d'or, à deux flammes pendantes. Au milieu sont peints la Sainte-Vierge et l'ange Gabriel, entre lesquels on lit, en lettres d'or, les mots : Ave Maria (19).
Le second drapeau, le guidon de l'avant-garde, est bleu de ciel, moucheté d'argent pour figurer le nuage d'où sort le bras armé, d'argent (20) comme l'épée nue qu'il porte; en haut est écrit : toutes, et en bas: povr une; ces mots sont séparés du nuage par un filet d'argent (21).
Il y a encore un troisième drapeau, petite oriflamme à deux flammes flottantes, de la même couleur que le guidon; au milieu sont les armes de Jérusalem : la croix potencée d'or, à quatre croisettes de même (22).
Telles sont les bannières ou drapeaux que représente la précieuse miniature jointe au manuscrit de la Nancéïde, et telles certainement devaient être celles de l'armée lorraine. L'artiste auquel sont dues ces intéressantes peintures, ne les a pas faites d'imagination; elles sont aussi authentiques que le récit même de Pierre de Blarru, li y a donc lieu, ce me semble, de rejeter, comme purement imaginaires, les descriptions données par Nicolas Remy et par les écrivains qui les ont copiées ou amplifiées.
L'image de l‘Annonciation continua à figurer pendant longtemps sur la grande bannière du duché, mais celle-ci changea de couleur. C'est ce qu'il est permis de constater par le texte et les planches de la Pompe funèbre de Charles III (1609). Sur le frontispice de ces dernières sont représentés divers épisodes de notre histoire, notamment la bataille de Nancy, celle de Saverne, sous le duc Antoine, et les sièges de Bitche, Jametz et Marsal par les troupes de Charles Ill. On voit dans ces cartouches, au milieu des bataillons, des guidons ou petits drapeaux ornés, les uns de la croix de Lorraine, les autres de la croix de Jérusalem (23). Deux enfants, debout de chaque côté des trois premiers cartouches, tiennent à la main des espèces de bannières au centre desquelles sont dessinées les armes pleines de Lorraine, surmontées de la couronne ducale (24).
A la planche VI se voient représentés : 1° (n° 39) la « bannière de Lorraine », avec la bande aux trois alérions ; 2° (n° 78) le « panon armoyé aux armes royales et ducales », c'est-à-dire aux armes pleines de Lorraine; 3° (n° 79) « Je grand estendard des païs »; celui-ci a la forme d'un drapeau; au milieu est une image de l'Annonciation, mais figurée d'une autre manière que sur la miniature de la Nancéïde; le fond de l'étendard est semé de doubles C, d'alérions, de barbeaux, de croix de Lorraine et de Jérusalem. Enfin, sous le n° 80, est figurée « la cornette jaune », sans emblèmes.
On retrouve, à la planche VII, plus distincts qu'à la précédente, les mêmes bannières et drapeaux.
A la planche 38, représentant « l'effigie de feue Son Altesse couchée sur son lit d'honneur », on voit, à droite du lit, le grand étendard; à gauche, la cornette, et, derrière la tète le pennon, lesquels sont ainsi décrits dans le Discovrs des ceremonies honneurs et pompe funebre faits à l'enterrement du Tres-Hault... Prince Charles 3, ... : « Le panon, armoyé des armes royales et ducales » (armes pleines de Lorraine) ; « le GRANT ESTEN DART DES PAÏS, qu'est de damas jaune, frangé d'or, d'argent et de soye, au milieu, duquel est l'ANNUNCIADE peinte, et le reste semé de croix de Hiérusalem et de Lorraine, de doubles C d'. r, d'alérions d'argent et de doubles barbeaux adossés d'or - la cornette jaune. »

Deux tableaux fort curieux, conservés au château de Châtillon, près de Cirey, appartenant à M. le baron de Klopstein, fournissent des indications sur la disposition des drapeaux lorrains au XVIIe siècle. L'un de ces tableaux représente le « Siège sanglant de Blâmont » par les troupes suédoises, en 1636 ; l'autre, la « Sortie triomphamte de la forteresse de Mandres-aux-Quatre-Tours », en 1655; faits d'armes infiniment glorieux pour deux gentilshommes lorrains: Jean-Mathias Klopstein, que les vainqueurs firent pendre à la porte du château de Blâmont, qu'il avait héroïquement défendu ; et François-Louis de Mauljean, colonel de cavalerie pour le service de Charles IV, lequel, après avoir, avec dix-sept hommes d'armes, arrêté une armée de six mille hommes sous les murs de la forteresse de Mandres, en sortit avec les honneurs de la guerre.
Dans l'un et l'autre de ces tableaux les soldats lorrains sont représentés avec des uniformes aux couleurs jaune et rouge; leur étendard est fond jaune, avec une grande croix rouge; au point de jonction des bras de celle croix se trouve l'écusson (ovale) de Lorraine: d'or, à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent, surmonté de la couronne ducale; à chacun des quatre angles du drapeau on voit une croix à double croisillon; la hampe est ornée d'une houppe jaune, frangée de même.
Sous Charles III, comme on l'a vu plus haut, et sous Charles lV, comme l'indiquent les tableaux du château de Châtillon, le jaune était donc la couleur du drapeau lorrain.

Léopold, qui fit d'abord porter le vert à sa maison, donna cette couleur à l'étendard national : c'est, du moins, ce que l'on peut conclure de la relation de la pompe funèbre de Charles V, le 19 avril 1700 (25) : « A la droite du corps, y est-il dit, étoit M. de Raigecourt, grand veneur, portant l'étendard de Lorraine, d'un taffetas VERT avec une grande croix de satin rouge au milieu, et tout le reste parsemé de croix de Jérusalem el de Lorraine, en broderie d'or. A la gauche, M. de Mitry, grand écuyer, avec la cornette jaune; après le corps, M. d'Haussonville, grand maître de l'artillerie, portoit le panonceau aux armes pleines de Lorraine ».
La Relation de la pompe funèbre faite à Nancy, le 7e jour de juin 1729 ... aux obsèques de Léopold, nous apprend que le grand étendard avait changé de couleur : « M. le comte de Curel, conseiller d'Etat, grand louvetier, portoit la cornette jaune, M. le marquis de Choiseul de Stainville, conseiller d'Etat, envoyé extraordinaire en cour de France et grand veneur de S. A. R., portoit le grand étendard de Lorraine, de taffetas CRAMOISY, traversé d'une croix de satin jaune, semé de croix de Lorraine et de Jérusalem, brodées d'or. M. le comte du Hautoy, conseiller d'Etat, grand sénéchal de Lorraine, portoit le grand panonceau, aux armes pleines de Lorraine. »

D'après ce qui précède, il est permis d'affirmer que le drapeau lorrain, celui que les anciens auteurs appellent la grande bannière du duché, et qui devint ensuite le grand étendard des pays, a varié plusieurs fois de couleurs et d'emblèmes.
Elle fut d'abord rouge, frangée et houppée de même, sans ornements; peut-être y fit-on représenter ensuite un aigle, puis après les trois alérions ?
Sous René II, celle grande bannière est encore rouge, mais ornée de l'image de l'Annonciation.
Sous Charles III et son successeur, le « grand étendard des pays » est de damas jaune, avec la figure de l'Annonciation ; il est, de plus, semé de croix de Jérusalem et de Lorraine, d'alérions, de barbeaux et du chiffre du souverain.
Sous Léopold, le grand étendard est d'abord vert, coupé par une croix rouge, puis rouge, coupé par une croix jaune, mais toujours parsemé de croix de Lorraine et de Jérusalem.
Quant aux drapeaux secondaires, si je puis m'exprimer ainsi, il y en a un qu'on ne retrouve plus au XVIIe siècle ni au XVIIIe : c'est le guidon de René Il, avec sa devise et le bras armé sortant d'un nuage. La bannière de Lorraine, avec la bande aux trois alérions, représentée à la planche VI (n° 39) de la Pompe funèbre, disparaît également sous Léopold. Il est à remarquer qu'elle ne figure pas non plus à la bataille de Nancy.
De tous les drapeaux lorrains c'est le seul que l'on connaisse aujourd'hui, ou du moins le seul dont on fasse usage ; il est pourtant difficile de dire que ce soit véritablement le drapeau national ; s'il le fut jamais, c'est antérieurement à René II. Peut-être s'en sert-on de nos jours uniquement parce qu'il est d'une exécution très-simple, tandis que l'on aurait beaucoup de peine à reproduire l'étendard qui conduisit nos pères à la victoire sous les murs de Nancy.

HENRI LEPAGE.

(1) Je veux parler des fêtes qui eurent lien pour l'anniversaire séculaire de la réunion à la France de la Lorraine et du Barrois.
(2) Histoire de Lorraine, t. Ill, 1re id., prelim., col. xxxvii, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, etc.
(3) L'origine la très-illustre maison de Lorraine, p. 126.
(4) Voy. Digot, Histoire de Lorraine, t. I, p. 331.
(5) Voy. Dom Calmet, ibid., col. xxxii.
(6) Voy. ibid., I. II, prelim., pl. 2, fig. VIII, X, XIIl, et pl. 3, fig. XVI.
(7) Tome III, prélim., col. xxx.ix.
(8) Ibid., col. xi.
(9) Voy. Histoire de Lorraine, l. III, pr., col. cxxiv.
(10) Il faut lire : gris, blanc et rouge, comme un peu plus loin.
(11) Traduction de M. Schutz, t. II, p. 196.
(12) Ibid., p. 206.
(13) Voy. la Chronique de Lorraine, dans le Recueil de documents, 1860, p. 289, el Dom Calmet, t. Ill, pr., col. civ.
(14) Voy. Histoire de Lorraine, t, Il, col. 1067.
(15) Ici Dom Calmet renvoie aux preuves du même volume, col. cxxiv, où se trouve « la vraye Déclaration », qui, comme on peut le voir plus haut, ne dit rien des couleurs du grand étendard.
(16) Col. xxxiv de la dissertation sur les sceaux.
(17) Il aurait été plus exact de dire que René comptait sur la protection de la Sainte-Vierge pour remporter la victoire, puisqu'il avait fait représenter son image sur la bannière qui conduisait l'armée lorraine au combat.
(18) Pages 273 et 275.
(19) Voy. la planche ci-jointe, figure 1.
(20) Et non pas d'or, comme le disent N. Remy et D. Calmet.
(21) Voy. la planche, figure II.
(22) Voy. ibid., figure Ill.
(23) Callot a représenté, dans ses Exercices militaires, au milieu des bataillons lorrains, des personnages portant des guidons semblables à ceux qui se voient dans les cartouches du frontispice de la Pompe funèbre.
(24) On remarque également. sur le plan de Nancy en 1611, à gauche de la partie supérieure, une femme tenant une bannière exactement semblable à celle dont je viens de parler.
(25) Voy. Lionnois, Histoire de Nancy, t. Ill, p. 209-216.

 

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