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Pierre-Toussaint Urmès, architecte (1837-1882)


Dans sa revue L'immeuble et la société dans l'Est de 1903 , Emile Badel évoque le cimetière de Blâmont avec cet extrait : « Il y a là des monuments splendides, oeuvres de l'architecte Urmès ».

On retrouve encore aujourd'hui la signature « T.P. Urmès » sur deux des chapelles les plus importantes du cimetière :
  • La chapelle de la famille Rousselot (concession B210/11/12)

  •  et celle de la famille Gorius-Mézière (concession R206/07/08/09)

 

Pierre-Toussaint Urmès est né à Nancy le 29 janvier 1837, fils de Jean-Pierre Urmès cordonnier et de Cécile Jacquier. Il décède à Nancy le 8 février 1882.

Mais Pierre-Toussaint n'est pas français : il est prussien, puisque son père est né le 30 mai 1796 à Welschbillig dans la région de Trêves, et épouse en 1825 Cécile Jaquier (née en 1798), de sorte que leurs deux enfants, Élisabeth Sophie et Pierre-Toussaint, sont aussi de nationalité prussienne.

Le code civil alors en vigueur, précise :
« Article 9. Tout individu né en France d'un étranger pourra, dans l'année qui suivra l'époque de sa majorité, réclamer la qualité de français, pourvu que, dans le cas où il résiderait en France, il déclare que son intention est d'y fixer son domicile, et que, dans le cas où il résiderait en pays étranger, il fasse sa soumission de fixer en France son domicile, et qu'il l'y établisse dans l'année à compter de l'acte de soumission. »
Il faut, pour jouir des droits civils français obtenir l'autorisation d'établir son domicile en France.
« Article 13. L'étranger qui aura été admis par le gouvernement à établir son domicile en France, y jouira de tous les droits civils tant qu'il continuera d'y résider. »

Cette demande, Pierre-Toussaint la réalise tardivement
« Bulletin des lois - Janvier 1870
N° 26,146.- DÉCRET IMPERIAL (contre-signé par le garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes) qui autorise à établir leur domicile en France, pour y jouir des droits civils tant qu'ils continueront d'y résider : [...]
Le sieur Urmès (Pierre-Toussaint), professeur, né le 29 janvier 1837 à Nancy (Meurthe), de père étranger, y demeurant.
Compiègne 8 novembre 1869 »

Et la guerre de 1870 le contraint à renouveler la demande
« Bulletin des lois de la République Française
N° 4110. - DÉCRET DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE (contre-signé par le garde des sceaux, ministre de la justice) qui admet à jouir des droits de citoyen français : [...]
Le sieur Urmès (Pierre-Toussaint), architecte, professeur au lycée de Nancy (Meurthe-et-Moselle), né le 29 janvier 1837 à Nancy de parents prussiens
[...] (Versailles, 7 avril 1873)»

Cette nationalité prussienne lui a permis de faire ses études en Allemagne, à l'institut polytechnique de Berlin.
C'est ainsi qu'il présente une œuvre à l'exposition universelle de Paris en 1861 :
« Urmés (Toussaint-Pierre), né à Nancy (Meurthe), élève de l'Institut polytechnique de Berlin. Nancy, 51, rue Saint-Dizier.
1025. Projet d'un hôtel de ville (plâtre et dessin).
Le dessin représente l'élévation de la façade intérieure :
1° Rez-de-chaussée - au milieu un porche pour l'arrivée des voitures; au fond, vestibule et grand escalier d'honneur; à droite et à gauche, sur le devant, deux passages, l'un donnant accès à la salle des adjudications, l'autre, à celle des actes de l'état civil, placés immédiatement derrière et prenant jour sur la cour; aux extrémités, deux cabinets particuliers.
2° Premier étage - appartement de réception et grand balcon; archives, dépôts et bibliothèque.
Le rendu en plâtre représente un fragment de la façade exécuté au 1/10 grandeur naturelle, appareillé, tel que l'entrepreneur doit l'exécuter. Les pierres sont calibrées ou sculptées, ou taillées avec des machines spéciales, inventées et exécutées par l'auteur. Les pierres, au nombre de 465, sont montées sur fer, collées et cramponnées par environ 1200 crampons de cuivre. »

C'est peut-être lors de ses études à Berlin qu'il a choisi volontairement d'inverser ses deux prénoms, puisque tous les actes civils (y compris l'acte de naissance à Nancy) le prénomment « Pierre-Toussaint », mais qu'il signe ses oeuvres sous le nom de « Toussaint-Pierre » (T.P. Urmès), tout comme ses écrits (voir par exemple Semaine des constructeurs - 5 octobre 1878).

Il revient à Nancy après ses études, et est dès 1866 élu à la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain.
Il devient professeur à l'Ecole Supérieure (on retrouve sa trace en 1870 pour le cours d'application du dessin aux arts industriels. Il y exerce encore en 1878).
En avril 1868, à l'âge de 21 ans, il épouse à Mirecourt Justine-Inès Durand (née le 23 décembre 1847 à Mirecourt), et le couple s'établit à Nancy, où naissent leurs 7 enfants :
- Pierre Auguste Marie Joseph (28 février 1870 décédé le même jour),
puis cinq fils,
- Auguste Pierre Marie Léon Joseph (18 avril 1871),
- Pierre Charles Marie Emile (6 avril 1873),
- Marc Marie Eloy (7 janvier 1875),
- Robert Marie Jean (12 mars 1876),
- Georges Marie Jérôme (30 septembre 1878),
et une fille,
- Marie Elisabeth Hélène Emilie (19 novembre 1880).

Il devient membre de la Société centrale des Architectes de France en 1879 et y restera jusqu'à sa mort en 1882.

A part les deux chapelles ci-dessus, on ne connait aucune autre oeuvre de lui, hormis la conception d'une partie de l'aménagement intérieur de l'Eglise Saint Sébastien de Nancy (il était membre du conseil de fabriques de la paroisse Saint-Sébastien), dont le dessin du buffet de l'orgue (en chêne, avec positif postiche pour cacher la console indépendante, réalisé par Claudel de Nancy).


Curieusement, après le décès de Pierre-Toussaint le 8 février 1882, son épouse Justine-Inès Urmès, sans doute confrontée aux besoins économiques d'une veuve avec six enfants, devient plus célèbre que lui, en tant qu'écrivain pendant 40 ans sous le pseudonyme de Pierre Duchateau, Pierre du Château ou encore Pierre Lemur, sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France.
Elle écrit un très grand nombre de nouvelles pour diverses revues (notamment pour la jeunesse), ainsi que de multiples romans.
La Revue des lectures du 15 juin 1926 annonce : « Pierre DUCHATEAU, de son vrai nom Mme Pierre Urmès, pieusement décédée à Nancy le 8 février 1926 ; romancière chrétienne qui laisse plus de soixante volumes. »

Romans à lire et romans à proscrire. - Abbé Louis Bethléem - 1928

« PIERRE Duchâteau, pseudonyme de Mme PIERRE Urmes, décédée à Nancy, en 1926, qui décrit excellemment les intérieurs de famille.
Nous citons ici : Notre demoiselle ; Deux puissances ennemies ; L'Ecueil ; Pauvre Jean ; Père Prodigue ; Dix-huit cents francs de rente ; Le Gouvernement de Monsieur le curé ; La Rançon du bonheur ; L' Etang fatal ; En province ; Leur fille ; et les « romans populaires » publiés par la Bonne presse.
Nous recommandons aux plus jeunes : Souvenirs d'un petit alsacien ; Les 4 fils Aymon ; Le Roman de Christian ; Deux rivaux ; Le Robinson des vacances ; Le Filleul de Mutte ; Mignonne ; La Fille de ma fille ; L'Ambition de Germaine ; Le Bas de laine de tante Aimée ; L'Exode ; Vie d'artiste ; toutes les nouvelles parues dans le Saint-Nicolas et Le Musée des familles. »

La Revue des lectures de 1927 nous rappelle aussi que son fils ainé a été prêtre du diocèse de Nancy.
Auguste Pierre Marie Léon Joseph URMES (né le 18 avril 1871 à Nancy) a été ordonné le 9 août 1896. 1er octobre 1896 : étudiant à l'Ecole des Hautes Etudes. 23 juillet 1899 : Directeur de la Maison de la Famille. 6 août 1902 : Directeur de l'Ecole Saint-Sigisbert-Saint-Léopold. 4 novembre 1907 : chanoine honoraire. 1er août 1910 : retiré à Eulmont. 1er avril 1911 : curé à Saint Laurent de Pont-à-Mousson. Décédé le 26 avril 1913.

Le château d'Eulmont aurait été la résidence de Pierre Urmès et sa famille (sans doute une résidence secondaire puisqu'ils n'apparaissent pas dans les recensements), ce qui est sans doute à l'origine du pseudonyme de Justine-Inès.
La famille gardera d'ailleurs des attaches avec Eulmont, puisqu'en 1901, Georges Urmès y est cultivateur (rue Saint-Jacques), puis y installe son épouse et ses enfants (1903, 1907, 1910, 1915, 1916), mais aussi sa mère Justine-Inès (dès 1906, mais qui semble ne pas y être revenue après guerre), et accueille sans doute son frère prêtre lors de son retrait en 1910.

Rédaction : Thierry Meurant

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