BLAMONT.INFO

Documents sur Blâmont (54) et le Blâmontois

 Présentation

 Documents

 Recherche

 Contact

 
 Plan du site
 Historique du site
 
Texte précédent (dans l'ordre de mise en ligne)

Retour à la liste des textes - Classement chronologique et thématique

 



Novembre 1944 - Division Leclerc - Discours du Général Massu - 1963


Société d'histoire et d'archéologie de Saverne et environs.
1965

De la Meurthe au Rhin
L'avance de la Division Leclerc en novembre 1944

« Le P. C. américain est à Lunéville, et, à la fin octobre (1944), ayant décidé d’attaquer la Vorvogesenstellung, puissante ligne de défense allemande au pied des Vosges, il enjoint à la 2e D. B. de progresser à l'est de la Meurthe afin d'y élargir sa tête de pont et permettre l'installation des troupes américaines sur leur base de travail.
Opération à réaliser le lendemain. Le général Leclerc n'est, une fois encore, pas d’accord. Il juge indispensable de prendre d'abord Baccarat, nœud de communications de l'ennemi et, à son avis, seul objectif intéressant pour préparer l'attaque. Que sa mission soit remise au surlendemain, et demain, il prendra Baccarat. Le scepticisme des Américains est total, mais l’autorisation accordée.
Massée dans la forêt de Mondon, par un brouillard propice, la division passe une nuit d'attente dans un silence absolu. Les rôles sont distribués et, à l'aube, dans un tonnerre d'artillerie, les lisières se couvrent de chars, La division se déplace en éventail ; l'un après l’autre, les villages tombent... Réglée comme un ballet, l'opération se déroule et, à l’heure prévue, Baccarat est entre nos mains.
Cependant, derrière sa position solide dont les tranchées, mines et fossés s'appuient sur Blâmont, Ancervillers, Sainte-Pôle et Neufmaisons, la Vorvogesenstellung barre solidement la trouée de Saverne, et les alliés cherchent une fissure pour la traverser. Le général a mûrement étudié le problème et, dans un terrain théoriquement aussi défavorable que possible à l’évolution des blindés, pousse sans cesse ses éléments sur un point ou un autre guettant un signe de fléchissement chez l'ennemi. Le 17 novembre, soudain, le lieutenant-colonel de La Horie entrera par surprise à Badonviller, un point tellement crucial du dispositif ennemi que le colonel allemand, en apercevant nos chars, se tirera une balle dans la tête. Hélas ! ce succès coûte la vie au colonel de La Horie, camarade de promotion du général, mais la route de Cirey est libre !
Le général lance alors les spahis et leurs auto-mitrailleuses sur Cirey, où ils entrent dans la nuit du 18 au 19. Une fois de plus, l'arrivée par le chemin inattendu a permis l'effet de surprise. Il s'agit maintenant de gagner de vitesse un adversaire qui se replie de la Vorvogesenstellung. Dans le salon du château de Cirey, le général est debout devant les grandes cartes. Autour de lui, dans un silence total, les officiers le regardent réfléchir. Dans sa position bien connue : les jambes écartées, la main gauche dans la poche de son pantalon, il a posé deux doigts de sa main sur sa bouche, la tête est baissée, parfois il gonfle les joues et souffle très lentement sur ses doigts repliés. Phalsbourg et la trouée de Saverne sont fortements tenus. Soudain, devant les officiers figés, la main droite esquisse deux courbes, l'une au nord de Phalsbourg, ce sera Rouvillois par La Petite-Pierre ; l'autre au sud, en pleine montagne, ce sera ma colonne par Dabo. L'ennemi, un bataillon de Jâger bien équipés, culbuté à Lafrimbolle au cours d'un sévère combat sous bois par mes vaillants fantassins du Tchad, qui s'emparent du pont de la Sarre blanche intact, je goûte l'ivresse de faire enfin de l'exploitation profonde jusqu'à Rehthal par Abreschwiller, puis jusqu'à Dabo, canonnant et mitraillant à bout portant quantité d'équipages auto- et hippomobiles, abandonnant des centaines de prisonniers, pour descendre enfin les lacets de la route, où les fourneaux de mine, approvisionnés par l'ennemi dans les tournants, n’ont pas été allumés ce qui nous aurait bloqués pour longtemps -, et dévaler sur Reinhardsmunster, premier contact avec l'Alsace retrouvée.
Le lendemain, comme si nous nous étions donné rendez-vous, je tombe sur Rouvillois à l'est de Saverne. Quelques heures plus tard, Phalsbourg est prise à revers, ses défenses bousculées, la porte de l'Alsace est ouverte.
Ayant conçu point par point ce plan audacieux, le général est à Birkenwald, où il met la dernière main à ses ordres pour l'assaut final : la division prend place ce soir sur sa ligne de départ et la franchira demain à 7 h 15 pour marcher sur Strasbourg par cinq itinéraires convergents. L'objectif est le pont de Kehl. Pour ma colonne, la deuxième à partir du nord, c'est le galop de charge jusqu'au fort Foch, où des snipers adroits, retranchés derrière un terrain détrempé qui retient les chenilles de chars, me stopperont quelque temps et mettront hors de combat deux officiers alsaciens, Jung et Eggenspiller.
Le général est nerveux, il trouve l'attente insupportable, il voudrait savoir, être sur place partout à la fois, agir... mais, les ordres donnés, il doit rester là ... il va d'une pièce à l’autre ... A 10 h 30, alors que tous les officiers l'entourent, un motocycliste, trempé, apparaît à la porte, un papier est dans sa main engourdie par le froid : Tissu est dans Iode, ce qui signifie : Rouvillois est entré dans Strasbourg. Un grand rire joyeux secoue le général : « Allez, on part ! » ... Ceci, je l'ai su par les camarades, car j 'étais, moi aussi, à Strasbourg, sur les talons de Rouvillois. Mais, quelques heures après, le général nous y rejoignait et me donnait un grand coup dans le dos, hilare : « Et maintenant, mon vieux, nous pouvons claquer. ! » ...
GÉNÉRAL MASSU

M. le Général Massu, Gouverneur de Metz, Commandant la 6e Région Militaire, avait choisi pour son discours de réception comme membre d'honneur de l'Académie nationale de Metz (4 avril 1963) de parler du Général Leclerc de Hauteclocque, maréchal de France, aux ordres duquel il eut, comme il l'y rappelle, « l'honneur de servir sept années durant, depuis le grade de capitaine jusqu'à celui de colonel ». Le discours a valeur de document historique.
L'Académie nationale de Metz a bien voulu nous autoriser à reproduire le texte que l'on vient de lire, texte dense, net et vif, qui concerne très directement notre région. Qu'elle en soit remerciée.

Mentions légales

 blamont.info - Hébergement : Amen.fr

Partagez : Facebook Twitter Google+ LinkedIn tumblr Pinterest Email