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BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
On ne trouvera pas ici une bibliographie complète. Je ne cite
ni tous les ouvrages que j'ai consultés, ni même tous ceux auxquels, dans cette
étude, j'aurai l'occasion de renvoyer. Il paraît inutile d'encombrer cette
nomenclature du titre de travaux qui n'apportent aucune connaissance nouvelle ou
qui précisent simplement quelques détails secondaires. Dans ce dernier cas, les
indications bibliographiques accompagnent en note la désignation de l'ouvrage.
I. - SOURCES
Les documents de première main sont très abondants. Beaucoup sont inédits.
A. - Documents généraux.
Archives du Ministère de la Guerre. - Tomes LXXXIX, XCIII, XCIV, XCVII, XCIX,
CIII, CIV, CVIII, CX, CXIV, CXV, CXVI, CXIX, CXX, CXXVI, CXXXVI, CXXXVII, CXXXIX,
CXL, CXLV, CXLIX, CL.
Les tomes LXXXIX, XCIII, XCIV, XCIX, CIII, CIV, CVIII, CXIV, CXV, CXX, CXXVI,
CXXXVI, CXXXIX, CXL, CXLV, CXLIX, CL contiennent en transcrits les dépêches de
Le Tellier ; le nombre de celles qui concernent la Lorraine est assez restreint.
Les tomes XCVII, CX et CXVI (administration des troupes) nous fournissent en
foule des renseignements précieux. Les tomes CXIX et CXXXVII renferment sur les
événements de 1650-1652 des lettres essentielles (de Le Tellier, de La Ferté
Sénectère et des intendants).
Les archives de la Guerre ont été jusqu'à présent totalement négligées par les
historiens de la Lorraine.
Archives du Ministère des Affaires étrangères. - Fonds de Lorraine. Tomes XXXIII
à XXXVIII.
Moins complètes que pour la période précédente. La plupart des pièces se
rapportent aux négociations diplomatiques, qui sont hors de notre sujet. Les
lettres adressées à Mazarin par La Ferté-Sénectère sont peu nombreuses. Par
contre, certains documents provenant des intendants présentent le plus vif
intérêt (ils sont inédits).
Les pièces sont classées sans méthode positive : les dates ajoutées au haut des
pages sont parfois inexactes.
CHÉRUEL, continué par D'AVENEL. - Lettres du cardinal Mazarin pendant son
ministère. Paris, 1872 et sq., 8 vol.
Extraits delà Gazette de France, se rapportant à l'histoire de Lorraine (par
SCHMIT). Mss. de la Bibliothèque de Nancy.
En trois séries : N° 811 812 (relations lorraines de la Gazette de France). N°
815 (extraits de la Gazette de France). N° 817 (dépouillement de la Gazette de
France).
Pièces originales sur la guerre de Trente ans en Lorraine. (par SCHMIT). Tome
XIII du Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine. Nancy, 1868.
Copies de pièces et extraits de journaux (par SCHMIT). Mss. de la Bibliothèque
de Nancy. N° 809-810.
De 1648 à 1661.
Les Mazarinades lorraines (par SCHMIT). Mss. de la Bibliothèque de Nancy. N°
814.
Copie de pièces, - de 1648 à 1654, - dont beaucoup, en dépit du titre choisi par
l'auteur, ne sont pas des pamphlets.
B. - Documents spéciaux.
Archives départementales de Meurthe-et-Moselle. - Série B. (pièces comptables).
Cf. Lepage.- Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à
1789. Meurthe-et-Moselle. Nancy, 1873- 1891, 6 vol.
Archives départementales de la Meuse.
Archives départementales des Vosges.
Documents rares ou inédits de l'histoire des Vosges, publiés au nom du Comité
d'histoire vosgienne par L. DUHAMEL, CHAPELIER, etc... Paris-Epinal (1868-1896),
11 vol.
Archives municipales de Nancy.
Séries : AA. 4. (registre). Actes du pouvoir central : ordonnances de la Ferté-Sénectère
et des intendants. BB. 5, 6 et 7. (cartons). Délibérations municipales. CC. 114
à 182 (cartons). Pièces comptables. Le registre AA. 4 comprend d'assez
nombreuses pièces imprimées.
Cf. Lepage. - Les Archives de Nancy ou documents inédits relatifs à l'histoire
de cette ville. Nancy, 1865-1866, 4 vol.
Collection de placards de la Bibliothèque de Nancy. Pour la période qui nous
occupe, cette collection est très pauvre ; et presque toutes les pièces qui la
composent se retrouvent dans les archives municipales (registre AA. 4).
Archives municipales des différentes localités : Bar-le-Duc, Epinal, La Bresse,
Mirecourt, Rambervillers, etc...
ROGÉVILLE. - Dictionnaire historique des ordonnances et des tribunaux de la
Lorraine et du Barrois. Nancy, 1777, 2 vol.
François de NEUFCHATEAU. - Recueil authentique des anciennes ordonnances de
Lorraine. Nancy, 1784, 2 vol.
Mélanges de pièces relatives à la jurisprudence de Lorraine. - Mss. de la
Bibliothèque de Nancy. No 92. On y trouve un certain nombre d'arrêts rendus par
la Cour souveraine après 1651.
Recueil d'ordonnances sur les salines de Lorraine. - Mss. de la Bibliothèque de
Nancy. N° 237 239. Très curieux et très riche. Trois volumes ; le second seul
nous intéresse. Il existe à la Bibliothèque de Nancy quelques autres recueils ;
lettres patentes, règlements, édits, arrêts ou déclarations, concernant les
douanes, octrois, etc...
Cf. FAVIER. - Catalogue des manuscrits des bibliothèques des départements : tome
iv, Paris 1886.
Nous les citerons dans le courant de ce travail.
De même les relations imprimées des combats livrés en Lorraine (principalement
vers 1650) qu'a conservées la Bibliothèque nationale.
Les archives de la famille de La Ferté-Sénectère ont été détruites durant la
Révolution, au pillage du château de La Loupe.
C. - Mémoires.
Journal de Jean Beauchez, greffier de Plappeville. - Publié à Metz, 1868.
Quoique avant tout préoccupé des événements messins, Beauchez donne parfois des
détails assez vivants sur l'administration française en Lorraine.
Marquis de BEAUVAU. - Mémoires pour servir à l'histoire de Charles IV. Cologne,
1689. Les auteurs postérieurs se sont beaucoup inspirés de cet ouvrage. La
chronologie n'en est pas toujours sûre ni l'information impartiale. Beauvau,
très hostile à La Ferté- Sénectère, l'est beaucoup moins à la France. « Il a
toujours fait paraître beaucoup de zèle et d'affection pour le service du roi. »
Arch. des Aff. étrang., XXXVI., fol. 103. (27 septembre 1651).
Journal de dom Bigot. - Publié par l'abbé MARCHAL dans Recueil de documents sur
l'histoire de Lorraine, tome xiv. De 1633 à 1654. Ce journal est un document
important. Prieur de l'abbaye de Longeville-lès-Saint-Avold, puis réfugié à
Verdun, dom Bigot nous fournit des événements dont il fut le témoin une version
ni très impartiale ni très clairvoyante, mais qui offre le grand intérêt d'être
celle d'un homme du peuple. Tendances françaises.
DU BOYS DE RIOCOUR. - Relation des sièges et blocus de La Mothe. Edition
Simonet. Chaumont, 1861. Se rapporte principalement à la période précédente.
Mais le commentaire et les notes de Simonet sont une source de renseignements
précieux.
HÉRAUDEL. - Elégie de ce que la Lorraine a souffert par peste, famine et guerre.
Nancy, 1660. Réimpression par Cayon, accompagnée d'une notice et de notes ;
nombreux extraits des archives départementales.
GUILLEMIN. - Histoire du duc Charles IV. Mss. de la Bibliothèque de Nancy. N°
799. Revue par le marquis de HARAUCOURT, fidèle serviteur du duc. Tendances
nettement anti-françaises.
Mémoires du vicomte de Turenne. - Tome III, de là collection MICHAUD et
POUJOULAT. Quoique non authentiques, ces Mémoires, composés avec des fragments
de la correspondance du maréchal, peuvent être cités.
II. – OUVRAGES
A. - Ouvrages généraux.
Ils sont assez nombreux, mais se bornent en général à démarquer les Mémoires de
BEAUVAU et à se paraphraser les uns les autres.
Un seul est de valeur véritable :
Comte D'HAUSSONVILLE. - Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.
Paris, 1860, 4 vol.
Mais il nous raconte plus l'histoire extérieure que l'histoire intérieure de la
Lorraine et plus les aventures de Charles IV que les souffrances de son peuple.
Les archives des Affaires étrangères sont largement utilisées. Ecrit au point de
vue français.
Méritent d'être consultés à des titres divers :
Le P. Hugo. - Histoire de Charles IV. Mss. de la Bibliothèque de Nancy. N° 806.
Œuvre de compilation pure et simple, mais qui nous rend un compte assez vif de
l'état d'esprit des Lorrains, cinquante ans encore après le gouvernement de La
Ferté- Sénectère.
Dom CALMET.- Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine. Nancy, 1728, 3 vol.
DIGOT. - Histoire de Lorraine. Nancy, 1856, 6 vol. Quelques détails concernant
l'histoire intérieure de la Lorraine, surtout d'après François de NEUFCHATEAU.
DES ROBERT. - Charles IV et Mazarin. Nancy-Paris, 1899. On trouve dans cet
ouvrage résumés ou cités à peu près tous les documents intéressants qui se
rencontrent aux Affaires étrangères ; mais la confusion y est telle qu'il est
presque impossible, sans étude préalable, d'en tirer parti.
Les archives de la Guerre ne semblent pas avoir été consultées.
B. - Ouvrages spéciaux.
a). HISTOIRE MILITAIRE.
D'AUMALE. - Histoire des princes de Condé. Paris, 1886, 6 vol. Les tomes IV, V
et VI.
b). LOCALITÉS.
DOM CALMET.- Notice de la Lorraine. Nancy, 1756, 2 vol.
LIONNOIS. - Histoire des villes vieille et neuve de Nancy. Nancy, 1805-1811, 3
vol. Compilation désordonnée, mais honnête, riche en détails sur les monuments
de Nancy et les institutions lorraines.
LEPAGE. - Les Communes de la Meurthe. Nancy, 1853, 2 vol. Dictionnaire
historique. Nombreux extraits des archives départementales, souvent sans
références suffisantes.
LEPAGE. - De la dépopulation en Lorraine au XVIIe siècle. Nancy. (Sans date.)
Nombreux extraits des archives départementales.
c). INSTITUTIONS.
MICHEL. - Histoire du Parlement de Metz. Paris, 1841.
DUMONT. - Justice criminelle des duchés de Lorraine et de Bar, du Bassigny et
des Trois-Evêchés. Nancy, 1848, 2 vol.
MARTIN. - L'Université de Pont-à-Mousson (1572-1768). Nancy, 1891.
KRUG- BASSE. - Histoire du Parlement de Lorraine et Barrois. (Publiée dans les
Annales de l'Est, tome X, 1896.)
SADOUL. - Essai historique sur les institutions judiciaires des duchés de
Lorraine et de Bar. Nancy, 1898.
DUVERNOY. - Les Etats généraux des duchés de Lorraine et de Bar jusqu'à la
majorité de Charles III, Paris, 1904.
C. - Revues.
Nombreux articles, la plupart insignifiants, dans les Mémoires de l'Académie de
Stanislas, les Mémoires et le Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, les
Annales de l'Est, etc... Ils seront, à l'occasion, cités dans les notes. - D'une
manière générale, le XVIIe siècle a suscité moins de recherches spéciales que
certaines autres périodes de l'histoire lorraine.
INTRODUCTION
Etat de la Lorraine en 1643
Le 25 juillet 1643, le marquis de Lenoncourt, gouverneur de la Lorraine pour Sa
Majesté très chrétienne, fut tué devant Thionville (4). « Ce malheureux
incident, écrivit de Nancy l'intendant Vignier, a rempli cette province de
larmes et de regrets (5) ». Lenoncourt se trouvait en charge depuis trop peu de
mois pour que ses services aient pu justifier - à supposer qu'elles se soient
produites - ces manifestations émues. Lorrain rallié au vainqueur (6), il
n'avait assurément gagné ni les sympathies, ni le respect de ses compatriotes,
obstinément fidèles au souverain légitime ; et c'est à peine si sa nomination
avait dû susciter chez quelques-uns l'espoir passager d'un traitement moins
rude. Il mourait sans avoir donné la mesure de sa valeur, sans avoir révélé même
le secret de ses desseins. Et la seule chose qu'on puisse dire de lui est qu'il
n'était point responsable du triste état dans lequel il laissait son
gouvernement.
Jamais, depuis que l'armée royale avait passé la frontière, la situation du
duché n'avait paru si lamentable. La petite paix de 1641, en restituant à
Charles IV la plupart de ses places (7), qu'il s'était hâté de munir et de
fortifier, n'avait eu pour effet que de compliquer les affaires. Lorsque
bientôt, par crainte ou par caprice, le duc eut déserté ses états, il fallut de
nouveau combattre. M. du Hallier reprit aisément Bar, Pont-à-Mousson,
Saint-Mihiel, plus péniblement Épinal et Châtel ; mais Dieuze, Bitche, Longwy,
La Mothe, à l'est, au nord, au sud, restaient aux mains de son adversaire… (8).
Il semble d'ailleurs, en ce moment, qu'on n'en ait cure. La maladie de Richelieu
et celle de Louis XIII, les embarras que suscitent les conspirations intérieures
et l'offensive des Espagnols absorbent l'attention. Durant deux années, La Mothe
et Longwy ne sont même pas inquiétés. Les garnisons, qui les occupent, mettent à
profit cette tranquillité pour maintenir autour d'elles, dans un large rayon,
l'administration ducale : des cavaliers, battant la contrée, font rentrer les
impôts ; et les revenus, ainsi conservés, forment la meilleure part du budget de
Charles IV (9). La situation, assez ridicule, deviendrait, à l'occasion,
rapidement périlleuse. Des envahisseurs trouveraient dans ces forteresses, au
cœur du pays, des points d'appui solides, lieux de ravitaillement et de refuge,
qui leur permettraient d'agir avec audace et sans doute avec succès. Aussi les
alertes sont-elles fréquentes. En 1642, le duc Charles, venu de Thionville,
pousse une pointe vers les Vosges, s'arrête à Dieuze, s'établit sur la côte de
Delme (10) ; l'émoi est si vif que le Parlement de Metz, siégeant à Toul, se
disperse (11). En 1643, le quartier général lorrain est à Worms, le gros des
forces vers le Neckar ; une attaque sérieuse paraît donc moins imminente ; mais
des détachements, laissés sur la rive gauche du Rhin, s'aventurent jusqu'à la
Moselle (12) ; ils sont maîtres du terrain beaucoup plus que les Français. A
défaut de troupes régulières de hardis partisans tentent des coups de main :
Cliquot, qui commande à La Mothe (13), met le siège devant Neufchâteau.
D'autres, soldats débandés ou paysans armés, cachés dans les bois, réfugiés dans
les ruines, mènent la petite guerre : brigands d'ailleurs plus que patriotes,
aussi redoutables à leurs concitoyens qu'à leurs ennemis, vivant de vols et de
violences, en tout semblables à ces Croates, que les armées impériales traînent
à leur suite et dont ils ont pris les habitudes et le nom (14). Les corps
d'occupation sont impuissants à prévenir ou à réprimer ces excès ; ils
s'attirent même à plus d'une reprise d'humiliantes leçons, finissent par se
résigner (15) : les Lorrains ont toute liberté ; la domination du roi, sauf dans
les villes, est moins réelle que nominale. La situation militaire en 1643
n'était donc pas aussi nette, aussi dégagée d'incertitudes et de dangers, qu'on
le pouvait désirer. Elle semblait pourtant presque enviable à qui la comparait à
la détresse économique et morale où se débattait le duché.
Dans un pamphlet, publié lors de la Fronde et peut-être authentique, nous
trouvons, signé de Charles IV, un tableau poignant de ces misères : « Chacun n'a
que trop de connaissance des excès inouïs et tout à fait incroyables que l'on a
commis dans mes états, lesquels depuis tant d'années servent de malheureux
sièges à l'injustice et de funeste théâtre à la tyrannie où l'une et l'autre
jouent de si sanglantes tragédies qu'à peine pourront-elles trouver de la
créance dans l'esprit de la postérité. Les voleries, les pillages, les
concussions, les violements, les incendies, les tortures et les cruels massacres
y ont passé pour les beaux exploits et pour les généreuses actions des
gouverneurs... les villes et les châteaux y ont été rasés, les bourgs et les
villages saccagés, les couvents et les églises pillées et réduites en cendres.
Enfin ces beaux et riches lieux ne sont plus que des ruines et des tas de
pierres et de cendres abandonnées et des campagnes désertées ou plutôt des
objets d'horreur et de pitié, qui, n'étant pas même l'ombre de ce qu'elles ont
autrefois été, crient continuellement vengeance contre les auteurs de cette
générale désolation... Toutes ces cruautés exercées avec tant de rage et si peu
de pitié contre un si grand nombre de pauvres innocents, auxquels leurs
impitoyables ennemis ne pouvaient reprocher pour tout crime que le trop grand
amour et le parfait respect qu'ils conservaient pour leur prince légitime (16)
».
L'auteur de ce pamphlet n'atteint pas la réalité ; elle nous apparaît dans les
mémoires des contemporains, dans les documents d'archives, plus lugubre encore
qu'il ne nous la peint.
Les courses continuelles des gens de guerre, les logements militaires et les
quartiers d'hiver, les ravages des maraudeurs avaient épuisé le pays. La ruine
de Saint-Nicolas, en 1635, est demeurée l'épisode le plus célèbre de ces
dévastations (17). Ce n'en est pas le plus triste. En tout lieu, en toute
saison, depuis plus de dix années, Français, Allemands, Suédois, Hongrois,
Croates et Lorrains passaient et repassaient, exigeant tour à tour des
contributions écrasantes, brûlant, abattant, massacrant avec une fureur bestiale
et pour la seule joie de détruire. « Nous étions égorgés par les Suédois, écrit
sur son registre de paroisse le curé d'Ottonville (18); les Lorrains pillaient
tout; les Impériaux nous traitaient en ennemis ; les Messins ne nous portaient
aucun secours... Confondant tout dans sa rage, le sacré et le profane, la
soldatesque ne tenait compte ni de la qualité des personnes, ni du sexe, ni de
l'âge. Les objets cachés, les objets enfouis, partout étaient découverts ; on
enlevait ce qui nous restait de bétail ; filles violées, mères assassinées,
hommes torturés, on n'entendait que de tels récits... Vêtu, on ne sortait pas
sans péril ; nu, on n'osait même garder la maison. La jouissance de l'air était
refusée aux vivants, la sépulture aux morts. Autrefois, on avait des procès pour
acquérir et posséder des terres ; cette année, on se dispute l'espace nécessaire
à un tombeau (19). »
Callot, dans ses « Misères de la guerre », donne l'illustration tragique de ces
lamentations (20). Mais, plus encore que la gravure, si vivement qu'elle parle
aux yeux, les sèches annotations que portent les cahiers des receveurs (21),
sont faites pour nous émouvoir. C'est là qu'il faut chercher la vérité et la
vie. A tourner ces pages, on comprend comment, durant un siècle et demi, les
paysans lorrains ont dit « les Suédois » avec le même sentiment de haine, de
dégoût, de terreur, qu'ils disent aujourd'hui « les Cosaques » (22). Enumération
monotone, puissante par cela même, presque accablante, de violences et de
désastres. L'anarchie est partout ; nulle sûreté ; point de recettes fixes. Le
receveur d'Einville (23), eu 1644, reçoit l'ordre de faire rentrer dans les
trois mois les deniers des conduits, sous peine de les payer lui-même ; il
interpelle les maires, qui ne répondent pas ; il décerne enfin des commissions
de saisie ; ses agents se mettent en route; ils sont arrêtés par des partis
venus de Vic, de Château-Salins, de Bioncourt (24), insultés par les uns, battus
par les autres, chassés par le régiment d'Haussonville. Les fonds rentrent-ils ?
on n'ose les transporter. Les routes ne sont pas sûres : pour conduire du pain
de Pont-à-Mousson à Nancy une escorte est nécessaire (25). Conserver l'argent
est également périlleux : à Louppy, une troupe de cavaliers force la porte du
comptable, vole sa caisse, pille ses meubles, emmène chevaux et bestiaux (26).
Heureux village cependant, dont les maisons restent debout. La plupart sont
détruits, déserts ; les soldats, par passe-temps, dispersent les habitants,
brûlent tout. A Pont-à-Mousson, les Suédois ont poussé les paysans dans les bois
où ils meurent en foule de misère et de faim (27) ; à Souilly, la garnison de
Verdun démolit les granges, tue qui résiste ou proteste (28). A Lunéville, les
fours sont éventrés, les fontaines brisées, les édifices publics, les domiciles
privés saccagés. Après la tourmente, on se compte : 30 familles sont là ; les
autres ont disparu (29). Les violences en certains lieux sont telles qu'il ne
demeure pierre sur pierre ; dans le seul bailliage de Nancy (30), 36 villages
sont à ce point ruinés qu'après la guerre, on juge inutile de les rebâtir : ils
achèvent de s'écrouler (31). Les autres sont vides, ou peu s'en faut. Frouard,
en 1633, abritait plus de cent ménages ; en 1643, on y trouve cinq ou six
mendiants. A Buissoncourt, la même année, personne ; à Chenicourt, personne; à
Maron, Allain, Colombey, personne (32). De 181 ménages, Lay et Eulmont sont
réduits à 12 ; Malzéville, de 228 à 46 ; Art-sur-Meurthe, de 49 à 6 ;
Laneuveville, de 75 à 10; Saint- Nicolas, de 1,950 à 45. Le Vermois est désert
(33). Crévic (34) à 10 habitants ; Hénaménil, 4 ; Crion, 4 : Vaudrecourt, bien
ville, Xousse, Bures, sont abandonnés (35). Même misère au pays meusien : en
1637, 8 villages autour de Bar sont entièrement dépeuplés ; Lignières, livré aux
flammes, n'existe plus (36). Les villes ne sont pas épargnées : les citadins,
derrière leurs murailles, sont à l'abri du pillage, non de la peste, encore
moins des brutalités des gouverneurs, des abus de pouvoir, des contributions
excessives. Ils meurent ou s'enfuient. Nancy, en dix années, perd 1,600
bourgeois, plus que moitié du chiffre total (37); Metz, quoique terre française,
- le fait est frappant - souffre davantage encore : la population tombe de
10,000 à 3,000 âmes ; chaque mois, cent marchands ferment boutique (38).
N'étaient ici et là les aumônes de la Mission, les charités de Vincent de Paul,
les survivants mêmes ne se soutiendraient pas : il leur faudrait « publiant leur
misère par tout le monde, aller chercher du pain dans les provinces éloignées
(39). »
Car telle est l'angoissante question. De tous les registres des gruyers et
receveurs, de toutes les suppliantes requêtes des paysans à leurs seigneurs, les
mêmes plaintes désespérées s'élèvent: « On n'a pas de pain à manger » (40). Les
terres sont en friche : personne n'ose plus cultiver.
« Dès les commencements, l'agriculture fut abandonnée ; les vivres vinrent à un
prix excessif (41) ; et lorsque tout fut consommé, la famine se répandit partout
» (42). Parmi les malheureux, que la fuite avait soustraits aux massacres, une
grande partie périt de faim : « Ils ne trouvaient plus pour se nourrir que des
glands, herbages et racines ; et bientôt même ils furent réduits à se partager
tout ce qu'il y a de plus sale et de plus dégoûtant, comme les charognes des
chiens, des chevaux et des chats ». Nous pouvons noter pire misère. Dans le
marquisat de Delme, « dix à douze, qui erraient en sauvages au milieu des bois,
passèrent à ce point de déterrer les corps morts, faute d'aliments » (43). Ce
fut brusquement une fièvre de cannibalisme. « Certains ouvraient la terre où
l'on avait mis récemment le corps de leur père, mère et autres parents, les en
tiraient et les mangeaient... D'autres allaient à la chasse des hommes, comme
l'on va à la chasse des lièvres. On découvrit auprès de Metz trois têtes
d'enfants enterrés, dont on avait mangé les corps. On condamna, à Mirecourt, au
dernier supplice une femme qui fut convaincue d'avoir tué son petit enfant et de
l'avoir mangé ensuite » (44). Ce n'est point là fait isolé. « En divers
endroits, les père et mère ont mangé les enfants et les enfants leur père et
mère » (45). « Les femmes s'entredisaient l'une l'autre: Aujourd'hui je mangerai
part du tien ; demain tu auras aussi part au mien » (46). On montre encore à
Nancy la « maison de l'Enfer » où deux femmes, dont les maris servaient à
l'armée du duc, ayant fait cuire leurs enfants, en jetèrent les os au ruisseau
(47). En 1642, à Château-Salins, « un pacte fut fait entre la mère et la fille,
portant qu'ayant chacune un couteau en main, la première qui demeurerait sous le
coup serait mise au saloir ; la mère fut tuée, mise au saloir, et la fille
bientôt arrêtée et pendue » (48). « Il y eut, ajoute le P. Abram, bien d'autres
abominations, que j'aurais honte de publier, que la postérité ne voudra jamais
croire » (49). Celles-ci sont suffisantes pour nous permettre de saisir en quel
état des gouverneurs, dont on fait volontiers l'éloge, M. de Brassac, M. du
Hallier, avaient, de 1633 à 1643, laissé réduire la Lorraine.
De si terribles souffrances n'avaient pas abattu cependant l'orgueil national,
et les difficultés matérielles que le nouveau gouverneur devait rencontrer se
compliquaient de difficultés d'autre sorte. Il n'y avait aucun doute qu'il ne se
heurtât à l'hostilité persistante de ses administrés. Si quelques nobles étaient
entrés au service de la France, si d'autres, en grand nombre, avaient quitté le
pays, à la suite de l'armée ducale ou chassés par Richelieu, si ceux qui
demeuraient s'efforçaient par leur silence de se faire oublier, la masse du
peuple restait à tout jamais fidèle.
Encouragée par ses prêtres, animés par les prédications et l'exemple de Pierre
Fourier, curé de Mattaincourt, elle n'avait rien abandonné de ses espérances
(50). Peut-être les avait-elle exprimées, dans les dernières années, avec une
énergie moins ardente ; mais c'était manque de force, et non point lassitude;
les manifestations enthousiastes, qui saluèrent Charles IV à son passage dans
ses États, lors de la paix boiteuse de 1641, montrèrent assez que la conquête
était tout extérieure: elle s'arrêtait au seuil des cœurs. Ces villages entiers
se portant, bannières en tête, à la rencontre du souverain, ces hommes et ces
femmes se pressant autour de lui, baisant ses bottes, se disputant comme des
reliques les aiguillettes de son pourpoint, cet humble curé qui ne sut mieux
exprimer son allégresse qu'en allant recevoir le duc, l'ostensoir entre les
mains, tout cela put paraître assez ridicule aux officiers français (51). Pour
des esprits plus réfléchis, ces symptômes étaient alarmants.
Quelles que fussent pourtant les difficultés de la tâche, le poste devenu vacant
par la mort de Lenoncourt ne laissait pas de susciter des compétitions
nombreuses. Le maréchal de l'Hôpital (52), M. d'Andelot (53), M. d'Aumont (54),
avec des appuis divers, posèrent leur candidature. Mazarin, sans se départir
d'une courtoisie tout italienne, écarta ces demandes et choisit un soldat, dès
longtemps connu et estimé (55), le marquis de La Ferté-Sénectère (56).
Ce devait être une désignation fort agréable à la reine, non pas tant pour les
mérites qu'elle pouvait reconnaître au nouveau gouverneur que pour ceux qu'elle
se plaisait à prêter au père, « le vieux Sénectère », l'un de ses plus assidus
familiers (57). Mais c'était aussi une désignation politiquement heureuse : le
passé du marquis était garant des services qu'il saurait rendre encore (58) ; il
se trouvait convenir presque à merveille au rôle qu'on lui destinait.
Nous possédons de lui d'assez nombreux portraits (59) : beau cavalier, robuste
de corps, large d'épaules, il ne serait pas sans grâce, s'il n'était un peu gros
; mais son visage respire la force plus que l'intelligence; une cicatrice à la
joue, qu'accuse un emplâtre noir, atteste la bravoure ; les traits sont durs, la
lèvre inférieure saillante ; l'ensemble est indécis, à la fois jovial et sévère
; à plus long examen, la brutalité domine.
Son courage était éclatant ; on l'avait vu devant Chimay, charger, la cuisse
déchirée d'un coup de fauconneau, attaché sur la selle (60). On le savait plein
de vigueur et d'expérience, actif, malgré la goutte qui le tourmentait, assez
orgueilleux pour se faire toujours obéir, assez discipliné pour être toujours
fidèle, appliqué plus que patient, mais obstiné, réussissant, à force d'énergie,
là où de plus habiles eussent échoué, portant dans tous ses actes la ferme
rigueur d'un soldat. Avec l'âge, il devenait moins souple, un peu jaloux de ses
rivaux ; durant la Fronde, prétendant agir à sa guise, il entravera parfois
Turenne ; mais il ne poussait point son indépendance jusqu'à contredire le
ministre ; et Mazarin n'avait pas à craindre, de son esprit étroit et de son
cœur sec, les mêmes sourdes résistances qu'avait rencontrées Richelieu chez
Brassac et chez du Rallier.
Nul ainsi n'eût pu mieux soutenir le double caractère que sa mission devait
revêtir. Il ne suffisait pas qu'il fût soldat avisé : il le fallait
administrateur docile. Sa tâche n'était pas seulement de pacifier la province ;
il tenterait encore, le calme revenu, de réparer les ruines que la guerre avait
faites, d'organiser et de fortifier la domination française.
Pacification, organisation - entre ces deux termes, toute l'histoire lorraine, à
cette époque, est comprise. Il est inutile de chercher d'autres divisions. Au
double rôle de La Ferté correspond la DUALITÉ de notre plan. Lorsque nous aurons
donné le récit des opérations militaires, plus ou moins importantes et plus ou
moins fréquentes, qui, jusqu'au traité de Vincennes, maintinrent le duché en la
possession du roi, - lorsque nous aurons marqué les efforts du gouverneur et des
intendants pour rétablir, dans la limite de leurs instructions et de leur
pouvoir, la prospérité matérielle du pays, nous serons bien près d'avoir terminé
notre étude : car, de nos recherches mêmes, se dégageront des conclusions
suffisamment précises sur ce qui constitue en somme l'intérêt essentiel du
sujet, l'état d'esprit du peuple lorrain, après trente années de soumission à
l'étranger.
PREMIÈRE PARTIE
Les opérations militaires. Les
faits militaires, de 1643 à 1661, se répartissent en trois groupes, dont la
distinction n'a rien de factice.
De 1643 à 1650, nous assistons aux efforts, souvent considérables, d'ailleurs
heureux, que le gouvernement français dut multiplier pour rétablir dans le pays
l'ordre et la paix.
De 1650 à 1654, le calme, à peine obtenu, est brusquement troublé ; la Lorraine
subit les conséquences de la Fronde, devient un champ de bataille ;
successivement le comte de Ligniville et le prince de Condé y dirigent des
expéditions aussi brillantes qu'inutiles.
Enfin, à partir de 1654, et jusqu'au traité de Vincennes, la paix règne de
nouveau, et, cette fois, de façon complète et définitive.
CHAPITRE PREMIER
Première pacification. (1643-1650). La
tâche qui s'imposait d'abord à La Ferté Sénectère, lorsqu'il eut pris possession
de son gouvernement, était assurément d'y ramener la sécurité. Les progrès
matériels, l'apaisement étaient à ce prix. Il fallait s'opposer sur les
frontières aux incursions de l'armée ducale, mettre un terme à l'intérieur aux
courses des Cravates, rendre incontestée, incontestable la domination française.
Presque aussitôt d'ailleurs le marquis fut déchargé d'une partie - non la plus
lourde - de ses responsabilités. L'armée du duc d'Enghien fut envoyée en
Allemagne : dès le 10 octobre 1643, elle était à Nancy, le 15 à Dieuze, le 17 en
Alsace. Guébriant repassa le Rhin et Charles IV pour un moment recula (61).
Les ennemis extérieurs étant ainsi contenus, La Ferté put concentrer son
attention et ses forces contre les ennemis du dedans. Et si les résultats ne
furent pas immédiats, c'est que l'œuvre était rude ; c'est aussi que l'on
hésitait à tenter la seule entreprise qui pût donner une satisfaction sérieuse.
Il ne signifiait rien de lancer de la cavalerie à la poursuite d'insaisissables
pillards, d'enlever sans grand peine de médiocres châteaux (62) : les Lorrains,
aussi longtemps qu'ils tiendraient La Mothe, disputeraient la province. Mais
attaquer La Mothe semblait malaisé : la place, assise sur la pointe d'une
montagne, solidement fortifiée, bien défendue, avait, en 1634, opposé une
résistance dont le souvenir n'était pas perdu. On tâchait donc à temporiser...
La garnison par malheur s'enhardissait à mesure qu'on la redoutait davantage ;
elle faisait des courses jusqu'à Vitry ou Châlons, Langres ou Saint-Dizier ;
elle paraissait à une lieue deToul ; elle pénétrait dans les faubourgs de
Chaumont ; on la voyait à Bar, à Void, à Troyes, à Ligny (63) ; elle fit mieux :
elle enleva deux fois de suite des paquets adressés à la Cour: le marquis dut
traiter ; il remit aux courriers de Cliquot des passeports pour Longwy et pour
Hombourg (64) ; il en reçut pour Paris (65). Cette humiliante situation ne
pouvait se prolonger plus longtemps. Un dernier effort pour ébranler la fidélité
de Cliquot fut infructueux (66). Le siège de La Mothe, non sans regrets, fut
décidé.
La Ferté ne cachait pas son espoir d'en assumer la conduite pour s'en réserver
les profits (67). Il fut déçu: Mazarin confia l'entreprise à l'un de ses
compatriotes et favoris, Magalotti, ingénieur distingué, et grand preneur de
villes (68), qui devait, s'il réussissait, recevoir le bâton de maréchal de
France. Magalotti quitta Gravelines, dont il avait fait le siège, et s'en vint,
durant quelque temps, camper au pays messin, qu'il ravagea de cruelle façon :
certains villages furent mis à contribution pour plus de 20.000 écus ; jamais,
depuis que la ville avait été soumise à l'autorité du roi, ils n'avaient subi «
pareille contrainte et tel dégât » (69). Les troupes s'éloignèrent enfin,
traversèrent lentement la Lorraine, et, dans les premiers jours de décembre, La
Mothe fut assiégée (70).
Trois régiments de cavalerie, quatre d'infanterie, en tout 500 chevaux et 1,500
hommes de pied, répartis aux alentours de la place, assurèrent le blocus (71).
Plusieurs milliers de paysans, raccolés en Bassigny, en Champagne et dans les
Vosges, tracèrent une circonvallation de plus de trois mille toises, que
flanquaient sept redoutes garnies de canons (72). Bien que l'hiver eût été doux
(73), l'opération fut longue: le 17 mars, on fouillait encore le sol. Elle
l'aurait été davantage, si les Lorrains avaient montré dans leurs sorties plus
de vigueur; mais leur petit nombre sans doute, et, dit-on, le manque
d'ingénieurs (74), les obligeaient à quelque prudence: ils inquiétèrent peu
l'ennemi. « Au demeurant, répétait Cliquot, nous en viendrons ainsi plus vite au
corps à corps » (75). Il n'agit, au début de mars, que la tranchée commencée.
Il faut avouer que, dès ce moment, il agit avec énergie. Il était résolu à
prolonger la résistance. Ni les ressources ni les hommes ne lui faisaient
défaut. On avait rassemblé, sur son ordre, dans les magasins de la place, tous
les vivres dont les bourgeois disposaient; lui-même fixait les rations, parait
au gaspillage (76). A sa voix, les citoyens valides s'étaient formés en milice ;
le maire, Philippe Regnauld, sans égaler en vaillance frère Eustache d'illustre
mémoire, donnait l'exemple (77) : sa compagnie, en mainte circonstance, prit
place aux côtés de la garnison. Les sorties, durant deux mois, se multiplièrent,
souvent fort rudes ; on disputait le terrain pied à pied ; les Français,
toujours en alerte, s'épuisaient : Mazarin, à plusieurs reprises, dut envoyer
des renforts (78). Et les travaux n'avançaient pas : le 15 mai seulement, après
cinq mois de siège, la tranchée atteignit le glacis de la contre escarpe.
Cent bombes aussitôt furent jetées dans la ville ; les jours suivants, le feu de
l'artillerie redoubla : un incendie fut allumé, qui détruisit, parmi plusieurs
autres, la maison du gouverneur. Mais la résistance, loin de faiblir,
s'exaspérait : les Lorrains, du haut des remparts, ne pouvant employer contre
les mineurs que protégeait l'angle mort, leur canon ni leur mousquet, les
écrasaient à coups de pierre (79).
Dans la nuit du 25 mai, les assiégeants s'enhardirent jusqu'à donner l'assaut ;
l'effort était prématuré et l'échec fut sensible. On dut en revenir et s'en
tenir à la sape. Dans le roc vif sur lequel était bâtie La Mothe, avancer vite
était difficile : Magalotti ordonna trop tôt de faire exploser les mines ; elles
éclatèrent, le 18 juin, sans mettre bas les talus (80). Un assaut furieux, tenté
cependant, échoua : les troupes royales furent rejetées en grand désordre et non
sans pertes dans les fossés. Magalotti s'irritait d'un retard qui, pensait-il,
compromettait sa récompense ; le même soir, se plaçant en personne à la tête des
colonnes et plus soldat que capitaine, il dirigeait un nouvel effort; il se
logea dans la contre-escarpe ; mais Cliquot, menant un retour offensif, le
bouscula ; et si ses hommes, malgré tout, tinrent ferme, lui-même, atteint d'une
mousquetade en plein front, fut rapporté tout sanglant dans son camp (81).
La blessure du chef, et bientôt sa mort, désorganisèrent l'attaque. Mazarin
exagère sans doute lorsqu'il déclare, dans une lettre au duc d'Enghien, que «
sans l'accident de sa blessure » Magalotti eût terminé son entreprise « en deux
ou trois jours » (82) ; il est cependant certain qu'après leur demi-échec, les
Lorrains purent, sans être inquiétés, réoccuper leurs positions et réparer la
brèche: on ne fit rien contre eux avant l'arrivée de Villeroy, qui vint de Paris
poursuivre et conclure les opérations (83).
On était aux derniers jours de juin : La Mothe tenait depuis sept mois. Cliquot
aurait voulu prolonger la résistance ; il désirait tout au moins ne pas livrer
la ville sans un nouveau combat. Mais il fut sollicité par le clergé et la
bourgeoisie « de sauver les tristes débris d'un peuple accablé de misères » ;
ses officiers « joignirent leurs prières aux gémissements publics » (84) ; il
céda ; Du Boys, lieutenant général du bailliage (85), alla demander à Villeroy
une suspension d'armes: on ferait connaître au duc Charles IV l'extrémité où la
place se trouvait réduite, et, s'il ne pouvait la secourir, la capitulation
serait consentie. Le 1er juillet, les hostilités cessèrent.
La réponse de Charles IV n'était guère douteuse (86). Aussi Cliquot se
préoccupa-t-il aussitôt d'obtenir des conditions favorables. Il réunit en
conseil les trois Etats et l'on tomba d'accord que l'on n'accepterait rien qui
ne fût digne d'une défense si persévérante. Villeroy fut peu conciliant ; il
exigeait des otages en refusant d'en fournir, voulait aussi s'assurer, durant
l'armistice, la garde de la brèche et libre entrée dans la ville. La discussion
s'envenima; les assiégés menaçaient de reprendre les armes: Du Boys avait grand
peine à calmer toutes les impatiences. A la fin pourtant, de part et d'autre,
quelques concessions furent faites, sans qu'il soit besoin, pour les expliquer,
d'accueillir la légende, qui se répandit en Lorraine, d'une défaillance
inattendue de Cliquot (87). El le 7 juillet, le duc ayant envoyé permission de
traiter (88), les troupes, balles en bouche, enseignes déployées, tambours
battants, quittèrent la place.
Elles avaient mérité par leur vaillance les honneurs et les avantages qu'on leur
accordait. Elles recevaient le droit de se retirer, avec leurs armes et leur
bagage, où bon leur semblerait ; les prisonniers étaient rendus sans rançon ;
les blessés, soignés aux frais du roi, auraient, après guérison, leur congé ;
et, si le matériel de guerre restait aux mains des Français, les meubles
appartenant au duc devaient être menés, sous bonne escorte, jusqu'à Longwy et
remis, dans cette forteresse, à la garnison lorraine. Cliquot n'avait pas
stipulé seulement pour ses soldats et pour lui-même ; il n'oubliait pas que,
presque jusqu'au dernier jour, la population civile avait encouragé et secondé
ses efforts. Les conseillers de la Cour souveraine, enfermés dans La Mothe, en
pouvaient sortir avec leurs familles ; les prêtres, les chanoines, tous les
bénéficiers du bailliage, étaient maintenus dans leurs charges s'ils acceptaient
de prêter serment; s'ils refusaient, disposaient d'elles durant un an ; les
bourgeois étaient assurés de conserver leurs biens, et maîtres, s'il leur
plaisait, de demeurer dans la ville.
Ces conditions étaient généreuses; elles semblèrent, à Paris, signe de
faiblesse. La parole donnée par Villeroy ne fut pas respectée. On n'osa refuser
aux sept cents hommes de Cliquot libre passage à travers la Lorraine, mais ordre
vint de faire évacuer La Mothe, d'abattre maisons et remparts, de disperser les
habitants (89). Du Boys, dans un voyage à la cour, cherchant à faire adoucir ces
rigueurs, ne put rien obtenir (90) : Mazarin ne voulait pas se trouver contraint
à recommencer peut-être, une troisième fois, le siège de la place. Elle fut
détruite par 1,500 paysans rassemblés des élections de Langres, de Chaumont et
de Bar: les corps de la ville se réfugièrent à Bourmont ; l'évêque de Langres
répartit les prêtres dans les églises de son diocèse ; les religieuses se
fixèrent à Ische ; au début de septembre, le « nid de voleurs » était rasé (91).
L'expression est de la Gazette de France, dans une correspondance de La Mothe ;
elle rend assez bien le sentiment général. Les écrivains officieux à Paris
célébrèrent avec enthousiasme, en vers et en prose, en latin et en français, la
chute définitive d'une forteresse qui, depuis si longtemps, tenait en échec les
troupes de Sa Majesté (92). Et dans le pays même, le soulagement fut extrême :
nous avons vu que la garnison levait sur les lieux d'alentour et jusqu'en des
régions éloignées, les contributions ducales ; les villages français se
trouvaient libérés, et les villages lorrains se flattaient de l'espoir que la
domination nouvelle serait moins lourde que l'ancienne. La reconnaissance des
populations prit parfois des formes étranges: Magalolti fut vénéré presque à
l'égal d'un saint, puisque non seulement les habitants de Chaumont sortirent en
foule au devant de son corps et lui firent, à travers leurs rues tendues de
deuil, des funérailles triomphales (93), mais que les chanoines de la collégiale
et les capucins du couvent se disputèrent son tombeau et rendirent nécessaire
par leurs querelles l'intervention de Mazarin (94). Dom Bigot lui même, encore
qu'il eût été témoin des ravages qu'exerçaient les Français et n'ait point
souffert des courses de Cliquot, se fait l'écho des satisfactions officielles
(95). Il nous faut recourir aux documents d'archives pour saisir mieux la
vérité. Les Lorrains s'aperçurent vite qu'ils n'avaient rien gagné à la
disparition de La Mothe : ils avaient subvenu, pendant le siège, à l'entretien
de l'armée royale (96) ; lorsque la place eut été réduite, ils apprirent que, «
comme ils en devaient tirer des avantages particuliers, il était juste et
raisonnable » qu'ils contribuassent à la démolir (97) ; toutes les villes des
Vosges fournirent des pionniers, non pas, comme le croyait dom Bigot, en
doublant avec allégresse les chiffres qu'indiquait l'administration (98), mais
au contraire fort difficilement : les travailleurs, à peine réunis,
s'enfuyaient; et M. de Gombault, chargé de ce service, fut contraint, pour
empêcher l'abandon total de ses chantiers, d'envoyer aux galères les
récalcitrants (99).
Ces résistances locales, non plus que les coups de main de quelques officiers
échappés de La Mothe avant la reddition et réfugiés dans les bois (100), ne
pouvaient émouvoir le gouvernement français. Et déjà il songeait à tourner ses
armes contre Longwy (101).
La garnison de cette place, moins bien composée et commandée plus médiocrement
que celle de La Mothe, n'en faisait pas moins des incursions fréquentes dans le
Barrois, la Lorraine, le Pays messin, qui s'en trouvaient fort incommodés; cette
année 1645, des partis furent signalés à Louppy, à Malatour, à Gorze (102) ; et
Bataille, gouverneur de la ville, aurait, au mois d'avril, surpris sans doute à
Saint-Mihiel le régiment de Vatimont, s'il n'en eût été empêché par la mauvaise
volonté des habitants, qui exigeaient, avant d'agir, un ordre exprès du duc
Charles (103).
Il était évident que la pacification de la province ne pourrait être complète
qu'après la prise de Longwy. L'opération cependant fut assez longtemps différée
: la proximité de la frontière et le souvenir de La Mothe étaient cause qu'on
s'exagérait la difficulté. Ce fut seulement au mois de mai 1646 que Mazarin,
ayant reçu de Fabert des avis rassurants sur la situation au Luxembourg, les
transmit à La Ferté qui devait, en qualité de lieutenant-général, se mettre à la
tète des troupes (104). Les courses que les Lorrains poussaient jusqu'en
Champagne ne permettaient pas de tarder davantage (105). Le 17 juin, Mazarin
donnait l'ordre de commencer le siège (106). Et le 28, 1,500 cavaliers et 4,000
fantassins s'établirent autour des remparts. Ces forces étaient hors de
proportion avec celles des assiégés : Saint-Amour (107), qui dirigeait la
résistance, ne disposait que de 300 hommes : il abandonna sans combat la
ville-basse pour concentrer la défense dans la ville-haute et le château. Il
aurait pu tenir quelques semaines, les murailles étant très solides et la
situation matérielle excellente ; mais il n'ignorait pas qu'il n'avait aucun
secours à attendre ; il crut avoir assez fait, lorsqu'il eût obtenu, le 12
juillet, une capitulation des plus honorables (108).
La chute de Longwy marquait le terme de la lutte régulière en Lorraine ; il n'y
avait plus à craindre que les expéditions sans grande importance des garnisons
de Bitche et de Hombourg ; les soldats assurément n'en manquaient pas d'audace ;
ils s'étaient avancés en 1645 jusqu'à Lunéville (109), mais ils étaient trop peu
nombreux pour songer à autre chose qu'à la maraude. La Ferté-Sénectère put
quitter son gouvernement et figurer en automne à l'armée de Condé ; aucune
opération militaire ne fut jugée utile en son absence.
L'année 1647 fut également des plus calmes. On eut au printemps quelques
inquiétudes. Mazarin avait appris que le duc Charles, le landgrave de Darmstadt,
le comte de Wolmar, fils naturel du roi de Danemarck, s'avançaient vers le Rhin
; La Ferté fut averti de se tenir sur ses gardes, de concerter les mesures
indispensables avec le landgrave de Hesse et l'électeur de Trêves (110), et de
veiller soigneusement à la défense des places qui dépendaient de la France
(111). Ces inquiétudes pourtant ne furent jamais assez vives pour détourner le
gouvernement de diriger sur la frontière de Picardie, dès le mois d'avril, les
troupes qui prenaient leurs cantonnements en Lorraine ; d'Erlach reçut l'ordre
simplement d'envoyer à Nancy des renforts (112) et Turenne, qui stationnait en
Luxembourg, détacha vers le sud un corps de cavalerie (113). Bientôt même La
Ferté dut en personne se rendre à Marle (114) pour surveiller et hâter la
concentration de l'armée ; le 11 juin, il était à la Fère, le 16 juillet à
Landrecies ; ses lieutenants suffisaient à défendre la province que personne ne
menaçait plus (115).
Nous n'avons à noter en effet, durant tout l'été, que quelques courses hardies,
mais plus importunes que redoutables, de partisans espagnols ou lorrains. Des
soldats de la garnison de Luxembourg viennent, le 2 juin, se poster en trois
embuscades au village de Lay, aux portes de Nancy, surprennent le coche,
détruisent l'escorte et font prisonnier le procureur général du Parlement de
Metz ; le bruit de cet exploit d'ailleurs se répand assez vite pour que M. de
Marolles, gouverneur de Thionville (116), ait le temps, alors qu'ils s'en
retournent, de leur barrer la route et de délivrer le captif (117). Le 20 juin,
Saint-Pol, capitaine à la compagnie des gardes de La Ferté, doit repousser de
Haroué et de Bayon deux partis de la garnison de Hombourg, d'ordinaire moins
aventureuse et qui jusque-là s'était bornée à ravager les bords de la Nied
(118). Le 30 juillet, Marville, à l'extrême frontière, est occupée par les
Français (119). Rien de tout cela n'était bien sérieux. Le 28 novembre, un
combat à Velle-sur-Moselle le fut un peu davantage : la compagnie des gardes ne
parvint pas sans difficulté à dissiper un groupe de cavaliers, venus de Bitche,
qui menaçaient le Vermois (120).
On ne peut cependant contester que la pacification de la Lorraine ne fût à ce
moment un fait accompli et qui semblait définitif. La rencontre de Velle est le
dernier fait de guerre qui mérite d'être rapporté avant ceux plus considérables,
par où, dans la province, se traduisit la Fronde, En 1648, les troupes royales
battaient à leur tour le pays pour en assurer la police et les pillards, sortis
de Hombourg et de Bitche, ne s'aventuraient guère à dépasser les alentours de
ces places, certains, s'ils atteignaient seulement Faulquemont ou Créhange, de
s'attirer quelque immédiat et rude châtiment (121).
Dans ces conditions, La Ferté-Sénectère, durant les mois d'hiver, les seuls que
d'habitude il passât à Nancy (122), tenait l'emploi bien plus d'un chef d'armée
commandant les corps de réserve que d'un gouverneur chargé de maintenir dans
l'obéissance un peuple conquis. Lorsqu'en janvier 1648, Mazarin lui adresse ses
instructions, il lui recommande d'assister l'électeur de Trêves, s'il est
attaqué, de surveiller la frontière de Champagne, de seconder autant qu'il lui
sera possible les mouvements de Turenne sur le Rhin, mais il n'ajoute aucune
recommandation particulière au sujet du duché (123). Et l'année suivante, il
marque plus nettement encore ses intentions et le rôle qu'il destine aux troupes
cantonnées en Lorraine, lorsqu'il écrit au marquis: « Les avis que nous avons...
de la marche de Lamboy... nous ont obligés à vous dépêcher ce courrier pour vous
exhorter d'avoir soigneusement l'œil à tout ce qui se passera et
particulièrement vers le Rhin où nous croyons que vise Lamboy et qu'il en
veuille à Mayence. Vous connaissez assez l'importance de cette place pour
manquer de donner à M. le vicomte de Courval (124) les assistances qu'il vous
demandera... Cela n'empêchera point que vous ne deviez tourner la tête aux
autres endroits où les ennemis pourraient entreprendre quelque chose et employer
les forces que vous avez pour les garantir... » (125) Bientôt d'ailleurs cette
mission même devient presque illusoire: la guerre se portait sur la frontière de
Picardie ; les clauses de la paix de Wesphalie recevaient sans peine leur
exécution ; le duc de Lorraine, à la faveur des embarras de Mazarin, une fois de
plus négociait; nul ne songeait à entreprendre sur la Moselle ou le Rhin quelque
expédition sérieuse (126). La Ferté, en juillet 1649, fut envoyé dans le pays de
Trêves pour mettre fin à une querelle entre l'électeur et ses chanoines,
excellente occasion, pensait le cardinal (127), de faire vivre l'armée aux frais
de l'étranger. Et, en janvier 1650, le calme paraissait à ce point assuré que le
colonel Ohem, à Épinal, réduisait ses quatre régiments en autant de compagnies
(128).
Quelques jours plus tard cependant, le 28 janvier, La Ferté recevait l'ordre de
réunir en toute hâte les troupes de Champagne et celles de Lorraine et de se
tenir prêt à marcher (129). C'était le signal de la reprise inattendue des
opérations militaires et le début d'une période nouvelle d'évolution et de
combats. CHAPITRE II
L'expédition de Ligniville et l'expédition de Condé. (1650 1654)
Cette activité soudaine n'avait pas pour cause des événements
militaires ou diplomatiques, propres à compromettre la sûreté des frontières,
mais une évolution assez brusque, sinon surprenante, de la politique intérieure
française Le 18 janvier 1650, Mazarin avait ordonné l'arrestation de Condé,
devenu, après sa victoire sur les Parlementaires, un embarras plus qu'un
soutien. Ce parut une occasion propice de réoccuper les quatre places lorraines,
Clermont, Stenay, Dun et Jametz, dont on avait dû payer, en décembre 1648, la
fidélité du prince (130). Les régiments que rassemblait La Ferté n'avaient point
d'autre mission ; ils parurent, le 14 février, devant Clermont, que sa garnison,
en l'absence du gouverneur, ne voulut pas défendre et qu'ils occupèrent sans
combat (131). Ils marchèrent ensuite sur Stenay (132). L'entreprise ici sembla
plus malaisée : dans la ville, où La Houssaye, au nom de Condé, maintenait son
autorité, tous les rebelles se donnaient rendez vous ; Turenne vint en personne
organiser la résistance ; la lutte changeait de face : la guerre civile
commençait. La Ferté-Sénectère suspendit donc son offensive: trop faible pour
attaquer, en attendant les troupes allemandes envoyées par Mazarin, il se
contenta d'observer Turenne, qui songeait, disait-on, à se jeter en France (133)
; à la fin d'avril, presque face à face, les deux armées s'immobilisèrent.
Le duc Charles cependant se flattait de profiler de ces troubles au mieux de ses
intérêts : il ne jugeait pas impossible, tandis que La Ferté se trouvait retenu
sur la Meuse et que les Espagnols envahissaient l'Argonne, qu'un coup de main
réussit à lui restituer ses États. Et, s'il n'eut pas l'énergie, abandonnant
Bruxelles et ses plaisirs, d'entrer lui-même en campagne, du moins il se déclara
publiquement pour les princes, traita avec Madame de Longueville et mit à la
disposition de Turenne les régiments du baron de Fauge (134). Aux frontières,
ses ordres ranimaient l'ardeur de ses troupes ; des bandes pillèrent le pays
jusqu'auprès de Boulay (135) ; la garnison de Hombourg, traînant derrière elle
ses canons, fit en juin une incursion victorieuse sur les bords de la Sarre:
Vaudrevange, Saint-Jean, Sirsberg, en quelques jours furent enlevés (136).
Le duc espérait beaucoup d'un effort plus décisif. M. de Ligniville reçut la
mission de pénétrer en Lorraine, et tout aussitôt s'en acquitta. Vaillant homme
et noble cœur, habile non moins que dévoué, plein d'entrain, d'énergie,
d'expérience, c'était le plus capable des lieutenants de Charles IV (137). Il
n'avait avec lui que 4,000 soldats. Ils luisuffirent pour mener une expédition
brillante, illustrée de succès rapides et qui sans doute, si les renforts
nécessaires n'avaient pas fait défaut, eût modifié la fortune.
A vrai dire, le duché se trouvait sans défense. Mazarin parait n'avoir prévu ni
la résistance de Stenay ni l'action immédiate des Espagnols et des Lorrains. Il
avait en tout cas négligé d'y pourvoir. L'apparition de Ligniville jeta partout
le désarroi ; Metz « n'avait plus un grain de poudre » (138); Nancy « pas un
grain de blé » (139) ; La Ferté pour tenir tête aux Espagnols, s'était éloigné
de son gouvernement, vers l'Aisne, la Fère et Guise (140) ; les garnisons,
laissées sans ordre, se renfermaient en toute hâte dans leurs murailles (141).
En ce moment Rosworms, colonel weymarien, qui conduisait en Champagne 1,500
Allemands, traversait les Vosges sans être averti du péril. Ligniville se mit à
sa poursuite, le manqua à Rambervillers, l'attendit vainement à Charmes (142),
enfin, guidé par un homme du pays, le rejoignit près de Châtel, aux défilés du
bois de Vincey (143). La lutte fut courte: les Allemands surpris, assaillis de
front et de flanc, se dispersèrent, laissant quelques morts, un plus grand
nombre de prisonniers et leur chef même aux mains du vainqueur (144). Succès
médiocre en somme, mais dont les conséquences furent assez grandes : il
démoralisa les Français, enclins déjà à s'exagérer la force de leurs adversaires
; il accrut surtout de façon notable la petite armée lorraine: les Allemands y
prirent du service ; les paysans sur son passage accoururent grossir ses rangs,
à tel point qu'on dut prononcer contre eux des pénalités sévères et d'ailleurs
platoniques (145).
Dès lors l'armée ducale ne connait plus d'obstacles. La défaite de Rosworms est
suivie de la reddition de Châtel. Celle ci entraîne toutes les autres. Des
places vosgiennes, les plus solides offrent à peine quelque résistance : dès les
premiers jours du mois d'août, Épinal est remis, avec l'aide des habitants, «
sous l'obéissance de Son Altesse par M. Belrupt, général de ses armes » ;
Mirecourt ne fait pas montre de plus de mauvaise grâce (146) ; à Neufchâteau,
s'il faut en croire Beauvau, les assiégés veulent bien prendre, afin d'avoir
prétexte à capituler, une caque de navette pour un baril de poudre (147). Les
Français se fortifiaient à Thann (148) ; inutile précaution: Ligniville n'avait
point de visées sur l'Alsace. Il se dirige vers le Nord, envoie des sommations à
Toul (149), s'empare de Commercy, entre sans plus de peine dans Ligny et dans
Bar-le-Duc : impuissants ou séduits, les gouverneurs parlementent après quatre
volées de canon. Des officiers, des partisans, battant la campagne, enlèvent en
même temps les châteaux: Void, Haroué, Tonnoy reçoivent des garnisons lorraines
(150). Moins de trois mois avaient suffi pour rétablir presque intégralement
l'autorité du duc. (Juillet septembre 1650).
L'œuvre était éphémère. Si Charles IV avait paru, peut-être, malgré leurs
souffrances, les populations toujours fidèles eussent-elles apporté à sa cause
l'appoint décisif de leur enthousiasme. Mais il usait en négociations stériles
ces jours heureux et semblait moins soucieux de reconquérir ses États que
d'élaborer des projets fort en désaccord avec sa situation de prince fugitif
(151). L'expédition de Lorraine avait cessé d'occuper son esprit : il n'envoyait
à Ligniville aucun des renforts attendus ; et même, rappelant de Stenay les
troupes du baron de Fange, il les employa, sous les ordres des Espagnols, à
secourir Cambrai que le comte d'Harcourt assiégeait (152). Tant d'indifférence
fut fatal. Il eût fallu, après la prise des villes vosgiennes, que Ligniville
marchât sur Nancy; réduit à ses seules forces il n'osa le tenter et se tourna,
nous l'avons vu, contre le Barrois. - C'était renoncer à tout succès définitif :
il n'était pas douteux que la province dût appartenir à qui tiendrait la
capitale (153). Or, en ce moment même, La Ferté-Sénectère, accourant de
Champagne, pénétrait de nuit dans Nancy; il y déploya une énergie fiévreuse,
emplit les magasins, munit les remparts, fut bientôt prêt à repousser les
envahisseurs (154). La question désormais se trouvait résolue : Charles IV et
Ligniville avaient perdu la partie.
Dès qu'il fut assuré de conserver Nancy, La Ferté songea à se donner de l'air.
Le sieur de Béreau fut chargé de reprendre Tonnoy. Mince épisode qui vaut
pourtant qu'on le souligne pour le jour qu'il jette sur l'état d'esprit des
Lorrains. Cette bicoque, sans autres murailles que celles de ses bâtiments,
avait pour garnison seize paysans des alentours, sous la conduite d'un
couturier. Ils refusèrent obstinément d'abandonner la place. La Ferté vint en
personne les menacer de les faire pendre. « Cette impérieuse parole n'étourdit
pas le gouverneur : il soutint avec une noble fierté la bienséance de son
caractère ; et, quoiqu'il sut la perte du château inévitable, il voulut
néanmoins le perdre avec cérémonie. » (155) Le plus remarquable est qu'il y
parvint ; Jean le Borgne et le marquis de La Ferté traitèrent ; l'armée
française rendit à ces paysans tous les honneurs militaires.
La Ferté avait hâte de se consacrer à des entreprises plus sérieuses. Il écrivit
au maréchal du Plessis, qui commandait en Champagne, pour solliciter le concours
des régiments allemands de Fleckenstein (156). «Encore qu'il fût plus en peine
de ce qui se passait à Mouzon que des pilleries lorraines » (157), le maréchal
ne refusa point et Fleckenstein fit telle diligence qu'il atteignit le Barrois
avant qu'on eût signalé son approche. La Ferté vint le rejoindre à la faveur des
bois, sans éveiller plus d'attention. Tous deux se mirent aussitôt à la
poursuite de Ligniville qui, maître de Bar, se dirigeait vers Saint-Mihiel
(158). L'armée lorraine commit l'imprudence de ne pas couper derrière elle les
ponts de la rivière d'Aire ; aussi le 9 octobre, comme elle s'installait au
bivouac, près du village de Lavallée (159), elle fut brusquement attaquée. En
vain Ligniville s'efforça de former, puis de rallier ses escadrons. Ils se
débandèrent, abandonnant canons et bagages et près de 1,100 prisonniers (160).
Lui même eut grand peine à traverser la Meuse pour gagner Saint-Mihiel. Là,
rejoint par 300 cavaliers et de nombreux fuyards, il put reconstituer quelque
semblant d'armée ; par Pagny, Uruffe, Neufchâteau (161), échappant à force de
hâte aux recherches du gouverneur de Toul et jetant au passage dans les villes
ce qui lui restait d'infanterie, il vint à Aigremont se réfugier et se refaire
(162).
La défaite était grave, non point peut être irréparable. Il eût suffi pour en
détruire l'effet que La Ferté de nouveau fût allé servir en Champagne et que
Ligniville eût eu le temps et le pouvoir de réorganiser ses troupes. Mais La
Ferté refusa de se conformer aux instructions de du Plessis qui l'appelaient au
secours de Mouzon, estimant plus profitable d'enlever sans retard les petites
places lorraines (163). Et Ligniville tout au contraire abandonna, par ordre du
duc Charles, son quartier d'Aigremont pour aller rejoindre auprès de Turenne les
corps du baron de Fauge (164). La lutte dès lors, encore qu'elle dût se
prolonger, perdait son importance. Bassompierre (165), avec les débris de
l'armée ducale, s'épuisait en escarmouches contre la milice de Langres (166) ;
les sieurs d'Yver et du Bois, capitaines des bourgeois de cette ville, dont la
Gazette nous rapporte sur le mode épique les plus menus exploits, tout au moins
lui faisaient tête (167); et peut être en effet ne se fût-il point maintenu sans
le secret appui que lui prêtaient les paysans (168). Il n'était donc pas
question pour lui de s'opposer aux progrès des Français. Après sa victoire, La
Ferté-Sénectère s'était avancé sur Ligny ; il s'exposa si fort à l'attaque du
château qu'il fut blessé grièvement et dut confier à Fleckenstein la suite des
opérations (169). Le château de Void, dont Garnier était gouverneur, offrit une
résistance vigoureuse qui ne put d'ailleurs que retarder sa chute (170).
Bar-le-Duc à son tour allait être assiégé, lorsque les nouvelles de Champagne
rappelèrent vers le nord les troupes de Fleckenstein : une rencontre était
imminente entre du Plessis et Turenne; Mazarin, revenu de Guyenne, concentrait
toutes ses forces.
La bataille de Rethel (15 décembre) ruina les dernières espérances du parti
lorrain : Turenne en fuite, Ligniville blessé, leurs soldats dispersés, les
officiers, qui tenaient les villes du Barrois et des Vosges, ne pouvaient plus
lutter que pour l'honneur. Il semble qu'alors le découragement et la colère se
soient emparé des sujets de Charles IV. Ce fut par endroits comme un sursaut de
rage. Dom Bigot nous raconte qu'après la défaite, les paysans, se ruant sur les
fuyards, en massacrèrent un grand nombre ; il ajoute, pour expliquer ces
violences : « les Lorrains n'ayant fait autre chose que manger le pauvre peuple
et commettre mille insolences; voilà leurs humeurs dans leur pays où depuis les
guerres ils ont plus ruiné que les nations étrangères ; cette dernière secousse
aura bien alourdi l'affection fervente qu'ils avaient à leur prince qui a
toujours demeuré à Bruxelles cependant que Turenne menait ses gens à la
boucherie. » Les tendances françaises de dom Bigot ne nous sont pas inconnues ;
il nous est permis pourtant de signaler dans ce passage un écho des désillusions
et des doutes qui troublèrent durant quelques mois l'âme populaire (171). La
Lorraine s'abandonna ; et La Ferté, à peine guéri, put remporter sans nul effort
toute une série de succès.
Huit mille hommes parurent devant Bar qui succomba, le 26 décembre, sans s'être
défendu (172). La garnison de Metz, vers le même temps, réoccupait Nauroy (173).
Puis les Français gagnèrent les Vosges; en vain Mailleferd, à Vicherey, se fit
tuer sur la brèche : il ne ralentit pas leur marche (174). Le colonel de
Stainville et le sieur d'Epinal livrèrent Mirecourt (175). Bassompierre à
Neufchâteau semblait plus redoutable ; le colonel de Mépas le défit pourtant
aisément (176). Badonviller fut évacué sans combat (177). Aigremont, d'où les
fourrageurs lorrains s'abattaient depuis si longtemps sur le pays de Langres et
les frontières de Bourgogne, fut enlevé par surprise (178) La victoire française
était aussi prompte que jadis la débandade. Et le bâton de maréchal accordé sur
ces entrefaites à La Ferté-Sénectère parut la récompense à peine anticipée de la
soumission complète du duché (179).
Il s'en fallait de la prise d'Epinal, et ce fut là l'obstacle. Dans la ville
commandait Belrupt; il avait avec lui les meilleures troupes ducales ; il brava
toutes les attaques. La tradition lorraine nous rapporte avec fierté quelques
épisodes du siège : la brèche ouverte, comme les Français, parvenus au pied des
remparts, hésitaient à donner l'assaut, Belrupt et Remécourt crièrent au
maréchal qu'ils étaient prêts, s'il n'estimait la route assez facile, à faire
jeter bas cinquante pas de muraille. « Cet outrageux défi emporta jusque sur la
brèche quelques uns des plus téméraires, mais ils n'y gagnèrent que des coups de
faulx, dont les assiégés s'armèrent pour moissonner ces aventuriers, qu'ils ne
jugèrent pas digne de recevoir à coups d'épée» (180). En fin de compte, La
Ferté, quittant la partie, dut le 12 février 1631 se replier sur Nancy.
Un second échec qu'il subit devant Neufchâteau lui démontra que le pays secouait
son accablement et que les victoires françaises, non plus que les fautes du duc,
n'avaient brisé définitivement la fidélité lorraine. Il crut alors devoir
prendre contre les nobles, dont il suspectait les sentiments secrets, certaines
mesures de rigueur, sur lesquelles nous aurons lieu plus longuement de revenir.
Mais sa colère, si vive fut-elle, ne l'entraîna pourtant à aucune imprudence ;
il ne pensa pas qu'il fût nécessaire de s'obstiner dans une entreprise dont le
succès lui rapporterait moins de profits que l'insuccès de désagréments. Les
événements parisiens s'accordaient d'ailleurs avec ses résolutions pacifiques;
c'était le moment où Mazarin, après avoir délivré les princes, sortait de France
en fugitif (février 1651). Le maréchal vint en personne à sa rencontre,
l'accueillit avec grand honneur, facilita son voyage, multiplia les témoignages
de respect et de dévouement (181).
Cela n'empêchait point que des tendances nouvelles prévalussent qui se
traduisirent en Lorraine par l'établissement d'une sorte de trêve. Clermont fut
restitué à Condé (182). Des lettres patentes, octroyées d'un commun accord par
Louis XIV et Charles IV, assurèrent la neutralité de Remiremont, d'Arches et de
Bruyères (183). La princesse de Phalsbourg obtint même faveur pour Neufchâteau,
sa propriété, moyennant que fussent rasées quelques fortifications récentes
(184). La tranquillité pour quelques mois se rétablit : les adversaires
demeuraient sur leurs positions.
Une provocation du duc Charles ranima les hostilités. La Ferté fut averti que
les Lorrains munissaient Vaudrevange, à dessein d'y créer un dépôt, presque une
citadelle, entre Luxembourg et les Vosges. Il ne pouvait tolérer la continuation
de cette entreprise, attaqua la ville, la réduisit aussitôt et la démantela
(185). Mis en éveil par cet incident, il songea de nouveau à réduire Épinal.
Mais sa tentative cette fois fut indirecte ; il vint investir Châtel, la plus
forte des places qu'avait occupées Ligniville, espérant, s'il l'enlevait, ne pas
rencontrer ailleurs trop vive opposition : Beaufort n'était point homme à
capituler sans combat ; six semaines de siège et 4,000 coups de canon n'avaient
pas abattu son courage, lorsqu'un ordre exprès de son souverain le contraignit à
se rendre ; la garnison sortit, le 3 septembre, avec ses armes et son bagage
(186). C'était le terme de la lutte. Épinal, sans plus attendre, ouvrit ses
portes aux Français et, par l'entremise de Mme d'Orléans, fit admettre sa
neutralité. L'expédition de 1650 n'avait abouti, comme le note tristement
Beauvau, qu'à ruiner toujours davantage ce malheureux pays.
Au moment où le calme se faisait en Lorraine, en France la guerre civile
recommençait. Nous en savons les détails: Condé quitte la cour ; Mazarin revient
en vainqueur. L'événement tout d'abord est profitable au duché, dont il prolonge
la tranquillité. La Ferté prête au cardinal un concours sans réserve (187),
reçoit un rôle dans les négociations compliquées où s'embarrasse Charles IV
(188), prend part aux opérations qui se déroulent autour de Paris (189) et ne
reparaît à Nancy qu'en octobre 1652 (190).Durant son absence, la paix n'a pas
cessé d'être profonde dans son gouvernement et si, au courant d'août, Brinon,
son lieutenant, a dû bloquer Marsal (191), les voisins immédiats en ont seuls pu
souffrir. Mais ce bonheur est passager : en novembre, brusquement la situation
se modifie : le pays meusien tout au moins va servir une fois encore de cadre
aux hostilités.
Condé vaincu a rejoint l'armée d'Espagne ; avec elle, il fait dans le nord une
incursion rapide, enlève Rethel, menace Sainte-Menehould (192). Mazarin presse
La Ferté de protéger la Lorraine (193). Déjà il est trop tard. Sainte-Menehould
capitule. Le chevalier de Guise (194) et le baron de Fauge, avec les troupes de
Charles IV, assiègent Bar-le-Duc; Fauge est tué ; mais la place succombe après
cinq heures de canonnade (195). Condé passe à Clermont qu'il fortifie, redescend
l'Aire : Ligny et Commercy obéissent à la sommation d'une quarantaine de
dragons, « sous la croyance que ce sont gens de Lorraine (196). » Void aussitôt
suit cet exemple. Toul est en proie à une terreur telle que les habitants
s'enfuient ; le Parlement « déloge des premiers » pour se réfugier à Nancy ; La
Ferté, dans ce désarroi, à la tête de 400 hommes, fait démolir les faubourgs et,
des bois des maisons ruinées, élève autour de la ville une contre-escarpe
puissante (197). Condé avance, puis soudain s'arrête : avis lui est venu de
l'approche de Turenne (198) : abandonné des Espagnols et peu sûr des Lorrains,
il préfère éviter le combat ; son expédition ne sera qu'une chevauchée brillante
; il s'y résigne et bat en retraite, le 1er décembre, vers le Luxembourg (199).
Les deux maréchaux, à cette nouvelle, se jettent derrière lui : ils bloquent
Ligny, Void, Commercy; Turenne, le 5 décembre, prend position devant Bar
(200).Tant de diligence est assez mal récompensée ; d'abord surpris, les
Lorrains s'enferment dans les citadelles et tiennent tête (201). Le siège de Bar
en particulier, auquel assiste Mazarin, est des plus rudes ; dès le 7, il est
vrai, la ville basse est emportée; mais la ville haute et le château font
meilleure contenance; on tire contre eux plus de 200 coups ; on ouvre dans les
remparts cinq brèches importantes (202) ; les 700 soldats d'élite, les 200 vieux
officiers, qui les défendent, protestent malgré tout « vouloir plutôt périr que
d'être prisonniers », et si pourtant ils capitulent, c'est le 19 seulement,
faute de poudre, après avoir réduit par leur entêtement «le cardinal au
désespoir» (203). On envoie sans désemparer « les gros canons » devant Ligny ;
l'argument est si pressant que la garnison n'y peut résister; elle immobilise
toutefois durant six jours encore l'armée de La Ferté et ne se rend que l'ayant
contrainte à faire jouer ses mines, à prononcer son attaque (204).
Graves retards propres à compromettre toute la suite de la campagne (205). Condé
avait tiré parti du répit qu'on lui laissait, en ravageant de telle sorte les
environs de Sainte-Menehould que Mazarin dut renoncer à faire vivre là ses
troupes (206). Et Fuensaldana (207) dirigeait vers l'Aisne des renforts si
considérables que le cardinal fut obligé de conserver auprès de lui, dans sa
marche sur Chàteau-Porcien (208), tous les corps de La Ferté (209).
C'était se détourner de la Lorraine sans l'avoir entièrement soumise. Clermont
et Stenay, Void et Commercy, d'autres petites places restaient au pouvoir des
rebelles ; et les escarmouches, qui se multipliaient aux alentours, ne
laissaient pas d'être importunes (210). Cette situation se prolongea plus
longtemps qu'on aurait pu croire et même après que La Ferté, en février 1633,
eut regagné son poste (211). Sans doute, le maréchal usa du prétexte qu'offrait
l'incursion du baron de Fauge pour violer dès son retour la neutralité consentie
à certaines villes vosgiennes : Remiremont, Épinal, Neufchâteau furent occupés
(212). Mais il se rendit maître seulement assez tard, en avril et en mai, de
Void (213), d'Ornes (214), de Sorbey (215), de Longuyon (216) ; et lorsqu'au
mois de juin, il quitta de nouveau Nancy pour faire le siège de Rhétel, il
laissait au comte de Brinon le soin de prendre Commercy. La ville ne fut
emportée, le 23 juillet, qu'après des rencontres sanglantes (217). Et ce succès
ne mit pas fin à la période de troubles que le duché traversait.
Bien au contraire, il coïncida avec une recrudescence des courses de maraudeurs
; il semble qu'on soit ramené au lendemain de la chute de Longwy : ainsi qu'en
1647, des bandes parcourent le pays, vont, viennent, pillent et disparaissent,
insaisissables et ruineuses. Le colonel Smidt, qui campait au bord de la Sarre,
battait le pays messin ; sa cavalerie tenta même d'enlever Rambervillers (218).
La garnison de Bitche avait établi un poste avancé dans Bouquenom (219) ; Brinon
dut faire appel pour s'en débarrasser à M. de Marolles et maintenir par prudence
quelques troupes à Nomeny (220). Les cinq régiments lorrains, cantonnés autour
de Landsthul, de Bitche et de Hombourg, poussaient leurs pointes jusqu'aux
portes de Metz, s'emparaient du bétail, causaient force dégâts (221). Mais rien
n'était comparable à la fureur dévastatrice du comte de la Suze (222), qui
tenait Belfort au nom de Condé : il s'était improvisé dans les Vosges une
manière de souveraineté, donnait des ordres, levait des contributions, non
point, comme les Cravates, sans règles ni contrôle, mais par des procédés qui
voulaient être réguliers (223), généreux d'ailleurs à ses heures et sachant se
laisser fléchir (224), cependant très redouté, et si redoutable en réalité, par
l'appui qu'il pouvait prêter en Alsace au comte d'Harcourt, dont la fidélité
était suspecte, que La Ferté, en plein hiver, se décida à l'attaquer (225).
L'expédition fit quelque bruit, moins pour les difficultés que présenta le siège
que pour l'époque où il fut tenté ; le maréchal franchit les Vosges, mena son
canon à travers la neige ; les rebelles durent confesser « qu'aucune saison ni
précaution ne donnaient de bornes à sa valeur (226) » ; ils capitulèrent, le 7
février 1654, après vingt jours de résistance (227). La province enfin respira
(228): Stenay seul et Clermont demeuraient aux mains de Condé.
Stenay ne fut pas pris sans une opiniâtre défense : du 19 juin au 5 août, «
1,500 hommes en 8 régiments », tant espagnols que français, sous Coldbrand et
sous Chamilly, s'opposèrent à tous les efforts de Fabert, du cardinal et du roi
(229). A Clermont, Chérisy eut aussi vaillante attitude : dès le mois de
juillet, le comte de Brinon occupa dans les environs quelques postes avantageux,
afin d'empêcher ou de restreindre les courses de la garnison (230) ; il y
réussit assez bien, mais ne put, le 1er octobre, barrer la route à 700 hommes,
que M. de Duras vint jeter dans la place; tous les bourgeois s'étaient enfuis ;
les opérations traînèrent ; à la fin d'octobre seulement, l'attaque commença
dans les règles ; le 9 novembre, La Ferté parut en personne, et le 23, après
l'explosion des mines, leurs officiers hors de combat, les assiégés négocièrent
(231); on leur donna la liberté. Le chevalier de Clerville abattit les murs de
la ville ; le Clermontois par mesure administrative fut réuni à la Lorraine
(232).
Les hostilités étaient closes. Il ne restait rien à Condé de son domaine, rien
au duc Charles de ses Etats, pas un ennemi sur le sol lorrain (233) ; on ne
pouvait souhaiter victoire plus éclatante. La Ferté Sénectère en tira quelque
vanité (234) ; il ne lui déplaisait pas de conclure en apothéose une période qui
n'avait pas commencé sans lui causer de graves inquiétudes : ses ordres lui
ménagèrent à Nancy une réception triomphale; il rentra au bruit du canon, salué
de compliments officiels; et les bourgeois durent illuminer « par marque de leur
joie de revoir ce gouverneur », - dont ils avaient, les années passées, si
vivement espéré que Ligniville, la Fronde ou Condé les débarrasserait.
CHAPITRE III
Deuxième pacification. (1654-1661) La
pacification était complète. Mieux que cela : définitive. Ce n'est point là,
comme en 1652, un trêve entre deux combats, un court repos entre deux crises. La
guerre s'est transportée sur les frontières de Flandre (235) ; le duché
désormais est mis hors de la lutte. Les rôdeurs mêmes, Cravates ou soldats, sans
points d'appui, sans lieux de refuge, peu à peu deviennent moins nombreux, puis
disparaissent; les troupes françaises ont le loisir d'exercer une police sévère;
et l'opinion, d'ailleurs, jusqu'alors favorable à ces aventuriers, les
abandonne, dès qu'ils ne semblent plus défendre les intérêts nationaux. Or,
Charles IV était captif dans les prisons d'Espagne (236) ; la duchesse Nicole se
ralliait à la France ; le roi, sur sa prière, faisait savoir aux gouverneurs de
Bitche, de Hombourg et de Landsthul, qu'il les prenait sous sa protection (237)
; cette attitude nouvelle décourageait et condamnait la résistance. Tout
concourait ainsi à rendre plus aisés l'établissement et le maintien de l'ordre ;
pour la première fois, depuis vingt-deux années qu'ils occupaient la Lorraine,
les Français étaient libres de l'administrer à leur gré, sans craintes et sans
entraves : « 1,900 vedettes et 1,500 hommes de pied, paraissaient forces
suffisantes pour contenir tout un peuple (238). »
L'histoire militaire, en cette période, se réduit donc à peu de choses. A peine
pouvons-nous noter une dernière course, en août 1655, des cavaliers de Bitche
sur les bords du Madon, et le rude accueil que leur fit la garnison de Mirecourt
(239) ; l'attaque de Mussy, vers le même temps, par le comte de Brinon (240) ;
une escarmouche à Vaudrevange, en 1656, entre un corps espagnol sorti de
Luxembourg et les soldats royaux (241), - incidents sans importance, comme aussi
sans lendemains.
Plus intéressante est la négociation assez longuement poursuivie avec le colonel
Croonders (242), qui commandait à Hombourg, parce qu'elle nous permet de saisir
en quel désarroi se trouvait alors la conscience populaire lorraine. Au moment
où les régiments de Nicolas-François, frère de Charles IV et son successeur à la
tête de ses troupes, désertaient pour passer en France, l'armée de Fuensaldana
(243), le duc de Guise (244) tint à conclure, au nom de Nicole, un traité avec
Mazarin (245) : Dieuze, Marsal, Bitche, Landsthul, Hombourg, quelques autres
places dont la plupart étaient aux mains du cardinal furent déclarées neutres.
L'émoi se manifesta très vif dans les villes demeurées soumises à l'autorité du
duc. Les gouverneurs protestèrent, se refusèrent à obéir : il leur fallait
nourrir, entretenir leurs compagnies, les régiments mêmes, sortis de Flandre,
qu'on envoyait chez eux prendre quartiers (246) ; c'était les condamner à la
famine que leur interdire d'exercer, autour de leurs forteresses, le droit de
réquisition (247). Croonders, parmi tous, parla si haut que Saint Martin (248),
qui suivait l'affaire, craignit de le voir bientôt prendre son indépendance ;
Charles IV avait remis en termes formels pleins pouvoirs à la duchesse (249) ;
Croonders, n'en voulant point tenir compte, entrait en rébellion (250).
Saint-Martin, dans ces conjonctures, eut l'ingénieuse pensée de faire adresser
par le duc prisonnier une lettre à son gouverneur; celui-ci, tout aussitôt, «
réchauffé dans son zèle, exalté dans son affection, se tut et obéit (251) ».
Le fait est significatif. Il le paraîtrait davantage si cette soumission n'avait
coïncidé avec l'envoi sur la Seille de quelques troupes françaises. Guillemin
souligne la rencontre. C'est pure malignité : la mission de ces troupes se
rapportait à toute autre affaire ; elles venaient opérer à Dieuze ; Croonders ne
l'ignorait pas. L'incident, assez piquant, valut d'être remarqué (252); en
juillet 1657, des Espagnols, travestis en femmes, entrèrent à Dieuze, se
saisirent des portes, dispersèrent la garnison, enfumèrent dans sa maison
Gombervaux, fonctionnaire lorrain, fermier général des salines (253), le
contraignirent à se livrer ; puis, tandis qu'un corps de cavalerie, accouru de
Nancy, établissait autour du bourg le blocus suivant toutes les règles,
gagnèrent le large par les marais.
Le gouvernement de La Ferté-Sénectère, qu'avait inauguré le siège de La Mothe,
se clôt, au point de vue militaire, sur cette scène de haute comédie. Il n'est
pas indifférent de le constater. Ce rapprochement seul, à défaut de l'étude plus
précise que nous entreprendrons, permettrait de soupçonner combien furent
considérables, en ces dix huit années, et la transformation des circonstances et
l'évolution des esprits. DEUXIÈME
PARTIE
L'administration française.
L'histoire intérieure de la Lorraine durant le gouvernement de La Ferté-Sénectère
est étroitement liée à son histoire militaire. Il était naturel que les procédés
de l'administration française fussent différents, moins rigoureux ou plus
sévères, suivant que les chances de la guerre semblaient affermir ou
compromettre la domination royale. Il n'est point surprenant davantage que les
souffrances du peuple se soient accrues dans les instants de crise et que les
luttes de 1650 et 1652 aient attiré sur le pays des calamités nouvelles.
Ainsi les divisions chronologiques, que nous avons jusqu'à présent établies,
peuvent s'appliquer avec une égale précision aux faits économiques ou sociaux
dont nous allons commencer l'étude. Cette méthode aura le tort de disperser,
dans des chapitres divers, la mention de rapports, d'arrêtés, d'ordonnances dont
l'ensemble, en chaque matière, - finances, police, approvisionnements... -
présente une incontestable unité. Mais, à vouloir suivre un ordre uniquement
technique, on s'exposerait à détruire toute impression d'ensemble. Il faudrait,
sous peine d'incessantes redites, qui lasseraient la patience et
compromettraient la clarté, renoncer à marquer les origines extérieures et la
dépendance mutuelle de ces mesures administratives, se borner en somme à
l'analyse un peu sèche et au commentaire trop bref des documents officiels. On
laisserait échapper la part la plus vivante, la plus intéressante, et l'on peut
dire la plus vraie de la réalité.
Il parait donc préférable de ne point changer de système : à chaque période
militaire, une période civile correspondra: la première pacification (1643-1650)
eut pour résultat naturel un relèvement économique, que compromirent un instant
les expéditions de Ligniville et de Condé (1650-1654), que confirma et
qu'accentua la seconde pacification (1654-1660). Nulle division n'est plus
acceptable, si l'on prend soin surtout, en groupant entre elles, dans chaque
période, les questions de même ordre, de ne pas rendre trop malaisée à
l'occasion une étude logique des faits.
CHAPITRE PREMIER
Les accusations contre La Ferté-Sénectère.
Avant d'entrer dans le détail de l'histoire administrative,
il est important de signaler et de combattre la tradition, fortement établie,
qui fait de La Ferté-Sénectère un « nouvel Attila ». L'expression est de dom
Rigot ; elle résume l'opinion courante (254). Guillemin, Beauvau, le P. Hugo,
les auteurs plus récents qui les paraphrasent, ont accrédité cette légende
(255). La Lorraine aurait été livrée, durant dix-huit années, à la brutale
rapacité d'un gouverneur, uniquement préoccupé de s'enrichir en foulant ses
administrés ; La Ferté serait, beaucoup plus que ses prédécesseurs, l'auteur
responsable de l'épuisement du peuple et de la désolation des campagnes, « le
militaire le plus capable, dit Haussonville, de s'opposer aux entreprises de
Charles IV, mais aussi le plus avide et le plus impitoyable des hommes » (256).
La difficulté est évidente. Nous espérons montrer, par l'étude même qui va
suivre, que le pays, en 1661, s'était, dans une assez large mesure, relevé de
ses ruines. Nous en chercherons la raison non seulement dans l'amélioration de
la situation extérieure et la conclusion de la paix d'Allemagne, mais dans
l'application d'un système nouveau, dans les efforts qu'à l'encontre de
Richelieu, Mazarin multiplia pour faire régner l'ordre, rétablir la prospérité.
Cette attitude du cardinal ne parait guère conciliable avec le fait qu'il eût
fermé les yeux sur les « voleries » de son principal agent (257) ; et la
restauration économique de la province ne l'est point du tout avec l'opinion
généralement admise que ces exactions furent assez lourdes pour accabler
définitivement la Lorraine. Il faut donc choisir entre les deux thèses. Je crois
pour ma part que les accusateurs ont exagéré leurs griefs et qu'un examen, plus
impartial ou plus précis que ceux jusqu'ici tentés, nous conduira à des
conclusions tout autres que les leurs.
Ce n'est pas cependant que les exigences personnelles de La Ferté-Sénectère
n'aient été souvent fort rudes. Les archives locales en font foi. Elles nous
rapportent, avec des paroles naïves et des chiffres éloquents, les réclamations
réitérées du gouverneur, les incessants soucis des échevins.
Nancy est la ville la moins épargnée. Il lui faut d'abord fêter par quelque
cadeau l'heureux choix de son nouveau maître : il en coûte 3,400 francs (258)
payés à Nicolas Racle, orfèvre, pour cent jetons d'or ouvragés. Guillemin nous
conte, et Lionnois après lui, que La Ferté, retournant les pièces, demanda
quelle cité figurait là et, comme on lui répondait que c'était Nancy même : «
Vous l'avez faite bien petite, répliqua-t-il ; j'attends des jetons plus gros où
je puisse mieux la reconnaître » (259). L'anecdote est piquante ; mais elle est
fausse : les jetons d'or ne sont inscrits qu'une fois cette année-là dans les
comptes municipaux. Ils reparaissent les années suivantes : ce fut l'étrenne
coutumière ; et souvent, afin de l'offrir, on dut lever un « débit » spécial
(260) ou tenter quelque emprunt coûteux (261). Il advint pourtant que le
maréchal s'estima peu satisfait: le 20 février 1654, avant reçu cent boutons
d'or, il fit prévenir le Conseil (262) qu'il en commandait six autres et priait
qu'on réglât la note (263). Dès lors le poids des jetons augmente, à défaut de
leur nombre; en 1656, en 1657, il est de 200 pistoles d'Espagne (264). Et, pour
finir sur un joli trait, le 23 février 1660, deux jours après la proclamation à
Nancy de la paix libératrice, La Ferté ne cacha pas qu'il serait aise avant son
départ de recevoir ses étrennes (265) ; il avait, le mois précédent,
magnanimement déclaré que « les circonstances étant différentes » il ne voulait
rien accepter; on l'avait pris au mot (266). Ce n'étaient pas les seules charges
que la ville dût supporter : le logement, l'entretien du gouverneur, la
décoration du palais et la fourniture du linge lui incombaient ; la dépense
n'était point médiocre. Le Ravissement des Sabines, tableau du peintre Deruet, «
que monseigneur le marquis avait témoigné désirer » fut payé 4,200 francs (267).
Un « pavé de marqueterie », par Antoine Grata, sculpteur, douze paysages de Jean
Callot compliquent étrangement, en 1654, les combinaisons budgétaires du
receveur du domaine (268). La même année, achat de fines serviettes et de trois
nappes « pour essuyer mondit seigneur lorsqu'il se baigne » (269), 1,700 francs,
au juste prix (270) ; le crédit avait été, en 1653, de 2,340 francs, non compris
le blanchissage. 1655, à cet égard, fut entre toutes une année funeste : La
Ferté-Sénectère, veuf depuis quelques mois (271), épousa au château de Fresnes
la demoiselle de La Loupe (272); il s'en suivit des fêtes fort brillantes, une
réception triomphale, dont le coût fut estimé à 3,044 fr. (273). Simple début.
Nancy dut pourvoir au trousseau, monter, si je puis dire, le nouveau ménage :
les frais, en 1656, dépassèrent sans doute 10,000 francs ; la caisse municipale
payait jusqu'à la chaudière, où cuisait « le potage des chiens» (274). Point
n'est besoin d'insister. On comprend aisément les plaintes qui s'échangeaient à
petit bruit et qui plus tard éclatèrent en accusations sanglantes.
La province, moins directement exposée aux réclamations du maréchal, n'était pas
exempte cependant de contributions semblables. Les villes du gouvernement, aussi
bien que Nancy, faisaient agréer leurs étrennes, souvent considérables : les
maires de Mirecourt, en 1644, témoignent qu'ils ont donné 710 francs pour un
cheval et 400 francs pour des nappes envoyés au marquis (275). Moins fréquentes
que celles imposées à la capitale, ces dépenses, en s'accumulant, ne laissent
pas toutefois que de paraître lourdes: Épinal, en 1615, fait hommage à Madame de
La Ferté d'un assortiment de serviettes acheté 411 francs (276) ; le maréchal
reçoit, en 1648, 39 pots de vin muscat (277), en 1651, du vin encore et des coqs
d'Inde, en 1652, des citrons (278) ; ce sont là bagatelles ; mais, en 1655, au
cours d'une inspection, il se fait « présenter » trois pièces de toile et des
nappes, qui valent plus de 900 francs, somme énorme, dont il est aisé d'estimer
l'importance, lorsqu'on réfléchit que les recettes d'Épinal n'atteignaient pas
30,000 francs (279). Et que dire, par comparaison, des frais que supporte la
petite ville de Mirecourt, lorsqu'il plaît au gouverneur d'y venir rendre visite
? 359 francs pour des dentelles en 1646 ; 431 francs en 1647 ; 342 francs en
1649 ; en 1654 du vin muscat, 480 francs ; et des dentelles encore, offertes à
la maréchale en 1655, 1,310 francs (280).
Tels sont quelques-uns des faits que nous révèlent les archives. On les note
d'ordinaire sans les discuter. Pourtant ils sont discutables, ou, tout au moins,
il est nécessaire, pour les comprendre bien, de les interpréter. Ils ne peuvent
revêtir leur vrai caractère, servir de base à notre jugement, que si nous
évitons de les apprécier en eux-mêmes, si nous cherchons à les éclairer par
l'étude d'autres faits qui les complètent et les conditionnent : intentions
mêmes et principes de La Ferté-Sénectère ; habitudes morales, coutumes
administratives alors généralement répandues.
C'est chose difficile que discerner avec précision l'état d'esprit du maréchal.
Ses lettres sont rares : il semble qu'il ait laissé toujours aux intendants le
soin de renseigner ou d'interroger le ministre ; lorsque cependant il écrit, il
le fait en soldat, brièvement, sans considérations accessoires et sans
réflexions personnelles. Sans doute son intelligence n'allait pas jusqu'à
concevoir qu'il pût, dans le poste élevé qu'il occupait, discuter avant d'obéir.
Ainsi nous sommes réduits à soupçonner seulement quelle était sa pensée. Malgré
tout, il nous apparaît qu'elle n'était pas faite tout entière d'aveugle
brutalité. On cite de La Ferté un mot significatif : « Il vaut mieux,
répondit-il à des bourgeois de Marie qui lui portaient leurs plaintes, être
mordu du chien de France qu'étranglé de la chienne d'Espagne ». Il ajoutait : «
Il faut que les troupes vivent (281) ». Et nous trouvons, par une heureuse
exception, dans l'une de ses lettres, le commentaire assez net de cette phrase :
« J'ai reçu un ordre de la reine pour la révocation d'exemption de toutes les
terres de Lorraine et de Barrois obtenue depuis deux ans. Je ne doute point que
cela ne fasse fort crier contre moi, mais pourvu que j'obéisse au commandement
de la reine et que je fasse mon devoir pour les intérêts particuliers de Votre
Éminence ; guerre et pitié ne vont pas ensemble (282) ». - Guerre et pitié ne
vont pas ensemble : en cette forte expression un caractère se révèle, étroit
peut-être, non point méprisable ; le panégyriste Bernard, sans doute, est près
de la vérité lorsqu'il écrit : « On ne saurait servir à deux maîtres ; le
maréchal bien souvent refusait, en qualité de gouverneur, ce qu'il eût accordé
sans doute en celle de monsieur de La Ferté (283) ». Et de fait cet homme,
impitoyable quand le liait sa consigne, l'était, bien qu'assez rude, beaucoup
moins lorsqu'il était libre. Nous le voyons, en 1655, donner au Carmélites de
Lunéville, réfugiées à Nancy, 12,000 francs de ses deniers, pour leur permettre
de s'établir (284), - ce qui contredit assurément les accusations d'avarice
portées d'ordinaire contre lui. Je ferai remarquer enfin, sans insister pour le
moment davantage, qu'il ne cessa pas de poursuivre avec rigueur ses subordonnés
suspects de prévarication : est-ce là la conduite d'un chef, dont la conscience
troublée doit tout craindre d'une dénonciation qu'inspirera la vengeance ? Il
nous est donc permis de croire que le maréchal, endurci plutôt que méchant,
grossier plus que malhonnête, considérait comme un des avantages légitimes de sa
charge les profits qu'il en tirait. Constatation capitale ; car, s'il estimait
agir dans la plénitude de son droit, c'est de toute évidence que ce prélèvement
par un fonctionnaire d'un impôt supplémentaire, dont ne saurait s'accommoder
notre délicatesse moderne, à cette époque et dans certaines limites (285) ne
soulevait aucun scandale (286). Dès lors les « voleries » de la Ferté cessent de
mériter pareil nom ou, tout au moins, ne paraissent plus exclusives des
intentions bienveillantes prêtées à Mazarin.
Les faits d'ailleurs sont probants : un simple coup d'œil jeté sur les archives
nous convainc que LaFerté, en acceptant les dons de ses administrés, ne faisait
rien que de très coutumier. Tout bailli ou tout gouverneur recevait des étrennes
; M. de Campi, à Mirecourt, exigeait un millier de francs ; son successeur, M.
de Massièges en demandait 1,500 (287). C'étaient là des bénéfices réguliers.
D'autres occasions étaient bonnes, au cours de l'année, d'augmenter ou de
remplacer un traitement que les caisses royales négligeaient trop souvent de
payer : M. de Massièges touche 400 francs (288) pour protester contre l'envoi
dans son gouvernement de troupes en quartiers d'hiver ; Mme de Boisseleau,
moyennant deux pièces de toile, engagera son mari à « soigner les affaires » de
la ville (289) ; et la comtesse de Brinon, moins besoigneuse, n'est pas pourtant
insensible à l'offre d'une petite biche que Sans Soucy et La Jeunesse lui
portent à Nancy au nom des bourgeois d'Épinal (290). Les officiers ont mêmes
habitudes. La règle est qu'on leur présente du vin et du gibier à leur entrée
dans les cantonnements ; si l'on veut obtenir que l'ordre règne, quelque
sacrifice plus sérieux ne semble pas superflu : le lieutenant colonel, qui
commande à Rambervillers en 1645, ne saurait à moins de 1,000 francs surveiller
ses soldats (291) ; d'autres par bonheur sont plus faciles à satisfaire : les
majors en général se contentent d'un fût de vin, les quartiers-maîtres de
quelques pistoles (292) ; Epinal éloigne, en 1645, deux compagnies en promettant
au capitaine, pour ses chevaux six sacs d'avoine et pour sa femme un gobelet
(293). L'exemple au surplus vient de haut. Les intendants, Vignier, Beaubourg,
Le Jay, participent aux profits (294), et si Colbert de Saint-Pouanges fait
vraiment « de grandes résistances » avant que d'accepter 60 jetons d'or, il ne
va pas toutefois jusqu'à les refuser (295). La duchesse d'Orléans chaque année
réclame quelques livres de ces confitures, quetsches ou mirabelles, dont Denis
Bouillon, en la Ville-Vieille de Nancy, garde le secret (296). Mazarin fait
lever sur l'évêché de Metz, au mépris des droits des Trois-Ordres, de très
illégales contributions (297). Et, s'il faut tout avouer, les conseillers
municipaux, à Nancy même, ne sont pas sans reproches : l'usage veut qu'ils
touchent, aussi bien que le gouverneur, des étrennes fort trébuchantes ; ils
n'ont garde d'y manquer (298). Ils font mieux ; ils étendent autour d'eux, à
leurs familles, à leurs serviteurs, ces libéralités inopportunes ; cent jetons
d'argent sont remis, en cadeau de baptême, à l'enfant de François Royer (299) ;
et Joseph Richard, fils de Régnault Richard, commis de la ville, reçoit 60
francs pour avoir dédié à Messieurs du Conseil sa thèse de philosophie....
(300).
Il serait aisé de multiplier les exemples. Ceux-ci paraissent suffisants. Et, si
même je m'y suis à ce point attardé, c'est que, outre les clartés qu'ils jettent
sur les questions qui nous occupent, ils nous aident à comprendre mieux, en
l'illustrant de détails intimes, la vie lorraine à cette époque. Mais notre
objet principal depuis longtemps est atteint. Des rapprochements établis, il
résulte avec évidence que l'on dénature le rôle du gouverneur, que l'on court
risque ainsi de méconnaître les vraies tendances de l'administration française,
en représentant La Ferté uniquement comme un pillard. Il n'a pillé en fait ni
plus ni moins qu'un autre; ses actes, à ne considérer que les idées du temps,
n'étaient pas illicites ; et Mazarin jamais ne fut contraint à les désavouer
(301).
Que la légende, malgré tout, soit née, voilà d'ailleurs qui s'explique. Les
opprimés, en leur malheur, devaient chercher un responsable sur qui concentrer
leur haine : la victime fut, parmi tous les fonctionnaires, celui qui le
dernier, le plus longtemps aussi, présida à leurs destinées. Et cette légende
s'accrédita d'autant mieux que les subalternes contre qui La Ferté déploya tant
de rigueur, s'en firent, pour se défendre, les interprètes passionnés (302).
Mais ces vieilles querelles ne peuvent obscurcir éternellement l'histoire. Une
lecture moins prévenue des textes mêmes que l'on cite pour accabler le maréchal
nous révèle, en dépit de leur malveillance, quel nouvel état de choses il
établit dans la province. « L'on aurait encore pourtant patienté, dit Guillemin,
s'il se fût contenté d'exiger de l'argent, mais les cruautés dont il se servait
envers les Lorrains de toutes sortes d'état et de condition (303), les traitant
comme des esclaves avec injure et mépris, étaient quelque chose de si rude et de
si insupportable à leur naturel pacifique que cela recommença de peupler (304)
le pays qui se remettait un peu des calamités précédentes. Une chose néanmoins
encourageait les peuples de la campagne : c'est que de peur de tarir la source
et pour avoir meilleure part en volant seul, il faisait observer un assez bon
ordre aux troupes. Et comme les Lorrains sont laborieux, voyant qu'ils pouvaient
du moins cultiver leurs terres en liberté, ils aimaient mieux travailler comme
des forçats que d'aller chercher une meilleure fortune hors de la patrie (305).
» Cette page d'elle-même crie la vérité. En sa partie positive, elle trouve un
commentaire, une justification dans les chapitres qui suivent. Mais, dès
maintenant, nous nous rendons compte que les exigences de La Ferté-Sénectère,
toutes relatives, ne méritent point d'occuper, comme elles l'ont fait, la
première, presque l'unique place en cette période de l'histoire intérieure
lorraine ; nous en venons à ne plus juger impossible que des efforts aient été
tentés par Mazarin pour remédier à une situation désastreuse ; et nous
soupçonnons que, si le pays en somme se releva mal de ses ruines, la faute en
fut peut-être aux circonstances plus qu'aux hommes.
CHAPITRE II
Premières tentatives de relèvement. (1643-1650)
Le siège et la prise de La Mothe devaient mettre un terme aux
incursions et aux pillages des plus redoutables d'entre les coureurs lorrains.
Mais cet effort nécessaire était insuffisant, si l'on désirait avec sincérité
soulager la province. Il était d'autres causes de désordre et de misère: les
brutalités de certains gouverneurs, l'indiscipline des garnisons françaises ne
contribuaient pas peu, avec les charges écrasantes des quartiers d'hiver et les
continuels passages de troupes, à prolonger des souffrances que leur durée même
faisait plus cruelles. La Ferté-Senectère presque aussitôt le comprit et ses
premiers actes eurent pour but de remédier à ces abus.
Il nous est assez difficile de savoir quel appui il rencontra auprès du plus
indispensable et du plus puissant de ses collaborateurs, l'intendant Nicolas
Vignier (306). Les pièces nous manquent, qui nous permettraient de formuler un
jugement : les archives des Affaires étrangères sont pour cette période
singulièrement dépourvues. Peut être est-ce une preuve que Vignier n'apportait
pas à ses fonctions toute l'intelligente application par où se distingua bientôt
son successeur. Mais une affirmation serait ici bien audacieuse. Et le seul fait
que nous puissions véritablement constater est la bonne harmonie qui ne cessa
pas de régner, quelle que fût leur mutuelle valeur, entre les deux principaux
agents de la politique mazarine La Ferté, dès le 19 décembre 1643 (307), prit
énergiquement la défense de l'intendant, que Gillot, procureur du roi, accusait
de malversations.
Ce n'était point indulgence ou faiblesse. Le marquis montra vite qu'il saurait
être sévère : il débuta par quelques mesures, dont la rigueur révéla combien
grand était son souci d'établir, même parmi les chefs, une exacte discipline. Du
Breuil, gouverneur de Mirecourt et grand-bailli de Vosges, personnage
considérable, fut tout d'abord frappé. Ses administrés multipliaient des
doléances dont Vignier à la fin se fit l'interprète. Du Breuil écrivit à la Cour
qu'il était victime d'intrigues féminines. La Ferté riposta que les cruautés et
les désordres commis à Mirecourt méritaient d'être punis de mort. Le 12 mai
1644, le roi transmit l'affaire au Parlement de Metz (308). Le Parlement donna
raison à La Ferté : maintenu quelques mois à son poste, malgré les protestations
des habitants (309), Du Breuil fut, en 1645, l'instruction précisant les
charges, transféré à Château-Salins, puis, presque aussitôt déclaré coupable et
disgracié (310). Autre querelle, à Nancy même, au mois d'août 1644. D'Arnauld,
gouverneur de la citadelle, se plaignit qu'on le maltraitât. L'enquête à peine
commencée tourna à sa confusion ; on reconnut qu'il ouvrait la nuit les portes
confiées à sa garde « afin de servir ses amours », et le cardinal approuva les
punitions infligées (311). En novembre, d'Arnauld se signala par un nouvel éclat
; il leva la main sur un enseigne trop lent à obéir. L'enseigne eut recours à
ses chefs. La Ferté porta la question devant la justice locale; le tribunal des
échevins dut prononcer (312), curieux renvoi d'un officier français devant des
magistrats lorrains, contre lequel il ne semble pas que le ministre, comte de
Brienne (313), saisi de ces faits, ait jugé bon de protester (314). Ces exemples
sans doute parurent assez nets pour que les gouverneurs se regardassent comme
avertis ; La Ferté désormais ne fut plus mis dans l'obligation de sévir, et
jusqu'à l'époque troublée qui suivit la Fronde, il semble qu'il ait pu compter
sur l'obéissance scrupuleuse et le bon ordre de ses subalternes (315).
Restaient à réprimer les écarts des soldats. Le marquis n'avait d'action que sur
les garnisons, chargées d'une manière permanente d'occuper les places fortes ;
les troupes en quartiers d'hiver échappaient à sa surveillance; bien plus
encore, celles qui simplement traversaient le duché pour gagner la frontière.
Ses efforts ainsi ne pouvaient aboutir qu'à des résultats partiels. Mais, dans
ces limites, ils furent persévérants et, somme toute, heureux.
En juillet 1644, un règlement détermine ce que chaque homme a le droit d'exiger
des habitants. « Désirant de tout notre possible faire vivre les peuples de
notre État en bonne intelligence avec la garnison que le roi tient en ses
places..., nous avons voulu savoir (316) des sieurs du Conseil de ville de Nancy
de tout ce qui s'est pratiqué du passé pour le logement et fourniture des
officiers et soldats de Sa Majesté (317). » Les mesures anciennes sont
confirmées et précisées (318) ; de minces détails sont même soulignés; et par
exemple, puisque l'habitude s'est établie que les officiers mangent à la même
table, lourde charge pour l'hôte désigné, tous devront du moins faire porter
chez lui leur vaisselle. On promet aux bourgeois, s'ils désirent se plaindre,
libre accès près du gouverneur.
Les règlements de police s'appliqueront aux garnisaires. Le 17 juin 1644,
l'intendant prescrit d'enlever, à peine de 20 francs d'amende, les immondices et
fumiers encombrant les rues de Nancy (319) ; il a soin d'ajouter que la mesure
concerne « les soldats qui font trafic, se mêlent de labourage ou défaire des
voitures », lesquels «sous ombre de leur condition, ne veulent obéir à la police
» (320). Défense est faite également, publiée au son du tambour par les soins du
Conseil de ville, à tout officier et soldat, à leurs femmes, à leurs serviteurs,
de pénétrer dans les jardins et d'y prendre des fruits; les soldats sont menacés
de punition exemplaire ; les officiers paieront le dommage (321). L'ordonnance
sans doute est inefficace ; car, chaque année, on doit à nouveau l'afficher, et
les pénalités à mesure deviennent plus sévères : en 1650, les habitants
obtiennent permission de saisir les coupables, de les amener à Nancy, de les
présenter à La Ferté (322). Les vainqueurs assurément ont peine à comprendre que
toute licence ne leur soit pas laissée ; ils opposent aux injonctions de Vignier
l'inertie de leur résistance. En 1645, ordre est donné aux soldats mariés
d'envoyer leurs porcs au troupeau communal ; les bêtes continuent à vagabonder
par les rues ; pour mettre à la raison leurs propriétaires, il faut procéder à
des confiscations (323).
Ces incidents ont l'avantage de nous fournir la preuve que l'intendant et le
gouverneur prenaient au sérieux leur rôle. La chose est frappante, si l'on se
reporte à une ordonnance de juillet 1645 (324) établissant des marchands « aux
places entre les deux villes » (325). Vignier maintient au Conseil la
connaissance des contraventions, le priant seulement « d'y avoir bonne main » ;
mais, n'ignorant pas que les « sergents de ville » sont désarmés contre les
vendeurs, lorsque ceux-ci sont soldats, il spécifie que les amendes, en ce cas,
seront retenues sur les montres par l'autorité militaire. Sa bonne volonté n'est
donc point douteuse ; en telle matière, il suffisait qu'elle se manifestât pour
qu'elle fût efficace. On doit regretter qu'elle n'ait pu s'étendre, avec une
même puissance, hors de cet étroit domaine.
Mais les plus lourdes charges, celles qui provenaient de l'établissement des
quartiers d'hiver, s'il appartenait à Vignier de les répartir avec équité, il
n'était pas en son pouvoir de les alléger. Mazarin seul et, plus que Mazarin,
les événements étaient maîtres à cet égard. Rendons au cardinal cette justice
qu'il fut toujours préoccupé « d'épargner et de soulager la Lorraine » (326). Il
ne cesse d'exhorter Turenne et le duc d'Enghien « à passer l'hiver sur la Sarre
» (327), à « subsister aux dépens de l'Allemagne » (328). Il considère « comme
un grand malheur » (329) la nécessité où l'on se trouve de fouler encore la
province. Et la raison n'en est pas seulement que « les logements des gens de
guerre sont les meilleurs offices que l'on puisse rendre au duc » en obligeant
ses sujets « d'abandonner leurs maisons et de le suivre » (330) ; c'est aussi
qu'en vérité « le pays est dans un état déplorable » (331). Que s'il arrive, « à
toute extrémité», que l'on soit obligé d'y cantonner des troupes, il faut agir
du moins « sans laisser piller ni ruiner » (332), avec « ordre et circonspection
» (333). Mazarin ne s'en tient pas à ces formules banales. Des commissaires sont
par lui envoyés en Lorraine. M. de Tracy (334), en février 1645, se rendant en
Allemagne, inspecte au passage les quartiers ; il doit vérifier quelle
subsistance les régiments reçoivent et quelle discipline ils observent, afin, si
besoin est, « de réparer les manquements » (335). Peu après, l'armée se
concentre avant de franchir le Rhin ; deux agents du cardinal, Dantonille et
Doinville, viennent surveiller le départ : ils contraindront les habitants,
après entente avec Vignier, La Ferté et Brachet (336), à payer le quartier
d'hiver jusqu'au 1er mai ; ils prendront soin pourtant d'éviter toute violence
(337). Des ordonnances règlent en détail les fournitures que peuvent exiger les
hommes (338) ; le ministre insiste pour qu'on en assure l'exécution rigoureuse ;
il ne faut pas supporter qu'officiers ou soldats lèvent des contributions non
vérifiées par l'intendant.
Ainsi les intentions sont excellentes ; la réalité par malheur ne correspond pas
toujours à de si louables efforts. Il n'y a pas, comme sous Richelieu,
dévastation systématique ; mais les scènes de désordre ne sont pas encore rares,
et toutes les mesures que peut prendre La Ferté n'empêchent point que la crainte
ne persiste dans les campagnes. En 1645, les gens d'armes du duc d'Enghien
logent à Louppy ; le receveur est si peu confiant qu'il se barricade dans la
basse-cour de l'ancien château (339). Peut-être n‘a-t-il pas tort : à
Saint-Mihiel, en 1647, année de paix, la maison de Gérard Martin, receveur du
domaine, est envahie ; les soldats s'emparent de la caisse, enlèvent le
mobilier, arrachent à leur victime une rançon (340). Les officiers sont
impuissants ; à Bar, quelques pillards sont enfermés à la Tour Jurée ; leurs
camarades brisent les portes et les délivrent (341). Parfois un corps entier se
mutine : le régiment des Irlandais, sept à huit cents hommes, après le siège de
La Mothe se rafraîchit à Pont-à-Mousson ; il apprend là qu'on l'affecte à
l'armée d'Allemagne ; sans plus attendre, il se soulève ; beaucoup de révoltés
s'enfuient dans les bois ; La Ferté doit battre la campagne, avec sa compagnie
des gardes, pour les empêcher de se joindre aux Cravates (342). Ce qui rend la
situation plus grave et les excès plus prolongés, c'est que les chefs de l'armée
ne secondent pas avec grand zèle les tentatives de Mazarin. Rosen, passant au
Val-d'Ajol, en 1643, laisse ses soldats assassiner trente-deux personnes, violer
les femmes, brûler les maisons (343). Turenne semble, par principe, vouloir tout
ignorer. Lorsque ses troupes, à chaque automne, redescendent vers la Nied, à
chaque printemps remontent vers la Sarre, elles marquent leur passage de
terribles traces. Les églises et les couvents ont surtout à souffrir : en 1645,
l'abbaye de Bouzonville (344) est occupée par un régiment d'Allemands, qui
établit un prêche dans le réfectoire : celle de Longeville (345), à plusieurs
reprises déjà fort maltraitée, abrite 600 chevaux (346) ; en 1647, elle est mise
à sac ; le tabernacle est forcé ; on emporte jusqu'aux vieilles ferrailles,
jusqu'aux meubles de cuisine « Les Français, s'écrie dom Bigot, ont fait pire
que l'ennemi (347) ».
Entrer en lutte avec Turenne, Mazarin ne le pouvait guère, et d'autant moins
qu'il payait plus irrégulièrement les soldats. Car, - on n'y saurait trop
insister, - tant d'actes de violence ont après tout des excuses ; et la
brutalité du soudard n'en paraît pas l'unique cause. Il arrivait souvent que la
solde faisait défaut : les gardes de La Ferté ont attendu la leur parfois sept à
huit mois (348) ; jugeons par là des autres corps. Cependant il fallait vivre.
On pillait par nécessité. Sauvegarder étroitement la discipline eût été pour les
généraux réduire leurs troupes à la misère, bientôt à la désertion ; leur devoir
était l'indulgence. Plus d'argent seul eût justifié plus de rigueur. Mais cet
argent, le pays épuisé ne pouvait le fournir ; singulier malheur en vérité que
celui de ce peuple, dont la ruine engendrait la ruine…
Nous voici parvenus au cœur même de notre étude : les questions financières
passent au premier plan. Elles furent considérées comme capitales par le plus
énergique, le plus appliqué et le plus capable des intendants qui se succédèrent
en Lorraine : M. de Beaubourg leur donna tous ses soins (349). Beaubourg n'a pas
laissé réputation bien flatteuse ; les Nancéiens, dans leurs archives, ont
enregistré d'âpres plaintes : c'est injustice ; nous nous convaincrons, en
exposant son œuvre, que son souci fut de bien servir et qu'il eut ce mérite de
chercher à concilier toujours les exigences d'une situation difficile et les
intérêts de la province (350).
Un peu complexe, passablement instable, l'organisation budgétaire introduite en
Lorraine par le gouvernement royal eût pu donner pourtant, à toute autre époque,
d'appréciables résultats. Mal faite pour assurer une équitable répartition des
charges, du moins elle était exempte d'incohérence et de désordre. Les dépenses,
sauf exceptions, étaient distribuées sous trois chefs : administration centrale
; petites garnisons ; quartiers d'hiver. A chacune de ces catégories était
affecté le produit d'impôts différents : à la première, les contributions payées
par l'ensemble du pays, anciennes contributions ducales (351) ou contributions
inaugurées par les Français (352) ; à la seconde, les contributions locales
permanentes, toute ville, avec recours pour une part contre les villages
voisins, entretenant la garnison qui l'occupait (3) ; à la troisième, les
contributions temporaires, levées sur les lieux mêmes où cantonnaient les
troupes. Mais cette organisation fonctionnait mal ; le fardeau dépassait les
forces ; la contrée dévastée n'était pas capable matériellement de le porter.
Aussi les budgets sont-ils régulièrement en déficit. Nous en pouvons juger par
les pièces insuffisantes, précieuses cependant, qui nous ont été conservées. Les
archives des Affaires étrangères contiennent, outre un curieux Mémoire sur les
finances de Lorraine (353), des états rédigés sous la direction de Beaubourg,
qui, se complétant, se rectifiant l'un par l'autre, nous fournissent, en fin de
compte, des indications assez nettes (354).
L'éclatante détresse de la province se traduit par le rendement dérisoire des
impôts. Vers 1630, s'il faut en croire Guinet, le revenu de Charles IV s'élevait
chaque année à 4 millions 300,000 francs : l'exploitation du domaine rapportait
un million ; celle des salines 1,500,000 francs ; les aides, qui, depuis un
siècle, n'avaient cessé de croître, atteignaient près de 2 millions (355).
Durant l'occupation française, tous les efforts des intendants furent
impuissants à obtenir la huitième partie de cette somme : le domaine donne
70,000 livres (356) ; les salines et traites foraines 340,000 ; les aides 72.000
(357) : au total, moins de 500,000. L'insuffisance est manifeste. En 1641, 1642,
1643, la France doit envoyer à l'intendant, pour l'aider à pourvoir aux
nécessités pressantes, 375,679 livres (358). A la fin de 1643, lorsque La Ferté-Sénectère
prend en mains le gouvernement, Vignier se trouve redevable de 89,131 livres non
employées. Ce reliquat, joint aux ressources ordinaires, permit, en 1644, de
maintenir l'équilibre, d'obtenir même un excédent : 508,450 livres en recettes,
505,752 en dépenses. Mais, en 1645, toute réserve est épuisée. Vainement on a
recours à la France ; le ministre refuse d'ouvrir une fois encore, au profit de
la Lorraine, les caisses de l'État. Et, dès lors, le déficit est permanent :
18,507 livres en 1645, 9,376 en 1646, 2,109 en 1647, 4,538 en 1648, et 41,041
livres en 1649 (359).
Et pourtant, notons le bien, dans ces comptes ne figure qu'une médiocre part des
dépenses ; nous trouvons là uniquement celles qui concernent l'administration
générale: appointements du gouverneur (360), de son état major, de l'intendant,
du commissaire des guerres ; entretien des « garnisons particulières » (361) ;
solde peut être des régiments logés à Nancy (362). Rien de plus. L'achat des
blés incombe au trésor (363); les contributions qu'exigent les petites garnisons
font l'objet d'états séparés : les frais des quartiers d'hiver, par leur nature
même, échappent à toute précision. En établissant son budget, l'intendant
néglige ainsi plus que moitié des dépenses. Et l'on s'exposerait aux plus graves
erreurs si l'on voulait fixer à 300,000 livres, d'après les pièces officielles,
les charges annuelles du pays.
Il y faut d'abord ajouter, pour les petites garnisons, une somme presque
invariable de 90,000 livres (364). De plus, quoi qu'il en puisse sembler, la
fourniture des grains n'est pas sans aggraver les misères de la province.
L'argent vient de France ; mais Beaubourg, maître des prix, contraint les
communautés à vendre leurs récoltes fort au-dessous de la valeur vraie: en 1649,
où la saison fut clémente, il donne 5 francs du résal, en 1650, année mauvaise,
une pistole. Au surplus, souvent le paiement se fait attendre : le blé, livré en
1646 et 1647, deux ans plus tard n'est point encore soldé (365). La perte en ce
cas est grande ; car la consommation est considérable : à la seule garnison de
Nancy, 10,000 résaux sont nécessaires ; le roi en outre pourvoie de pain les
petites garnisons, les troupes en quartiers d'hiver, ordonne des distributions
gratuites aux indigents, aux religieux ; la dépense doit être estimée, année
moyenne, à près de 200,000 livres (366). - Les contributions imposées durant les
quartiers d'hiver, dépassent de toute évidence très largement ce chiffre. Nous
n'avons aucun moyen d'en obtenir en cette période une évaluation sérieuse, faute
de pièces qui les récapitulent. Mais il suffit, pour en soupçonner le poids, de
noter ici ou là, dans les comptes municipaux, certains totaux écrasants (367).
Mirecourt, en 1645, loge 5 régiments ; la ville paye pour leur entretien, avec
l'aide des villages voisins et du marquisat d'Haroué, plus de 50,000 francs
(368). En 1644, les habitants du Val-d'Ajol contribuent durant 60 jours à la
subsistance du régiment de Mazarin, cantonné à Plombières; il leur en coûte,
s'il faut les en croire, 92,000 francs (369). Plus véridique, peut-être, non
moins révélatrice, est cette amère mention qu'on relève sur les registres
d'Épinal : « Le comptable ne rapporte, en sa dépense non plus qu'en sa recette,
la somme de 18,140 fr. que les cavaliers du régiment ont reçus des bourgeois,
depuis le 1er jour de février jusqu'au 25 avril.... cet article ne servant à
autre chose que pour mémoire à la postérité. » Ajoutons 3,420 francs versés le
10 janvier, 1,300 versés le 30 avril ; nous obtenons en quatre mois 22,860
francs. Les dépenses ordinaires d'Épinal furent, en celle même, période,
d'environ 6,000 francs. Tout commentaire serait superflu (370).
Il était évident qu'à de telles charges la Lorraine ruinée ne pouvait subvenir
qu'au prix de cruelles souffrances. Nous en trouvons la preuve, entre beaucoup
d'autres, dans l'émouvante délibération où la municipalité nancéienne, le 20
avril 1645, consigna ses doléances (371). Elle vaut d'être résumée parce qu'elle
nous permet, en l'illustrant de détails précis, de comprendre mieux
l'organisation financière dont nous avons tracé l'esquisse. C'est d'abord un
bref tableau delà cité désolée: « Maintenant, depuis 12 ans en ça, le peuple est
réduit à un très petit nombre ; il n'y a plus ni prince ni grands seigneurs qui
y apportent aucune commodité ni qui le puissent faire, la noblesse la plus
relevée ne pouvant vivre qu'à peine en travaillant au ménage de leurs maisons...
Beaucoup aujourd'hui des plus notables sont contraints d'implorer secrètement
l'aumône de la Mission. Il y a, outre ce, plus d'un quart qui la demandent
ouvertement. Restent six à sept cents bourgeois fort médiocres, la plupart
artisans, qui gagnent leur vie au jour la journée. Comme le nombre et la force
du peuple doit être le fondement de toute imposition, celui ci étant très petit
et très exténué ne peut pas supporter grande charge ; toutefois il se trouve que
la ville de Nancy, en ce misérable état, est chargée de subsides, qui montent
tous les ans à près de 200,000 francs (372)... » Ce roi lève à sa fantaisie les
aides que jadis votaient les Etats. Il perçoit presque doublées « par
l'arbitraire des intendants » les taxes qui frappaient tout objet mis en vente.
Il a confisqué les revenus municipaux : il ne verse plus pour l'entretien de
l'hôpital la rente de 1,120 francs, prélevée jusqu'alors sur la saline de Dieuze
; Vignier, qui s'est emparé du « sou des paroisses » (373), 4,000 francs,
retient aussi pour la plus grosse part le « subside charitable », droit d'octroi
sur les vins (374). En outre les impôts nouveaux accablent la cité. Les
Nancéiens jadis avaient liberté de prendre en franchise du sel à Rosières ; les
magasins à Nancy appartenaient à la ville et lui rapportaient 9,000 francs ; en
1642, les Français s'y sont établis, ont saisi, sans rien rembourser, les
approvisionnements ; ils obligent chaque habitant à se fournir auprès d'eux ; le
prix du muid de sel (375) est monté de 70 à 172 francs. Le prix du pain
également a triplé, depuis que chaque resal de blé doit payer à la moulure 2
francs d'impôt. Et la Cafhouse, bureau de douane qui fonctionne depuis 1637, a
pour beaucoup contribué au renchérissement des denrées... Encore sont ce là les
servitudes les plus supportables ; car du moins elles sont régulières. Les
quartiers d'hiver accumulaient plus de ruines. Non seulement à cause des
contributions extraordinaires dont ils nécessitaient la levée, mais parce que,
par leur nature même et quelle que fût la bonne volonté des intendants, ils
devaient être répartis presque sans règle, au hasard des obligations militaires.
Quand le fléau frappait un canton, les habitants n'avaient d'autre ressource,
les notables eux-mêmes étant depuis longtemps réduits à la misère, que de
contracter, en Bourgogne ou à Metz, auprès de leurs seigneurs s'ils en avaient
moyen, des dettes qui pesaient ensuite lourdement sur les communes Nancy, en
1644, était ainsi débitrice de 340,000 francs. Avec le temps les difficultés
croissaient ; bientôt le déficit et la ruine apparaissaient inévitables.
Succombant sous le faix trop lourd, la province, à vraiment dire, haletait...
On conçoit quelle importance prennent dès lors, dans l'histoire financière
lorraine, les procédés administratifs : des exigences trop rigoureuses, de trop
violentes mesures auraient eu pour résultat de rendre désastreuse une situation
déjà grave. On ne saurait refuser aux autorités ce témoignage qu'elles agirent
sans brutalité trop vive. La théorie sans doute était rude; et les instructions
données aux fonctionnaires ne commandaient pas la pitié: « Le bien du service,
écrivait le cardinal à Beaubourg, est préférable à toute autre considération »
(376). Mais la pratique parut moins sévère. Il est remarquable que, dans la
lettre même que nous citons, Mazarin ordonne de pourvoir avec soin aux
distributions gratuites. Il ne l'est pas moins que nous puissions noter toute
une série de mesures fiscales, destinées à soulager, au détriment parfois des
intérêts royaux, ce peuple en détresse.
Je ne parle pas des exemptions particulières qui furent, selon la coutume,
accordées à nombre de grands personnages : princesse de Phalsbourg (377) et
prince de Salin (378), duc d'Atry (379), maréchal de l'Hôpital (380) ou même
abbé de Gorze (381). Elles avaient pour effet plutôt, en diminuant la « matière
imposable » et l'étendue des terres où l'on avait le droit de loger les soldats,
dans l'ensemble d'accroître les charges. Mais les non privilégiés n'étaient pas
tout à fait sacrifiés. Les intendants ne demeuraient pas insensibles aux
plaintes qu'on leur soumettait. Vignier, en 1644, accueille favorablement la
requête des habitants de Portieux qui réclament une réduction des conduits
(382). Il ne rejette pas davantage une supplique présentée par les villages du
baillage de Châtel qui déclarent ne pouvoir payer les six cent trente francs
dont ils sont chaque mois contribuables pour la garnison de la ville (383).
Mazarin quelquefois intervient en personne et Neufchâteau, grâce à lui, est
largement dégrevé (384).
Plus significatifs sont certains actes officiellement émanés du roi. La Lorraine
n'est plus désormais, comme sous Richelieu, traitée en pays conquis ; ses
habitants peuvent porter jusqu'au pied du trône leurs doléances et leurs vœux.
L'histoire de Nancy est fertile en exemples (385). Le 18 mai 1644, trois
conseillers, reçus par Vignier, apprennent que les fonds des étapes sont épuisés
: la ville devra pourvoir aux frais des passages de troupes. L'assemblée des
notables est aussitôt convoquée : elle s'adjoint le bailli, les gentilshommes,
les membres du clergé. Tous sont d'avis d'en appeler au roi. Décision sans
précédent et tellement hardie qu'elle parait avoir effrayé ceux là mêmes qui
l'avaient prise : onze mois s'écoulèrent sans qu'on en parlât davantage ; c'est
seulement en avril 1645 que Sarrazin et Jeanmaire « allèrent en cour représenter
les misères de la ville et poursuivre quelques soulagements » (386). Il semble
qu'ils obtinrent surtout des protestations inefficaces de bon vouloir et de
pitié. Mais cette première démarche devait en entraîner d'autres. Le 28 août
1646, le Conseil de ville fut averti que Beaubourg, récemment installé dans ses
fonctions d'intendant, projetait des impositions nouvelles. On résolut de
l'aller voir en corps pour le détourner de ce dessein et, comme il refusait de
rien entendre, Sarrazin et Jeanmaire s'en retournèrent à Paris (387). Ils furent
cette fois plus heureux : le 14 novembre, le roi écrivit à Beaubourg une lettre
assez sèche pour se plaindre que ses intentions fussent méconnues et pour
prescrire, à la requête du duc d'Orléans, qu'on rapportât les ordonnances (388).
Une mesure plus décisive et plus générale vint également remédier à la
multiplication des dettes. Son importance est accrue de toute l'opposition que
lui fit le Parlement de Metz : il n'est pas indifférent que la volonté du roi
dans ce conflit ait dû très nettement s'affirmer. Le 2 janvier 1644, par arrêt
du Conseil d'Etat, les habitants de Lorraine et Barrois, Trois-Évêchés et terre
de Gorze reçurent autorisation de ne pas payer à leurs créanciers les intérêts
des sommes empruntées; l'arrêt avait effet rétroactif pour les versements en
retard depuis janvier 1635; son bienfait se prolongerait jusqu'à la conclusion
de la paix ; moitié des intérêts était perdue pour les prêteurs ; quant à
l'autre moitié, Sa Majesté se réservait, la paix rétablie, de s'inspirer des
circonstances ; comme conséquence de ces prescriptions, la contrainte par corps
était supprimée (389). Le Parlement de Metz montra fort mauvaise grâce à
enregistrer cet arrêt; au mois de juillet, il hésitait encore. Impatienté de ces
retards, le cardinal se résolut à passer outre: Vignier reçut l'ordre de faire
publier sans plus attendre la déclaration royale (390). Le Parlement répondit,
le 7 janvier 1645, par une protesta tion solennelle. Elle fut cassée et annulée
en Conseil du roi le 17 octobre suivant (391). Mais « de ces formes et de ces
longueurs » il résulta, au grand dommage des Lorrains, que l'arrêt ne fut
proclamé définitivement qu'en avril 1646.
A vrai dire, ces mesures diverses, exemptions de taille, allégement des
créances, n'étaient guère que des expédients, propres à pallier les conséquences
plus qu'à faire disparaître les causes du mal que l'on combattait. Beaubourg
entreprit une œuvre plus vaste et d'importance plus sérieuse. Il pensa en
supprimant certains abus augmenter ses ressources, en réformant certaines
dépenses restreindre ses besoins, assez pour obtenir, en même temps que
l'équilibre approximatif des budgets, une amélioration véritable du sort de ses
administrés. L'initiative cependant ne lui revient pas tout entière ; avant son
arrivée, les mêmes tendances s'affirmaient. Le 6 mai 1645, La Ferté, ayant
appris que des bourgeois mariés à Nancy s'étaient fait inscrire, avec la
complicité des capitaines, sur le rôle des compagnies françaises, « sans prendre
jamais la faction, seulement pour se redimer des fournitures exigées de la ville
et s'exempter des redevances dues au roi », avait prescrit de les rechercher et
de les soumettre à l'impôt (392). D'autre part, dès octobre de la même année, la
Cour, se refusant à fournir désormais des subsides, indiquait à l'intendant que
peut-être il serait possible, afin de réduire les frais, de diminuer les
garnisons. On avait même à ce sujet sollicité l'avis du maréchal de l'Hôpital,
dont la réponse avait été qu'il lui paraissait superflu de maintenir des soldats
à Epinal, Châtel, Neufchâteau, Ligny, Void et Commercy, si l'on prenait la
précaution, suivant les leçons de Richelieu, de démanteler ces places; il avait
ajouté le conseil de raser les fortifications de la Ville-Neuve de Nancy, ce qui
permettrait d'en retirer les troupes (393). Beaubourg reprit ces idées ; mais il
mit à leur exécution une activité vigoureuse que Vignier n'avait pas montrée,
leur imposa sa marque, véritablement les fit siennes.
En juillet 1646, la sortie de Nancy du régiment de Lambertye révéla une fois de
plus à quels abus donnaient lieu tant d'inscriptions illusoires sur les
contrôles de l'armée; nombre de bourgeois qui, durant plusieurs mois, avaient
touché leur solde, le laissèrent s'éloigner sans y prendre leur place. Peine de
mort fut prononcée pour châtier ces délits (394). Les Nancéiens dès lors
préférèrent payer l'impôt. Mais la question se compliqua de l'afflux des
étrangers. Beaucoup de paysans, fuyant les Cravates, se réfugiaient dans la
ville; elle eût dû, semble-t-il, tirer de là quelque profit; mais tous, achetant
la protection des capitaines, obtenaient d'eux des certificats militaires, dont
ils prenaient texte pour refuser les billets de réquisition. Contre eux nul
recours possible : on n'avait pas moyen de faire la preuve de la fraude. A la
demande du Conseil de ville, La Ferté, le 17 août 1647, remit en vigueur un
arrêté périmé : « Très expresse défense à toute personne de loger des étrangers,
sans en donner avis en la Chambre du Conseil de ville aux jours de l'assemblée
de ladite ville, qui sont lundi et jeudi de chaque semaine; de quoi sera fait
registre, lequel contiendra le nom, surnom, lieu de naissance, profession,
religion des étrangers » (395). Ce même souci de rétablir, par le respect plus
scrupuleux des règlements administratifs, les finances municipales se traduit
dans une ordonnance que fit afficher Beaubourg, le 20 juin 1646, où il
enjoignait aux marchands nancéiens de s'établir uniquement, les mercredis et
samedis, aux lieux désignés sous les halles; c'était les contraindre à versera
la ville la redevance qu'elle exigeait pour la location des tréteaux (396). La
même année furent écartés de Saint-Nicolas (397) les religieux mendiants de
l'ordre de Saint-Augustin dont le bourg dévasté n'aurait pu supporter la charge
(398). Une décision considérable vint enfin porter quelque remède à la détresse
des campagnes. Presque partout les notables avaient abandonné leurs terres, les
uns cherchant un abri dans les villes, les autres même passant la frontière ; et
leurs voisins n'avaient par tardé le plus souvent à s'emparer des champs
incultes et des maisons inoccupées. La justice aussitôt s'émut : le 15 avril
1644, le tribunal du Change enjoignit à ses justiciables de se départir de ces
pratiques illégitimes et de rembourser les propriétaires (399). Il ne semble pas
que Beaubourg ait approuvé cette jurisprudence ; un de ses premiers ordres est
dirigé contre les émigrés : il prescrit que tous ceux dont le départ est
postérieur au mois d'octobre 1645 seront durant cinq ans considérés comme
contribuables (400). Bientôt il va plus loin: il autorise les habitants de la
prévôté d'Arches, pour subvenir aux impositions, à vendre ou à louer les biens
des absents (401). Application restreinte d'une théorie que les tribunaux
d'ailleurs s'obstinent à repousser (402). Quoi qu'il en soit et de quelque
manière que l'on puisse en droit strict apprécier ces mesures, le point
essentiel est assurément qu'elles dénotent une volonté suivie de réformes,
l'intention bien affirmée de considérer la Lorraine comme une province française
plus que comme une terre conquise passagèrement occupée.
Une pareille conclusion s'impose avec plus de rigueur encore lorsqu'on étudie
les efforts que Beaubourg multiplia pour réaliser des économies. En 1646 il
avait tenté, afin de parer au déficit dont Vignier lui léguait la charge,
d'élever à Nancy le taux des taxes d'octroi. Le roi ne l'avait point supporté.
Beaubourg à bout de ressources écrivit à Brisacier (403), commis des finances et
frère du gouverneur de Sierck, le priant d'épouser sa cause et de défendre ses
intérêts. Le 19 décembre, Brisacier répond en réclament un état des recettes de
Lorraine et des dépenses de l'année courante ; du même coup il donne un conseil
: « C'est de regarder les cinq dernières années à quoi ont monté les marchés des
blés fournis par le roi... le blé a monté au moins à 18 francs le résal, à cause
qu'on n'avait pas voulu permettre qu'il en fut acheté en Lorraine ; vous pourrez
demander la même somme d'argent et au moyen de la permission qui vous sera
accordée d'en acheter dans le pays, vous trouverez un revenant-bon suffisant à
subvenir en partie à la dépense des garnisons » (404). L'avis, estimé pratique,
est suivi (405). L'économie pourtant ne se trouve pas assez grande. Beaubourg,
le 18 août 1647, doit proposer de révoquer toutes les exemptions trop
libéralement octroyées et de soumettre à l'impôt la petite noblesse (406) : le
second moyen, contraire aux principes mêmes de l'ordre social, est aussitôt
rejeté ; le premier, examiné plus à loisir, en fin de compte est accepté ; mais
on se heurte à des privilèges si fortement établis, à des misères si poignantes
que l'ordonnance du 18 octobre en pratique demeure lettre morte (407). On en
vient alors à l'entreprise capitale dont on s'entretenait depuis plusieurs
années, la réduction des garnisons. « II y a longtemps, écrit, le 8 septembre
1648, La Ferté au cardinal, que je dis à Votre Eminence que c'est une dépense
bien inutile que la conservation des petits gouvernements (408). Il coûterait
beaucoup moins, il serait en même temps plus sûr de renforcer les régiments qui
sont rassemblés à Nancy. » Et le gouverneur ajoute, juste prévision d'un proche
avenir : « Il n'y a pas une de ces places qui puissent tenir plus de trois jours
quand elle serait attaquée. » Cependant toute décision franche est ajournée. On
déclasse Ligny ; on diminue ici ou là le nombre des soldats. On élabore surtout
des projets. La compagnie des gardes sera ramenée à 30 hommes, officiers compris
; la compagnie des chevau-légers à 60 ; ainsi on obtiendra une économie de
42,000 livres (409). Mais ces propositions ne sortent pas du cabinet de
l'intendant ou des cartons ministériels. Des raisons d'ordre politique plus que
militaire et plus personnel encore que politique leur font obstacle. En 1630,
après la prise de Vaudrevange par les Lorrains, Beaubourg dans une lettre à Le
Tellier introduira cette amère remarque : « Si l'on eût cru M. le marquis de La
Ferté, il n'y eût eu ni gouverneur ni garnison audit lieu de Vaudrevange, comme
en plusieurs places de cette province et l'on eût bien épargné de l'argent au
roi. Mais on a considéré l'intérêt de ceux qui tenaient ces gouvernements plutôt
que la nécessité du service » (410). L'histoire n'a rien que de coutumier.
L'intention du moins était estimable ; ces velléités de réformes, encore que mal
suivies d'effet, nous sont une marque non négligeable de la bonne volonté
française.
Tandis que Mazarin et ses agents s'efforçaient, en faisant face, selon leur
pouvoir, aux difficultés financières, de préparer des jours moins sombres, ils
ne négligeaient pas de soulager sans tarder, par des mesures économiques, les
plus pressantes misères. La maladresse ou la brutalité des subalternes se
manifestent souvent encore par des décisions irritantes, et Beauchez peut nous
raconter qu'on obligea un jour les bourgeois de Nancy à acheter, 4 liards pièce,
du pain refusé par les troupes « pain moisi et pourri et gâté, qui n'était bon
que pour les poules » (411). Mais ces actes arbitraires ne doivent pas nous
faire oublier le soin que prit le roi d'ordonner des distributions « aux
religieux, religieuses et pauvres mendiants de Lorraine » (412) ni le souci que
montra La Ferté d'assurer par ses ordonnances l'approvisionnement du pays. Nous
savons assez quelle atroce famine avait désolé la province pour mesurer la
gravité de ces questions ; elles furent les premières dont le Conseil de ville
de Nancy entretint le gouverneur ; dès le 4 septembre 1643, il vint demander que
fussent empêchés l'achat des grains dans la banlieue et plus encore leur
transport hors des frontières. Il obtint satisfaction. L'ordonnance rendue à cet
effet parut même si nécessaire qu'elle fut, avec des tempéraments divers,
reprise presque chaque année (413). La Ferté fit davantage et plus qu'on
n'aurait souhaité. Il décida que, pour éviter les entreprises des partis,
croates, coureurs et pillards de bois, les paysans devraient transporter les
blés de leurs granges dans les places fortes ; c'était très simplement changer
le nom du voleur (414). Du moins, en avril 1649, le marquis montra-t il quelque
énergie à remédier aux conséquences d'une récolte insuffisante ; par son ordre
les échevins de Nancy visitèrent, durant une semaine, accompagnés d'officiers,
les maisons de la ville afin de dresser l'état des grains que conservaient les
particuliers; le rapport signala six bourgeois coupables de posséder un grenier
bien rempli ; La Ferté punit leur avarice en les forçant à vendre, « 14 francs
le blé nouveau, 16 francs le vieux, à tous ceux qui se trouvaient dans la
nécessité d'acheter (415) ». Les boulangers accoururent ; une seconde
ordonnance, interdisant d'acquérir plus de grains qu'il n'était utile à la
consommation familiale et relevant les taxes à 16 et 18 francs, fut
indispensable pour maintenir aux pauvres le bénéfice de cette mesure (416). Des
arrêtés aussi vexatoires ne répugnaient pas aux mœurs administratives de
l'époque : Beaubourg, par des procédés analogues, réglait les questions
économiques et sociales. Une ordonnance fixe en 1646 les salaires des
journaliers, des artisans, des manœuvres, une autre le prix du pain, de la
viande ou des souliers ; à tant le travail du charron, à tant du maréchal,
vannier, tonnelier, maçon, recouvreur (417). L'État français sans cesse
intervient ; lui seul en cette anarchie est assez fort pour mettre l'ordre et
redonner la vie. Il tente même, sur les instances de la duchesse Nicole, de
relever certaines industries : le 8 octobre 1644, permission est accordée de
faire rétablir les forges de Moyeuvre qui, depuis huit ans, sont éteintes (418).
Telles sont les réformes, incohérentes, insuffisantes, mais indéniables, dont
l'administration royale, de 1643 à 1649, favorisa la Lorraine. Notre élude
toutefois serait incomplète, privée de sa conclusion naturelle, si nous ne
cherchions à déterminer les résultats obtenus. Vignier et Beaubourg ne pouvaient
assurément, en quelques années, rendre à la province sa prospérité. Ont-ils du
moins réussi à diminuer sa misère, à retarder sa décadence ? Il est malaisé de
répondre: les documents sont rares, d'ailleurs contradictoires. Si nous voulions
ajouter foi avant tout aux registres dès receveurs, nous serions réduits à
penser que, depuis 1640, la situation ne s'était guère modifiée. La plupart nous
apportent des plaintes auxquelles déjà ils nous avaient accoutumés. Et par
exemple, dans la prévôté de Bar, en 1645, « à cause des ruines et désolation
arrivées par les guerres et maladies contagieuses » grand nombre de villages ne
peuvent payer l'aide Saint Remy (419) ; ils continuent à se dépeupler: en 1648,
Véel, Heippes, Rembercourt-sur-Orne sont abandonnés (420). Le comté de Vaudémont
ne parait pas plus heureux : à la fin de 1644, les habitants de Vézelise ont
presque tous quitté la ville « afin d'éviter les courses des troupes logéesà
Germiny » (421) ; deux années plus tard, Clérey, Houdreville, They-sous-Monfort,
Parey-Saint-Césaire, Frenelle-la-Grande, dans cette plaine pourtant si fertile,
sont déserts (422). Il serait aisé de poursuivre l'attristante énumération.
Mieux vaut noter quelques symptômes d'un moins sombre état de choses. Beaubourg,
le 30 août 1647, fait remarquer que désormais certains villages «peuvent à
nouveau être imposés » (423). Le receveur de Vézelise indique lui-même à
pareille époque que la sécurité grandit; des paysans commencent à regagner leurs
demeures (424). Le prix du blé diminue : de 30 fr. en 1640, de 25 francs en
1643, il tombe à 8 francs en 1646, à 6 en 1647 (425) ; c'est une preuve
certaine, et Guillemin d'ailleurs la confirme, que les mesures pacificatrices
prises par La Ferté n'ont pas été vaines et que les Lorrains du moins «
cultivent leurs terres en liberté » (426). Il est également significatif que les
mémoires contemporains, bien qu'ils soient pleins de doléances, ne nous
rapportent plus de ces lugubres histoires dont jusque là ils s'attristaient ; il
ne paraît pas l'on ait d'exemple, en cette seconde période de l'occupation
française, de scènes de cannibalisme ; la famine a suspendu ses ravages ; la
peste aussi a disparu. En sorte qu'il est permis de penser que, malgré le lourd
héritage des infortunes passées, la Lorraine, en 1648, pouvait s'éveiller à
l'espoir d'un avenir meilleur.
L'espoir en tout cas fut de courte durée. L'année 1649 allait appesantir la
détresse à peine allégée. La paix de Westphalie qui, semblait-il, en éloignant
la guerre de la Moselle et de la Sarre, devait aider au relèvement du pays, eut
au contraire les plus funestes conséquences. L'armée d'Allemagne, devenue libre
et se rabattant vers la France, durant un an piétina la contrée. Mazarin
redoutait ces désordres ; il crut pourtant les éviter : « Nous avons fait état,
écrivait il le 12 janvier, détenir les troupes dans leurs quartiers au-delà du
Rhin le plus longtemps qu'il sera possible, gagnant insensiblement le temps de
la campagne prochaine » (427). Les circonstances par malheur furent
défavorables. Le cardinal dut céder aux réclamations des Suédois, « aux clameurs
des Etats de l'Empire » et rappeler en Alsace, puis en Lorraine, successivement
tousses régiments. En avril 1649, les premiers s'établirent sur les bords de la
Seille (428). D'autres suivirent, lorsque les corps, que libéraient la Suède et
la Hesse, furent en partie passés au service du roi (429). Il est vrai que
presque aussitôt la plupart furent dirigés vers Luxembourg ou vers Trêves (430).
Mais ce fut pour la Lorraine un médiocre soulagement. Car Beaubourg reçut
l'ordre, le 25 juillet, de lever sur la province un impôt extraordinaire de
150,000 livres, destiné à l'entretien de cette armée (431). D'ailleurs les
troupes qui restaient présentes suffisaient à épuiser le pays. Lorsque les
ordres donnés commencèrent, en novembre, à produire plein effet, de toutes parts
des protestations s'élevèrent. Le 12 décembre, M. de Baussan (432) prévient Le
Tellier que sans doute beaucoup d'officiers vont aller à la Cour réclamer contre
les quartiers : l'infanterie, à Ligny et à Bar, se déclare assez satisfaite ;
mais sept compagnies de cavalerie à Fénétrange, Sarrebourg, Sarreguemines,
Sarralbe et Bouquenom ne peuvent vivre (433). Campi se plaint à son tour : le
répartissement est fort mal fait ; Mirecourt et sa recette logent sept
compagnies ; c'est plus qu'il n'est raisonnable; Dompaire, dont la misère est
moindre, n'a reçu que deux compagnies ; Arches, Bruyères, Fontenoy, au total 207
villages, en supportent cinq seulement (434).
Ces difficultés se compliquent de l'indiscipline des Allemands. Des corps
refusent de marcher; d'autres parcourent la campagne à la recherche de
cantonnements qui leur agréent ; les officiers enfouie demandent leur congé
(435).
L'administration locale, qui sent son impuissance, devient vite indifférente. La
Ferté prétend ne vouloir se mêler de rien, puisque les troupes ne sont pas
soumises à ses ordres directs et d'ailleurs n'obéissent pas. Beaubourg, assiégé
de cris, de réclamations, de menaces, garde sa sérénité : « ces gens, dit-il,
parlent comme des Allemands qui sont en colère ; je n'estime pas qu'il s'en
faille beaucoup émou voir (436). «Mais Mazarin considère avec moins de calme une
situation pour lui plus complexe. Il juge nécessaire, en pleine Fronde, de
conserver à tout prix les services de l'armée d'Allemagne. Et dès lors il n'est
point de concessions que Le Tellier ne consente. Un traité conclu avec les
généraux (437) promet paiement de six montres et demie ; en décembre, quatre
sont dues encore : Beaubourg et Baussan avant Noël devront régler cette affaire.
Qu'ils veillent aussi avec soin aux fournitures, aux ustensiles. Des soldats en
somme « qui seront payés de leur solde » ne seront pas maltraités « en recevant
outre cela quelques moyens de subsistance » : une livre et demie de pain, « une
livre de chair, soit bœuf, veau, mouton ou pourceau », un pot de vin « du cru du
pays », un sou comme argent de poche (438). Pour satisfaire à ces instructions,
on arrache à la Lorraine 7,312 rations quotidiennes, sans compter 502 rations
pour les équipages d'artillerie (439). Efforts insuffisants : chefs et soldats
demeurent mécontents. Ohem, à Epinal, licencie ses troupes (440). Fleckenstein
écrit a Beaubourg que les 30 francs qu'on lui accorde ne lui permettent pas de
tenir son rang ; il songe, annonce t il, à quitter l'armée (441). Les cavaliers
mettent à rançon la contrée ; leurs officiers ferment les yeux ; à tout reproche
ils répondent qu'ils manquent de fourrage ; si l'on insiste ils réclament congé,
menaçant d'aller rejoindre Turenne dans les rangs des Espagnols (442) : tout
aussitôt on leur cède. La discipline est abolie. Des violences se reproduisent
que La Ferté, depuis longtemps, ne tolérait plus.
Les gens de guerre saccagent l'auditoire de Saint-Mihiel (443). Les maréchaux
des logis du régiment logé à Einville enlèvent l'avoine de la recette (444). Les
soldats en garnison à Bar dévastent et brûlent le bois de Juré (445).
Tandis que les brutalités militaires de nouveau sèment la misère, les impôts
seront plus lourds. Au budget de 1650, bien que le déficit soit prévu
considérable, les recettes atteignent 626,000 livres (446). Et les levées
extraordinaires paraissent si démesurées qu'une fois encore Sarrazin et
Jeanmaire sont envoyés à la Cour pour supplier qu'on les allège. Mais les
nécessités sont pressantes ; après trois mois d'instances, sur l'intervention
personnelle de Marguerite d'Orléans, remise est faite à Nancy des 2,000 livres
dont elle est taxée pour part contributive à l'entretien de l'armée d'Allemagne
; la province par contre ne peut rien obtenir ; et c'est même faveur très grande
que Sa Majesté lui fait en prescrivant de ne pas rejeter sur les autres villes
la charge de Nancy (447). Cette fois l'épreuve est trop forte : la Lorraine
semble succomber. « La pauvreté, dit Beaubourg, est au-delà de ce qui se peut
croire (448). » Au début de 1650, nul fait ne saurait être plus probant, il est
dû huit mois de solde à la garnison de Nancy, aux chevau-légers, aux gardes de
La Ferté, huit mois d'appointements au gouverneur lui-même (449). L'ingéniosité
de Beaubourg à la fin se trouve en défaut : « Je me suis dérobé un après-dîner,
écrit-il à Le Tellier, pour faire le calcul de la dépense se conformant aux
ordres du roi ; je vous l'envoie ; vous jugerez aisément l'impossibilité d'y
satisfaire par le pays (450) ». Du moins, en décembre 1649, avait-il encore lieu
d'imaginer que cette infortune était passagère et que le printemps, ramenant
l'armée vers les champs de bataille, en Flandre désormais ou en Picardie,
libérerait la Lorraine (451). Cette espérance, comme les précédentes, fut
trompée. Les troupes allemandes ne s'éloignèrent que pour laisser la place à
celles plus redoutables de Ligniville et de Condé.
CHAPITRE III
Les invasions. (1650-1654) Période de
sièges et de batailles. Période de famine, d'épidémies et de ruines. L'histoire
cruellement se répète. Il semble qu'on soit revenu aux premiers jours du
gouvernement de La Ferté-Senectère, avec toutefois cette différence que les
Lorrains, plus nombreux, font preuve d'une excessive férocité. Maîtres du pays
plus que les Français, ils le pillent autant que jamais les conquérants l'ont pu
faire. Le passage des troupes de Ligniville est partout un désastre. Les troupes
de Fauge et de Condé commettent des dégâts pires encore. Et c'est vraiment chose
admirable que ces violences n'aient point ébranlé davantage la fidélité
populaire. Triste sort d'un pays qui doit servir deux maîtres, les royaux
s'autorisent de l'exemple de leurs adversaires pour lâcher bride à leurs
instincts. Il serait fastidieux d'énumérer ces ravages : rien n'égale la
monotonie des « infinis outrages, violements, crimes, vols, incendies, et autres
voies de fait » dont nous trouvons ici ou là le lugubre récit. Il nous suffit
dénoter que le Parlement de Metz crut nécessaire d'intervenir : le 14 juin 1651,
les semestres assemblés, le procureur général soumit à la Cour un projet d'arrêt
contre les gens de guerre ; il fut ordonné « que très humbles remontrances
seraient faites au roi sur les plaintes particulières des peuples de cette
frontière » ; et, cependant, des conseillers seraient commis « pour informer
contre toute personne desdites ruines et violences, lesquels conseillers à cette
fin se transporteront ès villes, bourgs et villages (452) ». L'arrêt partout
affiché naturellement resta lettre morte. L'audace des soldats était telle qu'en
1652 ils mirent le feu, aux portes mêmes de Nancy, à la fourasse de Laxou (453),
et leur insolence devint si peu supportable que les bourgeois de Toul, en 1654,
prirent les armes pour expulser leur garnison (454).
Le maréchal était impuissant à réprimer ces excès, absent d'ailleurs le plus
souvent ou tourmenté d'autres soucis. Peu à peu la province retombait en cette
anarchie dont l'avaient tirée, en 1644 et 1645, quelques mesures énergiques.
Lorsqu'on 1651, les places conquises par les Lorrains font retour au roi de
France, les commandants des garnisons ne veulent pas reconnaître les gouverneurs
qu'on leur envoie ; à Bar M. de Périgal, à Mirecourt M. de Campi, ne peuvent
établir leur autorité. La Ferté estime l'occasion propice pour réaliser des
économies ; il propose, il obtient la suppression des gouverneurs. Mais M. de
Campi agita la Cour ; les intérêts particuliers une fois de plus prédominent ;
la mesure presque aussitôt est rapportée (455). C'en est fini du bon ordre. La
Fronde d'ailleurs encourage, légitime toute indiscipline. Les gouverneurs,
jusque là si rudement tenus dans le devoir, relèvent la tête, agissent à leur
fantaisie. M. de Feuquières (456), à Verdun, se fait auprès des ministres
l'accusateur du maréchal (457) ; le peu de créance qu'il rencontre aigrit sa
mauvaise humeur ; il envoie ses compagnies lever en Lorraine des contributions
(458) ; il excite à la rébellion les subordonnés de La Ferté. Parmi tous se
signale M. de Rozières, gouverneur de Mairsal. Déjà il a refusé de recevoir un
corps irlandais que le gouvernement envoyait tenir garnison dans la place (459)
et le roi a dû donner ordre de suspendre le paiement des subsides qu'on lui
versait (460). En avril 1652, sur le bruit qui court d'un succès de l'armée des
princes (461), il négocie avec les Espagnols, offre de leur livrer la ville
(462). Brinon accourt de Nancy, pose le blocus, mais ses instructions le
contraignent à d'irritants ménagements. En septembre, le roi prescrit de faire
la paix : Rozières quittera la province ; on lui promet en récompense une charge
d'égale valeur ; en attendant une vacance, sans exercer aucune fonction, il
jouira des avantages que Marsâl lui assurait (463). Rozières ne veut rien
entendre. Il se montre bien avisé, car voici Condé sur la Meuse. Toutes
concessions aussitôt sont faites : il ne sera dépossédé sous aucun prétexte ni
pour aucune cause, touchera sans retard l'arriéré de son traitement et, si l'on
vient à rendre la place aux ennemis, recevra une indemnité de 120,000 livres
(464). Mais la victoire de Condé est éphémère. L'intendant Le Jay (465), dès
janvier 1653, n'estime plus nécessaire d'observer les engagements pris ; il
explique qu'en réalité il n'est rien dû à Rozières, puisque lui même depuis neuf
mois n'a pas transmis les contributions perçues dans son gouvernement ; on le
paiera, et suivant même ce qu'il exige, si la Cour ainsi l'ordonne ; du moins
est-il opportun d'y mettre quelques conditions (466) : le gouverneur de Marsal
devra renoncera lever une taxe sur les fermiers des salines ; il ne prétendra
pas se faire rembourser les blés dont il a nourri ses soldats. Sur ces bases
enfin l'accord s'établit ; il est scellé, le 16 janvier, par un traité (467).
Médiocre incident sans doute, mais qui marque bien à quel point, par la
faiblesse du gouvernement et le mauvais état des affaires, la Lorraine est alors
privée de l'action bienfaisante d'une administration régulière.
Le désordre, ainsi qu'il est naturel, engendre une effroyable misère. C'est à
parcourir les cahiers qui datent de ces dures années que nous apprécions à son
prix la tranquillité relative de la période précédente. De nouveau se succèdent
les longues listes des villages déserts. «Le peuple, étant incessamment et
journellement aux alarmes, avait abandonné les lieux de sa demeure et s'était
retiré à l'écart dans les montagnes et dans les bois (468). » Les mêmes scènes
se reproduisent que nous avons noté être habituelles sous Richelieu. Les
paysans, errant par la campagne, trouvaient, dans les cavernes où ils se
réfugiaient, un tombeau plus qu'un abri. Ceux qui par miracle échappaient à la
faim, succombaient aux épidémies ; fièvres et dysenterie, derrière les armées,
ravageaient le pays (469). Et même il faut s'étonner que nous n'ayons pas à
enregistrer de plus tristes récits : cette fois encore font défaut des exemples
de cannibalisme ; la province s'était assez relevée et les invasions qu'elle
subit furent d'ailleurs assez brèves pour qu'elle n'en soit pas revenue à ces
extrémités.
La situation financière toutefois, à mesure que la détresse des contribuables
augmentait et que diminuait leur nombre, se faisait plus dangereuse. Nous en
avons le bref exposé dans une lettre pleine de découragement et de fatigue que
Beaubourg, peu de semaines avant sa mort, le 4 août 1651, envoyait à la Cour : «
J'ai cru ne pouvoir mieux vous faire voir le misérable état auquel cette
province est réduile et par conséquent l'impuissance de satisfaire à ce qui est
du service du roi qu'en vous disant que l'imposition qui a été faite par les
ordres de Sa Majesté pour le dernier quartier d'hiver monte à 1,623,970 livres
et quoique vous me fassiez l'honneur d'avoir quelque créance en moi, j'estime
qu'il serait difficile de vous le persuader si je ne vous en envoyais le détail
(470). J'avoue que, par l'impuissance du pays, la somme entière n'a pas été
levée et qu'il en a bien resté la cinquième partie. Mais il aurait été à
souhaiter que le pays eût pu payer le tout ; car, comme les gens de guerre ne
veulent rien perdre, voyant les communautés demeurer en reste de ce qui leur
était ordonné, ils ont pris vaches, chevaux, et emmené les principaux bourgeois
prisonniers. Ce qui cause une désolation étrange qui nous ôte le moyen de rien
espérer des contributions et qui cause une diminution notable à la vente du sol
et ce qui nous met dans un accablement tout entier, c'est l'armée qui coupe les
blés à la campagne sans qu'il soit possible d'y mettre ordre quoique le pain
soit fourni à l'infanterie, mais comme on n'en donne point à la cavalerie, ils
font quatre fois plus de dégâts que s'ils en avaient. C'est, monsieur, l'état
auquel sont nos affaires et dans le peu de grains qu'il y a dans la province, il
sera très difficile que nous puissions seulement avoir du pain dont j'ai cru
être obligé de vous donner avis. Il est dû sept mois de paye à nos garnisons ;
ce que nous avons pu faire cette année jusqu'à présent a été de leur payer ce
qui était dû de l'année dernière. Je l'ai écrit à M. le Surintendant afin que
l'on ne me puisse rien imputer des événements. Je ferai toujours tout ce qui
dépendra de moi en attendant les ordres... (471) » Le Jay, insouciant et brutal
(472), était mal fait pour une tâche à laquelle Beaubourg avait succombé ; en
janvier 1633, bien loin d'avoir amélioré cette situation pénible, il était en
retard pour la perception des impôts de neuf mois entiers (473).
Ces difficultés financières, contre lesquelles avant tout il importe de lutter,
les préoccupations militaires suscitées par les progrès des ennemis,
interrompent brusquement les réformes entreprises. Si Beaubourg, le 1er
septembre 1650, ordonne que les habitants de Nancy devront, dans un délai de
trois semaines, se pourvoir de blé pour six mois, c'est que La Ferté, accouru de
Champagne, craint une attaque de Ligniville (474). Peut être l'injonction
adressée au Conseil, le 4 mai 1651, « de faire très exacte reconnaissance de
tous les blés, farines, orges et avoines qui se trouvent présentement dans les
deux villes de Nancy», fût-ce même aux greniers des couvents, traduit-elle
davantage le désir de remédier, par une plus égale répartition des grains, aux
souffrances de la population (475). Mais il ne semble pas que cette mesure ait
été suivie d'aucune autre. En juin, les distributions gratuites aux pauvres et
aux religieux demeuraient suspendues : les moines de Sion, ne touchant plus rien
des rentes habituelles, étaient sur le point d'abandonner leur maison (476).
L'administration de Le Jay, en dépit de la courte trêve de 1652, ne donna pas
meilleurs résultats. Sans tenter l'inutile effort d'étendre à toute la province
le bienfait de ses ordonnances, il veilla simplement à l'exécution des mesures
prises par la municipalité de Nancy, mesures de circonstances qui paraient aux
nécessités immédiates plus qu'elles ne dégageaient l'avenir. Le 6 août 1651, «
l'assemblée des notables bourgeois et maîtres des corps de métier», avait résolu
de lever extraordinairement 4 francs sur chaque chef de famille et 2 francs sur
chaque veuve poulies besoins des paroisses, 8 et 4 francs pour les besoins de la
ville, tout habitant étant contribuable sans exemption ni privilège. Les
protestations furent vives : « les fermiers des fermes du roi, meuniers,
fourniers, fermiers de la Kafhouse (477), du Crône (478), du péage du pont de
Malzéville, les sauniers, munitionnaires et autres » firent refus absolu de
payer. Le Conseil adressa « ses remontrances » à l'intendant ; et, le 23 mars
1652, Le Jay enjoignit au prévôt de la connétablie et à ses archers de prêter
main forte aux collecteurs. Du même jour datent quelques autres ordonnances,
pareillement rendues à la requête du Conseil de ville. Défense aux fermiers de
la Kafhouse, du Crône, du haut conduit (479) et des coches de Paris et de Metz,
d'augmenter les droits établis. Défense aux fermiers des fours banaux de
prélever à leur profit une partie de la pâte. Défense aux soldats et femmes de
soldats de se porter les jours de marchés au devant des paysans, pour acheter
les denrées, qu'ils revendaient ensuite quatre fois leur valeur (480). Mais si
ces arrêtés nous apportent la preuve de la bonne volonté persistante de
l'administration française, ils sont d'importance trop restreinte pour que nous
puissions les comparer à ceux, autrement considérables et d'ailleurs beaucoup
plus nombreux, qui donnent à la période précédente le caractère assez net d'une
époque de rénovation. Ils datent au demeurant de 1652. L'expédition de Condé
vint bientôt tout bouleverser. Et l'année 1633 paraît vide de mesures
administratives. La situation, à la chute de Clermont, était assurément moins
sombre qu'elle ne pouvait être avant la prise de La Mothe et La Ferté sans doute
avait droit de mesurer avec quelque orgueil les résultats acquis. Il n'en est
pas moins vrai que les invasions de 1650 et de 1652 marquent dans l'histoire
intérieure lorraine un recul peut-être et certainement un temps d'arrêt.
CHAPITRE IV
Deuxième pacification. (1654-1661) La
guerre, en 1654, se détourne, nous l'avons vu, très nettement de la Lorraine.
Les armées ennemies ont évacué son territoire. Les armées françaises bientôt
s'éloignent à leur tour. La paix de Westphalie, après six années, enfin va
porter ses fruits. Et la pleine tranquillité dont le duché jouira désormais
jusqu'au terme de la domination royale, paraîtra singulièrement favorable au
rétablissement rigoureux de l'ordre public, à l'amélioration raisonnée de la
situation économique.
Les quartiers d'hiver, dont la terrible charge entravait la vie même de la
province, se font presque supportables. A l'automne de cette première année ne
séjournent plus dans le pays que les troupes destinées à en assurer la défense.
La dualité de commandement par le fait a disparu, avec elle une des causes
essentielles des désordres militaires. La plupart des régiments cantonnés autour
de Nancy sont la propriété de La Ferté dont ils portent le nom ; les autres,
obéissant à ses lieutenants, lui demeurent subordonnés (481). On leur adjoint,
il est vrai, en janvier 1655, deux régiments lorrains, Remenecourt et Mauléon,
qui viennent, après l'arrestation de duc, de déserter la cause espagnole. Mais
on loge ces étrangers très à l'écart en terre de Gorze et Clermontois ; la solde
leur est payée du fonds de l'Épargne et les habitants ne fournissent que le
couvert et le fourrage (482).
Le même souci d'écarter toute occasion de trouble se traduit en chacun des actes
du gouverneur et de l'intendant. Lorsque, quelques mois plus tard, l'armée de
Ligniville passe au service de la France, des précautions minutieuses sont
prises afin d'éviter qu'elle ne fasse au pays de Sarre où on l'envoie des dégâts
trop considérables. Les gouverneurs de Hombourg, Landsthul et Bitche, dont nous
savons les protestations, reçoivent en 1636 une somme de 60,000 rixdalles (483)
pour subvenir, en s'abstenant de réquisitions arbitraires, aux besoins de ces
nouvelles troupes (484). Puis, comme persistent les plaintes et que les
compagnies logées dans ces places s'estiment trop à l'étroit, l'ordre est donné
à Brinon, le 23 février 1657 (485), de les en faire sortir et de les répartir en
de meilleurs cantonnements. Cependant les 60,000 rixdalles ont été levées sur le
pays ; il est juste en récompense qu'il soit épargné. On interdit donc aux
soldats d'exiger des hôtes « aucune chose en argent ou autrement, hors le
couvert et le lit, la place au feu et à la chandelle » (486). Et, pour que ces
règlements puissent être véritablement appliqués, La Ferté s'efforce d'organiser
des magasins, d'où les hommes recevraient directement les vivres et le fourrage
(487). Il ne semble pas d'ailleurs que la tentative ait réussi, puisqu'en 1658
le maréchal et Saint-Pouanges, nouvel intendant (488), en revinrent aux
errements anciens : une ordonnance, rendue « au sujet des abus qui se
commettaient pour le logement et la subsistance des régiments en garnison en
Lorraine » arrêta que chaque cavalier toucherait des habitants « pour vivres,
fourrage et ustensile » 4 francs barrois, « la compagnie ne devant dépasser 57
places, hauts et bas officiers compris » (489). Le maire et les quatre
conseillers de Mirecourt apprirent bientôt à leurs dépens qu'on était résolu à
faire observer sérieusement cette loi ; car ils furent, par ordre de Saint-Pouanges,
condamnés à l'amende « pour avoir, au préjudice des volontés du roi, traitant
avec les officiers, accordé plus que les règlements ne demandaient » (490).
Ces mesures d'ordre, soulignées de ces mesures de rigueur, produisirent
assurément quelque effet. Il suffit de parcourir les registres des receveurs
pour constater que les scènes de violence, les exactions ou les pillages
deviennent plus rares, on pourrait dire, après 1656, exceptionnels. Ils n'ont
pas cependant complètement cessé ; le calme n'est point absolu ni la discipline
parfaite. Dans les cahiers du Barrois, nous relevons encore d'assez nombreuses
plaintes. Presque toutes sont dirigées contre la garnison de Verdun ; M. de
Feuquières laissait à ses soldats toute licence de porter leurs ravages sur les
terres de son ennemi (491).
C'est à la faiblesse fort inattendue de Mazarin qu'il faut attribuer la
prolongation de ces abus. La Fronde avait imprimé à la conduite du cardinal un
caractère persistant de timidité qui se manifesta avec éclat lors des conflits
qui mirent assez fréquemment aux prises La Ferté et ses subalternes. Certaines
indulgences se comprennent et se justifient: les intentions pacificatrices du
ministère étaient à ce point évidentes que Le Jay, en 1636, n'hésita pas à
traiter avec le gouverneur de Linchamps (492), dont les courses multipliées
désolaient au loin la campagne (493) ; La Ferté avait déclaré que la forteresse
était d'assiette assez solide pour nécessiter, si on l'attaquait, quelque
déploiement de troupes (494); l'intendant n'avait pas douté que le gouvernement
ne préférât payer de 45,000 livres une promesse de meilleure conduite (495).
Mais il y a loin de ces tempéraments dictés par le légitime désir de ménager la
province à l'impunité systématiquement accordée aux officiers insubordonnés. M.
de Rozières, en 1654, n'avait pas craint, oublieux de ses engagements
précédents, de se lier par un traité avec les Espagnols (496), d'entrer en
relations étroites avec M. de Feuquières, de préparer ouvertement une révolte
(497). Aux représentations du maréchal (498), Mazarin ne sut que répondre «
qu'il avait la tête rompue de cette histoire et priait qu'on y mît terme » (499)
; le gouverneur de Marsal désormais put jouir avec quiétude de son indépendance
(500). Fâcheux exemple, peu propre à maintenir l'esprit de discipline et qui
sans doute contribua, non moins que les écarts d'humeur de La Ferté aigri par la
vieillesse et les souffrances de la goutte, à susciter les incidents dont furent
troublées les dernières années de l'occupation française. L'affaire Gardagne
entre toutes apparaît significative. Cet officier commandait à Pont-à-Mousson.
Contre lui le maréchal avait reçu plusieurs plaintes et le procureur du roi
avait soumis à Saint-Pouanges trois requêtes consécutives par lesquelles il
exposait que partie des habitants de la ville et tous ceux du marquisat étaient
prêts à déserter si on ne leur rendait justice. Or, pour semblables causes et
pour la lourdeur des quartiers d'hiver, cette même année 1658, le Val-d'Ajol et
dix villages voisins de Ligny venaient d'être abandonnés. Saint-Pouanges,
inquiet, ouvrit une enquête. Elle fut concluante : Gardagne avait fait arracher
pour les vendre les plombs du château ; il envoyait des corvées de paysans
abattre les bois du roi qui, charriés ensuite sur la rivière jusqu'à Metz,
étaient débités à son profit ; il s'emparait du foin qu'on apportait en ville,
fauchait celui des particuliers, commettait mille exactions qui dépassaient en
vérité celles permises à un gouverneur ; il refusait enfin d'obéir à la récente
ordonnance renouvelée par La Ferté touchant les bourgeois faussement comptés
comme soldats et par cette fraude exempts des contributions (501). Le cas ne
prêtait point à l'équivoque; il ne semble pas pourtant qu'on ait imité en cette
occasion la rigueur déployée jadis contre Du Breuil à Mirecourt. Et même
Mazarin, pour la première fois, n'est pas éloigné d'estimer le maréchal trop
sévère. Aussi, lorsque éclate en septembre 1659 une nouvelle et grave affaire,
il ne cache pas son irritation. Brisacier, gouverneur de Sierck et grand bailli
d'Allemagne, a représenté au cardinal, alors à Saint-Jean-de-Luz, que La Ferté,
logeant des troupes en ses villages, lui causait un fort préjudice. Le ministre
aussitôt écrit à Le Tellier « de faire connaître au maréchal qu'il ne doit pas
exciter tant de plaintes ». Lui même directement adresse de vives remontrances
(502). Elles demeurent d'ailleurs sans effet: la querelle persiste et
s'envenime. Au printemps, on en vient aux menaces, bientôt aux prises: Brisacier,
pour défendre sa cause, se rend à Paris ; La Ferté, durant ce temps, met le
siège devant Sierck. C'est alors véritablement un épisode de guerre civile. Le
frère de Brisacier et son ami, M. de Bry, s'enferment dans le château et
dirigent la résistance; lui-même se jette dans Bar-le-Duc, implore la protection
du roi et l'appui du ministère (503). Le cardinal cependant se borne à quelques
vagues paroles de conciliation et de regret (504); il a d'autres soucis et sait
au demeurant que l'évacuation prochaine du duché clôra d'elle-même ce conflit.
Ainsi nous saisissons dans l'histoire intérieure lorraine l'entrée en jeu d'un
facteur nouveau. Alors que les circonstances sont singulièrement favorables, que
le gouverneur et l'intendant n'ont pas cessé de manifester une évidente bonne
volonté, Mazarin se désintéresse des questions qui jusqu'alors l'avaient
davantage retenu. Il laisse avec indifférence l'indiscipline grandir au point
d'entraver de façon certaine l'œuvre de relèvement par lui commencée, aussi
facile à poursuivre que nécessaire à réaliser. Les souvenirs de la Fronde sont
insuffisants à expliquer ce brusque changement d'attitude et de conduite. Il
faut voir là la conséquence d'une modification profonde des tendances et des
ambitions de la politique extérieure française. Mazarin, après Richelieu,
s'était bercé de l'espoir d incorporer au royaume le riche domaine de Charles IV
; de 1643 à 1648, il avait publié maints mémoires où se trouvaient exposées,
avec les droits de la France (505), les raisons qui militaient contre ceux de
l'Empire (506) ; il n'avait négligé aucune occasion d'affirmer ses intentions
conquérantes : le 3 février 1648, au cours d'un grand conseil auquel
assistaient, outre il reine-mère et les ministres, le nonce du pape et
l'ambassadeur de Venise, il refusait de façon formelle d'accepter les ouvertures
faites à Munster par Chigi et Contarini pour la restitution de la Lorraine (507)
; et, le 14 août de cette même année, il écrivait à Chanut une lettre non
équivoque : « Il ne peut pas me tomber dans l'esprit que, quand la reine de
Suède nous a dit qu'il faudrait chercher des tempéraments en ce point de
Lorraine, elle eut intention, pour sortir de cette difficulté, de nous obliger à
la rendre. Elle ne trouverait pas fort bon, je m'assure, que nous lui tinssions
ce discours sur le sujet de la Poméranie. La Lorraine est la plus considérable
conquête que la France ait faite dans cette guerre, celle qui est le plus à sa
bienséance et qui, comme vous savez, lui appartient à plus de titres par les
manquements du duc Charles (508). » Mais les événements intérieurs presque
aussitôt firent plier la volonté du cardinal. Les troubles de la Fronde mirent
le pays dans un tel état de division et de faiblesse que le vainqueur de
l'Autriche dut connaître son impuissance à triompher seul de l'Espagne. Il était
de ces hommes qui savent ne point s'obstiner en des entreprises condamnées.
Prenant son parti des circonstances nouvelles, il se montra soucieux uniquement
d'en tirer le meilleur profit. L'arrestation du duc lui parut une occasion
propice d'enlever à ses ennemis ces régiments lorrains qui faisaient leur
principale force. Il se garda de négliger pareille fortune. Mais il n'est point
douteux que, dès ce moment, il n'ait, dans sa pensée, rabattu de ses ambitions.
Il négocie avec Nicole, dont il admet qu'elle reçoive les pleins pouvoirs de son
mari ; il traite avec la Cour souveraine (509), organe et centre de la
résistance nationale, qui, pour se concerter avec l'intendant, se transporte,
durant quelques jours, à Rosières ; il permet que la duchesse ratifie par décret
la translation à Nancy de la communauté des Tiercelins, autorisée depuis 1643
par l'administration française (510) ; publiquement, il s'associe aux deuils qui
viennent affliger la famille ducale ; c'est au nom du roi que sont célébrés, en
1657, dans les églises de Nancy, les services funèbres en l'honneur de Nicole
(511) ; Saint-Pouanges assiste à Saint-Georges, en 1659, aux prières dites pour
l'âme du prince Ferdinand de Lorraine (512) ; La Ferté en prescrit d'autres aux
intentions du prince Charles, grièvement blessé d'une chute de cheval.... (513).
Il est désormais évident qu'à la signature de la paix, en dépit des conditions
plus ou moins restrictives que dicteront la nécessité de relier l'Alsace à la
Champagne et le souci de ménager l'avenir, le duché sera restitué à son
souverain légitime.
Mais cette évolution de la politique mazarine, favorable aux plus chères
espérances des Lorrains, l'est moins à leurs intérêts. La prospérité d'un pays
que bientôt il abandonnera importe peu au cardinal ; il lui suffit que l'ordre
règne. Il laisse ses agents poursuivre au hasard leurs efforts, sans
instructions sans doute, en tout cas sans encouragements. Le mouvement
réformateur, à partir de 1656, peu à peu se ralentit ; la province n'est plus
redevable de ses progrès qu'à l'amélioration générale des circonstances
extérieures. En 1654, désireux de mettre à profit la pacification récente, La
Ferté et Le Jay ont multiplié les ordonnances : contre les personnes réfugiées à
Nancy qui se prétendent soldats (514) ; pour l'enlèvement des immondices et le
nettoiement des chemins (515) ; contre les bouchers qui dépassent les prix fixés
par le Conseil (516). D'autres mesures sont plus importantes : un arrêt du
gouverneur a relevé la valeur du gros, au grand avantage du petit commerce,
qu'affectait fort la dépréciation de cette monnaie courante (517) ; un autre a
décidé que, pour remédier à la diminution des revenus municipaux, nul à Nancy ne
serait exempt des débits (518) ; Le Jay, peu après, a tenté d'étendre à tout le
pays pareille réglementation ; il a révoqué toutes les franchises accordées aux
communes et entrepris la tâche difficile de répartir sur de nouvelles bases les
impositions (519). Mais, en 1655 déjà, cette activité faiblit. Les ordonnances
dorénavant ne portent guère que sur les questions financières. Il s'agit moins
d'aider au relève ment de la province que de faire rentrer, avec une régularité
satisfaisante, l'argent du roi. Le 15 mars 1656, on prend à cet égard une
résolution décisive : remise est accordée aux Lorrains de toutes les
contributions dues pour le passé ; en revanche, à partir du 1er janvier de cette
année même, les conduits seront levés régulièrement et sans qu'aucun retard soit
supporté, à raison de 14 gros par tête et par mois dans les villes et de 1 franc
dans les villages (520). Les autorités d'ailleurs paraissent être demeurées en
général bienveillantes ; délaissant elles-mêmes toute initiative, elles ne se
refusent point à seconder l'effort des pouvoirs locaux. Sans doute elles ne
tiennent pas compte des remontrances que présentent les conseillers nancéiens au
sujet de l'établissement des Pères Augustins dans la ville ; il est cependant
trop certain que des religieux, qui ne payent pas les impôts ni ne satisfont aux
fournitures de la garnison, sont pour toute cité une lourde charge (521). Mais
du moins les fraudes préjudiciables aux finances municipales sont réprimées avec
énergie. La Ferté sévit contre les officiers qui ne craignent pas d'invoquer la
franchise dont ils jouissent pour faire entrer, sans le soumettre aux droits
d'octroi, le vin des particuliers (522) ; et, comme ses premières menaces
restent inefficaces, il se décide à réglementer ce privilège qui ne s'étendra
désormais qu'à 12 pièces pour les capitaines, 8 pour les lieutenants et 6 pour
les enseignes, à raison par pièce de quatre mesures et demie (523). Brinon, vers
le même temps, chasse de la ville les mendiants « dont la plupart pourraient
travailler aux champs » ; n'obtiendront de sursis que ceux qui s'emploieront
tout aussitôt aux fenaisons (524). Ordre aux capitaines dans toute l'étendue du
pays de renvoyer les bourgeois qu'ils avouaient pour soldats (525), révocation à
plusieurs reprises de toutes les exemptions (526), ce sont mesures coutumières
qui méritent à peine d'être signalées. D'une insignifiance presque égale sont
les autorisations données au Conseil de ville de Nancy de faire, en 1655 et
1656, des levées extraordinaires sur les chefs de famille (527) ou d'établir sur
la bière une taxe nouvelle (528). Telles sont pourtant quelques-unes des plus
remarquables décisions prises par l'administration française durant ces
dernières années. Il faudrait faire une place à part à la déclaration du 2 mai
1657 qui rendait héréditaires moyennant paiement les offices d'échevins de
justice, si l'on pouvait voir là autre chose qu'un expédient financier et si la
tentative n'avait échoué devant la résistance obstinée des principaux intéressés
(529). Encore doit-on remarquer que ces ordonnances sont les unes et les autres
antérieures à 1658 ; il semble qu'après cette date, et la pénurie des documents
que nous trouvons aux Affaires étrangères confirme cette impression, les
autorités royales soient devenues totalement indifférentes au sort de la
province.
La Lorraine, malgré tout, peu à peu se rétablissait : s'il n'était point
question pour elle de se reprendre à vivre, de cette vie large et prospère
qu'elle avait autrefois connue, elle commençait du moins à échapper aux
conséquences de la terrible crise dont elle avait failli périr. Toutes plaintes
ne sont pas éteintes et les cahiers des receveurs ou les requêtes particulières
révèlent encore bien des misères. En 1659, Conflans en Bassigny n'a pas un
habitant ; Longuyon est presque désert (530) ; dans la prévôté de Briey la
plupart des villages sont abandonnés, les maisons démolies et les terres en
friche ; à Briey même, les halles ont été brûlées : foires et marchés n'existent
plus (531). L'amodialeur des moulins de Cornimont expose à l'abbesse de
Remiremont que le bourg désormais compte « au plus » 24 habitants ; il s'offre à
justifier que ses clients, l'hiver précédent, « ont été plus de six semaines
sans manger un morceau de pain » (532). Mais dans ces doléances, il convient de
reconnaître les exagérations naturelles à qui défend ses intérêts : « le malheur
des temps » était prétexte excellent à ne pas payer les redevances, à présenter
caisse vide. Nous en avons un exemple dans l'histoire même de Nancy. Le 20 août
1659, le Conseil de ville dut s'assembler, par ordre exprès de Saint-Pouanges,
afin d'entendre lecture d'une lettre de cachet ; le roi demandait qu'on lui
fournît des subsides pour son voyage en Guyenne. Ce furent de grandes
lamentations. Les notables décidèrent de se transporter en corps auprès de La
Ferté ; on le supplia d'autoriser l'envoi de deux députés à Paris. Il y
consentit de bonne grâce, usant même de l'occasion pour protester en un long
discours de l'admiration qu'il professait à l'égard du duc de Lorraine et pour
se rendre à lui-même ce témoignage qu'il avait pris toujours souci de maintenir
en son gouvernement un ordre rigoureux (533). L'intendant, moins conciliant,
manifesta quelque irritation ; les conseillers remontrèrent « qu'il ne leur
fallait imputer aucun défaut d'affection, mais seulement une formelle
impuissance » ; Saint-Pouanges à la fin s'apaisa ; il détourna Sarazzin de faire
le voyage de Paris « le roi étant à Bordeaux », accepta de transmettre au
surintendant « une rédaction de l'état des finances » que le Conseil lui
apportait, et sans doute ne donna point au ministre avis défavorable puisqu'il
put, en novembre, apprendre aux Nancéiens que le roi avait bien voulu, « en
considération de monseigneur le duc François », les décharger du don gratuit
(534). Nous possédons le mémoire qui fut envoyé à la Cour (535) ; en plus d'un
point, il est instructif et bien qu'il rappelle la délibération de 1645, il
mérite d'être résumé. Chaque année jadis la ville recevait 4,200 francs prélevés
sur les aides, touchait une rente de 2,510 francs sur la saline de Dieuze,
levait un impôt d'environ 5,000 francs ; le roi a confisqué ces trois recettes.
La ville avait un magasin à sel qui lui rapportait 9,000 francs; le roi s'en est
emparé. Elle tirait 1,200 francs de ses bois ; la garnison les a brûlés. Le
droit d'entrée sur le vin rapportait 18,000 francs ; la diminution du nombre des
habitants et leur misère ont réduit cette recette a 2,000 francs. « Tellement
que la ville pouvait compter en recette fixe, par chacun an, la somme de 55,000
francs en gros ; le roi en prend à soi 20,700 francs et aujourd'hui elle n'a
pour tout revenu que les fermes, cens et louages des boutiques qui ne montent
pas à 8,000 francs (536) à quoi joint quelques 2,000 francs d'entrée sur les
vins, elle ne compte pas en sa recette aujourd'hui 10,000 francs. » Les dépenses
au contraire n'ont pas cessé de croître. Outre les charges habituelles, qui sont
les mêmes qu'au temps de la prospérité, il faut pourvoir aux réquisitions
militaires, subvenir aux nouveaux impôts : « à chaque chambrée de soldats 4 gros
par semaine, soit 12,000 francs par an ; pour les fournitures de la garnison,
qui est une petite armée, plus de 50,000 francs ; l'impôt sur les blés 52,000
francs.. » Il nous est malaisé de ne pas croire à quelque exagération. Car nous
possédons, à défaut du budget de 1659, ceux de 1652, 1653, 1654, où nous pouvons
lire que les recettes ordinaires s'élevèrent successivement à 20,922 francs ;
29,559 ; 33,140 (537) ; il n'est point de raison pour que, les années suivantes,
elles aient à ce point diminué et, bien au contraire, il serait permis de
supposer qu'elles suivirent, après le rétablissement définitif de l'ordre et de
la paix, une progression constante. Et d'ailleurs c'est en cette même année 1659
que les travaux municipaux, depuis si longtemps suspendus, reprirent enfin leur
cours : le Conseil fit établir, afin de remédier au manque d'eau dont la
Ville-Neuve souffrait, des fontaines au Pont Mougeat et sur la place
Saint-Georges (538). Pour apprécier équitablement l'état général du pays, on
doit ajouter que, par un phénomène assez naturel, les villes désormais étaient
plus lourdement frappées que les campagnes : tandis que les paysans ne
redoutaient plus les courses des Cravates et supportaient plus aisément des
passages de troupes moins fréquents, les citadins n'avaient vu que très
médiocrement diminuer le nombre de leurs garnisaires. Malzéville, aux portes de
Nancy, abrite, en, 1656, 20 familles seulement, au lieu de 46 en 1643. Mais les
bourgs voisins se repeuplent. En deux années, Dombasle passe de 5 à 18 familles:
Millery, Autreville, Maron, déserts en 1643, payent, en 1658, 3, 4 et 12
conduits ; Crévic en paye 5 (539). Les 2,000 conduits que l'intendant, en 1654,
obtenait avec tant de peine sont facilement atteints et de beaucoup dépassés
(540)...
Nous pouvons, dans ces conditions, admettre une conclusion favorable.
L'administration de Mazarin n'avait pas réparé toutes les ruines accumulées par
les invasions étrangères et la brutalité de Richelieu. Mais il faut du moins
reconnaître qu'elle s'était employée, presque jusqu'au dernier moment, à en
pallier les effets. La tradition contraire, si bien établie qu'elle paraisse, si
répandue qu'elle soit, ne résiste pas à un examen sérieux. L'histoire doit la
rejeter ; nous n'avons pas le droit d'imiter la légitime injustice des
contemporains dont l'intransigeance patriotique ne consentit jamais à voir dans
les conquérants français que des ennemis et des tyrans.
TROISIÈME PARTIE
L'opinion publique. Si les
événements militaires eurent sur l'histoire intérieure lorraine les
répercussions assez graves que nous avons pu noter, il n'en fut point de même
sur les sentiments des populations conquises. Sans doute nous avons dû signaler,
après les défaites de Ligniville, après quelques-unes des maladresses les moins
pardonnables de Charles IV, une hésitation et une lassitude de la fidélité
nationale. Mais elles ne furent jamais assez durables pour justifier que nous
introduisions dans cette étude des divisions trop marquées. Ce sont là questions
de nuances qu'il sera suffisant de souligner au passage. L'évolution des esprits
entre 1643 et 1639 assurément n'est pas niable ; il serait surprenant qu'elle ne
se fût pas produite. Il n'en reste pas moins qu'à la conclusion de la paix,
l'explosion de joie patriotique à laquelle ils assistèrent révéla aux Français,
s'ils en doutaient, qu'en dépit d'un adoucissement inévitable des relations
quotidiennes, ils n'avaient séduit ni gagné les cœurs.
La Ferté-Sénectère, dès les premiers jours, put aisément se convaincre que
l'annexion morale du duché se heurte rait à de rudes obstacles. Quelques
défaillances des hautes classes ne faisaient que mieux ressortir l'unanimité
populaire. La dame de Saint Balmont, en son château de Neuville (541), tandis
que son mari servait dans les armées lorraines (542), non seulement donnait la
chasse aux Cravates qui s'aventuraient sur ses terres, mais « ajoutait à cette
valeur une charité si grande que tous les soldats du roi recevaient d'elle
secours et assistance (543) », ingénieux moyen peut-être de mettre d'accord
loyalisme et intérêts, et, sans refuser d'accomplir son devoir, d'éviter une
confiscation. L'Université de Pont-à-Mousson (544), dont plusieurs membres sous
Richelieu avaient si fièrement manifesté leur indépendance (545), en 1644
semblait désespérer de l'avenir ; le P. Rose, recteur, sollicitait de Vignier
confirmation des privilèges accordés jadis par les ducs ; non content de cette
démarche, il s'adressait à la reine, obtenait d'elle au mois d'août des lettres
patentes qu'enregistrait en janvier 1645 le Parlement de Metz (546). Mais ces
exemples demeurèrent les seuls. Le découragement ne s'étendit point à ceux qui
précisément soutiraient davantage. En 1643, dans un Mémoire intitulé « contre le
retour du Parlement à Metz », le sieur Lambert invoquait cette raison, à son
sens considérable, qu'il faudrait laisser aux Lorrains liberté d'entrer dans la
place, ce qui mettrait en grave péril la sécurité messine (547). Nous ne
saurions trouver meilleure preuve du peu d'illusions quegardaient les vainqueurs
sur les sentiments profonds que les vaincus leur portaient.
Il eût été difficile de méconnaître la vérité: elle éclatait en chaque
circonstance. Les villes rendaient témoignage au duc de leur fidélité presque
aussi souvent qu'elles assuraient de leur soumission les fonctionnaires
français, et recouraient à lui en toutes occasions, comme s'il eût été toujours
effectivement leur souverain. Pot d'Argent, en 1645, tente d'aller à Worms «
porter à Son Altesse les très humbles services » des bourgeois d'Épinal (548).
Les habitants de Rambervillers, encore qu'ils soient sujets de l'évêque de Metz,
ne craignent pas d'envoyer à Bruxelles présenter leurs plaintes auxquelles
Charles IV fait droit (549). Les particuliers dissimulent moins encore. Il est,
dans les garnisons de Lorraine, des soldats levés sur place que l'on doit
licencier parce qu'ils entretiennent avec Bitche ou Luxembourg une
correspondance secrète (550). Les «gens des villages sont en intelligence » avec
les ennemis dont ils facilitent les courses (551). Les Récollets de La Mothe,
établis à Damblin (552) après la ruine delà ville, sont si mal intentionnés à
l'égard de la France que le cardinal estime dangereux leur séjour sur les
frontières et donne ordre de les disperser (553). Les religieuses carmélites,
qui ont fui Lunéville pour se réfugier à Nancy, sont soupçonnées d'y pouvoir
causer « du scandale et même du désordre » ; le ministre conseille de les
renvoyer (554). Ces exécutions sont inutiles. Paysans, soldats, religieux, sont
invariables en leur résistance. « Toutes les affections du peuple, constate avec
mélancolie Beaubourg, sont contre nous (555). »
Ces conditions étaient singulièrement favorables au maintien clandestin d'une
administration lorraine, à côté de l'organisation nouvelle introduite par les
vainqueurs. Nous avons vu avec quelle régularité, durant les premières années,
les garnisons de La Mothe, de Longwy et de Bitche levaient sur la plus grande
partie du pays les contributions ducales. Les appels militaires se poursuivaient
avec une égale persistance. Et La Ferté-Sénectère n'eut point de tâche plus
urgente que celle de s'opposer, dans les limites assez restreintes de ses
moyens, aux menées des recruteurs ennemis. On se battait à coups d'ordonnances.
Le 22 septembre 1643, Charles IV prescrivait la levée en masse en Lorraine et en
Barrois : injonction était faite à tous les gentilshommes, comme aussi à tous
les soldats ayant porté les armes depuis vingt ans, de rejoindre le duc, « à
peine de mettre le feu à leurs demeures et traiter les maires et communautés
desdits lieux, ensemble tous leurs parents, comme criminels de lèse-majesté
(556). » Le29 octobre, le gouverneur répliquait par une contre-ordonnance où il
s'était borné à copier les pénalités édictées par son adversaire : « Très
expresse défense aux gentilshommes et soldats d'obéir aux ordres du duc, à peine
d'être traités comme criminels de lèse-majesté, et commandement aux baillis de
châtier les contrevenants et, où ils ne les pourront faire prendre, de faire
chasser leurs femmes et enfants, faire saisir leurs biens et raser leurs maisons
(557) ». Mais, comme nous savons, la domination française était loin d'être
partout effective ; beaucoup de Lorrains purent, sans opposition, aller grossir
l'armée ducale. Le 25 octobre 1646, Beaubourg devait encore interdire le
racolement des gens de guerre effectué sans coin mission spéciale (558), et, le
10 septembre 1648, refuser à tout habitant le droit de quitter le pays sans une
autorisation formelle du gouverneur ou du roi (559). Encore le cardinal, en
approuvant ces mesures, jugeait-il qu'elles n'étaient point assez rigoureuses et
recommandait d'observer dans leur application la plus stricte sévérité (560).
Ce n'est pas pourtant sur ce terrain que se porta le plus souvent la lutte entre
les deux pouvoirs. Ils se disputèrent sans relâche l'administration judiciaire
du duché. Dès le 18 janvier 1644, Charles IV, « désirant maintenir et conserver
les juridictions ordinaires comme aussi rendre facile et prompt à ses sujets
l'accès de la justice », commit à cet effet des magistrats qui vinrent siéger à
La Mothe, au lieu et place des lieutenants-généraux des bailliages de Nancy,
Vosges, Vaudémont, Épinal et Châtel. Les arrêts rendus par les officiers de
justice passés au service de la France étaient déclarés nuis. Tout sujet fidèle
était invité à n'en point tenir compte (561). Cette ordonnance fut
merveilleusement respectée. Partout où des garnisons françaises n'assuraient pas
l'immédiate obéissance aux volontés royales, les tribunaux lorrains ne cessèrent
pas de fonctionner. Ce fut en vain qu'à maintes reprises le Parlement de Metz
lança contre eux ses prohibitions ; à Hombourg, Longwy, La Mothe, Vaudrevange
(562), à Mirecourt (563), à Remiremont, ils invoquaient ouvertement l'autorité
de Charles IV. Il advint même que les magistrats français, rebutés des mauvais
traitements dont ils étaient l'objet dans les bourgs et les campagnes,
sollicitèrent des provisions du duc et poursuivirent en son nom leur mission,
sans que les en pussent empêcher les efforts multipliés du gouverneur et des
intendants (564). Mais la plus surprenante manifestation du patriotisme local
fut l'inébranlable obstination avec laquelle les justiciables des trois
bailliages se refusèrent à porter leurs appels devant le Parlement de Metz. La
Cour souveraine de Lorraine et Barrois(565), à Vaudrevange jusqu'en mars 1645, à
Longwy jusqu'au 28 août, puis à Luxembourg, évoquait à elle toutes les affaires.
Le Parlement de Metz n'avait d'autre ressource que de casser les décisions
qu'elle proclamait. C'est un spectacle assez singulier, non moins significatif,
que celui de ces deux assemblées s'attaquant à coups d'arrêts ; en 1647 et 1648,
elles annulèrent tour à tour les procédures successives par quoi les juges de
Remiremont tentèrent de les satisfaire (566). Mais il n'était pas douteux que le
Parlement de Metz, en cette lutte ne dût finalement succomber ; il était trop
profondément impopulaire pour qu'on pût espérer avant longtemps surmonter à cet
égard les répugnances lorraines. La Cour de Luxembourg jouissait au contraire de
l'autorité la plus haute. D'ailleurs, véritablement souveraine, sous réserve de
l'autorité ducale, elle ne bornait pas son rôle à des opérations judiciaires.
Elle procédait à la nomination des fonctionnaires, tenait la chambre des
comptes, passait en cette qualité les baux des salines, de la douane, du domaine
(567), fixait les contributions, accordait les exemptions (568). Ainsi se
rattachait à elle tout ce qui subsistait du passé. Vers elle, par un mouvement
naturel, se tournaient les cœurs insoumis. Elle était, à proprement dire, un
centre de vie nationale.
La résistance morale des vaincus n'était donc point dépourvue, autant qu'on
aurait pu croire, de direction ni de cadres. Et l'on s'explique, en ces
conditions, quelle se soit maintenue assez générale, assez vigoureuse, pour se
traduire, en 1650, dès l'apparition de Ligniville par un immense élan
d'enthousiasme. De cet enthousiasme, nous avons déjà, en étudiant cette brève
campagne, soupçonné quelque chose. Il n'est point pourtant inutile de rassembler
les traits épars qui constituent cette histoire. L'âme lorraine rarement vibra
d'une fièvre aussi magnifique (569).
« On me mande, écrivait le 3 septembre le gouverneur à Le Tellier, que tout le
pays est en révolte ; cela ne me surprend pas (570). » Et, de fait, avant même
que Ligniville eût franchi la Meurthe, les paysans des Vosges, s'armant à la
hâte, surexcités par son approche, harcelaient, au long des routes, les
cavaliers de Rose-Worns, tuaient les traînards, enlevaient les chariots (571).
Des guides, offrant leurs services, permirent à l'armée ducale de préparer la
surprise de Vincey (572). La victoire bientôt, de tous côtés, suscita des
dévoûments. Les bourgeois d'Epinal firent à Belrupt une réception chaleureuse
(573). A Mirecourt, laissant M. de Campi s'enfermer dans le château, les
habitants portèrent les clefs à Ligniville (574) ; le greffier du Conseil
dissimula si peu ses sentiments et ses démarches qu'il fut plus tard condamné
par le Parlement de Metz au bannissement perpétuel et à la confiscation des
biens (575) ; les soldats français mariés dans la contrée, avaient à ce point
subi l'influence de la terre qu'ils refusèrent de contribuer contre les troupes
du duc Charles à la défense de la place (576). Les gentilshommes, oublieux du
serment qu'ils avaient prêté au roi, « jetèrent le masque » après la prise de
Neufchâteau ; ouvertement ils appelèrent aux armes (577). Des bandes de
partisans s'organisaient jusqu'aux portes de Nancy. Sur un ordre de Ligniville,
les marchés français furent désertés (578); La Ferté, pour se procurer des blés,
dut recourir à des exécutions militaires ; expédient insuffisant : en bien des
villages, il trouva devant lui portes closes et maisons vides (579).
Les violences se précipitèrent. La Ferté, dans l'universel soulèvement, ne
pouvait maintenir sa domination que par la terreur. Une ordonnance du 9 juillet
frappa de confiscation les biens des Lorrains qui s'enrôlaient parmi les ennemis
; tout émigrant était condamné comme suspect (580). « Il n'est pas nécessaire,
prescrivait Mazarin à Beaubourg, de renouveler des déclarations contre ceux qui
prennent du service malgré les derniers serments qu'ils ont au roi ; il ne faut
que les faire observer et, quand il y aura quelque délinquant, il faut les faire
juger (581). » Les délinquants furent nombreux ; les noms de certains d'entre
eux nous surprennent : le roi dut en venir à expulser M. de Chambley qui ne
saurait que difficilement passer pour un patriote exalté (582).
Les fonctionnaires lorrains rendaient d'ailleurs coup pour coup. Aux menaces
royales, la Cour souveraine répliquait par d'autres menaces. Le 30 septembre,
elle ordonnait aux sujets de Son Altesse de revenir à leurs drapeaux, aux
émigrés de regagner leurs foyers, interdisait aux étrangers de conserver dans le
duché la possession d'aucune terre sans solliciter des lettres de naturalité
(583). Les tribunaux inférieurs ne déployaient pas moindre ardeur ; les échevins
de justice, à Rambervillers, jetèrent en prison Jean Parisot, de Hardancourt,
qui prétendait avoir oui dire que Son Altesse accourait au secours de ses places
avec quinze mille escargots ; Parisot ne fut remis en liberté qu'après avoir
juré par tous les saints que la chose était controuvée (584). En même temps, la
Cour souveraine s'efforçait de donner à la province une organisation plus
complète. Tandis que Charles IV distribuait à ses fidèles le gouvernement des
villes reconquises (585), elle travaillait avec ardeur à créer dans tous les
bailliages des juridictions à sa dépendance (586). Le 20 juin 1651, le Parlement
de Metz dut renouveler ses défenses de reconnaître d'autres juges que les juges
royaux et de porter les appels ailleurs que devant lui (587). Mesure platonique
autant que les précédentes et qui n'empêcha pas qu'il ne dût continuer à casser
les arrêts rendus par sa rivale. Les tentatives de reconstitution administrative
persistèrent, après les défaites de Lavallée et de Rhétel, en dépit même de la
persécution qui suivit l'échec de La Ferté devant Neufchâteau. En vain le
maréchal, donnant libre cours à sa colère, ferma les portes de Nancy à tous ceux
parmi les nobles qui « présentaient encore quelque apparence », chassa les
suspects, écrasa le pays de contributions excessives. Il contraignit à quitter
leurs terres les gentilshommes « qui préféraient se bannir eux-mêmes plutôt que
de se voir en péril chaque jour de périr en un cachot, faute de pouvoir
satisfaire à une si dure servitude (588) » Mais ces brutalités ne semblent pas
avoir sensiblement modifié l'attitude de la bourgeoisie ni de ce peuple des
campagnes où Charles IV avait recruté toujours ses partisans les plus fervents.
C'est seulement le 24 février 1652 que Mathieu de Gombervaux, ancien gouverneur
des salines ducales et qui, dans l'intervalle, avait rempli mêmes fonctions pour
la France (589), fut nommé par Charles IV fermier général des salines (590). -
Non point théoriquement : un précieux registre de comptes que conservent les
archives de Meurthe-et-Moselle nous apprend qu'il versa, cette première année,
régulièrement sa redevance (591).
Ce registre d'ailieurs nous éclaire, de façon précise, sur les ressources que le
prince, en son exil, tirait pourtant de son domaine. Nous y voyons figurer, en
recettes, outre les revenus des salines, le produit de la vente des blés levés
sur Bouquenom et sur Bitche et les contributions acquittées par 30 receveurs :
Sarreguemines, Blâmont (592), Saint-Dié, Badonvillers, Sarrebourg, Darney (593),
Lunéville, Rosières (594), Vaudémont (595), Gondreville (596), Dompaire,
Remiremont, Bruyères, Charmes, Mirecourt, Deneuvre, Nomeny, Saint Hippolyte
(597), Sainte-Marie aux-Mines (598), Dieuze, Vaudrevange, Marville, Étain,
Bouconville et Mandres (599), Conflans (600), Norroy, Longwy, Clermont, Varennes
(601), Dun. 21 seulement se sont soustraits à tout versement : Lamarche (602),
La Mothe et Bourmont, Nancy, Marsal, Amance (603), Einville, Épinal, Chàtel,
Marmoutier (604), Neufchâteau, Saint-Mihiel, La Chaussée (605), Pont-à Mousson,
Foug, Briey, Jarny (606), Arrancy (607). Jametz, Pierrefitte (608), Louppy.
Encore quelques-uis ont-ils fait parvenir des excuses ; la Cour ordonne que les
autres, celui même de Nancy, « seront poursuivis ». Notons enfin ce détail que
le coche de Paris à Metz n'avait pu se dispenser de payer l'impôt ducal. C'est
dire quel point, en 1652, Charles IV était maître en ses États Et les paroles
que lui prête à cette époque une mazarinade ne paraissent pas ainsi tout à fait
abusives : « Bien que la Lorraine ait coûté la moitié de la France et qu'on
n'ait pris ou tenu aucune place qu'avec bons gages, néanmoins elle me reste
presque entière et bien loin de m'avoir dépossédé de l'amour de mes sujets, ils
ont toujours fait paraître leur zèle envers leur prince, n'ayant fait que me
tendre les bras pour les retirer du joug et se remettre dans notre douce et
légitime domination (609). »
Cependant nous ne pouvons oublier les quelques symptômes de découragement et de
doute que dom Bigot, après les premières défaites et les trop rudes pillages de
Ligniville, s'est plu à relever et qui se traduisirent, nous le savons, au début
de 1651, par la capitulation rapide d'un certain nombre de villes conquises
l'année précédente. S'il n'y eut là qu'un court instant de défaillance, dont il
serait injustifié d'exagérer l'importance, il faut lui faire une place néanmoins
dans cette étude de l'opinion publique. Il fut en effet le prélude du mouvement
plus considérable qui, de 1652 à 1659, modifia lentement l'âme lorraine, sinon
en ses profonds instincts, en l'attitude du moins qu'elle crut devoir
superficiellement adopter. D'Haussonville sans doute force la réalité lorsqu'il
aboutit à penser que la population des deux duchés se rangea, presque avec joie,
sous la tutelle royale (610). Et même Krug- Basse (611), après dom Calmet (612),
parait avoir tiré des conclusions excessives d'un arrêt rendu en 1652 par la
Cour souveraine à la fois contre les Français établis dans les Etats du duc et
contre ceux de ses administrés qui manifestaient un patriotisme trop tiède. Cet
arrêt ne se distingue guère de beaucoup d'autres antérieurement publiés (613) ;
il fut la simple conséquence de l'entrée en campagne de Charles IV et nous n'en
saurions tirer aucun argument qui nous permît de conjecturer un fléchissement
notable de la fidélité lorraine. Il est toutefois certain que les inconséquences
du prince étaient faites pour lui aliéner peu à peu les plus robustes sympathies
et que les incidents par exemple dont fut marqué le voyage de Sarrazin à
Bruxelles durent avoir dans la province un retentissement douloureux. M. de
Rozières à Marsal, les capitaines lorrains répartis ici ou là sur la frontière
ravageaient cruellement le pays ; les Nancéiens résolurent de députer au duc
afin d'obtenir que ces désordres prissent fin ; et pour subvenir aux frais de
l'ambassade, ils contractèrent un lourd emprunt de 2,000 francs (614). Effort
inutile : Charles IV d'abord refusa de recevoir Sarrazin ; il lui fit même,
durant quelques jours garder les arrêts Et quand il se fut enfin laissé fléchir,
il montra la plus mauvaise grâce à signer l'ordre attendu (615). L'ingratitude
et la maladresse du prince servirent moins pourtant les intérêts français que ne
le fit le brutal guet-apens où Charles, en 1654, perdit sa liberté. La colère
dans le duché fut grande (616), et général le désarroi des consciences II
n'était point aisé pour un sujet fidèle de discerner désormais son devoir. La
duchesse Nicole, munie de pleins pouvoirs, invoquait l'appui de la France ; la
Cour souveraine, qu'entourait l'universel respect, rendait hommage à
Nicolas-François dont le souci paraissait être de maintenir dans les rangs
espagnols les régiments lorrains (617). L'exemple de Croonders, que nous avons
cité, nous éclaire sur les angoisses où se débattirent les plus scrupuleux. La
masse, en ces conditions, devait rapidement devenir presque indifférente. Et
bien davantage encore, lorsque Nicolas-François et les chefs de l'armée, de
l'aveu même et sur l'ordre du duc, furent passés de Flandre en Artois, ralliés à
Louis XIV. Aucune révolte des cœurs dès lors ne se fût justifiée. L'apaisement
était inévitable. Il fut rendu plus facile et plus prompt par ce double fait que
l'administration française, régulière et assez douce, assurait pleinement alors
l'ordre matériel et que Mazarin, ayant écarté toute pensée d'annexion, laissait
plus libre cours aux manifestations patriotiques. Mais ce serait dépasser la
vérité que parler d'une évolution profonde des sentiments populaires. On se
taisait, on attendait. On subissait avec une résignation plus entière la loi des
événements. Nul pourtant n'avait renié sa foi, ses espoirs, ni peut-être ses
haines.
La preuve en est que jusqu'à la paix les fonctionnaires lorrains continuèrent à
exercer une influence considérable. La Cour souveraine ne cesse pas d'envoyer
dans le pays ses représentants (618) ; ils furent obéis comme précédemment. Le 4
septembre 1655, Le Jay enjoignait au lieutenant particulier de Bruyères de
quitter son poste, « pour avoir envoyé à la Cour souveraine les procès qui
devaient ressortir au bailliage de Vosges » (619). Mathieu de Gombervaux étant
mort, Charles IV, en 1653, donna commission à son frère Jean, de faire le sel
dans les salines à l'exclusion de tous autres et de prendre dans les forêts le
bois nécessaire pour la cuite, moyennant paiement annuel de 2,500 pistoles
(620). Nicolas-François se hâta, le 14 mai 1655, de confirmer ce privilège : «
Mandons et ordonnons à tous lieutenants-généraux de le laisser librement et
paisiblement aller, passer, repasser, venir, séjourner et retourner, par tous
lieux et endroits du pays et duché de Lorraine et Barrois (621). » Tous lieux et
pays se réduisaient à la vérité à Château-Salins et à Marsal, d'où M. de
Rozières, toujours en rébellion, éloignait les Français. Le trafic pourtant
était assez actif pour permettre à Gombervaux de verser sans peine la redevance
qu'il avait promise (622).
Les impôts d'autre part ne laissaient pas que de produire encore. Une ordonnance
de La Ferté porte défense, le 22 janvier 1655, de rien payer aux ennemis (623).
Dom Calmet cite une lettre écrite à Nicole par Charles IV prisonnier d'où
résulte avec évidence que le duc fondait quelque espoir sur les contributions de
son peuple (624). Les comptes d'Épinal nous apprennent que la ville, en 1655, et
chaque année, envoyait à Bitche 1,600 fr. (625). Et un arrêt de Le Jay nous
révèle l'ingénieux moyen qu'avait imaginé la Cour souveraine pour accroître ses
revenus : elle se contentait de répandre dans les villages des copies datées de
Trêves des ordonnances royales et les fonctionnaires. semble-t-il, ne faisaient
point difficulté d'accepter ces réquisitions (626). Ce n'était là toutefois
qu'un expédient. A mesure que l'apaisement devenait plus complet et la
domination française mieux assurée, l'argent rentrait avec moins d'aisance. Un
second registre de la Chambre des comptes, pour l'année 1659, est, par
comparaison avec le précédent, singulièrement instructif (627) ; recettes
insignifiantes : Bitche, Bouquenom, Sarreguemines, Blâmont, Badonvillers,
Remiremont et Sainte-Marie seuls ont fourni quelques fonds ; et le coche de
Paris à Metz s'est libéré de toute redevance.
A d'autres signes nous pourrions également connaître combien, depuis 1650, la
situation s'était modifiée. Le calme apparent des esprits était tel que des
observateurs, mal avertis du caractère lorrain, l'eussent pris volontiers pour
de l'indifférence. Lorsque Louis XIV, le 23 octobre 1657, se rendit de Metz à
Nancy il fut salué non par les échevins seulement qui lui firent à genoux leur
harangue, mais par le peuple entier, et même on entendit, s'il faut croire la
Gazette, des cris nourris de : Vive le roi ! (628)
Ce n'est pas dans ces manifestations officielles qu'il convient de chercher le
secret de l'âme populaire. Il est plus significatif qu'un humble tailleur d'Amance,
Seurot, ait eu l'idée de quitter son village et de se rendre en Espagne pour
tenter la délivrance du souverain captif (629), qu'en 1658 encore, à la voix de
la princesse de Phalsbourg « qui ne prônait que la révolte », les habitants du
Val-d'Ajol aient déserté leur canton (630) et davantage peut-être que toute la
nation ait à cette époque multiplié les démonstrations religieuses. « En
méditant profondément sur tant de peines, disait, en 1648, le conseiller Royer
au général des Capucins, tant celles qui nous sont propres que celles attachées
à nos fonctions, dans leur détresse profonde, le peu d'entre nous qui ont pu
échapper au désespoir, sont convaincus que c'est près de Dieu seul que nous
pouvons trouver un remède aux maux qui nous accablent (631). » En grand mystère,
le Conseil de ville avait, le 2 janvier 1646, fait vœu à Notre-Dame de Sion, «
de lui remettre en présent 600 francs » pour quelque pieuse fondation, si se
concluait une paix durable scellée par le retour du duc (632). En juin 1655,
grand nombre de bourgeois allèrent jusqu'à Trêves adorer la tunique du Christ ;
les conseillers de Nancy, afin de permettre à ceux qui demeuraient de joindre
leurs supplications aux supplications des pèlerins, prescrivirent à cette
occasion une neuvaine de prières publiques aux trois paroisses de Saint-Epvre,
Notre-Dame et Saint-Sébastien. La foule s'y pressa; moins qu'aux services
célébrés, par le soin des autorités françaises, en l'honneur des divers membres
de la famille ducale ; et moins surtout qu'aux neuvaines, dont, aux premiers
bruits de paix, toutes les églises et les trois sanctuaires vénérés, Sion,
Saint-Nicolas, Bonsecours, assiégèrent le ciel « pour obtenir la liberté du
prince et son rétablissement dans ses Etats ».
L'espoir des patriotes lorrains cette fois ne fut pas trompé. Le 9 décembre
1659, une lettre adressée au Conseil de ville, apprit aux Nancéiens la
libération de Son Altesse. L'émotion fut vive. On courut au palais solliciter
permission d'envoyer au duc une députation. La Ferté était absent. Le comte de
Brinon n'osa prendre sur lui d'accorder l'autorisation. Le Conseil dut se
contenter d'écrire. Il s'excusa de n'être pas des premiers à présenter ses
devoirs ; il n'en fallait point conclure qu'il manquât de zèle ; mais le
maréchal, en prenant congé, avait commandé d'être plus que jamais exact au
service du roi ; il avait paru sage de ne pas s'exposer « à naufrager au port»
(633). Le 24, La Ferté est de retour ; Sarrazin lui demande audience ; il est
reçu avec bonne grâce ; le gouverneur n'autorise pas seulement la députation ;
il la conseille, il l'ordonne : on ne fera rien qu'à son exemple (634).
Cependant « il y eut en ville grand mécontente ment qu'on envoyât le seul
Sarrazin », et ce mécontentement fut exprimé si haut que le Conseil jugea
nécessaire de convoquer les notables. Ils accoururent nombreux, réclamèrent une
délégation plus imposante ; 38 se prononçaient pour le choix de 4 députés ; la
majorité, plus soucieuse du mauvais état des finances, restreignit à 3 son vote
; on adjoignit à Sarrazin son collègue Jeanmaire et le conseiller Maimbourg
(635) ; une levée de 3 francs 6 gros sur chaque chef de famille dut subvenir aux
frais (636).
Après cette manifestation, il n'est plus permis de douter des véritables
sentiments publics. Une occupation de trente années, en dépit de la communauté
des langues, des habitudes et des mœurs, n'avait point rallié à la France la
nation lorraine. Si les circonstances politiques avaient pu faire que la
protestation populaire s'était, en ces derniers temps, moins vivement affirmée,
si les persécutions et la misère à la longue avaient abattu les courages et
diminué les forces, si même les rapports quotidiens, par la force des choses,
étaient devenus, entre vainqueurs et vaincus, tolérants, presque cordiaux, au
fond des cœurs la foi patriotique demeurait immuable; la honte et l'amertume de
la défaite n'étaient point effacées. Dès que la fortune meilleure permit à la
Lorraine de parler selon ses vœux, elle éleva la voix pour maudire ses
conquérants. A l'élégie douloureuse de Héraude), offrant en hommage au souverain
tous les maux qu'avait soufferts son peuple (637), répond en imprécations
virgiliennes le poète anonyme d'Ilias lotharingica (638), qui pleure sur la
ville ruinée, la gloire perdue du passé : « Arraché avec ses piquants, le
chardon a cédé la place dans les jardins ravagés aux viles fleurs de lys ; sur
le terrain funèbre, au lieu des lauriers semés, le sang des Bourguignons n'a
fait germer que des cyprès. »
CONCLUSION La paix des Pyrénées
n'avait pas réglé le sort de la Lorraine; et le duché ne fut restitué à Charles
IV que le 28 février 1661 par le traité de Vincennes. Mais, dès l'année
précédente, des mesures furent prises par l'administration française qui
permettaient de présager cet heu- lieux événement. Le 17 février 1660, le roi
rendit la liberté à 120 Lorrains qui servaient sur les galères (639). Le 20,
proclamation solennelle fut faite dans les rues de Nancy de la paix conclue
entre la France et l'Espagne ; un Te Deum fut chanté à l'église primatiale en
présence de La Ferté et de Saint-Pouanges, des Corps de la ville et d'un grand
nombre de bourgeois (640). Le 7 août commença le licenciement des troupes
d'occupation, dont la présence désormais paraissait superflue (641). Et le 4
avril 1661, avant que le traité de Vincennes eût été ratifié (642), l'évacuation
commençait (643) ; le 14, Saint-Pouanges envoyait l'ordre de hâter les
opérations ; le même jour, l'ancienne garnison de Nancy était entièrement
licenciée ; il ne restait dans la place que 10 compagnies de gardes françaises
et 8 du régiment royal, maintenues aux frais du Trésor, pour surveiller la
démolition des remparts (644). Le 7 juin enfin.
La Ferté-Sénectère, jusqu'alors retenu par une attaque de goutte, quittait la
ville à son tour, une dernière fois complimenté par le Conseil (645). La
Lorraine, sinon Nancy même, jouissait à nouveau de son indépendance.
Elle était hors d'état, et pour longtemps, d'en profiter. Le gouvernement de
Mazarin, en dépit de la bonne volonté du cardinal et de la bienveillance
manifestée par ses agents (646), n'avait pas été tel qu'il pût réparer toutes
les ruines précédemment accumulées. Non qu'il fût demeuré entièrement stérile.
Il avait permis à la population, après les jours lamentables où s'exerça la
brutalité calculée de Richelieu, de se reprendre à vivre. Mais les
circonstances, plus fortes que les résolutions du ministre, la guerre qui,
jusqu'en 1648, avait ravagé la frontière, les troubles intérieurs qui
bouleversèrent la France, n'avaient laissé aux intendants ni le loisir ni le
pouvoir de poursuivre une œuvre de relèvement véritable ; il dut leur suffire,
après les efforts infructueux de Beaubourg, de parer, à mesure qu'ils se
présentaient, aux événements les plus graves. Ce n'était assez ni pour guérir
les plaies ni pour séduire les cœurs. L'histoire sans doute doit considérer
comme un fait important que le duché ait été traité moins en pays conquis qu'en
province française, associée, ainsi que toute autre, à la fortune changeante du
royaume. Mais, beaucoup plus que de ces ménagements, les Lorrains étaient
frappés des violences inévitables dont l'occupation s'accompagnait ; on ne
saurait trop répéter, car la vérité sur ce point est le plus souvent méconnue,
qu'ils ne cessèrent pas un instant, durant les dix-huit années que dura le
gouvernement de La Ferté, d'aspirer au rétablissement de l'ordre ancien des
choses et qu'ils accueillirent comme une délivrance, comme une victoire
nationale, le retour de Charles IV : les troupes royales, en se retirant,
laissèrent derrière elles moins de misère encore que de crainte, et moins de
crainte que de haine (647).
Ainsi la politique française avait doublement échoué ; car, s'il est vrai que
l'adresse diplomatique de Mazarin, appuyée du droit des forts, avait préparé, au
traité de Vincennes, l'annexion future de la Lorraine et son immédiate sujétion,
il n'en reste pas moins qu'au début du ministère des ambitions plus hautes
avaient hanté la pensée du cardinal ; et d'autre part il est certain que
l'influence morale de la France n'avait rien gagné à ce premier contact intime
entre les deux nations ; trente années d'oc cupation, loin de consommer l'union
volontaire de peuples que cependant la langue, les mœurs et l'histoire tendaient
depuis longtemps à rapprocher, avaient semé dans le pays des sentiments de
défiance, d'hostilité et de rancune qui, entretenus par les événements
ultérieurs, ne devaient s'effacer, sans peut-être jamais entièrement
disparaître, qu'à l'époque même de la Révolution.
(1) L'histoire de l'occupation française jusqu'à cette date se
trouve racontée (les ouvrages généraux étant mis à part) fort superficiellement
par Robinet de Cléry, Première occupation de la Lorraine par les Français.
Nancy. 1900. Cf. aussi PFISTER, Les mémoires du comte de Brassac. Nancy, 1898.
(Extrait des Mémoires de la Société d'archéologie lorraine.)
(2) HAUSSONVILLE, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.
(3) DES ROBERT, Charles IV et Mazarin.
(4) Où il servait dans l'armée du duc d'Enghien. Il avait succédé en mars 1643 à
M. du Hallier, bientôt maréchal de l'Hôpital, transféré à cette date au
gouvernement de la Champagne et de la Brie.
(5) Archives du Ministère de la Guerre. Tome XCVII, fol. 11 (lettre du 27
juillet 1643).
(6) Il était maréchal de camp et avait reçu déjà en récompense de sa fidélité,
le gouvernement de Clermont-en-Argonne. - Cf. Lettres du cardinal Mazarin
pendant son ministère, publiées par CHÉRUEL, I, 267 (Au duc d'Enghien, du 31
juillet 1643).
(7) Traité de Paris (2 avril 1641). Nancy ne devait être rendue, démantelée,
qu'à la paix générale. Clermont-en-Argonne, Stenay, Jametz et Dun, demeuraient
la propriété du roi. Cf. HAUSSONVILLE, II, 90.
(8) Pont-à-Mousson, chef-lieu de cant., arr. de Nancy. Saint-Mihiel, chef-lieu
de cant., arr. de Commercy, Meuse. Châtel-sur-Moselle, cant. de Charmes, arr. de
Mirecourt, Vosges. Dieuze, chef-lieu de cant., arr. de Château-Salins, Meurthe.
Longwy, chef-lieu de cant., arr. de Briey, Meurthe-et-Moselle. La Mothe, cant.
de Bourmont, arr. de Chaumont, Haute-Marne.
(9) « Il ne fera plus bon désormais avec le duc », disait Villeroy aux soldats
de La Mothe, après la capitulation de 1645.
(10) HAUSSONVILLE, II, 108. Delme, chef-lieu de cant., arr. de Château-Salins,
Meurthe.
(11) Michel, Histoire du Parlement de Metz, 84.
(12) Gazette de France, année 1643, p. 607.
(13) Laurent Cliquot, fils d'un trilleur des salines de Rosières, colonel au
service du duc de Lorraine, connu pour sa bravoure. Il s'était illustré en 1635
par l'attaque audacieuse de Saint-Avold. Nous le retrouverons défendant la Mothe
en 1644-1645. Il fut nommé général de cavalerie, sergent général de batailles en
1646 et mourut le 11 novembre de la même année ; on l'enterra avec grands
honneurs dans l'église des Dames de Thoor (en Belgique). Pour le siège de
Neufchâteau, et Michel, 85.
(14) Mémoires du marquis de BEAUVAU pour servir à l'histoire de Charles IV, 55.
(15) HAUSSONVILLE, II, 176.
(16) SCHMIT, Les Mazarinades lorraines, n° 46.
(17) Cf. HAUSSONVILLE, II, 52.
(18) Ottonville, cant. de Boulay, arr. de Metz, Moselle [cant. et arr. de Boulay,
Lorraine annexée]. Au XVIIe siècle, disputé entre les ducs de Lorraine et les
rois de France. En 1635, deux villages furent détruits sur son territoire actuel
: Béchingen, entre Ottonville et Eblange ; Guérin, entre Ottonville et Téterchen.
(19) «A Suecis jugulabamur ; Lotharingii omnia depraedabantur ; Cæsariani nos
hostes judicabant ; Metenses nullum ferebant auxilium... Sacra omnia et profana
promiscebat ; non personae, non sexui, non æetati parcebat. Quod reconditum,
quod retrusum, ubique eruebatur ; quidquid usque pecorum erat reliquium
aducebatur ; violari virgines, enecari matres, discruciari viros ubique
audiebatur... Nemo calceatus tuto foribus egredi, nemo domi monere nudus audebat.
Viventibus aurae usura, mortuis sepultura negabatur. Ante haec pro extensione et
possessione agrorum lis erat ; hoc anno, pro sepulchri spatio summa contentione
dicertatum est. » - Manuscrit d'Henri CHAMPLON, curé d'Ottonville, publié par la
revue l'Austrasie (1854). Ces notes sont datées de 1635.
(20) Cf. HAUSSONVILLE, II, 37.
(21) L'administration financière lorraine comprenait trois catégories de
fonctionnaires : le gruyer, qui avait la charge des bois, étangs et rivières ;
le cellérier, qui régissait les terres à grains ; le receveur, qui levait l'aide
Saint-Remy et les conduits ; en pratique, sauf à Nancy et à Bar, le cellérier et
le receveur étaient un même personnage, qui souvent, portait, par surplus, le
titre de prévôt. - L'aide Saint-Remy était une aide de deux francs par ménage,
le fort portant le faible, qui se payait le 1er octobre ; cette aide était
domaniale ; les ducs ne la levaient que sur les sujets de leurs seigneuries, non
sur ceux de leurs vassaux. - Les conduits, qu'il ne faut pas confondre avec les
droits douaniers de haut-conduit, formaient le revenu extraordinaire du duché;
ils se prélevaient exclusivement sur les biens de roture ; ils devaient être
consentis par les Trois ordres réunis en États. - Les Français, qui modifièrent
profondément l'administration supérieure, avaient respecté les offices
inférieurs ; ils continuaient également à lever les anciens impôts, mais sans
participation des États, et en leur superposant de nouvelles et lourdes
redevances. - Cf. Archives du Ministère des affaires étrangères. Lorraine, XV,
fol. 336. Archives du département de Meurthe-et-Moselle, B. 7232-7547; B.
7549-7847; B. 7854-7997. ROGÉVILLE, Dictionnaire historique des ordonnances et
des tribunaux de Lorraine et Barrois, I, 595. PFISTER, les mémoires du comte de
Brassac, 106. DUVERNOY, Les Etats généraux des duchés de Lorraine et de Bar,
344.
(22) L'expression de « Suédois » s'appliquant d'ailleurs indifféremment à tous
leurs oppresseurs, Impériaux, Lorrains ou Français, de même que, dans certains
villages de la Lorraine annexée, « Cosaque » a pris, depuis 1871, la
signification d'Allemand.
(23) LEPAGE, La dépopulation en Lorraine, 42. LEPAGE, Les communes de la
Meurthe, I, 324. Einville, cant. et arr. de Lunéville (Meurthe-et-Moselle).
(24) Vic, chef-lieu de cant., arr. de Château-Salins, Lorraine annexée.
Bioncourt, arr. de Château-Salins.
(25) Archives du département de la Meuse, B. 1033.
(26) Meuse, B. 1404. Louppy, cant. de Vaubecourt, arr. de Bar-le-Duc, Meuse.
(27) Meuse, B. 1030.
(28) Meuse, B. 1299. Souilly, chef-lieu de cant., arr. de Verdun, Meuse.
(29) Meurthe-et-Moselle, B. 7455. Lepage, Les Communes... I, 639.
(30) D'après le dénombrement de Thierry Alix (1594), le duché de Lorraine se
composait de huit bailliages: Nancy, Vosges (Mirecourt), Allemagne (Vaudrevange)
- ces trois dits grands bailliages, parce que les Assises y siégeaient -
Vaudémont, Epinal, Châtel-sur-Moselle, Hattonchâtel, Apremont. Le duché de Bar
en comprenait quatre : Saint-Mihiel, siège des Grands Jours, Bar, Clermont,
Bassigny. Le tribunal des Assises, puis les Grands Jours avaient été supprimés
par le gouvernement français (1633-1635) et remplacés par un Conseil souverain,
supprimé à son tour en 1637, pour laisser la place au Parlement de Metz. Mais
l'organisation par bailliages subsistait ; elle subsistait même en partie double
- officiellement, avec des baillis, fonctionnaires royaux, - secrètement,
partout où l'occupation n'était pas effective, avec les anciens baillis
lorrains, rattachés à la Cour souveraine que Charles IV installa successivement
à Sierck, Longwy, Vaudrevange et Luxembourg. Nous aurons lieu de revenir sur
cette question. Cf. Lorraine, XV, fol. 556. Lorraine XXXVIII, fol. 263.
Haussonville, I, 18 et 137, II, 21. Dumont, De la justice criminelle en Lorraine
et en Barrois, I, Documents, 51. Sadoul, Essai historique sur les institutions
judiciaires des duchés de Lorraine et de Bar, 110. Krug-Basse, Histoire du
Parlement de Lorraine, passim.
(31) Lepage, La dépopulation..., 56.
(32) Lepage, La dépopulation..., 22. Frouard, cant. de Nancy-Nord, Buissoncourt,
cant. de Saint-Nicolas ; Chenicourt, cant. de Nomeny ; Maron, cant. de
Nancy-Nord, arr. de Nancy. Allain, cant. de Colombey, arr. de Toul.
Meurthe-et-Moselle.
(33) Lepage, La dépopulation..., 23. Lay-Saint-Christophe, Eulmont, Malzéville,
cant. de Nancy-Est ; Art-sur-Meurthe, Laneuveville, cant. de Saint-Nicolas, arr.
de Nancy. Le Vermois, petit canton voisin du pagus Portensis, comprenait les
villages d'Azelot, Burthecourt-aux-Chênes, Gérardcourt, Lupcourt, Manoncourt,
Saint-Hilaire et Ville-en-Vermois (canton de Saint-Nicolas). De Saint-Hilaire,
l'église seule subsiste aujourd'hui.
(34) Meurthe-et-Moselle, B. 5822-23.
(35) Crévic, Hénaménil, Crion, Bienville, cant. de Lunéville; Vaudrecourt, cant.
d'Arracourt ; Xousse, cant. de Blâmont, arr. de Lunéville. Bures, cant. de Vic,
arr. de Château-Salins, Meurthe.
(36) Meuse, B. 649-650. Rancourt et Rembercourt, cant. de Revigny ; Behonne,
cant. de Vavincourt ; Marat et Chaumont, cant. de Vaubecourt; Longeville, cant.
de Bar, arr. de Bar-le-Duc. Cousances, cant. de Commercy ; Lignières, cant. de
Pierrefitte, arr. de Commercy,Meuse.
(37) Archives municipales de Nancy, AA. 4. 1633, 2,875 bourgeois. 1645, 1,308.
(38) Lorraine, XXXIII, fol. 274.
(39) Nancy, AA. 4. Cf. Haussonville, II, 64. HÉRAUDEL, Elégie de ce que la
Lorraine a souffert par peste, famine et guerre (réimp. de Cayon), notice.
(40) Requête des habitants de Chamdray aux Dames de Remiremont. Vosges, fonds de
Remiremont (Documents inédits de l'histoire des Vosges, II, 262.)
(41) Le blé valait 36 frs le résal en 1635, 56 frs en 1640. Lepage, La
dépopulation..., 23. Le résal était une mesure variable, 180 livres à Nancy, 240
à Darney ; il se divisait en 4 bichets de chacun 12 pots.
(42) Histoire manuscrite de l'Université et du Collège de Ponl-à-Mousson, par le
P. ABRAM (73, t. VIII, de la traduction de Ragot.). Cité par Haussonville, II,
56. Cf. BEAUVAU, 56. Bibliothèque de Nancy, manuscrits n° 931.
(43) Compte de 1636, Lepage, Les Communes de la Meurthe, I, 276.
(44) P. ABRAM, trad. Ragot, VIII, 74.
(45) Registre de 1640, Lepage, La dépopulation..., 34.
(46) BEAUVAU, 57.
(47) LIONNOIS, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, III, 143. Jules
RENAULD, La cour de l'Enfer a Nancy, dans les Mémoires de la Société
d'archéologie lorraine, 1877, p. 15. Cette tradition n'est peut-être qu'une
légende.
(48) Journal de Claude GUILLEMIN, greffier de Saint-Nicolas, 1642. Cf. HÉRAUDEL
(réimpr. de CAYON), notice :
La cruauté passée à ce point de misère
Que l'homme est loup à l'homme, et un autre vipère,
S'égorgeant, se mangeant, voir même, et sans horreur,
Le fils ne dédaignant de son progéniteur
Le cadavre râlant, non plus que fait le père
Celui de son enfant, la fille de sa mère...
(49) P. Abram, trad. Ragot, VIII, 74.
(50) HAUSSONVILLE, II, 61. Pfister, Mémoires du comte de Brassac, 97.
(51) HAUSSONVILLE, II, 94.
(52) François de l'Hôpital, seigneur de Hallier, né en 1583, gouverneur de la
Lorraine sous Richelieu, maréchal de France en 1643, se distingue à Rocroy,
gouverneur de Paris en 1649, mort en 1660.
(53) Louis-Gaspar de Châtillon, comte d'Andelot, maréchal de camp, tué à
Charenton en 1649.
(54) Charles, marquis d'Aumont, tué à Landau, en 1644. M. d'Andelot et M.
d'Aumont étaient l'un et l'autre des protégés du duc d'Enghien. CL CHÉRUEL, I,
682 (A. d'Andelot, du 31 juillet 1643). Duc D'AUMALE, Histoire des princes de la
maison de Condé, IV, 536.
(55) Lorraine, XXXIII, fol. 228 (Mazarin à La Ferté, 6 nov. 1643).
(56) On écrit d'ordinaire et l'on écrivait déjà au XVIIe siècle, « Senneterre ».
Cette orthographe ne se justifie guère ; et j'ai cru devoir adopter la forme que
m'ont indiquée les représentants actuels de la famille. Elle est conforme à la
fois à l'orthographe primitive Saint-Nectaire (du nom d'un château d'Auvergne)
et, ce qui semble décisif, aux habitudes mêmes du marquis, qui signait toujours
: « La Ferté-Senectère ».
(57) « Le vieux Senneterre ne manquait jamais de se trouver chez la reine quand
elle sortait de table, pour l'entretenir ; c'est pourquoi on l'appelait l'anis
ou le coriandre de la reine. » Mémoires de Montglat, page 258. Ancien
ambassadeur en Angleterre et à Rome, il avait le titre de ministre d'Etat.
Mazarin ménageait soigneusement son influence. Le « vieux Sénectère » fit
toujours beaucoup pour la carrière de son fils.
(58) Premier capitaine au régiment de Soissons en 1627; assiste au siège de la
Rochelle ; blessé devant Privas en 1629 ; capitaine de chevau-légers en 1630,
fait campagne en Italie, en Lorraine en 1633 (siège de Nancy), puis en Flandre à
partir de 1635 (bataille d'Avein, siège de Corbie) ; colonel de cavalerie en
1638 ; nommé maréchal de camp sur la brèche de Hesdin en 1639 ; blessé
grièvement à Chimay en 1640; prend une part importante à la victoire de Rocroy,
où il a deux chevaux tués sous lui et reçoit deux coups de pistolet... Cf.
PINARD, Chronologie militaire, II, 582. Fr. BERNARD, Le fidelle Héros ou
Panégyrique du maréchal de La Ferté. [B. N., Ln 27, 10963]. FAYON, Généalogie de
la maison de Sénectère, de ses grandes alliances avec les illustres familles
dont les noms sont cy-dessous et l'abrégé des actions héroïques de défunt le
maréchal duc de La Ferté-Sénectère. [B. N., Lm 3, 858]. PFISTER, Tableau de la
Lorraine et de Nancy de I641 à 1670, Saint-Dié, 1906 (Extrait du Bulletin de la
Société philomatique vosgienne], p. 18. Je dois beaucoup à M. Pfister, mon
professeur à l'École normale supérieure, qui a bien voulu, avant l'impression de
cette étude, me communiquer ses notes et m'aider de ses conseils.
(59) Cf. le portrait de Heim, à Versailles.
(60) D'Aumale, IV, 41.
(61) Gazette de France, année 1643, p. 934. DES ROBERT, Charles IV et Mazarin,
16. HAUSSONVILLE, II, 154.
(62) Gazette, 1644, p. 437.
(63) Gazette, 1645, p. 365. Les environs de Langres surtout furent cruellement
ravagés. Void, chef-I. de cant., arr. de Commercy, Meuse. Ligny, chef-l. de
cant., arr. de Bar-le-Duc.
(64) Hombourg. Palatinat bavarois. Charles IV occupait cette ville et sa voisine
Landsthul, en gages de sommes considérables prêtées à leurs propriétaires. DES
ROBERT, 38.
(65) Lorraine, XXXIII, fol. 619.
(66) « Avant le siège, un nommé Cinq-Mars était venu tenter la fidélité de
Cliquot, lui offrir le bâton de maréchal s'il rendait la place. Cliquot le fit
arrêter. Son procès, instruit par Royer, conseiller à la Cour souveraine et par
du Boys, conseiller d'Etat de Son Altesse et lieutenant-général du Bassigny,
renvoyé à la Cour souveraine, aboutit à sa condamnation à mort ; il n'échappa à
la peine que par suite du siège qui avait interrompu les communications. » Dom
CALMET, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, III, 424.
(67) BEAUVAU, 85. Journal de dom Bigot, publié par l'abbé Marchal, 136.
(68) Pierre Bardo de Bardi, comte de Magalotti, baron romain, chevalier de
l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, maréchal de camp. Guerre, LXXXIX, fol. 267.
C'est une question controversée de savoir s'il était parent de Mazarin.
(69) Dom BIGOT, 133. Journal de Jean BEAUCHEZ, greffier de Plappeville, p. 478.
(70) Guerre, LXXXIX, fol. 138 : Instructions du roi pour le blocus de La Mothe.
Lorraine, XXXIII, fol. 726. Gazette, 1645, p. 365. Du Boys DE RIOCOURT :
Relation des sièges et du blocus de la Mothe p. 297 ; il donne la date précise
du 6 décembre. DES ROBERT, 84. Cf. Abbé LIÉBAUT, La Mothe, ses sièges, sa
destruction, Nancy, 1896. ANONYME [DREVET], Le siège de La Mothe en Lorraine
(reproduction d'un manuscrit ancien), Neufchâteau, 1903. Toute la correspondance
de Magalotti (en italien) se trouve aux affaires étrangères, Lorraine, XXXIII et
XXXIV. SCHMIT, Pièces originales sur la Guerre de Trente ans, II, 386, a
recueilli les passages de la Gazette concernant le siège. De même SIMONNET dans
son édition de DU BOYS de RIOCOURT.
(71) Un intéressant mémoire des Affaires étrangères nous expose les raisons qui
militaient contre une attaque de vive force : « Si on veut attaquer par force,
il faut au moins 8.000 h. de pied et 1.000 chevaux. Le siège, quelque diligence
qu'on y apporte, sera de plus de six semaines depuis la tranchée ouverte, et, si
les ennemis se défendent bien, il sera plus long. M. le maréchal de La Force y
demeura 52 jours, quoiqu'il n'y eut que 300 soldats dans la place et 200
bourgeois ; le nombre des uns et des autres est beaucoup plus grand et la ville
beaucoup mieux fortifiée... Par les avis de ceux qui sont voisins de La Mothe,
ils assurent que lorsque le duc Charles traita avec M. Duplessis-Besançon [en
1644], Cliquot vendit la plupart de ses blés ; il n'en a point racheté, toutes
les contributions qu'il a demandées soit en Champagne soit en Lorraine en
grains, il les a converties en argent : du côté de la Lorraine, à 4 lieues
proche de La Mothe, on n'a point semé de blé l'année 43. Ces deux raisons me
font croire qu'il y a peu de blé dans la place et que, quand on l'assiégera par
force au commencement de mai, on ne la prendra pas plus tôt que par famine. »
(Sans date). Lorraine, XXXVI, fol. 484.
(72) Guerre, XCIII, fol. 24. Voir dans le Pays lorrain, 1905, p. 353, une
gravure allemande de 1645 représentant le blocus de La Mothe.
(73) C'est du moins ce que dit DU BOYS SIMONET (p. 297) cite un ordre de
Gombault, intendant d'armée, qui tendrait à démentir ce détail : « Comme il a
plu à Dieu favoriser ouvertement l'armée, laquelle s'est maintenue jusqu'au pied
de La Mothe, nonobstant la saison, les froidures extraordinaires et le
débordement des eaux... »
(74) BEAUVAU, 86. Dom CALMET, III, 247. Des Robert suppose, p. 85, que Cliquot
n'avait pas confiance en ses soldats ; l'hypothèse semble bien gratuite ; elle
est d'ailleurs démentie quelques lignes plus bas : « Tous jurèrent de mourir
plutôt que de se rendre... » par l'auteur lui-même.
(75) GUILLEMIN, Histoire du duc Charles IV, 214.
(76) Gazette, 1645, 72.
(77) Philippe Regnauld fut anobli par lettres patentes de 1665.
(78) Guerre, XCIII, fol. 66, fol. 221. La Ferté, non sans mauvaise humeur,
refusait de dégarnir la Lorraine pour venir en aide à Magalotti. Lorraine, XXXIV,
fol. 36.
(79) Gazette, 1645, p. 440.
(80) Le 20 juin, d'après DU BOYS, 297.
(81) Gazette, 1645, p. 553. La mort de Magalotti frappa beaucoup les
contemporains : Dom BIGOT, 137 : « Magalotti fit avancer quelques troupes pour
monter à la brèche, furent repoussées valeureusement avec grande perte.
Craignant qu 'ils ne remparassent la brèche et pour animer les soldats, prenant
l'épée au poing, commença à crier : Qui m'aime et qui me suivent ! Grimpant à la
brèche, ceux du dedans lui firent telle résistance qu'il demeura sur la place...
d'un coup de mousquet dans le col. »
(82) CHÉRUEL, II, 663 (du 1er juillet 1645).
(83) Guerre, XCIV, fol. 10. Nicolas de Neufville, marquis de Villeroy, enfant
d'honneur du roi Louis XIII, sert contre les protestants, en Italie, en Espagne,
gouverneur de Louis XIV et maréchal de France en 1646, chef du Conseil des
finances en 1661, duc et pair en 1663, mort en 1685.
(84) DU BOYS, 298. Le P. HUGO, Histoire de Charles IV, 521.
(85) Nicolas du Boys de Riocour, né le 10 juin 1640 d'une famille originaire de
l'Auvergne, conseiller d'Etat et lieutenant-général au bailliage de Bassigny,
prend une part active aux deux sièges de La Mothe, conseiller en la Cour
souveraine, intendant de l'armée de Charles IV, envoyé en Espagne pour négocier
sa délivrance, président des Grands Jours de Commercy, démissionnaire lors de
l'occupation de 1670.
(86) Charles IV s'était avancé jusqu'à Longwy avec les troupes qu'il avait pu
rassembler ; mais le duc d'Enghien, qui se rendait en Allemagne pour secourir
Turenne vaincu à Marienthal, lui barrait la route. Guerre, XCIII, fol. 212 et
sq. Cf. Lorraine, XXXVI, fol. 484, le rapport déjà signalé où sont énumérées les
diverses causes qui doivent empêcher le duc de Lorraine de secourir La Mothe.
(87) DU BOYS, p. 299, raconte que, les négociations étant engagées et la liberté
déjà promise à tous les assiégés, Villeroy avait reçu de Mazarin l'ordre de
retenir le gouverneur prisonnier, qu'à cette nouvelle Cliquot, effrayé, aurait
accepté toutes les exigences du vainqueur. L'anecdote, en ce qui concerne
Cliquot, est fausse. Nous avons aux Affaires étrangères la réponse de Villeroy
aux lettres du cardinal : elle ne laisse place à aucune équivoque : « J'ai eu un
extrême déplaisir de leur avoir accordé une si favorable capitulation alors que
Votre Eminence eût désiré que je les eusse traités plus rudement. Mais je vous
supplie de considérer que je n'avais point reçu votre commandement, quand je la
leur ai promise... et il était difficile de les forcer sans perdre beaucoup
d'hommes et de temps. » Lorraine, XXXIV, fol. 334 et 432. Cette dernière phrase
permet même de supposer que l'initiative des concessions fut prise par Villeroy.
Ce qui paraît aussi ressortir de l'imprécision même de la Gazette : « Mais les
articles présentés par les assiégés n'ayant pas été trouvés raisonnables, la
nuit survenue avant qu'on pût avoir la réponse de Cliquot... Le lendemain, 1er
juillet, Cliquot manda qu'il ne pouvait signer les articles qu'on lui avait
envoyés, tellement qu'on renvoya les otages de part et d'autre ; et chacun se
remit sur ses gardes. Toutefois, une heure après, on demeura d'accord des
articles suivants... » Gazette, 1645, p. 529. D'autre part, dans les lettres
adressées par le roi à Villeroy qui sont aux archives de la Guerre (XCIV, fol.
23 et 43), il n'est pas question de Cliquot.
(88) Lorraine, XXXIV, fol. 440.
(89) Lorraine, XXXIV, fol. 321. Guerre, XCIV, fol. 23, fol. 64. Cf. HUGO, 528.
(90) DU BOYS, 308.
(91) Gazette, 1645, p. 825. M. MARCHAL, dans les Mémoires de la Société
d'archéologie lorraine, XXXII (1894), a tenté de restituer par la plume et le
crayon l'aspect de La Mothe en 1645.
(92) Cf. SCHMIT. Pièces originales... II, 383. Motta capta...
Austrasiæ Gurges, Francis loca fœta rapinis !
Perjuro Duce digna Domus ! sœva unde Latronum
Turba, vago effusi per proxima rura tumultu,
Lingonicis servile jugum imposuere colonis !
SIMONET cite une complainte populaire animée du même esprit, 411.
(93) Gazette, 1645, p. 593.
(94) CHÉRUEL, II, 669 (du 23 juillet 1645) ; 672 (du 6 août 1645) ; 663 (aux
échevins de Chaumont, du 3 juillet 1645).
(95) Dom BIGOT, 134.
(96) Rambervillers, CC. 85. Epinal, CC. 150. Le conseil de ville d'Epinal
envoyait des faisans à Magalotti pour modérer ses exigences.
(97) Mirecourt, BB. 10. Lorraine, XXXIV, fol. 300.
(98) Dom BIGOT, 134.
(99) Epinal, CC. 151.
(100) « Les capitaines Larose, Saint-Michel et La Villac-Genty, avoués du duc
Charles, qui courent avec 40 ou 50 chevaux aux frontières de Lorraine, comté et
duché de Bourgogne... » Procès-verbal rédigé par les élus de la province de
Bourgogne, cité par SIMONNET, 75.
(101) Guerre, XCIV, fol. 65.
(102) Gazette, 1645, passim. Mars-la-Tour, cant. de Chambley, arr. de Briey,
Meurthe-et-Moselle. Gorze, ch. l. de cant., arr. de Metz, Moselle.
(103) Gazette, 1645, p. 350.
(104) Guerre, XCIX, fol. 211. CHÉRUEL, II, 752 (à Fabert, du 13 mai 1646).
(105) CHÉRUEL, II, 778 (à Longueville, du 6 juillet 1646). On avait songé
d'abord à faire le siège de Luxembourg. Guerre, XCIX, fol. 261.
(106) CHÉRUEL, II, 768 (à La Ferté, du 17 juin 1646).
(107) Jacques-Nicolas de la Baume, comte de Saint-Amour, gouverneur de Dôle et
chevalier d'honneur au Parlement de cette ville, gentilhomme de la chambre du
roi d'Espagne et de l'archiduc Léopold. Il fut blessé et fait prisonnier à la
bataille de Lens et devint chevalier de la Toison d'Or et gouverneur de
Bourgogne.
(108) Lorraine, XXXIV, fol. 562-566. Gazette, 1646, p. 637-644. BEAUCHEZ, 495.
(109) Gazette, 1645, 352.
(110) Guerre, CIII, fol. 158. CHÉRUEL, II, 864 (à La Ferté, du 23 fév. 1647).
(111) CHÉRUEL, II, 865 (à La Ferté, du 24 fév. 1647).
(112) CHÉRUEL, II, 883 (à d'Erlach, du 14 avril 1647).
(113) Guerre, CIII, fol. 244. CHÉRUEL, II, 883 (à La Ferté, du 15 avril 1647).
(114) CHÉRUEL, II, 897 (à La Ferté, du 14 mai 1647). Marle, arr. de Laon, Aisne.
(115) Il y eut pourtant une brève alerte dans les derniers jours de juillet et
La Ferté revint à Nancy passer quelques semaines; mais il avait laissé toutes
ses troupes à Guise. Guerre, CIV, fol. 45. Lorraine, XXXV, fol. 63, 69, et ne
jugea pas à propos de les rappeler. Guerre, CIV, fol. 58, 87. En l'absence du
marquis, le commandement était exercé par M. de Campi, bailli des Vosges et
gouverneur de Mirecourt, dont le nom reviendra souvent. Lorraine, XXXV, fol. 75.
Guerre, CIII, fol. 356.
(116) Joachim de Lenoncourt, marquis de Marolles, s'était distingué à la
bataille de Rocroi et au siège de Thionville ; maréchal de camp en 1646 ;
lieutenant-général en 1652 ; tué en 1655.
(117) Gazette, 1647, p. 454. Ce procureur se nommait Billet de Fasnières.
MICHEL, 87.
(118) Gazette, 1647, p. 540. Haroué, ch.-l. de cant., arr. de Nancy. Bayon,
ch.-l. de cant., arr. de Lunéville, Meurthe-et-Moselle La Nied, affluent de la
Sarre, Moselle.
(119) Dom CALMET, III, 432. Marville, arr. de Montmédy, Meuse.
(120) Lorraine, XXXV, fol. 137. Gazette, 1647, p. 1207. Velle-sur-Moselle, cant.
de Bayon, arr. de Lunéville, Meurthe-et-Moselle.
(121) Gazette, 1648, p. 1151. Lorraine, XXXV, fol. 131. Faulquemont, ch.-1. de
cant., arr. de Metz, sur la Nied allemande, place forte ruinée depuis 1635.
Créhange, cant. de Faulquemont, arr. de Metz, à l'époque terre d'Empire.
(122) Cette année même, 1648, il prit part à la bataille de Lens. La généalogie
de Fayon nous indique fort exactement tous les sièges auxquels La Ferté figura
depuis 1643 ; 1644, prise de la Capelle et Gravelines; 1645, Mardick, Lilliers,
Saint-Venant, Armentières ; 1646, Courtray, Dunkerque ; 1647, la Bassée, Lens,
etc.
(123) CHÉRUEL, III, 979 (à La Ferté, du 2 janvier 1648).
(124) Charles-Christophe de Mazencourt, vicomte de Courval, maréchal de camp en
1649, tué à Rhétel le 15 décembre 1650.
(125) CHÉRUEL, III, 304 (à La Ferté, du 5 mars 1649).
(126) CHÉRUEL, III, 316 (au maréchal de l'Hôpital, du 11 mars 1649).
(127) CHÉRUEL, III, 370 (à M. de Marolles, du 3 juillet 1649). Guerre, CXIV,
fol. 407, 461. Une partie des troupes allemandes suivit en octobre. Guerre, CXV,
243.
(128) Gazette, 1650, p. 127. Ohem, lieutenant-général commandant la cavalerie
allemande. Guerre, CXIV, fol. 345.
(129) Guerre, CXX, fol. 108. CHÉRUEL, III, 614 (à La Ferté, du 28 janv. 1650).
(130) Lorraine, XXXV, fol. 704. Guerre, CVIII, fol. 251. La France avait acquis
ces places aux traités de Liverdun (1632) et de Paris (1641).
(131) Gazette, 1650, p. 280. Mémoires de Turenne, 125. Clermont, ch.-l. de
cant., arr. de Verdun. Stenay, ch.-I. de cant., arr. de Montmédy. Dun, ch.-l. de
cant., arr. de Montmédy. Jametz, cant. et arr. de Montmédy, dép. la Meuse.
(132) CHÉRUEL, IV, 615 (à La Ferté, du 19 février 1650).
(133) Lorraine, XXXV, fol. 540. Guerre, CXX, fol. 195. CHÉRUEL, III, 535 (à La
Ferté, du 23 avril 1650). DES ROBERT, 356.
(134) DES ROBERT, 353. Le baron de Fauge, savoyard au service de Charles IV,
l'un de ses plus habiles lieutenants.
(135) Gazette, 1650, p. 1086. Boulay, ch.-l. de cant., arr. de Metz, Moselle
[ch.-l. d'arrond. Lorraine annexée].
(136) Gazette, 1650, p. 851. Cf. Guerre, CXIX, fol. 264, 287, 294, etc...
Lorraine, XXXV, fol. 569-571. Saint-Jean, près Saarbrück (Prusse). Sirsberg,
château près de Buss (Prusse). Vaudrevange, près Sarrelouis (Prusse).
(137) Philippe de Ligniville, né en 1611, appartenait à une des maisons les plus
anciennes et les plus illustres de la Lorraine. Refusa deux fois le bâton de
maréchal qu'on lui offrait pour l'attirer au service de la France, puis joignit
son armée à celle de Turenne sur l'ordre de Charles IV, lors de la captivité de
Tolède ; fit les campagnes de 1656, 1657, 1658 ; prit une part importante à la
victoire des Dunes. Mort à Vienne en 1664. Avant de pénétrer en Lorraine,
Ligniville avait secondé la tentative de la garnison de Hombourg contre
Vaudrevange. Les archives des Affaires étrangères renferment une lettre de
Saint-Aubin, agent de Mazarin à Metz, qui donne d'intéressants détails sur la
composition de l'armée lorraine à ce moment : « Cette armée lorraine (qui n'est
que la moitié) est composée de 1,200 chevaux et autant d'hommes de pied
effectifs, en 6 régiments de cavalerie, savoir Ligniville, Valentin, Montauban,
Schmit, Maujean et Braquy, et en 7 régiments d'infanterie, nommés Lhuillier,
Silly, Vomécourt, Beaufort, Mitry, Belrupt et les Irlandais, outre 200
fantassins qu'ils ont tirés des garnisons de Hombourg, Bitche, Heilbronn et
autres places qu'ils occupent. Il y a pour artillerie 2 pièces de 12 livres de
balle tirées de Hombourg et 4 petites pièces de 6 livres et 3 livres qu'ils
traînent d'ordinaire avec eux... » Lorraine, XXXV, fol. 567.
(138) CHÉRUEL, III, 551 (à Le Tellier, du 16 juin 1650).
(139) Lorraine, XXXV, fol. 569. Guerre, CXIX, fol. 277.
(140) Guerre, CXX, fol. 510. CHÉRUEL, III, 565 (à Le Tellier, du 18 juin 1650).
(141) Lorraine, XXXV, fol. 575, 580.
(142) Charmes, ch.-l. de cant., arr. de Mirecourt, Vosges.
(143) DES ROBERT, 358 et sq.
(144) Les renseignements sur cette période de l'histoire lorraine nous sont
fournis principalement par les Mémoires de Beauvau (p. 95 et sq.). Le Père HUGO
(p. 450 et sq.) et Dom CALMET (III, p. 448 et sq. ) le suivent de très près.
GUILLEMIN (p 120) ajoute quelques détails. La Gazette le plus souvent est muette
: elle ne mentionne qu'indirectement le combat de Vincey (1650, p. 1256). Les
pièces conservées aux ministères de la Guerre et des Affaires étrangères sont
fort incomplètes et propres surtout à préciser les points secondaires.
(145) Ordonnance du 9 juillet 1650, citée par François de Neufchàteau, II, 67.
(146) Châtel est pris en 24 heures ; Epinal en 3 jours ; Mirecourt en quelques
heures. A Mirecourt M. de Campi avait rappelé au service des soldats
précédemment licenciés ; mais établis et mariés dans le pays, ils refusèrent de
se battre contre les Lorrains. Lorraine, XXXV, fol. 590, XXXVI, fol. 94. Pour
tout ce qui concerne l'histoire d'Epinal, Cf. Annales de la Société d'émulation
du département des Vosges, 1902. René PERROUT : Épinal au XVIIe siècle, chap. 6.
(147) BEAUVAU, 107, 7 sept. 4650.
(148) Gazette, 1650, p. 1256.
(149) Guerre, CXIX, fol. 316, 15 sept.
(150) Tonnoy, cant. de Saint-Nicolas, arr. de Nancy.
(151) HAUSSONVILLE, II, 220.
(152) GUILLEMIN, 123.
(153) Ligniville se contenta de faire afficher par tous les villages et jusqu'à
une demi-lieue de Nancy défense aux paysans de rien apporter aux marchés de la
ville ; l'ordre fut observé si fidèlement que M. de Beaubourg manifesta quelque
inquiétude. Guerre, CXIX, fol. 347.
(154) Guerre, CXX, fol. 446. Beauvau, 99.
(155) Le Père HUGO, 564. BEAUVAU, 100.
(156) César de Choiseul, comte, puis duc de Plessis-Praslin, né le 12 février
1598, maréchal de camp en 1635, lieutenant-général en 1642, contribua en 1646 à
la prise de Piombino et de Porto-Longone; duc et pair en 1665 ; mort le 23
décembre 1675. Frédéric-Wolfgang, comte de Fleckenstein, maréchal de camp en
1648, lieutenant-général en 1651, mort en 1674.
(157) Mémoires du maréchal du Plessis, collection Petittot, tome LVII, 336.
Mouzon, ch. l. de cant., arr. de Sedan, Ardennes.
(158) L'armée de La Ferté devait être très inférieure en nombre ; un état du 14
novembre nous donne les chiffres suivants : 993 fantassins, 580 cavaliers
français, 900 cavaliers allemands : au total : 2470 hommes. Lorraine, XXXV, 598.
(159) Lavallée, cant. de Pierrefitte, arr. de Commercy, Meuse.
(160) Guerre, CXX, fol. 497. Gazette, 1650; p. 1389. Voir la brochure intitulée
: La défaite de l'armée du duc Charles, commandée par le comte de Ligneville...
Paris (s. d.) [B. N. L b 37, 1657].
(161) Pagny-sur-Meuse, cant. de Void, arr. de Commercy, Meuse. Uruffe, cant. de
Colombey, arr. de Toul, Meurthe-et-Moselle.
(162) Gazette, 1650, p. 1422. BEAUVAU, 98. Aigremont, cant. de Bourbonne, arr.
de Langres, Haute-Marne. Charles IV venait d'acheter le château d'Aigremont et
la baronnie de ce nom au comte de Rosnay, bâtard de Luxembourg.
(163) Mémoires du maréchal du Plessis, 337.
(164) Les ordres de Charles IV furent contradictoires. Cf. DES ROBERT, 381
(d'après les archives de la maison de Ligniville).
(165) Georges, African de Bassompierre, grand écuyer de Lorraine. Il était frère
du maréchal de France, et n'en servit pas moins avec distinction la cause de
Charles IV.
(166) Gazette, 1650, p. 1518. Pour le détail de ces escarmouches, cf. la
brochure intitulée : Relation véritable des Victoires remportées sur les ennemis
par les Armes du Roi en Lorraine, Barrois et Bassigny depuis la signalée
bataille gagnée sur eux par M. le Marquis de La Ferté-Sénectère. Paris (s. d.)
[B. N. L b 37, 1663].
(167) Gazette, 1650, p. 1662.
(168) Gazette, 1650, p. 1562.
(169) Cf. la brochure citée : La défaite de l'armée du duc Charles....
(170) Gazette, 1650, p. 1422.
(171) Dom BIGOT, 167.
(172) Guerre, CXXVI, fol. 3. Gazette, 1651, p. 17. CHÉRUEL, III, p. 950 (à Le
Tellier, du 18 décembre 1659). Il n'est pas inutile de remarquer ici que Bar
avait beaucoup souffert des récents événements ; la ville avait dû verser au duc
Charles une forte contribution ; et l'armée de Ligniville avait dévasté certains
quartiers, la rue de Véel notamment [Meuse, B. 659]. La chronologie de Beauvau,
adoptée sans contrôle par dom Calmet et les historiens postérieurs, est ici fort
incertaine. Beauvau semble avoir ignoré la prise de Bar ou tout au moins il la
recule jusqu'au printemps de 1652. Il est plus surprenant que des Robert,
d'ordinaire si précis, commette la même erreur.
(173) Gazette, 1650, p. 1718. Norroy-le-Sec, cant. de Conflans, arr. de Briey,
M.-et-M.
(174) Gazette, 1651, p. 78. Vicherey, cant. de Châtenois, arr. de Neufchâteau,
Vosges.
(175) Lorraine, XXXVII, fol. 630. Gazette, 1651, p. 77.
(176) Gazette, 1651, p. 74. Mépas avait pris grande part à la victoire de
Lavallée.
(177) Documents inédits de l'histoire des Vosges. Paris Épinal,III, p. 265.
Badonviller, ch. l. de cant. arr. de Lunéville, M.-et-M.
(178) SCHMIT, Mazarinades lorraines, n° 24, du 11 janvier 1651. Cf. La relation
extraordinaire, contenant tout ce qui s'est fait et passé à la prise de la ville
et du château d'Aigremont en Lorraine, toute la garnison ayant été tuée ou faite
prisonnière par la milice de Langres, etc., Paris, 1651.
(179) CHÉRUEL, III, p. 963 (à Le Tellier, du 22 déc. 1650).
(180) Le Père HUGO, 460. BEAUVAU, 105. Dom CALMET, III, 455.
(181) CHÉRUEL, IV, 713 (à Beringhen, du 12 mars 1651), IV, 76 (à Lionne, du 14
mars 1651). « Il ne se peut rien ajouter à la manière avec laquelle j'ai été
reçu par M. le maréchal de La Ferté et à la passion qu'il témoigne pour le
service de leurs Majestés. C'est une personne dont je crois que la reine peut
faire un état assuré. »
(182) Lorraine, XXXVI, fol. 18. CHÉRUEL, IV, 69 (à Lionne, du 11 mars 1651).
(183) Guerre, CXXVI, fol. 3 et 41, 100, 132, etc... François de NEUFCHATEAU, II,
68. Arches, cant. et arr. d'Épinal. Bruyères, ch. l. de cant., arr. d'Épinal,
Vosges.
(184) Guerre, CXXVI, fol. 326 bis, 394. SCHMIT, Mazarinades lorraines n° 34. La
Ferté protesta vivement contre cette mesure. Lorraine, XXXVI, fol. 70.
(185) Gazette, 1651, p. 649.
(186) Gazette, 1651, p. 1013. Elle ne nous dit rien de l'intervention de Charles
IV.
(187) CHÉRUEL, IV, 132 (à Milet, du 19 avril 1651) ; ld., 750 (à La Ferté, du 4
sept. 1651); Id., 513 (Mémoire à la reine, du 19 nov. 1651) ; Id ,540 (à d'Hocquincourt,
du 13 décembre 1651).
(188) HAUSSONVILLE, II, 231. DES ROBERT, 430, et sq.
(189) AUMALE, VI, 181.
(190) Guerre, CXXXVI, fol. 243. CHÉRUEL, V, 688 (à La Ferté, du 10 oct. 1652).
(191) Jean-Charles de Sénectère, comte de Brinon, neveu du maréchal, né en 1608,
lieutenant du roi à Nancy depuis 1647, maréchal de camp en 1641, mort en 1696.
Marsal, cant. de Vic, arr. de Château-Salins, Meurthe. Cf. Les communes de la
Meurthe, I, 523. Le gouverneur de Marsal, M. de Rosières refusait d'obéir aux
ordres du roi et pillait cruellement la campagne. Lorraine, XXXVI, fol. 221.
(192) D'AUMALE, VI, 256.
(193) CHÉRUEL, V, 691 (à La Ferté, du 1er nov. 1652).
(194) Roger de Lorraine, chevalier de Malte (1624-1653).
(195) Gazette, 1652, p. 1115, 29 novembre.
(196) Dom BIGOT, 190.
(197) CHÉRUEL, V, 473 (à Le Tellier, du 25 nov. 1652). Dom BIGOT, 191.
(198) Gazette, 1652, p. 1162.
(199) D'AUMALE, VI, 258. DES ROBERT, 547.
(200) CHÉRUEL, V, 492 (à Le Tellier, du 5 décembre 1652). CHÉRUEL, V, 500 (à Le
Tellier, du 8 décembre 1652). CHÉRUEL, V, 504 (à Fabert, du 16 décembre 1652).
DES ROBERT, 551.
(201) CHÉRUEL, V, 489 à Le Tellier, du 4 déc. 1652).
(202) Dom BIGOT, 192. Gazette, 1653, p. 70. Cf. au sujet du récit de la Gazette,
une curieuse lettre de Mazarin où il se plaint des inexactitudes de Renaudot,
CHÉRUEL, V, 528.
(203) CHÉRUEL, V, 505 (à Le Tellier, du 16 déc. 1652) ; Id., 508 (à Le Tellier,
du 18 déc. 1652) ; Id., 503 (à Le Tellier, du 9 déc. 1652). Lorraine, XXXVI,
fol. 347.
(204) CHÉRUEL, V, 518 (à Le Tellier, du 24 déc. 1652). DES ROBERT, 561. La
garnison de Ligny était commandée par M. de Verduisant.
(205) CHÉRUEL, V, 503 (à Le Tellier, du 9 déc. 1652).
(206) CHÉRUEL, V, 520 (à Le Tellier, du 30 déc. 1652). Id., 521 (à Fabert, du
1er janvier 1653). - DES ROBERT, 562.
(207) Le comte de Fuensaldana, général espagnol, ambassadeur extraordinaire en
France après la paix des Pyrénées, mort à Cambrai en 1661.
(208) Château-Porcien, ch.-l. de cant., arr. de Rethel, Ardennes,
(209) CHÉRUEL, V, 525 (à Le Tellier, du 6 janv, 1652).
(210) Gazette, 1653, p. 223. Ligniville, réfugié sur les frontières du
Luxembourg, faisait dans la Wœvre des incursions continuelles ; il occupa même
Saint-Mihiel durant quelques jours. DES ROBERT, 575.
(211) GUERRE, CXXXIX, fol. 53. CHÉRUEL, V, 557 (à Le Tellier, du 24 janv. 1653).
(212) GUERRE, CXXXIX, fol. 49. Gazette, 1653, p. 331. La neutralité fut de
nouveau accordée à Remiremont, le 8 juillet, à la prière de la duchesse
d'Orléans, qui avait été élevée au monastère de cette ville. GUERRE, CXL, fol.
87 et 275.
(213) 2 mai, Gazette, 1653, p. 171. DES ROBERT, 580.
(214) Gazette, 1653, p. 572. Dans Ornes, capitula le régiment de Conty. Ornes,
cant. de Charny, arr. de Verdun, Meuse.
(215) Le château de Sorbey, cant. de Spincourt, arr. de Montmédy, Meuse, ne
contenait que 30 soldats ; l'officier qui commandait, ayant refusé de se rendre
avant d'avoir vu le canon, fut pendu, à titre d'exemple. Gazette, loc. cit., 14
juin.
(216) Longuyon, ch.-l. de cant., arr. de Briey, Meurthe-et-Moselle.
(217) Lorraine, XXXVI, fol. 430. Gazette, 1653, p. 677, 775. DES ROBERT, 588.
(218) Gazette, 1633, p. 865. DES ROBERT, 590. Rambervillers, ch.l. de cant.,
arr. d'Epinal.
(219) 1er août. Bouquenom, ancienne commune disputée entre Lorraine et Nassau,
réunie en 1793 à Neu-Sarrewerden. Sarre-Union, arr. de Saverne, Bas-Rhin.
(220) Gazette, 1653, p. 885. Nomeny, ch.l. de cant. arr. de Nancy.
(221) Gazette, 1653, p. 1074.
(222) Gaspard de Champagne, comte de la Suze, maréchal de camp. Cf. Henri BARDY,
Le comte de la Suze et la seigneurie de Belfort, de 1636 à 1654 (dans le
Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 1884.)
(223) «... l'argent des dites rations, pour le temps que dessus, sera mis entre
les mains du sieur Philippe Brazy, ci-devant maire à Badonvil1ers, pour être
apporté ici dans le 22 de ce mois, à peine d'être courus et traités avec tous
les actes d'hostilité ordinaires et pratiqués selon la rigueur de la guerre. »
Vosges, princ. de Salm, E, 38. Dernier avertissement donné aux habitants de
Rambervillers d'apporter pour le 10 l'argent des contributions, « faute de quoi
ils seront courus, brûlés et traités avec la rigueur d'hostilité ».
Rambervillers, BB. 2. (Le premier de ces documents a été publié dans les
Documents inédits de l'histoire des Vosges, III, 266.)
(224) Sauvegarde accordée par le comte de la Suze aux habitants du comté de Salm
: « Nous avons pris, mis et reçu, prenons, mettons et recevons en la protection
et sauvegarde de Son Altesse et la nôtre particulière,... en considération de
Madame la princesse, la terre et principauté de Salm. » - 17 novembre 1753.
Vosges, princ. de Salm, E, 38. Docum. inéd. de l'hist. des Vosges, III, 267.
(225) GUERRE, CXL, fol. 441, 455, 478. Henri BARDY, Etude sur Belfort (dans le
Bulletin de la Société belfortaine d'émulation, n° 18, année 1899).
(226) BERNARD, Le fidèle héros, 25.
(227) Cf. 8 extraits de la Gazette, recueillis dans le Bulletin de la Société
belfortaine d'émulation, n' 21, année 1902. Lorraine, XXXVI, fol. 495.
(228) Dom BIGOT, 199.
(229) CHÉRUEL, VI, passim, en particulier, 259 (à Le Tellier, du 6 août 1654) et
604 (à Chanut, du 5 août 1654). - DES ROBERT, 666,
(230) Lorraine, XXXVI, fol. 589. Gazette, 1654, p. 823,
(231) Lorraine, XXXVI, fol. 619-626; fol. 630-634. Gazette, 1654, p. 1291. - Des
ROBERT, 694.
(232) Lorraine, XXXVI, fol. 639-649. Guerre, CXLV, fol. 85. Cf. STEIN et
LEGRAND, La frontière d'Argonne (842~1659). Paris, 1905. Le chevalier de
Clerville était un des ingénieurs renommés de cette époque. On créa pour lui en
1662 la charge de commissaire général des fortifications. Il fut le maître du
maréchal de Vauban. Mort en 1677.
(233) Hormis à Bitche ; mais à aucun moment depuis 1643, cette ville n'avait été
au pouvoir des Français.
(234) Gazette, 1654, p. 1363.
(235) Chaque été, La Ferté quitte son gouvernement ; en 1655, il prend
Landrecies, Condé, Saint-Guilhain ; en 1656, il est battu et fait prisonnier à
Valenciennes ; il dirige en 1657 les sièges de Rocroy et de Montmédy ; de
Gravelines, en 1658, etc. Cf. PINARD, II, 583.
(236) Cf. HAUSSONVILLE, II, chap. 24, p. 276 et sq.
(237) CHÉRUEL, VI, p. 568 (à la duchesse de Lorraine, du 13 juin 1654.)
(238) CHÉRUEL, continué par d'Avenel, VII, 217 (à Turenne, du 23 mai 1656). Par
abréviation, le recueil des Lettres de Mazarin sera désigné désormais par
l'expression Chéruel-d'Avenel.
(239) Gazette, 1655, p. 920.
(240) Gazette, 1655, p. 956. Mussy, château, pris et détruit en 1670 par le
maréchal de Créqui ; les ruines en subsistent, cant. de Longuyon, arr. de Briey,
Meurthe-et-Moselle.
(241) Gazette, 1656, p. 716.
(242) Jean Croonders, né en 1609, ancien élève de l'Université de Pont-
à-Mousson, licencié en droit, receveur de Saint-Avold (Moselle), devenu en 1631
commissaire des troupes lorraines, puis quartier-maître général, l'un des chefs
les plus fameux de l'armée de Charles IV. Cf. l'art de HUART dans les Mémoires
de la Société d'archéologie lorraine, 1885.
(243) Cf. HAUSSONVILLE, II, 294.
(244) Henri II de Lorraine, duc de Guise, né en 1614; il embrassa d'abord l'état
ecclésiastique et fut archevêque de Reims en 1629, duc et pair en 1644,
lieutenant général et grand chambellan en 1655. Mort à Paris, en 1664.
(245) Lorraine, XXXVII, fol. 40 (du 30 avril 1655).- Guerre, CXLV, fol. 301. Cf.
HAUSSONVILLE, III, 4 ; le texte du traité est cité, 11, 397. DES ROBERT, 700.
(246) Lorraine, XXXVII, fol. 202. Voir à ce sujet une lettre de Saint-Aubin.
Ibid., fol. 31.
(247) GUILLEMIN, 148. DES ROBERT, 701.
(248) Agent de la duchesse. « La princesse ne faisait plus rien que par le
conseil de Saint-Martin, homme d'un esprit subtil et délicat. » - BEAUVAU, 154 ;
Cf. une lettre de Charles IV à Nicole le recommandant ; DES ROBERT, 699.
(249) HAUSSONVILLE, III, 3.
(250) Lorraine, XXXVII, fol. 352 (15 décembre 1656),
(251) GUILLEMIN, 157,
(252) Lorraine, XXXVII, fol. 538-549. Gazette, 1657, p. 788. CHÉRUEL, d'Avenel,
VIII, 70 (à la Ferté, du 23 juillet 1657). Dom CALMET, Notice de Lorraine, I,
286.
(253) Il ne faut pas s'étonner de la présence de Gombervaux dans une ville
qu'occupait une garnison française : Dieuze avait été neutralisée en 1655.
(254) « Les voleries, pillages, saccagements ne se peuvent exprimer... ; mais le
plus terrible fléau, c'est le sieur de La Ferté, qui furte partout ; ne se
contentant des levées et contributions de son gouvernement; il tire encore par
où il peut, avec une telle cruauté qu'il est redouté comme un Attila. » Dom
BIGOT, 176.
(255) GUILLEMIN, 112. « Cet homme, le plus avide de richesses qui fut jamais,
non seulement remit en pratique toutes les inventions dont ses devanciers
s'étaient servis pour s'enrichir, mais inventa mille nouveaux moyens. » BEAUVAU,
84, ne peut pardonner les violences dont les nobles eurent à souffrir: «
Celui-ci, ayant une furieuse avidité pour les richesses, n'oublia, pendant près
de vingt ans que dura son gouvernement, pour ne pas dire sa tyrannie, ni
invention de contributions, ni rigueur pour épuiser le plus pur sang non
seulement du pauvre peuple, mais encore de tous ceux qui pouvaient en avoir de
reste dans les veines. » Le P. HUGO, 154, est éloquent à son ordinaire : « Ce
gouverneur, fertile en impôts, opprimait les Lorrains d'exactions et, au défaut
de titres colorés, pour les surcharges de tailles, il employait les saillies
d'une férocité arbitraire ou d'une menace foudroyante qu'on ne calmait que par
des présents. Ce pacha de Lorraine... »
(256) Haussonville, II, 175. C'est également l'opinion exprimée par PFISTER,
Tableau de la Lorraine et de Nancy, p. 19.
(257) Mazarin n'ignorait pas les accusations portées contre La Ferté ; mais il
les accueillait avec quelque ironie : « Je vous dirai, écrivait-il (8 déc. 1655)
à M. de Rozières, que je ne saurais croire ce que vous me mandez que ledit sieur
maréchal tire de la Lorraine un million tous les ans qu'il applique à son profit
particulier et que ce sont des choses dont il faut donner des preuves bien
certaines pour les persuader. » Lorraine, XXXVII, fol. 143.
(258) Le franc barrois, seule monnaie de compte usitée en Lorraine, valait un
peu plus d'une livre française. Pour la fourniture de ces jetons, voir :
Archives de Nancy, CC, 144.
(259) GUILLEMIN, 112. LIONNOIS, II, 72. Cf L. QUINTARD, Les jetons de l'hôtel de
ville de Nancy, p. 16.
(260). Levée municipale à taux variable ; le chiffre était d'ordinaire 14 fr.
pour les chefs de famille et 7 fr. pour les veuves. Nancy, BB, 7.
(261) Celui de 1654 fit monter les frais à 4,000 fr. Nancy, CC, 161.
(262) En 1643, M. de Lenoncourt avait fait choix pour porter la charge de
conseillers de la ville des anciens conseillers Terrel et de Silly, de François
Royer, conseiller d'État, Charles Sarrazin, échevin de justice, Nicolas Barrois,
René Leclerc, avocat, François Jeanmaire, avocat, Christophe Rousselot et Jean
Boron. La Ferté-Sénectère accepta les décisions de son prédécesseur. Mais, en
1651, après l'expédition de Ligniville, il crut bon de réformer à son tour la
municipalité et, le 18 septembre, ordonna qu'elle serait ainsi composée : Royer,
Sarrazin, Jeanmaire, anciens conseillers ; François du Boys, conseiller d'État ;
Jean Héraudel, intendant de Madame de Lorraine ; Charles Comte ; Pierre Poirot,
tabellion et procureur ; Henri Bonnet, marchand orfèvre. En 1654, la démission
de du Boys ouvrit le Conseil à Claude Durand, contrôleur des bois de la gruerie
de Nancy. Durand mourut lui même en 1659 et fut remplacé par Mathias Rousselot,
marchand-orfèvre. Nous aurons occasion de citer souvent plusieurs de ces
personnages. Aucun ne fut maintenu au Conseil par Charles IV. Nancy, BB, 35.
(263) Nancy, CC, 166.
(264) Nancy, BB, 7.
(265) Nancy, BB, 7 (23 février 1660).
(266) Nancy, CC, 152.
(267) Meurthe-et-Moselle, B, 7488.
(268) Meurthe-et-Moselle, B, 7488.
(269) Nancy, CC, 162.
(270) Nancy, CC, 161.
(271) Gazette, 1654, p. 571.
(272) La demoiselle de La Loupe était de la maison d'Angennes et sœur de Mme d'Olonne.
« Recommandable, nous dit la Gazette, par sa beauté, sa vertu et plusieurs
autres belles qualités. » Gazette, 1655, p. 447. La vertu de la maréchale, s'il
faut en croire la chronique scandaleuse du temps, ne fut pas d'éternelle durée.
PFISTER, Tableau..., 23.
(273) Nancy, CC, 169.
(274) Nancy, CC, 170-172. J'analyse, sans vains commentaires, les comptes de
1656. 4,506 francs pour 6 chandeliers à flambeaux, d'argent vermeil doré, 2
cuillers, 2 fourchettes et 2 couteaux d'or fin. 250 francs pour avoir, suivant
le désir de monseigneur le maréchal, fait graver ses armes, soutenues de deux
bâtons de commandement et de palmes, sur 6 autres chandeliers précédemment
offerts. 2,164 francs de linge, à savoir : 24 douzaines de fines serviettes de
lin pour la table, 24 grandes nappes, 2 douzaines de serviettes pour le potage
et le court-bouillon ; 24 nappes de cuisines, 4 douzaines de grands tabliers, 5
douzaines de serviettes de cuisine ; 6 tabliers et 6 torchons pour la femme qui
nettoie la vaisselle ; 8 douzaines de serviettes de lin très fines dont 4
douzaines pour la chambre de mondit seigneur, pour se servir en sa personne
lorsqu'il est incommodé, qu'il sort du bain ou autrement, les autres 4 douzaines
pour la chambre de madame la maréchale. 300 fr. au blanchisseur; il se reconnaît
par les comptes précédents que la ville était tenue de blanchir les linges de
monseigneur le maréchal pendant qu'il était en ville et non pendant son absence
; mais de nouveaux ordres en décident autrement. 44 francs 8 gros pour faire
marquer en cinq endroits, au milieu et aux quatre coins, des linges de
monseigneur le maréchal ; il se reconnaît par les mêmes précédents comptes que
la ville n'était tenue que d'une marque en un endroit ; mais les maîtres d'hôtel
ont jugé bon le contraire.., etc.
(275) Mirecourt, CC, 33. Cf. LAPRÈVOTE, Notice historique sur la ville de
Mirecourt (dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1877, p. 110
et sq).
(276) Épinal, CC, 151.
(277) Épinal, CC, 154.
(278) Épinal, CC, 157.
(279) Épinal, CC, 158. Gazette, 1655, p. 1341.
(280) Mirecourt, CC, 33 à 38.
(281) Récit de Me Lehault, notaire à Marle (Aisne), cité par FEILLET ; La misère
au temps de la Fronde, p. 460.
(282) Lorraine, XXXIV, fol. 36 (du 1 février 1645).
(283) BERNARD, Le fidèle Héros, 36.
(284) LIONNOIS, II, 277. Ces Carmélites étaient françaises ; il s'agissait de
les opposer aux Grandes Carmélites, d'esprit lorrain. PFISTER, Tableau.... 52.
(285) Les gouverneurs frappés par La Ferté ne le sont que parce qu'ils ont
dépassé ces limites. Gardagne, par exemple, dont nous parlerons plus loin,
vendait à son profit les arbres du domaine.
(286) « Le gouverneur y trouve aussi son compte. Et quelle loi le lui défend ? -
Ne sait-on pas bien celle de la guerre et des conquêtes. » BERNARD, 36.
(287) Mirecourt, CC, 33.
(288) Mirecourt, CC, 35.
(289) Mirecourt, CC, 38.
(290) Épinal, CC, 159.
(291) Rambervillers, CC, 90.
(292) Rambervillers, CC, 85.
(293) Épinal, CC, 151.
(294) Nancy, CC, 144, 158, 160.
(295) Nancy, CC, 182 et sq.
(296) Nancy, CC, 144.
(297) Cf. Lorraine, XXXVI, fol. 423.
(298) « L'usage de l'Hôtel de Ville était de donner aux nouveaux conseillers, à
leur entrée, deux bourses, l'une aux armes de la ville d'un côté et de l'autre
aux armes du conseiller ou à son chiffre, brodée en argent et soie sur un fond
de salin bleu, remplie de 60 jets d'argent, et une autre de cuir remplie de 60
jets de bronze, » LIONNOIS, II, 71.
(299) Nancy, CC, 146.
(300) Nancy, CC, 185.
(301) La Ferté, en 1650, fit emprisonner deux religieux de l'abbaye d'Echternach
(Luxembourg) et prétendit en tirer rançon. Il fallut un ordre formel pour lui
faire lâcher prise. Mais le ministre, en donnant cet ordre, ne manifesta aucun
étonnement, encore moins de l'indignation. Il fit remarquer simplement que les
religieux devaient être « exempts de toute hostilité ». Lorraine, XXXV, fol.
523.
(302) Les archives des Affaires étrangères renferment de nombreuses lettres où
La Ferté-Sénectère est attaqué avec la dernière violence. Ses ennemis les plus
acharnés étaient le maréchal de Schomberg, gouverneur de Metz, M. de Rozières,
gouverneur de Marsal, et surtout M. de Feuquières, gouverneur de Verdun, dont
nous aurons lieu de nous occuper. Il est à noter qu'au moment où il qualifiait,
comme nous avons vu, le maréchal d'« Attila », dom Bigot résidait à Verdun
(1652).
(303) Tel est, nous l'avons marqué déjà à propos de Beauvau, un des griefs
capitaux invoqués contre La Ferté Sénectère ; il ne respectait pas plus les
nobles que les paysans; et ceci semblait contraire, en quelque manière, au droit
des gens. Le marquis de Haraucourt avait revu l'œuvre de Guillemin.
(304) Populare, dévaster (?)
(305) GUILLEMIN, 113.
(306) Nicolas Vignier, chevalier, baron de Ricey, conseiller du roi en son
Conseil d'État et privé, mattre des requêtes, président au Parlement de Metz. Il
était en charge depuis 1641.
(307) Lorraine, XXXIII, fol. 239.
(308) Lorraine, XXXIII, fol. 347, 430. Laprévote, 113.
(309) Lorraine, XXXIII, fol. 456. Ils refusaient leurs contributions,
(310) Lorraine, XXXIV, fol. 520, 54, 134,
(311) Lorraine, XXXIII, fol, 554-601.
(312) Le tribunal du Change, ainsi nommé de la maison où il tenait ses
audiences, remontait à une époque fort reculée ; ses membres étaient des
bourgeois, au nombre de neuf, nommés par le duc, « personnes instruites en
matières civiles et criminelles, anciens prévôts, licenciés en droit », dont la
plupart parvenaient dans la suite aux hautes fonctions de conseiller d'Etat,
procureur général, maître des requêtes, etc... ; sa compétence était assez mal
définie pour qu'il s'en suivit de perpétuels conflits avec les Assises, conflits
qu'encourageaient volontiers les ducs et dont ils tiraient parti pour affermir
leur autorité. Les condamnations au criminel, prononcées par les tribunaux
inférieurs, venaient obligatoirement en appel devant les échevins de Nancy. Ce
tribunal avait d'ailleurs, depuis l'occupation française, perdu beaucoup de son
importance, les principaux procès étant portés devant le Parlement de Metz. Cf.
DUVERNOY, Les Etats généraux des duchés de Lorraine et de Bar, 414. - SADOUL,
Essai historique sur les institutions judiciaires des duchés de Lorraine et de
Bar, 117, 129. - DUMONT La justice criminelle en Lorraine, 1, 75. - KRUG-BASSE,
Histoire du Parlement de Lorraine (Annales de l'Est, X, 59).
(313) Henri-Auguste de Loménie de Brienne, né en 1594, mort en 1665 ministre
secrétaire d'État aux Affaires étrangères.
(314) Lorraine, XXXIII, fol. 609, 618.
(315) Le 19 mal 1649, le sieur de Cardos, lieutenant au gouvernement de Moyenvic,
est interdit de sa charge au sujet de quelques violences commises par lui sur le
prévôt de Marsal. Lorraine, XXXV fol. 403. Mais c'est là un fait accidentel.
(316) Le texte primitif était : « Nous avons conféré avec... » Ces mots sont
barrés et surchargés de la main de La Ferté-Sénectère, ce qui nous donne une
indication curieuse sur la manière dont il croyait devoir diriger ses rapports
avec la municipalité.
(317) Nancy, AA, 4 (9 juillet 1644).
(318) Le capitaine a droit à une chambre avec cabinet ou garde-robe, meublée
d'un châlit, paillasse et matelas, rideaux, couverture, deux draps changés tous
les quinze jours, une nappe et quatre serviettes par semaine, une table, quatre
sièges, un chandelier, une aiguière, un pot de chambre, une demi-douzaine de
plats, autant d'assiettes et quelques autres ustensiles pour faire la cuisine ;
la garde-robe aura une couchette pour le valet. Pour les soldats, des chambrées
: lits, paillasses, couvertures, draps changés tous les quinze jours, une table,
deux escabeaux, un pot de fer, deux plats, deux assiettes, une nappe, deux
serviettes ; en outre, 4 gros par semaine à chaque chambrée. (Un gros, 3 sous 4
deniers).
(319) Détail significatif : beaucoup de maisons sont abandonnées ; les voisins
se cotiseront pour les entretenir en un certain état de propreté.
(320) Nancy, AA, 4 (17 juin 1644).
(321) Nancy, AA, 4 (9 septembre 1644).
(322) Nancy, AA, 4 (juin 1650). La Fertéa ajouté au bas de l'ordonnance
présentée à sa signature cette phrase irritée dont, à titre d'exemple, je
respecte l'orthographe : « Défendons sous péne de la vie à tout solda de cete
garnison de rien prandre ny toucher, et notamend du vilage des trois mesons. »
(323) Nancy, AA, 4 (26 avril 1646). L'ordonnance ne fut renouvelée qu'en 1654.
(324) Collection de placards de la Bibliothèque de Nancy (27 juillet 1645). Cf.
Lepage, Les Archives de Nancy, IV, 154.
(325) Entre la ville vieille et la ville neuve sur un terrain vague que l'on
nommait Esplanade (place Stanislas actuelle). Le marché fut d'ailleurs presque
aussitôt déplacé. Depuis la construction de la citadelle (1634), la ville
vieille ne communiquait avec l'extérieur que par la porte Saint-Nicolas (place
Vaudémont) [Cf, PFISTER, Histoire de Nancy, I, 278. Id., Les fortifications de
Nancy (Annales de l'Est, 1905, n°2)]; l'issue de la porte fut encombrée par les
vendeurs et des bagarres sanglantes s'en étaient suivies.
(326) CHÉRUEL, II, 90 (à Turenne, du 2 nov. 1644).
(327) CHÉRUEL, II, 263 (à Turenne, du 17 nov. 1645).
(328) Guerre, XCIII, fol. 338.- CHÉRUEL, III, 227 (à Turenne, du 6 nov. 1648).
(329) CHÉRUEL, II, 90 (à Turenne, du 2 nov. 1644).
(330) CHÉRUEL, II, 263 (à Turenne, du 17 nov. 1645).
(331) CHÉRUEL, II, 263.
(332) Guerre, XCIII, fol. 139.
(333) CHÉRUEL, I, 561 (à La Ferté,... janv. 1644).
(334) Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, conseiller d'État, colonel de
cavalerie, intendant de l'armée du maréchal de Guébriant en 1643, fut chargé, en
1646, de lever et de commander des troupes auxiliaires allemandes ; lieutenant
général en 1651, envoyé comme tel en Amérique, en l'absence du comte d'Estrade,
il revint en France en 1667 et fut nommé gouverneur de Château-Trompette, où il
mourut le 28 avril 1670.
(335) Guerre, XCIII, fol. 129.
(336) D'abord au service du marquis de Sénectère (Mme de MOTTEVILLE, Mémoires,
III, 363, édit. Charpentier), un des agents les plus actifs du cardinal. A cette
époque, commissaire établi pour la subsistance et police des troupes.
(337) Guerre, XCIII, fol. 139.
(338) Lorraine, XXXIV, fol. 491 (6 février 1646). Nancy, AA, 4 (2 juin 1646).
Les ordonnances publiées au début de chaque hiver sont conçues dans des termes
toujours analogues. SCHMIT, Pièces originales sur la guerre de Trente Ans en
Lorraine, n° XCI, en cite une qui concerne seulement les chevau-légers. Les
archives de la guerre en fournissent un grand nombre qui sont plus complètes. En
octobre 1647, cinq régiments d'infanterie et trente compagnies de cavalerie
viennent s'installer en Lorraine. Guerre, CIV, fol. 131, 134. L'intendant, M. de
Beaubourg, reçoit les instructions suivantes : Au régiment d'infanterie
italienne de Mazarin, qui perçoit sa solde ordinaire du fonds de l'Épargne, il
doit être attribué simplement l'ustensile, conformément aux règlements. Au
régiment d'Antragues Infanterie française, par forme de subsistance, au
capitaine 50 sols, au lieutenant 30, à l'enseigne 20, aux sergents 10, aux
caporaux 8, aux anspesades 7, aux soldats 5, outre le pain de munition qui sera
fourni aux sergents appointés et soldats. État-major, le maréchal de camp
prendra pour 2 capitaines, le sergent-major pour 1 capitaine, l'aide-major pour
1 lieutenant, le maréchal des logis et le prévôt chacun comme un enseigne,
l'aumônier et le chirurgien comme un sergent. Dans chaque régiment d'infanterie
étrangère, Prienski, Muzeray, Preston, le capitaine 100 sols, le lieutenant 40,
l'enseigne 25, les sergents 10, les caporaux 8, les chirurgiens et tambours 6,
les soldats 5 plus le pain. Cavalerie : à chaque chevau-léger, 12 sols et 20
livres de foin, 10 de paille, 4 picotins d'avoine, le capitaine prenant pour 6,
le lieutenant pour 4, la cornette pour 3, le maréchal des logis pour 2. Les
soldats ne pourront prétendre à autre chose qu'au lit et au feu. Guerre, CIV,
fol. 248. - Lorsque les vivres étaient fournis en nature, chaque homme avait
droit à 2 livres et demie de pain, cuit et rassis, entre bis et blanc, 2 livres
de « chair», 1 pot et demi de vin.
(339) Meuse, B, 1405.
(340) Meuse, B, 1113.
(341) Meuse, B, 665.
(342) CHÉRUEL, II, 202 (à Enghien, du 11 juillet 1649).
(343) Documents inédits de l'hist. des Vosges, II, 267. Reinholt, comte de Rosen,
était un des chefs de l'armée weymarienne, lieutenant-général en 1644,
gouverneur de l'Alsace en 1652, mort en 1667. Le Val-d'Ajol, cant. de
Plombières, arr. de Remiremont, Vosges.
(344) Bouzonville, ch.-l. de cant., arr. de Thionville, Moselle [arr. de Boulay,
Lorraine annexée].
(345) Longeville-lès-Saint-Avold. cant. de Faulquemont, arr. de Metz, Moselle
[arr. de Boulay, Lorraine annexée]. L'abbaye Saint-Martin, de l'ordre de
Saint-Benoît ; elle avait été brûlée le 1er octobre 1992 par les troupes
d'Albert de Brandebourg et saccagée le 23 juin 1635 par les Suédois.
(346) Dom BIGOT, 141. Dom Bigot était prieur de l'abbaye de Longeville.
(347) Dom BIGOT, 147.
(348) Lorraine, XXXVI, fol. 11.
(349) Hector de Marie, seigneur de Beaubourg, président au Grand-Conseil, en
charge de 1646 à 1651, date de sa mort.
(350) La lettre suivante de Beaubourg à Le Tellier nous donne une idée assez
haute de son caractère. La Ferté prétendait faire entretenir son régiment sur le
même pied que les régiments étrangers. « J'ai cru ne devoir rien faire
d'extraordinaire sans un ordre particulier. Je ne peux pas empêcher qu'il ne
lève 82 rations au lieu de 32 qui est l'ordinaire de l'état-major d'un régiment
français. Mais je peux bien m'empêcher de l'ordonner sans avoir ordre de le
faire. Il se présente souvent de petites difficultés entre nous pour choses qui
concernent ses intérêts, où je suis obligé de faire de même ne lui pouvant
accorder des ordres qu'il souhaite de moi. Je ne sais pas le mécontentement
qu'il lui en peut demeurer. Mais néanmoins je ne crois pas qu'il fasse plainte
de ce que je lui aie refusé. » Guerre, CXVI, fol. 486 (du 21 décembre 1649). Cf.
Guerre, CX, fol. 287, une lettre particulièrement élogieuse du ministre sur
l'exactitude avec laquelle l'intendant remplit ses devoirs (du 30 octobre 1648).
(351) Ferme générale des salines et traites foraines, domaine, aide Saint-Remy
et aide extraordinaire.
(352) Sur le vin, le pain, le sel. (3) Sauf pour quelques places dites «
garnisons particulières » (Marsal, Moyenvic, Sierck, Vaudrevange, Dieuze) dont
les gouverneurs étaient liés au roi par un traité personnel et payés sur les
fonds généraux. - Les « petites garnisons » étaient en 1643 : Mirecourt,
Pont-a-Mousson, Épinal, Remiremont, Châtel, Château-Salins, Neufchâteau,
Rosières et Bar (en partie) ; en 1647, il faut ajouter Longwy. Lorraine, XXXIV,
fol. 628.
(353) Lorraine, XXXV, fol. 339.
(354) Lorraine, XXXIV, fol. 628 ibudget de 1646) ; Id, fol. 654 (budget de 1647)
; XXXV, fol. 342 (budget de. 1649) ; Id., fol. 314 (mémoire concernant les blés)
; Id., fol. 626 (budget de 1630).
(355) GUINET, Mémoire sur les États de Lorrain:, B. N., coll. Moreau, ms., 1427,
fol. 133 (cité par Duvernoy, 345).
(356) 58,746 1. en 1649, 71,246 1. en 1650. Lorraine, XXXV, fol. 342 et 626. En
1649, ne figurent pas au budget les recettes du domaine de Bar.
(357) Salines, 330,666 1. en 1649 ; 342,666 en 1650. Aides, 62,461 1. en 1649 ;
72,456 1. en 1650. Les recettes sont moindres en 1649 à cause de là cession de
Clermont au prince de Condé.
(358) Mémoire sur les finances de Lorraine.
(359) Chiffres totaux de ces budgets : 1645, 511,251 livres D., 492,744 R. ;
1646, 464,451, D., 455,085, R. ; 1647, 492,705, D., 490,596, R. ; 1648, 493 419,
D., 491,881, R. ; 1649, 492,814, D., 451,873, 1t. Il ne faut pas oublier que ce
sont là des « projets de budgets » ; le déficit réel, en fin d'exercice, était
évidemment beaucoup plus considérable.
(360) il n'est pas sans intérêt de donner le détail de ces appointements ; M. de
La Ferté, 18,000 1. ; de Lambertyc, lieutenant au gouvernement de Nancy, 7,200 ;
de Belcastel, sergent-major, 3,600; le capitaine aide-major, 1,800; l'aide de
camp, 1,800 ; Jossier, commissaire ordinaire des guerres, 3,000 ; le lieutenant
du grand prévôt, 2,280 ; le secrétaire de La Ferté, 1,200 ; du Rinau,
commissaire provincial de l'artillerie, 2,400 ; Etienne Hury, commandant de
l'artillerie, 4,200 ; les gardes d'artillerie, 1,200; les canonniers, 1,920; le
médecin de la garnison, 2,400; le chirurgien, 1,290; l'apothicaire, 100; les
Pères Augustins, aumôniers, 240; le garde-magasin, 200. (Budget de 1646,
Lorraine, XXXIV, fol. 628.)
Intendant, 10,000 livres ; le secrétaire de l'intendant, 500 ; Hôpital de Nancy,
7,550 ; Dépenses diverses (fortifications, salines, Chambre des comptes),
30,000. (Budget de 1649, Lorraine, XXXIV, fol, 342).
(361) Marsal, 85,624 livres; Sierck, 21,740; Vaudrevange, 9,304 ; Dieuze, 6,336;
Bar, 10,756; au total: 133,760. (Budget de 1649). En 1646, Marsal n'est pas
mentionné; et la dépense se trouve ramenée à 51,346 livres.
(362) La chose est certaine à partir de 1648 : nous relevons au budget de 1649,
avec la mention « diminuée d'un sixième », un crédit de 247.054 livres, affecté
à la solde de cette garnison, soit 40 compagnies d'environ 60 hommes, réparties
en 2 régiments, La Ferté-Sénectère (25 compagnies) et Brinon (15 compagnies). -
Mais la question devient très obscure, si nous cherchons à l'élucider pour les
années précédentes. En effet les renseignements fournis par les quelques pièces
que nous possédons sont contradictoires. Le projet de budget de 1646 indique, en
propres termes, que la solde de la garnison, composée à cette époque de 5
régiments, est payée par le Trésor. Mais en ce cas nous nous expliquons mal le
chiffre total des dépenses incombant à la Lorraine en cette année 1646, chiffre
donné après la clôture de l'exercice par le Mémoire sur les finances de Lorraine
: 464,461 livres. Il devrait être bien inférieur puisque, en 1649, alors que le
budget local est grevé en surplus de 247,034 livres, les dépenses atteignent
seulement 492,814 livres. - L'examen détaillé du projet de budget de 1646
n'éclaire aucunement le problème. Dans ce budget, l'administration centrale
figure pour 50,340 livres, les garnisons particulières pour 51,346, les petites
garnisons pour 76,184. Total: 177,870 livres. De 177,870 à 464,461 l'écart est
considérable. Je le constate sans avoir découvert aucune hypothèse qui pût
raisonnablement le justifier. Il est d'ailleurs probable que le chiffre fixé par
le Mémoire est le véritable ; car seul il correspond au chiffre permanent des
recettes, 470,000 livres en moyenne. (455,085, en 1646, suivant le Mémoire). -
Au reste d'autres difficultés sont faites pour nous rendre suspect le projet de
budget de 1646. Il est visiblement incomplet et par exemple omet le traitement
de l'intendant. Surtout nous y voyons incorporées les dépenses afférentes aux
petites garnisons ; or le Mémoire affirme que, dans les comptes qu'il résume, il
n'en est pas fait mention ; et cette règle est observée dans les deux budgets de
1649 et de 1650 que nous avons également conservés. Cette obscurité des pièces
officielles explique que je me sois abstenu de les analyser et contenté d'en
extraire quelques observations générales. Il serait vain d'ailleurs d'attendre
et de chercher dans les documents financiers de l'ancienne monarchie la
régularité et la précision que nous voulons trouver dans les nôtres.
(363) Mémoire sur les finances de Lorraine.
(364) 76,184 livres en 1646; mais, en 1647, l'occupation de Longwy augmente ce
budget de 24,400 livres, soit 100,584 livres ; 90,173 en 1649; 85, 658 en 1650.
Voici, d'après l'état de 1646, le détail de ces dépenses. Mirecourt, 1 compagnie
de 100 h., 9648 1. ; M de Campi, gouverneur, 3,000 1. ; le même, en qualité de
bailli des Vosges, 1,200 1. ; lieutenant au gouvernement, 1,000 1. ; capitaine
sergent-major, 600 1.; aumônier, 400 1. ; chirurgien, 200 1. Pont-à-Mousson, 60
h., 5,616 1. ; M. de l'Estang, gouverneur, 3,000 1. ; lieutenant, 600 1. Épinal,
75 h., 8,784 1. ; M. de Montesson, gouverneur, 3,000 1. ; lieut., 600 1.
Remiremont, 50 h., 7,056 1. ; officiers, 3,600 1. Châtel, 60 h., 5,760 1. ;
officiers, 3,000 1. Rosières, 40 h., 3,115 1. ; officiers, 4,600 1. Château-
Salins, 15 h., 1.415 1. ; officier, 1,000 1. Bar, 60 h., 6,570 1. ; M. de
Périgal, gouv.. 3,000 1. Neufchâteau, 50 h., 4,890 1.; M. de Batilli, gouv.,
3,000 1. ; licut., 1,000 1. Longwy avait pour garnison 4 compagnies de 50 h.
(365) Avant 1646, défense était faite à l'intendant d'acheter le blé dans le
pays même.
(366) Mémoires concernant les blés. Lorraine, XXXV, fol. 344.
(367) Postérieurement, en 1651, pendant les quatre mois de mars, avril, mai et
juin, la dépense des quartiers d'hiver atteindra 1,625,970 1. Lorraine, XXXVI,
fol. 75.
(368) Mirecourt, CC, 33. 1645, fut d'ailleurs l'année du « grand quartier ».
Guerre, CXVI, fol. 495.
(369) Plombières, eh. 1. de cant., arr. de Remiremont, Vosges. Doc. inédits de
l'hist. des Vosges, II, 267.
(370) Épinal, CC, 151 (1646).
(371) Nancy, AA, 4 (20 avril 1645).
(372) Peut-être y a-t-il là quelque exagération ; il ne s'agit que des levées
régulières.
(373) Redevance de 6 gros par ménage due aux curés des diverses paroisses de
Nancy. Cf. PFISTER, Hist. de Nancy, I, 343. MANGENOT. Le sou des paroisses.
(Semaine religieuse du diocèse de Nancy, 1898, p. 814). Le gros, 3 sous 4
deniers.
(374) Créé en 1631 pour venir en aidé aux pestiférés.
(375) Le muid était la grande mesure employée pour le sel. Il contenait 16
vaxels. D'après l'ordonnance du 4 mars 1597, le vaxol devait être un cylindre de
19 pouces 9 points de diamètre sur 6 pouces 3 points de hauteur, soit, à très
peu de chose près, un pied cube de France. Légalement le muid des salines de
Lorraine valait donc environ 544 litres.
(376) Lorraine, XXXV, fol. 2.
(377) CHÉRUEL, II, 984 (à Turenne, du 17 décembre 1647).
(378) Lorraine, XXXIV, fol. 28, etc.
(379) CHÉRUEL, II, 844 (à La Ferté, du 12 janvier 1647), etc.
(380) Lorraine, XXXIV, fol. 107.
(381) Lorraine, XXXIII, fol. 343, 346, 350, etc. La faveur dont jouit l'abbé de
Gorze est un peu surprenante. Charles de Remoncourt, bâtard de Charles III,
avait été chef des Conseils d'Etat et privé du duc de Lorraine, garde des
sceaux, serviteur dévoué de Nicolas-François : il ne s'était jamais rallié
ouvertement aux Français. Cf. CHAUSSIER, L'abbaye de Gorze, 341.
(382) Docum. inéd. de l'hist. des Vosges, VIII, 260. Portieux, cant. de Charmes,
arr. de Mirecourt, Vosges.
(383) Docum. inéd. de l'hist. des Vosges, VIII, 263.
(384) Lorraine, XXXIII, fol. 542.
(385) Nancy, AA, 4, passim. Pfister, Tableau..., 39.
(386) C'est à l'occasion de cette députation que fut prise la délibération
municipale dont on a trouvé plus haut le résumé et quelques extraits.
(387) Nancy, BB, 5.
(388) Nancy, AA, 4 (14 novembre 1646),.
(389) Lorraine, XXXIII, fol. 337. Le texte de l'arrêt est donné par SCHMIT,
Documents concernant la guerre de Trente ans, n° 92, et par BEAUCHEZ, 466.
(390) Lorraine, XXXIII, fol, 362.
(391) SCHMIT, Copie de pièces et extraits de journaux, 19.
(392) Nancy, AA, 4 (6 mai 1645).
(393) Lorraine, XXXIV, fol. 384 et 481.
(394) Nancy, AA, 4 (2 août 1646).
(395) Nancy, AA, 4 (16 août 1647).
(396) Collection de placards de la Bibliothèque de Nancy (20 juin 1646).
(397) Saint-Nicolas, ch. l. de cant., arr. de Nancy, Meurthe-et-Moselle.
(398) Lorraine, XXXIV, fol. 522.
(399) Collection de placards de la Bibliothèque de Nancy : « Extrait du registre
des causes extraordinaires pendantes par devant M. le bailli de Nancy... » Même
pièce dans les Docum. inéd. de l'hist. des Vosges, VIII, 258 (Tiercelins de
Bayon).
(400) Mirecourt, BB, 10.
(401) La Bresse, FF, 53.
(402) Ordonnance du lieutenant-général et du juge assesseur du bailliage de
Vosges (20 juillet 1649). François de NEUFCHATEAU, II, 66.
(403) Agent dévoué du marquis de La Vicuville qu'avait exilé Richelieu, mais
qui, rentré en France en 1643, était redevenu surintendant des finances. A son
tour surintendant sous Louis XIV et secrétaire des commandements de la reine
Marie-Thérèse.
(404) Lorraine, XXXV, fol. 602.
(405) Lorraine, XXXV, fol. 344 (Mémoire concernant les blés).
(406) Lorraine, XXXV, fol. 78.
(407) Lorraine, XXXV, fol. 118.
(408) Lorraine, XXXV, fol. 268. Nancy, CC, 163.
(409) Lorraine, XXXV, fol. 616.
(410) Guerre, CXIX, foi. 264.
(411) BEAUCHEZ, 473.
(412) Lorraine, XXXV, fol. 2. Depuis 1645, les religieuses carmélites des
monastères de Nancy, Pont-à-Mousson et Saint-Mihiel « étaient réduites à de si
étranges nécessités » que l'administration militaire leur faisait remettre
chaque jour 26 rations de pain. Lorraine, XXXIV, fol. 194, 239, etc.
(413) Nancy, BB, 5 (4 sept. 1643). Nancy, AA, 4 (27 août 1647). François DE
NEUFCHATEAU, II, 66.
(414) Meurthe-et-Moselle, B, 7164 (1645).
(415) Nancy, AA, 4 (24-27 avril 1649). - PFISTER, Tableau..., 37.
(416) Nancy, AA, 4 (4 mai 1649).
(417) Nancy, AA, 4 (23 juin 1646). - PFISTER, Tableau... 36.
(418) Lorraine, XXXIII, fol. 583. Moyeuvre, cant. et arr. de Thionville, Moselle
[ch. de cant., arr. de Thionville, Lorraine annexée).
(419) Meuse, B, 632.
(420) Meuse, B, 657. Véel,cant. et arr. de Bar-le-Duc. Heippes, cant. de
Souilly, arr. de Verdun. Rembercourt-sur-Orne, annexe de Varney, cant de Revigny,
arr. de Bar-le-Duc, Meuse.
(421) Meurthe-et-Moselle, B, 9932. Vézelise, chef-lieu de cant., arr. de Nancy ;
Germiny, cant. de Colombey-les-Belles, arr. de Toul, Meurthe-et-Moselle.
(422) Meurthe-et-Moselle, B, 9054. Clérey, Houdreville, They, Parey-Saint-Césaire,
cant. de Vézelise, arr. de Nancy, Meurthe-et-Moselle. Frenelle, cant. et arr. de
Mirecourt, Vosges.
(423) Lorraine, XXXV, fol. 78.
(424) Meurthe-et-Moselle, B, 9955.
(425) BEAUCHEZ, 462 et passim.
(426) GUILLEMIN, 113.
(427) CHÉRUEL, III, 263 (à Turenne, du 12 janvier 1647).
(428) Guerre. CXIV. fol. 243-285-366.
(429) Guerre, CXIV, fol. 443. CHÉRUEL, III, 359 (à Millet, du 26 juin 1649).
(430) Guerre, CXIV, fol. 407-461. CHÉRUEL, III, 400 (à Millet, du 16 août 1649).
(431) Guerre, CXV, fol. 26.
(432) M. de Baussan était, depuis 1645, intendant en Alsace et présentement
commissaire général des guerres à l'armée d'Allemagne.
(433) Guerre, CXVI, fol. 474. Fénétrange, ch. lieu de cant., arr. de Sarrebourg,
Meurthe. Sarralbe, ch. l. de cant. arr. de Sarreguemines, Moselle.
(434) Guerre, CXVI, fol. 591 (du 27 décembre). Dompaire, ch. l. de cant., arr.
de Mirecourt ; Fontenoy, cant. de Bains, arr. d'Epinal, Vosges Campi donne ce
détail que Mirecourt « rendait » 557 fr. et Dompaire 984 pour l'entretien de la
garnison permanente de Mirecourt.
(435) Guerre, CXVI, fol. 480, 481.
(436) Guerre, CXVI, fol. 522.
(437) État-major de l'armée d'Allemagne : Ohem, général de la cavalerie ; du Tôt
et Fleckenstein, maréchaux de camp; du Val, Klong, Schutz, d'Erlach, généraux
majors. La plupart de ces noms nous sont connus. - Charles-Henri du Tôt,
maréchal de camp depuis 1646, devint lieutenant-général en 1652. Edmond-Robert
du Val, maréchal de camp en 1650, fut la même année blessé mortellement à Réthel.
Le d'Erlach dont il est ici question est Sigismond d'Erlach (1614-1699), neveu
du célèbre Jean-Louis d'Erlach, alors mourant.
(438) Guerre, CXV, fol. 226 et passim (décembre 1649).
(439) Guerre, CXIX, fol. 267. Rapport d'ensemble de Beaubourg (10 juin 1650).
(440) Gazette, 1630, p. 127.
(441) Guerre, CXVI, fol. 500 (27 décembre 1649).
(442) Guerre, CXVI, fol. 505 (28 décembre 1649). En janvier 1650, le banquier
Hervart dut être envoyé en Lorraine pour distribuer de l'argent aux Allemands
afin de les maintenir dans le devoir. - Cf. CHÉRUEL, III, 455 (à M. de
Feuquières, du 27 janvier 1650).
(443) Meuse, B, 1114.
(444) Meurthe-et-Moselle, B, 5828. C'était le propre régiment de La Ferté-Senectère.
(445) Meuse, B, 782.
(446) Lorraine, XXXV, fol. 626.
(447) Nancy, AA, 4; CC, 150. PFISTER, Tableau..., 41.
(448) Guerre, CXVI, fol. 404 (Beaubourg à Le Tellier, 23 nov. 1649).
(449) Lorraine, XXXV, fol. 626.
(450) Guerre, CXVI, fol. 495 (24 décembre 1649).
(451) Guerre, CXX, fol. 108, 195. Lorraine, XXXV, fol. 540. CHÉRUEL, III. 535 (à
La Ferté, du 23 avril 1650).
(452) Arrêt de la Cour du Parlement de Metz, cité par SCHMIT, Mazarinades
lorraines, n° 30.
(453) Meurthe-et-Moselle, B, 7986. Laxou, cant. et arr. de Nancy,
Meurthe-et-Moselle.
(454) CHÉRUEL, VI, 551 (aux échevins de Toul, du 7 mars 1654).
(455) Lorraine, XXXVÎ, fol, 53, 69, 74, 79, 101, 145.
(456) Isaac de Pas, comte, puis marquis de Feuquières, né le 10 mai 1648, fut
nommé gouverneur de Verdun en 1640. En 1653, il servit sous Turenne comme
lieutenant-général. Chargé de missions diplomatiques près des cours allemandes
en 1672, il fut envoyé la même année comme ambassadeur en Suède, puis en Espagne
en 1683. Mort à Madrid le 6 mars 1688.
(457) il n'était pas son subordonné. Lorraine, XXXVI, passim. (Nombreuses
lettres de Feuquières à Mazarin.)
(458) Guerre, CXXXVII, fol. 87 (La Ferté à Le Tellier).
(459) Guerre, CXXXVII, fol. 88.
(460) Marsal était « garnison particulière ».
(461) Combat de Bléneau.
(462) Guerre, CXXXVII, fol. 394.
(463) Guerre, CXXXVI, fol. 145 (Le Tellier à La Ferté).
(464) Guerre, CXXXVI, fol. 359. Brevet d'assurance au sieur de Rozières pour le
gouvernement de Marsal.
(465) Charles Le Jay, chevalier, baron de Tilly, Maison-Rouge, Saint-Fargeau,
Villiers et Les Salles, conseiller du roi en ses Conseils d'État et privé,
direction et finances, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de
Lorraine de 1651 à 1657.
(466) Lorraine, XXXVI, fol. 407.
(467) Lorraine, XXXVI, fol. 410.
(468) Requête de l'amodiateur des moulins de Vagney.... Docuiu. inédits de
l'hist. des Vosges, II, 260.
(469) Dom BIGOT, 168.
(470) Ces états se trouvent Lorraine, XXXVI, fol. 75. Ils portent seulement sur
les quatre mois de mars, avril, mai et juin 1651.
(471) Lorraine, XXXVI, fol. 81.
(472) Si insouciant et si brutal qu'il finit par s'attirer de sévères
observations du cardinal. Cf. sa conduite en qualité d'intendant de la ville de
Metz dans l'affaire Robertot (nombreuses pièces). Lorraine, XXXVII, passim.
(473) Lorraine, XXXVI, fol. 407.
(474) Nancy, AA, 4. Ligniville avait défendu aux paysans d'apporter leur blé à
Nancy ; il fut scrupuleusement obéi. Les fermiers invoquaient, pour refuser de
rien fournir, leurs baux qui fixaient à la Saint-Martin le paiement de leurs
redevances. Beaubourg, le 5 septembre, dut annuler cette stipulation. Mais les
fermiers ne cédèrent pas avant que La Ferté les eût menacés « du feu et de la
corde ». BEAUVAU, 93. Guerre, CXIX, fol. 347.
(475) Nancy, AA, 4 (4 mai 1651).
(476) Lorraine, XXXVI, fol. 66, Saxon-Sion, cant. de Vézelise, arr. de Nancy,
Meurthe-et-Moselle.
(477) Kaufhaus, bureau de douane établi en 1637, par M. de Villarceaux,
intendant, rue Saint-Jean.
(478) Krahn, grue qui fut élevée, sous le duc Henri II, au bord de la Meurthe,
près du pont de Malzéville.
(479) C'est le plus ancien droit de douane établi en Lorraine. Il ne portait pas
seulement sur les marchandises qui entraient ou sortaient du duché, mais sur
celles qui passaient de l'un à l'autre des cinq districts intérieurs : Barrois,
Saint-Evre (dans le Toulois), Nancy, Salins-l'Etape, Chateau-Salins. Les autres
droits de douane étaient : le droit d'entrée et d'issue foraines, qui datait de
Charles III, et le droit de traverse, établi en 1616 par Henri II ; leur produit
était consacré en principe à l'entretien des routes ; le premier frappait les
vins et les ânes, chevaux, poulains et mulets ; le second tous les objets, à
l'exception des toiles de lin et de chanvre. Cf. : Recueil d'édits, arrêts,
déclarations, etc... (impr. et mss.), concernant les droits de haut-conduit,
d'entrée, d'issue foraine, etc., en Lorraine (1597-1767). Mss. de la
Bibliothèque de Nancy, 169-172.
(480) Nancy, AA, 4 (23 mars 1652).
(481) Durant l'hiver 1654-1655 ont été en quartiers en Lorraine : le régiment
d'infanterie La Ferté-Sénectère, son régiment de cavalerie, son régiment de
dragons, sa compagnie de gendarmes, sa compagnie de chevau-légers ; la compagnie
de chevau-légers du duc de Sénectère ; les régiments de cavalerie française
Brinon et Marolles ; les régiments de cavalerie lorraine Remenecourt èt Mauléon.
Guerre CXLV, fol. 197.
(482) Guerre, CXLV, fol. 5 (2 janvier 1655).
(483) La rixdalle, monnaie des États allemands du Nord, valait environ 5 livres
de France.
(484) En deux versements (7 mars 1656, 22 janvier 1657). Guerre, CXL1X, fol. 55
; CL, fol. 23.
(485) Guerre, CL, fol. 64.
(486) Nancy, AA, 4 (18 novembre 1656).
(487) Gazette, 1655, p. 1221.
(488) Jean-Baptiste Colbert, chevalier, seigneur de Saint-Pouanges et Villacerf,
conseiller ordinaire du roi en ses Conseils d'État et privé, direction et
finances, intendant depuis 1657. Ses lettres à Mazarin sont remarquables par
leur servilité.
(489) Mirecourt, BB, 11 (29 nov. 1658).
(490) Mirecourt, BB, 11 (22 février 1659).
(491) En 1655, ils commettent des dégâts considérables dans les bois de
Moulainville, gruerie d'Étain. La même année, les habitants de Maucourt et de
Mogeville, villages du Verdunois, dévastent les bois d'Arc et de Namoncel, au
même ressort, et résistent en armes aux forestiers. En 1659, la cense de
Bâillon, appartenant au domaine municipal de Saint-Mihiel, est brûlée par les
gardes de M. de Feuquières, etc...
(492) Linchamps, écart de Hautes-Rivières, cant. de Monthermé, arr. de Mézières.
(493) Lorraine, XXXVII, fol. 233 (-20 août 1656).
(494) Lorraine, XXXVII, fol. 584.
(495) Lorraine, XXXVII, fol. 330 (6 nov. 1656).
(496) Lorraine, XXXVI, fol. 574.
(497) Lorraine, XXXVI, fol. 580.
(498) Lorraine, XXXVI, fol. 586. Ibidem, XXXVII, fol. 25.
(499) Lorraine, XXXVII, fol. 86.
(500) Lorsque la paix fut signée, Rozières, pour abandonner la ville, toucha
120,000 livres d'indemnité. Lorraine, XXXVIII, fol. 151.
(501) Lorraine, XXXVII, fol. 669 (16 avril 1658).
(502) Lorraine, XXXVII, fol. 783.
(503) Lorraine, XXXVIII, fol. 35 et 61.
(504) Lorraine, XXXVIII, fol. 34 (19 mai 1660).
(505) Lorraine, XXXV, fol. 194, 196, etc...
(506) Lorraine, XXXIII, fol. 280, etc...
(507) DES ROBERT, 289.
(508) CHÉRUEL, III, 171 (à Chanut, du 14 août 1648.)
(509) Gazette, 1655, p. 1426. Il s'agissait des conventions de neutralité de
Bitche, Hombourg, Landsthul, Mussy et autres places, dont nous avons eu lieu
déjà de nous occuper.
(510) LIONNOIS, III, 305.
(511) Gazette, 1657, p. 239 (3 mars 1657).
(512) Gazette, 1659, p. 443 139 avril 1659). Le prince Ferdinand de Lorraine,
fils aîné du duc Nicolas-François et héritier présumé du duché, était mort de la
pierre.
(513) Gazette, 1659, p. 467 (3 mai 1659'. Le prince Charles, second fils du duc
Nicolas-François, le futur Charles V.
(514) Nancy, AA, 4 (12 février 1654). L'ordonnance est signée de M. de Belcastel.
(515) Nancy, AA, 4 (23 mars 1654).
(516) Nancy, AA, 4 (4 et 10 avril 1654).
(517) Nancy, AA, 4 (30 avril 1654).
(518) Nancy, CC, 166.
(519) François DE NEUFCHATEAU, II, 70 (6 oct. et 22 nov. 1654).
(520) Nancy, AA, 4 (15 mars 1656).
(521) Nancy, BB, 7 (31 janvier 1656).
(522) Nancy, AA, 4 (20 janvier 1655). Le Trésor y trouvait aussi son compte
puisque le roi percevait une part de ces droits ; et cette considération sans
doute ne fut pas étrangère à l'énergie montrée par La Ferté.
(523) Nancy, AA, 4 (14 mai 1656).
(524) Nancy, AA, 4 (14 juillet 1656).
(525) Nancy, AA. 4 (19 février 1656).
(526) Nancy, AA, 4 (14 mai 1656, 20 mai 1658, etc...).
(527) Nancy, BB, 6 (20 décembre 1654) lovée de 10 francs sur chaque chef de
famille pour les besoins de la ville ; BB, 7 (décembre 1655) levée de 14 francs
sur chaque chef de famille et de 7 francs sur chaque veuve.
(528) Nancy, CC, 703 (23 mars 1656).
(529) SADOUL, Essai historique sur les institutions judiciaires des duchés de
Lorraine et de Bar, 129.
(530) Meuse, B, 612. Conflans-en-Bassigny, cant. de Saint-Loup, arr. de Lure,
Haute-Saône.
(531) Meuse, B, 2138.
(532) Vosges : fonds de Remiremont. Docum. inédits de l'hisl. des Vosges, II,
261. Cornimont, cant. de Saulxures, arr. de Remiremont Vosges.
(533) Nancy, BB, 7 (20 août 1659).
(534) Nancy, BB, 7 (28 novembre 4659). PFISTER, Tableau...., 59.
(535) Extrait d'un état sommaire des charges et revenus de la ville de Nancy,
remis aux députés pour être placé sous les yeux du roi. Nancy, BB, 7 (26 août
1659).
(536) Au lieu de 15,000.
(537) Nancy, BB, 6, passim.
(538) Il n'y avait en la Ville-Neuve d'autre fontaine publique que celle devant
l'Hôtel de Ville « laquelle manquait d'eau ». Les nouvelles fontaines reçurent
la leur de la source « médicinale » découverte en 1646 près du moulin Saint-Thiébaut,
au sujet de laquelle une polémique violente s'était élevée entre les médecins
Perrin, Vitou, Rousselet, Lambert et Feurnier, mais qui à l'usage avait été
reconnue excellente. Nancy, BB, 5 (19 juillet, 27 sept. 1646). - Lepage, Arch.
de Nancy, III, 114.
(539) Meurthe-et-Moselle, B, 7495, 7502. Millery, Autreville, cant. de
Pont-à-Mousson, arr. de Nancy.
(540) Meurthe-et-Moselle, B, 5010.
(541) Neuville, cant. de Stenay, arr. de Montmédy, Meuse.
(542) il fut tué l'année suivante à Mérode (duché de Julliers). Gazette, 1644,
p. 273.
(543) Gazette, 1643, p. 1045.
(544) Cf. MARTIN, L'Université de Pont-à-Mousson (I572-1768), Paris-Nancy, 1891,
et principalement p. 100 et sq.
(545) En 1635, après la démolition du château de Mousson, Richelieu fit expulser
plusieurs professeurs ; en 1636, Condé, chargé d'une mission temporaire, chassa
de Lorraine le P. Léonard Perrin, recteur ; en juin 1637, quatorze Jésuites
s'exilèrent plutôt que de prêter serment de fidélité à Louis XIII.
(546) ROGÉVILLE, Dictionnaire des ordonnances, I, 598. MARTIN, Hist. de
l'Université, 105.
(547) Lorraine, XXXIII, fol. 274.
(548) Épinal, CC, 150.
(549) Rambervillers, BB, 2 (16 avril 1646).
(550) Lorraine, XXXV, fol. 131 (11 octobre 1647).
(551) « Ce jour fut publiée et affichée (29 octobre 1643) une ordonnance du
marquis de La Ferté-Sénectère, maréchal de camp, par laquelle (pour remédier aux
désordres qui arrivent de l'intelligence des gens des villages de ce
gouvernement avec les ennemis dont ils facilitent les courses sur les lieux de
l'obéissance de Sa Majesté) il a été ordonné aux maires et habitants de tous les
villages dépendant dudit gouvernement que. si tôt que quelques parties des
ennemis se présentera pour loger dans lesdits villages ou qu'ils les sauront
être dans leur voisinage, ils aient à en donner promptement avis audit marquis
ou au sieur de Saint-Pol, lieutenant de sa compagnie de cavalerie, le tout à
peine de vie et de répondre de tous les désordres qui pourraient arriver par
lesdites parties, même sous peine de mettre le feu dans les villages. » Gazette,
1643, p. 1030.
(552) Damblin, cant. de Lamarche, arr. de Neufchâteau, Vosges.
(553) Lorraine, XXXV, fol. 69 (15 août 1647).
(554) Lorraine, XXXV, fol. 35 (31 avril 1647). La Ferté ne suivit pas le conseil
: il prit au contraire les Carmélites, d'ailleurs françaises d'origine, sous sa
protection et paya de ses deniers les frais de leur établissement à Nancy.
LIONNOIS, II, 277.
(555) Guerre, CXIX, fol. 372 (6 sept. 1650).
(556) Gazette, 1643, p. 1030.
(557) Gazette, 1643, p. 1031.
(558) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 64. DIGOT, Histoire de Lorraine, V, 317.
(559) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 65. DIGOT, V, 317.
(560) Lorraine, XXXV, fol. 273.
(561) SIMONET, Edition de la Relation du siège de La Mothe..., 79.
(562) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 62. DIGOT, V, 317.
(563) MICHEL, Hist. du Parlement de Metz, 117. Lorraine, XXXIV, fol. 568.
(564) Lorraine, XXXV, fol. 151.
(565) Louis XIII, maître du Barrois, avait, en 1634, voulu contraindre les juges
des Grands-Jours de Saint-Mihiel à rendre en son nom leurs arrêts. Mais ces
magistrats, s'enfuyant en secret, avaient été rejoindre le duc Charles, qui leur
avait assigné Sierck comme résidence et qui, en 1635, étendit leur compétence
sur le duché de Lorraine où le roi avait supprimé les anciennes juridictions,
Assises et Chambre des comptes. Après le traité de Paris, la Cour souveraine,
par ordonnance du 16 mai 1641, reçut une constitution définitive et dès lors ne
cessa pas de déployer la plus grande activité dans les diverses villes où les
progrès des Français l'obligèrent à se réfugier. Scs membres manifestèrent
toujours le dévouement le plus entier à la personne du prince. Cf. pour ces
détails, KRUG-BASSE, Histoire du Parlement de Lorraine et Darrois. (Annales de
l'Est, X (1896), 204 et sq.)
(566) MICHEL, 118.
(567) KRUG-BASSE, 214.
(568) Vosges, Fonds : Principauté de Salm, E, 38. Le document se rapporte à la
ville de Badonvillers. (Docum. inéd. de l'hist. des Vosges, III, 264.)
(569) Cf. P. BRAUN, Le patriotisme lorrain en 1650 (dans le Pays lorrain, 1905,
p. 294).
(570) Guerre, CXIX, fol. 358.
(571) Guerre, CXIX, fol. 313. Lettre de Beaubourg (21 juin 1650).
(572) DES ROBERT, 358.
(573) Épinal, CC, 156.
(574) Guerre, CXIX, fol. 371.
(575) MICHEL, 108.
(576) Lorraine, XXXV, fol. 590.
(577) Lorraine, XXXVI, fol. 94. Lettre de Batilly, gouverneur de Neufchâteau.
(578) Guerre, CXIX, fol. 347.
(579) Lettre de Beaubourg : « Les habitants se rendent toujours opiniâtres à ne
point amener de blés qu'autant qu'ils y sont forcés de sorte que cela n'avance
pas tant qu'il serait à souhaiter : ils cachent tous leurs chevaux et la plupart
même abandonnent leurs maisons. » Guerre, CXIX, fol. 399.
(580) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 67.
(581) Lorraine, XXXVI, fol. 16 (1er février 1651).
(582) Guerre, CXXV1, fol. 9. Ferri de Haraucourt, marquis de Chambley, avait été
colonel au service de la France et, en 1634, membre de la Cour souveraine
française, instituée par Louis XIII à Nancy. De 1633 à 1635, il avait joué le
rôle d'agent secret à Nancy et fort exactement renseigné Richelieu sur ce qui se
passait en Lorraine.
(583) FRANCOIS DE NEUFCHATEAU, II, 68.
(584) Rambervillers, BB, 2 (2 juillet 1651),
(585) Brevet de commandement accordé à Hector de Saint-Ouen, pour la ville et le
château de Chatel-sur-Moselle. Haute-Saône, B, 4178. Documents inéd. de l'hist.
des Vosges, VII, 329.
(586) « Commission au sieur Philippe de Gellenoncourt, gouverneur de Hombourg et
Saint-Avold, pour faire recevoir le sieur Bernard Braun, chirurgien de
Saint-Avold, à la charge d'échevin de justice en ces dits lieux. 1652. » - «
Nous, Philippe de Gellenoncourt, bailli et gouverneur d'Hombourg et de
Saint-Avold, voulant exécuter les ordres et intentions de Son Altesse et de nos
Seigneurs de sa Cour souveraine de Lorraine et Barrois du 8 Avril dernier à nous
adressés sous le grand scel de ladite Cour en placard sur cire rouge pour la
réunion de notre domaine à la couronne de ladite altesse, et à ce sujet
d'établir par provision des commissaires officiers et justiciers au régnie et
gouvernement desdites terres; à quoi satisfaisant... » (Archives personnelles).
(587) MICHEL, Histoire du Parlement de Metz, 117.
(588) BEAUVAU, 101. Dom CALMET, III, 455.
(589) Lorraine, XXXVf, fol. 100, 131.
(590) Mazarinades lorraines, n° 40.
(591) Comptes de noble Charles Souart, receveur général du domaine du duc
Charles IV, soumis à la Chambre des comptes de Lorraine, siégeant à Luxembourg,
1652. Meurthe-et-Moselle, B, 1510.
(592) Blâmont, ch. l. de cant., arr. de Lunéville, Meurthe-et-Moselle.
(593) Darney, ch. l. de cant., arr. de Mirecourt, Vosges.
(594) Rosières-aux-Salines, cant. de St-Nicolas, arr. de Nancy.
(595) Vaudémont, cant. de Vézelise, arr. de Nancy.
(596) Gondreville, cant. de Toul-Nord, Meurthe-et-Moselle.
(597) Saint-Hippolyte, cant. de Ribeauvillé, arr. de Colmar, Haut-Rhin.
(598) Sainte-Marie-aux-Mines, ch. l. de cant., arr. de Colmar, Ht-Rhin.
(599) Bouconville, cant. de St-Mihiel, arr. de Commercy, Meuse. Mandres, cant.
de Domèvre, arr. de Toul, Meurthe-et-Moselle.
(600) Conflans, ch. l. de cant., arr. de Briey, Meurthe-et-Moselle.
(601) Varennes, ch. l. de cant., arr. de Verdun, Meuse.
(602) Lamarche, ch. l. de cant., arr. de Neufchâteau, Vosges.
(603) Amance, cant. de Nancy-Est.
(604) Marmoutier, ch. l. de cant., arr. de Saverne, Bas-Rhin.
(605) La Chaussée, cant. de Vigneulles, arr. de Commercy, Meuse.
(606) Jarny, cant. de Conflans, arr. de Briey, Meurthe-et-Moselle.
(607) Arrancy, cant. de Spincourt, arr. de Montmédy, Meuse.
(608) Pierrefitte, ch. l. de cant., arr. de Commercy, Meuse.
(609) Mazarinades lorraines, n° 45 (avril 1652).
(610) HAUSSONVILLE, III, 127.
(611) « A cette époque, beaucoup de sujets lorrains, désespérant de la cause de
leur souverain, avaient déserté l'armée lorraine ou s'étaient engagés dans
l'armée française. D'un autre côté, la longue occupation des armées françaises
en Lorraine avait rapproché les habitants des Français et des mariages s'étaient
faits entre Français et Lorrains. » L'arrêt rendu par la Cour ordonnait à tout
habitant de prendre les armes ; il bannissait du duché tous les Français, même
les religieux, ainsi que les Lorraines mariées à des officiers français et
prononçait la destitution des fonctionnaires qui refusaient leur service au duc.
KRUG- BASSE, Annales de l'Est, X, 215.
(612) DOM CALMET, III, 456.
(613) Par exemple l'arrêt du 30 septembre 1650, cité plus haut.
(614) Nancy, CC, 158. La Ferté avait conseillé, presque ordonné cette démarche.
(615) Nancy, CC, 159. Lorsque Sarrazin revint à Nancy, La Ferté l'accusa de
connivence avec les Lorrains et l'exila, pendant deux mois, à Tomblaine : Nancy,
CC, 160 ; CC, 163.
(616) Cf. dans le Journal de la Société d'Archéologie lorraine, 1867, p. 47, une
pétition adressée à l'empereur par un particulier pour le solliciter
d'intervenir.
(617) Cf. HAUSSONVILLE, III, 129.
(618) «Les présidents et conseillers de la Cour souveraine de Lorraine et de
Barrois, désirant faciliter aux sujets de Son Altesse de proche en proche
l'administration de la justice souveraine où ils puissent plus librement aborder
et avec moins de frais et incommodités qu'au lieu où est présentement ladite
cour, elle a trouvé bon et utile de commettre au lieu de Bourmont et bailliage
de Bassigny quelque personne capable et de probité pour cet effet, nommant le
sieur Claude Plumeret procureur général audit bailliage pour instruire les
affaires, les juger ou les renvoyer à la Cour. » Ordonnance citée par Simonet,
80 (4 mars 1653). On trouve, Nancy, AA, 4 (1er juillet 1656), une ordonnance de
Le Jay contre les officiers qui exerçaient leurs charges sans provision du roi.
(619) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 74.
(620) Environ 25,000 livres. Recueil d'ordonnances sur les salines de Lorraine,
II, 218.
(621) Recueil d'ordonnances sur les salines, II, 224. L'ordonnance continuait
par ces mots, qui, s'ils ne constituaient une simple formule, seraient de nature
à donner une haute idée de la puissance ducale : «.... quelques-uns peuvent
demeurer dans des villes ou villages, qui sont en retard de payer leurs
contributions tant ordinaires que de quartiers d'hiver et qui, à ce sujet,
pourraient être inquiétés dans leur travail contre notre intention, nous faisons
très expresse défense et inhibition à tous les officiers de guerre, justice,
police et finances, soldats, hommes et sujets de Son Altesse qu'il appartiendra
de troubler, inquiéter, ni molester en leurs personnes ni en leurs biens aucun
de ceux qui serviront ledit sieur Gombervaux. »
(622) Le 1er mai 1655, Nicolas-François écrit aux conseillers de la Cour
souveraine « que les affaires l'avaient contraint d'y employer les deux premiers
quartiers de cette année de la reconnaissance que Gombervaux donne à S. A. pour
la liberté du commerce du sel, sans préjudice néanmoins de leurs appointements
puisque son intention est de les leur faire payer plutôt de sa bourse que de ne
pas les faire satisfaire. » En attendant, il prie Gombervaux d'avancer la somme
sur les deux autres quartiers. Recueil d'ordonnances sur les salines, II, 222.
Après les traités de neutralité conclus cette même année, Gombervaux put
retourner à Dieuze ; nous savons qu'il y fut pris par les Espagnols en juillet
1657. Peu après, le 10 octobre, le bail général des salines (et des traites
foraines) fut mis, au nom du roi, aux enchères publiques et adjugé au sieur
Corvisier pour 6 années, du 1er février 1658 au 31 janvier 1664, moyennant une
redevance annuelle de 480,000 francs barrois. Les salines de Rozières et de
Dieuze devaient être exploitées « et, à l'égard des salines de Moyonvic, Marsal
et Château-Salins, pourra ledit fermier tenir bouchés les puits d'icelles, comme
ils sont présentement. » Recueil d'ordonnances sur les salines, II, 230. Il
n'est pas inutile de faire remarquer qu'en 1650, le produit des salines était
seulement de 342,666 livres et qu'avant la guerre il atteignait 1,500,000
francs.
(623) FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, II, 72.
(624) DOM CALMET, III, 516 (28 février 1655).
(625) Épinal, CC, 155, 160.
(626) « Le roi ayant ordonné, le 7 du mois de mars dernier, de faire imposer sur
la Lorraine et le Barrois une somme de 30,000 rixdalles pour la subsistance des
garnisons de Hombourg, Bitche, Mussy et Landsthul pour les premiers six mois de
l'année.. nous avons obéi... ensuite de quoi les garnisons ont été payées.
Depuis nous n'avons reçu aucun ordre et néanmoins on a répandu une prétendue
ordonnance donnée à Trêves le 25 septembre et signée Bailly, qui ne peut passer
que pour un attentat à l'autorité du roi, et on a levé de l'argent... »
Lorraine, XXXVII, fol. 321 (10 octobre 1636.
(627) Meurthe-et-Moselle, B, 1510.
(628) Gazette, 1657, p. 1115, 1137. PFISTER, Tableau..., 54.
(629) Cf. HAUSSONVILLE, III, 8.
(630) Lorraine, XXXVII, fol. 699. Lettre de La Ferté, du 26 juin 1658.
(631) Cité par CAYON, Histoire de Nancy, Nancy, 1846, p. 198.
(632) Nancy, BB, 5 (2 janvier 1646). Une procession solennelle vint remplir le
vœu de la ville, après le retour du duc Charles, en 1663. La délibération avait
été supprimée des registres officiels. PFISTER, Tableau..., 41.
(633) Nancy, BB, 7 (9 décembre 1659).
(634) Nancy, BB, 7 (9 décembre 1659).
(635) Auditeur des comptes de Lorraine.
(636) Nancy, BB, 7 (27 novembre 1659).
(637) Nous avons cité déjà cet ouvrage : Elégie de ce que la Lorraine a souffert
depuis quelques années par peste, famine et guerre. Héraudel, qui appartenait au
Conseil de ville de Nancy, publia son poème en latin, puis en français, avant
l'évacuation du pays par les troupes royales et le retour du duc. En dépit de
son patriotisme, il fut rayé, comme tous ses collègues, de la liste des
échevins.
(638) Hias lotharingica, par un poète anonyme, publiée en 1661, durant la
démolition des fortifications de Nancy. Mss. de la Bibliothèque de Nancy, n' 32,
reproduit dans la deuxième édition de dom CALMET. COLLIGNON (Annales de l'Est,
1894, p. 76) émet sans preuves bien probantes l'idée que l'auteur pourrait être
le P. Donat.
(639) Gazette, 1660, p. 187.
(640) Gazette, 1660, p. 183.
(641) Gazette, 1660, p. 740.
(642) Gazette, 1661, p. 427. Il s'agissait surtout de répartir entre les
baillages de Lorraine et Barrois la levée des 3,000 ouvriers qui devaient
travailler à la destruction des remparts de Nancy.
(643) A Bar-le-Duc, le 4 ; à Pont-à-Mousson, le 9, etc... Gazette, 1661, p. 353,
p. 377.
(644) Gazette, 1661, p. 377.
(645) Voir, pour tous détails : PFISTER. Les fortifications de Nancy du XVIe
siècle à nos jours. (Annales de l'Est et du Nord, 1905, p. 171).
(646) Saint-Pouanges ne quitta pas le pays pourtant sans un dernier abus de
pouvoir : le 12 août 1660, il fit parvenir aux communautés l'ordre de fournir
aux garnisons de Nancy, Marsal et Moyenvic 5,500 réseaux de blé, « pour les prix
desquels, disait-il, il ne sera rien payé, attendu que les affaires du roi ne le
permettent pas... » ; et il ajoutait, avec quelque ironie à la veille de la paix
: « cela d'ailleurs sans tirer à conséquence pour l'avenir ». Nancy, AA, 4 (12
août 1660). Le 15 avril 1661, près de deux mois après la signature du traité de
Vincennes, il prétendait encore donner des ordres au Conseil de ville. Ibid. (15
avril 1661).
(647) Elle se traduisit parfois avec éclat. A Ligny, dès la nouvelle de la paix,
le 21 mars, quelques habitants envahissent la maison où le gouverneur, M. de
Villemur, avait laissé sa femme malade, une lorraine, Elisabeth de Pierre. La
malheureuse, jetée hors de son lit, a grand peine à fuir, on la poursuit
jusqu'auprès de Foug. Lorraine, XXXVIII, fol. 296. Cette affaire donne lieu à un
conflit, en 1662, entre les officiers du bailliage et le Parlement de Paris.
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