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Justice Criminelle des Duchés - 1848 (6)
 


JUSTICE CRIMINELLE DES DUCHÉS DE LORRAINE ET DE BAR DU BASSIGNY ET DES TROIS EVECHES (MEURTHE, MEUSE, MOSELLE, VOSGES, HAUTE-MARNE)

PAR DUMONT, SUBSTITUT A ÉPINAL
NANCY - 1848
TOME SECOND

Ce très long ouvrage offre de très nombreuses informations sur les Institutions de Justice Criminelle en Lorraine (Tome 1) et sur les Crimes et Châtiments (Tome 2). Il nous a paru intéressant de donner ici l'intégralité des deux volumes sans en extraire les seules informations relatives au blâmontois.

Le présent texte est issu d'une correction apportée après reconnaissance optique de caractères, et peut donc, malgré le soin apporté, contenir encore des erreurs.
Par ailleurs, les notes de bas de page ont été ici renumérotées et placées en fin de ce document.

DOCUMENTS.

PROCEDURE
A L'ENCONTRE DE CLAUDON HARDIER, PATRE A HESSE (97),
ACCUSÉ DE SORTILEGE. 1608.

INFORMATION.

Nous, maire et gens de justice de Hesse, pour révérend père frère Pierre Guerard, Abbé de Hauteseille, seigneur dudit Hesse, étant requis et interpellés d'informer préparatoirement contre Claude Hardier, bourgeois dudit Hesse, sur ce que par bruit comme il était chargé de sortilège et que depuis de peu de jours en çà il avait été déféré et reconnu pour sorcier par Estienne Chauffel, pâtre de Neutting, exécuté au feu pour ledit crime, ainsi qu'il apparaît par l'acte d'accusation tiré du procès dudit Estienne, signé Robert, en date du 19 juin 1608 ;


Suivant quoi nous étant transportés au prieuré dudit Hesse, et illec fait comparaître par-devant nous tous les témoins que le sieur procureur d'office nous a voulu nommer et produire, avons iceux diligemment examinés et enquis sur le point dudit crime, et leurs dépositions fait rédiger fidèlement par écrit, par notre clerc juré ordinaire, en la manière que s'ensuit :
Médart Grand Bastien, ajourné, adjuré, enquis et interrogé, a dit être âgé de 50 ans ou environ, et qu'il connaît ledit Claudon Hardier duparavant qu'il fût marié en ce lieu, lequel il n'a jamais soupçonné de sortilège, jusques après son accusation, depuis lequel temps s'étant remémoré qu'après quelque querelle survenue entre eux, il avait eu une truie malade d'une maladie inconnue par l'espace d'un mois, laquelle enfin serait morte sans avoir été diminuée de sa graisse, ors qu'elle ne mangeât beaucoup et qu'elle ne pût se remuer sans aide d'autrui. Cela lui a donné occasion, entendant ladite accusation, d'imputer la cause de cet accident audit prévenu. Qu'est tout ce qu'il a voulu dire.
Thomas Damance, aliàs Martin, âgé de 44 ans ou environ.
Environ les Pâques, devisant avec le prévenu (lequel un peu auparavant avait servi de pâtre et en avait été démis, pour mettre en sa place celui qui y est présentement), et parlant du pâtre qui sert pour maintenant, lui disait que selon que on faisait courir le bruit du commencement qu'il n'entendait rien au métier, néanmoins qu'il faisait fort vaillamment et que le bétail se portait fort bien, ledit prévenu lui répondit que ce n'était encore rien et que devant qu'il fût leur fête, qu'il verrait bien comment il lui en irait.
Et comme ainsi soit que depuis lesdits propos il y ait eu quelque bétail mort et que pour le présent le pâtre se plaigne que son troupeau est infesté du loup, duquel il ne se peut garder et contre lequel il ne peut pousser ses chiens qui le refuient d'une manière extraordinaire, outre que ledit loup ne fait, pour la plupart, qu'égratigner le bétail, qui en meurt quelque temps après, il a eu occasion, au sujet desdits propos et de ce qui s'en est ensuivi, avec l'accusation ces jours passés contre lui faite, qu'il peut être cause desdits accidents.
Frels Jean Martin, âgé de 40 ans.
Environ la Saint-Remi de l'an 1606, lui déposant, charroyant du fumier en un sien héritage, suivit la frayée traversant un petit pré appartenant au prévenu, lequel paraissant à l'improviste d'un buisson derrière lequel il était caché, lui dit : Où diable il allait, qu'il lui puisse rompre le cou. Mais à toi les jambes, répondit le déposant. Sur quoi ledit prévenu répliqua : Mort Dieu, je te ferai tuer un cheval. Répartit ledit déposant qu'il n'oserait avoir fait la folie. Le lendemain, qui était un dimanche, le meilleur de ses chevaux devint malade, et, le mardi, mourut comme enragé et d'une maladie inconnue et extraordinaire.
Quelque temps après, ledit prévenu l'attaqua, lui disant ces mots : Frels, je sais bien que vous avez été fâché contre moi cette année passée. Oui, se dit ledit déposant, pour ce que tu m'avais menacé de me faire tuer un cheval. Là-dessus, dit ledit prévenu qu'il jurerait bien pour soi, mais qu'il ne voudrait jurer pour sa feue femme.
Hanezo Didier, de Vic, âgé de 46 ans.
A ouï dire par la ville qu'ayant eu menacé le précédent témoin de le faire repentir de ce qu'il avait charroyé parmi son pré, un peu après ledit témoin eut un cheval mort.
Stepf Georges, âgé de 40 ans.
Il y a quelque six ans qu'il est bourgeois de Hesse, et qu'un jour, au commencement qu'il y arriva, voyant ledit prévenu à la garde de son bétail en une contrée dite la Trolle, il l'aborda pour lui parler, et comme ils devisaient par ensemble, voyant arriver un troupeau de moutons appartenant à quelques marchands, lesquels apercevant, ledit prévenu dit en ces termes : Voilà un diable de troupeau de moutons ; je voudrais être sorcier pour huit jours, je ferais un loup qui leur donnerait bien la pousse. Du depuis, comme il a été en la présente année question de laisser à qui moins la garde du bétail rouge, ledit prévenu prononça hautement que quiconque en aurait la charge, qu'il aurait de l'eau sur les mains, ce que le déposant a bien expérimenté, lui ayant jusques ici assez mal succédé, ayant de la peine et du travail tout plein à la conduite de sondit bétail, qui est quelquefois infesté d'un loup, les poursuites duquel ne semblent être d'un animal de telle nature, en tant que au lieu de se dresser contre quelque bête pour en prendre sa pâture, il ne fait que virer et tourner à l'entour et les égratigner, comme il est arrivé ces jours passés à deux ou trois génisses, lesquelles, le lendemain de ses poursuites, se trouvèrent avoir des égratignures en la joue droite, d'où provenaient enflures qui leur fermaient l'oeil, et depuis en peu de jours sont été mortes.
Il trouva, entre ces entrefaites, ledit prévenu qui se mettait en devoir de médicamenter une desdites génisses, et sur ce qu'il se plaignait de la peine que lui faisait ledit loup, soutenant que ce n'était un vrai loup, ledit prévenu lui dit que c'était le diable, et que le déposant ne savait la manière de guérir telles égratignures : il fallait signer l'animal et le frotter en la partie offensée avec mithridate. A quoi répondit le déposant qu'il avait ignoré que le mithridate fût propre pour oindre, l'ayant toujours vu employer pour faire avaler au bétail qui a mangé quelque chose de vilain ou venimeux.
Hilaire Claudon Henri, âgé de 30 ans.
Le prévenu ayant eu quelque dispute avec lui pendant qu'il faisait paître des bêtes rouges, sur ce que la vache dudit déposant étant revenue au logis boiteuse, il s'offensait dudit prévenu, disant que c'était de l'avoir battue aux champs. De quoi indigné, le prévenu jura qu'il le raurait bien d'une autre façon ; ce qu'il n'oublia ; car ayant ladite vache, un peu après, fait son veau, son lait lui tarit aussitôt, de sorte que ledit déposant fut contraint s'en défaire à perte, croyant, attendu ladite querelle et menaces, que ledit prévenu lui a procuré par vénéfice le mal dudit bétail.
Estienne François, âgé de 34 ans.
Depuis que son beau-père a retiré un pré des mains dudit prévenu et qu'ils eurent pour cela dispute par ensemble, il a eu trois pièces de son bétail mortes. Lesquelles le prévenu s'était mis en devoir de guérir en les signant, vrai que aussitôt que il les eut vues, ors qu'il n'y eut qu'une petite égratignure, il dit qu'il n'y avait point de remède et que autant vaudrait qu'elles fussent déjà mortes.
Guillaume Masson, âgé de 55 ans.
Il a eu quelques difficultés avec le prévenu, depuis lesquelles sa femme est demeurée impotante et ne va qu'avec crosses. Et ce qui lui en donne l'opinion est qu'un jour étant en l'église et sadite femme seule au logis, il y tomba un bâton au devant d'elle, sans qu'elle puisse apercevoir qui l'avait jeté, et tomba avec si grand bruit qu'elle en reçut grande frayeur ; ce que ayant fait entendre audit déposant à son retour de l'église, il prit le bâton, et, le considérant, reconnut qu'il était tout artisonné et comme un peu graissé au bout, ce qui lui donna de rechercher auprès des voisins à qui il pouvait être. De sorte que s'étant adressé à la femme dudit prévenu, elle reconnut qu'il venait de chez eux et que c'était le bâton de feu son père.
Ayant eu après un poirier commun, il refusa d'en donner la part au prévenu. Quelque temps après, comme il voulut monter pour cueillir les poires, le prévenu, comme indigné et menaçant, lui dit. - Vous ne m'avez pas voulu laisser la moitié de ces poires-là ? - Non pas. - Sur lesquels propos le déposant, n'ayant laissé de demeurer, comme il fut prêt à descendre, il tomba si rudement qu'il pensa se tuer. Ce qu'il imputa également au prévenu, en raison de sa mauvaise réputation.
Jean Florentin, âgé de 53 ans.
Ayant eu querelle avec ledit prévenu pour certain pré qu'il a retiré de lui, vu le mauvais bruit qu'il porte et la commodité qu'il a, à cause du voisinage, de nuire et malfaire à Estienne François, son gendre, ci-devant ouï, il a opinion que par les oeuvres et vénéfîces du prévenu, sondit gendre a eu deux pièces de son bétail mortes en peu de jours, l'une après l'autre.
Clauss Bernet, âgé de 40 ans.
Ne sait autre chose des déportements dudit Claudon, sinon que une fois il lui a ouï dire qu'il voudrait être sorcier pour trois heures et qu'il ferait bien du mal à tel. Depuis, il lui a ouï reconnaître qu'il savait une herbe pour faire courir les vaches et pour les arrêter quand il voulait, et que un certain Jean Jehenne (en son vivant fort suspect de sortilège) la lui avait enseignée.
Dit encore que le prévenu étant en pâture, fit sciller son blé par ledit déposant, qui lui dit qu'un pâtre devait être auprès de son bétail, et non pas empêché au scillage. De quoi irrité, le prévenu trouvant un peu après la femme du déposant qui portait à manger à ses enfants qui gardaient les oies, se plaignit à elle de ce que son mari se mêlait de ses affaires, et la tança bien fort. Deux jours après, lesdits enfants devinrent malades l'un après l'autre, et tellement travaillés de la maladie, que l'un d'eux fut un mois sans parler ni prendre aucun aliment que ce qui lui était donné par force, de sorte qu'à peine savait-on s'il était mort ou vif. De quoi il a fort imputé la cause audit Claudon, à raison de ce qui avait précédé et du mauvais bruit qu'il porte.
Austette Petter Fretz, âgé de 56 ans.
Sur la fin de l'année passée, le prévenu le rencontra vers le gayoir du village, et lui dit qu'il était bien aise que les habitants avaient loué un autre pâtre que lui, parce qu'il savait bien qu'en cette année le bétail mourrait fort ; en enquis comment il le savait, répondit que Jean Jehenne lui avait appris et montré une herbe que quand il la voyait il savait assurément que c'était un pronostic de mort au bétail.
Quelque temps auparavant, lui déposant avait tourné sur un champ appartenant au prévenu, et ors que le blé ne fût encore levé et ne lui eût fait aucun dommage, si est ce qu'il ne cessa de quereller et disputer, disant ouvertement audit déposant qu'il s'en repentirait. Sur le soir du même jour, mourut un de ses meilleurs chevaux et fut étranglé par les loups, sans quelesdits loups entamassent aucunement lesdits chevaux. Et la même année, lui mourut une vache entre les mains du prévenu ; laquelle, à raison desdites menaces et à cause qu'il a confessé connaître l'herbe qui fait mourir le bétail, il lui attribue lesdits accidents.
Hays Bernet, âgé de 50 ans.
Il y a quelques années que, battant à la grange à Sarrebourg, ledit prévenu dit qu'il voudrait être sorcier pour deux ou trois jours, pour se venger de quelques-uns qu'il haïssait.
Fiacre Cherrier, âgé de 55 ans, maître échevin en la justice de Hesse.
Quoiqu'il n'ait jamais eu querelle ni difficulté avec le prévenu, il a grande opinion qu'en deux jours il a par ses vénéfîces, sous environ quatre ans, perdu trois de ses vaches des meilleures, la première desquelles fut morte aux champs le matin ; mais, à ce qu'il a entendu, la plupart des bêtes qui en mangèrent moururent ; même le verrat, qui en mangea, ne faillit en mourir tôt après, et plusieurs chiens aussi. La deuxième était, à l'heure accoutumée, retournée à son lieu le soir, et buvait et mangeait bien alors; néanmoins, le prévenu vint faire accroire à la femme du déposant que ladite vache se portait mal et que les dents lui hochaient ; et nonobstant que le contraire lui fût maintenu, il ne laissa de persister et demanda à la femme du déposant une nape pour renforcer la denture à cet animal, à l'entour duquel ayant fait tout ce qu'il voulut, sortit ; et quelques heures après son parlement, la femme du déposant entendit du bruit à l'étable et trouva sa vache, laquelle était hors de sa place au devant des autres, et qui les offensait des quatre pieds ; et néanmoins n'était pas déliée. Sur quoi accourant, le déposant envoya quérir quelques femmes, et courut à une boîte de mithridate pour la secourir ; mais il vint trop tard, d'autant qu'il la trouva morte.
Le jour suivant, passant au devant de son logis, il se plaignit à lui de ce qu'il avait si mal ménagé la vie de sa bête, et, le même jour, la troisième passa encore le pas. Et d'autant qu'envers la seconde il s'était tellement comporté, qu'il y a grande apparence par son fait elle a été perdue, il fait conséquence pour les deux autres et présume que le tout vient des maléfices du prévenu diffamé.
Demenge Valtin, âgé de 21 ans.
Il a servi le prévenu, étant pâtre en ce lieu, et en peu de temps il se donna de garde qu'entre leurs chiens il y en avait un si dangereux, que s'il mordait quelque bête du troupeau, elle devenait malade, dont la plupart mouraient. Sur quoi il en avertit son maître et le pria d'ôter ce chien-là, mais il n'en voulut rien faire, disant qu'il le pouvait bien tenir en bride quand il voulait ; et de fait, ayant pris sous sa garde un veau appartenant à son beau-père, et voyant qu'il ne s'accointait pas bien avec le reste du troupeau, le menaça de lui donner son cliien en queue, ce qu'il fit; de sorte aussitôt qu'il fut mordu, le mal le prit et en mourut.
Dit aussi qu'un jour le Hardier de Newting, depuis naguère exécuté, et le prévenu, se prirent de querelle à cause du pâturage que chacun d'eux voulait avoir, l'un par-dessus l'autre ; et comme le prévenu appela viel triart, viel sorcier, l'autre lui disait à chacune fois, en le menaçant du doigt, qu'il se tût et qu'il se donnât de garde. Et du depuis a confessé au déposant qui lui représentait ce que dessus, que ledit Hardier lui en avait autrefois dit beaucoup davantage.
Claudin Lhuilier, âgé de 40 ans.
Un jour, pendant que le prévenu était en pâture, il demanda à la femme du déposant un galon d'huile, laquelle le lui ayant refusé, quatre jours après leur vache devint boiteuse d'une petite égratignure de laquelle sortait une eau fort jaune, et le lendemain fut trouvée morte en l'étable.
Laquelle ledit prévenu ayant vue déjà morte, dit que s'il y en avait un cent, que pas une n'échapperait ; ce qui a donné mauvaise opinion au dit déposant, et croit que ledit prévenu est cause de ladite perte par ses vénéfices.
Claudon Blaise, âgé de 55 ans.
Comme il est commis de ville et qu'ils étaient sous quinze jours ou trois semaines en assemblée de commune, pour quelques affaires de la ville, le prévenu, impatient de ce que l'on ne dépêchait assez tôt, demanda si l'on voulait meshui tenir là; et comme il était derrière, ledit déposant, se retournant à lui, lui répliqua que personne ne le tenait là et qu'il s'en allât. Lesquels propos ledit prévenu attira au sujet de son accusation qui avait un peu auparavant précédé, et témoigna par sa contenance que cette réponse lui touchait au coeur ; comme de vrai, l'intention du déposant touchait sur ladite accusation ; mais il ne porta pas loin la vengeance, parce que deux jours après il eut sa vache étranglée, croyant que ce soit des oeuvres dudit prévenu irrité desdits propos.
Georges-Jean Thiriet, âgé de 40 ans.
Ne sait autre chose que, en pleine taverne, Fretz Jean Martin reprocha au prévenu de lui avoir fait mourir un cheval, sur quoi le prévenu dit que quant à soi il était homme de bien, mais que de sa femme il n'en voulait répondre.
Mathieu Durant, âgé de 62 ans.
Ayant eu difficulté pour un ânichon mangé des loups, au bois, qui était sous la garde du prévenu, et le prix duquel on répétait de lui, il a eu opinion qu'il ait causé, du depuis, la maladie à une sienne vache, parce que l'ayant fait visiter par lui-même et lui demandant quelle pouvait être la cause de ladite maladie, il répondit que c'était sorcellerie, et que s'il y en avait un cent, il n'en échapperait pas une.
Austette Clairier, âgé de 35 ans.
Étant commis de ville en 1606, le prévenu vint loi demander quinze paires pour ses gages de pâtre du bétail rouge; et sur ce que le déposant lui maintint que la convention n'était que de quatorze et demi, ils eurent une fort grande querelle par ensemble, et, incontinent après, sa femme devint comme insensée, de sorte qu'étant menée à Vergaville, elle fut renvoyée sur ce que on lui assura que le mal provenait de sortilège, ce que il a imputé au prévenu, à cause de son mauvais bruit.
Mariatte, femme de Médard Grand Bastien, âgée de 46 ans.
En l'an 1626, ayant convenu avec Austette Petter Frcis de lui labourer un champ joignant un autre appartenant au prévenu, il arriva que, par nécessité, il faillit tourner quelque peu sur ledit champ voisin, de quoi offensé, ledit Claudon ne put être apaisé par les offres que lui firent, tant ledit Austette que ladite déposante, savoir : de lui remettre son champ en bon état, et semer de nouveau ce qui se trouverait foulé et gâté ; ains dit qu'il le ressèmerait ; mais, depuis, le coupa tout court par plusieurs fois, donnant par là à entendre la volonté qu'il avait de s'en ressentir. La nuit même, arriva la mort à un des chevaux dudit Austette ; ne sait la déposante s'il en est la cause.
Anguenesse, femme de Frels Jean Martin, âgée de 40 ans.
Le prévenu ayant un jour menacé son mari de lui faire tuer un cheval à cause qu'il avait charroyé par un sien pré, dans trois jours après, le meilleur de leurs chevaux fut mort ; quelque temps après, en perdirent encore trois.
Anne, femme de Claudon Lhuilier, âgée de 41 ans.
Son mari ayant refusé au prévenu un galon d'huile qu'il demandait, ils eurent leur vache malade, et ne paraissait qu'une égratignure rendant un peu d'eau jaune, dont elle mourut un jour ou deux après ; et comme le prévenu fut appelé pour la voir, il répondit que de cent, n'en échapperait pas une ainsi égratignée.
Catherine, femme de Clausse Bcrnet, âgée de 45 ans.
Un jour, portant le dîner de ses enfants, qui gardaient les oies, le prévenu se prit à elle, lui disant que son mari n'avait à se mêler de ses affaires, et que, quelques jours auparavant, il lui avait fait reproche qu'au lieu d'être à la garde de son bétail, il employait le temps à sciller les blés, et se départirent. Un peu après, le prévenu, causant et murmurant toujours à part soi, deux jours après, l'un des enfants de la déposante tomba en une maladie si étrange, qu'il fut un mois sans parler et cinq semaines sans manger, et si débile après sa maladie, qu'il fallut lui apprendre à cheminer de nouveau à l'âge de 9 ans.
Jeanne, femme de Austette Petter Frets, âgée de 42 ans.
Le prévenu ayant pris en mauvaise part que son mari ait tourné sur un sien champ, le soir même ils eurent un cheval étranglé, et néanmoins nullement endommagé, par quoi on dut croire que ce fut d'une bête cherchant sa pâture, et quelque temps après, une vache morte. Ne sait si c'est des oeuvres du prévenu, sinon à cause du mauvais bruit qu'il ait, et que justement après leur querelle, telle infortune est advenue.
Zabel, femme de Mathieu Durant, âgée de 46 ans.
Le prévenu laissa étrangler son ânichon, qu'elle et son mari ne purent lui faire payer, à raison que la commune ne s'en voulait mêler. Depuis, la déposante se plaignant que sa vache redoutait le prévenu, fut avertie qu'il l'avait frappée d'un grand coup de bâton, de quoi lui ayant fait reproche, il lui répondit que déjà elle s'était efforcée en vain de lui faire payer son ânichon. La déposante lui dit : Je ne te crains, si tu n'es sorcier ; sur quoi il ne répondit rien, ains s'en alla toujours grommelant. Un peu après, ladite vache devint malade, pour laquelle visiter, le prévenu ayant été appelé, dit que c'était sorcellerie, et enquis de la déposante quelle sorcellerie ce pouvait être, hocha la tête et s'en alla, et depuis la bête mourut

REQUISE DU PROCUREUR D'OFFICE.

Le souscrit, procureur d'office en la terre et seigneurie de Hesse, qui a pris communication de l'enquête préparatoirement prise contre Claudon Hardier, demeurant audit Hesse, ensemble de l'extrait du 18 juin dernier de la procédure faite à Neutting contre Estienne Chauffel, dudit lieu ;
Dit et maintient par-devant vous, MM. les maire et gens de justice dudit Hesse, qu'il y a cause et matière suffisante pour décerner prise de corps contre ledit Claudori, pour icelui faire comparaître par-devant vous, à l'effet de répondre par sa bouche, et sans ministère d'avocat, sur les charges et accusations résultantes de ladite information, à quoi maintenu de requérir, il dit être bien fondé.

ORDONNANCE DE PRISE DE CORPS.

Vu par nous, maire et gens de justice de Hesse, l'enquête préparatoire prise à requête du sieur procureur d'office de Hesse contre Claudon Hardier, bourgeois dudit lieu, chargé de sortilège par Estienne Chauffel, de Neutting, exécuté par feu pour ledit crime, ensemble les autres charges résultantes desdites informations, et ce qui faisait à voir et considérer;
Avons, après fait voir par gens versés en droit, accordé audit sieur procureur ses fins, et ordonné à Jean-Claudon Badenot de se saisir de la personne dudit Claudon, à l'effet d'être ouï par sa bouche sur Iesdites charges et accusations, recolé et confronté à ses témoins, si métier fait ; pour, par après, en ordonner ainsi que à justice et raison appartiendra.
Fait audit Hesse, le 8e juillet 1608.

AUDITION DE BOUCHE.

Suivant la sentence ci-devant par nous, maire et gens de justice de Hesse, rendue le 8e de ce mois contre Claudon Hardier, dudit lieu, avons icelui fait cejourd'hui, 19e de juillet 1608, tirer du lieu où il était gardé, et représenter par-devant nous ; lequel sérieusement admonesté de nous dire la vérité de ce dont il serait enquis, et de préférer la reconnaissance de sa faute à toute crainte, avons icelui interrogé et examiné comme s'ensuit :
Enquis de ses nom et âge, lieu de sa nativité ?
A dit être natif de Petit-Mont, fils de Démange Estienne et de Marguerite, sa femme, gens mendiants et vagabonds, lesquels il quitta et abandonna sitôt qu'il fut assez fort pour servir, comme de fait il a été cinq ans servant au prieuré, et depuis il se maria sous dix ans ou environ, et a fait sa continuelle résidence en ce lieu où il a servi de pâtre l'espace de huit ans.
Interrogé comment il s'était comporté audit office de pâtre ?
A dit qu'il s'y était comporté en homme de bien.
Enquis comment il avait vécu avec les bourgeois de ce lieu ?
A dit qu'il avait vécu en tout bien.
S'il avait eu querelle jamais avec personne ?
A dit qu'il n'avait eu haine avec personne.
S'il n'a usé de menace contre quelqu'un ?
A dit que non ; si ce n'est Frels Jean Martin, lequel passant un jour par son pré, il pensa fort pour le dommage qu'il lui faisait, disant qu'il ne tiendrait à guerre qu'il donnerait de sa hache à l'un des chevaux dudit Frels, ou qu'il couperait les rays des roues de son char.
Depuis quand il est hors de sa charge de pâtre, et pourquoi il est dehors ?
A dit que sa femme étant venue malade, et voyant qu'il ne la pouvait conserver long-temps, ne poursuivit plus d'être continué en ladite charge.
Enquis si, pour cette occasion, il est sorti content de ladite charge ?
A dit que oui, attendu la difficulté qu'il eût eu de l'exercer en viduité.
Pourquoi donc, s'il en est sorti content, il se laissa aller à dire, alors que l'office fut publié et mis à qui moins en pleine commune, que on la pouvait bien diminuer, et que celui à qui elle écherrait ne faillirait à avoir de l'eau sur les mains, ou paroles semblables. Même que quelqu'un lui parlant du pâtre qui est à présent, et lui disant que nonobstant que lui, prévenu, ait publié par la ville que ledit pâtre n'y entendait rien, que néanmoins le bétail se portait bien, icelui prévenu aurait réparti là-dessus que devant qu'il fût la fête du Heu, qu'il y aurait bien du ménage ou propos équivalent ?
A convenu avoir dit que son successeur aurait de l'eau sur les mains, mais n'y avait entendu mal aucun, ains seulement à la peine et au travail que pâtre endure pendant les neuf semaines.
Remontre que s'il sortait dudit office de son bon gré, il n'était de besoin de menacer ou détourner un autre qui voulait y entrer, et que telles paroles ne peuvent partir que d'un homme mal content ?
A soutenu qu'il n'a eu aucun mécontentement, que c'était par compassion de celui qui entrerait en sa place.
Interrogé quels chiens il avait pour garder son troupeau, et combien ?
A dit que la plupart du temps il n'en a eu qu'un de poil blanc, lequel il a perdu depuis Noël; autrefois deux d'un poil rouge; l'autre gris, l'un desquels a été perdu ; l'autre, qui était gris, il le noya parce qu'il ne valait rien pour la garde de son troupeau.
Interrogé si des chiens qu'il a eus, il n'en a pas eu quelques-uns de dangereux à mordre le bétail ?
A dit que le blanc ci-devant mentionné était un peu sujet à mordre, mais que le bétail n'en recevait aucun dommage.
Si, pendant qu'il a eu le susdit chien blanc, il n'en a nourri d'autre ?
A dit que non.
Enquis quel chien c'était qu'il pouvait inciter ou empêcher de mordre quand il voulait ?
A dit n'avoir jamais eu chien malfaisant, et affirmé n'avoir souvenance qu'il eût dit qu'il avait un chien qu'il pouvait retenir et pousser à mordre quand il voulait.
Enquis si autrefois il n'a point fait état de prédire le mal qui adviendrait au bétail, et s'il en a parlé à quelques-uns ?
A dit que non, et qu'il voyait bien que chacun lui mettait sus, ce qu'il ne pouvait, mais qu'il ne craindait Dieu ni le monde qu'il dût être trouvé tel qu'il avait accusé.
S'il n'a pas autrefois souhaité être sorcier ?
A répondu, après avoir été remémoré du lieu où il en pourrait avoir parlé, qu'il a souvenance qu'un troupeau de moutons amaigrissait fort la pâture de Hesse, et que voyant approcher ledit troupeau, il se laissa à dire qu'il voudrait être sorcier ; mais il nie qu'il ait dit qu'il ferait un loup pour leur donner la pousse ; bien est-il qu'il dit qu'il n'en viendrait plus sur la pâture.
Interrogé ce qu'il eût fait pour empêcher que lesdits moutons ne vinssent plus sur la pâture ?
A dit qu'il ne le sait et ne le veut savoir.
Enquis, en outre, s'il n'a pas fait le même souhait pour se venger de ses ennemis ?
A dit que non.
Interrogé si autrefois il se serait mis en devoir de médicamenter du bétail ?
A dit que oui, mais que c'était en homme de bien.
Quelles maladies il sait ôter audit bétail ?
A dit qu'il en guérissait de plusieurs, comme quand, sous la langue des vaches, survient une ampoule percée, laquelle se guérit avec une oraison et la grâce de Dieu.
Interrogé quelle est cette oraison ?
A dit qu'il fallait appeler l'animal du nom qu'il avait le poil, comme une vache noire : noirette, rougelte, fauvette, etc.
Rougette, je te guéris
Au nom du père et du fils
Et du benoit saint Aubin;
Aussi bien te puissé-je reguérir
Qu'il est vrai que Nicodemus
Entra en Paradis auprès du doux Jésus.
Au nom du père et du fils
Et de la vraie croix de Paradis.
Interrogé qui lui a appris ladite oraison ?
A dit qu'un viel pâtre de ce lieu, nommé Jean Jehenne, lui avait enseignée, et qu'il fallait dire trois fois ladite oraison et trois patenostres entre deux ; et après avair crevé ladite ampoule et icelle lavée avec de l'eau claire, que la guérison s'ensuit.
A dit encore qu'il guérit une maladie qui vient ordinairement aux pieds des vaches, qu'ils appellent le blanc mal, et faut, pour ce faire, signer le pied en disant l'oraison qui s'ensuit :
Blanc mal, je te commande,
Au nom du père et du fils.
Que aussi puisses-tu perdre et séchir
Qu'il est vrai que Nicodemus
Entra au Paradis auprès du doux Jésus.
Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit
Et la vraie croix du ciel de Paradis,
Puisses-tu perdre et séchir.
Le mal se guérit avec la grâce de Dieu, sans y appliquer chose que ce soit. Laquelle oraison il dit avoir apprise d'une femme de ce lieu, mariée à Jean Boccart.
Dit aussi qu'avec une autre oraison, il guérit ledit bétail de certaine maladie qui lui arrive d'une humeur qui se nourrit entre cuir et chair et s'appelle l'enflure ; laquelle oraison est telle :
Saint Pierre et saint Jean
S'en vont parmi les champs,
Ont retrouvé le beau Jésus.
Saint Pierre et saint Jean, où t'en vas-tu?
Je m'en vas à Rome ;
Je n'y peux retourner pour l'enflure et le dronogne.
Saint Pierre et saint Jean retournent,
D'eau en vient et de vent en retournera.
Au nom du père et du fils
Et de la vraie croix de Paradis,
Laquelle oraison, avec un peu de mithridate détrempé dans de l'eau et pris par la vache malade avec du pain, guérit petit à petit la maladie, et vient ladite oraison du susdit Jean Jehenne. Encore guérit d'une autre maladie, laquelle engendre des vermines dans les boyaux desdites vaches, et ce, par le moyen d'une oraison tant seulement, laquelle est telle :
Rougette, les vermines qui te piquent dedans toi
Aussi te puisses-tu faire
Que fait une méchante ribaude de prêtre
Qui se garde de faire de la méchanceté devant une femme de bien ;
Jlu nom du père, du fils et du benoit Saint-Esprit.
Ladite oraison venant du même Jean Jehenne.
Enquis si jamais il ne s'est mêlé de panser le bétail rouge d'autre maladie?
A dit que non.
Enquis s'il ne s'est mêlé de retaquer les dents aux vaches ?
A dit que oui, mais qu'il ne comprend cela en leurs maladies, ce qui se fait en leur pressant les dents avec la corne droite d'une nape, trois fois, au nom du père, du fils et du Saint-Esprit.
Interrogé encore s'il ne s'était employé de guérir quelques égratignures advenues à quelque vache de son troupeau ?
A dit que non.
Enquis si, appelé pour voir des égratignures, il n'a pas dit que s'il y ert avait un cent des malades comme cela, il n'en échapperait une ?
A dit que non, et que personne ne le pouvait savoir, et que la grâce de Dieu était grande.
Enquis s'il a pas ouï qu'il savait une herbe pour faire courir les vaches et les arrêter quand il veut ?
A dit que non, qu'il n'en sait point et n'en voudrait savoir.
Enquis encore s'il avait dit qu'il connaissait une herbe, laquelle, quand elle paraît, est cause de mort certaine au bétail ?
A dit que non.
Enquis quel homme était ce Jean Jehenne, de qui il avait appris tant de choses ?
A dit n'en rien savoir, sinon qu'il s'était retiré de Kerprich en ce lieu.
Enquis s'il n'a point appris quelque secret dudit Jean Jehenne ?
Outre ce qu'il nous a dit, a dit que non.
Enquis si jamais personne lui a reproché qu'il fût sorcier?
A dit que non. A aussi dénié que personne lui ait reproché qu'il ait fait mourir son bétail.
Enquis encore si, en médicamentant le bétail, il n'en a pas quelquefois attribué la cause au sortilège, disant qu'il n'échappera que c'était sorcellerie ?
A dit que non.

RECOLEMENT ET CONFRONTATION.

Suit cette partie obligée de la procédure, dans laquelle les témoins et l'accusé persistent dans leurs dires et dénégations, ce qui dispense de les rapporter ici.

SENTENCE PRÉPARATOIRE.

Vu le procès extraordinairement instruit contre Claudon Hardier, prévenu de sortilège, à requête du procureur d'office en la terre et seigneurie de Hesse, savoir : les actes d'accusation du 18 juin, les informations sur ce prises préparatoirement, audition de bouche, recolement et confrontation dudit Claudon à ses témoins, et eu sur le tout avis de gens périts et versés en droit ;
Avons icelui condamné à être rasé par toutes les parties de son corps, mis entre les mains de l'exécuteur de haute justice, et endurer la question ordinaire et extraordinaire, pour, au détroit d'icelle, être ouï sur les charges résultantes dudit procès, pour cela faire, être en après ordonné ce que de raison.
Prononcé audit Hesse, le 28 juillet 1608.

INTERROGATOIRE PAR VOIE DE TORTURE.

Pour entérinement de ladite sentence, ayant le prévenu été tiré des prisons, et, avant que d'être appliqué à la question, ayant été admonesté sérieusement de reconnaître ses fautes et confesser la vérité, a dit :
Qu'il était homme de bien et que jamais il n'avait été autre.
Et d'autant qu'il se trouve marqué en tête, ayant été interrogé d'où lui provenait la marque, a dit :
Que c'était d'une chute.
Et sur quoi lui ayant été appliqués les grésillons, il n'a fait aucun semblant de les ressentir.
Partant, ayant été tiré à l'estrapade, pendant les douleurs de laquelle ayant été enquis s'il avait adhéré au malin, a dit que non, et qu'il était homme de bien.
Interrogé sur les charges résultantes de son procès, a dénié être cause d'aucun mal dont il est accusé ; et du depuis ayant demandé d'être mis à délivre et qu'il confesserait la vérité, incontinent après a dit :
Que la vérité qu'il voulait dire était qu'il n'était sorcier.
Et voyant qu'il persistait en ses dénégations, lui a été pendue une pierre d'environ 50 hvres aux articles des pieds; et interrogé de nouveau qui était son maître, a dit que c'était le diable.
Enquis comment il s'appelait ?
A dit qu'il s'appelait Persin et qu'il était sorcier depuis trois ans. Par après, a dit que on lui faisait grand tort et qu'il n'était pas sorcier, et qu'il disait choses qu'il ne savait, lui étant force, pour échapper à la rigueur de la question, de dire ce qu'il avait dit. Et du depuis, interrogé par plusieurs fois s'il était sorcier, qui était son maître et depuis quand il avait été séduit du malin esprit, a persévéré à ses dénégations. Sur quoi, a été ordonné qu'il serait mis à délivre jusques au lendemain, et par protestation de lui continuer la question au cas qu'il persisterait.
Du 30 juillet 1608.

Suivant la protestation du jour d'hier, de représenter ledit Claudon à la torture pour être ouï de nouveau en ses confessions et variations, et lui être appliquée la question extraordinaire suivant et au contenu de la sentence contre lui rendue, avons icelui fait tirer des prisons et sérieusement admonesté de nous dire la vérité sur les charges et accusations résultantes de son procès, et remontré que, par ses propres confessions qui se retrouvent en son audition de bouche, il y en a assez du fait pour conclure infailliblement qu'il est sorcier : comme quand il a confessé avoir guéri des animaux avec des oraisons et sans y appliquer aucun autre remède, et choses semblables qui ne peuvent partir que d'un homme qui a convention avec le malin esprit.
Sur laquelle remontrance s'étant rendu fort perplexe, a demandé enfin d'être conduit en un lieu à part, auprès de l'un des bourgeois de ce lieu, nommé La Verdure, auquel il disait avoir quelque chose à dire en secret. Et sur ce qu'il donnait quelque espérance de venir à confession, lui a été permis de parler audit La Verdure, lequel ayant entretenu quelque temps et par après rappelé par-devant nous et enquis ce qu'il avait dit, a déclaré avoir convenu des mêmes choses dont il convient, que par-devant nous savait que depuis trois ans il était sorcier et que son maître s'appelait Persin.
Interrogé s'il venait à ladite confession de bon coeur et de franche volonté, a dit que oui, et qu'il criait à Dieu merci, à son seigneur et à la justice.
Où il a été séduit ?
A dit que c'avait été au bois de la Dilatte.
En quelle forme sondit maître lui apparut pour lors ?
A dit qu'il était vêtu de noir et monté sur un cheval noir, et qu'il lui demanda s'il voulait aller avec lui à la guerre. Et sur ce que lui, prévenu, dit qu'il ne savait, sondit maître lui présenta une bourse où il disait y avoir de l'argent dedans. Et était la bourse de cuir.
Enquis combien loin il alla avec sondit maître ?
Dit qu'il alla environ une lieue.
Quel discours ils eurent par ensemble ?
A dit que le malin lui dit que, puisqu'il avait été content de venir avec lui, de le suivre, qu'il ne fallait plus qu'il retournât à Dieu, mais qu'il devait toujours demeurer auprès de lui. Sur quoi répondit ledit prévenu que, puisqu'il s'était donné à lui, qu'il ne s'en voulait départir; et que, là-dessus, il lui mit la griffe sur la tête et lui imprima la marque, laquelle a été reconnue ci-devant. Sur quoi l'ennemi disparut. Et voulant ledit prévenu reconnaître quel argent le malin lui avait donné, trouva que c'étaient feuilles.
Combien de fois du depuis il lui a apparu?
A reconnu qu'il avait apparu plus de sept fois, et que toujours il lui avait conseillé de faire mourir des bêtes, et qu'à cet effet, il lui bailla de la poudre, laquelle était noire.
S'il n'en a plus, et où il la mettait?
Dit que quinze jours auparavant qu'il fût prisonnier, il avait cessé d'en avoir, et qu'il la tenait dans un petit pot, en un mur, au derrière de son logis.
Enquis comment et combien de fois il s'était servi de ladite poudre?
A dit qu'il la jetait au devant du bétail qu'il voulait faire mourir, et qu'en mangeant icelle, ou passant par-dessus, le bétail venait à faillir.
Interrogé pourquoi le bétail, lequel il a fait mourir, est mort de maladies différentes ; s'il se servait tant seulement de ladite poudre ?
A répondu qu'il en avait encore d'une autre sorte, laquelle était jaune et servait à faire mourir le bétail rouge.
Enquis qui lui avait appris à faire des loups pour donner la pousse aux brebis ?
A dit que cela se fait par l'invention du malin, et que ce sont les sorciers ainsi transfigurés.
Enquis s'il a été ainsi transfiguré ?
A dit que non.
Comment donc il sait qu'ils sont transfigurés ?
A dit l'avoir appris de ceux qui se sont autrefois trouvés à cette méchanceté.
Interrogé quel chien c'était et de quelle espèce, lequel il tenait en son logis et en faisait mordre le bétail pour le faire mourir ?
A dit que son chien avait les dents venimeuses, parce qu'il était du premier lit de sa mère.
Et sur ce qui lui a été remontré que cela était sans expérience aux autres chiens, a varié et dit qu'il lui empoisonnait les dents avec de la goutte. Et, par après, dit que c'était avec sa poudre jaune, ce que lui ayant contredit, à cause que ladite poudre eût fait mourir le chien même, a dit que c'était son maître en figure de chien ; ce qu'il a changé encore et soutenu pour dernier, à la question, que son chien était ainsi venimeux à cause qu'il mangeait de la charogne.
Interrogé s'il avait fait perdre le lait à la vache d'Hilaire Claudon, et fait mourir le bétail d'Estienne François ?
A dit que non.
S'il avait causé la maladie à la femme Guillaume Masson ?
A dit que non.
A qui il désirait du mal, quand il dit, en présence de Clauss Bernet, qu'il voudrait être sorcier pour se venger de ses ennemis ?
A dit n'en avoir parlé.
S'il sait une herbe pour faire mourir le bétail, et qui le lui a appris ?
A dit n'en savoir aucune, mais que Jean Jehenne en savait une.
S'il a fait mourir la vache de Claudin Lhuilier ?
A dit que oui ; qu'il poussa son chien pour la mordre et égratigner, dont elle mourut.
S'il a point fait étrangler la vache de Claudon Biaise ?
A dit que non.
S'il a point fait mourir la vache de Mathieu Durant ?
A dit que oui, et qu'il lui avait donné de la poudre noire, et puis a dit que c'était de la jaune.
S'il a causé le mal à la femme d'Austette Clairier ?
A dit que non.
S'il a causé la mort aux vaches de Fiacre Cherier ?
A dit que non.
S'il a fait étrangler le cheval d'Austette Petter Frels ?
A dit que non.
S'il a point causé la mort aux enfants de Clauss Bernet ?
A dit que non.
Interrogé s'il a été au sabbat avec Eslienne Chauffel ?
A dit que oui.
Interrogé où ça été, combien il y a bien ?
A dit que ça été à la fontaine de Hrenborn, et encore sur une autre fontaine vers Lorge, où était le viel maire de Neuting et Mengette, femme à Martin Mengens, et Michel, ci-devant pâtres des chèvres de Lorquin. Item, Jean Sauvages, demeurant à la forêt, et la femme Fririet, de Woyvre. Item, encore la femme de Colas le Fou, de Neuting. Outre ce, dit avoir reconnu le maire Martzelof Georgon et Clauss, son frère.
Interrogé combien il a vu lesdits Martzelof et Clauss ?
A dit les y avoir vus jusques à quatre fois, et avoir reconnu ledit Martzelof au visage, et ledit Clauss à sa carrure et à son habillement, parce qu'il était couvert.
Ce qu'ils faisaient au sabbat ?
A dit qu'ils convenaient ensemble pour faire perdre les grains.
S'il les a fait perdre ?
A dit que non, et qu'il en eut eu trop besoin.
Si tous ceux qui allaient au sabbat ensemble avaient plus d'un maître ?
A dit que non, et qu'ils étaient commandés de Persin seul.
Interrogé s'il n'a pas fait perdre les glandages ?
A dit que non.
Ce qu'il a mangé au sabbat?
N'y a mangé que du pain et bu de l'eau.
En quelle forme son maître lui apparaissait, et comment il allait au sabbat?
A dit qu'il n'apparaissait en autre face que d'homme et qu'il le venait quérir pour aller au sabbat, et le portait sur ses épaules ou sur ses cornes.
Enquis qui c'est il a connu qui se transfigurait en loup pour donner la chasse aux brebis ?
A dit qu'il a reconnu ledit feu Estienne Chauffel et ledit viel maire de Neuting.
Enquis si lui-même ne s'est transfiguré ?
A dit que non.
Et d'autant que ledit Clauss Georgeon est fugitif présentement, comme prévenu du même crime, et que, à ce moyen, il n'a pu être confronté, avons cependant fait représenter ledit maire Martzelof, et icelui fait accarer audit Claudon. Lesquels étant l'un devant l'autre, a été ledit Claudon interrogé s'il reconnaissait ledit Martzelof; a dit que oui, et ledit maire Martzelof a respectivement dit le reconnaître. Et lui ayant été donné communication de l'accusation ci-dessus, a été dit de la part dudit Martzelof que ledit Claudon était trompé, et qu'il damnait son âme de l'accuser ainsi. Sur quoi, ledit Claudon a dit qu'il était tel que lui et qu'il avait été au sabbat avec lui ; sur quoi il a dit vouloir mourir et soutenir la vérité de son dire, aux tourments de la question. Et là-dessus ont été l'un et l'autre renvoyés
à la prison.

CONCLUSIONS DEFINITIVES.

Le souscrit procureur d'office en la terre et seigneurie de Hesse, qui a pris communication de l'enquête préparatoirement prise contre Claudon Hardier, demeurant audit Hesse, ensemble de l'extrait du 18 juin de la procédure faite à Neuting contre Estienne ChaufFel, dudit lieu ; l'audition de bouche dudit prévenu ; recolement et confrontation à ses témoins ; la sentence de vous, MM. de justice de Hesse ; le procès-verbal contenant l'exécution de ladite sentence ; les confessions, dénégations et variations d'icelui,
Maintient que, par les confessions dudit prévenu, il est suffisamment atteint et convaincu du crime de sortilège, pour punition duquel vous avez bien à le condamner à être conduit par l'exécuteur de haute-justice au lieu et place publique, et illec attaché au pilol, faire réparation à Dieu en lui criant merci, au seigneur du lieu et à la justice. Et de là être conduit au lieu du supplice accoutumé, et illec être étranglé et son corps ars, brûlé et réduit en cendres, ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra.
Fait à Hesse, le 30 juillet 1608.

SENTENCE.

Vu par nous, maître échevin et échevins en la justice de Hesse, le procès extraordinairement instruit à requête du sieur procureur d'office du sieur révérend Abbé de Haute-Seille, seigneur dudit Hesse, sur les accusations et diffamations advenues contre Claudon Hardier, dudit lieu ;
Les informations prises sur ce ;
L'audition de bouche d'icelui ;
Recolement et confrontation à ses témoins ;
Notre sentence du 28 de ce mois, portant condamnation à la question ordinaire et extraordinaire ;
Le procès-verbal de l'exécution d'icelle ;
Les confessions dudit prévenu, par lesquelles il convient d'avoir adhéré au malin et renié Dieu, et d'autres plusieurs maléfices portés audit procès, esquelles confessions il a persisté hors des tourments de la question ;
Les conclusions du sieur procureur ;
Et ce qui faisait à voir et considérer, eu préalablement avis de gens versés en droit,
Avons icelui Claudon, pour punition dudit crime, condamné à être livré entre les mains du maître des hautes oeuvres, pour, conduit au lieu du supplice accoutumé, être attaché et étranglé à un poteau, et de là son corps brûlé et réduit en cendres, ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra, dépens de justice et dudit procès sur iceux préalablement pris.
Ainsi l'avons dit par notre jugement définitif et à droit.
Prononcé audit criminel, en présence de tous les habitants dudit Hesse, ou la plupart d'iceux, le jeudi, dernier de juillet, en l'an 1608.

S'ENSUIVENT

Les PLAINTES ET REMONTRANCES que les habitants de Saint-Hippolyte font contre les juifs d'illec à S. A. Charles III.

ET PREMIER.
Notre souverain seigneur, monseigneur le duc, a reçu en sa ville de Saint-Hippolyte les juifs Nathan, Isaac, Lazarus, Moyses et Aaron, lesquels sont tous décédés, hors Moyses et Aaron, de sorte que leur lettre de franchise est morte et annihilée quant à eux ; néanmoins résident et demeurent encore audit lieu. Viola une juive avec son mari, enfants et servants, semblablement aussi Abraham, juif, sa femme, enfants et servants ; tous lesquels ne sont compris ni dénommés en ladite lettre de franchise ainsi obtenue de la grâce de notre souverain seigneur ; néanmoins exercent leurs pratiques et usures audit lieu.
Afin que les pauvres habitants dudit lieu fussent tant mieux entretenus, feu le duc Antoine, de haute et heureuse mémoire, a obtenu envers S. M. impériale, par consentement des étals de l'empire, que lesdits habitants ne seront à l'avenir sujets à la juridiction de l'empire, et n'y pourront être attirés de nulluy. A telle condition qu'iceux habitants n'y attireront aucuns étrangers, ni ceux des villes Boymes (de Bohème), ce qui a aussi été ordonné à l'officier dudit lieu d'en avertir lesdits juifs, ce qui a été fait. En quoi lesdits juifs y besognent hors mesure par ceux d'Orstwiller, Rambach, Roshem et autres; pour par lesdits juifs étés et attirés audit lieu, mis au ban, et finalement misérablement frustrés de leurs biens et héritages. Et par ce pourrait ladite ville perdre ladite franchise obtenue dudit
feu le duc Antoine; aussi ne voit-on en ladite ville journellement que impériaux sergents parmi ladite ville avec citations et autres exploits de justice.
Et combien qu'en ladite lettre de franchise est contenu que lesdits juifs ne doivent prendre sur les sujets de monseigneur davantage qu'un taller d'usure de chacun florin par semaine, se fait par eux le contraire, prenant beaucoup plus qu'il ne leur est permis.
Viennent aussi toujours des juifs étrangers en ladite ville, se tenant illec et exerçant leurs pratiques comme les autres, nonobstant qu'ils ne soient reçus de notre souverain seigneur, alléguant que leurs lettres de franchise portent qu'ils doivent tous être entretenus, entendu qu'ils sont tous alliés et parents par ensemble.
Et est vrai que lesdits juifs disent que si notre souverain seigneur les voulait chasser, que bien se plaindraient de lui en la chambre impériale de Spire, et qu'ils en auraient bien la raison.
Aussi est-il d'usage en tout l'empire et nation d'Allemagne qu'il n'est permis à nul juif entrer es villes sans permission, convient qu'ils attendent devant la porte jusqu'à ce qu'ils aient réponse et qu'ils portent enseignes jaunes, pour être connus entre les chrétiens ; mais ce n'est fait audit Saint-Hippolyte : ains y entrent les juifs étrangers, sans enseignes ni permission, et à voir comme gentilshommes et grands personnages; de façon que gens de justice, étrangers, marchands et gens communs ôtent leurs bonnets devant eux, leur faisant révérence ; qu'est chose à détester.
Il est vrai que Aaron le juif a été condamné, par la connaissance d'un prudent conseil de ladite ville, à 35 sous d'amende et tenir prison une nuitée, pour ce qu'il avait médit et méprisé M. le comte de Salm, pardevant le conseil entier et en présence de l'officier.
Tous droits impériaux, même la bulle d'or, défendent que les juifs ne doivent posséder ni acheter aucuns biens propriétaires ; mais en la ville de Saint-Hippolyte se fait le contraire, car ils achettent les meilleures et plus grosses maisons et héritages en propriété, et spécialement maisons qui aboutissent sur les murailles de la ville, qu'est chose dangereuse et mauvaise, à quoi, par raison, doit être pourvu.
Ces juifs ont prêté 21 écus sur vaisselle d'argent à la femme du cuisinier de monseigneur, nommé Le Comte, et combien que notre officier ait voulu retirer lesdits gages et les rendre à ladite femme, demandant auxdits juifs à cet effet comparoir, duquel commandement n'ont rien fait, ne tenant compte du commandement ni deffense qu'on leur fasse.
Lesdits juifs vont et hantent es maisons des chrétiens, même à heure que les hommes ne sont aux maisons, et subornent les pauvres simples femmes à prendre de leurs marchandises et faire autres choses que par honneur ne s'appartient.
Sans nulle raison se plaindent de notre capitaine qui ne les soutient, car chacun sait ci à l'entour que notredit capitaine a eu remontré à toute la communauté être le vouloir et intention de notre souverain seigneur qu'on n'eût à entreprendre ni faire chose contre eux de fait ni de paroles, ains les soutenir en suivant le contenu de leurs lettres de franchise, et là où que quelqu'un fera le contraire, serait par ledit capitaine puni par prison ou autrement, selon l'exigence du fait.
Aussi veulent lesdits juifs contraindre notredit capitaine qu'il eût pour leurs plaisirs, sur leur faux, donné à entendre à emprisonner lesdits bourgeois, sans connaissance de cause, chose qu'est contre tout droit et raison.
Il est vrai que lesdits juifs ont intelligence ensemble et pensent que quand ils peuvent donner faux témoignage contre un chrétien, tant plus ils vont contre vérité, tant plus ils estiment complaire à leur dieu Adonaï, et faire en ce service à Dieu. Parquoi ce considéré et en suivant le dernier départ de la journée impériale tenue à Augspurg, ne doivent doresnavant être ouïs à nul témoignage ni ajouté foi à leurs paroles.
Les habitants de Saint-Hippolyte remontrent pareillement qu'à grand'peine peuvent recouvrir un boucher qui à leur besoin les fournisse de chair ; et lorsque après grande coutange et dépense ils en ont recouvri un, faut qu'ils lui prêtent et avancent quelques cents francs sans en payer aucun cens. Et quand ils pensent tuer et découper de la chair pour lesdits habitants, viennent iceux juifs et visitent le bétail que ledit boucher veut tuer ; s'il leur plaît, le prennent, lui scient la tête et boutent leurs mains jusques au coude en ladite bête ; mais la trouvant parcrue et que par dérision l'ont tout ensanglantée et souillée, ne leur étant agréable, la laissent audit boucher, lequel en après la vend auxdits habitants, et par ainsi faut que les pauvres gens prennent la chair que les juifs ont eu maniée et souillée à leur plaisir. Et avenant que ladite bête leur plaise, ils prennent le devant, et faut que lesdits bourgeois prennent le derrière. Ainsi convient toujours que lesdits habitants prennent ladite chair à leur volonté.
Quand ledit boucher veut acheter quelque bête auprès des habitants de ladite ville ou dehors, soit boeuf, vache, veau, brebis, mouton et autres, lesdits juifs veulent avoir le surachat ou sinon donnent beaucoup davantage que la bête ne vaut, de sorte qu'il convient audit boucher s'en déporter, lequel en donnerait volontiers ce qu'il appartient selon raison. Et quand lesdits juifs ont acheté ladite bête, revendent le derrière aux bourgeois à usure, tellement qu'en des temps ceux qui l'achettent ne paient seulement le derrière, mais toute la bête entière, au grand dommage et destruction des pauvres gens et du boucher, qui ici à l'entour dudit lieu ne peut plus recouvrir aucune bête.
Pareillement achettent lesdits juifs de la chair en carême, et revendent aux chrétiens le derrière ; chose mal faite, et est donner mauvais soupçon et exemple aux autres gens.
Aux jours de dimanche, fêtes solennelles et autres de commandement, pendant qu'on chante messe, prêche, ou qu'on est à l'église, lesdits juifs travaillent, lavent et huent et font autres besognes des jours ouvrants.
S'ils prêtent argent à un chrétien, faut qu'il prenne, pour la moitié de la somme, vile marchandise, comme souliers, drap, vaisselle d'étain et chose semblable, selon le plaisir du juif, et dont le pauvre homme n'a nul besoin; comptent et mettent tout en une somme, lui donnent peu de temps et court terme pour le paiement. Et venu le terme convenu que le pauvre homme paie; sinon, s'il ne peut payer, est contraint et forcé de compter avec eux ; et comprennent l'usure à la somme grosse. Ainsi rapporte une usure l'autre, et par ce moyen les pauvres gens sont appauvris pour un jamais; chose très-pitoyable.
On apporte par diverses fois en ladite ville plusieurs denrées et viandes à manger ; mais incontinent que lesdits juifs en sont avertis, non-seulement ceux qui sont reçus de notre souverain seigneur, mais aussi autres juifs étrangers qui se trouvent journellement en ce lieu, lesquels achettent et lèvent tout à une fois, et puis le revendent aux pauvres gens, au double, par usure ; qu'est l'entière destruction de ladite ville et des pauvres gens, qui ne se peuvent plus entretenir illec, étant par ce moyen contraints et incités en toute pitié délaisser misérablement avec dur et grand regret leur patrie, ensemble leur naturel prince et seigneur.
Lesdits habitants ont un clerc juré qui écrit toutes lettres de vendage, cédules, obligations et autres semblables écritures que appartient à un clerc juré et non à un étranger ; mais, afin qu'on ne vienne à connaissance des abus qui se commettent par les juifs à prêter de leur argent, prennent des écrivains étrangers et qui à cet endroit n'ont prêté foi ni serment, et par iceux font passer les lettres et contrats qui leur plaisent, et veulent qu'iceux soient valables en justice, ce que par raison ne doit être permis., car par ce moyen ôtent et diminuent à un clerc juré ce qui lui est dû pour son entretènement.
En la sainte semaine dernière, ont les juife porté de gros monceaux de pierre en leurs maisons, et ceux qui allaient et venaient par-devant îcelles étaient, par les fenêtres de leurs maisons, arouchés de pierres, de sorte qu'il y eut un garçon qui a été misérablement atteint d'un coup de pierre, duquel il a été long-temps entre les mains des barbiers ; et est à craindre que par ce (où il n'y sera pourvu) que tumulte et sédition n'en advienne.
Aussi depuis certains jours en çà, un nommé Ortemberger, ayant envoyé son fils en la maison du prévôt, touchant quelque fait concernant la ville, ait ledit garçon été en plein chemin battu outrageusement par un juif. De sorte qu'ils tiennent ladite ville par force ; là est, sur marché, le pauvre homme et de nul soutenu.
Il est de coutume et raison, en tout le pays d'Allemagne, là où résident juifs, qu'il ne leur est pas permis marcher par les cimetières, ni par terres bénites ; aussi en ladite sainte semaine en laquelle ils ont pendu notre Seigneur Jésus-Christ en la croix et le martyrisé, se doivent enclore en leur demeurance, ce qui ne se fait en ce lieu, encore qu'on leur remontre et défende, ne se souciant d'aucun commandement.
Lesdits juifs ont, à un bourgeois nommé Wendelin Werner, fait leur aisance et putréfaction en un bouge de vin rouge, et icelle remué avec un bâton.

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