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Revue de folklore français
Paris - n° 1 - Janvier février 1930


Une coutume matrimoniale

Une coutume matrimoniale assez singulière existait il y a cinquante ans en Lorraine et y existe peut-être encore aujourd'hui.
Dans une famille où il y avait plusieurs fils, lorsqu'un frère cadet se mariait avant l'aîné, il lui donnait au repas de noces un joujou représentant une petite chèvre ou une petite chèvre en sucre. J'ai vu le fait à Nancy, il y a environ cinquante ans, au mariage d'un cousin éloigné. Je me rappelle que la plupart des convives riaient et que j'ai demandé une explication. Celle-ci, dont je ne me souviens plus bien, était, je crois, que c'était l'habitude en pareille circonstance.

Cette habitude n'était pas particulière à Nancy, elle existait dans le canton de Blâmont (arrondissement de Lunéville et à l'est de Lunéville). Un de mes cousins, actuellement aumônier au lycée Poincaré, à Nancy, l'y a connue, et il m'a dit qu'à Blâmont, on disait du frère aîné dont le cadet se mariait avant lui « On lui amènera une chèvre ». Il n'a pu me donner aucune explication de cette phrase où il ne voit guère qu'une moquerie à l'égard de l'aîné.
Faut-il lui attribuer un sens obscène C'est possible, mais ce sens serait bien effacé. Le péché de bestialité est un de ceux qui étaient autrefois le plus reprochés aux sorciers et la Lorraine est peut-être la province où il y a eu jadis le plus de personnes brûlées pour sorcellerie. Bien que ce fussent presque toujours des femmes, il est peu probable que même par plaisanterie on y fit allusion à une faute susceptible de faire périr sur le bûcher. 

COLONEL CONSTANTIN.


Revue de folklore français - 1931

La coutume matrimoniale dite « de la chèvre » en Lorraine libérée
Par Louis SCHELY (de Strasbourg).

A Imling, Héming, Herzing et Niderhoff, toutes localités de l'arrondissement de Sarrebourg (Moselle), existe encore aujourd'hui la coutume matrimoniale dite « de la chèvre », coutume qui remonte à plusieurs générations. Toutefois cette tradition se différencie un peu des cas relatés par le colonel Constantin (pour Nancy et le canton de Blâmont, Meurthe-et-Moselle) et M. Emile Diderrich (pour Mondorf-les-Bains et le bassin industriel luxembourgeois) (voir nos 2 et 4 de cette revue).
Lorsqu'un frère ou une soeur cadette se marie avant son aîné (n'importe de quel sexe), voici comment on opère :
Le jour des noces, au beau milieu du banquet, deux ou trois convives quittent la table, de connivence, l'un après l'autre et à intervalles, pour ne pas être trahis, et vont chercher une chèvre au village.
On tâche toujours de se procurer l'animal aux traits les plus archaïques et aux formes les plus bizarres. La chèvre, généralement poussée par les flancs pour la faire avancer, est amenée par la corde dans la salle du festin et présentée à l'aîné ou à l'aînée d'un des jeunes mariés en prononçant les phrases traditionnelles :
A Imling « I fât qué t'sâteuchh lé gays' ! »
A Héming et Herzing « I fât qué t'sâteuchh lé chieuhh ! »
A Niderhoff « II faut qu'tu sautes la chèvre ! »
Jugez de l'effet produit sur les invités étrangers au pays qui ignorent la coutume Il arrive presque toujours que l'animal effrayé laisse « sa carte de visite », ce qui ne manque pas de contribuer à jeter des flots de gaieté dans la société. Avant de quitter la salle du banquet, on lui donne parfois du vin à boire dans une assiette ou... dans un vase de nuit. Si la chèvre y fait honneur, il lui arrive qu'elle s'égaye et se mette à gambader.
Inutile de dire que, ce jour-là, la chèvre reconduite au bercail bénéficie d'une double ration de nourriture.
A Loudrefing (Moselle), si un cadet se marie avant son aîné, les invités d'ordinaire les jeunes gens amènent à l'improviste, une chèvre en chair et en os (mais pas en sucre) dans la salle du festin de noces et la présentent à l'aîné avec ces mots « Maintenant il faut que tu achètes la chèvre » (1).
En réalité ce n'est pas l'aîné qui achète la chèvre pour l'offrir en cadeau à son cadet, mais ce sont les invités même qui l'offrent à l'aîné en disant la phrase susdite. L'aîné, de son côté, remet la bête à son cadet comme s'il en était le vrai donateur.
Les invités qui ont acheté l'animal payent chacun leur quote-part du prix d'achat de la bête.
Chez les gros cultivateurs, cette coutume est maintenue à la lettre. Pour les mariages de moindre importance, la chèvre fait seulement office de figurante, quoique tout se passe avec les mêmes cérémonies.
J'ai tout lieu de croire que cette coutume, qui semble éminemment lorraine, existe dans la plupart des communes de langue française, de l'arrondissement de Sarrebourg.

(1) C'est la traduction littérale du dialecte allemand lorrain « Jetzt musst du die Geis kaufen ».
 

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