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Histoires criminelles du Blâmontois (18)
Gogney - 1952

Voir aussi Histoires criminelles

 


Est-Républicain
22 janvier 1953

Le bébé de Gogney sera vengé
Le bourreau du petit J. Weiss est arrêté par la police de Saint-Dié
LUNEVILLE (de notre rédaction). - Le 17 juillet dernier, Vincent Burckhardt, 23 ans, vannier à Gogney, frappait avec une sauvagerie inouïe le petit Jean Weiss, âgé de 10 mois, fils de son amie, Catherine Weiss. C’est pendant une absence de celle-ci, partie dans des localités voisines vendre des paniers, qu’il avait roué de coups ce petit être qu’il n’aimait pas.
L’enfant était dans le coma lorsqu’il fut trouvé, le visage et la tête couverts de taches bleuâtres, par des voisins qui le firent transporter à l’hôpital de Nancy, où il décédait le lendemain.
A l’époque, ces faits lamentables avaient jeté la consternation dans le village de Gogney. M. le juge d’instruction avait lancé immédiatement un mandat d’arrêt contre ln brute qui avait pris la fuite, mais, jusqu’à présent, on n’avait pu retrouver sa trace.
Hier, M. le juge d’instruction de Lunéville était avisé que Vincent Burckhardt avait été arrêté par la police de Saint-Dié. Il sera appelé prochainement à venir s’expliquer sur son triste forfait.


Est-Républicain
24 janvier 1953

Le vannier de Gogney est écroué à Nancy
LUNEVILLE (de notre rédaction). - Vinrent Burckhardt, 23 ans, vannier à Gogney, arrêté par la sûreté du commissariat de police de Saint-Dié à la suite d’un mandat d’arrêt de M le Juge d'instruction de Lunéville, sur l’inculpation de coups à enfant ayant entraîné la mort sans intention de la donner, a été amené à Lunéville et immédiatement transféré à la maison d'arrêt de Nancy.


Est-Républicain
6 février 1953

Interrogé, hier, pour la première fois
Le vannier de Gogney avoue avoir battu à mort le fils de son amie parce qu’il pleurait et que ça l’énervait
LUNEVILLE (de notre rédaction). - Vincent Burckhardt, 23 ans, vannier, arrêté dernièrement à Saint-Dié, a été entendu jeudi après-midi par M. le juge d’instruction de Lunéville.
On se souvient qu’il avait disparu depuis le 17 Juillet 1952, après avoir frappé avec une telle brutalité le petit Jean Weiss, âgé de 8 mois, fils de son amie, que les coups portés avalent entrainé la mort de l’enfant.
Burckhardt fut interrogé hier pour la première fois. Il passa aux aveux sans difficulté et relata son sinistre forfait sans la moindre émotion.
Son amie étant partie vendre des paniers dans les localités environnantes, le 17 juillet, elle l’avait chargé de garder son enfant pendant son absence. Le bébé s’étant à mis à pleurer. Burckhardt lui donna du lait, mais comme le petit ne se taisait toujours pas, il le frappa sur tout le corps avec la main, puis le replaça dans son lit.
S’étant alors aperçu que l'enfant semblait perdre connaissance, il lui trempa le visage dans une cuvette d’eau pour le revigorer et appela son frère qui se trouvait dans une pièce voisine en lui disant : « Regarde, l’enfant est à la mort. ».
Sa belle-sœur avisa alors le maire de la localité. En le voyant arriver, Burckhardt se sauva par une porte d’écurie donnant derrière la maison.
En cours de route, il rencontra son amie qui regagnait le domicile et lui déclara en poursuivant son chemin : « J’ai frappé le petit et il est à la mort. »
Burckhardt a reconnu avoir donné quelques « tapes » à l’enfant, « mais rarement, dit-il, et sans violence, parce qu’il pleurait et que ça m’énervait. »
Depuis sa fuite de Gogney, le bourreau s’était réfugié en Alsace avant de venir à Saint-Dié, où il fut appréhendé.


Est-Républicain
8 octobre 1953

Trois importantes affaires criminelles seront évoquées devant le jury au cours de la prochaine session d'assises qui s'ouvrira le 26 octobre
La quatrième session de la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle s’ouvrira le lundi 26 octobre sous la présidence de M. Facq, conseiller à la cour, assisté de M. le conseiller Rosambert et
de M. Adam, juge au tribunal.
Le rôle comprend les quatre affaires suivantes
Lundi 26 octobre, à 14 heures. Coups mortels à enfant. Accusé Vincent Burckhardt, 23 ans, vannier à Gogney, près de Blâmont Ministère public : M. Hauss. avocat général. Défenseur : Me Michel. avocat à Lunéville. (Burckhardt s’était mis en ménage avec une jeune fille déjà mère d’un enfant de 11 mois. Le 17 juillet 1952, irrité par les pleurs de cet enfant, il essaya de le calmer. N’y réussissant pas, il le frappa. L’enfant succomba peu après d’une hémorragie méningée d’origine traumatique.)


Est-Républicain
27 octobre 1953

AUX ASSISES DE MEURTHE-ET-MOSELLE
Dix ans de bagne au vannier BURKHARDT
bourreau expéditif d'un bébé qui pleurait

Première affaire de la session d’assises de Meurthe-et-Moselle à Nancy. Le vannier Vincent Burkhardt, 25 ans, domicilié à Gogney, près Blâmont, a battu à mort l’enfant (11 mois) de sa concubine, sous prétexte qu’il pleurait. Après de brefs débats, il est condamné à dix ans de travaux forcés.
Le vannier est assis, devant le baraquement qu’il a troqué contre la roulotte de ses ancêtres. Dans le ruisseau, braillent et se chamaillent les six enfants de son frère. Avec agacement, l’homme continue à tresser l’osier du panier qu’il bâtit. Son amie est partie avec la charge légère, faire le porte à porte. Elle lui a laissé la garde de son bébé, dont les cris retentissent au premier étage.
Exaspéré, l’homme grimpe les escaliers et se précipite sur l’enfant qui a déclenché en lui le mécanisme compliqué de la jalousie rétrospective. De ses grandes mains lourdes, il frappe la tête fragile à coups redoublés, et il ne tient bientôt plus qu’un cadavre. Alors, recouvrant son sang-froid, il endosse son costume des dimanches et prend le maquis.

L’habitude des cris et des coups

La vie nomade est son affaire. Il se cache pendant six mois. Aujourd’hui, il répond de son crime. Il a toujours son costume du dimanche : pantalon bleu pétrole, veston de velours bleu. II n’a pas l’air plus mauvais ni plus violent qu’un autre. Né dans le Bas-Rhin, dans une famille de quinze gosses , il a dû entendre pousser, tout au long de son enfance, des hurlements exaspérants des mômes en haillon de la roulotte paternelle. Il a dû en pousser lui-même, et quelle piètre excuse que l’obsession des cris du petit Jean Weiss qu’il avait promis de légitimer parce qu’il aimait sa mère, et qu’il flattait d’ailleurs hypocritement quand elle était là.
Burkhardt, et ce sera le seul élément en sa faveur, n’a reçu aucune instruction ni formation morale. A treize ans, il a été interné en vertu de la mesure générale allemande frappant les nomades, et en est sorti, tout heureux de n’avoir pas été choisi pour servir de cobaye à une quelconque expérience du professeur Haagen. Depuis, il erre selon la fantaisie de son tempérament, et peut-on décemment lui reprocher son manque d’assiduité dans les emplois qu’il occupe, du reste avec conscience ? Enfin, il semble trouver sa voie. II a un travail stable, on l’apprécie, on lui confie la conduite d’une grue excavatrice.

Pas une lueur de sensibilité

Mais, par une sorte de loi inexorable, il rencontre l’amour sous les traits d’une jeune nomade. Et lui qui tentait, sinon de s’embourgeoiser, du moins de se fixer, le voilà qui s’entend demander de faire des paniers, de reprendre cette occupation honorable mais mineure, ce travail qui n’empêche pas de tourner dans 1a tête des pensées confuses et troubles, ce travail qui ne fatigue pas et qui laisse le loisir de boire.
Ce petit qui n’est pas de lui, qu’il garde et nourrit, qu’il entend geindre, il le déteste bientôt. Le président Facq qui interroge le bourreau, essaie de susciter en lui une lueur de sensibilité :
- Vous avez frappé, vous le colosse, sur ce petit corps.. Il devait crier ; cela ne vous a rien fait de l’entendre crier ?
- ...Il criait tout le temps.
- Bien sûr !

Nécessité de l’exemplarité

L’avocat général M. Hauss, admet que pour juger un homme, il faut le connaître. La connaissance qu’il a de Burkhardt ne l’incline pas à la clémence.
Il nous apprend que le personnage a, un jour tailladé le visage de son propre père à coups de serpette, au cours d’une affolante querelle d’ivrognes, devant toute la famille assemblée.
Insistant sur la circonstance aggravante que constitue l’abus d’autorité de fait - le concubin, au même titre qur le parâtre ou le domestique, possédant le droit de garde - l’avocat général souligne la nécessité du caractère d’exemplarité de la sentence qui doit être prononcée, et se déclare partisan d’une lourde peine de travaux forcés.

Ceux qui torturent
ceux qui affament...

Il faudrait tout citer de ta très belle plaidoirie de Me Michel, du barreau de Lunéville, pour lequel on peut craindre un instant le mauvais effet d’un film célèbre : « Nous sommes tous les Assassins », devenu la pièce maîtresse, l’ouvrage-clé de la défense en cour d’assises. Dans ce film, en effet, un bourreau d’enfant se montre particulièrement odieux.
Mais c’est que Me Michel nie à son client le cruel qualificatif de bourreau. Il le réserve - argument un peu spécieux - à ceux qui torturent, qui affament par esprit pervers. Il n’en faut pas pour autant absoudre ceux qui assomment d’un seul coup de poing de tueur !
L’avocat brosse le tableau de la chambre exiguë et sordide où vivait le couple et le bébé, couché avec eux dans l’unique lit, et s’écrie : « Dans les familles bien logées, on ne tue pas les enfants. »

Que lui avez-vous donné ?
La seule instruction du vannier, singulière école pour apprendre la maîtrise de soi et la sensibilité, il l’a trouvée dans les vexations de l’autorité vis-à-vis des nomades, dans la suspicion des sédentaires, de ceux qui vivent sous un toit, dans ces portes qui se ferment, ces chiens qui aboient, ces écriteaux d’interdiction qui se dressent au détour des chemins, à l’orée des villes, devant la roulotte des éternels vagabonds.
« Que lui avez-vous donné, que lui avez-vous enseigné, demande Me Michel... Alors, que pouvez-vous lui demander ? »
...Les jurés demandent à Burkhardt dix années de sa vie qu'il passera aux travaux forcés. Il y confectionnera sans doute, c’est la coutume, des objets en osier. On n’échappe pas à son destin.
Georges DIRAND.

 

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