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Chronique de Grancey - XIVème siècle
 


LE CABINET HISTORIQUE - 1855

XI. - LES HUIT FILLES DE GRANCEY.
(Extrait de la Chronique de Grancey, dite Roue de Fortune)

La chronique de Grancey, oeuvre d'un chanoine de Langres XIVe siècle, n'auroit pas sans doute une grande valeur sans le commentaire que lui a donné le P. Viguier. « Celle chronique, dit l'auteur de la Décade historique du diocèse de Langres est écrite en gros latin qu'on peut appeler burlesque, duquel se servoient les notaires et la plupart des écrivains de son temps. Voulant donner à connoitre qu'il ne produisoit point celle pièce pour une histoire de tous points véritable et authorisée, ni pour une chronique juste, l'auteur l'a intitulée d'un mot de jeu, la Roue de fortune. » Voilà pour le style et pour le fond. Mais le P. Viguier a tiré du tout un excellent parti. Ses commentaires sont pleins d'explications, d'interprétations et d'inductions plausibles sur l'état du pays, l'origine et la descente de la plupart des grandes familles des marches de Bourgogne et de Champagne ; le tout suivi d'anecdotes et d'épisodes d'un haut intérêt pour l'histoire du pays. La chronique et le commentaire passoient pour perdus. Nous sommes heureux d'avoir retrouvé l'une et l'autre, et l'extrait suivant pourra donner une idée du style du P. Viguier et de sa manière de narrer.

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CHAPITRE V
DES HUIT FILLES DE GRANCEY ET DE LEURS ALLIANCES

[...] Le comte de Blammont, dit-il, espousa la sixième fille de Grancey et entre autres
enfants, il en vint un très-devost. chevalier qui s'estant jetté, desjà avancé en âge, en un monastère de l'ordre de Cisteaux, fut mis entre les mains d'un charitable et sçavant religieux qui, par tous ses soins, ne luy put rien mettre dans la teste. Il ne put pas seulement luy faire apprendre son Pater noster, et tout ce que ce vieux novice put retenir furent les deux premiers mots de l'Ave Maria, lesquels il réiteroit sans cesse. L'abbé se contentant de cela, luy dit qu'il ne se mist point en peine d'en sçavoir davantage, qu'il ne récitast que ce peu de paroles et cette courte prière durant que les religieux psalmodiraient au choeur. Le bon homme récitoit cette prière mille fois le jour et autant de fois la nuit, avec des sentiments de dévotion incroyable et il plust à Nostre Seigneur l'appeler à soy. Il fut inhumé au cimetière ordinaire des religieux. Et comme longtemps après on creusoit en cet endroit pour y faire une nouvelle fosse, on trouva le corps de ce noble et sainct idiot, entier, comme le jour qu'on l'y avoit mis et répandant de soy un parfum de très-bonne odeur. Il se descouvrit mesme qu'un lys avoit sa racine de sa bouche et que sur les feuilles de ce lys estoit escript (d'autres adjoutèrent en lettres d'or), Ave Maria, Ave Maria, On regarda tout autour et fust encore trouvé sous sa teste un billet, qui contenoit en ce peu de mots le nom et l'espitaphe de ce bienheureux cavalier: Cy gist le sainct homme Guillaume qui a servy la vierge Marie d'un grand coeur. Ce qui nous apprend que Dieu a plus d'égard à la volonté qu'à l'effet, et que la bonne affection est souvent réputée effectuée. Cette découverte fut suivie de miracles, et une telle sainteté attestée par les signes qui ne peuvent venir que du ciel.
Les comtes de Blammont ou Blamont, c'est en la Vosge, ont de tout temps, dil-il, été portez aux oeuvres de miséricorde, et à fonder des hospitaux et autres maisons de Dieu. Ils sont alliée, adjouste-t-il, avec les comtes tant de Savoye que de Genève et de Montbéliard. Ce que je sais de leur généalogie les fait cadets des comtes de Salmes et leur donne des femmes des maisons de Bar et de Vaudemont, mais non pas de Savoye, ny de Montbeliard, bien que je croye en ce point le chroniqueur, comme je le tiens pour véridique en l'alliance de Grancey, ce que l'arbre de cette maison justifiera.


La Roue de fortune ou chronique de Grancey, roman généalogique écrit au commencement du XIVe siècle
traduit et publié pour la première fois
par Émile Jolibois
1857

XXXVII. La sixième fille de Grancey épousa le comte de Blamont. Ses descendants sont alliés avec les comtes de Genève, de Montbelliard et de Savoie. Cette famille a fait beaucoup d'oeuvres de miséricorde. On raconte d'un chevalier de Blamont qu'étant entré par dévotion dans l'ordre de Citeaux, il ne put jamais rien apprendre. Un moine lui enseigna l'A, B, C, et ce fut tout : il ne parvint pas à lui faire retenir un mot du Pater. Cependant il essaya, sur l'ordre du supérieur, de lui apprendre la prière de la salutation de la Vierge; mais le vieux novice ne put garder dans sa mémoire que les deux premiers mois : Ave Maria. « Eh bien! dit alors l'abbé, ne vous mettez pas en peine de lui en apprendre davantage ; pendant que les autres religieux psalmodieront les heures, il se tiendra devant l'image de la Vierge et y récitera ce qu'il sait. » En effet, le pieux chevalier passa le reste de sa vie à répéter, aux heures prescrites, de jour et de nuit, Ave Maria, mais avec la plus fervente dévotion. Longtemps après sa mort, on retrouva son corps dans le cimetière de la communauté, en creusant une fosse nouvelle. Il était encore entier et exhalait une odeur du parfum le plus agréable. De sa bouche entr'ouverte sortait un lys d'une blancheur éblouissante qui portait écrit sur sa corolle : Ave Maria. Sous la tête on trouva cette épitaphe:
Ci-gît S. Guillaume.
Il a servi la Vierge d'un grand coeur.
Dieu a plus d'égard à l'intention qu'à l'effet.
La bonne volonté est réputée pour le fait.

Beaucoup de miracles eurent lieu au moment de sa translation.

XXXVII. Nulle part ailleurs il n'est fait mention de ce saint ignorant dont l'histoire est sans doute une tradition locale,

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