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Histoire de l'abbaye de Saint-Sauveur et de Domèvre  (2/10)

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Mémoires de la Société d'archéologie lorraine - 1897

HISTOIRE DE L'ABBAYE DE SAINT-SAUVEUR ET DE DOMEVRE 1010-1789
Par M. l'abbé CHATTON

DEUXIÈME PARTIE
L'abbaye de Saint-Sauveur depuis l'introduction des chanoines réguliers jusqu'à la ruine totale du monastère (1188-1569)

CHAPITRE PREMIER
LE MONASTÈRE ET LE VILLAGE DE SAINT-SAUVEUR DE 1188 A 1569

Sommaire : I. Incendie de 1470. - II. Statue de Notre-Dame de Saint-Sauveur en grande vénération. - III. Incendie de 1524 par les luthériens. - IV. Dévastation, incendie et ruine de l'abbaye en 1568 et 1569. - V. Ce qui reste de l'ancien couvent. - VI. État du monastère en 1640. - VII. Tombeau des seigneurs de Blâmont et sépultures d'autres familles nobles.- VIII. - Vicissitudes du village de Saint-Sauveur.

I. - Le commencement de cette seconde période de notre histoire ne nous est presque pas connu. Seuls les noms des abbés (et encore, pas de tous) et quelques actes de leur administration sont parvenus jusqu'à nous. Quant aux bâtiments qui abritaient les chanoines, quant à l'ampleur et la richesse de leur église, il ne nous en reste aucun renseignement antérieur au XVe siècle. La raison de ce silence, tantôt complet et tantôt presque complet, est facile à deviner. La plupart des titres anciens de Saint-Sauveur ont péri dans les flammes mais les abbés de ce monastère ayant eu des relations d'affaires avec les autres abbés et les seigneurs du voisinage, des traces de ces relations ont été souvent conservées dans les archives des autres maisons religieuses du pays, tandis que l'occasion de parler des édifices du même monastère n'a dû se présenter que très rarement.
La première fois que l'on rencontre quelque détail sur les constructions de l'abbaye et sur le matériel qu'elles renfermaient, c'est en l'année 1470, dans une lettre de Georges de Bade, évêque de Metz, adressée aux prêtres des archidiaconés de Marsal et de Sarrebourg (1). Le dernier jour d'avril de cette année, un violent incendie s'était subitement déclaré dans le monastère et avait tout consumé en un clin d'oeil. L'église, ainsi que la grosse tour, avait été ruinée par le feu la grosse cloche n'avait pu résister à l'ardeur du brasier. Six autres cloches excellentes, le mobilier de l'église et du cloître, tout était devenu la proie des flammes. Les religieux se trouvaient tout à coup sans abri, sans ressources disponibles, et leurs revenus en espérance ne pouvaient suffire à relever les ruines de leur maison. Leur infortune ne pouvait manquer de trouver de l'écho dans les coeurs généreux qui n'ont jamais fait défaut dans ce pays. L'évêque de Metz, qui n'était pas pourtant le supérieur spirituel des sinistrés, crut devoir écrire en leur faveur une lettre qu'il envoya aux contrées de son diocèse qui étaient les plus voisines de Saint-Sauveur, et au milieu desquelles l'abbaye possédait quelques parcelles de terre. Il accorda 40 jours d'indulgences aux chrétiens charitables qui offriraient quelque aumône il ceux qui viendraient quêter pour la restauration de l'édifice brûlé. Il leur promit également de les faire participer aux prières et aux bonnes oeuvres des religieux de l'abbaye et même de les affilier a l'association de tous les couvents de l'Ordre. C'est la seule mention que nous ayons rencontrée, pour Saint-Sauveur, de cette confraternité des prières qui existait dans la plupart des maisons religieuses et qui a pour fondement le dogme catholique de la communion des saints. Ce lien spirituel, qui unissait plus étroitement certains membres de la grande famille de Dieu, n'excluait pas les communautés qui suivaient une autre règle; il formait un réseau dans lequel on reconnaissait les maisons que rapprochaient des relations de bon voisinage, des sympathies réciproques plus vives ou des intérêts communs. Nous ne savons pas avec quels monastères celui de Saint-Sauveur était en communauté de prières, mais nous savons qu'il n'est pas dans la liste dressée par D. Calmet pour l'abbaye de Senones, où l'on voit pourtant figurer Belchamp et Saint-Pierremont, de l'Ordre des chanoines réguliers (2).
Georges de Bade rappelle encore incidemment, dans sa lettre, plusieurs particularités intéressantes que nous ignorerions sans lui. Il nous apprend que la chapelle consacrée à la Vierge consolatrice des affligés et refuge des pécheurs était visitée par des foules de pèlerins, et qu'elle était devenue célèbre par les fréquentes guérisons miraculeuses qui s'y étaient opérées. Cette chapelle avait surtout la réputation d'avoir été le théâtre de la délivrance de nombreux démoniaques : le Sauveur des hommes y était honoré nuit et jour soit par la célébration continuelle des messes, soit par le chant des hymnes et des cantiques.

II. - Nous sommes disposé à croire que cette chapelle de la Vierge, qui était en si grande vénération, avait une statue, et que cette statue est celle qu'on voit encore aujourd'hui à Saint-Sauveur, sur une corniche derrière l'autel. Cette statue, en effet, est fort ancienne et est encore l'objet d'un culte particulier ; on vient des environs pour prier à ses pieds et faire dire des messes en l'honneur de celle qu'elle représente. D'après une légende populaire, lorsque les religieux vinrent se fixer définitivement à Domèvre, après 1568, ils se proposèrent d'emmener avec eux le précieux monument. On le chargea sur un char traîné par quatre chevaux, mais lorsqu'on voulut se mettre en marche, l'attelage, dominé par une force invisible, ne put faire un pas en avant., malgré les bruyantes excitations des charretiers. On crut reconnaître, à ce prodige, la volonté bien arrêtée de la Vierge de rester dans son sanctuaire, sur le sommet de la montagne de Saint-Sauveur. On fut obligé de l'y laisser, et on l'y voit encore.

III. - L'évêque de Toul, dans la circonscription duquel se trouvait Saint-Sauveur, n'a pas dû moins contribuer que son voisin de Metz, par ses exhortations et son crédit, à la restauration du monastère en ruine ; toutefois nous n'avons trouvé aucune trace de ce qu'il fit en sa faveur, ni du résultat des quêtes annoncées. Nous avons seulement le regret de constater que l'abbaye, à peine relevée du milieu de ses décombres fumants, succombait de nouveau au milieu des flammes en 1524 par le fait de luthériens.
C'était l'époque des guerres de religion; les protestants d'Allemagne portaient partout la dévastation dans les églises et les couvents, et montraient par là que, pour beaucoup, le motif de leur révolte n'était pas tant une affaire de croyance et de réforme des moeurs que l'envie de donner satisfaction à leur avidité et à leur mépris des institutions catholiques. Quoique perchée sur sa montagne et éloignée des grandes voies de communication, de Saint-Sauveur ne fut pas épargnée; au contraire, son isolement lui fut fatal en rendant impossible tout appel de secours. On livra le couvent au pillage, on détruisit les ornements sacerdotaux, les livres sacrés et tous les objets du culte on mit le feu aux bâtiments ; on fit la chasse aux religieux.
Les uns réussirent à prendre la fuite, et les autres qui tombèrent entre leurs mains furent emmenés et accablés de mauvais traitements (3). On commit toutes sortes d'excès scandaleux et on multiplia les scènes de sauvagerie. - Ici se présente une difficulté chronologique. Comme nous l'apprenons par la bulle de Pie V et par plusieurs autres documents authentiques (4), c'est bien en l524 que Saint-Sauveur fut brûlé par les protestants; d'autre part, d'après l'histoire générale de Lorraine, comme on peut s'en convaincre en lisant D. Calmet. (t. II, col. 1152-1153), le P. Benoit Picart (Hist. du diocèse de Toul. p. 614-615), Durival (Desrcript. de la Lorr., t. l, p. 33), Digot (Hist de Lorr. 2e édition, t. II, p. 43), ce ne fut qu'au commencement de 1525 que les paysans révoltés menacèrent de faire irruption dans notre pays. Pour concilier ces diverses informations, il faut donc admettre que les Rustauds commencèrent les hostilités en Lorraine avant 1525, ou que Saint-Sauveur fut incendié à la fin de l'année 1524, comme on comptait alors, c'est en réalité en 1525, un peu avant Pâques (5).
Cette dernière interprétation est d'accord avec un mémoire écrit en 1640, dans lequel on lit : « En l'an 1525, les luthériens et Rusticqs d'Allemagne, après avoir bruslé et descouppé les livres qui servaient à l'office divin, rompirent les verrières de l'église (6). »

IV. - Décidément l'abbaye de Saint-Sauveur paraissait vouée au malheur; on eût dit que Dieu, irrité de la dépravation des générations d'alors, l'avait choisie comme victime d'expiation. Avant 1570, elle fut de nouveau saccagée par les calvinistes. On était alors au plus fort des guerres civiles et religieuses. Les protestants français, révoltés contre l'autorité royale et ayant à leur tète Condé, Dandelot et son frère, l'amiral de Coligny, avaient appelé à leur secours leurs coreligionnaires d'Allemagne. L'électeur palatin Jean-Casimir, duc de Deux-Ponts, avait promis de leur amener 8.000 Suisses et 8.000 reîtres, à condition qu'il recevrait le gouvernement des villes de Metz, Toul et Verdun. Cette année étrangère, harcelée sans cesse et chargée par les troupes du duc d'Aumale, mit beaucoup de temps à traverser la Lorraine et y fit de grands dégâts. Mais quand, précisément, et par quelles troupes l'abbaye de Saint-Sauveur fut pillée et réduite en cendres ? C'est ce que beaucoup d'historiens semblent n'avoir pas connu jusqu'alors. D'après le P. Benoît Picart, elle fut victime de la haine sectaire d'une poignée d'hommes commandée par un capitaine nommé Janly (7) ; Digot (8), au contraire, soupçonne de ce coup de main sacrilège les princes de Salm, qui avaient apostasié et introduit le calvinisme dans leurs États dès 1540. Ils en étaient capables, car leurs troupes armées avaient assailli le couvent de Senones et le prieuré du Moniet (pris Baccarat), mis en fuite les religieux, tué traîtreusement le curé de Domptail, Nicolas Saxenat, et commis une multitude de déprédations sur les terres des églises. Ils firent certainement des tentatives pour dépouiller les chanoines de Saint-Sauveur des biens donnés anciennement à l'abbaye par leurs ancêtres (9). Toutefois il ressort assez évidemment du contexte des Lettres patentes de Charles III (10) et de plusieurs autres monuments de l'époque que ce furent des étrangers, et non des seigneurs du voisinage, qui se rendirent coupables de ces actes de vandalisme. La lettre de l'abbé Nicolas Malriat au cardinal de Lorraine (11) est beaucoup plus explicite: « Remonstre Nicolas Malriat, abbé de Saint Sauveur en Vosges, que dejay par plusieurs fois, par l'injure des temps et par les divisions pour la religion, l'église dudit Saint-Sauveur a esté pillée et presque ruynée, signamment ceste dernière fois, l'an 1568, par la violence et oultrage des souldats passants au secours des ennemis de nostre saincte et catholique religion, a esté tellement destruicte et pillée par le feu qu'il n'en resta seulement que la marque et vestige. »
Nous nous étonnons qu'on ne connaisse pas mieux les auteurs d'une destruction si notable et si récente, mais nous nous expliquons beaucoup moins que tant d'historiens aient ignoré la date réelle de cette catastrophe. Le P. Benoît la place en 1569 (12). L'auteur du mémoire adressé à l'abbé Hugo dit que ce malheur arriva vers 1565 (13) ; Digot (14) et les auteurs du Gallia christiana (15) le rangent aussi sous le millésime de 1565. Lepage, dans sa Statistique de la Meurthe, et l'abbé MarchaI, en annotant le Voyage de Dom Ruinart en Lorraine, mentionnent le même fait en 1559 (16). Nous ne pouvons douter que ce fut réellement en 1568 et en 1569 que les religieux de Saint-Sauveur furent obligés de quitter leur monastère incendié et pillé par les hérétiques, car c'est en 1570 que Pie V, autorisant la translation de l'abbaye à Domèvre, accorda sa bulle sur le bien fondé des motifs exposés par l'abbé Malriat, alors supérieur de la communauté spoliée. Il est impossible que cet abbé, témoin des faits qu'il rapporte au Souverain Pontife, se soit trompé d'année en les rappelant après un si court délai, alors que tous les esprits étaient encore sous le coup de la terreur et de la désolation ; or, les termes de la bulle sont formels « ... novissime de millesimo quingentesimo sexagesimo octavo Domini nostri anno, crudelissimis et incendiis conflagraverat... » D'ailleurs, les lettres patentes de Charles III, données aussi en 1570, sont aussi explicites et ne permettent aucun doute à cet égard. Mais ce qui est plus décisif encore, c'est une petite note transcrite en 1640 d'après la tradition conservée à l'abbaye de Domèvre, et qui nous donne des détails précis qu'on chercherait vainement ailleurs. En la mettant en regard du document qui précède, elle nous apprend qu'en réalité le monastère de Saint-Sauveur eut à à subir le choc de deux agressions très rapprochées, l'une en 1568 et l'autre en 1569. Voici les termes mêmes de cette note « Au passage du maréchal de Hessen (en 1568 ?), toutes les portes furent rompues, les verrières cassées et le bestail emmené non sans un bien mauvais traictement des abbé et religieux: qui n'avaient pas encore gagné lieu et retraicte pour se mettre en assurance ; enfin, au retour du prince d'Orange, le 24 janvier l'an 1569, tout le monastère fut bruslé, l'église, le cloistre et tous les bastiments ruinez par un certain Janlis qui conduisait ceste compagnie de nouveaux sectaires ennemys jurez de l'Église et de la religion catholique (17). »
Il est difficile d'imaginer une dévastation plus complète que celle qui fut l'oeuvre de ces soldats fanatiques. Ce n'était partout que cendres, pierres rougies par le feu, murs écroulés, décombres fumants, débris de meubles jonchant le sol des alentours tout le monastère n'était plus qu'un monceau informe et noirci par les flammes ; c'est à peine si, au milieu de cet effondrement général, on découvrait quelques murailles à demi épargnées, quelques cellules soutenues par les démolitions. Nous allons donner une courte description de ce qui s'est retrouvé après le déblaiement du terrain.

V. - Aujourd'hui on aborde facilement Saint-Sauveur ; l'administration des ponts et chaussées y entretient une route carrossable qui part de Val-et-Chatillon et conduit, par Angomont et Brémenil, dans la vallée de Badonviller.
Le sommet du coteau où est assis le village est déboisé. De là on domine la vaste plaine labourée qui s'étend à perte de vue du côté de l'occident. Du côté de l'orient, l'oeil se repose sur les vertes ondulations des montagnes hérissées de sapins ; on dirait des vagues qui se soulèvent de plus en plus en montant à l'assaut des hauteurs majestueuses du Donon. Actuellement (en 1895), il ne reste de tous les bâtiments du monastère que le choeur de l'ancienne église abbatiale (18). Ce lambeau d'édifice se dresse au milieu d'un riant verger qui porte encore le nom de cloître. Le contraste de ces restes de murailles avec le rideau de verdure qui décore agréablement un sol si pétri de souvenirs, impressionne vivement le visiteur et le fait songer malgré lui au sort éphémère des choses humaines. Le mot de Virgile, où l'on nous faisait admirer autrefois le sublime de sentiment condensé dans une expression simple et énergique, « et campos ubi Troja fuit », revient involontairement à l'esprit. Là où, pendant plus de cinq cents ans, des moines s'étaient prosternés dans l'attitude de la prière ; là où des artisans de tous métiers avaient sué, frappé, pendant de longs siècles, pour construire, restaurer, embellir ; là où les oboles quêtées dans toute la région avaient élevé patiemment un superbe édifice, on ne voit plus qu'un terrain mamelonné et irrégulier comme celui qui a été travaillé par une grande catastrophe ; l'herbe y croit tranquillement comme dans le coin le plus obscur du globe. Seule une épave d'architecture gothique, qui sert d'église aux habitants, a encore assez de consistance pour témoigner en faveur d'un passé qui ne fut pas sans une certaine splendeur. - Il semble que c'est vers 1580 que ce choeur a été rebénit pour servir d'église paroissiale à la population, car Demenge Brehier, qui fut exécuté par le feu près de Domèvre en 1583, sous l'inculpation de sorcellerie, dit, dans un interrogatoire, que trois ou quatre ans auparavant il se fit « recrémer » à la bénédiction de l'église de Saint-Sauveur (19).
Le mur de la façade actuelle porte des tronçons d'arceaux, des nervures de voûtes branlantes ; c'était le commencement de l'ancienne nef qui n'existe plus. L'intérieur de cette chapelle est éclairé par trois hautes fenêtres ogivales en fleurs de trèfle avec rosaces ; deux autres ont été remplies par un travail de maçonnerie. La voûte, haute de dix ou douze mètres, est formée de compartiments gothiques et porte, à l'intersection des nervures de chaque travée, un écusson gravé, sans doute aux armes de quelques-uns des abbés du couvent. On remarque au-dessus de l'autel un de ces écussons avec le monogramme de l'abbaye (SS), et, un peu plus loin, un petit encadrement rouge avec la date très lisible de 1559. Ce millésime indique probablement l'époque d'une restauration terminée, car l'architecture du monument semble appartenir au XIVe et au XVe siècle. Et, en effet, la reconstruction, qui a probablement conservé quelques parties de l'ancien édifice, traîna jusqu'en 1517; ce fut seulement le 7 octobre de cette année-là que Christophe du Bouley, suffragant de Toul, fit la consécration des nouveaux bâtiments en l'honneur de Dieu et de la B. V. M. et en mémoire des saints Remy, Fiacre et Urbain, dont les reliques étaient conservées dans ce sanctuaire (20). Naguère on voyait encore dans la fenêtre du milieu une ancienne peinture sur verre ; elle représentait le Sauveur versant son précieux Sang et deux anges qui en recueillaient les flots vermeils dans un vase en forme de coupe. Il y a une vingtaine d'années, un peu en avant de l'entrée actuelle de la chapelle, on apercevait un pan de muraille percé d'une ouverture; c'était l'ancien portail qui s'est écroulé dernièrement par vétusté. Les débris ont été employés à construire des maisons, à faire des clôtures de jardins ou à border le chemin qui descend de Norroy sur la Vezouse. Cet amas de matériaux, de démolitions, servait de carrière à la localité, et de là vient que çà et là, sur le territoire, on trouve des pierres frustes et des pierres ciselées et même des fûts de colonne. C'est ainsi que, depuis la grande catastrophe de 1568, les constructions plus ou moins chancelantes qui restaient encore debout disparurent une à une sous l'influence corrosive du temps ou par suite des goûts utilitaires de la population.

VI. - Il nous est pourtant possible de comparer encore ce que nous possédons maintenant avec ce qui était en 1640. A cette époque, en effet, on a rédigé, dans un livre de comptes que nous avons encore (21), une esquisse assez détaillée de ce qu'on voyait alors et de ce qui avait été détruit. Nous reproduisons intégralement ce texte qui a été écrit 70 ans après que l'abbaye avait été transportée à Domèvre
« Sainct-Sauveur est un village et le lieu où, premièrement, fut érigé le monastère duquel on voit encore à présent les vestiges et plusieurs pièces de l'ancienne muraille qui faisait le circuit de toute l'abbaye, dedans lequel est encore à présent une belle et grande chapelle qui est au bout ou souloit estre le choeur et le maistre autel de l'ancienne église dont il reste plus que des ruynes et d'un costé les murailles de la nef et quelques parties de la tour, qui témoignent par leurs restes quelle debvait estre la structure et la splendeur de ce qui est ensevelli sous les ruynes de leur incendie. - A costé de la chapelle, le long de la grande église, on voit encore la place du cloître, duquel il y a seulement une partie conservée exposée au levant sur laquelle il y a plusieurs chambres commencées et qui se pourraient facilement rendre logeables ; et, au dessouts, des caves et sur la hase court un logement bien entier où il y a plusieurs belles chambres où loge le sieur vicaire présentement, tout le reste des logments du monastère et des lieux réguliers estant en si grande confusion qu'à peine y peut-on rien recongnoistre... »
« A l'entrée de la basse cour du monastère, il y un corps de logis fort ample et bien spacieux où, autrefois, se logeait le fermier du R. P. abbé, lequel, depuis les guerres, tend à de grandes ruynes et dont il a desja plu sieurs commoditez desdits bastiments ruynés et enfoncés faulte d'y avoir prouveu d'entretienements. Le tout consiste en granges, estables, boeufveries et aultres semblables commoditez de mesnage pour faire nourriture comme du passé il s'y en faisait avec profit du R. P. abbé qui tiroit à 200 fr. de son domaine de Saint-Sauveur pour preys et héritages. »
« A droicte, il y a plusieurs autres commoditez dans un aultre bastiment qui n'est pas tant grand et qu'il semble nécessaire d'entretenir pour éviter plus grand dommage et défendre aux paysans de toucher aux bois comme desja ils ont faict et une bonne partie des maisons qui sont enfoncées parmi le village. »
Tout incomplète que soit cette description, elle suffit à nous indiquer les lignes principales de l'abbaye, l'orientation de l'église, l'emplacement des cellules, des autres appartements et des dépendances, surtout si on rapproche le texte précédent des mentions éparses que l'on rencontre dans les titres du monastère. L'abbé Collin rapporte quelque part avoir encore vu (vers 1704) dans le choeur de cette église abbatiale, du côté de l'évangile, une armoire fermée d'une grille de fer où l'on mettait autrefois le Saint Sacrement. La pierre portait une inscription en lettres gothiques conçue en ces termes « Lapis hic venerabilis est hospite Christo. » A la même époque, du côté de l'épitre, il y avait encore un grand reliquaire en forme d'armoire fermée de planches de chêne, et une inscription gothique rappelait les noms des saints dont les reliques composaient ce trésor (22).

VII. Nous ne pouvons passer sous silence un monument remarquable qui a été retrouvé dans le jardin qui occupait l'emplacement de la partie détruite de l'église abbatiale. Voulut-on le soustraire au vandalisme révolutionnaire durant l'époque tourmentée de la fin du XVIIIe siècle en l'enfouissant précieusement comme le cadavre d'une personne aimée, ou demeura-t-il oublié sous les décombres de l'édifice sacré, nous ne le savons; mais il faillit rester en terre pour toujours. Des travaux d'exploitation exécutés dans ce jardin mirent à jour ce magnifique tombeau de pierre blanche des Vosges. En 1854, le propriétaire, M. Thirion, maire de la commune, eut la générosité de s'en dessaisir en faveur du Musée lorrain. C'est lu qu'on peut encore l'admirer aujourd'hui, à l'entrée de la salle où se réunissent les membres de la Société d'Archéologie (23). M. Digot a étudié ce curieux monument et a publié en quelques pages le résultat de ses recherches et de ses observations d'une lithographie reproduisant un joli dessin de M. de Bouillé (24). La Lorraine Artiste, dans un numéro de sa douzième année, donne une planche qui est visiblement la copie du dessin de M. de Bouillé, moins la finesse des traits.
Les deux grandes statues couchées sont sculptées dans les mêmes pierres que la table qui les supporte. Les pieds du chevalier reposent sur un lion, symbole de la valeur guerrière, et ceux de son épouse reposent sur un chien, emblème de la fidélité. Comme le bouclier du héros porte dans son champ deux poissons adossés (25), M. Digot en a conclu que ce personnage devait appartenir à la puissante maison de Salm et comme l'ensemble du monument lui paraissait être dans le style du milieu du XIVe siècle, il a proposé d'y reconnaître Jean II, comte de Salm, mort en 1351, et son épouse Marguerite de Chiny (26). Mais M. de Martimprey a fait très justement observer que l'écu des comtes de Salm était semé de croisettes, comme on petit s'en convaincre en examinant leurs sceaux, tandis que le blason du chevalier enterré à Saint-Sauveur ne laisse voir aucune trace de ces petites Aussi a-t-il proposé une autre attribution qui mérite notre attention et qui a été acceptée jusqu'aujourd'hui.
Il est bon de savoir que Henri Ier, sire de Blâmont, issu de l'ancienne maison de Salm, a modifié les armes de ses ancêtres en supprimant les croisettes, et cette modification a été adoptée par ses descendants (27). Ce Henri, mort vers 1331, avait épousé, au plus tard vers 1266, Cunégonde, fille d'Eyme, comte de Linange, laquelle décéda en 1411 (28). Si le monument trouvé à Saint-Sauveur datait réellement du milieu du XIVe siècle, son âge concorderait bien avec l'époque de la mort de ce comte de Blâmont, et la conjecture de M. de Martimprey deviendrait très vraisemblable, car le texte du testament de Cunégonde nous est connu (29), et il y est dit formellement « ie eslis ma sépulture à Sainct-Saulveur con dit en Voige, si mes très chiers sires, messires de Blamont, s'y accorde... Je veux que mes héritiers vendent ce que je viens de marquer et qu'ils mettent l'argent en aquast pour faire pitance por Deu et par le salut de mon âme et de l'âme de mon signor et por faire chascun an a tojors mais mon anniversaire ; que tuit li signors de céans i soient le jor con i ferat mon anniversaire, et que chascun i chante por le salut de mon aime... » Selon toute apparence, Cunégonde, qui vécut encore neuf ans après avoir fait rédiger son testament, en avait communiqué le contenu son mari, qui était intéressé à la clause de la sépulture et celui-ci a dû se faire un devoir de respecter les dernières volontés de son épouse. Nous sommes d'autant plusen droit de le présumer, qu'il a laissé subsister ce testament, dont le texte est arrivé jusqu'à nous (30),
Cependant, si vraisemblable que paraisse l'identification due aux recherches persévérantes de M. de Martimprey, ses conclusions ne sont pas encore sûres, puisqu'il existe aux Archives départementales des Vosges un nouveau document sur la question. Ce document, daté de 1325, n'est autre que le testament du fils même de Henri Ier de Blâmont, appelé Eyme ou Eymequin : on y lit que lui aussi choisit sa sépulture à Saint-Sauveur; et par conséquent, le mausolée du Musée lorrain portant les armes de la famille de Blâmont peut être attribué à Eyme avec autant de raison qu'à son père. Voici, de ce texte, la partie qui nous intéresse :
« Je Eymes de Blâmont, chevalier, fais savoir à tous que je, en mon boin sens et en ma bonne mémoire, fais et ordonne mon testament en mey dernières volontey en ley menière que s'ensuit. Premiers je rens mon arme à Deu. Après je esly mai sépulture en l'abbayie de Saint-Saulveur en Voge on leu ou mai devencerien (mes devanciers) et mes freires geisent... (31) ». Cet Eyme dut mourir un peu après avoir fait son testament, car, depuis cette époque, il n'est plus fait mention de lui ; il était seigneur de Magnières, voué de Vic, et avait épousé Isabelle de Saint-Dizier.
Cette identification proposée ne peut avoir de valeur qu'au tant qu'une savante critique établira solidement que le tombeau en question appartient réellement au milieu du XIXè siècle. Or, M..le commandant Larguillon, qui a une compétence particulière en archéologie militaire, après avoir étudié soigneusement l'armure du chevalier couché sur le tombeau, vient de déclarer nettement que, par sa forme et sa composition, elle accuse certainement la première moitié du XIIIe siècle (32), et que, par conséquent, si l'artiste a reproduit fidèlement les types contemporains, il n'est pas possible de reconnaître sur ce monument la statue de Henri Ier de Blâmont, ni de son fils Eyme.
Ajoutons que le tombeau se compose de quatre panneaux contenant chacun cinq niches, lesquels, originairement, n'étaient pas disposés comme maintenant. Autrefois les deux faces latérales et parallèles étaient accessibles et se partageaient également les vingt statuettes qu'on voit actuellement sur trois côtés les deux faces qui correspondaient à la tète et aux pieds des deux grands personnages, étaient engagées dans la maçonnerie d'une arcade.
Au musée, le coffre du tombeau repose sur un socle moderne et mesure 54 centimètres de hauteur, environ 2m20 de longueur et 1m20 de largeur, Les vingt statuettes, logées chacune dans une niche, n'ont pas toutes des signes caractéristiques suffisants pour les faire reconnaître ; cependant douze d'entre elles doivent représenter les douze apôtres, parmi lesquels saint Paul avec son glaive. La nudité des pieds, la robe longue, le manteau et le livre, empêchent de les confondre avec les autres bienheureux et autorisent cette interprétation. Parmi les autres statuettes, ou remarque assez bien celle de Sainte Catherine avec sa roue et son diadème; saint Georges (33) avec son bouclier timbré d'une croix, et trois anges agitant un encensoir, et aussi saint Michel (selon M. Germain).
L'église de Saint-Sauveur n'abritait pas seulement les dépouilles mortelles des sires de Blâmont à en juger par les quelques mentions qu'un heureux hasard nous a mises sous les yeux, elle était une véritable nécropole de la noblesse du pays (34).
La maison de Barbay avait son caveau de famille, comme nous l'apprennent les termes de ce testament « Je Henry de barbay eslit ma sépulture en l'église du monastère de Saint-Salvour en Vosge, en la fosse de mon père cui Dieu pardionne... (35) ». Au XIVe siècle, Ferry de Couvay, écuyer de Eyme de Blâmont, choisit encore sa sépulture dans l'église de Saint-Sauveur avec ses ancêtres (36). Werry de Brouville fit son testament dans le même sens et donna 4 sols à prendre annuellement et à perpétuité sur sa mairie de Brouville, dite la Grande-Mairie, sur laquelle ses ancêtres donnaient déjà 3 soldées de terre (37). Enfin nous savons que plusieurs chevaliers de Seuquesanges (38) furent encore inhumés à Notre-Dame de Saint-Sauveur avant 1241, et nous avons lieu de croire que cette liste est encore incomplète.

VIII. - Avant de transporter le champ de nos études à Domèvre, disons un mot du village de Saint-Sauveur.
Ce petit village partagea les vicissitudes de l'abbaye. Il s'était formé comme tant d'autres qui prirent naissance et grandirent à l'ombre de ces cloîtres paisibles. Les pauvres manants de la campagne y étaient attirés par les aumônes des religieux ; ils y étaient traités, en général, avec plus d'humanité qu'ailleurs par les abbés qui étaient leurs seigneurs temporels : il fait bon vivre sous la crosse, disait un vieux dicton. A Saint-Sauveur, les habitants formèrent une agglomération suffisante pour être en état de bâtir une église distincte de celle du monastère. Cette église était dédiée a saint Nicolas, et la fête patronale était solennisée le 9 mai, jour de la Translation des reliques du saint, tandis que la dédicace était célébrée le jour de saint Simon, 28 octobre. C'était encore cette date qui, au XVIIe siècle, servait à fixer la fête du village, quoique l'église et le cimetière fussent démolis et profanés. Il ne reste absolument rien de leurs murailles nous savons seulement qu'elles se trouvaient derrière l'abbatiale, hors du mur de clôture, dont elles n'étaient séparées que par un sentier. Au temps de l'abbé Collin, vers 1704, on voyait encore au milieu des restes de cette église paroissiale, du côté de l'évangile, des fonts baptismaux bien conservés ; du côté de l'épître, une fontaine entourée d'un bief de pierre et aussi quelques pierres tombales dans le cimetière (39).
Outre l'église paroissiale dédiée à saint Nicolas, il y avait encore à environ 1.500 mètres de là, dans la direction du nord-est, dans une gorge profonde (la Fosse), une chapelle très fréquentée des pèlerins, appelée l'ermitage de Saint-Jean. Elle n'avait pu échapper à la rage des dévastateurs, et, en 1640, elle était dans un état de délabrement tel, qu'on ne pouvait y entrer sans risquer d'être enseveli sous ses ruines. Cet oratoire devait être très ancien, car déjà en 1525 l'abbé de Saint-Sauveur y nommait un chapelain en déclarant que depuis fort longtemps le droit de présentation lui appartenait quand ce bénéfice devenait vacant (40).
Aujourd'hui l'emplacement arrosé par un ruisseau qui va se jeter dans la Vezouze, entre Norroy et la Gagère, porte encore le nom de Basse-Saint-Jean, et les enfants des environs viennent se mettre en contemplation devant la source pour chercher à voir le crâne de saint Jean Baptiste, qui doit y être caché suivant une vieille légende.
Cet ermitage avait été restauré en 1698 et 1699, avec une maison y attenant, pour le logement du chanoine desservant (41). Le pape Pie V, en effet, en autorisant la translation des Chanoines à Domèvre, en 1570, avait réservé qu'un religieux de la nouvelle résidence célébrerait, toutes les semaines, l'office divin dans un lieu convenable, pour les antiques bienfaiteurs du monastère détruit, afin de perpétuer le souvenir d'un passé glorieux. Les lettres patentes de Charles III faisaient la même réserve en statuant que l'abbé serait obligé de « dresser une petite demeurance » à Saint-Sauveur pour loger le religieux qui devrait y prier et faire le service divin. L'abbé Collin rapporte qu'en 1698 on déblaya les décombres de l'ermitage pour construire une maison et qu'on trouva au pied d'une vieille muraille un tombeau de pierre creusé suivant la forme d'un corps humain. Ce tombeau avait trois pieds et demi de largeur, un pied et demi d'épaisseur et sept pieds 3/4 de longueur.
Il renfermait les ossements de deux cadavres, et ces ossements, ajoutés les uns aux autres, indiquaient la taille d'homme de sept pieds 1/2.
La guerre de Trente ans, si calamiteuse pour le pays, mit aussi au comble de la désolation le petit village de Saint-Sauveur. Les troupes ennemies y passèrent et repassèrent maintes fois en promenant le brigandage. L'armée lorraine, qui était sous le commandement du comte de Ligniville, mit le feu aux bâtiments qui avaient été épargnés par les incendies précédents ; il n'y resta que deux maisons attenantes à quelques bâtiments ruinés de l'abbaye. La population était réduite à deux habitants qui vivaient dans des grottes sauvages et des lieux inaccessibles pour échapper au pillage. Quelquefois même, n'y étant plus en sûreté, ils se réfugiaient dans les villages voisins, allaient. jusqu'en Allemagne pour se soustraire aux réquisitions de guerre et aux exigences du fisc (42), En 1650, le receveur de Blâmont fut obligé de se contenter, pour toutes les contributions dues par Saint-Sauveur, d'un chien qui valait une demi-pistole. En 1654, il n'y· avait plus qu'un bourgeois tout cassé et tout vieilli qui ressemblait à un cadavre ambulant (43). Le fut encore longtemps déserté, car, en 1733, nous trouvons une pétition adressée au P. Piart pour le prier de faire défendre aux gens de la Basse et de la Haute-Parux de vainpâturer en tout temps sur le ban de Saint-Sauveur, et cette pétition n'est signée que par huit habitants qui, d'après le texte, composent la communauté de Saint-Sauveur. Le maire, Claude Boulangé, n'a su faire qu'une croix pour souscrire cet acte (44).
D'après un mémoire écrit par l'abbé Allaine en 1703, Saint-Sauveur était alors un hameau si médiocre, qu'il n'était habité que par trois pauvres hommes qui travaillaient dans une scierie et qui ne possédaient pas un pouce de terrain ; tout le ban appartenait à l'abbé, qui avait un fermier, mais les champs étaient d'un si mauvais rapport, qu'il n'y avait pas deux quarterons de dîmes ; pendant l'occupation française, ni même auparavant il n'avait jamais été possible d'y imposer aucune taille (45).

CHAPITRE II
LES ABBÉS DE SAINT-SAUVEUR DEPUIS L'INTRODUCTION DES CHANOINES RÉGULIERS JUSQU'A LA RUINE DU MONASTÈRE (1188-1569)

Sommaire. - 1188 : Les Cisterciens de Clairlieu refusent la dîme aux chanoines de Saint-Sauveur pour les terres qu'ils ont défrichées près de Lupcourt. Départ de Pierre de Brixey (pour la 3e croisade ?). - 1193 : Cession du domaine de Tanconville à l'abbaye de Haute-Seille. - 1195 : Echange avec le chapitre de Liverdun. - 1217 : Meurtre de Renaud de Senlis et fondation de Siccard de Morsberg partant pour la 5e croisade. - 1231 Dimes inféodées de Sornéville. - Vers 1263 - Acquisition de la seigneurie et du patronage de la cure de Bauzemont en échange de Ménillot, près Choloy (Grandménil ?) - 1254 et 1256 : Mention d'un Gérard, évêque de Toul. - Contestation au sujet des réparations de l'église d'Ibigny (1298), de Bauzemont (1345), de Barbezieux (1379). - 1313 : Fondation pour une lampe devant l'autel de la Sainte Vierge. - 1456 : Interdit de l'église de Barbas. - 1470 : Importante fondation d'un curé de Moncel. - 1533-1542 : Différend entre les abbayes de Haute-Seille et de Saint-Sauveur : la cause est portée devant les tribunaux civils et devant l'officialité de Toul - Le pape Paul III casse la sentence de l'officialité de Toul. - 1543 : Conflit avec Nicolas de Luxembourg. - 1546 : Lettres du duc Antoine,

Othon IV (...1188-1193...). - Othon IV a été omis par les auteurs du Gallia, et porte le nom d'Othon III, dans le catalogue de D. Calmet, qui le place « vers 1187 ». Les Archives de l'abbaye de Clairlieu renferment une charte originale émanée de lui en 1188, au sujet d'un conflit qui avait éclaté entre les deux couvents (46) elle est la première, qui nous apprenne officiellement que le monastère de Saint-Sauveur était occupé par des Chanoines réguliers, et on y trouve des termes qui laissent entendre qu'ils y étaient tout nouvellement installés. Les religieux de Saint-Sauveur réclamaient à ceux de Clairlieu les dîmes de la cense de Beldon située sur la paroisse de Lupcourt. Ceux-ci prétendirent en avoir acheté autrefois l'exemption moyennant un cens de 6 deniers toulois, et même avoir été dispensés des dîmes par l'autorité bienveillante du Saint-Siège, ainsi que tous les frères de l'ordre de Citeaux, pour toutes les terres qu'ils avaient défrichées et mises en culture. L'abbé Othon considérant donc qu'il était déraisonnable de ne pas tenir compte des transactions faites par ses prédécesseurs, et de ne pas se soumettre aux prescriptions apostoliques, déclara confirmer l'accord précédent, et remettra en aumône aux frères de Clairlieu toutes les dîmes qu'ils auraient pu devoir, en grains et en troupeaux, pour leur ferme de Beldon, séparée du territoire de Lupcourt par un petit ruisseau. De plus, comme presque toutes les terres qui composaient cette ferme avaient été défrichées par lesdits Cisterciens, il leur remit pour toujours le cens convenu des six deniers toulois. Enfin, Cyprien, qui s'était vu frustré du tiers de cette redevance en argent auquel il avait droit comme curé de Lupcourt, avait élevé d'abord des réclamations mais, persuadé par les conseils suppliants de ses amis, il consentit à renoncer à toutes ses prétentions. Cette déclaration fut dressée, lue et approuvée dans une assemblée du chapitre à Saint-Sauveur, en présence de Humbert, abbé de Beaupré, de Pierre, Louis, Conon, Renault, Jean, Hartman et Othon, Chanoines de Saint-Sauveur ; en présence aussi de Humbert de Nancy, clerc, de Herman, chapelain de la duchesse, de plusieurs moines de Haute-Seille et de Clairlieu, etc.
Nous trouvons encore dans cette charte un détail intéressant à noter. Othon ajoute que pour cet acte, il se fait fort d'obtenir l'approbation de Pierre, évêque de Toul, qui était alors retenu par un grand voyage, ou celle de son successeur. Nos historiens lorrains nous disent que Pierre de Brixey ne partit pour la troisième croisade qu'en 1189 (47).
D'après ce texte, il se serait mis en route un peu plus tôt, ou au moins à la fin de l'année 1188, suivant l'ancien style.
L'abbé Othon est encore mentionné comme témoin dans une charte de 1189, accordée par Henri de Salm en faveur de Haute-Seille, la fin de laquelle on lit « Testes Otto abbas Sancti Salvatoris Petrus et Cono concanonici.... (48). » Les archives de l'abbaye de Haute-Seille nous indiquent encore plusieurs actes de l'administration d'Othon en 1193 (49). Un de ces documents est une lettre de cet abbé qui, sur le conseil de Henri de Salm, voué de son monastère, et par la médiation de Frédéric, archidiacre de Toul, de Brunon, son frère, de Symon, abbé de Moyenmoutier, de Humbert, abbé de Beaupré, déclare céder à de Haute-Seille le domaine de Tanconville avec ses édifices et dépendances, et une autre terre que l'évêque avait autrefois acensée à Saint-Sauveur; on stipule que la redevance totale sera un cens de 10 sols toulois payables par la maison de Haute-Seille à la Saint Jean-Baptiste ; on stipule également que pour éviter à un sujet de méprise et de différend, les religieux de Saint-Sauveur rendront les lettres du pape Eugène et de l'évêque Pibon confirmatives de la donation de Henri de Lorraine. Outre les personnages nommés plus haut, les autres témoins sont Warin, prévôt de Saint-Nicolas de Port ; Garsirius, Raimbauld et Bernard, chevaliers ; Gérard de Leintrey, Conon d'Ogéviller et Hugues, Cet acte a été dressé, lu et approuvé en plein chapitre, en présence de Louis, prieur, Pierre, chapelain, Conon, Jean, Renault, Valdric, Pierre, Hartman, Otton, Dominique, Siegfrid, Chanoines de Saint-Sauveur.
La même année, Eudes, évêque de Toul, ratifie la transaction passée par Othon avec l'approbation de tout son chapitre il loue les relations amicales qui existent entre la maison de Saint-Sauveur et celle de Haute-Seille, et qui ont été provoquées et entretenues par plusieurs libéralités. Enfin Jean, archevêque de Trèves, à la prière d'Eudes de Lorraine, pour donner encore plus de force et de stabilité à ces contrats, les confirme solennellement avec son autorité de métropolitain.
Nuus possédons encore un cypographe (50) d'Eudes de Lorraine-Vaudémont, de l'an 1195, pour approuver un échange fait entre les chanoines de Saint-Sauveur et ceux de Saint-Euchaire, de Liverdun. Ou y parle de l'abbé de Saint-Sauveur, mais sans citer son nom, en sorte que nous ne pouvons pas répondre qu'il s'agisse réellement d'Othon IV. Pierre de Brixey avait proposé à un des prédécesseurs de cet abbé de lui donner l'église de Bon-Moutier avec les deux tiers des dîmes s'il consentait, lui et son chapitre, à abandonner aux chanoines de Liverdun tout ce que l'abbaye possédait à Pompey, à Conllans (Custines ?) et à Saint-Marc. L'abbé s'y était d'abord refusé, mais, plus tard, les Chanoines ayant réclamé, Eudes, pour donner suite au projet de son prédécesseur, ratifia cet échange et le déclara consommé.
C'est encore en 1195 que le même évêque de Toul accorda à l'abbaye l'exemption de plusieurs redevances annuelles (circaturam, nummos, avenam, synodum). Nous en parlerons plus amplement au chapitre V de la deuxième partie.

Thiébaut (... 1206-1221.). En 1206, Thiébaut acquit pour son monastère plusieurs biens à Ménillot. C'est lui, sans doute, qui est l'auteur d'une lettre de l'an 1221, où il n'est désigné que par la première lettre de son nom « T. Dei gratia albas Sancti Salvatoris. (51) ». On y rapporte qu'un long différend avait mis en désaccord les maisons de Saint-Sauveur et de Haute-Seille au sujet de la possession d'un pré appelé pratum marum. Enfin, las de soutenir leurs prétentions réciproques, les deux parties étaient convenues que Haute-Seille aurait pour sa part tout le côté qui est dans la direction de Cirey, comme l'indiquaient les bornes qui avaient été placées, et que Saint-Sauveur retiendrait l'autre portion, c'est-à-dire celle qui commençait avec ces bornes et qui s'étendait du côté de Harbouey,

C'est sous son gouvernement que fut commis un crime détestable qui. eut un grand retentissement à cette époque. Renaud de Senlis, évêque de Toul, commençait ses visites, en 1217, par la Vôge. Il avait passé la fête de Pâcques à Saint-Sauveur, et il en était sorti pour aller à Senones, Moyenmoutier, Étival, quand, en se dirigeant vers Autrey et en s'engageant dans un chemin resserré par les montagnes et les marais, il tomba dans une embuscade de brigands organisée par son prédécesseur, Mathieu de Lorraine, qui avait été déposé à cause de ses désordres. Le malheureux évêque fut frappé à coups de poignard, dépouillé de ses vêtements et abandonné le long de la route, près d'un étang (52). - La même année 1217, Siccard, chevalier de Morsberg (Marimont), avant de partir pour un voyage au delà des mers, lègue à l'abbaye de Saint-Sauveur, avec l'assentiment de son épouse, Sophie de Blâmont, son alleu de Wastremanges, à condition que lui ou sa femme en auront jouissance durant leur vie en payant un cens de six deniers (53), Il y a lieu de croire que ce voyage d'outre-mer, en 1217, n'est autre que la cinquième croisade, qui fut surtout composée d'Allemands et de Hongrois,

Claude Ier (1221-1224). - Il n'était connu que par deux mentions datées de 1223 et 1224 et rappelées par le Gallia christiana Nous en avons trouvé une autre de l'an 1221 (54), mais Claude n'y est désigné que par son initiale « C » ; il s'agit d'un accord entre l'abbaye de Saint-Sauveur et celle de Haute-Seille, qui se partagent le pré Saint-Martin (ban de Cirey).

Othon V ? (1224). D. Calmet assigne la date 1224 à Othon IV. Si, réellement, un abbé répondant à ce vocable a gouverné Saint-Sauveur à cette époque, il serait le cinquième du nom, d'après notre liste.

T... (1239). Sous l'année 1239, D. Calmet place deux abbés de Saint-Sauveur, dont le premier n'est connu que par son initiale. (Il est omis par le Gallia.)

Richer (1239). Cet abbé fit plusieurs acquisitions à Domèvre en 1239. Ce fut peut-être lui qui, en 1245, fut cité à comparaître devant les délégués du Saint-Siège pour faire preuve de ses droits de nomination aux cures de Barbas, Cirey, Domèvre et autres (55). Nous parlerons ailleurs de cette question. En 1251 (56), Jacques, évêque de Metz, confirme à l'abbé de Saint-Sauveur la restitution des dîmes de Sornéville, de Monay, de Pierrepont, et le droit de patronage de la cure de Sornéville, toutes choses que Jean, chevalier d'Athienville, avait usurpées contre les saints canons. Quant aux droits en quarterons, en cens, en services et en hommages dont jouit le même chevalier sur le ban desdits villages, il les vend au couvent de Saint-Sauveur pour 180 livres de messins. - En 1242, Roger de Marcey, évêque de Toul, fait savoir que le vendredi avant la Nativité de Notre-Dame, en septembre, Perrin, fils du seigneur Simon, chevalier de Nancy, a engagé u l'abbé de Saint-Sauveur sa vouerie de Burthecourt pour vingt livres de messins, et promet de n'exercer aucun droit en cette seigneurie tant qu'il n'aura pas rendu cette somme. Foulque, chevalier de Brin, s'engage, sous peine d'excommunication, à faire respecter ce contrat (57). Un peu plus tard, en janvier 1257, le duc Ferri III atteste que, par son crédit, Perrin, fils de Simon de Morey, a également engagé sa vouerie de Burthecourt à l'abbaye de Saint-Sauveur pour 30 livres de messins, En 1242, le doyen et le chapitre de Toul délivrèrent à l'abbé de Saint-Sauveur des lettres qui agréaient toutes les concessions antérieures faites par les évêques de Toul et les archidiacres (58).

O... - L'abbé dont le nom commence par cette lettre nous est indiqué comme vivant sous le règne du duc Ferri par le cartulaire de Bar (1244-1256). Il n'est mentionné que par D. Calmet, de même que son successeur Th... Nous remarquons dans les papiers de Saint-Sauveur une grande pénurie de titres datés de la première moitié du XIIIe siècle. Ils sont si rares que Ruyr, dans ses Saintes Antiquitèz de la Vôge (p. 292), laisse subsister, dans la liste qu'il a dressée, un hiatus qui va de 1170 à 1299.

Th.... - Cet abbé vivait au milieu du XIIIe siècle.
Gilles de Vandières (Egidius Wanderus ou de Venderiis) (...1260-1266...). - D. Calmet rencontre son nom dès 1260.- L'abbaye possédait la villa et l'église de Ménillot, près de Choloy, et la chapelle Saint-Barthélemy, située dans un autre Ménilot, près d'Ecrouves (59). L'abbé Gilles (60) céda toutes ces possessions au chapitre de Toul vers 1263 et reçut de lui, en échange, le domaine de Bauzemont avec toutes ses appartenances, terres arables, prés, cens, droitures, justice et tous autres revenus; il obtint en même temps le droit de faire desservir Bauzemont par ses chanoines, sauf le droit de l'archidiacre et de l'évêque. En 1266, il fit encore plusieurs acquisitions au profit de l'abbaye. Il faut donc traduire par Wanderus (de Vandières) l'initiale placée en tète d'une charte de 1263 qui commence par ces mots « Universis ad quorum notitiam praesentes litterae pervenerint, W. Dei patiencia abbas Sancti Salvatoris Vogiensis... » Elle fut écrite à l'occasion d'un désaccord survenu entre les religieux de Saint-Sauveur et ceux de Haute-Seille au sujet d'un pré et d'un bois situés près d'une fontaine, dans le voisinage de l'abbaye (61). Les parties convinrent de s'en rapporter u l'arbitrage de Mathieu, fils de Wirric de Hattigny, chevalier, et à Thierry de Ygnonmaison, ancien prévôt. Warin d'Ancerviller, Gérard et Thierry, fils d'André de Parux, autrefois chevalier, se portèrent de l'exécution de la sentence, en présence de Richard, archiprêtre de Marsal, de Gérard et Thierry de Herbéviller, chevaliers de Conon, prévôt de Blâmont, et de plusieurs autres. Gilles de Vandières paraît encore en 1266 (62). Sous sa prélature, nous rencontrons avec étonnement deux chartes attribuées à Gérard, évêque de Toul, l'une dit mois de janvier 1254 (vidimée en juillet 1256), et l'autre du mois de novembre 1264. Aucun Gérard ne figure cette époque dans le catalogue des évêques de Toul. Il est vrai que, vers le même temps, il y eut des intrigues et des compétitions qui divisèrent plusieurs fois le chapitre de Toul lorsqu'il dut procéder à une élection épiscopale. Ce Gérard (de Parroy ?) serait peut-être un candidat qui aurait obtenu une partie des suffrages. Nous nous contentons de signaler ce problème, que des recherches ultérieures pourront résoudre (63). En 1254, Gérard certifie l'authenticité des lettres par lesquelles Vidric, Sybille, Aloyd et Mastald, enfants de Havide de Barbay, approuvent le testament de leur mère, qui avait légué à l'abbaye de Saint-Sauveur le droit de patronage et les dîmes qu'elle possédait sur la paroisse de Fenneviller. En le même Gérard ratifie toutes les concessions faites au monastère de Saint-Sauveur par ses prédécesseurs, en réservant que les abbés seront tenus de lui présenter leurs Chanoines pour recevoir l'institution aux cures dont ils ont la charge.
En 1263, dans l'octave de Pâques, Henri, comte de Salm, et Frédéric, son fils, font savoir qu'ils doivent au couvent de Saint-Sauveur 4 quarterons de seigle et 18 sous toulois, parce qu'ils ont acquis de Rodolphe et de Rambald frères, nobles hommes « de Friaquesing », leur alleu de Badonviller qui était grevé cette redevance annuelle (64), C'est ce Frédéric ou Ferry qui maltraita son père et fit une infinité de maux aux abbayes de Saint Sauveur, de Senones et de Haute-Seille, non seulement par lui-même, mais par son prévôt nommé Matthieu, qui avait autant que lui la haine des églises et des religieux (65). - En 1264 le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, Henri, sire de Blâmont, prend et retient en et bonne protection l'abbé et les religieux de Saint-Sauveur, ainsi que leurs biens, leur église et couvent, « aussy la ville et la court de Domepvre au-dessous de Blamont à eulx appartenans, ne les pouvans ny devans, luy ny ses hors (héritiers) mettre fuer de sa garde pour guerre advienne ou puisse advenir ; ainsi warder et défendre envers tous et contre tous comme bourgeois » moyennant certaines rentes en grains et en deniers que paieront les habitants de Domèvre (H. 1374.). - Enfin, en 1274 « Jean, sire de Vannesberg, le Duc, et avoez de Chancey, et de sa femme », renoncent volontairement au traité passé le couvent de Saint-Sauveur au sujet des dîmes de Burthecourt, Lupcourt, Azelot, Xandronviller et de la vouerie de Burthecourt (H. 1405).

Pierre (...1276...). - En avril 1276, Pierre termine pacifiquement un différend survenu entre Mathieu, Thieriot, Vatrin et Poirson, héritiers de Jean dit Bréhart, au sujet de l'héritage de Viry de Bauzemont, le « provendier » du monastère (66). Pierre n'est pas mentionné par le Gallia. C'était lui, sans doute, qui était abbé quand, en 1275, Isabelle, dame de Riouville, céda au monastère le patronage de l'église de Sornéville, qu'elle lui avait contesté auparavant (67), En 1276, le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, Pierre d'Azoudange, chevalier et vassal de Henri de Blâmont, donne en aumône à Saint-Sauveur 20 sols messins de cens à prendre annuellement sur les « texsages », les prés, les bois et les maisons d'Azoudange; il donne aussi le breuil de Testampral, venant de sa femme « Agnès d'Onnoy (68) ».
En 1277, Berthold, archidiacre de Metz, confirme à l'abbaye de Saint-Sauveur toutes les concessions faites précédemment par les archevêques, les évêques et les archidiacres, pour ce qui concerne l'église de Domèvre (69). Nous possédons une autre charte sans date, émanée du même dignitaire, dans laquelle il fait connaître qu'a près un long différend avec l'abbé de Saint-Sauveur, d'après le conseil d'hommes sages et prudents, il lui abandonne tous ses droits sur l'église de Domèvre, à l'exception des six deniers de cens et de la redevance synodale qui était aussi de six deniers (70).

Henry (...1282-1289-1296-1298-1299...) En 1282, il est en lutte avec les habitants d'Ibigny (71). En 1289, il acense à seigneur Hale de Lunéville, fils de feu seigneur Hale et de dame Jehanne, un pré situé sur le ban de Maizières, dont Gérard de Bussy et dame Hanus, sa femme, avaient eu la jouissance (72). - En 1296, il nomme à la cure de Repaix (73). - En 1298 (74), il est de nouveau en désaccord avec les prud'hommes et la communauté d'Ibigny ; Gérard, curé de Gogney, et Abelin, maire de Frémonville, rapportent, d'après la tradition, que l'abbé et le couvent doivent recouvrir le « moustier d'Ibigny » et que les prud'hommes doivent le charroi, et que tous les conduits de cette paroisse doivent à l'abbaye chacun une maille, qui est perçue par les hymbulles. Les auteurs du Gallia, ont encore rencontré son nom en 1299. Il n'a pas joui sans doute très paisiblement de son titre d'abbé, car, en l292, nous lui trouvons un concurrent. - En 1281, Stevenins. dit Gérondar de Barbay, et Cunégonde, sa femme, avec l'assentiment de Lamblin et de Simonin, ses frères, donnent au couvent de Saint-Sauveur le moulin de Hnrmont-sur-Vezouze, près de Barbezieux (75). La même année (15 août), Conrad, évêque de Toul, ratifie toutes les concessions faites par ses prédécesseurs, à Saint.-Sauveur et à Haute-Seille et les transactions survenues entre ces deux maisons (76).

Baudouin (...1292...). - Nous sommes surpris de rencontrer dans un acte du mois d'octobre 1292 un Baudouin qualifié du titre d'abbé de Saint Sauveur. Cet abbé met son scel pour confirmer l'authenticité des lettres par lesquelles Alison (femme de Henrion dit Longé et soeur de Liétard de Brouville) vend à Henri de Blâmont tout ce qu'elle possède à Ancerviller, à Couvay et à Brouville (77).

Gérard Ier (...1305...). - Gérard a été omis par les auteurs du Gallia. Il est signalé dans une charte datée du dimanche après la Saint-André, à la suite d'un désaccord survenu entre lui et Baudouin, abbé de Senones, au sujet de réparations à faire à l'église de Bauzemont (78). - En 1303, la veille de la Translation de saint Nicolas, Simon de parroy fait savoir que lui et ses hoirs sont et doivent être hommes de plein hommage du Sr abbé de Saint-Sauveur et tiennent de lui tout ce qu'ils ont à Arracourt (79).

Simon Ier (1305-1309...). On rencontre son nom de 1305 à 1309 (Gall. chr.) En 1309, le vendredi après la fête de l'Annonciation, Henri, doyen de l'église de Sarrebourg, avec le consentement d'Agnès, sa soeur, et des filles de celle-ci, Catherine et Gertrude, vend à l'abbaye plusieurs pièces de terres situées sur le territoire d'Ibigny (80). - En 1312, Colais, fils de Jordain de Blâmont, déclare tenir et reprendre pour toujours des religieux de Saint-Sauveur tout ce qu'ils possèdent à Maiziéres, à Misselange et Videlange, en champs, en bois, en maisons, en chapons et en gelines; cet héritage venait de Warin, le maréchal d'Ancerville et d'Isabelle, sa femme (81). - En 1313, Henri de Herbéviller, bailli de Blâmont, fait une fondation de 10 sols toulois de cens annuel et perpétuel pour entretenir une lampe devant l'autel de la Sainte Vierge fondé par lui à Notre-Dame de Saint Sauveur, et une autre fondation de 20 sols pour faire tous les ans son anniversaire. Henri, sire de Blâmont, appose son sceau à ces lettres (82). En 1313, Simon de Parroy prête foi et hommage à l'abbé de Saint-Sauveur pour ce qu'il possède à Arracourt (83), et en 1316, Ferry de Couvay, écuyer, abandonne à son frère Liétard, chanoine de Saint-Sauveur, la jouissance des terres qu'il a achetées avec lui ; mais il réserve que ces propriétés lui reviendront après la mort de Liétard, moyennant un cens annuel de 10 sous toulois payables à l'abbaye ; et il promet, si lui, Ferry, décède sans enfant, de donner à Saint-Sauveur tout ce qu'il possède au finage de Couvay pour son anniversaire et celui de ses prédécesseurs (84).

Renaud (...1324-1330...). D. Calmet et les auteurs du Gallia signalent sa présence en 1330. - Mais il était déjà abbé en 1324, car les archives de Haute-Seille possèdent un titre de cette année par lequel Renaud atteste l'authenticité de plusieurs lettres épiscopales (1176 et 1225) en faveur de cette dernière abbaye. Ce titre est daté du jeudi après le dimanche où l'on chante Invocavit (85). - Le mardi d'après le dimanche Reminiscere 1324, Gauthier dit Sirset, d'Esseldorf, prend en location, du couvent de Saint-Sauveur, un pré situé sur le ban d'Esseldorf, du côté de Griselingen, près du moulin, moyennant une redevance annuelle de 14 sous messins (86). - Le mercredi de la mi-carême 1330, par devant François, clerc et maître d'école de Blâmont, et les gardiens du scel du tabellionnage, Mathieu, fils de Henri de Herbéviller, et Jante, sa femme, déclarent recevoir de l'abbaye un journal de terre situé à Herbéviller, moyennant une redevance annuelle de deux sols de strasbourgeois (87).

Liétard (...1332....).. Liétard était issu de la famille des seigneurs de Couvay : il enrichit le monastère de ses biens patrimoniaux. Il gouvernait en 1332 (Gall. christ.).

Thomas (...1334-1342...). Thomas est connu dès 1334. Le jour de la fête de saint Denis 1337, il appose son scel avec Bancelin, abbé de Senones, à un acte par lequel Thiébaut de Blâmont confirme la donation faite par son frère Henry à la collégiale Saint-Georges de Deneuvre (88). - En 1338, il assiste au synode de Port, où fut prise une décision en faveur de son abbaye. En 1341, le lundi après la fête de saint Jean le Décollé, jour de saint Mansuy, au mois de septembre, il sert d'arbitre entre les religieux de Haute-Seille et la communauté de Hattigny, qui étaient en contestation au sujet des dîmes de cette localité (89). - En 1334, le duc Raoul accorde des droits de sauvegarde à l'abbaye de Saint-Sauveur pour le gagnage qu'elle possède sur le ban de Bauzemont ; il lui réclame en retour une redevance annuelle de dix resaux d'avoine (90).

Gérard II (1343-1345...). - En janvier 1343, Gérard paie à Howas d'Einville « nuef vins et douz livres de petis tournois » pour dettes contractées par lui et ses prédécesseurs; il lui devait encore tous les ans, à la Saint-Martin d'hiver, 17 ymaux de blé (91). La même année, il reçoit de Jean Ferry·, chevalier, un fonds de terre sur le ban de Couvay. - En 1345, le dimanche après la fête de saint André, Gérard, abbé de Saint-Sauveur, et Bancelin, abbé de Senones, sont en contestation au sujet du recouvrement de l'église paroissiale de Bauzemont ; chacun cherchait à en éluder les charges. L'abbé de Senones prétendait que l'abbé de Saint-Sauveur y était tenu parce qu'il était patron de cette cure et celui-ci prétendait que ce devait être l'abbé de Senones, parce que celui-ci percevait la moitié des grosses dîmes de la paroisse. On prit des arbitres de part et d'autre, et l'official de Toul termina le différend en décidant que le couvent de Senones supporterait les deux tiers des frais, et le couvent de Saint-Sauveur paierait le reste (92).

Vautrin ou Vathier ? (...1355-1372....). Vautrin est connu dès 1355 est apparemment le même que Vatier, que l'on rencontre en 1361. En 1363, il reçoit des sires de Marley un muid de sel pour la fondation d'un anniversaire. - Le duc Jean lui confirme plusieurs privilèges en 1372, - Le 4 mars 1355, Jean, évêque de Metz, confirme aussi à l'abbaye de Saint-Sauveur le droit de patronage sur plusieurs paroisses de son diocèse (droit qu'il lui avait contesté auparavant devant les juges délégués par le Saint-Siège) mais c'est à la condition formelle que les abbés de Saint-Sauveur seront tenus de présenter leurs Chanoines aux évêques de Metz pour en recevoir l'institution canonique.

Simon II (1379). Cet abbé n'est mentionné ni par D. Calmet, ni par les auteurs du Gallia (93). - En 1379, l'église de Barbezieux tombait en ruines et avait besoin de promptes réparations. Les prud'hommes de cette communauté prétendaient que, de temps immémorial, les abbés de Saint-Sauveur étaient tenus de « couvrir lou chantey » (94) et la nef de leur moutier comme étant curés et patrons de leur église ; l'abbé Simon prétendait, au contraire, n'avoir pas cette obligation, parce que « ledit moutier était chapelle ». Gérard, curé de Deneuvre, fut choisi pour arbitre et décida, le 10 juillet de cette année-là, que l'abbé Simon et ses successeurs fourniraient les tuiles et les bois de construction pour l'entretien de la nef et du chancel de l'église ; que les habitants auraient à leur le charge le charroi des matériaux, et que le reste des frais reviendrait par moitié aux deux parties. Ces lettres furent passées par devant Jean de Flin, prêtre, notaire par l'autorité de l'empereur, et en présence de seigneur Demenge, curé de Montigny, de Jean, vicaire de Hablainville, et Jean de Gerbéviller, prêtre (95).

Geoffroy de Blâmont (...1383-1403...). - D. Calmet et le Gallia nous font savoir que Geoffroy jouit de la dignité abbatiale durant la période de 1383 à 1403, mais ils sont muets sur le nom de sa famille. Un titre de 1384 nous apprend qu'il appartenait à l'illustre maison de Blâmont « Religioux et honeste signour Joffroy de Blâmont par lai patience de Deu, abbey de Sainct-Salvour en Voige en diocese de Toulz (96).» Il achète pour lui, et pour ceux à qui il lui plaira d'en faire profiter, une maison avec ses dépendances située à Blâmont, près de la porte « Dazie » et du grand chemin de la Neuve-Ruelle, pour la somme de soixante petits florins de bon or et de juste poids. - Geoffroy et Ferry, le prieur de son couvent, mettent leurs sceaux pendants une lettre de donation en faveur de Haute-Seille, le 14 septembre 1401 (97). Le 25 novembre 1403, à Deneuvre, le même abbé met encore son sceau à un acte par lequel Valburge et Jeanne de Blâmont déclarent vouloir entrer à l'abbaye de Remiremont (98).

Jean 1er Aubertinet de Blâmont (...1414-1422...) - D. Calmet lui assigne la date douteuse de 1414 ou 1424. En 1409, le vendredi d'avant l'Annonciation, Étienne Henrien, doyen de Sarrebourg, et Agnès, sa soeur, vendent à l'abbaye tout ce qu'ils possèdent sur le finage d'Ibigny, Bensdorf, Utanges, pour 50 livres de strasbourgeois (99). En 1416, Jean Noirbache donne un pré à Badonviller, et Jean Parmentier, de Domèvre, donne un immeuble en 1422, pour devenir participants des prières des religieux. Cette dernière libéralité est acceptée par « Jean de Blâmont », abbé de Saint-Sauveur (100). La même année, Jean de Domèvre et Zahel, sa femme, font encore une donation dans le même but (101).

Jean Il de Vaxainville (...1425-1426...). - Jean de Vatainville est connu dès 1425. En 1426, le 2 décembre, il réclame l'exécution d'une clause par laquelle Henry de Barbay, qui avait choisi sa sépulture dans l'église de Saint-Sauveur, lui léguait 10 livres de toulois (102). Le 2 décembre 1431, Marguerite de Lorraine, veuve et dame de Blâmont, ayant la mainbournie de Ferry de Blâmont, son fils, et de tous ses autres enfants, renonce en faveur du monastère de Saint-Sauveur aux menues dîmes du Val de Bon-Moutier, dont sa soeur, dame Vaubourg de Fénétrange, jadis dame de Blâmont, avait joui de son vivant, mais en chargeant sa conscience. L'abbé lui donne main-levée pour le passé, à cause de la sauvegarde que les seigneurs de Blâmont ont exercée sur le couvent (103). Un cartulaire de l'abbaye (104) lui attribue encore un acte du 18 août, par lequel il déclare laisser au maire Mougenot de Valois, pour sa vie durant et celle de son fils, un pré situé sur le ban de Bon-Moutier, pour 7 sols payables à la Pentecôte. Il faut peut-être lire 1442 au lieu de 1452., car en 1445 nous rencontrons le nom d'un autre titulaire.

Gérard II (...1445...). - On s'accorde généralement à placer Gérard II à la date de 1455. - On ne connaît rien de son administration. On lit la date de 1446 (le jeudi après les bures) qu'Olry Simonin et Alison, sa femme, fondent leur anniversaire en léguant à l'abbaye un pré avec bois, produisant six bonnes charrées de foin. Ils conservent la jouissance du poil de ce pré pendant leur vie, en payant un blanc à l'abbé (105).

Jean de Bonviller (...1452-1453...). - Le 30 décembre 1452, Jean de Bonviller, abbé de Saint-Sauveur, déclare avoir emprunté à Ferry, sire de Blâmont, la somme de 225 vieux florins de bon or et de juste poids « dans un très grand besoin et nécessité évidente de son église» l'année précédente à plusieurs reprises. Pour le payement de cette dette, le couvent lui cède pour trois ans les dîmes de Domèvre, Barbas, Leintrey, Vého, Blémerey et Emberménil. Le sceau de Jean de Bonviller est bien conservé (106).

Jean IV Stephani ou Stévenin (...1455-1470-1477 ?). - Jean IV Stephani est appelé abbé de Saint-Sauveur dès 1455. Le 10 juillet 1456, il porte une sentence d'interdit contre l'église de Barbas (107). Il rappelle que, d'après les décrets des conciles provinciaux et les statuts du diocèse, tous ceux qui s'emparent des biens ecclésiastiques par la force et sans avoir été commissionnés pour cela sont déclarés sacrilèges et excommuniés. Récemment, sur le ban de Barbas, des malfaiteurs, oublieux de leur salut et ne craignant point Dieu, s'étaient approprié les brosses dîmes qui appartenaient aux religieux, D'autre part, les paroissiens avaient refusé de nommer un paulier pour transporter les dîmes à l'abbaye, comme c'était depuis longtemps la coutume. Jean Stephani fait usage des censures ecclésiastiques contre les coupables jusqu'à ce qu'il ait obtenu satisfaction. Les auteurs du Gallia ajoutent que, la même année, il excommunia deux de ses religieux, qui étaient dans le ministère pastoral et qui étaient de moeurs décriées. - En 1640, le 18 juin, Guillaume Filatre, évêque de Toul, accorde des lettres par lesquelles il donne son consentement à l'union de la cure de Lupcourt à l'abbaye de Saint-Sauveur (108). - C'est sous l'administration de l'abbé Stephani que les bâtiments de l'abbaye disparurent en quelques heures dans un incendie, le 30 mars 1470 (109). Cet abbé résigna en faveur de son successeur, Jean Didier, dès 1470, d'après les auteurs du Gallia et D. Calmet, mais pas avant 1477, d'après les documents qui nous sont tombés sous la main; ou du moins, s'il abandonna l'administration Jean Didier, il garda le titre honorifique, car, le 20 décembre 1474, il acensa à perpétuité à Mougin et à Baliste de Bathlémont une pièce de terre située audit lieu, moyennant trois chapons de rente annuelle, et à condition que les preneurs seraient sujets de l'abbaye (110). En 1477, le 1er mai, il acensa encore à Colin, fils de Mougin Henry, de Harbouey, un pré situé au Chamay, moyennant 4 chapons de rente annuelle (111).

Jean IV Didier (1470 ?-1477-1486). C'est sans doute lui qui est désigné dans le passage suivant d'une chronique de lorsque son prédécesseur était au pouvoir ; ce texte parle en faveur de la chronologie que nous avons adoptée.
« En l'an de grace Nostre-Seigneur 1470, en juillet, messire Jean Didier, nostre conquanoine (co-chanoine) religieux, alors curé de Moncel-Sur-Seille, en l'honneur de Dieu et de la glorieuse Vierge Marie, en mémoire de la saincte Salutation angélique, ait donné 100 florins d'or du Rhin pour chanter à haute voix devant et au commencement de toutes et chacunes heures canonialles chantées en nostre monastère et église de Saint-Sauveur en Vosges, Ave Maria gratia plena... fructus ventris tui. Monsieur Jean Stevenin, pour lors humble abbé, lequel à ce que dessus ait consenty ensemble tous les religieux comme il appert par les lettres sur ce faictes attestées de sceaux (112). ») Il mourut en 1486. C'est lui qui, en 1485, a donné par testament à l'abbaye le pré le Chevalier, qu'il avait acheté sur le ban de Domèvre (113).

Jean IV Gadet de Bertrichamp (1486-1515). - En 1488, le 14 juillet, il achète à Lamblin (114) Trinquart, de Domèvre, un pré pour 24 fr. En 1491, le 7 septembre, il acense à Jean Bolengier, de Domèvre, à perpétuité, un champ avec meix et jardin situé au ban de Domèvre, entre le moulin de l'abbaye et le chemin qui va à Blâmont, à condition toutefois que les religieux pourront en extraire les pierres nécessaires pour refaire et maintenir « les vannes de leur moulin ». Il serait trop long de rapporter la longue série d'acensements qu'il a accordés au détriment du temporel de son abbaye ; cette manière d'administrer ne peut s'expliquer que par le mauvais état des finances de la maison, à la suite de l'incendie de 1470 (115). En 1495, il permet à un de ses religieux, Désiré Thouvenin, de faire le pèlerinage de Rome. Il avait sans doute quelque lien de parenté avec Jean Gadet, curé de Moyenmoutier et de Raon, car, en 1502, ils font ensemble une fondation à l'abbaye de Saint-Sauveur. Pour l'acquit de ces services, ils laissèrent la somme de 350 francs, que l'on convertit en acquêts sur le territoire d'Azerailles. En 1488, le 24 juillet, le bailliage de Nancy décida que le droit de passage à Arracourt devait se payer à l'abbé à raison d'une brebis par cent et d'un chatron [chevreau] pour cent. - C'est Jean Gadet qui est désigné comme exécuteur testamentaire de Claude, seigneur de Blâmont, avec l'évêque élu de Toul, le 4 juillet 1496 (116). Il mourut en 1515.

Claude II Gauzelet ou Hauzelet ou Hozelet « de Marienvelay » (Marainviller) (1515-1527). -En 1517, il sert d'arbitre entre les abbés de Moyenmoutier et de Haute-Seille au sujet d'un cens de 6 gros réclamé par Guérard de Gomberval, abbé de Moyenmoutier. La même année, Christophe de Bouley, suffragant de Toul, consacre la nouvelle église de Saint-Sauveur (117). En 1518, l'abbé Hozelet acense plusieurs pièces de terre du domaine de Bauzemont. En 1523, il accepte la fondation d'un anniversaire faite par Verry de Luxembourg. Cet anniversaire se célébrait le 23 décembre, avec messe haute et vigiles des Morts, et pour ce service l'abbaye recevait 6 poules et 5 gros à prendre sur la seigneurie de Parux (118). Le 5 août 1520, Jean Lalleman vend à « Claude Hozelay de Marienveley » (de Marainviller) trente gros de cens annuel et perpétuel qui devront être payés « en la maison et court de Domepvre (119) ». Cet abbé porte la même qualification dans deux autres titres, l'un du 8 décembre 1522, et l'autre du 20 septembre 1523 (120).

Les lettres patentes du duc Antoine, datées du 9 mai 1526, rapportent un appontement fait entre les habitants de Domèvre et « Claude Houzellat », abbé de Saint-Sauveur (121). Cet abbé prétendait pouvoir user de la forêt de Benabois suivant son bon plaisir, ainsi que de la paixon; et la communauté de Domèvre lui contestait ce droit. Le duc Antoine fut choisi pour arbitre souverain et décida que l'abbé pourrait prendre dans cette forêt tout ce qu'il lui faudrait pour entretenir sa maison de Domèvre, son moulin et son battant; qu'il pourrait aussi y envoyer ses porcs pour la puixon, mais seulement ceux qui seraient de son nourri, non pas ceux qu'il achèterait; que, quant au reste, la forêt serait à l'usage de la communauté de Domèvre (122).
En 1525, un grand malheur avait frappé l'abbaye de Saint-Sauveur ; une bande de protestants insurgés avait franchi la chaîne des Vosges, mis le feu au couvent et dispersé les religieux (123).
Le 21 juin 1527, Claude fit son testament et donna 600 fr. pour fonder une messe par semaine, qui se disait chaque lundi à l'autel Saint-Nicolas.
Il sa dignité en faveur de Gérardin-Jacob Viviani dès 1518 (124), et mourut en 1527.

Gérardin-Jacob Viviani (de Domèvre) (1527-1540). - Ce fut lui qui reconstruisit l'église et le couvent après l'incendie de 1524. En 1533 (125), D. Adam, abbé de Haute-Seille, adresse une requête au duc de Lorraine, dans laquelle il se plaint de ce que Claude Regnart, prieur de Saint-Sauveur et curé de Harbouey, se soit adjugé de sa propre autorité et ait fait lever certaines dîmes sur les appartenances de l'étang de Grasson, où il n'avait aucun droit. L'abbé de Haute-Seille ayant fait défense au commis de ce prieur de continuer à lever ces dîmes, il n'obéit point ; bien plus, Claude Regnart fait citer les plaignants devant le bailli de l'évêché de Metz, à Vic. L'affaire n'y est point terminée. Le suppliant demande qu'elle soit jugée par la justice ducale ; le conseil du duc y consent, à condition qu'on rendra à l'abbé de Saint-Sauveur les deux boeufs qui lui ont été pris en cette occasion par les gens du comte de Salm, protecteur de Haute-Seille (septembre 1533). Cette contestation n'était point encore terminée en 1535 (126), puisque l'abbé de Haute-Seille écrivait, à cette date, au duc de Lorraine :
« A nostre souverain Seigneur. etc. Vostre très humble orateur et chappelain, l'abbé de Haute-Seille, vous fait très humblement remonstrer que sur aulcunes requestes présentées à vostre graice touchant le différant d'entre lui et Monsr l'abbé de Saint-Saulveur, il vous auerait pleu ordonner que les parties en viendrassent en compromis, et pour ce, très redoubté prince, que audite affaire y ait deux choses, ascavoir le droit et privilège d'exemption dudit remonstrant et le faict principal d'entre lesdites parties laquelle exemption touche non seulement le remonstrant, mais toutes l'ordre entierement, à quoy, soubz peine de parjurement et de tres grant danger de sa personne et son bien, y n'oserait toucher, mais est nécessaire faire revocquer la sentence de l'official de Toul proférée au préjudice de la dite exemption et de toute l'ordre, ce que ne peult faire, sinon par appellation interjectée contre elle, en quoy yostre graice ny vos esdicts n'y ont aulcun préjudice pour ce qu'il est loisible d'appeller de l'Ordinaire en cour de Rome, selon le texte de votre indult. A cet cause ledit remonstrant retourne tres humblement à vostre graice, suppliant à icelle luy donner et octroyer et placet de faire exécuter la cytation qu'il ait de court de Rome en la partie seulement qui concerne l'appellation quant à la dicte exemption, et a regart du différent principal, il est content de venir en justice et jugement compétent et sy meslier faict en arbitraiges selon voz précédents decretz. Ce faisant serait en woe de justice et prieroit devotement nostre Seigneur pour vostre tres noble estat. »
L'abbé de Haute-Seille reçut la permission de son souverain de faire exécuter la citation en cour de Rome pour ce qui concernait le privilège d'exemption vis-à-vis de l'officialité diocésaine, mais celui-ci réserva que le débat principal qui avait amené la division avec l'abbé de Saint-Sauveur serait jugé par la justice de ses États.
Nous verrons sous l'abbé Jean Jaccinot, son successeur, l'issue de cette affaire contentieuse.
Géranlin-Jacob avant d'être élu abbé, était curé de Leintrey ; il mourut en 1540. - Il s'était donné un coadjuteur, Jean de Halle, qui mourut avant lui, curé de Lupcourt (1537). Il avait fondé deux messes par semaine, l'une au grand autel, en 1honneur de la Sainte Vierge, l'autre à l'autel Saint-Nicolas (127). - Il avait fondé auussi la prose Inviolata, integra... qui se chantait tous les jours, après la grand'messe, et il avait donné à l'abbaye les héritages acquis par lui à Vaxainville en 1535, pour 300 francs ; à Gogney le pré Nicolas Pottier, et encore 200 francs.

Jean-Jean VII Jacquot ou Jacob (1540-1552 - 30 octobre). - Le sceau de cet abbé, que nous décrirons plus loin, porte « S(igillu)m Johanis Johanis-Jacobi abbatis S. Salvatoris ».
Comme nous l'avons déjà énoncé à l'article précédent, entre les couvents de Saint-Sauveur et de Haute-Seille étaient survenus « différents plaits, procès, noises et débats » au sujet des dîmes de Gémini (territoire situé entre Cirey et Harhouey).
L'abbé de Saint-Sauveur réclamait à Haute-Seille un cens de quatre gros payables annuellement à la Saint-Jean- Baptiste, sous peine du double. Il prétendait en outre que Haute-Seille était tenu de recevoir 18 porcs de Saint-Sauveur pour les engraisser dans ses bois et les garder comme les siens; et que c'était à ces conditions que Haute-Seille pouvait lever librement les dîmes de Gémini. Haute-Seille, au contraire, soutenait qu'il pouvait les lever sans ces conditions onéreuses. Après de longs démêlés aux bailliages de Vic et, de Nancy, où les Cisterciens de Haute-Seille prétendirent n'être point obligés de comparaître, cause des privilèges d'exemption qui leur avaient été accordés par les papes, les religieux de Saint-Sauveur obtinrent subrepticement, en cour de Rome, la permission de les citer devant une commission déléguée par le Saint-Siège, et qui était composée de Jean Forget, de l'église de Toul, Claude Carillon et Jean Rabonnet, chanoines du même chapitre, Ces juges délégués osèrent porter une sentence, malgré les induits dont les religieux de Haute-Seille se prévalaient. C'est alors que ceux-ci en appelèrent de leur décision au jugement du Souverain-Pontife. Le 6 des ides d'octobre 1542, le pape Paul III fulmina une bulle dans laquelle il rappelle le privilège accordé aux Cisterciens par ses prédécesseurs, privilège en vertu duquel les religieux de cet ordre ne pouvaient être légitimement cités devant aucun tribunal, même devant les délégués du siège apostolique, à moins que, dans les lettres de citation, il ne soit fait mention expresse de la dérogation pour le cas particulier au privilège obtenu précédemment. Pour cette raison, le pape déclare nulles les lettres de citation obtenues subrepticement en cour de Rome, et nulle aussi la sentence de l'officialité de Toul. C'est pourquoi il nomme de nouveaux délégués pour examiner le sujet du débat et prononcer la décision qu'il conviendra. Les membres de la nouvelle commission étaient : Didier Briel, archidiacre de Vosges, Étienne Rustique et Martin Varnel, chanoines de l'église de Toul (128). On finit par où l'on aurait dû commencer : Les religieux des deux couvents, conseillés par plusieurs gens de bien tant ecclésiastiques que laïques, pour éviter de plus grands frais et terminer cette querelle à l'amiable, firent la paix dans les conditions sui vantes:
L'abbaye de Saint-Sauveur quittait pour toujours celle de Haute-Seille la redevance de quatre gros et l'entretien de dix huit porcs.
Pour être déchargée de cette obligation et conserver les dîmes de Gémini et de la Voie acquise, de Haute-Seille donnait au comptant la somme de 160 francs (12 gros par franc). On convint que dès lors cesseraient toute servitude et toute redevance, et qu'à l'avenir on ne pourrait plus produire aucun titre antérieur à cette transaction (129) pour réclamer quoi que ce soit..
Ce différend était à peine terminé qu'un autre survint entre le couvent et Nicolas de Luxembourg, chevalier, capitaine de Nancy, seigneur de Fléville et de la Haute-Parux-lès-Saint-Sauveur. Les religieux de Saint-Sauveur avaient acheté plusieurs héritages et censives sur le de la Haute-Parux ; or, le Sr de Luxembourg prétendait pouvoir les confisquer, parce qu'il n'y avait que ses sujets les manants résidant en cette localité qui avaient droit de posséder sur ce territoire. Pour éviter un long procès et pour la plus grande utilité de leur maison, l'abbé Jean Jacquot et tout le couvent, capitulairement assemblés comme c'était la coutume « pour les négoces et urgentes affaires » de leur église et monastère, consentaient à renoncer à tous les héritages et censives qu'ils occupaient à la Haute-Parux au profit du sieur de Fléville et celui ci, pour les dédommager de leurs frais et déboires, leur délivra la somme de 400 francs, monnaie de Lorraine. L'acte original en parchemin qui atteste cette décision capitulaire (13 septembre 1543) porte deux sceaux pendants bien conservés: le sceau abbatial, où l'on remarque les armes de l'abbé Jean Jacquot, et le sceau conventuel (130).
Sans doute pour arrêter les empiètements progressifs des officiers de sa vouerie, le duc Antoine, à la prière de l'abbé, accorda des lettres, datées du 15 septembre 1543, par lesquelles il fixa définitivement les droits respectifs des abbés de Saint-Sauveur à Domèvre et des seigneurs voués en matière de justice. Voici à quelle occasion :
De temps immémorial, on n'avait découvert aucun crime méritant la peine capitale. Cependant, en 1541, ce cas nouveau s'était présenté par le fait d'un nommé Jean Benoît L'abbé prétendait que la confiscation de ses biens lui appartenait, et les officiers du duc, à Blâmont et à Lunéville, soutenaient avec zèle le droit de leur maître. Après avoir pris l'avis de son conseil, le duc Antoine décida que les religieux auraient droit désormais à la confiscation des biens des criminels domiciliés à Domèvre ; il ne se réserva que le produit des biens mobiliers des gens qui, au moment de leur crime, n'auraient pas un an et un jour de résidence (131).
Nous avons aussi le texte des plaids annaux qui furent proclamés solennellement sous son administration à Domèvre en 1546, et qui firent époque (132).

CHAPITRE III
LA RÈGLE DE SAINT AUGUSTIN A SAINT SAUVEUR DE L'AN 1188 A 1569 ET A 1625

SOMMAIRE :  I. Ce qu'il faut entendre par la règle de saint Augustin. - II. La couleur de l'habit des Chanoines a varié. - III. Quelques articles de leur règle.

I. Nous l'avons vu au chapitre III de la première partie, la règle de saint Augustin fut introduite à Saint-Sauveur vers 1171, au plus tard en 1183 (133). On doit savoir que cette règle n'est pas une rédaction du saint évêque dont elle porte le nom. Ses deux discours sur la vie commune des clercs et son épître 109e furent si appréciés qu'ils servirent de matériaux à former un corps de statuts qu'on appela règle de saint Augustin. Benoît d'Aniane, au IXe siècle, passe pour le premier qui proposa d'extraire des écrits de l'évêque d'Hippone les éléments d'une direction pour la vie religieuse, et Urbain II (1088-1099) est le premier pape qui ait cité nommément cette règle dans ses actes officiels; ses prédécesseurs; comme Alexandre II et Grégoire VII, dans des circonstances semblables, ne s'étaient exprimés que d'une façon plus générale en disant « la règle des saints Pères (134) ».

II. Pour ce qui regarde notre pays, la règle de saint Augustin est mentionnée en toutes lettres dès 1091 dans la charte de fondation de l'abbaye de Saint-Léon (135). D'après ce document, il paraît qu'à cette époque le vêtement des Chanoines réguliers était blanc Luctulfe, doyen de l'église de Toul, y est-il dit, plaça au monastère de Saint-Léon de blancs Nazaréens qui devaient y mener la vie apostolique selon la règle de saint Augustin. « Ibique candidos Nazareos ad militandum Deo sub regula beati Augustini allocavit... apostolicam vitam ducentes. » Le même détail nous est affirmé par une lettre de Hugues Métel, qui était chanoine de la même abbaye au commencement du XIIe siècle (136). - Toutefois, l'habit blanc ne paraît pas avoir été le plus ancien ni avoir été adopté par toutes les maisons de l'Ordre, car, d'après une lettre du pape Adrien IV (vers 1155), il ne fut introduit que subrepticement à Saint-Pierremont. Eugène III, ayant voulu réformer cette abbaye, en avait donné la direction à l'abbé Philippe, lui enjoignant de déposer son habit de Prémontré pour revêtir celui de l'Ordre de saint Augustin, qui, selon l'antique usage, était de couleur noire (137). Le pape Adrien IV apprit qu'au contraire l'abbé Philippe avait imposé l'habit blanc des Prémontrés à sa nouvelle communauté, et que même il n'avait pas craint d'expulser plusieurs religieux qui n'avaient pas voulu recevoir cet habit ; il lui réitéra les ordres de son prédécesseur et lui commanda de prendre la cape noire, qui était de tradition chez les Chanoines réguliers de saint Augustin. Ces prescriptions n'empêchèrent pas que l'habit blanc ne demeurât en usage à Saint-Pierremont jusqu'en 1603 (138).

III. Nous n'avons pas à faire ici la description de la règle de saint Augustin telle qu'elle était pratiquée dans les premiers temps, puisqu'elle était commune à toutes les maisons du même ordre ; cependant il semble que cette question ait été bien peu traitée, au moins pour notre contrée ; aussi croyons-nous utile de signaler les principaux articles qui furent approuvés par l'assemblée synodale du diocèse de Toul en 1091 et qui étaient destinés aux Chanoines réguliers de Saint-Léon (139). Ces Chanoines réguliers, de par leur règle et malgré la critique des moines et autres chanoines (séculiers), vivront de leur propre droit sous l'autorité de l'évêque ; ils choisiront eux-mêmes leur supérieur et le mettront à la tète de leur communauté ; ils demanderont à l'évêque pour leur supérieur et recevront de lui la charge des âmes ; quant aux délits, lorsque le cas se présentera, aucun primicier, doyen ou ne pourra prétendre les juger, mais seulement le supérieur ou l'évêque dans le cas de révolte ou de grande nécessité.
Leur genre de vie parait avoir été bien rigoureux dans les débuts, car nous trouvons une bulle d'Honorius III qui permet à ceux d'Hérival de porter des chaussures pendant l'hiver, depuis la fête de saint Martin jusqu'aux calendes d'avril (140) ; et un autre bref apostolique de l'an 1245 les autorise à faire usage de la viande dans le cas de maladie, et à nourrir quelques troupeaux pour l'entretien de la maison. Ceux qui voudraient apprendre plus de détails sur la règle de saint Augustin, avant et vers le XIIè siècle, peuvent se reporter aux statuts qui ont été dressés pour le monastère d'Hérival et qui ont été publiés par D. Calmet (141).
Mabillon nous a conservé aussi le cérémonial de la profession des anciens Chanoines réguliers (142).

CHAPITRE IV
USAGES FEODAUX SUR LES TERRES DE L'ABBAYE ET ÉTAT DU TEMPOREL (1188-1569)


SOMMAIRE : I. Usages féodaux ; § Domèvre: 1° Droit de justice (droit de promulguer des ordonnances, de créer des officiers, de punir les délinquants haute, moyenne et basse justice duel judiciaire) 2° Droit à certaines redevances en nature, en argent, en services ; §§ à Burthecourt : Obligations envers le duc de Lorraine, envers l'abbé de Saint-Sauveur (devoirs et droits des corvéables ; redevances en nature et en argent; la justice). II. Etat du temporel : Nouvelles acquisitions de l'abbaye par donations et testaments ; pauvreté de l'abbaye ; échanges, aliénations par acensements ; dîmes ; statistique.

I. - Usages féodaux sur les terres de l'abbaye.
Pendant cette période, l'abbaye continue à jouir de ses droits seigneuriaux sur les terres de Domèvre, Saint-Sauveur, Arracourt, Burthecourt-aux-Chênes et Raon-les-Leau en partie. Sur le territoire de chacun de ces villages, elle possédait certains domaines en toute propriété c'étaient des censes, des gagnages, restes de l'ancienne réserve seigneuriale (pars indominicata) qu'elle affermait à des admodiateurs ordinairement par un bail de six ou neuf ans (143).
Le reste des territoires de ces villages n'appartenait à l'abbaye qu'en nue-propriété c'était la portion de l'ancien domaine rural qui avait été divisée en un grand nombre de parcelles ou tenures serviles, et dont l'usufruit avait été abandonné depuis longtemps aux ancêtres des habitants actuels, moyennant certaines redevances en nature, en argent et en services personnels. Ces redevances et obligations des manants de Domèvre, Arracourt, Burthecourt..., auxquelles correspondaient les droits des abbés de Saint-Sauveur, composaient le système féodal tel qu'il était appliqué dans ces localités. Nous allons exposer quels étaient ces droits seigneuriaux d'après des documents du XVIe siècle qui prétendent reproduire fidèlement ce qui s'est observé de toute ancienneté. Quelquefois nous anticiperons un peu sur des points de détail en nous servant d'indications plus récentes, et cela pour ne pas revenir plus tard sur cette question.
Il serait trop long de rapporter tous les usages féodaux qui étaient en vigueur sur chacune des seigneuries appartenant à Saint-Sauveur. Nous rappellerons seulement ceux de Domèvre et ceux de Burthecourt-aux-Chènes ; ceux de Domèvre parce qu'ils se rapportent plus directement à l'histoire de notre abbaye, et ceux de Burthecourt parce qu'ils offrent quelque chose d'intéressant qui mérite d'être signalé.
Dans le langage officiel, c'était la patronne du couvent qui possédait tous les biens et qui détenait la juridiction mais, en fait, c'étaient les abbés qui exerçaient tous les droits, comme s'ils en avaient été les titulaires : « Nostre-Dame de Sainct-Saulveur est Dame, Monseigneur l'abbé pour elle et en son nom, seigneur de la ville, ban et finage, du fonds et de la raye dudit Domepvre, des hommages avec tous aultres appointemens (144). »

§ USAGES FÉODAUX À DOMÈVRE
1° Droit de justice.
A. Ce droit impliquait pour l'abbé de Domèvre : celui de faire des règlements et ordonnances ; B. de créer des officiers pour faire exécuter ses ordonnances ; C. de juger les délinquants et de toucher le montant des amendes et confiscations prononcées contre eux; D. suivant l'importance des cas, ce droit prenait le nom de haute, moyenne ou basse justice ; E. en vertu de ce droit, l'abbé se réservait l'autorisation du duel judiciaire.

A. Droit de promulger des règlements et ordonnances. - « Tous commandements qui se font audit Domepvre, tant pour faict de justice que de communaulté, ne se font et ne peuvent estre faictz que par authorité dudit Sr abbé ou de sa justice comme aussy toutes plainctes se doibvent adresser à luy premièrement ou à son mayeur en son absence. » Ces ordonnances étaient renouvelées et proclamées tous les ans, avec le droit coutumier, à l'assemblée des plaids annaux, comme nous le verrons un peu plus loin.
B. Droit de créer les officiers. Il appartient à Monsieur l'abbé « de créer, establir et instituer la justice au lieu, ban et finage dudit Domepvre et d'icelle en recepvoir et prendre seul le serment. » « Le Sr abbé, faict le maire, le doyen, l'esechevin, les juréz et les banwards, desquels il luy plait, saulf toutes fois qu'il est permis aux habitants dudit Domepvre comme du passé, d'eslire trois hommes d'entre ceulx qu'il luy plait choisir, par lui instituez aux offices d'eschevins, jurez et banwardz.» « Quant à la création des hymbules ou syndicques de ville, les habitans n'ont aulcun droit d'en créer ou establir pour exercer aucun acte de justice, ny faire autre commandement, mais seulement se peuvent assembler par permission dudit Sr abbé ou de son mayeur pour créer lesdits syndicques ou hymbules qui vacqueront à l'administration des affaires publiques de la dicte communaulté, sans aucun exercice de la justice. »
C. Droit de faire juger les délinquants et de percevoir les amendes et confiscations prononcées contre eux. - Les abbés de Saint-Sauveur et Domèvre avaient droit de justice sur les terres dont ils étaient seigneurs fonciers, c'est-à-dire à Saint-Sauveur, Domèvre, Arracourt, Burthecourt-aux-Chênes... Ils l'exerçaient par les officiers créés par eux leur compétence était telle, que « soubz elle se traictent toutes actions tant personnelles, réelles que civiles et mixtes, et sont décidées par la dicte justice en première instance sans préjudice du ressort et des lettres de bailly. » « Appartient ausdits de justice toute cognoissance sur les subjectz dudit Domepvre et ceux qui d'an et jour y auront contractéz domicile, desquels subjects et domiciliaires le Sr abbé prend la confiscation quand il écheoit. » Ceux qui habitaient Domèvre depuis moins d'un an relevaient de la justice des seigneurs conservateurs ou avoués.
D. Suivant l'importance des cas, ce droit prenait le nom de haute, moyenne ou basse justice : 1° La haute justice. - La haute justice était celle qui poursuivait les criminels, qui infligeait le supplice de la mort, le fouet, la mutilation des membres, et autres peines corporelles. « Personne ne doibt mettre la main à homme ny à femme de Domepvre par prinses de corps, synon Monsieur l'ahbé, à qui il appartient d'en ordonner et déterminer par soy mesme ou par son commandement. » « A droict de tenir et avoir prison et ceps en sa maison abbatiale et faire dresser des carcans pour y chastier, emprisonner et incarcérer les délinquants dudit Domepvre comme à présent ils y sont. » - La peine de mort ou celle du bannissement entraînait la confiscation des biens du condamné en faveur du Sr abbé; mais cette haute justice n'était pas très lucrative à Domèvre. Nous lisons en effet dans les lettres du duc Antoine, datées du 15 septembre 1543, que les habitants de ce village « se seroient sy bien et vertueusement contenus, que de temps immémorial n'est advenu cas de crime ou exécution de personnes, synon que, depuis environ deux ans, Jean Benoist, demeurant audit Domepvre, qui, audit lieu, ait faict cas de mort, duquel il a obtenu grâce de nous (145). »
Il faut arriver à l'année 1583 pour rencontrer des exécutions capitales dans les annales de Domèvre ; encore faut-il avouer que le délit qui motiva cette condamnation serait regardé comme imaginaire par beaucoup d'hommes de notre temps il s'agissait de sortilèges (146).
2° La moyenne et basse justice. - La moyenne et basse justice ne se distinguaient que par les amendes plus ou moins fortes qu'elles imposaient ; elles avaient pour objet la répression des délits de police, des mésus champêtres et forestiers, et autres infractions aux règlements locaux. La séance ordinaire et fixe où ces contraventions étaient jugées s'appelait les plaids annaux. Voici comme ils se passaient à Domèvre.
« Le Révérend Père abbé peut tenir ses plaids annaulx une fois l'an (147) environ la Saint-Martin d'hyver et y faire lire les plaids de Domepvre ; peut mander lesdits plaids par son doyen et chacun défaillant à s'y trouver, doibt l'amende au sieur abbé s'il ne montre exoine (148) et cause suffisante. Audit jour des plaids, les jurés et commis des conservateurs doibvent estre au mangé du disner, et s'il plalt à Monsieur l'abbé, il leur donne cinq solz d'une amende pour aller manger où bon leur semble..Et si, en ce jour des plaids, il écheoit aucunes amendes, elles se doibvent employer pour les depens desdits plaids, synon on les prendroit ez amendes qui seroient en suyvant, soit basses, soit haultes. »
Pour leur donner un caractère plus imposant, l'abbé invitait ordinairement aux plaids quelques dignitaires du voisinage. En 1546, nous voyons figurer Henry Vosgien, prévôt des chanoines de Blâmont, Claude curé de la même ville, et le prévôt de justice, Didier Gelée. - En 1659, on y trouve nobles hommes Massu, prévôt ; Dominique Thabouret, gruyer ; Dominique Barbier, receveur ; Claude Vautrin, contrôleur, tous de Blâmont (149).
Quand on avait donné lecture à haute et intelligible voix de la formule qui fixait les droits des seigneurs abbés et les obligations de leurs sujets comme d'ancienneté, ainsi que des ordonnances nouvelles, on publiait la liste des mésus champêtres et autres contraventions sur le rapport des bangards ; on entendait les réclamations des intéressés, on jugeait et on levait les amendes exigibles pour ces délits (150). Si les condamnés s'insurgeaient contre la sentence, ils étaient réduits à l'obéissance par la force armée, envoyée par les voués du monastère sur la demande de l'abbé. Le procès-verbal de chaque session était rédigé par un greffier.
La justice de Domèvre avait d'autres séances que celle des plaids annaux (151) : il y avait des cas où un ajournement des débats eût pu être préjudiciable à l'équité de la sentence. « Tous gages pris doibvent estre portez et meuz en sa court et maison abbatiale et, en cas de contention et débat, jugé par sa justice dont ledit abbé doibt emporter toutes amendes de cinq gros et au dessoubs ; et celles qui passent cinq gros, ledit abbé en prend cinq, et le surplus est aux seigneurs conservateurs; saulf qu'aux amendes du bois dict Banalbois, ledit Sr abbé n'y prend que cinq gros, et le surplus se partage en trois, dont les seigneurs conservateurs en tiront et lèvent les deux tiers, et l'aultre appartient aux habitants dudit Domèvre. »
E. L'abbé se réservait l'autorisation du duel judiciaire. - Le texte des plaids annaux de 1546 fait allusion à un droit de justice qui avait été introduit dans notre pays, dit-on, par les Barbares qui l'envahirent au VIe siècle. Il s'agit du duel judiciaire. Ce combat était passé dans les moeurs par suite de cette persuasion que Dieu intervenait directement pour donner la victoire à celui des deux compétiteurs qui avait le bon droit de son côté. Ce jugement par les armes était autorisé quand il n'y avait pas de témoignages suffisamment convaincants pour condamner ni pour absoudre un accusé ; il devenait inévitable si les deux adversaires étaient disposés à prêter serment, l'un pour assurer qu'il disait la vérité en accusant, l'autre pour assurer qu'il était innocent. Cette coutume était tolérée par l'Église ; les femmes et les ecclésiastiques n'y échappaient pas, seulement ils se faisaient représenter par des champions. Les nobles se battaient en champ clos, armés de toutes pièces, et les ducs de Lorraine prétendaient avoir seuls le droit de les autoriser à cette lutte entre la Meuse et le Rhin (152). Les manants ou vilains se battaient à coups de bâtons, avec la permission de leurs seigneurs particuliers. Ils s'exposaient à perdre quelquefois la vie ou leurs biens ; toujours ils étaient passibles d'une forte amende s'ils étaient vaincus. Ce procédé sommaire évitait du moins les longues écritures et les procédures interminables. Les termes du proces-verbal des plaids annaux de 1546 supposent que cette coutume était encore en vigueur à Domèvre à cette époque « Aussy Monsieur l'abbé ait la justice et authorité d'ambouner (aborner) terres, prez et chemins et toute., cognoissances d'appel de champs de bataille jusqu'à la bataille avec tous les droitz qui devant ledit champ se voyent, et après serait audit conservateur à qui le champron (champion) aurait servy (153). » Autrement dit, l'abbé se réserve le droit de permettre le duel judiciaire pour chaque cas particulier lorsqu'il le jugera à propos ; tous les préparatifs seront soumis à son autorité ; mais quand le combat aura eu lieu, les amendes et émoluments de justice appartiendront à celui des deux conservateurs dont le sujet aura été vainqueur (154).
2° Droits à certaines redevances en nature, en argent, en services.
A. En nature; droit de relèvement. - « Le droit de relèvement appartenant à Monsieur l'abbé est tel que quiconque possède héritage assis et situez au ban et finage de Domepvre venant à décéder, les héritiers des défunctz et défunctes en voulant jouyr sont obligés, dans les 40 jours après leur décès, de payer chacun deux quartes de bon vin audit seigneur : aultrement lesdictz jours escoulés sans s'estre acquittez, lesdictz héritages seraient acquis et confisquez sans que lesdits héritiers y puissent plus prétendre aucun droict, si ce n'est par le gré ou consentement dudit abbé. Advenant que quelqu'un desditz héritages serait aussy chargé de quelques censes en argent, oultre lesdites deux quartes de vin qu'il debvait avec ledit cens en argent au Sr abbé, debvrait aussy ledit cens en argent doubles pour son mayeur. »
« Les résidents à Domepvre après leur décès doibvent deux blancs à l'église et paroisse dudit lieu, et semblablement un bon denier au maitre eschevin d'icelle (155). »

Droit de féauté. - L'acte de féauté était celui nui constatait que des nouveaux mariés s'étaient présentés devant l'abbé, lui avaient prêté serment de fidélité et payé la redevance annuelle (deux quartes le vin).
Droit de chasse. - L'abbé avait seul le droit de chasse. Le P. Collin le faisait exercer par un officier qui portait une bandoulière violette, chargée d'une croix de Lorraine et des armes de l'abbé. En 1732, les conservateurs contestèrent aux abbés le droit exclusif de chasser : le procès, commencé en cette année, n'était pas encore terminé en 1776. Le résumé du dossier relatif à cette affaire n'occupe pas moins de 28 pages in-f°, (156).
Droit de banalité. - L'abbé avait aussi le droit de banalité pour le pressoir, le four et le moulin (157), et aussi le droit d'embrochage, c'est-à-dire de faire goûter le vin destiné à être vendu en afin d'en fixer le prix. En cas de contravention, on s'exposait à la confiscation des tonneaux et à une amende arbitraire.
B. En. argent. - « Nul que ce soit doibt estre franc, en la ville de Domepvre, des droictures de M. l'abbé, ni des aydes à débitz au commun : sinon que les seigneurs conservateurs peuvent bien quitter ce qu'à eux touche, saulve la seigneurie de Monsieur l'abbé. » La plupart des redevances en argent étaient levées au profit des conservateurs, c'est-à-dire des voués de l'abbaye: c'était leur rétribution. Les habitants de Domèvre étaient partagés en deux seigneuries, et les uns payaient des droits aux conservateurs de Blâmont, tandis que les autres les payaient à ceux de Lunéville. Lorsqu'un nouveau ménage se formait, il avait le choix : il appartenait au seigneur voué dans la circonscription duquel les nouveaux mariés passaient la première nuit de leurs noces ; s'ils allaient la passer dehors, ils étaient francs un an entier, mais ensuite ils devaient déclarer à l'abbé de quel conservateur ils voulaient dépendre. Parfois les redevances étaient mixtes : « Monseigneur (le duc) a droit de prendre chacun an sur chacun des sujets de la conservation de Lunéville à Domèvre un gros d'argent, et de chacune charrue entière qui fait labourage 4 reseaux de graines mesure de Blamont, moitié seigle et avoine. - Audit Domèvre y a une droiture dite la daguerie et consiste que chacun ménage paie par an 2 deniers, tant ceux de la conservation de Lunéville que de Blâmont.
Le passage dit l'ancien passage dudit lieu de Domevre consiste que le char chargé passant et repassant doit deux blancs à Monseigneur (le duc) et un blanc et Sa Majesté à Blâmont (Christine de Danemarck, mère de Charles III, dame douairière de Blâmont), à peine de confiscation de la marchandise à ceux qui, malicieusement, passeroient sans payer (158). - Les hommes (de Domevre de la conservation de Blâmont) doivent par chacun an rentes en deniers et en grains et S.A., savoir de chacune charrue trois reseaux pour moitié blé et avoine, et en deniers 3 gros. Le menu ouvrier doit par conduit un gros ; la vache qui fait profit deux blancs. »
C. En. services ; corvées. - « Les habitants de Domèvre sont obligez de faire audit Sr abbé deux corvées de charrues par chacun en ces deux saisons, l'une qu'on appelle au sommerot, environ la Saint-Georges, et l'autre en remeuré, environ la Saint-Jean, en donnant ledit abbé auxdits habitans faisans lesdites crowées le desjeuné comme on a accoustumé en tel cas et et personne de telle qualité, et se doibvent faire les courvées quand il plait audit Sr abbé la faire commander par son doyen, et celuy qui faut à l'heure et au jour doibt l'amende (159).
« Aussy doibvent lesdits habitans les corvées de la faulx, ainsy que chacun qui scait scier pour soy et tous ceux ; qui ne scavent scier doibvent la fourche et le ratel quand il plait à Monsieur les faire commander, soub peine d'amende.
« Doibvent pareillement lesdits habitans la courvée à seiller le wain quand il plait à Monsieur les commander sous peine d'amende, en fournissant néanmoins le vivre ainsy qu'il est accoustumé. »

§§ USAGES FEODAUX A BURTHECOURT-AUX-CHÊNES

Voici maintenant le droit coutumier tel qu'il était observé à Burthecourt-aux-Chênes, d'après le texte des plaids annaux du XVIe siècle (160).
« Monseigneur le Duc nostre Souverain Seigneur
« Monsieur l'abbé de Sainct-Sauveur en Vosge, seigneur foncier de Burthecourt.
Tous les habitans dudict Burthecourt doivent et Monseigneur le Duc, à Pasques cinq solz, et à la sainct-Remy vingt et un deniers, un ymal aveine avec une geline, et parmey ce payant, il les doit garder de tort et de force comme ses propres bourgeois de Nancy.
Item les habitans dudict Beurthecourt ne sont subjectz à aucune banniere, sinon à celle de Monseigneur le Duc Nostre Souverain Seigneur, de sa prevosté de Nancy et.davantage ne sont tenuz aller hors sinon avec elle et par ordonnance dudict souverain et du sieur Abbé.
Item tous les laboureurs dudict Beurthecourt qui font leurs charrues doibvent un jour de charrue audict sieur abbé ou a son moitrier à sommarter ; et ayant fait leur debvoir, retournans à la ville, doibvent avoir deux à deux une livre de baccon avec des pois pour leur disner.
Itent lesdictz laboureurs doibvent chacun un jour de charrue à semer les bleds, et, au retour, dlsner comme dessus.
Item lesdictz laboureurs doibvent chacun un jour de charrue à semer les aveines au Caresme et doibvent disner par raison et avoir deux à deux un harens.
Item tous les habitans dudict Beurthecourt doibvent une journée au fenal pour scier les breux dudict sieur abbé, et ceux qui ne scavent scier, doibvent une journée pour retourner et mettre dedans le foing. Et venant lesdictz habitans audictz breus doibvent scier chacun un andein alentour dudict breux et, à leur retour, doibvent trouver le maire, l'eschevin et sergent avec du pain, du sel et des aulx, du fromage de vache et de brebis pour le petit disner desdictz ouvriers, puis après encore scier chacun un andlin comme dessus, et, à leur retour, doibvent trouver le maire, l'eschevin et sergent avec un chatron (161) dudict sieur abbé ou de son moitrier. Et peullent lesdictz ouvriers coupper les quatre pieds dudit chatron sans danger. Et les susdicts maire, eschevin et sergent sont tenuz aller mettre cuire ledict chatron pour le disner desdictz ouvriers. Et doibvcnt avoir tarte et gasteaux et disner par raison, puis après faire bonne journée.
Item lesdictz habitans doibvent audit sieur abbé ou à son moitrier une journée à la moisson à seiller les bleds, de chacune maison une personne bonne et sudisante, aller aux champs quand les bestes sont parties pour y aller, et retourner le soir quand les dictes bestes retournent. Et doibvent avoir lesdictz ouvriers pour leur petit disner du pain, du sel avec des aulx. Et au grand disner des mélasses avec le fromage de vache et de brebis que l'eschevin est tenu leur aller départir. Et a la marande du pain, aulx et fromage comme dessus.Et peuvent faire lesdictz ouvriers le rondot trois fois le jour, de chacun rondot trois chansons. Et les femmes qui ont petits enfants peuvent aller les veoir trois fois le jour, et à leur retour faire bonne journée.
Et le soir, quand lesdictz ouvriers retournent à la ville, doibvent avoir chacun une michette, mettre le peux-cloigt au milieu et tourner à l'entour. Et au deffault de ce estre satisfaict, peullent faire refus l'année suivante sans dangier.
Item tous laboureurs qui mettent à la charrue entre la Sainct-George et la Sainct-Jean-Baptiste, doibvent audict sieur abbé chacun quatre reseaux bled cousez, scavoir deux reseaux bled et deux reseaux seoghle, si donc n'est qu'ilz soient arrentez par ledict sieur abbé ou son officier.
Item tous habitans dudict Beurthecourt sont tenuz et subjectz venir compter leurs bestes à la maison du maire le jour de l'Assomption Nostre-Dame, que l'on dit emmy aoust, après ce que le maire aura fait sonner la cloche, ce qu'il est tenu de faire. Et au deffault de venir compter, lesdictes testes sont confisquez audit sieur abbé si aulcun y faict faulte et chacune beste très-année doibt trois mailles, et le trayant dix-huict deniers, le tout debité au plaid annal.
Item tous ceux ayant terre ou ban dudict Beurthecourt, de quel estat qu'il soit, sont subjectz de venir compter leurs héritages au jour Saint-Martin d'hiver, en la maison dudict seigneur ou de son maire. Et doibvent compter seize journaux pour le quartier; s'il n'y a quatorze, il le faict ; s'il n'y a dix-huict, il se passe aussy. Et doibt le quartier deux ymalz de bled, quatre rez d'aveine, deux ros d'argent pour les defforains, et pour ceux de lu ville deux blans, le tout débité entre la Sainct-Martin et lesdictz plaids annaux.
Item lesdictz habitans dudictz Beurthecourt peuvent aller mouldre au moulin de Flavigny sans tenir lieu, secourt de seigneur, n'y faict empeschement. Et passer à la nef toutes et quantes fois qu'ilz veulent, en payant trois mailles le lendemain de Noel par chacun mesnage et est tenu le passager dudict Flavigny les venir quérir au lieu ledict jour et apporter au maire et à l'eschevin du poisson, et lesdictz sont tenuz les faire payer.
Et pour ce que ledit seigneur Prieur dudict Flavigny petit prendre ou faire prendre pierres pour reffaire les vannes dudit moulin on ban dudict Beurthecourt, lieu dict « dessous la Roche », joindant la rivière peuvent aussy lesdictz habitans mener abreuver leurs bestes à la fontaine de Vaucherille en payant le dommage.
Tous les habitans dudict Beurthecourt peuvent faire contremand contre ledit sieur abbé s'il leur faict tort, et doibvent venir au maire et dire « Je fais contremand contre Monseigneur et tourne la thuille », et s'en aller hors la seigneurie dudit sieur abbé. Et doibt pour ledit contremand l'homme un denier, et la femme trois mailles. Et s'il y est trouvé dedans l'an et jour, c'est à scavolr devant le soleil levant et après le soleil couchant, tous ses biens et corps sont à la volonté dudit seigneur.
Item nul n'a puissance ny authorité de gager audit lieu de Beurthecourt, sinon par lettres de tabellion ou par recougnoissance ou rapport de justice.
Item la justice dudict Beurthecourt doibt rapport à un maire du Vermois pour demande que pourrait estre faicte par devant ladicte justice, c'est assavoir en cas de délictz ou matiere de force ou par demande faicte par plaintif. Et pour un chacun rapport ledict maire du Vermois doibt audict maire de Beurthecourt un demy septier de vin, ou sinon ledit maire de Beurthecourt n'est tenu faire aucun rapport, et en payant ledit demy septier de vin, le maire duclict Beurthecourt luy doibt fournir ayde et force sy aucunement n'a affaire. Et pareillement si ledit maire de Beurthecourt a affaire de force en sa justice, ledict maire de Vermois est subject luy en fournir.
Item si aucun est trouvé couppant poiriers ou autres arbres dedans les bois dudict Beurthecourt, il doibt un florin, ascavoir un fran pour le seigneur, et l'autre fran pour la ville.
Item le jour des plaids annalz, la justice dudict Beurthecourt se peut asseoir toutes et quantes fois qu'il leur plait, et toutes demandes faictes le jour desdicts plaids et remises à huy après, doibvent chacun six deniers d'amande.
La couppe des bois, scavoir celle du boulon, se fine la vigile Saint-Remy, qui n'y aura coupé, perd ledit bois, et paye 10 gros au proffit de la ville.
La vuydange dudit bouton se fine la vigile de la Magdeleine : qui n'y aura vuydé perd son bois et paye quinze gros comme dessus.
Item pour les nouveaux venuz, scavoir pour les enfants de la ville, soit filz ou filles, payeront deux frans pour le faict des bois, et pour la fontaine neuf gros, premier que de prendre leur partage aux bois. Et pour ceux qui ne sont de la ville l'un ne l'autre, payeront dix frans tant pour les bois que pour la fontaine.
Item tout nouveaux mariez seront francz un an des deniers nostre Souverain Seigneur, scavoir des 5 sols, des 1l deniers, de l'ymal d'aveine et geline, au reste s'il vient rançon ordinaire ou escript, seront tenuz en payer.
Item lesdietz habitans dudict Beurthecourt peuvent mettre boisson telle que bon leur semblera par le grai et consentement du Seigneur ou de ses officiers, tant pour la garde des vignes, jardins, mesaiges, et pour la moisson des trespassez (?) que s'y font tant en bled seillé que nonseillé par cher et charette, et pour ceux et celles qui apportent javelles durant la dicte moisson. »

II. - Etat du temporel.

Nouvelles acquisitions de l'abbaye par donations et testaments. - Sa pauvreté- Échanges. Aliénations par acensements. - Dimes. Statistique.

Dans ces siècles de foi vive et, en même temps, de grande licence, on sentait le besoin de se créer des titres de recommandation à la miséricorde divine ; la plupart des seigneurs, ne pouvant avoir grande confiance dans les mérites de leur vie si agitée par les passions du siècle, convoitaient le secours de la prière quotidienne des moines. Aussi faire du bien aux couvents par donation ou par testament, en pure aumône ou avec charge de certains services religieux, était devenu une habitude et une tradition de toutes les riches et bonnes familles féodales. Les abbés eux-mêmes et les chanoines-curés, soit de leurs épargnes, soit de leurs biens patrimoniaux, faisaient des fondations en faveur de leur couvent.
Quoique ces sortes de libéralités fussent assez fréquentes, le temporel de l'abbaye de Saint-Sauveur, du treizième au seizième siècle, ne gagna pas beaucoup en étendue ni en revenus, parce que ces libéralités furent de peu d'importance et que le couvent fut accablé de malheurs pendant cette période. Ainsi nous remarquons que les religieux qui, d'après la fondation de Berthold, devaient être au nombre de vingt, étaient déjà réduits au nombre de douze dès la fin du XIIe siècle, sans doute pour insuffisance de ressources. Nous constatons également qu'en 1343 l'abbé Gérant paie à un nommé Howas, d'Einville, 182 livres de petits tournois pour dettes contractées par lui et ses prédécesseurs en plusieurs emprunts successifs. De même, en 1452, l'abbé Jean de Bonviller reconnaît devoir à Ferry de Blâmont la somme de 225 florins d'or que celui-ci avait prêtés au monastère, à plusieurs reprises, dans un grand besoin et une pressante nécessité (162) ; et le créancier croit devoir prendre hypothèque sur les grosses dîmes de Domèvre, Barbas, Blémerey, Leintrey, Vého, Emberménil.
Après le grand incendie de 1470, l'abbé Jean Stephani et l'abbé Jean Gadet, pour se procurer de l'argent, multiplient les acensements des propriétés foncières de l'abbaye. Suivant D. Calmet (163), cette pernicieuse habitude d'acenser les terres fut la cause la plus ordinaire de la ruine et de l'appauvrissement des monastères. L'acensement était un contrat par lequel on abandonnait à quelqu'un, et pour toujours, la jouissance complète d'un domaine, moyennant certaines redevances ordinairement en argent, en poules ou en chapons. En fait, l'acensement équivalait à une aliénation.
En 1565, par conséquent avant les ravages de l'armée calviniste, l'abbé Nicolas Malriat, en cette seule année et sur le seul territoire d'Arracourt, acensa à différents habitants de cette localité plus de 50 jours de bois qu'il fit défricher et transformer en vignes, et il céda le tout moyennant un cens annuel et perpétuel d'un chapon et de douze deniers par jour de terre (164). Cette date et d'autres faits observés font supposer que les incendies ne furent pas les seules causes de l'indigence de l'abbaye. Il est vrai, les religieux achetèrent des champs et des prés en plusieurs localités, mais ces acquêts, pendant cette période, furent toujours de médiocre importance, et, le plus souvent, ils étaient faits pour se conformer à la clause d'un testament, qui exigeait que le capital d'une fondation fût employé à l'achat d'une propriété immobilière.
Nous avons rapporté en leur temps (165) les donations, testaments et autres contrats avantageux: dont bénéficie l'abbaye ; rappelons seule ment les principales par une énumération très sommaire.
Le monastère de Saint-Sauveur, qui possédait déjà les seigneuries de Domèvre, Burthecourt, Arracourt, une partie de Raon-les-Leau et de Bathlémont, acquit en
1217, un alleu à Westremanges.
1263, un domaine à Bauzemont et le patronage de la cure de ce lieu, en échange de la terre de Choloy et de Ménillot.
1271, une parcelle à Badonviller; différentes propriétés à Moncel, à Sornéville et à Pierrepont.
1276, d'autres propriétés à Azoudange (166).
1281, le moulin de Harmont, sur la Vezouse, près de Barbezieux.
1309, des terres à Ibigny.
1312, à Maiziéres, Misselange et Videlange.
1313, un pré à Herbéviller.
1316, à Couvay, différents héritages ; de même en 1346, en 1446 et en 1523.
1324, à Esseldorf.
1452, à Bon-Moutier.
1470, un chanoine-curé de Moncel donne 100 florins d'or du Rhin pour une fondation.
A la fin du XVe siècle, un gagnage à Azerailles, acheté avec 350 fr donnés par Jean Gadet pour une fondation.
1517, des propriétés à Réchicourt.
1522, à Parux.
1526, 600 fr. donnés par Claude Hozelet.
1529, des terres à Bréménil.
1536, à Foucrey et à Gogney.

On sait qu'en beaucoup de paroisses, les seigneurs laïques s'étaient emparés, par la force ou par la ruse, des dîmes dont la destination première était pour l'entretien du clergé, pour les pauvres, pour les édifices religieux et les institutions ecclésiastiques. Ces dîmes usurpées furent appelées dîmes inféodées. Parmi les héritiers des usurpateurs, quelques-uns se rendirent aux protestations réitérées de l'Église et restituèrent ce qu'ils ne pouvaient garder en toute sûreté de conscience. C'est ainsi qu'en 1251, Jean d'Athienville, chevalier, rend à l'abbaye de Saint-Sauveur les dîmes de Sornéville, de Monnay et de Pierrepont. De même, en 1431, Marguerite de Lorraine, veuve et dame de Blâmont, ayant la mainbournie de Ferry de Blâmont, son fils, et de ses autres enfants, renonce, au profit du monastère de Saint-Sauveur, aux dîmes du Val de Bon-Moutier, dont sa soeur, Vaubourg de Fénétrange (jadis dame de Blâmont), avait joui sa vie durant, mais contre toute justice, « en chargeant sa conscience (167) ». Dans toutes les paroisses administrées par ses religieux, quand l'abbaye ne levait pas la totalité des dîmes, elle avait toujours droit au moins au tiers pour l'entretien du desservant. En 1250, on constate que celles de Fenneviller lui appartiennent de temps immémorial, et celles de Lupcourt lui revenaient au moins en partie dès la fin du XII° siècle, au temps d'Eudes de Vaudémont.
Voici, pour terminer, un extrait de la statistique que Charles III fit dresser à la fin du XVIe siècle pour se rendre compte de la valeur des biens ecclésiastiques situés dans son duché. L'inventaire (168) est évidemment incomplet en ce qui concerne Saint-Sauveur, même si l'on ne suppute que les revenus provenant des terres lorraines.

(Prévôté de) Nancy :
Les deux tiers des gros et menus dismes de Loupcourt et Aizeloy, admodiés à 40 reseaux de blé et, en avoine, 30 reseaux : 260 fr.
Plus, pour les menus dismes et autres rentes : 340 fr.
(Prévôté d')Amance :
Les deux tiers des gros dismes de Sornéville, valans 40 paires de reseaux. : 280 fr.
Les deux tiers des menus dismes dudit lieu : 8 fr.
En vin 4 stiers. : 15 gros
(Prévôté d')Einville
« Seigneurie foncière d'Arracourt, et d'icelle dépend grande quantité de bois et autres menues censives, et se vendent lesdits bois par chacun an aux salines de Moyenvic. Il y a aussi ung molin dépendant de la dite abbaye, que le maire dudit Arracourt a fait ériger à ses frais et le tient d'amodiation en payant par chacun an 30 fr. - Le tout que dessus avec ung gagnage à Bathlémont admodié au maire dudit Arracourt. » : 600 fr. r.
(Prévôté d')Azerailles :
A cause de certaines terres et preys en la prevoté dudit Aizeraille : 140 fr.

CHAPITRE V
DE LA JURIDICTION SPIRITUELLE DES ABBÉS DE SAINT-SAUVEUR 1188-1569 (... 1639)
(Période de paix et de soumission à l'autorité diocésaine.)


SOMMAIRE : Continuation de la question déjà étudiée la période précédente Les abbés de Saint-Sauveur étaient-ils exempts, avaient-ils une juridiction quasi-épiscopale ? En 1195 charte d'Eudes (droit de circature, d'avoine, de denier, de synode, de cens). La charte de 1245 prouve-t-elle l'exemption de l'abbaye ? Citations par ordre chronologique, qui sont favorables aux réclamations des évêques de Toul.

Après le récit de la fondation de Saint-Sauveur, le plus ancien document que nous possédions, ayant rapport à la juridiction spirituelle des abbés est une charte d'Eudes ou Odon, évêque de Toul, de l'an 1195 (169). D'après l'usage établi, les églises payaient annuellement à l'évêque et à son archidiacre certaines redevances « circaturam nummos, avenam, synodum, census ». Le premier, le droit de circature, était une redevance exigible à l'occasion de la visite des paroisses (170) ; le second était une subvention en argent qu'on pourrait appeler le denier de l'évêque; le troisième se payait en nature (en avoine) ; le quatrième était une contribution à laquelle étaient soumis ceux qui devaient assister au synode, et enfin le cinquième droit était une taxe annuelle de dix deniers imposée à toutes les églises.
L'évêque Odon et son archidiacre font remise à l'abbaye de Saint-Sauveur des quatre premières redevances, et ils n'exceptent que le cens annuel de dix deniers qui continuera à être exigé pour les églises de Barbas, de Domèvre, de Harbouey et de Cirey. Que conclure de ce privilège par rapport à l'exemption spirituelle de l'abbaye de Saint-Sauveur ? Rien de favorable, au contraire. Il semble évident en effet, que les donateurs n'ont pas voulu se départir de leur autorité sur ces paroisses, et qu'ils ont simplement voulu faire une aumône matérielle aux religieux « quidquid ab eis exigere solebamus, eidem ecclesiae, omni sepulta exactione, in elemosynam perpetuo concessimus habendum. » Et puisqu'en l'an 1195 ils maintenaient le droit de visiter la contrée administrée par les religieux (en quittant seulement la redevance qu'ils percevaient à cette occasion) c'est que Berthold n'avait pas affranchi de son autorité cette portion de son diocèse, et que ses successeurs jusqu'à la fin du XIIe siècle n'ont pas voulu se départir de leur juridiction. Ce cens de dix deniers toujours exigible est une attestation suffisante de leur intention et de leur volonté à cet égard. Le seul avantage de juridiction que cette charte semble ajouter, c'est que l'abbé aura la faculté de faire administrer ces paroisses et célébrer le service divin par un prêtre séculier aussi bien que par un de ses chanoines (171). Ce privilège ne parait pas impliquer nécessairement celui de ne point présenter à l'évêque, pour recevoir l'institution, les titulaires de ces paroisses, religieux ou séculiers.
Le droit de patronage, en effet, accordé à l'abbé, suffit pour expliquer les termes de cette concession, puisque, d'après le droit établi, le patron choisissait le prêtre qu'il voulait, et que le collateur ne pouvait lui refuser l'institution que pour des raisons d'incapacité ou d'indignité.
De plus les statuts des chanoines réguliers de Saint-Sauveur étaient vraisemblablement les mêmes que ceux de Saint-Léon de Toul ; or d'après ceux-ci les chanoines devaient obéissance à l'évêque et devaient recevoir de lui la charge des âmes (Gall. christ., t. XIII, col. 474).
Un document plus grave est celui que Dom Calmet a publié sous le millésime de 1245 et qu'il a fait précéder de ce sommaire :
« Reconnaissance de la juridiction quasi épiscopale de l'abbaye Saint-Sauveur ou de Domèvre sur les églises de Barbas, d'Arbouey, de Dom-Evre et de Cirey, etc. » Nous allons donner la traduction complète de ce document à cause de son importance :
« Nous voulons faire connaitre à tous, qu'ayant cité devant des juges délégués par le pape, honnête et religieuse personne l'abbé de Saint-Sauveur en Vosges et le couvent du même lieu au sujet des vicaires que nous prétendions nous devoir être présentés pour recevoir l'institution de notre vénérable père et évêque, pour les églises de Barbas, Harbouey, Domèvre, Cirey et autres situées dans ces confins et dont ils ont notoirement la charge depuis longtemps après avoir examiné et étudié leurs privilèges, chartes et monuments; et après avoir constaté la paisible possession dont ils jouissent depuis cinquante ans et plus, nous avouons devant les juges, devant notre vénérable père l'évêque de Toul et devant tous autres, d'après le conseil d'hommes de bien et de gens habiles dans le droit, que nous reconnaissons d'après la teneur des lettres qu'ils ont obtenues légitimement des évêques, du doyen, du chapitre et même du pape, que nous n'avons aucun droit de présentation et d'institution pour ces églises; en tous cas, si nous en avions, par piété et dévouement nous les abandonnons sans aucune condition et pour toujours. Pour témoignage de quoi, etc.
« Donné au mois de décembre 1245. »
Si cette charte nous était présentée comme une copie fidèle, nous aurions de graves raisons de suspecter son authenticité, parce qu'elle ne renferme aucun nom des personnes qui y devraient figurer ; on n'y trouve pas celui de l'archidiacre qui donne l'attestation, ni celui de l'abbé de Saint-Sauveur qui fut inquiété dans la jouissance de sa juridiction, ni celui de l'évêque qui présida la commission chargée d'examiner les titres du monastère, ni celui du pape qui avait confirmé le privilège. Nous avons heureusement trouvé l'original de cette pièce, et le texte, plus complet, laisse moins de prise à la critique (172).
Gérard est le nom de l'archidiacre en question. Il reconnaît, après l'examen des titres, qu'il n'a aucun droit dans ses réclamations et que l'abbé de Saint-Sauveur est, depuis plus de cinquante ans, en possession paisible du privilège d'instituer lui-même les prêtres des paroisses mentionnées. Or, cinquante ans avant 1245, l'on était en 1195. C'est précisément la date des lettres d'Eudes ou Odon. Nous avons vu qu'avant tout, la donation de ce prélat était une aumône matérielle, et que, dans cette concession, il a mis des restrictions qui supposent la continuation de sa juridiction épiscopale. Et puisqu'il résulte de ce contexte que, dans l'intervalle de 1195 à 1245, il n'est intervenu aucune concession nouvelle, il nous paraît évident que les abbés de Saint-Sauveur n'ont joui, au XIIIe siècle, que d'une exemption restreinte, et que la juridiction qu'ils ont reçue pour certaines paroisses n'était pas l'équivalent d'une juridiction quasi-épiscopale. L'archidiacre termine, il est vrai, en disant « Si, de fait, nous avions quelque droit de représentation et d'institution, désormais nous les abandonnons bénévolement. » Mais ces paroles ne contiennent aucune allusion au droit de visiter les églises, de faire des lettres et mandements, ni à la redevance de dix deniers ; c'est donc que l'évêque de Toul continue à se les réserver comme marque de son autorité sur cette portion de son diocèse.
S'il restait encore quelque doute à cet égard, il ne pourrait tenir devant l'évidence des deux textes suivants. Le premier est une lettre de Gilles de Sorcy, évêque de Toul, datée de l'an 1264, (novembre). Ce prélat, après avoir confirmé les concessions faites à Saint-Sauveur en matière de juridiction, réserve formellement que les abbés de ce couvent seront tenus de lui présenter, pour recevoir l'institution, les religieux qu'ils désigneront pour gouverner les paroisses dont l'administration est confiée à l'abbaye, et qu'ils seront tenus d'assister au synode diocésain afin de pouvoir transmettre à leurs paroissiens les ordonnances épiscopales (173). Le second texte est une lettre de Jean, évêque de Metz, qui fait absolument les mêmes réserves pour les paroisses de son diocèse, qui sont sous la direction des religieux de Saint-Sauveur il exige que les titulaires lui soient présentés pour recevoir l'institution, et que ceux-ci soient tenus, dans leur administration, de se soumettre à l'autorité de l'Ordinaire (174).
La non-exemption des paroisses gouvernées par l'abbaye ne nous est pas seulement dictée par la discussion des textes précédents ; elle nous est imposée par une suite ininterrompue de témoignages qui durent jusqu'au commencement du XVIIe siècle. Et pour que l'on ne puisse nous accuser d'avancer ici une affirmation hasardée, nous allons faire une énumération de détails précis.
En 1242, dans les lettres de Roger de Marcey, on lit : « l'église de S. Salvour de nostre éveschié. » (H. 1405.)
En 1277, dans les lettres de Berthold, archidiacre de Metz : « ...Conventui monasterii S. Salvatoris in Vosago Tullensis diocesis »
En 1324, « Nos Renaldus Dei patientia abbas Sancti Salvatoris in Vosago, Ordinis S. Augustini « tullensis diocesis ».
En 1342, dans les lettres de Thomas, abbé de Saint-Sauveur, « en la dyocèse de Toul ». (H. 576.)
En 1345, (Gérard) « abbé de Saint-Saulveur en Vosges, de l'ordre de saint Augustin de la dicte diocèse » (de Toul). (H. 1440.)
En 1384, « Religiouse et honeste signour Geoffroy de Blâmont par lai patience de Deu abbé de S. Salvour en Voige, on diocèse de Toulz. » (H. 1451.)
En 1456, « Johannes Stephani... humilis abbas monasterii gloriossime Virginis Marie S. Salvatoris in Vosago nuncupati, [Tullensis] diocesis (175) » (H. 1383.)
En 1470, dans les lettres de Georges de Bade, évêque de Metz « EccIesiam monasterii S. Salvatoris in Vosago, tullensis diocesis. » (H. 1374.)
De méme, en 1474, dans un acensement à Bathelémont.
En 1518, nous rencontrons quatre mentions qui attestent que l'abbaye de Saint-Sauveur est « on diocèse de Toul ». (H. 1440)
En 1525, dans des lettres d'institution pour le titulaire de la chapelle Saint-Jean-Baptiste « extra muros monasterii Sancti Salvatoris in Vosago, dictae diocesis » (c'est-à-dire Tullensis). (Broulier, Défense de l'Eglise de Toul, p. LXXIII).
En 1542, dans la bulle de Paul III, au sujet du conflit survenu entre l'abbaye de Saint-Sauveur et celle de Haute-Seille « Johannes Jacobus Viviani assertus abbas ac prior et conventus monasteri S. Salvatoris in Vosago... ejusdem diocesis » c'est-à-dire (Tullensis). (H. 545.)
En 1543, « Nous, Jehan Jacquot, par la permission divine humble abbé de l'église et monastère de S. Saulveur en Vosges, de l'ordre de saint Augustin, on diocèse de Toul » (Blâmont, III, 45)
En 1552, les religieux de Saint-Sauveur demandent à l'évêque de Toul de confirmer l'élection de Nicolas Malriat comme ayant pour cela autorité d'Ordinaire- (Broulier, Défense de l'Église de Toul, Preuv., p. LXXV.)
En 1570, dans la bulle de Pie V pour la translation de l'abbaye à Domèvre « monasteril S. Salvatoris in Vosago. tullensis diocesis. » (H. 1376.)
En 1613, Jean des Porcelets de Maillane confirme à l'abbaye de Saint-Sauveur toutes les exemptions et faveurs accordées par ses prédécesseurs, mais en se réservant expressément son autorité d'Ordinaire avec toutes les attributions que lui assigne le Concile de Trente, à laquelle il n'entend pas préjudicier. (Broulier, Défense de l'Eglise de Toul, p. LXXVII.)
En 1614, dans l'acte qui fut dressé pour attester la bénédiction de l'abbé Fabri par l'évêque de Toul dans l'église des Minimes, à Nancy, on rappelle que Saint-Sauveur est situé dans le diocèse de Toul et pendant la cérémonie, le nouvel abbé promet soumission, respect et obéissance à sa mère l'Église de Tonl, à son évêque, Jean. des Porcellets, et à ses successeurs (176). (Broulier, Défense de l'Église de Toul, p. LXXVII.)
En 1639, Jean Midot, en vertu de son autorité d'ordinaire pendant la vacance du siège épiscopal, confirme l'élection de Clément Philippe à l'abbaye de Saint-Sauveur en Vosges, au diocèse de Toul (Tullensis diocesis).

Que conclure de tout cet ensemble de témoignages explicites, sinon que pendant cette première période les évêques de Toul, tout en faisant de larges concessions de juridiction aux abbés de Saint-Sauveur sur certaines paroisses, ont néanmoins revendiqué constamment une autorité ordinaire sur celles-ci ; et les abbés de Saint-Sauveur ont donné des preuves suffisantes qu'ils reconnaissaient ce droit. Que pouvaient signifier dans leurs lettres l'expression « au diocèse de Toul », s'ils se croyaient complètement exempts et ne pas plus appartenir au diocèse de Toul qu'à celui de Metz ? On n'est pas fondé à avancer que ce n'était là qu'une formule de chancellerie pour rappeler que les paroisses qui formaient la circonscription des abbés de Saint-Sauveur avaient été distraites autrefois du diocèse de Toul, car les actes sont d'accord avec les formules. Quand, en 1569, l'abbé Malriat voulut transférer son abbaye à Domèvre, en un lieu qui relevait de l'évêque deMetz, il écrivit à ce dernier pour le supplier de céder de son droit et de permettre que lui et ses religieux continuassent à reconnaître l'évêque de Toul pour leur diocésain comme par le passé. Voici ses propres paroles « Et parce que le lieu dudit Domepvre est en vostre diocèse de Metz, sur les limites du diocèse de Toul, ledit remonstrant implore vostre faveur et graice et icelle joincte avec celle de nostre sainct Père et des bons princes, vous playse luy conceder et permete bâtir ledit monastère au lieu de Domepvre; aussy lui octroyer qu'il demeure en mesme estat pour la congnoissance du diocésain qu'il estait avant la ruyne de sa dite abbaye. (177). »
Evidemment l'abbé Nicolas Malriat, qui a défendu si vaillamment ses droits dans l'ordre temporel, n'aurait pas tenu ce langage s'il avait cru posséder une juridiction quasi-épiscopale et une exemption complète. D'autre part, si l'évêque de Toul, Pierre du Chatelet, n'avait pas cru avoir des droits réels sur l'abbaye de Saint-Sauveur, on ne lui aurait pas demandé la permission d'aller s'établir à Domèvre, hors des limites de son diocèse, et il n'aurait pu faire de l'opposition en écrivant de Sorcy, le 12 juin 1571 « Je n'enten poinct que ceste translation préjudice au droict d'un evesque de Toul (178). » Enfin les termes de la promesse de l'abbé Fabri le jour de sa bénédiction, termes que nous avons reproduits un peu plus haut, expriment un acte aussi concluant dans le même sens.
Ajoutons seulement un mot pour indiquer quelles paroisses, à notre connaissance, étaient confiées aux chanoines de Saint-Sauveur pendant cette période jusqu'au XVIIe siècle. Rappelons que, dès l'origine (1010), ces religieux furent chargés de l'administration de Domèvre, Barbas, Barbezieux, Harbouey, Cirey, Blémerey et Bon-Moutier (179). Dès 1185, ils jouirent de tous les droits d'autel à Cirey et à Harbouey, et de la moitié de l'église de Badonviller. Dès avant 1138, l'abbé de Saint-Sauveur avait le patronage de la cure de Raon les-Leau ; dès 1251, de celle de Sornéville (180); dès 1256, de celle de Fenneviller ; dès 1263, de celle de Bauzemont ; dès 1250, de celle de Lupcourt (181), qui fut définitivement unie à l'abbaye en 1460.

(A suivre)


(1) Archiv. dép., H. 1374. Voir Pièces justificat. de l'an 1470.
(2) D. Calmet, Hist. de l'abbaye de Senones chap. XX, § XV. Cette histoire a été publiée dans les tomes V et VI des « Documents inédits sur l'histoire des Vosges ». On constate l'existence de cette pieuse association de prières à Senones, dès le IX siècle (D. Calmet, ibid.)
Le concile de Savonnières, près de Toul (en 859), première session, can. XIII, fait mention d'une autre association semblable qui s'était formée entre les prêtres du diocèse..
(3) « Propter hominum remotiorem destitulionem et auxilii carentiam de 1524, per nationis germanicae Lutheranos illi adjucenles at alius hostiles incursus mansione expilata, libris et aliis divino culli dicatis penitus dissipatis et dilectis filiis canonicis et ministris ejusdem monasterii partim fugatis, partim vero miserabiliter abductis, multiplicibustque aliis damnis, excessibus et scandalis illatis, multifariam destitutum fuerat. » Bulle de Pie V, Pièces justiticatives.
(4) Inventaire des archives dép. de M.-et-M. Introduct. à la série H p. XVIII. - Communes de la Meurthe, par Lepage, t. II, art. Saint-Sauveur. - Gallia christ., t. XIII, édit. Palmé,,col. 1357. - Arch. dép., H. 1373.
(5) Ce ne fut qu'à partir de 1580 que l'année commença au 1er janvier, par édit de Charles III daté du 15 nov. 1579 ; antérieurement, l'année commençait à Pâques ou à l'Annonciation (24 mars), suivant les contrées.
(6) Arch. dép., H. 1472
(7) Hist. du dioc. de Toul, p. 43.
(8) Hist. de Lorr., 2e édit., t. IV, p. 201.
(9) « ... Ut non solum praefatis, vorum etiam actibus certorum nobilium, qui licet se christicolas profiteantur, temerario tamen ausu et sacrilega quadam prasumptione jure et alia suffragia Ecclesiae monasterio et cultui praefatis per suos antecessores pie dicata, impie et scandalose adimere sacagant, obviaretur. » Bulle de Pie V, 1570.
(10) « ...Tout récemment en l'année 1688, il soit par hostilité et passage des gens de guerre, estant lors sous la charge d'anciens seigneurs ennemis profès de la relligion catholique, tellement esté enruiné par le feu. » (Lett. pat. du 15 mai 1870. Gallia christ., t. XIII, inst.
col. 537.)
(11) Lettre de l'an 1569. Arch. dép., H. 1375.
(12) Hist. dit dioc. de Toul, p. 43.
(13) Arch. dép., H. 1382
(14) Hist. de Lorr.. 2e édit., t. IV, p. 201.
(15) T. XIII, édit. Palmé, col. 1357.
(16) Voir Document sur l'Histoire de Lorraine, t. VII, p. 102. Cette date de pourrait bien être une faute d'impression due à l'interversion des deux derniers chiffres. En mettant le quatrième chiffre au troisième rang et en le retournant, on obtient ainsi 1565. Dans ses Communes de la Meurthe, Lepage corrige cette erreur et rapporte la ruine de Saint-Sauveur à l'an 1568. Voir aussi Inventaire des Archives de Meurthe-et-Moselle, introduction à la série H, p. XVIII, et H. 1373.
(17) Archiv. dép., H. 1472. Le 24 janvier 1569 [nouveau style] était, selon l'ancienne manière de compter, en l'an 1568 avant Pâques. On ne peut retarder davantage la ruine de Saint-Sauveur, car une lettre de Christine de Danemark, datée du 1er octobre 1569, autorise déjà l'abbé Malriat à transférer son couvent à Domèvre.
(18) La toiture fut renouvelée en 1700 (H. 1473).
(19) Arch. dép., H. 1390.
(20) Arch. dép., H. 1379 « Anno Domini 1517 die septima mensis Octobris, ego Christoforus episcopus Christopolitanus, vicarius in Pontificalibus R. P. Dni Hugonis episcopi Tullensis, consecravi hanc ecclesiam et altare hoc in honorem Dei et gloriosae Virginis Mariae et in memoriam Sanctorum Remigii, Fiacrii et Urbani cum presentibus reliquiis introclusis, singulis Christi fidelibus hodie unum annum et in anniversario consecrationis hujusmodi eam visitantibus XL de vera indulgentia in forma ecclesiae consueta concedens. n Signé « Xpoforus. »
(21) Arch. dép., H. 1470.
(22) Arch. dép. H. 1473
(23) Dans le catalogue du Musée lorrain publié en 1888, ce monument est indiqué au n° 81 de la deuxième partie. Catalogue de 1895, n° 118.
(24) Journ. de la. Soc. d'Arch. lorr. 1854, p. 114.
(25) Lepage, dans sa Statistique de la Meurthe (art. Saint-Sauveur, affirme, sur la foi d'une note qui lui a été communiquée, que les deux poissons, gravés sur l'écu du chevalier sont placés de manière que la tète de l'un correspond à la queue de l'autre. Au contraire, le dessin de M. Bouillé nous les montre adossés et reposant tous deux la tète sur la partie supérieure de l'écu. C'est Lepage qui est dans l'erreur.
(26) Journ. de la. Soc. d'Arch. lorr. 1854, p. 114.
(27) Journ. de la. Soc. d'Arch. lorr. 1889, p. 20 - Mémoires. 1890
(28) Ils eurent 8 enfants : Henri II, Eyme Ier, Adélaïde, Clémence, Isabelle, Jeanne et deux autres filles nommées Marguerite.
(29) Il a été publié par M. de Martimprey, Mém. de la Soc. d'Arch. lorr. 1890, P. 129 : il est tiré du cartulaire Blâmont (domaine), p. 248, et il est daté du mois de mars 1302.
(30) Nous allons même voir, par le testament de son fils, que Henri Ier a été réellement inhumé Saint-Sauveur.
(31) Arch. des Vosges, G. 62. Vidimus en parchemin très rongé, daté du lundi après la fête de saint Laurent, 1323.
(32) Voir cette étude dans les Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine, 1897-
(33) M. Larguillon fait observer que l'armure et le costume de saint Georges accusent aussi le commencement du XIIIe siècle.
(34) Le texte de la charte d'Agnès de langstein (1138) n'est pas très clair; grammaticalement, on doit l'interpréter dans ce sens que Guillaume, le fils de cette comtesse, fut enterré à Raon-les-Leau : néanmoins on peut présumer aussi qu'il fut inhumé à Saint-Sauveur, et ce sentiment a été adopté par les chanoines qui, au XVIe siècle, ont analysé les papiers de l'abbaye, c'est à dire à une époque où il était peut-être encore possible de contrôler la vérité de leur assertion.
(35) Arch. dép. H. 1374. Henry était mort avant le 2 décembre 1426, puisque ce jour-là Jean de Vaxainville, abbé de Saint-Sauveur, réclame l'exécution de la teneur de ce testament.
(36) Arch. dép. H. 1368 p. 8. Sa femme se nommait Comtesse. Le Gallia Christiana place en 1343 une donation faite à l'abbaye de Saint-Sauveur par Ferri de Couvay (t. XIII, col. 1339)
(37) Arch. dép. des Vosges, G. 62..
(38) Cf. Arch. dép. H. 1368, p. 3. Seuaquesanges, aujourd'hui Xouaxange, en allemand Schweixingen. Voir Kraus (Kunst und alterthum in Elsass-Lothringen, t. III, p. 923)
(39) Arch. dép. H. 1470 et 1473. »
(40) « ... Praesentatio seu jus praesentandi personam idoneam ad camdem capellanum quando vacacit et vacat, ab antiquo dignoscitur pertinere. »
En 1525, il présente au doyen de Port et nomme Jean Oury, de Harhouey, qui était prêtre séculier : « Vicaruius... decano et scabino Christianitatis de Porto.... salutem. Noveritis quod nos discretum cerum Joannem Ulrici de Harbuete, clericum tullensis diocesis, vacantem per obitum quondam discreti viri domini Desiderii de Cyreu, dictae capellae ultimi capellani et extra romanam curial defunctio ». Cet acte a été publié par Broulier (Défense de l'Eglise de Toul, Pièces justificat. p. LXXIII).
(41) H. 1473. En 1699, frère Jean-Claude Gathelet, natif d'Art-sur-Meurthe, avait été envoyé pour occuper ce poste « à cause de ses bonnes moeurs, de son travail et de son assiduité à la prière », et il y avait apporté une petite cloche pour la chapelle. Vers 1720, son successeur, le P. Denis, avait avec lui un ermite pour le servir; l'abbé de Domèvre, obligé de pourvoir à son entretien, lui abandonnait toutes les dîmes du lieu, lui fournissait le vin, six reseaux de froment et 20 écus par an ; chaque ménage de Saint-Sauveur devait encore lui payer deux écus.
(42) Arch. ép. H. 1375. Cependant le même comte de Ligniville, commandant de l'armée ducale, étant au camp de Sarrebourg, avait accordé sa sauvegarde au monastère le 13 août 1630. Le maréchal de la Ferté-Senneterre, gouverneur pour le roi en Lorraine, accorda la même faveur on 1655.
(43) Arch. dép. H. 1375
(44) Arch. dép. H. 1456
(45) Arch. dép. H. 1389
(46) Arch. dép., H. 468,
(47) Benoît Picart, hist de Toul. p. 425. - Digot, Hist. de Lorr., 2e edit., p. 368
(48) Arch. dép., H. 625.
(49) Arch. dép., H. 573.
(50) Arch. dép., G. 219.
(51) Arch. dép., H.548.
(52) Richer, lib. III, cap. III - Jean de Bayon, cap. XCVII - Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 425 - Broulier (Défense de l'église de Toul, p. 23) tire de ce fait une conclusion en faveur de l'autorité épiscopale des évêques de Toul, qu'il défendait contre les prétentions à l'exemption, des abbés de la Vôge. L'enlèvement que firent les. meurtriers des ornements pontificaux et des vaisseaux des saintes huiles prouve que Renaud ne visitait pas ces monastères et ces paroisses par politesse, mais avec autorité, en évêque, pour y donner la Confirmation et y accomplir les autres fonctions de son ministère épiscopal. Mais le texte de Richer, publié par D. Calmet, ne parle pas de l'enlèvement des saintes huiles; il faudrait, pour contrôler ce détail, recourir à une édition plus complète.
(53) Arch. dép., H. 1374.
(54) Arch. dép., H. 565.
(55) Arch. dép., H. 1383. - D. Calmet, t. II, Preuv., col. CCCCI.X. - Gall. christ. t. XIII, Inst., col. 528.
(56) Arch. dép., H 1374, 3e cahier.
(57) Arch. dép., H. 145.
(58) Arch. dép., H. 1383.
(59) Très probablement la chapelle de Grandménil, dédiée encore aujourd'hui à saint Barthélémy.
(60) Les auteurs du Gallia attribuent cet échange à l'abbé Gilles : mais la charte de Toul, dont j'ai vu la copie (Arch. dép., H. 1440 et G. 1384, f° 80), ne le désigne pas nommément. La date marquée dans cette copie (1243) est certainement fautive, puisque Gilles de Sorcy gouverna l'Église de Toul de 1254 à 1271. - Ces biens de Ménillot près de Choloy avaient été donnés à l'abbaye par Fulcho, sénéchal de Toul, et par Odile, sa femme, en 1256, mais l'abbaye en avait déjà joui temporairement. Ils sont désignés dans les termes suivants « Advocatiam de Manillo juxta Choloyn, jura, possessionnes, tenurias et omnia alia quae Theohaldus advocatus de Nomeio in villa praedicta et banno ipstus in omni usu hahuerat et tenuerat. » (H. 1440.)
(61) H. 548, Le copiste, en assignant il cette pièce la date de 1203, a sûrement commis une faute de transcription, car, en 1263, on trouve le, acte conçu dans les mêmes termes, attesté par les mêmes témoins, émané de Jean de Haute-Seille, qui fuit abbé de 1254 à 1275.
(62) Gall. christ.
(63) Arch. dép., H. 1374, 3e cahier - Il est possible que le titre original commençait simplement par ces Mots « Nos G. Dei Gratia Tullensis episcopus... ». Le copiste du XVIIIème siècle aura voulu interpréter ce G..., et au lieu de traduire par Gilo (Gilles de Sorcy, évêque de Toul, 1254-1271), il aura écrit le mot Gérardus par erreur ou par ignorance.
(64) Arch. dép., H. 1374. Friaquesing : Fraquelfing
(65) Cf. Richer, lib. IV, cap. 28 et 29
(66) Arch. dép. H. 1440
(67) Arch. dép., H.1462
(68) Arch. dép., H.1374 (Sans doute Aulnois-sur-Seille, près Nomeny.)
(69) Arch. dép., H.1380
(70) Arch. dép., H.1380
(71) Gall. christ.
(72) Arch. dép., H.1374
(73) Gall. christ.
(74) Arch. dép. H. 1374. Le texte du cartulaire marque « mil deux centz qautre vingtz et deuc et octz ». Il y a sans doute une faute de lecture : il faut corriger par mil deux centz quatre vingtz deix et octz.
(75) Arch. dép. H. 1368.
(76) Arch. dép. H. 545.
(77) Arch. dép. Trésor des Chartes, layette Blâmont, I, n° 26
(78) Arch. dép., H. 242
(79) Arch. dép., H. 1368
(80) Arch. dép., H. 1368
(81) Arch. dép., H. 1368
(82) Arch. dép., H. 1368, 1374 et 1378
(83) Arch. dép., H. 1373
(84) Arch. dép., H. 1368
(85) Arch. dép., H. 573. (Ier dimanche de Carême,)
(86) Arch. dép., H. 1374. (IIe dimanche de Câréme.)
(87) Arch. dép., H. 1374
(88) Arch. des Vosges, G. 62.
(89) Arch. dép. H. 576
(90) Arch. dép., H. 1378.
(91) Arch. dép., H. 1437. - (C'est-à-dire 182 livres tournois et environ 2 réseaux.)
(92) Arch. dép., H. 1440
(93) Mais il figure dans la liste pourtant si incomplète de Ruyr (Antiquitez de la Voge, p. 291).
(94) Le chancel ou chanceau (le choeur).
(95) Arch. dép., H. 1404
(96) Arch. dép., H. 1441
(97) Arch. dép., H. 565
(98) Mémoires de la Soc. d'arch. lorr., 1891, p. 32
(99) Arch. dép., H. 1374
(100) Arch. dép., H. 1373
(101) Arch. dép., H. 1368
(102) Arch. dép., H. 1374
(103) Arch. dép., H. 1374
(104) Arch. dép., H. 1374
(105) Arch. dép., H. 1374,
(106) Arch. dép., Trésor des Charte. - Blâmont, II, n° 75.
(107) Arch. dép., H. 1383. Voir nos pièces justificatives.
(108) Arch. dép., H. 1410.
(109) Voir nos pièces justificatives de l'an 1470. Nous en avons parlé au chap. Ier, de la deuxième partie, p. 53
(110) Arch. dép., H. 1374.
(111) Arch. dép., H. 1374.
(112) Arch. dép., H. 1485.
(113) Arch. dép., H. 1368.
(114) Arch. dép., H. 1373.
(115) Arch. dép., H. 1374.
(116) Mém. de la Soc. d'arch. lorr., 1891, p. 84
(117) Voir plus haut.
(118) Arch. dép., H. 1368,
(119) Arch. dép., layette Blâmont Ill, n° 34.
(120) Arch. dép., layette Blâmont III, n° 32 et 35.
(121) Arch. dép., B. 16, f° CCXXXII.
(122) Arch. dép., H. 1374.
(123) Voir le chap. Ier de la deuxième partie, p. 55
(124) Bulle de Léon X.
(125) Arch. dép., H. 551.
(126) Arch. dép., H. 545.
(127) Arch. dép., H. 1368.
(128) Arch. dép., H. 545. - Voir nos pièces justificatives.
(129) Arch. dép., H. 582
(130) Arch. dép., Trésor des Chartes, Blâmont, III, n° 45. Voir la planche des sceaux.
(131) Arch. dép., H. 1388. - B. 436 f° 94., layette abbaye d'Orval.
(132) Arch. dép., H. 1388 et 1374. - Voir plus bas, ch. IV : Usages féodaux sur les terres de l'abbaye.
(133) Voir la note 1 de la page 33 sur l'origine des Chanoines réguliers. - D. Calmet (Bibliothèque lorr., col. 822) dit que Hugo, dans une polémique engagée avec un moine de Senones, en 1726 plusieurs lettres qui furent imprimées, et dans lesquelles on trouve des détails instructifs sur l'origine des Chanoines en Lorraine. Jusqu'alors je n'ai pu retrouver ces lettres, qui doivent être bien rares.
(134) Plaidoyer sur la capacité des Chanoines régulier à posséder des cures séculières, 1765, p. 140-141
(135) Gall. christ., t. XIII, col. 474 et 475. - D. Calmet, t. I, col. 489 et suiv. - Elle est mentionnée aussi dans la charte de fondation de Chaumousey. - Les Bénédictins avaient un habit de laine noire, « monachos sub regula B. Benedicti laneis nigrantes ».
(136) Epist. XI. Cf. Etat d'âme d'un religieux toulois au XIIe siècle, par l'abbé Eug. Martin, dans la Revue du Clergé français, juillet 1895 p. 218.
(137) Mémoires du P. Gilles Drouin (Bibliothèque de Nancy, n° 115, f° 62). Lettre d'Adrien IV dans D. Calmet: t. II, col. 337. « Philippum scilicet praeficere studuit, cui et inter alla praecipere voluit ut praemonstratensis ordinis veste deposita, superpellicium sumeret, et secudum antiquam consuetidinem ecclesiae vestrae (Sancti Petri de Monte) nigris vestibus uteretur... Per apostolica vobis scripta mandamus, cum superpellicio et cappis nigris ordinem beati Augusti a pristinis temporibus in vestra ecclesia institutum studeatis firmiter observare. »
(138) Gall. christ., t. XIII, col. 939 et 940 (édit. Palmé).
(139) « boni consului... immunitatem in qua vivat congregatio nostra secundum regulam S. Augustini breviter describere : videlicet ut nostri canonici sicut sunt suae et ab aliis dissimilis regulae, ita liceat illis absque censura aliorum vel canonicorum, vel monachorum sub episcopali obedientia suo privato jure vicere. Priorem suum ipsi sibi eligant, ipsi sibi praeficiant : curam animarum ab episcopo suo priori espostulent et accipient : delicta corum quae divina virtus prohibeat, nullus primicerius, nullus decanus, nullus abbas judicare praesumat, nisi prior ipsorum vel episcopus seu linobedientia vel necessilas illum invitat. » (Gall. christ. t. XIII, col. 474)
(140) Cf. D. Calmet, t. II, col. CCCXXV (1re édition).
(141) 1re édit., t. II, col. CXI à CXXV
(142) Mabillon, Annal. ord. Ben. t, IV, p. 747
(143) A Saint-Sauveur, et plus tard à Domèvre, les religieux exploitaient directement une partie de leurs propriétés ; ils avaient un matériel de culture, une basse-cour spacieuse et un personnel assez nombreux pour faire paître des troupeaux, labourer les champs, rentrer les moissons et cultiver les vignes.
(144) Texte des plaids annaux de 1346 (H. 1374)
(145) H. 1374, 1er cahier.
(146) Voir plus bas le chapitre III de la troisième partie La justice de Domèvre et les sorciers.
(147) En 1546, Il assemblait encore les plaids deux fois l'an à la Saint-Martin d'hiver et au mois de mai. Quiconque manquait et cette convocation devait l'amende.
(148) Exoine, c'est-à-dire excuse.
(149) H. 1390.
(150) « Abbas vero homines ad placitum vocabit et per scabinum suum emendas judicabit, judicatasque levabit » (Richer, lib. II, cap. XVI)
(151) « Et si quas culpas aliis temporibus in banno emiserint, abbas vel ejus villicus illas tractabit, et fine debito terminabit » (Richer, lib. II, cap. XVI).
(152) Sur cet usage, consulter Du Cange : Glossarium, art. Duel. - Fustel de Coulanges, La monarchie franque p. 454. - D. Calmet, Hist. de Lorr., 2' édition, t. V, Dissert., p. XIV.
(153) Arch. de M.-et-M., H. 1374
(154) Il faut se rappeler ici que le village de Domèvre était partagé en deux conservations : l'une était sous la protection des seigneurs de Blâmont, et l'autre sous la protection des seigneurs de Lunéville.
(155) B. 1470 et 1392.
(156) H. 1372.
(157) Plus tard, en 1613, le maire et les habitants contestèrent à l'abbé la banalité du moulin et du battant : on était sur le point d'en venir un procès, mais les parties finirent par signer un accord. L'abbé devait remettre son moulin en état et l'y entretenir toujours. Les habitants du lieu devaient avoir la préférence et être servis avant les déforains. Le meunier devait moudre au 32e, et Il lui était défendu de nourrir soit bétail, soit volaille. (II. 1396)
(158) Communes de la Meurthe, I., p. 302.
(159) D'après les plaids annaux: de 1561, chaque manant doit la corvée de charrue trois fois l'an, au Carême, « en sommerot et en vayen » (H. 1374, 1er cahier.)
(160) Arch. dép., Nancy, II, n° 91, et H. 1407.
(161) Chevreau.
(162) H. 1437, et layette Blâmont, II, n° 75.
(163) Hist. de l'Abbaye de Senones, chap. XVI. § 2
(164) Arch. dép., H. 1373.
(165) En faisant la biographie de chacun des abbés.
(166) Cense située entre Maizières et Gelincourt (canton de Dieuze).
(167) Arch. dép., H. 1374.
(168) Arch. dép., B. 282.
(169) Arch. dép., H. 1383. Voir plus haut le chapitre V de la première partie.
(170) Ce droit de circature avait été établi dans l'Église à l'instar du droit de gîte exercé par les souverains lorsqu'ils parcouraient leur royaume. Plus tard il prit le nom de droit de procuration, parce que les évêques s'acquittaient du devoir de la visite pastorale par procureur, en s'en déchargeant sur leur archidiacre. Il subsista jusqu'a la fin du XVIIe siècle (Cf. Thibault. Hist. des lois et usages, p. 8 et 121.)
(171) « Hoc adjuncto quod abbas Sti-Salvatoris a saeculari presbytero vel ab aliquo canonico suo voluntate sua in memoratis ecclesiis divina faciat celebrare. » C'est donc à tort que les chanoines de Domèvre en analysant ce titre ont écrit : « De là vient le pouvoir; auctorité ordinaire que le R. abbé a pour le spirituel à Saint-Sauveur, Domepvre, Cirey, Harbouey, Barba. » (Arch. dép., H. 1368.)
(172) L'écriture, le style et la confection de la charte semblent bien être du XIIIe siècle. - Nous avons certainement remarqué des tentatives de contrefaçon dans une autre charte de 1456 (H. 1383). Deux mots étaient importants l'un, « Tullensis diocesis » était couvert d'une tache d'encre pour laisser croire que le mot effacé pouvait être « nulllus » (diocesis); le second mot, « ordinaria (potestate) »,avait été ajouté ou substitué par un grattage du parchemin et attribuait ainsi à l'abbé un pouvoir ordinaire. - La charte de a été publiée intégralement par le Gallica christiana, t. XIII, inst., col. 527.
(173) « Eo tamen salvo quod abbas dictae ecclesiae et successores sui qui pro tempore erunt, tenebuntur nobis et successorihus nostrls praesentare canonicos suos pro voluntate sua instituendos in ecclesiis suis. » (H. 1374) Le copiste a rendu par Gerardus la lettre G. qui commence la charte; il faut lire Gilo, puisque c'était Gilles de Sorcy qui était alors évêque de Toul.
(174) Eo tamen salvo quod abbas dicti monaslerii et sui successores... tenebuntur nobis et successoribus nostris in dictis ecclesiis suis... prasentare suos canonicos pro voluntate suâ instituendos. - Vota ordinis et regulae constitutiones et statuta eorumdem observabunt jure tamen in onmibus Ordinario super salvo (H. 1374.)
(175) On avait essayé de brouiller le mot « Tullensis », mais avec un peu d'attention, on en reçonnaît les traces.
(176) « Ego Christianus Fabri... promitto coram Deo... dignamque subjectionem, obedientiam et reverentiam matri meae Ecclesiae tullensi, tibique Joanni Porceletto Domino meo ejusdem Ecclesiae episcopo et successoribus suis. »
(177) Arch. dép., H. 1375. - Voir nos pièces justificatives.
(178) Arch. dép., H. 1375.
(179) Avec son annexe Petitmont.
(180) Avec Moncel pour annexe.
(181) Avec Azelot pour annexe.

  

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