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Histoire de l'abbaye de Saint-Sauveur et de Domèvre  (4/10)

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Mémoires de la Société d'archéologie lorraine - 1898

HISTOIRE DE L'ABBAYE DE SAINT-SAUVEUR ET DE DOMEVRE 1010-1789
Par M. l'abbé CHATTON

QUATRIÈME PARTIE
L'abbaye de Domèvre depuis la réforme de saint Pierre Fourier jusqu'à la grande Révolution (1625-1789)


CHAPITRE PREMIER
LES ABBÉS DE DOMÈVRE DEPUIS LA RÉFORME DE SAINT PIERRE FOURIER JUSQU'A LA RÉVOLUTION (1)
(1623-1789)

Sommaire : 1614-1637 : L'abbé Fabry rédige de sa main plusieurs registres et cartulaires ; il introduit la réforme à Domèvre (1625). - 1630-1636 : Il prête de l'argent à la communauté et à des particuliers de Domèvre. - 1638 : Pierre Fourier demande à Charles IV pour l'abbé Clément Philippe, nouvellement promu, la permission de prendre possession du temporel de Domèvre. - 1638-1687 : L'abbé Philippe augmente considérablement les revenus de Domèvre ; son zèle pour l'instruction religieuse du peuple. - 1690 : Intrigues pour succéder au P. Lebègue. - 1711 : Plusieurs titres des anciennes fondations ayant été perdus dans les guerres, et plusieurs sources de revenus ayant été taries, l'abbé Collin fait réduire le nombre des messes à acquitter. - 1704-1722 : Prospérité de l'abbaye au temporel et au spirituel ; qualités de l'abbé Collin ; il est goûté à la cour de Léopold ; ses distinctions honorifiques. - 1722-1730 : L'abbé Piart, postulateur de la cause de béatification du P. Fourier. - 1722-1746 : Ses grands travaux de construction. - Son caractère processif et son opiniâtreté extraordinaire. - 1748 : Union du généralat de la Congrégation de N.-S. à la dignité abbatiale de Domèvre; le chapitre de Domèvre perd son droit d'élire l'abbé. - 1765 : L'abbé Pillerel consent à céder plusieurs de ses paroisses pour former le nouveau diocèse de Saint-Dié si l'on obtient son érection canonique ; procès retentissant des Chanoines réguliers et du clergé séculier. - 1769-1772 : Vertus éminentes de l'abbé Leroy. - 1765-1778 : Importants chapitres généraux. - 1772-1789 : Le faste à l'abbaye de Domèvre ; la discipline en souffrance,

Chrétien Fabri ou Fabry (1614-1637). - Le P. Chrétien Fabri était coadjuteur de l'abbé Chrétien Malriat depuis un certain nombre d'années, mais il ne remplissait pas les fonctions de prieur dans la communauté, qui se composait alors d'une dizaine de religieux (2). Il y occupait cependant une place importante par les services qu'il rendait.
Il semble qu'il était le plus expert et le plus savant du chapitre dans les affaires temporelles, et le plus capable de lire et d'interpréter les vieilles chartes. On trouve son nom sur divers registres rédigés par lui ou faits par ses soins : registre des admodiations (1570-1619), registre des cens (1574-1631), registre des lettres obligatoires et des constitutions selon l'ordre alphabétique des lieux (- 1637), etc., etc. (3).
Le nouvel abbé fut bénit par l'évêque de Toul, dans l'église des Minimes de Nancy, le jour de l'Ascension 1614 (4). Arrivé à la première dignité de l'abbaye, il continua néanmoins de s'occuper des affaires jusqu'à la fin de ses jours.
Le prince Charles de Remoncourt (5), déjà commendataire de Belchamp et de Lunéville, et en possession de tant d'autres bénéfices, l'importuna fort, dit le P. Gilles Drouin, pour qu'il le choisît encore pour son coadjuteur, mais l'abbé s'en excusa si bien que, pendant les poursuites, il obtint des lettres de coadjutorerie pour son neveu, le P. Jean Mareschal, comme lui religieux de Domèvre.
L'abbé Fabri était si bien intentionné pour la réforme, qu'il pensa y entrer lui-même, et s'il ne donna pas suite à son projet, du moins il s'empressa d'ouvrir son cloître aux disciples du B. Pierre Fourier (6).
Pressé par le saint réformateur de passer un contrat pour la séparation des menses, il finit par y consentir et le signa le 5 octobre 1626, sans vouloir rien donner toutefois pour l'expédition des bulles de confirmation, qui furent accordées en 1628. Mais la part de la mense du chapitre fut faite très petite : elle ne comportait que le cinquième des revenus et « ne valait pas 3.000 francs (7) ». L'abbé ne s'était pas montré plus généreux parce qu'il s'était chargé de la pension accordée aux anciens, dont pas un ne voulut prendre place dans la Congrégation (8).
Pendant que les religieux avaient peine à vivre et ne pouvaient voir leur nombre s'accroître, l'abbé enrichissait sa mense par des échanges de terrains et par de nombreux acquêts, surtout dans les années calamiteuses (de 1630 à 1636) (9).
Ces marchés ne l'empêchèrent pas de rendre service à la communauté de Domèvre non plus qu'à divers particuliers, en leur prêtant des sommes relativement considérables : nous pouvons les faire monter au total de 2.400 francs (10).
En 1635, nous le voyons choisi par les religieux de Haute-Seille pour présider à l'élection de leur abbé, parce que le malheur des temps ne leur permettait pas de faire venir un religieux de leur ordre qui pût leur convenir (11). Les suffrages se portèrent sur le P. Louis Fériet.
L'abbaye de Domèvre eut sa part dans les épreuves communes : quatre religieux moururent, les autres furent obligés d'abandonner le cloître et se retirèrent à Belchamp, où ils demeurèrent plusieurs années. L'abbé Fabri lui-même demanda un asile à l'abbaye de Lunéville, où ses bienfaits et ses vertus lui préparaient un accueil favorable. Sentant sa fin approcher, il éprouva des inquiétudes au sujet du partage des menses. Pour les calmer, il fit promettre à son coadjuteur de rétablir les choses dans l'état normal, de façon à permettre d'entretenir 12 religieux, conformément à l'institution primitive (12).
Enfin il sollicita la faveur de renouveler ses voeux dans la réforme. Ses désirs furent exaucés en récompense « de sa toute sincère et toute parfaite et toute paternelle bienveillance (13) ». Il mourut saintement le 30 décembre 1636, sur les cinq heures du soir (14), et laissa à l'abbaye de Lunéville « le sacré dépôt de son très digne corps », dont la sépulture fut célébrée avec une grande solennité.
On peut voir aux archives paroissiales de Nonhigny une pièce en parchemin datée de 1629 et scellée du grand sceau de l'abbé Fabri. Ce sceau représente N.-D. de Saint-Sauveur, c'est-à-dire la Vierge debout couronnée, portant l'enfant Jésus sur son bras gauche et un sceptre de la main droite ; au-dessous, un écu chargé d'une croix pattée et alésée et surmonté de trois crosses, dont l'une en pal et les deux autres en sautoir. La légende porte : S... FABRI ABBAT.

Jean Mareschal (1637-1638). - A la mort du Père Fabri, son neveu, le P. Jean Mareschal, coadjuteur depuis plus de douze ans, lui succéda. C'était relativement un jeune homme, puisqu'il n'avait reçu son diplôme de docteur en théologie, après un cours de quatre années, que le 5 mai 1623 (15). Il prit possession le 6 janvier 1637.
A cette date il était, comme ses religieux, réfugié à l'abbaye de Belchamp, parce que le saint réformateur avait conseillé de ne pas réparer encore les bâtiments de Domèvre, dans la crainte de nouvelles dégradations par les partis ennemis. Son intention avait été de se donner à la réforme, mais des Pères Jésuites l'en détournèrent, pour de bonnes raisons sans doute. Il était donc bien disposé à remplir le voeu de son oncle au sujet de l'amélioration des revenus du chapitre, mais que pouvait-il faire alors ? Du reste, la mort ne tarda pas à le frapper ; il mourut à Belchamp le 4 septembre 1638, après dix-huit mois seulement de prélature (16).

Clément Philippe (1638-1667). - A la mort de l'abbé Mareschal, le chapitre ne se composait que de cinq membres, tous de la réforme ; il n'est question d'aucun des anciens, qui résidaient dans les cures. Presque tous habitaient Belchamp, aussi bien que le P. Clément Philippe, leur prieur. Ils s'empressèrent de se rendre à Domèvre, avant même de divulguer la mort du P. Mareschal, pour procéder le plus tôt possible à une élection, dans la crainte que le roi de France ne s'y opposât.
Le 11 septembre, le P. Clément Philippe emporta toutes les voix, moins la sienne. L'élu, né à Lemainville, avait fait profession le 25 mars 1624 ; il était du nombre des premiers réformés, et très estimé de saint Pierre Fourier. Il avait rempli les fonctions de prieur deux fois à Saint- Pierremont, une fois à Viviers et deux fois à Domèvre.
Il expédia aussitôt le procès-verbal de son élection à Rome pour obtenir la confirmation du Saint-Siège. Le Bon Père, informé de cet événement dans son exil, n'avait pas l'espoir du succès final, et pourtant toutes les démarches réussirent comme par enchantement.
En effet, en réponse à une lettre du saint réformateur, dont l'autographe se trouve aux Archives (17), le duc Charles IV signait de Thann, le 15 octobre 1638, un décret qui confirmait l'élection et permettait une prise de possession provisoire. Le roi de France donnait aussi son approbation le 14 janvier 1639 ; le pape expédiait ses bulles le 12 février (16 des calendes de mars) ; le vicaire capitulaire de Toul les fulminait le 15 mars; le Parlement de Metz, siégeant à Toul, permettait la prise de possession le 5 juillet. Il y en eut deux : l'une, provisoire, le 27 juillet 1639, et l'autre, définitive, le 2 janvier 1641 (18).
Le P. Clément Philippe fut donc le premier abbé confirmé de la réforme. Bientôt après, sur le refus du P. Lemulier, le P. Fourier, retiré à Gray, lui confia les fonctions de vicaire général, alors vacantes par la mort du P. Maretz, mais il lui donna le titre de surintendant, par respect pour sa nouvelle dignité. Ces fonctions ne pouvaient être en de meilleures mains. Dans ces temps difficiles, le prélat fit des visites et des exhortations dans les abbayes et y remit un peu d'ordre. En particulier, il repeupla la sienne en y faisant rentrer d'abord trois religieux ; il avait lui-même provisoirement sa résidence à Lunéville (19).
La mort du saint réformateur vint le décharger de ce fardeau, qui retomba sur les épaules du P. Guy Lemulier, élevé au généralat en 1641 ; mais le chapitre, par reconnaissance, lui donna la place d'assistant, qu'il occupa jusqu'en 1645 seulement. Bien qu'il vécût encore de longues années, il ne fit plus partie du conseil de la Congrégation. Il fallait pour cela que les abbés vécussent de la vie commune ; le P. Philippe remplit cependant cette condition, au moins assez longtemps (20).
A peine revêtu de la prélature, il se crut obligé en conscience de procurer la gloire de Dieu et l'avancement de la réforme ; or, selon lui, le plus grand obstacle qui s'y opposait, c'était l'excès de pauvreté dans un ordre non mendiant. « Cum enim, disait-il, vitae necessaria desunt, a divinis in temporalia, ab observantià regulari ad morum dissolutionem, a tranquillitate ad quotidianas perturbationes divellitur animus, cum non magis coelum a terra, quam divitiarum conquisitionem a rerum spiritualium pertractatione distare certissimum sit. » Il résolut donc de renverser cet obstacle qui, disait il encore, a fait tant de mal dans les siècles passés aux ordres religieux, surtout à celui de saint Augustin.
De fait, il augmenta bientôt les revenus de la mense conventuelle en lui cédant quelque chose de la sienne par actes des 26 septembre, 4 octobre 1642 et 22 août 1645. Et pour prévenir toute contestation de la part de ses successeurs, il fit confirmer toutes ces donations par le Saint-Siège. Innocent X expédia dans ce sens une bulle datée du 5 octobre 1646 « qui coûta près de 25 pistolles ». Ce ne fut pas simplement pour accomplir le voeu du P. Fabri mourant qu'il fit cette transaction ; il obéit en cela à un sentiment de justice plutôt que de charité, comme il le dit lui- même (21).
Il nous donnera encore des preuves de son zèle et de son dévouement pour ses frères, mais il ne nous paraît pas si admirable dans sa conduite envers les débiteurs insolvables, car il les traita d'une manière bien différente. En mars 1642, il fait vendre une maison par la justice du lieu pour se faire rendre la somme de 400 francs, prêtée depuis 1634, sans qu'on eût payé les intérêts ; le 7 mai suivant, pareille exécution pour une somme de 300 francs, prêtée en 1635 (22).
A partir de la même époque, la justice de Domèvre adjuge à l'abbé un nombre considérable de champs et autres domaines pour paiement de dettes. Un particulier, à lui seul, devait 1.270 francs. En même temps, la communauté de Domèvre vendait à l'abbé et au chapitre 133 arpents de bois, à prendre dans la forêt de Xey, depuis l'étang d'Albe, pour la somme de 6.600 fr. et 100 fr. de vin (27 décembre 1642) (23). En 1649, un sieur Hidoux ayant été pris mésusant, coupant des sapinaux, dans les bois de Raon-les-Leau, vint supplier le P. Clément Philippe de lui pardonner sa faute et d'avoir égard à sa pauvreté. Il lui offrit une pistole comme dédommagement, et l'abbé l'accepta (24). Ce fait et plusieurs autres du même genre, en des temps où beaucoup de délits paraissaient excusables, nous font présumer que l'abbé, malgré la grande régularité de sa vie, était assez raide en affaires.
Ce n'est cependant pas pour lui-même qu'il thésaurisait. La guerre poursuivait son cours et accumulait les ruines. L'abbaye subit des pertes sensibles. Les partages antérieurs ne purent avoir de stabilité. Plusieurs possessions disparurent, oubliées ou confondues, faute de culture. Le P. Philippe, sur la fin de sa vie, réunit spontanément plusieurs arbitres pour déterminer à nouveau la part de chaque mense.
Son but était louable ; il tendait, disait-il lui-même, « à conserver l'union fraternelle entre les abbés et les chanoines, recommandée si expressément par les Ecritures saintes, et si conforme à l'esprit de notre profession, au lieu de nous susciter, par succession de temps, des procès et des difficultés qui ne se peuvent souffrir entre nous sans scandale et sans démentir notre profession, dont le but principal est plutôt la poursuite des biens spirituels que temporels (11 mars 1666) (25) ».
Entre temps son attention était attirée vers un autre devoir de sa charge : le soin qu'il devait à la bonne administration des paroisses soumises à sa juridiction. On lui rapportait de plusieurs côtés que bon nombre de fidèles croupissaient dans une profonde ignorance des vérités religieuses. Pour remédier à ce mal, il chargea l'un de ses meilleurs sujets, le P. Didier Marchal, curé de Harbouey, d'aller de temps en temps, selon ses loisirs, prêcher, catéchiser, dans les centres les plus délaissés (1659) (26).
Enfin, sentant s'aggraver le poids de l'âge, il se fit autoriser par le général à se donner un coadjuteur, pour éviter la commende. En date du 15 janvier 1664, il présenta une requête au pape Alexandre VIII pour obtenir ce titre en faveur du P. Charles-Henri Le Bègue. Les bulles sont du 11 des calendes d'août 1664 ; l'évêque de Toul les fit fulminer le 10 décembre ; le chapitre donna son acceptation dès le 6 mai ; le P. Terrel, général, donna sa permission le 17 novembre, Charles IV la sienne le 28, et l'élu prit possession par procureur ; il n'avait alors que 26 ans (27).
L'abbé Philippe ne vécut ensuite que trois ans et mourut la même année que le P. Terrel, général de la Congrégation, le 6 décembre 1667,

Charles-Henri Le Bègue (1667-1688). - Deux jours seulement après la mort du P. Philippe, le 8 décembre 1667, le chapitre reconnut officiellement son coadjuteur pour abbé ; c'était la manière usitée pour faire valoir en pareil cas son droit d'élection (28). Il n'y avait plus d'autres formalités à remplir que la cérémonie de la bénédiction, mais nous ne savons où elle se fit.
L'abbé était de la famille si connue des Le Bègue ; son père était attaché à la cour de Charles IV et le suivait avec sa famille dans ses nombreuses pérégrinations. C'est la raison pour laquelle Charles-Henri vit le jour à Bruxelles. Il y eut même en cette circonstance une difficulté à son avancement, car le roi de France n'admettait les étrangers pour aucun bénéfice (29).
Entré de bonne heure dans la Congrégation des Chanoines réguliers, il fit sa profession à Lunéville le 9 décembre 1657. Il n'avait que 26 ans, dit la bulle, quand il fut fait coadjuteur, et n'était même point résident à l'abbaye, puisqu'il prit possession par procureur (30). C'est ce qui fait attribuer son élévation à la faveur ou à quelque haute influence.
Il ne tarda pas à se plaindre du mauvais état où il avait trouvé sa mense ; c'est pourquoi il présenta un mémoire au général et à son conseil pour faire savoir que, « eu égard à toutes les charges auxquelles il était attenu, il se trouvait lésé par l'augmentation faite en faveur des religieux par son devancier. » Il réussit à faire accepter par le chapitre un nouvel arrangement qui devait remettre sa mense dans un état suffisamment prospère. Mais, par ce traité, il ne se trouva pas plus en état de satisfaire à ses dettes et à la restauration des bâtiments réguliers ; c'est pourquoi, trois ans après (1671), il fit une nouvelle transaction avec son chapitre par laquelle, au moyen de l'abandon de certains fonds y spécifiés, les Chanoines réguliers se chargèrent de restaurer la maison canoniale, réparer l'église, la tour, etc.
Quatre ans après (1675), une nouvelle transaction s'imposa pour éclaircir certaines difficultés causées par des termes obscurs que l'on croyait trouver dans les bulles de séparation et d'amélioration des menses. - Ces bulles et transactions ont toujours eu leurs effets, et les Chanoines réguliers ont joui paisiblement de tout ce qui leur était cédé par ces actes jusqu'en 1737 (31).
En vertu de ces arrangements, le chapitre se mit en mesure de restaurer le cloître, ce qui eut lieu entre les années 1671 et 1675. On trouve dans les archives au moins deux descriptions assez détaillées de ces bâtiments.
On y lit entre autres choses : « Ils avaient à peu près le même aspect et la même situation que les modernes (ceux du P. Piart), mais ils avaient beaucoup moins d'étendue (32). » Comme conséquence, l'abbé proposa au général d'augmenter le nombre des religieux proportionnellement aux revenus de la mense conventuelle. On comptait alors seulement 200 fr. pour l'entretien d'un seul (33).
Le P. Le Bègue a été du nombre de ces abbés qui, contrairement à leur devoir, n'ont jamais vécu avec leur communauté ni confondu leur mense avec celle des religieux ; aussi ne fut-il jamais appelé à remplir une charge dans la Congrégation (34). Il est un de ceux à qui on peut le plus reprocher d'avoir mené une vie mondaine de grand seigneur (35). Il se contenta des fonctions qui étaient inhérentes au titre abbatial, et nous ne connaissons de lui qu'un mandement manuscrit, pour fixer les droits d'autel dans les paroisses de sa juridiction et déterminer les cas réservés (36) (5 août 1688). La même année, le 19 août, nous le voyons aussi ériger une confrérie de saint Laurent dans la paroisse du Val (37). C'est lui qui porta cette ordonnance rigoureuse en vertu de laquelle il fit défense à tous ses sujets d'aller à l'affût et de tendre des lacets sans sa permission, sous peine de 30 fr. d'amende pour la première fois, de 100 fr. pour la seconde, de confiscation des armes et d'emprisonnement pour la troisième (38).
Sa mort n'était pas éloignée ; elle arriva vers le mois de décembre. Il n'avait guère que 50 ans. Ses meubles furent mis en vente, le 9 décembre 1688, par ordre de justice (39).
D'après l'inventaire, ils forment une recette de 9.138 francs 2 gros, et les dépenses allaient à 7.682 francs 11 gros. Sur la différence, il fallait prélever 1.200 francs encore dus et le prix du monument à élever sur sa tombe. Sa succession était donc assez minime (40). Son sceau portait un poisson sans légende (41).

Mathias Allaine (1690 1704). - Il y eut de grandes intrigues au sujet de la succession du P. Le Bègue. Il fallait alors le consentement du roi pour faire une élection, et elle devait être présidée par ses commissaires. D'une part, Mgr de Bissy, évêque de Toul, aurait voulu faire nommer le P. Achille Massu, déjà abbé de Saint-Pierremont, qui avait sa confiance, pour lui remettre ses pouvoirs dans ces quartiers éloignés de sa résidence. D'autre part, le P. George, général, convoitait le poste pour créer des revenus à sa charge. Enfin des ambitieux voulaient poser leur candidature.
Pour arriver plus sûrement à leurs fins, ces derniers dressèrent un factum contenant environ 50 chefs d'accusation et contre le général et contre les religieux le plus en vue, tendant à les convaincre d'infidélité envers le roi, et l'envoyèrent au ministre Louvois. Le général en ayant été informé, chargea les Pères Massu et Pastoret d'aller à la cour réfuter ou expliquer les faits allégués. Ils apprirent avec joie qu'on ne faisait même pas l'honneur d'un examen à ces sortes de mémoires. Les intrigants furent confondus, et le principal meneur quitta la Congrégation, mais l'élection ne se fit pas sans peine (42).
Le chapitre ne voulait pas du P. George parce que « il était plus redouté qu'aimé ». Dans une première assemblée dont nous ignorons la date, il donna « le plus grand nombre des suffrages » au P. Collignon, prieur depuis peu de temps. Mais bientôt celui-ci donna sa démission. Nous voudrions savoir pour quel motif. Il faut croire qu'il dut céder à certaines pressions du dehors, car le P. Piart, annonçant sa mort, se contente de dire : « Certaines circonstances firent passer (cette dignité) à un autre (43). »
Le chapitre, peu satisfait du respect qu'on avait pour ses décisions, décréta, le 29 juillet 1689, que les frais de la nouvelle élection seraient à la charge de l'élu. Mais on ne sait en vertu de quel droit le P. Mathias Allaine, ancien prieur et curé de Leintrey, prit possession provisoire, le 3 décembre suivant. Il fut élu le 5 janvier 1690 et reçut des bulles datées des ides de mars (44) ; elles furent fulminées le 10 mai. Il se fit bénir à Molsheim par Mgr Gabriel, évêque de Tripoli, suffragant de Strasbourg, le 18 juin, et prit possession définitive le 22 du même mois (45),
Le P. Mathias Allaine, né à Nancy, était profès du 1er octobre 1662. Il régenta successivement toutes les classes et fut, par conséquent, au moins une année, préfet des études au collège Saint-Béning d'Aoste. C'est là aussi qu'il reçut les Ordres sacrés. Après son retour en Lorraine, il ne tarda pas à devenir prieur de Domèvre (1674), charge qu'il conserva une douzaine d'années en deux fois.
Rien d'étonnant qu'il ait attiré les suffrages (46).
Il est le premier des abbés de Domèvre qui, prétendant jouir de la juridiction quasi-épiscopale, ont publié des statuts imprimés ; c'est ce qu'on voit dans les réclamations de l'évêque de Toul au Parlement de Metz (47). Il nous reste aussi de lui quelques mandements : l'un du 5 août 1690, invitant à chanter un Te Deum d'actions de grâces pour les victoires remportées par le roi ; un autre du 5 novembre de la même année, portant communication d'un jubilé accordé par le pape (48).
Le P. Allaine eut une prélature assez paisible ; sur la fin seulement il fut victime de sa bonté, a Un sieur Germain Jacquot était procureur-postulant en la prévôté de Blâmont, du temps que la France possédait les Etats de Son Altesse Royale. Son office ayant été supprimé à la paix, et s'étant retiré à Domèvre, où il avait pris femme, l'abbé voulut bien en faire son procureur d'office, pour lui donner quelque rang dans le lieu. Jacquot en fit les fonctions quelques années, pendant le cours desquelles il fouilla dans tous les titres de l'abbaye. En abusant de la confiance qu'on avait en lui, il chercha de quoi pouvoir nuire dans la suite à son bienfaiteur.
« En 1703, ledit M. Jacquot s'étant engagé au service d'un autre seigneur, l'abbé trouva à propos de le destituer et de mettre un procureur d'office à sa place, M. Jacquot, pour se venger, ayant fait entendre contre la vérité, à quelqu'un d'entre ces messieurs qui ont part à la direction des parties casuelles, que Son Altesse Royale avait droit d'établir à Domèvre des officiers dont les fonctions étaient considérables, surprit, le 27 juin de ladite année, des provisions de l'État à l'office de prévôt de Domèvre, sans autrement faire expliquer en quoi consistait cet office, et ce pour une somme de 200 fr. Il n'eut pas plutôt les provisions qu'il commença à faire des entreprises considérables sur les droits de l'abbé, seigneur haut justicier du lieu... » Le P. Allaine eut beau protester et se défendre ; le 1er mars 1704, le duc donna droit à Jacquot ou, du moins, fixa ses attributions en huit articles. Ce fut là une source de difficultés qui se renouvelèrent sous les autres abbés (49).
Durant les 14 ou 15 ans de sa prélature, l'abbé Allaine ne remplit aucune charge dans la Congrégation ni au cloître de Domèvre, ce qui donne à penser qu'il ne vécut pas en communauté et ne confondit pas les revenus de sa mense avec ceux de la mense conventuelle. Sentant sa fin approcher, il voulut se choisir un coadjuteur, peut-être pour éviter le retour des intrigues qui avaient troublé la dernière élection. Il fit même des démarches pour s'entendre à cet égard avec le général, qui était le P. A. Massu. Mais il mourut le 29 septembre 1704 sans avoir pu réaliser son projet (50). Il ne paraît pas avoir été un homme d'une grande force de volonté ni d'une grande culture intellectuelle. Ses armes étaient : « D'azur au chevron d'or chargé d'une coquille de sable, accosté de trois fers de lance d'argent. » Ces armes sont peintes sur un tableau de saint Mathieu, qui se trouve actuellement encore dans l'église de Domèvre (51). Ces indications ne concordent pas tout à fait avec les pièces représentées par son cachet (52).

Pierre Collin (1704-1722. - L'élection du successeur du P. M, Allaine ayant été fixée au 9 octobre 1704, le duc Léopold, sur l'avis qui lui fut donné par le prieur de Domèvre du jour de l'élection, envoya M. d'Andilly, conseiller d'État et maître des requêtes, accompagné du sieur Marchis, secrétaire du conseil, pour déclarer au chapitre de Domèvre que Son Altesse Royale protégeait la liberté de l'élection, assurait tout l'Ordre, et le chapitre en particulier, de sa bienveillance, et recommandait aux électeurs de choisir un abbé agréable à Dieu, utile à l'Eglise et fidèle à Sa dite Altesse Royale. Le chapitre étant assemblé au jour marqué, les commissaires s'acquittèrent du mandat qu'ils avaient reçu de leur souverain et sortirent de la salle capitulaire (53).
Le second tour de scrutin donna 14 voix sur 20 au Père Pierre Collin, alors directeur du séminaire de Verdun et deuxième assistant du général. Il était originaire de Rouvrois-sur-Meuse et profès du 22 août 1677. Il avait professé plusieurs fois les hautes classes au collège d'Aoste, où il reçut les saints Ordres (54). Son élection n'a rien de surprenant, eu égard au rang qu'il occupait, aux charges de prieur, procureur, professeur et curé, qu'il avait exercées simultanément à Domèvre, et surtout à l'amitié de Léopold, qui avait déjà présenté sa candidature à l'abbaye de Chaumousey, en 1699 (55).
Le général, qui était présent au chapitre, accepta l'élection au nom de l'abbé Collin et envoya le P. Lebrun, prieur, lui porter le procès-verbal. Il signa son acceptation le 22 octobre. Le 8 novembre, la cour l'autorisait à prendre possession du temporel ; il la prit par procureur le 19 du même mois (56).
Bien que toutes ces formalités fussent suffisantes, le général fit solliciter la confirmation du pape pour mieux assurer la juridiction quasi-épiscopale de l'élu (57). L'abbaye n'était pas encore taxée à Rome sous le nom de Domèvre ; elle continuait à l'être sous le nom de Saint-Sauveur en Vosges. « Il ne faut rien changer, écrivait le P. Massu, et ainsi on évitera de tomber sous les règles de la chancellerie, qui donnent au pape la nomination des abbayes qui sont taxées à 60 florins (58). »
La bulle étant fulminée le 13 janvier 1703, l'abbé prit possession du spirituel par procureur le 13 du même mois, et se fit bénir à la cathédrale de Toul par Mgr de Bissy, le jour de la Quinquagésime, « avec toute la pompe et la magnificence que l'on peut faire dans une pareille occasion ». Il allait imprimer à l'abbaye un mouvement d'expansion et de gloire, à cette époque où la Lorraine, rendue à ses ducs, commençait à oublier les malheurs du siècle précédent (59).
Pendant ces troubles, beaucoup de titres furent perdus. L'acquit des fondations avait même été interrompu. L'abbé Collin chargea l'un des Pères les plus judicieux de faire des recherches dans les archives qui avaient échappé à la destruction pour composer un catalogue de toutes les messes à acquitter. Ce mémoire fut rédigé par le P. Nicolas Vauthier, procureur de la maison, en 1711. Dans le prologue du règlement qui le suit, le P. Collin rappelle que le concile de Trente a autorisé l'abbé ordinaire à réduire les charges de ces fondations si les fonds ne sont pas suffisants et proportionnés aux charges. Il rappelle aussi que plusieurs de ces fondations, ayant été faites par des abbés et des religieux de la Congrégation, sont nulles de plein droit, suivant cette maxime : « Quidquid acquirit monachus acquirit monasterio. » Ils n'ont pu laisser à la communauté, à titre onéreux, ce qui lui appartenait déjà.
Malgré les trahisons du prévôt Jacquot, dont nous avons parlé et contre lesquelles le P. Collin ne tarda pas de protester, les biens de l'abbaye fructifiaient. Le personnel de la communauté se composa bientôt de 18 à 20 membres. L'abbaye eut cependant à souffrir du terrible hiver de 1709 : elle perdit 400 pieds d'arbres fruitiers, toutes ses vignes, mais elle eut le privilège assez rare de garder la moitié de ses semailles d'arrière-saison.
Au printemps la pauvreté fut grande. Les greniers du monastère, comme les autres, furent visités par ordre supérieur, et défense fut faite d'exporter du blé, sous peine de mort, ou d'en vendre au-dessus de 4 écus le resal. On vit au cloître tant de pauvres que l'on était contraint de cuire tous les jours pour leur donner l'aumône. Le duc fit une ordonnance par laquelle tous les habitants de Domèvre furent obligés de manger du pain dont les deux tiers étaient d'avoine, et elle fut observée quelque temps.
A cette calamité vint s'en joindre une autre. Le pourpre attaqua plusieurs habitants de Domèvre, qui en moururent ; on remarqua même qu'il s'en prit aux plus vigoureux et aux plus robustes, qui étaient enlevés en trois ou quatre jours. L'abbé Collin en guérit trente-deux par des remèdes qu'il avait préparés lui-même et qui étaient « des sudorifiques et des cordiaux (60) ».
Dans le même temps, le nouvel évêque de Toul, Monseigneur Blouet de Camilly, battait en brèche la juridiction quasi-épiscopale que l'abbé prétendait avoir sur les paroisses de Harbouey, de Cirey, de Val de Bon-Moutier, sous prétexte qu'elles étaient sur le territoire français (61). Il avait tenté de visiter ces églises, mais le P. Collin ayant protesté et fait défense de lui ouvrir les portes, l'évêque soumit le litige au Parlement de Metz, qui rendit une sentence contraire aux prétentions de l'abbé (1709) (62).
Celui-ci fut mieux partagé au palais. Léopold l'invita à prêcher l'Avent, en 1706, et le Carême suivant, en présence de la cour, et lui donna pour honoraires « deux chevaux de selle et de carosse estimés d'un très grand prix par tous les bons connaisseurs ». En 1710, le jour de sa propre fête, le duc lui donna la première des deux places de conseiller-prélat à la cour souveraine. Les patentes furent expédiées le 2 décembre, et il fut reçu et installé en cette qualité à la Cour souveraine de Lorraine, où il commença à prendre séance, après le premier président, le 3 février 1711 (63).
La même année, dès le 15 janvier, il avait été fait protonotaire apostolique, et le duc le pria encore de donner la station de Carême devant la cour, tant à la chapelle du palais qu'à l'église Saint-Remy. Il était ainsi au comble des honneurs, et l'abbaye recevait quelque lustre de toutes les distinctions dont il était revêtu. Mais ce n'était pas un préservatif efficace contre tous les accidents.
En 1716, la nuit du 24 au 25 avril, les granges et écuries de la mense conventuelle, avec les logements des domestiques, furent réduits en cendres par un incendie qui commença un peu après minuit, « et dans moins de trois heures consomma cette grande désolation. »
A en juger par les secours que prêtèrent dans la circonstance les habitants de Domèvre, ils n'étaient pas en trop mauvaise intelligence avec les moines ; et cependant, il n'est pas douteux que beaucoup d'entre eux ne s'acquittaient des redevances féodales qu'en murmurant. Ils accusaient plutôt, ce semble, l'ancien régime en général que les dispositions personnelles du seigneur abbé qui les gouvernait, du moins quand ce seigneur était l'abbé Collin. - A cette époque, les aubergistes payaient 5 fr. par année pour droit de bouchon ; les nouveaux venus également 5 fr. ; et les nouveaux mariés deux quartes de vin pour droit de bourgeoisie. - Tous devaient entendre la messe à l'abbaye le jour de certaines fêtes et y apporter leur offrande. - Il y avait un garde-chasse (64) qui exerçait une vigilance sévère. Il y avait une multitude de petites obligations qui paraissaient injustes parce que leur raison d'être ne subsistait plus ou avait été oubliée. En tous cas, toutes choses comptées, la condition des habitants de Domèvre n'était certainement pas plus lourde que dans les autres seigneuries laïques du voisinage, et elle était adoucie par les abondantes aumônes que les moines faisaient chaque semaine.
Le P. Collin était depuis 14 ans revêtu de la prélature sans avoir exercé aucune charge dans la communauté, mais, en 1718, il fut nommé prieur. Il l'était encore, et premier assistant de la Congrégation, lorsqu'il mourut, frappé d'apoplexie, en allant, selon sa coutume, dire la messe à la paroisse, le lundi de la Semaine sainte 30 mars 1722, à l'âge de 63 ans. Les mémoires de l'abbaye renferment le récit circonstancié de cette mort foudroyante et des grandes cérémonies funèbres qui la suivirent.
Les armes du défunt étaient : « Parties au premier d'argent à une hure de sanglier de sable ; au deuxième d'or à une main de carnation tenant une plume issante d'un nuage d'azur ; au chef d'azur chargé d'une croix alaisée d'argent ; l'écu orné d'une mitre et crosse d'or, surmonté d'un chapeau de sinople à cordons pendants, et entouré de cette devise : In cruce salus, in charitate robur, in labore requies. » La pierre tombale du P. Collin, transportée de l'abbaye, se voit encore à l'entrée de l'église paroissiale, au côté gauche, dans le cimetière (65).
Le P. Collin a laissé un : Panégyrique du P. Achille Massu (imprimé); un Traité de la vérité de la religion (Verdun, 1702) ; un Cours de théologie resté manuscrit ; quelques mandements de janvier 1705, de janvier 1706, de juillet 1706, ordonnant des prières publiques pour la cessation de la guerre et la prospérité de l'Etat (66).

J.-B. Piart (1722-1746). - Une première élection donna pour successeur à l'abbé défunt le P. Jacques Serrier, curé d'Igney. Mais celui-ci se démit quelques jours après, « de gré ou de force », dit un mémoire. Quoi qu'il en soit, l'élection fut renouvelée le 5 mai 1722, et, à la recommandation du duc Léopold, les suffrages se portèrent en majorité sur le nom du P. J.-B. Piart, né à Saint Mihiel vers 1673, profès du 30 octobre 1689, et ancien élève du P. Pierre Collin. Il avait été peu de temps prieur à Belchamp, à Saint-Pierremont et à Lunéville, et remplissait alors depuis 15 ou 16 ans les fonctions de postulateur dans la cause de béatification du bon Père.
C'est donc à Rome qu'alla le trouver la dignité abbatiale. Ses bulles sont datées du 10 des calendes d'août 1722. Sur un arrêt de la cour du 22 septembre, il prit possession par procureur le 24 du même mois.
Aux termes de ses bulles, il se fit bénir par le prince-évêque de Genève, Mgr Michel-Gabriel de Rossilion de Bornex, dans l'église du premier monastère de la Visitation, à Annecy, parce qu'il informait aussi la cause de la béatification de Mme de Chantal. La cérémonie eut lieu le 28 octobre de la même année 1722. Il ne fit son entrée à l'abbaye qu'au mois de décembre suivant (67).
Porté par caractère aux grandes entreprises, et peut être un peu jaloux des autres abbayes, dont les vieux bâtiments étaient déjà remplacés par de belles constructions, il arrivait, avec un plan dressé à Rome pour la réédification du cloître. Son chapitre, à qui il fit part de ses projets, n'étant pas entré dans ses vues, il sut extorquer la permission du général et fit renverser immédiatement les constructions élevées sous le P. Le Bègue depuis 40 ou 45 ans (68). Les travaux durèrent une dizaine d'années ; nous en avons donné ailleurs une description suffisamment détaillée.
Dans l'intervalle il retourna plusieurs fois à Rome et à Annecy pour suivre les causes dont il était chargé (69). Il eut l'honneur d'assister, dans la ville éternelle, aux fêtes de la béatification du saint réformateur, dont on peut voir le récit dans l'histoire du Bienheureux. Il revint par l'Allemagne, où il fit un voyage presque triomphal. Il présida les solennités célébrées dans son abbaye avec une magnificence extraordinaire et au milieu d'un concours inouï (70).
Alors Domèvre était à l'apogée de sa gloire ; ses bâtiments surpassaient en importance ceux des autres abbayes de la Congrégation, bien que le luxe y fût étranger. La cour de Lunéville aimait à y venir, elle y prenait même parfois ses repas. L'évêque de Toul y vint aussi. Tous ces nobles visiteurs s'en retournaient enchantés de ce qu'ils avaient vu. C'était là le côté matériel et mondain, celui qui laissait le moins à désirer (71).
Quant à la vie religieuse proprement dite, elle ne subit aucune altération dans le cours même des travaux du cloître. Nos mémoires ne font exception que pour deux individus complices, dont l'un apostasia et l'autre fut, le reste de ses jours, à charge à la Congrégation (72).
Le P. Piart, après avoir rendu de si grands services à son Institut, devint protonotaire apostolique, assistant du général de 1726 à 1735, et prieur de Domèvre à peu près dans le même laps de temps. Tous ces titres lui donnaient certainement du prestige et de l'autorité, mais il ne sut pas se prémunir contre les tendances de son caractère. On le disait « d'une humeur processive..., n'ayant jamais pu s'accorder avec aucun prieur, même auparavant avec ses plus intimes amis... Son esprit était de prédominer avec une autorité qui se faisait trop sentir, voulant se rendre le maître absolu des personnes et des biens ». A la fin on l'excusait cependant, à cause de « la faiblesse d'esprit dans laquelle ses maladies habituelles l'avaient réduit ». Il était alors frappé de paralysie (73). Quoi qu'il en soit, on lui retira toutes ses charges.
N'ayant plus à s'occuper au dehors, il porta toute son activité vers la chicane. Il s'en prit à ses religieux et aux séculiers. Les premiers avaient paisiblement joui de leur mense depuis les transactions passées avec le P. Le Bègue. En 1736 il entreprit de les troubler en reniant tous les accords consentis par ses prédécesseurs. Condamné une première fois (1738), il appela de la sentence, qui fut confirmée par la Cour (1740). Il proposa des accommodements inacceptables et finit par être débouté de toutes ses prétentions (1741).
Il tourmenta encore son chapitre au sujet de la reconstruction de l'église abbatiale et de l'église paroissiale, au sujet de la jouissance de certaines propriétés sises à Saint-Sauveur, etc. Presque toujours il dut battre en retraite, après avoir été fort malmené. Enfin, dit un chroniqueur, il eut le bon esprit de se réconcilier plusieurs années avant de mourir,
Il soutint pareillement de nombreux procès avec les évêques de Metz et de Toul au sujet de certaines paroisses de sa juridiction ; avec les habitants de Domèvre au sujet de leur église et des constructions claustrales ; avec ceux de Barbas, de Badonviller, de Saint-Sauveur, de Parux, etc. ; avec les seigneurs du Châtelet, de Craon, etc. ; avec un certain Marchal touchant le droit de chasse, etc. Plusieurs de ces procès durèrent fort longtemps : d'énormes cartons en contiennent les pièces ; mais presque toujours l'irascible abbé en fut pour ses frais (74).
Très jaloux de ses privilèges, il ne négligeait rien pour les affirmer. Etant à Rome en 1725, il assista à un concile, du 15 avril au 29 mai. « Ce fut le pape lui-même qui lui dit qu'en sa qualité... il avait droit d'assister audit concile, comme il crut devoir le faire pour laisser un acte d'autant plus solennel et authentique de la juridiction quasi épiscopale de Domèvre, et pour sa consolation... (75). »
Après une existence fort agitée et 24 ans de prélature, l'abbé Piart, qui était plus ou moins paralysé depuis longtemps, mourut dans son palais abbatial, des suites d'une indigestion, le 1er janvier 1746. Le lendemain il fut inhumé à l'église, dans le collatéral à gauche, devant la chapelle du B. P. Fourier. Il avait tant travaillé pour la glorification de ce grand serviteur de Dieu (76) ! Ses armes, qu'il eut soin de faire placer sur le pignon de l'abbatiale qui fait face au village, portent un globe surmonté d'une croix.
Malgré ses nombreuses occupations, le P. Piart écrivit beaucoup et laissa plusieurs ouvrages, tant imprimés que manuscrits, que l'on possède encore. Citons entre autres : Une Vie abrégée du B. P. Fourier, imprimée en plusieurs langues à l'occasion des fêtes de la béatification. - Une Relation de ces fêtes à Rome. - Les leçons du bréviaire, pour l'office du Bienheureux. - Imago boni Parochi, ou histoire du Bienheureux en latin. - La vie du B. P. Fourier, fort in-4° manuscrit, n° 379, à la Bibliothèque de Nancy. - Des Mémoires in-4°, à la même Bibliothèque. - Quelques Mandements: un premier pour prescrire des prières à l'occasion de la maladie du prince François, fils de Son Altesse Royale (1727) ; un autre pour ordonner la reconstruction de l'église paroissiale de Domèvre, 1740 (77). - Plusieurs sermons (78). - Plusieurs plans horizontaux, dont un de monastère, « type pour les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ».
Voici comment les supérieurs de la Congrégation apprécièrent le P. Piart au milieu de ses démêlés.
Le 6 juillet 1738, l'abbé de Saint-Pierremont, qui était alors le P. Pillerel, répondait au général qui l'avait consulté comme assistant : « Je ne crois pas qu'on doive penser à recevoir les propositions de M. l'abbé de Domèvre, qui, après qu'il aura fait à la maison tout le mal qu'il peut lui faire, demande d'en être supérieur en demeurant dans son quartier ; et après qu'il se sera accablé de dettes par la perte de ses procès, les paiera aux dépens de la maison.
« Il vient encore d'en perdre un à Metz, contre M. du Châtelet ; on dit que les dépens se monteront à plus de 2.000 livres. Mauvais présage pour celui qu'il a contre M. de Craon ! Ou ses prétentions sont légitimes, ou non. Si elles le sont, peut-il les abandonner pour satisfaire son envie de toujours commander ? Si elles ne le sont pas, pourquoi vexer injustement ses frères ? »
Le P. Bexon, général et abbé de Lunéville, écrit à son tour, le 10 du même mois : « Nous certifions que nous n'avons rien négligé pour le rétablissement de la paix entre M. l'abbé de Domèvre et son chapitre ; que les Chanoines réguliers composant le chapitre de Domèvre nous ont toujours référé, depuis notre élection, la décision des contestations meues, se soumettant, par acte capitulaire signé de tous, à ce que nous aurions réglé ;
« Que nous avons fait plusieurs propositions à M. l'abbé de Domèvre pour parvenir à un accommodement amiable ; que nous lui avons représenté que, quoique les règlements de notre Congrégation portassent que, s'il y a quelque débat inter domum et domum, inter vurum et virum, le général nommera des arbitres dans la Congrégation pour les terminer, néanmoins nous lui laissions, à lui seul, le choix de ces arbitres. A quoi il a répondu que, s'il avait assisté au dernier chapitre général, il aurait pu prendre les trois anciens prieurs et h s trois anciens députés à l'assemblée. Nous lui avons dit que la chose était encore faisable, qu'il connaissait les anciens qui y étaient et qu'il pouvait les employer,
« Nous ayant témoigné qu'il ne voulait aucun de notre Congrégation pour arbitre, nous lui proposâmes des étrangers, savoir : MM. les abbés de Senones et Moyenmoutier ; il n'en voulut pas. Nous en offrîmes d'autres, savoir : son avocat et celui du chapitre, en laissant à l'un et à l'autre pouvoir de faire accéder un troisième en cas de partage dans leurs avis ; M. l'abbé de Domèvre ne nous répondit rien.
« Nous ajoutâmes que s'il fallait faire sortir et changer tous les Chanoines réguliers de Domèvre pour procurer la paix, dont le trouble est si scandaleux, volontiers nous le ferions ; mais point de réponse.
« M. l'abbé de Beaupré avec son procureur, et M. Maurice, alors avocat de M. l'abbé de Domèvre au bailliage de Lunéville, furent présents à tout ce que dessus.
« Enfin nous nous sommes transporté exprès à Domèvre pour tâcher d'y donner quelque calme ; mais nous en sommes revenu sans succès. - C'est ce que nous certifions véritable.
« A Lunéville, le 10° juillet 1738.
« Bexon (79). »

Dominique Bexon (1746-1753). - Le P. Dominique Bexon était né à Remiremont, le 26 novembre 1677. Entré chez les Chanoines réguliers, il fit profession le 22 mai 1697, et reçut la prêtrise à Trêves le 11 mars 1702. Jeune encore, il fut jugé digne de remplacer le P. Collin comme directeur du séminaire de Verdun, en 1704. Au bout de neuf ans, il desservit la cure séculière de Harville, ensuite celle de Woimbey, au diocèse de Verdun, puis entra dans la cure régulière de Moyeuvre en 1721 (80).
A la mort du P. Sigisbert Verlet, le chapitre de Lunéville lui offrit la crosse abbatiale, qu'il accepta en 1732. Il devint premier assistant en 1735, puis il succéda au P. Huguin comme général de la Congrégation, le 15 mars 1738. Voici comment il passa de Lunéville à Domèvre et devint le successeur du P. Piart.
Stanislas gouvernait la Lorraine au nom de la France. La première et l'une des plus pernicieuses conséquences de son avènement fut la réintégration de la commende dans toutes les abbayes. La commende était toujours restée dans celles de Toul et de Verdun, pays soumis à la domination française ; mais en vertu des privilèges accordés par les pape« au roi de France et communiqués au nouveau duc, elle rentra par ordre de vacances dans les autres d'où elle avait été précédemment bannie.
Pour en préserver au moins une, le général, qui partageait en cela la manière de voir de tous ses prédécesseurs, avait sollicité, dans les cours de France et de Lorraine, une abbaye pour le chef de la Congrégation de Notre-Sauveur. Stanislas, qui l'aimait et le considérait, lui avait donné sa parole de roi que cela se ferait. Et, en effet, aussitôt après la mort du P. Piart, il fit proposer au P. Bexon de remettre son abbaye de Lunéville, sous la promesse qu'il lui céderait en règle celle de Domèvre et la destinerait à perpétuité pour le général de la Congrégation, selon son désir.
Le duc, en homme pratique, s'était fait rendre compte des revenus de l'abbaye par des officiers de Blâmont, qui les avaient exagérés, et il mettait pour condition à ses offres qu'il lui serait payé une somme de 4.000 livres au cours de France pour servir une pension à de jeunes ecclésiastiques. Le P. Bexon, désirant faire un état fixe, perpétuel et honorable au chef de la Congrégation, accepta cette dure condition, qui, pendant la vie des pensionnaires, devait emporter plus de la moitié de la mense abbatiale.
Ses bulles sont datées du 10 des calendes d'avril ; l'Ordinaire les fulmina le 23 mai 1746. Bientôt après il quitta Lunéville pour venir résider à Domèvre (81).
Cependant la promesse qu'on lui avait faite de régler juridiquement l'union de l'abbaye au généralat ne s'effectuait pas. Il dut réitérer ses sollicitations au roi de Pologne, qui se décida à faire les démarches. Louis XV donna son consentement le 27 septembre 1768 ; son gendre fit de même le 21 novembre. La bulle de Benoît XIV est du 13 janvier suivant ; Stanislas en permit l'exécution le 24 février ; elle fut enregistrée à la cour le 5 mars. Enfin Louis XV donna ses patentes au mois d'avril (82).
Il fallait encore un arrêt du Parlement de Paris. Par un acte du 14 août 1749, il refusa de le donner avant d'avoir vu les patentes de l'établissement des Chanoines réguliers. Le P. Hyacinthe Huraut, alors procureur général, et le P. Gérard, prieur titulaire du Chesnois, furent envoyés à Paris pour lever ces difficultés. Ils y réussirent, mais après un an de séjour et de travail. L'arrêt tant désiré fut signé le 22 juillet 1750, et cette affaire importante se trouva terminée (83).
Tout cela coûta beaucoup, mais sans obérer la Congrégation ni l'abbaye. On trouva suffisamment, - 10.000 livres au moins au cours de France, - dans le produit des industries du P. Claude-François Etienne, procureur du collège d'Aoste, à l'époque où le roi de Sardaigne renvoya de ses États les Chanoines réguliers de Lorraine. Comme conséquence, le chapitre était déchu de son droit d'élection, car dès qu'un général était nommé, il devenait, par le fait, abbé de Domèvre, moyennant les autres formalités de droit. Cette abbaye fut ainsi désormais la résidence du général et resta la seule en règle jusqu'à la Révolution (84).
Ce nouvel état de choses accrut le prestige de Domèvre, bien que les chapitres généraux aient continué longtemps à se réunir à Pont à Mousson. Mais il fut tristement inau guré. En 1746, une grêle horrible causa à l'abbaye un dommage estimé au moins à 23.000 livres. On chercha à le réparer en demandant une coupe extraordinaire dans les forêts de Raon les-Leau. Elle produisit une somme de 17.000 livres (85).
Nous ne connaissons rien de remarquable dans l'histoire de Domèvre sous cette prélature. Elle ne dura d'ailleurs que sept ou huit ans. On était au milieu du règne de Stanislas : c'est assez dire que l'esprit religieux commençait à subir l'influence de la doctrine des philosophes.
Le P. Bexon mourut le 10 août 1753, après avoir reçu les sacrements. Son corps fut inhumé le lendemain dans l'église abbatiale. La circulaire qui annonçait sa mort disait de lui : Animo in congregationem nostram effuso, zelo sanae theologiae litterarumque studio et morum urbanitatem et elegantiam promovendi, reipublicae intelligentia, observantia vitae communis tenaci ; nexu utriusque suae dignitatis, quem gratia apud principes et magnates valens sibi et successoribus fecit perpetuum, demum patientia extremis suis doloribus non secundo inclitus, obiit in Domino... Le P. Claude-François d'Hangest prononça son oraison funèbre.

Hyacinthe Pillerel (1733-1768). - Le P. Pillerel, né à Bar, était profès du 6 octobre 1709. Il devint prieur à Saint Pierremont, où le chapitre l'éleva à la dignité abbatiale en 1727. C'est durant sa prélature dans cette abbaye qu'il contribua à la fondation de l'hospice Saint-Simon, puis du collège Saint-Louis de Metz. Dans l'intervalle il avait été nommé procureur général (1732), puis premier assistant, charge qu'il exerçait depuis 15 ans quand il fut élu général à l'unanimité, le 30 septembre 1753. C'était la seconde fois seulement, depuis l'élection du bon Père, que pareil accord se manifestait.
Ses bulles pour l'abbaye de Domèvre sont datées du 10 des calendes de décembre 1754. Il prit possession le 12 janvier suivant (86). « Il apporta à sa nouvelle résidence une crosse, un plat-bassin, une paire de burettes, un bougeoir, le tout d'argent ; déplus, deux bons chevaux et une voiture, enfin tout ce qui était échu des revenus de la mense abbatiale de Saint Pierremont, ce qui pouvait faire une somme de 4,000 à 5.000 livres (87). »
A peine était-il en possession qu'il dut intervenir, comme abbé, dans deux affaires fâcheuses. « La première fut celle du scellé que les gens du roi du bailliage de Blâmont apposèrent sur l'appartement occupé par son prédécesseur. On avait protesté contre cette entreprise. Enfin, après bien des contestations, il fut convenu par un acte qu'ils seraient payés de leurs vacations pour l'apposition du scellé et que, dans la suite, cette apposition ne se ferait plus.
« La seconde fut une procédure criminelle contre deux habitants de Domèvre accusés d'avoir couvert un vol par le meurtre et par un incendie qui consuma six ou sept maisons. Ils s'évadèrent ; la justice de M. l'abbé procéda, ils furent pendus en effigie. On sut ensuite qu'ils étaient dans le régiment d'Heudicourt, alors en quartier à Clermont, en Auvergne. Deux cavaliers de Blâmont, par ordre de M. le chancelier, s'y transportèrent et en saisirent un, l'autre s'étant évadé. Ils l'emmenèrent dans les prisons de l'abbaye. On recommença la procédure, dans laquelle plus de 60 témoins furent entendus. Il fut condamné à la question, qu'il soutint sans avouer. Enfin le tout se termina au bannissement. Toute cette affaire coûta à l'abbaye plus de 4.000 livres.
« A ce malheur en succéda un autre, plus commun et plus coûteux. J'entends une grêle dont plusieurs grêlons étaient gros comme des oeufs, et quelques-uns comme le poing, et poussés avec tant de raideur que plusieurs de nos brebis qui étaient en campagne furent tuées sur place, que les boules des rosettes, des croix de clochers furent enfoncées, ainsi qu'on le voit encore, et que les toits, même ceux de l'église, quoique couverts d'écaillés, furent très endommagés. » Un peu plus tard, c'était la grosse cloche qui se brisait (88).
L'abbé Pillerel eut aussi à vider une querelle avec les habitants de Domèvre au sujet de leur église, dont ils se virent obligés d'entretenir les fenêtres (89) ; en outre, un grand procès de chasse, soulevé depuis plus de 30 ans par un certain Marchal, censier du Domaine ; il ne se termina que parce que l'on s'abstint de le poursuivre, et Marchal continua de partager le droit de chasse (90). Enfin, de concert avec son chapitre, « pour complaire à Sa Majesté », l'abbé consentit à céder au grand prévôt de Saint Dié sa juridiction sur les paroisses de Saint-Sauveur, de Raon-les-Leau et de Barbas, ne se réservant que le patronage dans le cas éventuel où l'on parviendrait à créer un évêché à Saint-Dié (1765) (91).

L'abbé Pillerel dut intervenir comme général de la Congrégation dans une affaire qui eut beaucoup de retentissement et qui mit en émoi tout le clergé du diocèse. En 1761 la cure de Sainte-Pôle étant devenue vacante par la démission du titulaire, le roi, qui en était patron, y nomma un Chanoine régulier, frère Simon -Jacques Pierre. Mais l'évêque de Toul lui refusa l'institution canonique, alléguant que, de par le droit, les Chanoines réguliers étaient incapables de posséder des bénéfices séculiers. - Comme on le voit, c'était un principe qui était contesté. Tous les Chanoines réguliers étaient intéressés à ce qu'une solution définitive fut prononcée en faveur de frère Pierre, et tous les prêtres séculiers aspiraient à faire proclamer une décision contraire. De part et d'autre on se mit à argumenter avec chaleur, à composer des mémoires et des dissertations. Chaque plaidoyer a fourni matière à l'impression d'un fort volume in-4° (92). L'évêque de Toul n'avait pas voulu déférer aux injonctions du consistoire métropolitain de Trêves, et l'affaire avait été portée devant la Cour souveraine. Les Chanoines réguliers prétendaient qu'ils faisaient partie du clergé séculier, qu'ils en étaient même la portion la plus distinguée, celle qui s'était constamment appliquée à conserver la discipline ecclésiastique dans toute sa pureté, tandis que ce qu'on appelle aujourd'hui le clergé séculier n'était que la portion du même corps tombée dans le relâchement. Leurs voeux, ajoutaient ils, leurs obligations les plus étroites, leurs observances particulières, au lieu de les exclure des bénéfices, ne tendaient qu'à les y préparer et à les en rendre plus dignes. - Le clergé prétendait, au contraire, que les Chanoines étaient des religieux et, par conséquent, inhabiles à posséder des cures séculières. Il soutenait que si, en fait, des Chanoines réguliers, dans des temps difficiles, avaient occupé des cures séculières, ce n'avait pu être que par abus ou par concession temporaire ; que, désormais, il fallait rétablir l'application de la règle générale, qui donne les bénéfices réguliers aux prêtres réguliers, et les bénéfices séculiers aux prêtres séculiers : Regularia regularibus, saecularia saecularibns. Sur la demande du clergé, qui faisait cause commune avec son évêque, la Cour ordonna aux Chanoines de déposer au greffe la bulle d'Urbain VIII et leurs Constitutions anciennes et nouvelles, afin qu'on pût connaître leur état et prononcer sur leur capacité de posséder des bénéfices séculiers. Ils fournirent l'original de la bulle d'Urbain VIII (datée du 23 novembre 1628), le sommaire des Constitutions, imprimé en 1759, et les statuts, imprimés en 1698 ou 1704 (sans date). Mais on prétendit leur prouver, par la vie du B. P. Fourier, imprimée, en 1709 à Lunéville, qu'ils ne produisaient pas toutes leurs bulles, puisqu'il y était dit qu'en 1620 le P. Guinet rapporta de Rome cinq bulles, dont celle d'Urbain VIII n'était que la cinquième. Enfin, après bien des débats contradictoires, la Cour souveraine prononça son arrêt définitif le 30 mai 1765 et donna gain de cause à l'évêque et au clergé diocésain.
Cette même année s'assemblait un chapitre général. Le P. Pillerel, qui avançait en âge et commençait à trouver le fardeau de sa supériorité bien lourd, manifesta l'intention de le déposer et, par conséquent, de renoncer à l'abbaye, mais il dut céder aux supplications qui lui furent faites de garder une charge dont il était si digne à tous égards (93).
Bientôt la Lorraine devenait province française, et l'abbaye se voyait soumise au fameux édit de mars 1768. Le Père Pillerel assistait précisément au chapitre convoqué pour la revision des statuts prescrite par cet édit, quand il tomba malade à Pont-à-Mousson. Il n'eut pas l'humiliation d'assister aux séances, et mourut peu de jours après, le 27 septembre 1768, à l'âge de 80 ans. « Son gouvernement avait été doux et tranquille. Il s'était montré affable envers tous et attaché à la discipline, qu'il a toujours maintenue avec la dernière attention. » Son corps fut inhumé à Pont-à-Mousson même (94). Le P. Charles Rollin prononça son oraison funèbre.

Jean-Joseph Leroy (1769-1772). - L'élection du Père Leroy au généralat et à l'abbaye de Domèvre fut très tourmentée. Voici une notice écrite par l'abbé Chatrian, dont personne n'ignore les tendresses à l'égard des Chanoines réguliers (95) :
« Leroy Jean Joseph, né à Domèvre en 1713 ; profès, 1730 : prêtre à Toul, 1737. Il régentait les humanités au collège de Lunéville, lorsqu'il y fut nommé vicaire en 1741, L'aménité de son caractère, son amour pour le travail, la sagesse de son zèle, ses talents pour l'instruction l'avaient rendu cher à ses confrères, estimable aux yeux de ses supérieurs et digne de la confiance des gens en place dans cette ville.
« En 1746, les tracasseries qu'éprouvait de la part de son prieur le R. P. Verlet, curé, l'ayant engagé à accepter la cure d'Einvaux, le R. P. Leroy fut nommé par le R. P. Bexon (abbé de Domèvre et général de la Congrégation de Notre-Sauveur),à la cure de Lunéville, agréé par le roi Stanislas et muni de l'institution autorisable par Mgr Bégon, évêque de Toul.
« La prière, l'étude des Livres saints et des Pères de l'Église l'avaient préparé à remplir dignement les fonctions d'un zélé pasteur. Il s'en acquitta pendant 23 ans avec honneur et fit l'admiration de ses paroissiens et des gens attachés à la cour du roi de Pologne, par ses vertus, ses talents, son zèle et sa prudence. On se souviendra longtemps de ses instructions pleines d'onction et de force.
« Le roi Stanislas l'honora de son estime et de ses bontés,.. et le consultait dans les dix dernières années de sa vie pour nommer aux cures de son patronage, depuis que plusieurs curés nommés par lui n'avaient pas fait honneur à ses choix. Les courtisans allaient souvent l'entendre avec empressement, aussi était-il regardé par les évêques de Toul comme le premier prôneur de leur diocèse.
« Sa piété était connue et faisait impression sur tous ceux qui le voyaient. II y joignait une simplicité charmante, soit dans ses manières, soit dans ses entretiens. Sa charité le porta souvent à se dépouiller, à se priver même du nécessaire pour subvenir aux besoins des malheureux. Il dirigeait les consciences avec un grand succès ; il était très assidu au confessionnal. En 176., il fut nommé prieur de, son couvent, et ses confrères n'eurent qu'à se louer de la douceur de son gouvernement.
« On ne s'attendait guère à le voir devenir général de sa Congrégation, lorsqu'en 1769 les lettres de cachet du roi ayant exclu de cette dignité les RR. PP. Raguet et Lallemand, sous prétexte de leur grand âge, le chapitre général fixa les yeux sur le prieur, curé de Lunéville, et le choisit pour abbé de Domèvre et général. Il en fut surpris et accablé, et on eut toute la peine possible à vaincre sa résistance. Il prononça un discours qui attendrit tous ceux qui étaient présents et qui justifia parfaitement son élection (96).
« Son humilité le mettait aux pieds de tout le monde, et il fallait souvent lui rappeler qu'il était général. La jeunesse de la Congrégation, mal disciplinée, peu obéissante, lui causa bien des chagrins. Il refusa de se charger du séminaire-collège de Saint-Claude, à Toul, fit fondre et bénir une belle sonnerie pour l'église de son abbaye, et mourut à Metz, dans le cours de ses visites, d'une hémorragie à laquelle il était fort sujet depuis longtemps, le 6 septembre 1772, donnant à tous ceux qui l'assistaient le spectacle des plus édifiantes dispositions. »
Ce jour-là le chapitre général s'ouvrait à Pont-à Mousson.
Il l'ut ajourné au 25 novembre, afin de laisser le temps de rendre les derniers devoirs au défunt. Ses funérailles furent célébrées à l'église Saint-Simon, de Metz.
Le P. Leroy a laissé quelques mandements : l'un du 27 mars 1770, portant publication de statuts, règles et ordonnances ; un autre, du 25 octobre de la même année, portant publication du jubilé accordé par Clément XIV ; un troisième, du 24 février 1772, pour le Carême de cette année et des suivantes. On y remarque des ordonnances rigoureuses relatives à l'abstinence (97).
Il y eut aussi saisie féodale à sa mort, comme à celle de ses prédécesseurs (98).

Joseph de Saintignon (1772-1791, + en 1795). - Le -25 novembre 1772, à Pont-à-Mousson, il fut procédé à l'élection du successeur du P. Leroy en présence de M. de la Galaisière, commissaire de Sa Majesté. L'assemblée capitulaire se composait de 27 électeurs. Au premier tour de scrutin, le P. de Saintignon réunit 12 voix, le P. Lebel 9 et le P. Husson 4 ; au deuxième tour, le P. de Saintignon 17, le P. Lebel 8. Le premier fut déclaré élu, et le commissaire agréa son élection au nom du roi.
Le nouveau général, abbé de Domèvre, était né à Boudiézy le 25 février 1716. Entré chez les Chanoines réguliers après avoir servi quelque temps en qualité de lieutenant dans les armées de l'Empire, il émit ses voeux le 29 septembre 1737. A la lin de ses études, dont il suivit le cours à l'abbaye de Belchamp, il reçut la prêtrise des mains de Mgr Bégon, à Toul, le 23 septembre 1742. Il professa quelques années dans la Congrégation, et devint prieur à Saint-Simon, de Metz (99). Il fut fait, par intrigue dit-on, procureur général de sa Congrégation on 1759, et eut

la plus grande part dans la fameuse rédaction des statuts de 1768, ordonnée par l'édit de mars, ce qui lui valut la faveur du roi.
Le P. de Saintignon reçut ses bulles datées du 18 des calendes de février 1773 ; elles furent fulminées le 7 mars, et il prit possession par procureur le 18 du même mois (100). Il y aurait beaucoup à dire de son généralat, mais nous n'avons à parler de lui ici qu'en sa qualité d'abbé de Domèvre.
Il commença par abandonner l'ancienne simplicité pour se lancer dans le faste et la dépense. « Il voyageait, dit l'abbé Chatrian, dans un carrosse élégant, avec 4 chevaux, cocher, postillon, laquais. Il allait souvent à Paris promener son excellente perruque dans un équipage leste et fastueux, sous prétexte d'affaires. Il y passait les hivers à la mode des évêques de cour. L'été il fréquentait les eaux de Plombières pour sa santé. »
En 1778 l'évêque de Nancy, Mgr Louis-Apollinaire de la Tour du Pin-Montauban, vint donner la confirmation, dans l'église de l'abbaye, aux enfants des paroisses du voisinage. Ce fut grande fête. Mais l'abbé Chatrian fait cette remarque dans ses chroniques : « On a diné à l'abbatiale avec le R. P. de Saintignon, abbé, et les dames du voisinage ; les curés et les vicaires ont diné au réfectoire. » C'était un signe du temps.
Déjà depuis deux ans la Congrégation occupait les collèges de Lorraine retirés naguère aux Jésuites et, en particulier, les bâtiments de l'Université de Pont-à-Mousson, pour lesquels on avait échangé le séminaire bâti par les soins du saint réformateur. C'est là qu'avaient lieu presque toutes les réunions des chapitres généraux. Le P. de Saintignon décida, selon son pouvoir, que ces grandes assises de la Congrégation se tiendraient désormais à l'abbaye de Domèvre. Elles s'y tinrent effectivement depuis cette même année 1778 jusqu'à la Révolution.
On ne songeait guère alors à ce grand cataclysme, puisque l'abbé fit entreprendre de nouvelles constructions dans la basse cour. Cependant la règle souffrait chaque jour quelque nouvelle atteinte. Parfois les supérieurs se faisaient complices des infracteurs. Ainsi on vit, à Domèvre comme à Belchamp, supprimer sans motif sérieux l'abstinence du Carême. Aussi quand on vint demander aux religieux leur sentiment sur la liberté que l'Assemblée nationale donnait de quitter le cloître, ils furent unanimes à déclarer qu'ils ne demandaient pas mieux d'en user.
Alors l'abbé ne songea plus qu'à conserver aux siens les collèges de l'Etat et à obtenir une bonne pension. Il écrivit dans ce sens à l'Assemblée nationale et terminait ainsi :
« Quant à ce qui me regarde en particulier. Monsieur, je me bornerai à vous exposer que je suis dans ma soixante-quinzième année, que j'en ai passé les deux tiers dans un travail continuel, soit comme instituteur, soit comme chef des instituteurs et de tous les collèges confiés à ma Congrégation ; que mon revenu total (en y comprenant deux pensions de 6.000 fr. en tout, qui m'ont été données, il y a vingt ans, par le gouvernement pour mes services) (101), est d'environ 23.000 fr., dont j'ai toujours abandonné à la maison 7.000 fr. annuellement pour ma nourriture et celle de mes gens, et pour l'aider à subsister ; que le surplus a été constamment employé à nourrir mes pauvres par des aumônes, à occuper ceux qui pouvaient travailler, à améliorer les terres, à faire des plantations, à bannir la mendicité, à prêter de l'argent sans rentes à ceux qui en avaient besoin, etc., en sorte que ma dépense personnelle, avec les gardes et mes domestiques, n'ayant jamais été à 5.000 fr., j'ai été en état de verser entre mes pauvres et mes ouvriers, dans l'espace de 17 ans, plus de deux cent cinquante mille livres... » (1er novembre 1790) (102).
Le 13 du même mois il demande, en conséquence, que la pension soit fixée au maximum décrété par l'Assemblée nationale, et que le quartier de Domèvre dit abbatial lui soit conservé pour son logement, avec les jardins qui en dépendent (103). On fit droit à sa demande, et sa pension fut portée à 6.000 francs; mais, malgré ses instances, pas un de ses religieux ne consentit à demeurer avec lui.
Il jouit peu de cette pension, car il fut bientôt frappé de paralysie, et c'est à son domicile que, le premier octobre 1792, les officiers municipaux reçurent son serment de fidélité à la nation et à la loi. Il mena quelques années encore cette triste existence, puis, ayant été volé par un domestique infidèle, il mourut de chagrin, dit Chatrian, et dans la plus grande misère, le 13 pluviôse an III (1er février 1795).
Son acte de décès ne porte aucune autre mention que son nom et son âge. Au dire des anciens de Domèvre, personne n'accompagna son corps; le chien de l'abbaye suivit seul le tombereau qui le conduisait au cimetière (104).
L'abbé de Saintignon fut reçu membre cotitulaire de l'Académie de Metz dès sa fondation, en 1760. Il a laissé deux ouvrages connus, que l'abbé Chatrian apprécie sévèrement :
1° Une Physique (philosophie) française, en 6 vol. in-12, Paris, chez Durand, 1763. « Cet ouvrage a eu quelque vogue au collège de Saint-Louis, à Metz ; mais on a bientôt reconnu les plagiats. D'ailleurs l'abondance des paroles, les répétitions fréquentes, le grand nombre d'idées inutiles, de raisonnements louches ou faux, en ont entièrement dégoûté le public. »
2° « Un ouvrage sur l'éducation qui ne vaut guère mieux. » C'est une sorte de Manuel civique, petit in-12 (105).

(A suivre)


(1) Ce chapitre a été rédigé avec la collaboration du P. Rogie, qui, avant moi, avait déjà rassemblé de nombreuses notes biographiques sur les abbés de Domèvre depuis la réforme de saint Pierre Fourier (1623-1789). Le P. Rogie, qui est l'auteur bien connu de la Vie du B. P.
Fourier (Verdun, 3 vol. in-8° - Nancy, 1 vol. in-12), a composé aussi un répertoire, resté manuscrit, où il a rangé tous les renseignements qu'il a rencontrés sur chacun des chanoines de la Congrégation de N.-S. durant cette période.
(2) Arch. dép., H. 1396.
(3) Arch. dép., H. 1368.
(4) Broulier, Défense de l'Eglise de Toul, p. LXXVII.
(5) C'était un bâtard de la Maison de Lorraine. Voir ce qu'en dit Dom Calmet, Hist. de l'abbaye de Senones, chap. XLII, § I. [Doc. de l'hist. des Vosges, t. VI, p. 12.)
(6) Voir plus bas le chapitre de la réforme à Domèvre.
(7) Arch. dép., H. 1373.
(8) Arch. dép., H. 1373.
(9) Arch. dép., H. 1373.
(10) Arch. dép., H. 1378.
(11) Arch. dép., H. 534.
(12) Arch. dép., H. 1376.
(13) Lettres du B. P. Fourier, publiées par le P. Rogie.
(14) Arch. dép., H. 1382. - Hist. du B. P. Fourier, par le P. Rogie, t. III, p. 184.
(15) Arch. dép., H. 1382.
(16) Arch. dép., H. 1382.
(17) Arch. dép., H. 1382.
(18) H. 1382.- Lettres du B. P. Fourier, VI, 333, 414.- Mémoires sur l'histoire du B. P. Fourier, n" 36, Bibliothèque de Nancy.
(19) Arch. dép., H. 1376.
(20) Arch. dép., H. 1378.
(21) Voir plus bas le chapitre des menses (abbatiale et conventuelle).
(22) Arch. dép., H. 1378.
(23) Arch. dép., H. 1373.
(24) Arch. dép., H. 1408.
(25) Arch. dép., H. 1376.
(26) Arch. dép., H. 1384, 1383, 1372.
(27) Arch. dép., H. 1382, 1376.
(28) Arch. dép., H. 1382.
(29) Arch. dép., H. 1382.
(30) Arch. dép., H. 1382.
(31) Arch. dép., H. 1373.
(32) Arch. dép., H. 1377.
(33) Arch. dép., H. 1376.
(34) Arch. dép., H. 1377.
(35) Cf. le chapitre de la vie et discipline chez les abbés. (IVe partie, chap. III, fin de la section ii.)
(36) Arch. dép., H. 1377.
(37) Arch. dép., H. 1384.
(38) Arch. dép., H. 1396.
(39) Arch. dép., H. 1382.
(40) Arch. dép., H. 1379.
(41) Arch. dép., H. 1380.
(42) Mémoires du P. Massu, années 1689, 1090.
(43) Arch. dép., H. 1386.
(44) Nous croyons que c'est par erreur qu'un copiste date ces bulles des ides de mars 1689 au lieu de 1690.
(45) Arch. dép., H. 1382.
(46) Annales de Saint-Bening - Bibl. publ. de Nancy - Chatrian, liste des professions (Verdun).
(47) Arch. dép., H. 1372, 1384, 1434.
(48) Arch. dép., H. 1372, 1384, 1434.
(49) Arch. dép., H. 1389 et 1372. (Voir plus bas le chapitre des Empiétements progressifs des voués à Domèvre.)
(50) Mémoires du P. A. Massu, sous l'année 1704.
(51) Journal d'arch. lorr., 1874, p. 129.
(52) M. Arthur Benoit, en blasonnant ainsi les armes de l'abbé Allaine, a dû commettre une erreur, car plusieurs empreintes de cachet parfaitement conservées portent visiblement une hure de sanglier, et non une coquille ; trois pins, et non trois fers de lance. La hure de sanglier rappelle l'étymologie de Domèvre, et les pins rappellent les forêts de Saint-Sauveur.
(53) Arch. dép., H. 1385.
(54) Annales de Saint-Béning, Bibl. de Nancy. - Chatrian, liste des professions.
(55) L'évêque de Verdun écrivait au général de la Congrégation, quelques années avant l'élection de l'abbé Collin, ce petit mot qui est à son éloge :
« A Verdun, ce 15 mai 1696.
« Je suis bien aise, Monsieur, de vous dire que j'ai sujet de me louer delà conduite des Pères Collin et de la Neuville, que je les aime et que je les estime. Celui qui vous a écrit le contraire est un fripon. Je vous prie de ne donner aucune créance aux choses que je ne vous ai pas dites ou écrites de ma main.
« Je suis très sincèrement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
« Hipp.,
« Évêque comte de Verdun. » (Arch. dép., H. 1498.)
(56) Arch. dép., H. 1383, 1382.
(57) La bulle est datée du 18 des calendes de janvier 1705.
(58) Arch. dép., H. 1382. - Mémoires du P. Massu. (Bibliothèque publique de Nancy.)
(59) Arch. dép., H. 1382, 1385.
(60) Arch. dép., H. 1386.
(61) Ces villages, faisant partie du temporel de Metz, furent donc annexés à la France dès 1552.
(62) Arch. dép., H. 1383, 1386. (Voir plus bas le chapitre de la juridiction spirituelle des abbés)
(63) A partir du 10 mai 1728 le nombre des conseillers-prélats fut porté à trois. Léonard Bourcier, dans son Journal, parle d'une visite que l'évêque de Metz fit à la Cour souveraine h la fin de l'année 1721. En indiquant l'ordre des préséances, il place l'abbé Collin immédiatement après le président et avant l'évêque. (Annales de l'Est, juillet 1897, p. 397-398 : Histoire du Parlement de Lorraine et Barrois, par Krug- Basse.)
(64) Il portait une bandoulière violette, chargée d'une croix de Lorraine et des armes de l'abbé.
(65) Voir la fin du chapitre suivant.
(66) Arch. dép., H. 1384..
(67) Arch. dép., H. 1382, 1386. - Liste des professions, etc.
(68) Arch. dep., H. 1377. - Voir le chap. suivant, p. 50 et suiv.
(69) Arch. dép., H. 1386.
(70) En 1702, le duc Léopold accordait déjà au P. Massu la permission de faire une quête générale dans ses États pour couvrir les frais de la béatification du P. Fourier.
(71) Arch. dép., H. 1386.
(72) Arch. dép., H. 1386.
(73) Arch. dép., H. 1373, 1377, 1379.
(74) Arch. dép., H. 1373, 1377, 1379, 1396, 1403, 1384, 1376.
(75) Arch. dép., H. 1386.
(76) Arch. dép., H. 1387.
(77) Arch. dép., H. 1384.
(78) Arch. dép., H. 1501.
(79) Arch. dép., H. 1370.
(80) Arch. dép., H. 1382. - Liste des professions, par Chatrian. - Hist. du B. P. Fourier, Rogie, t. III, p. 495.
(81) Arch. dép., H. 1386, 1382.
(82) Arch. dép., H. 1372, 1386.
(83) Arch. dép., H. 1386, 1372.
(84) Arch. dép., H. 1386.
(85) Arch. dép., H. 1386.
(86) Arch. dép., H. 1382.
(87) Arch. dép., H. 1386.
(88) Arch. dép., H. 1386.
(89) Arch. dép., H. 1403.
(90) Arch. dép., H. 1400.
(91) Arch. dép., H. 1383. - On trouve aussi un acte semblable daté du 10 mai 1775.
(92) On trouve même deux volumes in-4° d'un texte différent, l'un pour l'évêque, l'autre pour le clergé. Le premier est intitulé : « Mémoire pour M. l'évêque de Toul et le clergé séculier de Lorraine contre les Chanoines réguliers de N.-S., ou dissertation historique, théologique et canonique sur la capacité prétendue par les Chanoines réguliers aux bénéfices séculiers, par un prêtre séculier du diocèse de Toul, docteur en théologie, chanoine, etc. (Nancy, Leseure, 1765). (L'auteur, d'après la préface, n'habitait pas Nancy ni Toul, dont il était assez éloigné. Il habitait R. et signait D. D.) Voir aussi, sur cette question, Guillaume, Hist. du dioc. de Toul, t. IV, p. 273-276.
(93) Arch. dép., H. 1386.
(94) Arch. dép., H. 1283, 1387.
(95) Chatrian, Hommes illustres, Grand Séminaire de Nancy.
(96) Ses bulles comme abbé de Domèvre sont du 5 des ides de juin 1769 ; leur vérification du 10 juillet ; leur fulmination du 16 : l'arrêt de la cour du 20, et sa prise de possession seulement du 5 octobre de la même année. On ne sait où il fut bénit. (Arch.. dép., H. 1382.)
(97) Le P. Gillet, alors professeur à Metz, envoya contre lui un long mémoire au général, pour demander son éloignement.
(98) Arch. dép., H. 1384.
(99) Arch. dép., H. 1394.
(100) Arch. dép., H. 1382. - Histoire du B.P. Fourier. par le P. Rogie,, t. III, p. 499. - Chatrian. - Sur la famille de Saintignon, consulter l'ouvrage de l'abbé Lionnois (Nancy, 1778, gros vol. in-4°).
(101) Il avait reçu 2.000 francs sur l'abbaye de Marmoutier, en date du 3 avril 1763, et 4.000 francs sur le prieuré de Saint-Quirin, 20 novembre 1767.
(102) Archives nationales, DXIX.
(103) Période révolutionnaire, série 4, district de Blâmont, n" 372,374 ; Chatrian.
(104) Monographie de Domèvre, par M. Collin, instituteur.
(105) Chatrian, Supplément aux hommes illustres, manuscrit du Grand Séminaire de Nancy.

 

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