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Histoire de l'abbaye de Saint-Sauveur et de Domèvre  (9/10)

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Mémoires de la Société d'archéologie lorraine - 1898

HISTOIRE DE L'ABBAYE DE SAINT-SAUVEUR ET DE DOMEVRE 1010-1789
Par M. l'abbé CHATTON

QUATRIÈME PARTIE
L'abbaye de Domèvre depuis la réforme de saint Pierre Fourier jusqu'à la grande Révolution (1625-1789)


CHAPITRE IX
JURIDICTION SPIRITUELLE DES ABBÉS DE DOMÈVRE ET LEUR ADMINISTRATION


Sommaire :
§ Ier. - La juridiction des abbés de Domèvre était-elle quasi-épiscopale ? - I. Période d'accroissement et d'indépendance. - II. Période de conflit et de procès.
§ II. - Administration spirituelle des paroisses par les abbés de Domèvre.
§ III. -Statistique des paroisses soit régulières, soit séculières, dont l'abbaye de Domèvre avait le patronage.

§ I. - La juridiction des abbés de Domèvre était-elle quasi-épiscopale?
1°. - Période d'accroissement et d'indépendance.

Déjà dès la fin du XVIe siècle, nous remarquons une tendance chez les abbés de Domèvre à donner de l'extension à leurs privilèges. L'évêque de Toul s'en était ému et avait sans doute fait des remontrances, car l'abbé Sébastien Malriat lui écrit pour le rassurer sur ses intentions et lui protester de son humble soumission : « Monsieur, dit-il, vous pouvez croire et vous assurer que serions bien marry entreprendre quelque chose contre l'Illustrissime et Reverendissime Paternité de Monseigneur le cardinal nostre évêque et supérieur et le désobéir en quelque chose que ce fust ; aussi nous nous assurons qu'il ne nous veut rien oster des authoritez, libertez, franchises et immunitez qui appartiennent à nostre monastère. Pourquoi très humblement nous répondons à vos bonnes grâces. » Cette manière de parler, par laquelle l'abbé reconnaît que l'évêque de Toul est son supérieur et proteste qu'il ne veut rien entreprendre contre l'autorité de celui ci, prouve bien que l'abbaye de Saint-Sauveur et les paroisses qu'elle gouvernait n'étaient pas complètement exemptes de la juridiction de cet évêque. Le reste de cette lettre, d'ailleurs respectueuse, nous apprend quel était au juste le sujet du désaccord. Le cardinal de Vaudémont lui avait commandé de lui produire les raisons pour lesquelles il prétendait exempter les bénéfices de Domèvre, Harbouey, Cirey, Barbas et autres, de toutes charges et du droit de visite. L'abbé s'empressa de lui envoyer son frère, curé de Lupcourt, avec cette lettre et une copie des titres où étaient consignés ses privilèges ; il s'excuse d'avoir laissé des lacunes dans le texte, parce que, dit-il, nous n'avons pu lire les originaux « à cause de la corrosion et vieillesse des lettres ».
Nous ne savons si le cardinal se contenta des preuves qui lui furent apportées en faveur de l'exemption du droit de visite épiscopale ; toujours est-il qu'un peu après, en 1604, l'abbé de Haute Seille, écrivant à son collègue de Saint-Sauveur, semble reconnaître l'exercice de cette prétention. Il l'informe que les paroisses de Cirey et des environs sont bien négligées par ses Chanoines administrateurs, et que désormais il fera bien de les faire visiter tous les ans, « tamquam jura episcopalia habens in valle Bodonis monasterii ; » car, ajoute-t-il, « il semble, parles anciennes panchartes, que les seigneurs évesques de Toul, ayant honoré la maison de Saint-Saulveur de ceste charge, s'en ayent quant et quant deschargé sur vous. » De tous ces témoignages, il résulte que la visite pastorale dans le Val de Bon-Moutier était faite rarement, puisqu'en 1584 l'évêque de Toul, en essayant de s'acquitter de ce devoir, est tout étonné qu'on lui oppose poliment un droit d'exemption, et qu'en 1604, l'abbé de Haute-Seille presse l'abbé de Saint-Sauveur de faire régulièrement cette visite, pour apporter remède à l'état misérable des églises.
Nous avons toujours cru que les documents invoqués n'accordaient à l'abbaye de Saint-Sauveur que l'exemption de la redevance matérielle, exigible à l'occasion de la visite épiscopale, mais non de la visite elle-même.
Toutefois, au XVIIe siècle, des circonstances décidèrent, en faveur de Saint Sauveur, l'exercice d'un droit longtemps oublié, que les titres en parchemin ne semblaient pas lui attribuer, au moins d'une façon claire et certaine.
La guerre de Trente ans, qui apporta de si grands bouleversements dans l'ordre temporel, qu'en bien des villages les survivants ne pouvaient reconnaître leurs champs, jeta aussi de la confusion dans les affaires d'ordre spirituel. Il est à présumer que, pendant ces temps de calamités, les évêques de Toul n'y regardèrent pas de près, et laissèrent une grande latitude aux abbés de Saint-Sauveur dans l'administration des paroisses qui étaient à leur nomination.
Et, comme les troubles de la guerre durèrent fort longtemps, ces abbés purent faire valoir de plus en plus des prétentions d'indépendance, sans rencontrer de contradictions. Ils le purent d'autant plus facilement, que le siège épiscopal devint vacant plusieurs fois dans cette période, et que chaque vacance dura plusieurs années.
C'est dans un registre de l'an 1640 que nous rencontrons pour la première fois la revendication claire et formelle de l'exemption complète et de la juridiction quasi-épiscopale. (1) Ce registre a été rédigé par les soins de l'abbé, sans aucun contrôle ; aussi il y fait une déclaration où il se donne une part très large, que jusqu'alors on ne lui avait pas encore connue.
« En ladite église et paroisse de Domepvre (comme aussy en celles de Saint-Sauveur, du Val de Bonmostier et Petitmont, de Barba, Cirey et Harbouey), n'est autre supérieur pour le spirituel plus grand que le R. P. abbé de Saint-Sauveur, lequel, en ceste qualité et comme primitif, peut et a droict comme Ordinaire, d'y établir et instituer, sans dépendance d'un seigneur evesque de Toul, tel pour son vicaire qu'il luy plait choisir entre les religieux ou entre les prestres qu'il aymera mieulx, en luy donnant et fournissant de quoy vivre et s'entretenir, pour y célébrer les services divins, administrer les sacrements et y faire toutes autres fonctions spirituelles, pour le bien et salut des âmes qui luy sont données en garde. (Dans la paroisse de Domepvre, partout le ban et finage, il a droit de lever et percevoir les dîmes gros et menus et tous les novales.)
« Monseigneur l'Evesque de Toul doit faire advertir le Révérend Père abbé de Saint-Sauveur, à cause des églises susdites, quand il faut renouveller les sainctes onctions, lesquelles il doibt fournir pour icelles moyennant les droicts synodaux de 21 gros ou environ, pour toutes charges et redebvances qu'il envoyé par tel de ses vicaires comme il luy plait, en allant quérir les dites onctions pour les distribuer aux aultres : estans de plus, le premier doyen, obligé de donner advis au Rev. P. abbé de Saint-Sauveur de ce qui aura esté dict, conclud et arresté en leurs synodes, afin d'en ordonner, conformément à ce qui est de son pouvoir et authorité, la publication, à tous ses dits vicaires pour le faire garder et observer exactement par toutes les dites paroisses qui sont de sa jurisdiction. »
Remarquons en passant combien la juridiction abbatiale s'arrondit de plus en plus et prend de l'extension au détriment de celle des évêques de Toul. En 1584, nous l'avons vu, l'abbé de Saint-Sauveur reconnaît encore l'évêque de Toul pour son supérieur ; en 1640, le titulaire de la même dignité déclare que pour le spirituel il n'est autre supérieur plus grand que lui dans le Val de Ron- Moutier; l'exemption de toute visite épiscopale et de toute redevance est affirmée catégoriquement, à part celle de 21 gros pour les saintes huiles. Cependant on veut encore bien reconnaître que les mandements et statuts synodaux des évêques de Toul sont obligatoires pour les paroisses desservies par les Chanoines de Domèvre; mais nous allons voir que ce droit épiscopal sera bientôt battu en brèche comme les autres.
C'est en 1659 que le mot « juridiction quasi-épiscopale » est prononcé pour la première fois, et celui qui s'arroge ce privilège est le même abbé Clément Philippe qui, en 1640, avait déjà fait rédiger le registre dont nous venons de parler. Voici ses termes : « Conquesti sunt apud nos non ita pridem parrochiani complures e locis jurisdictioni nostrae quasi-episcopali subjectis... » (2).
En vertu de la loi du progrès, son successeur, Henry Charles Lebègue, fait un pas de plus : il ose le premier envoyer un mandement à ses Chanoines-curés, le 5 août 1668, dans lequel il fixe les droits d'autel pour les paroisses soumises à sa juridiction et détermine les cas qui lui sont réservés dans l'administration du sacrement de Pénitence. Mais ce mandement resta toujours manuscrit (3).
On ne devait pas s'arrêter en si bonne voie. L'abbé Mathias Allaine, le 5 août 1690, envoie un mandement à ses curés pour leur ordonner de chanter un Te Deum pour remercier Dieu des victoires remportées par le Roi ; et le 5 novembre de la même année il en envoie un second, portant communication du Jubilé accordé par le Souverain Pontife. - Mais, expédier de tels mandements n'était autre chose qu'imiter plusieurs prédécesseurs; il convenait de faire quelque progrès. Aussi il se décide bientôt à faire imprimer ses mandements qui jusqu'alors étaient restés manuscrits. Le premier de tous, lut publié le 12. novembre 1693. Il a 16 pages petit in-18 (4) et porte ce titre :
« Statuts, règles et ordonnances faites es églises paroissiales dépendantes de l'abbaye de Saint-Sauveur, Domepvre, par Messire Mathias Allaine, abbé seigneur spirituel et temporel ez-dits lieux, ordinaire ez mesmes lieux de Harhouez, Cirez, le Val, Petitmont, Barbas, Chatillon, pendant le coursde sa visite accompagné du R. P. Piere Colin, prieur et professeur en théologie en ladite abbaye. »
L'abbé Collin renchérit encore sur son prédécesseur, non seulement eu publiant des mandements, mais en créant une officialité et en donnant des dispenses pour les mariages.
« Nous Pierre Collin par la permission divine et l'autorité du Saint Siège apostolique, abbé de Saint-Sauveur et Domèvre, seigneur temporel et spirituel desdits lieux et de Barbesieux; Ordinaire dans les dites paroisses et celle de Harbouez, Barbas, Cirei, Leval-Bonmoutier, Petitmont, Chatillon, Raon-lez-leau, etc., en toute juridiction spirituelle gracieuse et contentieuse, avons commis pour notre promoteur dans notre juridiction ecclésiastique le sieur Jean Dominique Masson, Chanoine de notre chapitre de Domèvre et curé de Harbouei.
Fait à Domèvre, 4 janvier 1706. »
Jean Mabriat, régent d'école à Domèvre, est nommé greffier du siège ecclésiastique de cette juridiction.

2°. - Période de conflit et de procès
Les premiers mandements manuscrits des abbés de Domèvre avaient passé inaperçus, mais dès qu'ils furent imprimés, ils pouvaient difficilement rester ignorés des évêques de Toul. Le 18 avril 1708, le promoteur général du diocèse, Poirier, remontre à son évêque que l'abbé de Domèvre a publié un mandement imprimé pour le Carême de 1705 adressé aux paroisses soumises à sa juridiction ; que les années suivantes il a publié des mandements non imprimés, et que dans ses paroisses il a fait des visites fastueuses, se faisant recevoir sous le dais ; qu'il a porté des statuts et ordonnances ; qu'il a érigé un tribunal ecclésiastique et jugé les causes matrimoniales. Il accuse encore l'abbé d'avoir proposé le catéchisme du diocèse de Besançon à ses curés à la place de celui de Toul; d'avoir fait ôter des églises tous les livres à l'usage de Toul tels que missels, rituels, graduels, antiphonaires et autres, et de n'y souffrir que ceux qui sont du rite romain; de s'efforcer, en un mot, d'abolir l'autorité de l'évêque de Toul et d'élever autel contre autel dans son diocèse. Il supplie son évêque, pour faire cesser ces abus, de déclarer nuls et de nul effet tous ces actes de juridiction ; de défendre à cet abbé, sous peine d'excommunication, de publier de nouveaux mandements; de défendre aux curés de les recevoir, sous peine de procédure contre eux. Il prie enfin l'évêque d'enjoindre à l'abbé d'assister au synode diocésain. Mgr Blouet de Camilly souscrivit à toute cette requête le 5 mai 1703.
Déjà en 1680, Mgr Jacques de Fieux avait essayé, par une exhortation paternelle, de ramener les abbés prétendus exempts, à la soumission et à l'unité : « A Dieu ne plaise, nos chers frères, que le chisme qui vous a soustrait de l'autorité de votre véritable chef nous donne aucune aversion pour vos personnes. Nous scavons qu'il est plus ancien que votre établissement dans vos bénéfices et que vous n'avez fait que suivre le chemin que vos prédécesseurs vous ont frayé... » Il termine sa lettre en leur enjoignant d'observer ses statuts synodaux, en leur défendant de reconnaître d'autre supérieur que lui, et en déclarant nulles toutes les ordonnances émanées d'une autre autorité que la sienne, le tout sous peine des censures ecclésiastiques et avec menaces de contrainte par toutes voies (5).
Les abbés de Moyenmoutier, Etival, Senones et Domèvre opposèrent à cette injonction la force d'inertie comme ils avaient fait sous André du Saussay. En 1695, Mgr Thiard de Bissy leur réitéra les mêmes ordres : « Nous leur avons représenté qu'ils ne peuvent pas avoir sur les dites paroisses d'autres droits et qualités que de curés primitifs en vertu des dites unions ; et que si depuis un temps il se trouvait qu'ils eussent exercé sur les dites paroisses quelque sorte de juridiction quasi-épiscopale, elle n'a pas pu et ne peut encore leur acquérir de possession légitime, n'ayant pris sa source que dans les troubles de la province, causés par des guerres perpétuelles, ou dans les longues vacances du siège de notre Eglise ou dans la négligence et faiblesse de nos prédécesseurs... » - « Nous leur déclarons que notre intention n'a jamais été et ne sera jamais de leur faire aucun préjudice, mais seulement de ne pas abandonner sans connaissance de cause des ouailles dont nous croyons que le souverain pasteur nous a chargé. Et pour les mieux convaincre de la sincérité de nos intentions et du désir de conserver la paix avec eux, nous sommes et serons toujours prêt de leur laisser exercer toute juridiction épiscopale sur les dites paroisses en nous faisant voir par eux qu'ils sont en droit de les exercer par titres ou par possession légitime (6). »
Les quatre abbés précités s'engagèrent dans l'espace de deux mois à présenter les titres de leur privilège.
Comme la question demeurait toujours pendante, et qu'on ne tenait aucun compte des exhortations, des ordres ni des menaces de l'évêque de Toul, Mgr Blouet de Camilly crut devoir implorer le secours des tribunaux séculiers, L'affaire fut portée devant le parlement de Metz, mais avant de dire le résultat de la procédure, puisque nous avons exposé assez longuement les raisons qui nous ont fait croire que l'abbaye de Domèvre ne pouvait prétendre légitimement à une exemption complète, ni à une juridiction quasi-épiscopale (à moins peut être qu'au XVIIIe siècle par le moyen de la prescription), il est juste que nous entendions aussi la défense de l'autre partie : voici comment elle est présentée succinctement par l'abbé Collin lui même, dans une lettre très caustique qu'il adresse à l'évêque de Toul :
Monseigneur (7),
J'ai reçu par un de vos appariteurs un act rempli de menaces, de deffenses et de commandements. Ces menaces sont de faire procéder contre moi ; ces deffenses sont d'exercer aucune juridiction sur les paroisses dépendantes de mon abbaïe ; ces commandements sont d'assister à vos sinodes.
Je ne crois pas nécessaire d'y répondre par un appariteur, j'y répons plus honnestement, quoique je le crois un acte sans conséquence et de nul effet. A Dieu ne plaise que je manque de respect pour les évêques, ni pour vous en particulier ; je persévérerai toute ma vie dans la doctrine que j'ai enseigné sur la vénération due au caractère épiscopal et sur le pouvoir des évêques ; mais il ne s'en suit pas de là que je doive abandonner une juridiction que mes prédécesseurs ont possédé pendant plus de 600 ans, par autorité du S. -Siège, du consentement des évêques vos prédécesseurs, d'une manière autorisée par les saints canons, approuvée par le concile de Trente, soutenue par de bons titres, par des raisons solides et par la doctrine dés plus célèbres canonistes. J'aurais tout cela à produire si je pouvais présumer que vous me feriez l'honneur de lire mes mémoires.
J'ai promis au S. -Siège en ma bénédiction avec un serment solennel renvoyé au pape, de soutenir les droits de mon Eglise ; la conjoncture présente n'est pas capable de m'en dispenser ni de me la faire oublier ou violer : j'y serai fidèle jusqu'à la mort. Je répons à votre act, persuadé que vous écoutez la raison et que vous ne vous réglez point d'après la prévention : ma réponse est uniquement pour déclarer que je suis et respecte les lois de l'Eglise dans la différence des juridictions ; que je n'agis point par caprice, ni par mauvaise volonté d'entreprendre sur vos droits, mais par exactitude à soutenir les miens pour ne pas abandonner laschement et négligemment ce que mes prédécesseurs ont mérité et conservé. Je ne respons pas dans quelque vue intéressée, puisque grâce au Seigneur, je n'ai rien à vous donner ni a vous demander ; les plus grands effets de vos bonnes grâces me seraient inutiles. J'écris à vostre grandeur précisément pour vous dire mes raisons.
Ce papier timbré qui m'a été mis en main de votre part contient deux pièces, la remontrance de votre promoteur signée Poirier, et votre décret. L'une et l'autre font des menaces qui ne peuvent éstonner un esprit constant, avec des deffenses et des commandements qui ne me font rien et ne peuvent m'obliger puisque je ne suis ni votre diocésain ni votre jurisdiciable. Les fruits de votre Poirier seraient à des gens bien timides des poires d'angoisses, mais à ceux qui entendent un peu les affaires, ce ne sont pour le plus que des fleurs des poires appelées vulgairement et en bon français Gilogilles...
Je dois vous dire que la contestation sur ma juridiction que votre promoteur prétend me faire n'est pas nouvelle, puisqu'elle a été jugée en 1245 par des commissaires apostoliques en faveur de mes prédécesseurs contre un archidiacre de Toul qui aurait attaqué les droits de mon abbaïe, et qui après en avoir vu tous les titres, passa lui-même et au nom de son évêque condamnation volontaire et autentique, telle que des commissaires apostoliques auraient pu la prononcer, après avoir vu comme ils firent, les titres et chartes autorisées par le S. Siège.
Votre remontrant Poirier ou l'auteur de sa remontrance vous expose si peu de choses et de si faibles raisons qu'à peine méritent-elles de l'attention. Il adjoute quelques injures auxquelles je ne répondrai jamais et que je renvoierai toujours aux halles. Il vous dit d'un ton décisif et en parole de docteur in utroque que pour prouver l'autorité et la juridiction qui vous appartient sur mes paroisses, il ne vous faut pas d'autre titre que celui d'évêque de Toul, qui suivant la disposition du canon omnes basilicae, vous établit le pasteur, l'Ordinaire et le supérieur immédiat de toutes les églises paroissiales enclavées ou renfermées dans votre diocèse. Serait-il possible, Monseigneur, que vous l'en auriez cru sur sa parole et que sans recourir vous-même aux originaux du décret de Gratien ou d'un petit concile d'Orléans d'où ce décret particulier est tiré, vous lui auriez donné gain de cause ? Je ne sais s'il vous a trompé par la grande idée de son érudition, mais je suis très certain q u'il se trompe ; lorsqu'il vous dit que je n'y prends pas garde à ce fameux canon omnes basilicae, j'y prends si bien garde, que je vois auprès de ce canon une glose qui destruit sa pensée par ces paroles nisi in aliquo speciali pririlegio ab ejus jurisdictione sint exempta. Il suppose encor mal que mes églises sont enclavées dans votre diocèse : quelques-unes n'en furent jamais; d'autres en sont détachées depuis plus de six cents ans, et toutes ensemble forment un territoire séparé qui confine aux diocèses de Metz, Toul et Strasbourg. - Il veut se prévaloir du concile de Trente, mais il devait vous remontrer que selon ce concile (Ses, 25 de regularibus ch. II) vousn'avez ni pouvoir ni délégation pour les églises paroissiales dépendantes des abbés et des autres supérieurs réguliers qui ont prescrit et possèdent des droits épiscopaux. Voici comme le concile les distingue des autres : « exceptis monasteriis seu locis in quibus abbates aut alii regularium superrores jurisdictionem episcopalem et temporalem in parochos et parochianos exercent. » - Où a-t-il trouvé, ce sage et zélé remontrant, que vous pouvez m'ôter ce que le Saint-Siège m'a accordé, et que sur une simple remontrance signée Poirier, vous pouviez comme ex cathedra, prononcer contre ce que le concile de Trente déclare et établit ? Ce serait ici le lieu de vous citer les décrets de la Sacrée Congrégation, le droit commun, les décisions des fameux canonistes Fagnan, Barbosa et plusieurs autres, mais cela ne ne doit, faire que devant un juge compétent. Je n'écris point par rodomontade, mais je sais ce que c'est que de craindre des apparences ou s'éblouir de fausses lueurs.
Après des citations imparfaites, votre promoteur passe à des faits supposés. Il n'en avance presque point d'autres. Il avance que M. de Bissi, votre prédécesseur a visite les paroisses dont il s'agit, et y a fait les fonctions d'Ordinaire. Il me cite pour témoin de ces faits, et c'est à sa confusion. Je sais que M. de Bissi a été reçu dans l'abbaie de Domèvre avec honneur comme j'y recevrai tous les évêques qui s'y présenteront, mais il n'a pas été reçu dans mes paroisses ; il est si peu vrai qu'il ait prétendu s'y faire recevoir comme Ordinaire, que dans le temps de la visite qu'il fit à Blâmont et dans les lieux de sa route, il y a environ 15 à 16 ans, estant prieur et curé à Domèvre, je conduisis à Blâmont par ordre de l'abbé mon prédécesseur, les gens à confirmer de toutes nos paroisses; il les reçut et confirma avec piété, zélé et charité sans faire aucune démarche pour entreprendre la visite de mon église. Ceci est de notoriété publique encore aujourd'hui ; ce qui fait voir que votre remontrant Poirier n'est pas heureux en espion et qu'il en impose à votre religion... Toutes ces raisons, et plusieurs à déduire en temps et lieu, peuvent vous faire connaître que je suis pleinement convaincu de la nullité de votre décret sur la remontrance signée Poirier... Il n'y a point ici aulel contre autel, c'est autel auprès de l'autre, l'un soumis à un évéque de Toul, l'autre soumis à des exempts immédiats au S. -Siège. Tout cela n'empèche point que je suis prêt à vous obéir en tout ce qui ne donnera point d'atteinte à mes droits, et que je ne sois avec respect, Mgr, votre très humble et très dévoué serviteur. P. Coilin abbé de Domèvre. 25 avril 1708. »

Les prétentions respectives de l'abbé de Domèvre et de l'évéque de Toul furent plaidées avec chaleur durant sept audiences devant le parlement de Metz. Le 5 septembre 1709 (8), l'arrêt qui fut prononcé maintint l'évéque de Toul dans le droit de visiter les églises de Cirey, Harbouey, Val-de-Bonmoutier et condamna les curés de ces paroisses à prendre de nouvelles institutions près du même évêque, à le reconnaître pour leur supérieur ordinaire, et à assister aux synodes et conférences du diocèse comme les autres curés. Ainsi l'abbé Collin, malgré la confiance qu'il témoignait avoir en son bon droit, fut condamné et obligé de se soumettre. Cet arrêt du parlement de Metz ne fut exécu toire que pour les paroisses de Cirey, Harbouey et Val de Bon-Moutier, parce qu'elles étaient les seules qui fussent françaises à cette époque ; celles qui étaient lorraines continuèrent comme par le passé à reconnaître les abbés de Domèvre pour leurs supérieurs ordinaires.
Cette décision du parlement de Metz, en terminant apparemment le conflit, ne pouvait réconcilier les parties belligérantes, car aux yeux de l'abbé Collin, le parlement était une autorité incompétente en matière de juridiction ecclésiastique (9).
Les relations de l'abbé et de l'évêque devinrent de plus en plus difficiles. En 1711 ou 1712 (10), le P. Collin écrivait au Souverain Pontife pour lui demander l'autorisation de prêcher en Lorraine, au moins dans les églises exemptes, sans en demander la permission à l'Ordinaire du diocèse. Cette supplique invoquait les motifs suivants :
Le prédicateur attendu à la Cour du duc de Lorraine, pour prêcher la station de l'Avent, ayant fait défaut, l'abbé Collin fut invité à le remplacer. Il se prêta de bonne grâce au service qu'on lui demandait, mais il négligea de solliciter de l'évêque une permission que l'usage, disait il, ne l'obligeait point à solliciter. C'est alors que Monseigneur de Camilly, mécontent, lui fit défense expresse de prêcher désormais dans son diocèse, d'entendre les confessions, et d'exercer aucun acte de juridiction. - L'abbé Collin pensa ne point souffrir de cette défense ; il exposa au pape qu'il n'avait point mérité cette mesure sévère, puisqu'il avait été approuvé autrefois pour le diocèse de Toul et cinq autres diocèses, sans qu'on l'eût jamais obligé à faire renouveler cette approbation. « Pendant près de trente ans, dit-il en substance, j'ai enseigné soit la philosophie, soit la théologie, soit l'Ecriture sainte ; j'ai publié des livres de Controverses contre les hérétiques, et des livres de Conférences sur le dogme, qui ont été appréciés ; pendant dix ans j'ai été à la tête d'un séminaire nombreux. J'ai donné des missions, j'ai prêché dans de grandes églises sans que ma doctrine ait jamais été suspecte; et l'année dernière le duc de Lorraine disant vouloir récompenser la science et la vertu, m'a fait le rare honneur de me nommer conseiller-prélat à la Cour souveraine. - Par jalousie, ce semble, ajoute t-il, et parce que mon exemption lui porte ombrage, l'évêque de Toul depuis son épiscopat, c'est-à-dire depuis environ huit ans, n'a cessé de me vexer et même de me citer devant les tribunaux laïques au mépris des saints canons. Il a méprisé mon appel au Saint-Siège ; il a refusé de paraître devant les délégués apostoliques qui avaient été nommés pour terminer le conflit et il m'a dépossédé de plusieurs paroisses populeuses qui font partie du territoire français. »
Avant de clore l'exposé de cette question trop passionnée, il nous semble intéressant de signaler un incident curieux de la lutte. Au mois d'avril 1708, l'évêque de Toul étant venu présider le synode rural du doyenné de Salm, apprit que les dignitaires de ce doyenné avaient refusé depuis quelques années de distribuer aux Chanoines de Domèvre leur part habituelle des saintes huiles. Comprenant les conséquences qu'on pourrait tirer d'une telle mesure, il s'empressa de faire signifier à l'abbé de Domèvre qu'il désavouait la conduite du doyen de Salm, qui avait agi sans instructions et contrairement à ses intentions ; il l'informe qu'un Chanoine au moins devra venir au synode rural au nom de ses confrères, qu'il aura part à la distribution des saintes huiles moyennant une redevance de 28 gros comme par le passé, et qu'en cas de non-comparution, les Chanoines y seront contraints par toutes voies raisonnables.
L'abbé profita de cette dernière clause pour lui répondre par une lettre en forme de dissertation, où il s'attache à montrer par une longue suite de décrets pontificaux que sa prétention d'exiger 28 gros pour les saintes huiles est un acte entaché de simonie et qui expose à la peine de la déposition; il s'efforce de lui démontrer par des témoignages puisés à bonne source, qu'une coutume de ce genre, même immémoriale, ne peut être excusée, qu'elle n'en est que plus coupable : « diuturnitas temporis non diminuit peccatum sed auget ». Par suite, il conclut qu'il ne peut consentir à payer la modique rétribution de 28 gros qui ne serait pas bien gênante, et qu'il la refuse parce que ce serait participer à une oeuvre simoniaque.
Il lui signifie en outre que si un de ses Chanoines va assister au synode diocésain, c'est à condition que cela ne portera aucun préjudice à son indépendance et à sa juridiction quasi-épiscopale; car, dit il, ses paroisses sont soumises à la seule autorité de l'abbé de Domèvre, immédiatement soumis au Saint-Siège, depuis plus de 500 ans, comme il se fait fort de le démontrer devant les archevêques et évêques nommés par Clément XI pour juger le différend (11).

§ II. - Administration, par les abbés de Domèvre, des paroisses prétendues exemptes

Non seulement les abbés de Saint Sauveur et de Domèvre nommaient à un certain nombre de cures, mais dès le XVIIe siècle s'arrogeant progressivement une juridiction quasi-épiscopale, ils gouvernèrent leur circonscription en publiant des ordonnances, des censures, en faisant des visites pastorales, en accordant des dispenses de mariages à la façon des évêques. La note qui domine dans les actes de leur administration, c'est une sévérité qui contraste singulièrement avec les habitudes d'adoucissement, et de timidité qui caractérisent notre siècle. Nous n'avons ni compétence ni mission pour prononcer quelle est la méthode qui obtient les meilleurs résultats, et qui doit être préférée : nous constatons seulement que notre siècle dont on dit tant de mal et qui se fait remarquer par la diminution de la foi, par l'abandon des pratiques religieuses et le relâchement dans les moeurs, a eu pour précédent un siècle, où l'autorité loin de faiblir dans les mains de ceux qui avaient charge d'âmes, s'imposait avec une fermeté qui ressemble à une rigueur excessive. A d'autres à juger si, entre l'état des esprits du XVIIe et du XVIIIe siècle, et celui du XIXe, il y a plus que des relations de succession, mais des relations de causalité.
Voici en substance les articles et les faits qui nous ont paru les plus dignes d'être notés. D'après les statuts de Mathias Allaine en 1693, les curés devaient faire le catéchisme tous les dimanches sous peine d'encourir une suspense ipso facto à la troisième fois qu'ils y manqueraient dans une année ; les parents ou les maîtres qui négligeaient d'y envoyer leurs enfants ou leurs domestiques étaient privés des sacrements au temps pascal s'ils manquaient trois fois à ce devoir dans le cours d'une année. On devait aussi refuser les sacrements à Pâques à ceux qui s'absentaient de leur paroisse trois dimanches consécutifs sans avoir fait valoir des raisons légitimes à leur pasteur; aux cabaretiers qui vendaient du vin aux personnes du lieu ; à ceux qui buvaient dans les tavernes pendant les offices les jours de dimanches et de fêtes; et aux parents qui négligeaient d'envoyer leurs enfants à l'école depuis la fête de Saint-Martin jusqu'à Pâques.
Etaient défendus tous les poiles et ouvroirs où se faisaient des assemblées nocturnes de filles et femmes, parce que pour l'ordinaire ces lieux étaient des assemblées de langues médisantes ou d'entretiens déshonnêtes.
On devait chanter les vêpres tous les dimanches et les veilles de fêtes ; dans les lieux où il y avait des confréries il était défendu très expressément de faire « aucun festin ou paste » parce que dans ces sortes de repas on dépensait le bien de l'Eglise mal à propos et souvent avec malédification.
Les lettres et mandements de l'abbé Collin portent à peu près les mêmes défenses et sont marqués au coin de la même rigueur, comme d'ailleurs les documents émanés des évêques de Toul à la même époque ; l'atmosphère du Jansénisme était respirée un peu partout, même inconscienment. L'abbé Collin fait allusion dans son mandement de 1718 aux troubles que cette hérésie avait apportés au sein de la chrétienté : « L'Eglise souffre de la division de ses pasteurs... ; le monde chrétien est agité par les contestations (12) de doctrine et par le dérèglement des moeurs... »
En 1710 le curé de Barbas ayant enjoint en présence de plusieurs témoins à Dominique Voinot et à sa femme de satisfaire au devoir pascal s'ils ne voulaient pas encourir les censures ecclésiastiques, celui-ci répondit qu'il s'était pourvu ailleurs et ajouta quelques insolences. Pierre Collin, abbé de Domèvre, adressa aussitôt une requête à S. A. R., pour lui demander d'ordonner que Dominique Voinot et sa femme fussent poursuivis par M. le Procureur général, admonestés, réprimandés et condamnés à se soumettre à leur curé pour recevoir de lui les instructions et corrections nécessaires, et à se disposer à la confession et à la communion pascale dans leur paroisse. Il demanda aussi comme réparation du scandale que le sieur Dominique Voinot fût déclaré indigne de son office de maire et de tous autres, puis condamné à l'amende (13).
Dans son mandement pour le Carême de 1721 le même abbé rappelle les ravages causés par la peste, les terreurs inspirées par ce fléau menaçant, et profite de cette circonstance pour insister sur la nécessité de se préparer à la mort (14).
En 1770, on reconnaît la nécessité de donner un peu de gaîté à la population, qui succombait sous le poids de la tristesse; en conséquence l'abbé Leroy apporta quelque tempérament aux ordonnances précédentes : « Considérant l'extrême misère qui dans ces temps calamiteux accable le peuple de la campagne, nous laissons à la prudente condescendance des sieurs curés de permettre chaque année poils ou ouvroirs dans lesquels pendant l'hyver plusieurs femmes ou filles travaillent à la chaleur d'un seul fourneau et à la lueur d'une seule lampe (15). »
En 1772, on avait oublié bien vite le chagrin et il fallait mettre un frein à la licence qui s'enhardissait : « Quoique nous soyons portés à croire que les calamités trop publiques sont bien propres à faire évanouir toute pensée de faire, surtout le premier dimanche de Carême, aucunes danses, bures, brandons, et autres dissolutions semblables, cependant nous déclarons que quiconque oserait s'accorder une licence si déplacée encourrait un cas réservé dont il ne pourrait être absous que par nous ou son curé (16). »
Le mandement du Carême de la même année 1772 commence par ces mots : « Gardons-nous de murmurer contre les rigueurs d'une loi déjà si adoucie et qui ressemble si peu à la pénitence de nos pères. » Or, voici quelques-unes des obligations de cette loi adoucie :
« Il n'est permis à personne de manger de la viande pendant le Carême à moins qu'il ne soit malade ; ceux qui dans ce cas obtiendront une permission ne pourront user que de viandes communes propres à conserver la santé ; jamais de gibier, de pâtés ou de ragoûts. Ceux qui mangeraient gras pendant le Carême ou seulement des oeufs les jours où ils sont défendus commettraient un péché réservé à l'évêque ou au curé de la paroisse. Ce cas réservé serait même encouru par les aubergistes, cabaretiers, qui serviraient de la viande à leurs clients sans une permission du curé (17). »

III. Cures soit régulières (ou unies), soit séculières, dont l'abbaye de Domèvre avait le patronage.

Amenoncourt. - Entre temps, la cure d'Amenoncourt fut desservie par des Chanoines réguliers de Saint-Sauveur (18). Nicolas Grosjean, nommé en 1602 par bulle de Clément VIII, fut le dernier régulier qui desservit cette paroisse. Depuis, la cure fut considérée comme séculière. De temps immémorial, les chevaliers de l'Ordre de Malte de la Commanderie Saint-Georges, de Lunéville, qui avaient succédé aux Templiers, possédaient le patronage de cette cure. - Au siècle dernier, entre Amenoncourt et Autrepierre, on voyait encore les substructions d'un vieux bâtiment que la tradition disait avoir appartenu aux Templiers (19).

Badonviller. - Les Chanoines de Domèvre prétendaient nommer à cette cure alternativement avec les comtes de Salm (20).

Barbas (cure unie à l'abbaye). - L'abbaye de Saint-Sauveur reçut cette paroisse dès l'époque de sa fondation. Un acte de 1195 la confirma dans cette possession. L'abbé Stéphani interdit l'église en 1456 pour punir les habitants, qui refusaient de payer les dîmes
1665, 27 avril : Canon, procureur général de Lorraine, informé que l'église de Barbas tombait en ruine sans que les décimateurs se missent en peine de la réparer, ordonna de saisir les dîmes. Le procureur de l'abbaye ayant remontré que Barbas était annexe de Harbouey et que, par suite, les réparations de l'église étaient à la charge des habitants, le procureur général accorda main-levée de la saisie. - En 1666, les habitants déclarèrent qu'ils étaient prêts à faire la moitié des charrois et à supporter la moitié des dépenses, mais que, si après la première voiture l'abbé ne se mettait pas à l'oeuvre, tous retireraient le concours de leurs bras et de leur argent.
Les habitants demandèrent que Barbas fût érigée en cure en 1696. L'abbé Collin exauça leurs voeux en 1708, mais Harbouey fit une opposition victorieuse ; le Parlement cassa l'érection en 1709, et l'évêque de Toul la cassa en 1716.
En 1709, l'abbé interdit l'église à raison d'une révolte des paroissiens au sujet des bancs qui venaient d'être faits à neuf.
En 1724, l'abbé Piart reçut de la Cour l'ordre de mettre un vicaire perpétuel à Barbas lorsque les habitants auraient bâti un presbytère. La même année, un arrêt du Conseil condamne l'abbé à réparer la nef et le choeur de l'église et à fournir les ornements.
En 1738, l'église fut, pour la deuxième fois, érigée en cure; es difficultés se renouvelèrent, venant de la même source qu'autrefois, let l'érection n'eut pas son effet ; le Père qui desservit Barbas, bina pendant quelques années à Saint-Sauveur.
En 1765, l'abbaye céda au grand-prévôt de Saint-Dié sa juridiction sur Barbas, pour plaire à Sa Majesté polonaise. - En 1766, bénédiction de cloches.
En 1768 eut lieu l'érection définitive, faite par l'abbé Pillerel (21)

Blemerey-Reillon, (Gondrexon, Chazelles annexes). - Blémerey, qui parait avoir été cure unie dès son érection, fut dépeuplé par la peste et par la guerre. - En 1649, il n'y restait que 16 habitants ; un religieux du cloître l'allait desservir. - En 1669, un séculier vint résider à Reillon et eut des successeurs séculiers. En 1728, le Père Urguet y fut nommé curé ; - l'évêque de Metz lui refusa l'institution canonique. Il obtint des bulles que l'évêque de Toul ne voulut pas fulminer, par déférence pour celui de Metz. En 1730, les annexes furent desservies par un Père qui y venait de l'abbaye.
En 1737, Blémerey fut désuni de Reillon par l'évéque de Metz. L'abbaye s'opposa à cette désunion. Longs procès (1737-1757). - Bulle de Benoît XIV nommant l'évêque de Bâle pour terminer le conflit (1734) (22)
En 1737, on reconstruisit l'église de Reillon.
En 1761, il y eut un vicaire résident à Gondrexon (23). Jean Cunin, curé de Blémerey dans la première moitié du XVIIIe siècle, passe pour avoir été sauvé miraculeusement des flammes par saint Pierre Fourier. (Voir : Vie du P. Fourier, par Bedel, 1re édition, p. 515-317.)
Jean Cunin, Chanoine régulier, curé de Blémerey dès 1393, a consigné cette note dans un de ses cahiers : « Extrait du vieil messel de Blémerey : Le jour des Palmes, doit faire le curé, le marlier chacun an en l'église de salant (de céans) en nommant par l'eschevin de ladite église trois prudomes jusques à neuf, et le curé prend lequel qui veut et ly fait faire son serment de wader les biens de l'église, de porter les dismes, d'alumer les saints, de faire les doux sièges, d'allumer ez jours sollempneils, de soigner oeille (l'huile) devant saint Hylare, et doit à curé deux bichetz de froment et deux chappons le lendemain de Noé, et soigner oictes (?), aller quérir la sainte oeille (les Saintes- Huiles)... »

Bauzemont (cure unie) et Bathelémont (annexe). - Cette paroisse était à la nomination de l'abbé; elle fut donnée, en 1263, par le chapitre de Saint-Étienne en échange de Ménilot, près Toul, que l'abbaye avait reçu de Foulques, sénéchal de Toul, en 1250.
En 1603, les habitants de l'annexe furent en procès avec les décimateurs au sujet de la restauration de leur église, et se virent déboulés de leurs prétentions.
En 1768, le P. Chaligny, nouveau curé, refusa de recevoir le choeur de l'église nouvellement rebâti (24). Pendant la guerre de Trente ans, la rue de Lorraine, à Bathelemont, fut entièrement ruinée par le feu.

Burthecourt-aux-Chênes. - Cette cure fut occupée anciennement par quelques Chanoines réguliers ; comme on doutait si elle était régulière, Mgr Bégon, en 1732, conclut un accord en vertu duquel le patronage de Crion et Sionviller revint à l'évêque, et le patronage de Burthecourt resta à l'abbé de Domèvre, avec faculté d'y nommer un régulier ou un séculier.
En 1633, le 14 juin, visite canonique de la paroisse par le sieur Jean Symonin, curé de Saint-Epvre-les-Nancy, doyen de Port, assisté du curé de Saint-Hilaire-en-Vermois, échevin du doyenné. Le procès-verbal de cotte visite mentionne l'existence d'une confrérie érigée en l'honneur de la Conception de Notre-Dame, et d'un ermitage bâti prés de Xandronviller, sous l'invocation de saint Jacques et saint Christophe.
Dans le procès-verbal de la visite faite en 1689 (30 août) par Mgr Thiard de Bissy, nous lisons : « ...Nous ordonnons sous pareille peine (de ne pas être admis aux sacrements) aux parents d'envoyer exactement leurs enfants, garçons et filles, à l'école depuis la Toussaint jusqu'à Pâques au moins, et, pendant le reste de l'année, le plus exactement qu'ils pourront ; et afin que personne ne s'excuse, nous voulons que les pauvres soient enseignés aux dépens de la fabrique ou sur d'autres fonds, s'il ne se peut, ou gratis.
« Enjoignons aux curés de refuser les sacrements à ceux ou celles qui disent des oraisons pour guérir le bétail, et aux personnes qui décrêment avec certaines cérémonies superstitieuses les enfants nouvellement baptisés et qui font des brandons et autres immodesties les premiers dimanches de Carême... - Nous défendons aux maîtres d'école d'avoir aucun emploi qui les puisse distraire de l'école, de fréquenter les cabarets, ni de donner aucun mauvais exemple, sous peine d'être déposés. »

Défense à frère André, ermite de Saint-Christophe, près de Xandronviller, de s'absenter désormais les jours de dimanche et de fête ; injonction à lui faite d'obéir au curé, sous peine d'être privé de son ermitage dans trois mois.
En 1695, le curé informe Mgr de Bissy que, d'après le témoignage de personnes âgées de 80 ans, un nommé Jean Genot Guillermin a laissé une rente de 200 fr. au profit d'un particulier, à charge d'aller la nuit éveiller les vivants afin de prier Dieu pour les morts (25). - La chapelle de la Passion fut fondée par Jeannette Guillermin le 24 mai 1515.
En 1726, on publia, à Burthecourt-aux-Chènes et dans les paroisses voisines, un monitoire pour obliger, sous peine d'excommunication, à dénoncer ceux qui avaient volé les titres de la cure.

Cirey (Cure unie). - L'administration spirituelle de Cirey avait été confiée à l'abbaye de Saint-Sauveur, dès la fondation de celle-ci. En 1185, l'autel de cette paroisse fut donné par Pierre de Brixey à la même abbaye ; c'est sans doute que cet autel était de date récente, comme celui de Harbouey.
En 1604, le curé étant mort, l'abbé de Haute-Seille attira l'attention du patron sur le mauvais état de la paroisse et de l'église.
En 1709, fut jugé à Metz un procès entre l'abbé Collin et l'évêque de Toul, au sujet de la juridiction quasi-épiscopale que revendiquait le premier. La décision fut contraire aux prétentions du premier et Cirey, avec plusieurs autres paroisses, rentra sous la juridiction de l'évêque de Toul.
Deux confréries furent érigées anciennement à Cirey, la première dite des Suffrages, en faveur des âmes du Purgatoire, par bulle d'Alexandre VII, vers 1665, et la seconde, du Saint-Rosaire, fut confirmée en 1741, par l'évêque de Toul (26).
Le sr Cristallin, Chanoine régulier, qui occupa cette cure dès 1776, créa une école de filles tenue par des religieuses, et une pharmacie pour les pauvres. Il fut chargé de rédiger le cahier des doléances de la communauté et de le faire parvenir à l'Assemblée nationale. Il prêta le serment à la Constitution civile du clergé, puis le rétracta.

Crion. - L'abbé de Domèvre n'avait que le patronage de cette cure qui était séculière; à la fin du XVIIIe siècle, l'évêque de Toul prétendit y établir le concours. En 1723, le curé de Crion et Sionviller, J.-N. Voirin, écrivit à l'abbé de Domèvre pour l'informer que le curé d'Einville, s'arrogeant le titre de curé primitif de Crion et Sionviller, prétendait avoir droit de célébrer la messe et les vêpres les jours de fête patronale, et cela en vertu d'un arrêt du Conseil de Charles IV, daté de 1627 (27). - En 1732, Mgr Bégon avait renoncé à ses prétentions sur Burthecourt pour que l'abbé de Domèvre renonçât aux siennes sur Crion et Sionviller; mais Mgr Drouas, en 1767, lit savoir à l'abbé Pillerel que, vu l'inexécution de cette transaction, il consentait à ce que la cure de Crion redevint ce qu'elle était auparavant (28).

Destry (Cure unie). - On Ignore la date de son union à l'abbaye.
Le village fut ruiné par les Suédois, et abandonné complètement pendant plusieurs années. A dater de 1665, l'église fut desservie par les curés voisins, et peu de temps après, par deux vicaires résidents.
En 1694, l'abbaye y nomme le P. Maupassant. A sa mort, 1727, le chapitre nomme le P. Fontenille. L'évêque de Metz lui refuse l'institution. Le Père se désiste. Le chapitre nomme le P. F. -Xavier Aubert. L'évêque refuse. On discute. Le P. Aubert, malade, se désiste. Le chapitre nomme le P. Philippe de Beaussire. L'évêque nomme le sieur Bonaventure, prêtre séculier. Procès jugé par la Cour, contre l'évêque, qui prétendait la cure séculière.
Le P. de Beausire obtient des bulles, l'évêque de Toul refuse de les fulminer.
Claude Sommier, grand-prévôt de Saint-Dié, après de longues hésitations, finit par les fulminer (29). En 1766, nouveau conflit. Cette fois la cause de l'évêque de Metz triomphe et la cure est déclarée séculière.

Domèvre (Cure unie). - La paroisse fut desservie par un prêtre séculier sous l'abbé Fabry seulement.
Un registre de 1640 porte l'obligation pour les habitants : 1° D'entretenir leur église et de fournir son mobilier sans la participation de l'abbaye ; 2° d'assister aux offices dans l'église abbatiale à toutes les fêtes de la Sainte Vierge et aux principales fêtes de l'année ; en outre le jour des Rameaux, le Vendredi-Saint et les lendemains de Pâques, de la Pentecôte, de Noël, et d'y apporter leurs offrandes.
Ces jours-là, le vicaire ne faisait aucun office à l'église paroissiale ; il faisait seulement la bénédiction des Palmes le jour des Rameaux, avant le départ de la procession pour l'abbaye, et disait une messe le jour de Pâques pour la communion pascale, que chacun devait faire dans son église.
En 1738, contestation au sujet de la reconstruction de l'église ; l'abbé Piart ordonna cette restauration en 1740. Procès avec les maçons lors du règlement en 1745.
Le chapitre donna une lampe et la chaire en pur don.
En 1763, l'abbé Pillerel fit condamner les habitants à entretenir les fenêtres... - Autel du Rosaire consacré par Mathias Alaine, en 1703 (30).

Harbouey (Cure unie). - Elle était desservie en 1639 par un excellent curé, le P. Marchal, que son abbé nomma visiteur des paroisses voisines où l'instruction laissait à désirer.
L'église et le clocher furent rebâtis en 1730 aux frais de la commune, mais le P. Darancy, curé, y mit bénévolement du sien (31).

Ibigny (parait avoir été une cure unie). Saint-Georges (annexe). - L'abbaye jouit de bonne heure du droit de patronage à Ibigny.
L'église, d'abord matrice en 1727, devint annexe de Saint-Georges.
En 1282 et 1298, Henry, abbé de Saint-Sanveur, fut en contestation avec les habitants au sujet de l'entretien de l'édifice.
En 1725, l'évêque de Metz prescrivit diverses améliorations dans le mobilier (32).

Igney. - Le village, ruiné par la guerre et la peste, comptait peu de monde encore en 1643. La paroisse fut desservie par le cure de Foulcrey. Les réguliers n'y entrèrent qu'en 1690.
II y avait dans l'église une chapelle dédiée à saint Claude (33).

Leintrey (cure unie). Vého (annexe). - La date de cette union est inconnue. Leintrey resta sans pasteur faute d'habitants pendant un certain nombre d'années, après 1636. L'abbé Clément Philippe fut autorisé à faire desservir cette paroisse par un religieux demeurant au cloître, en 1649. Ensuite elle eut d'excellents curés, entre autres le P. Collignon, mort en odeur de sainteté et le P. Gentil, son successeur.
La nef fut reconstruite sous le P. Gentil en 1747. Il y eut un procès pour la fourniture des vases sacrés en 1709.
L'annexe fut desservie par des vicaires résidents, à partir du XVIIIe siècle (34).

Lupcourt (cure unie). Azelot (annexe). - Cette cure fut unie à Saint-Sauveur en 1460 par lettres de Guillaume Filàtre, avec droit pour l'abbé d'y nommer des réguliers.
A la fin du XVIE siècle elle fut desservie par Chrétien Malriat et Sébastien Malriat, avant qu'ils ne fussent abbés de Saint-Sauveur.
Ce bénéfice, qui passait pour lucratif, fut desservi successivement par deux séculiers, mais il Fut remis en règle sans contestation en 1712.
L'abbé céda au chapitre son droit de nomination en 1783. L'année précédente, l'église, sauf la tour, fut reconstruite sous l'administration d'un séculier, le titulaire étant professeur à Metz. L'annexe fut desservie par un vicaire résident avec appointements de 400 fr. plus le casuel (35).

Petitmont (cure unie). - Cette localité était une dépendance de Val-de-Bon-Moutier et n'avait pas d'église. En 1730 elle offrit à l'administration de bâtir une église et un presbytère, pour obtenir son érection en paroisse. Les décimateurs et l'abbé de Domèvre finirent par y consentir, seul le P. Evrard, curé de Val, s'obstina dans son opposition.
Cependant le décret d'érection fut promulgué le 30 mai 1733 et malgré son opposition passée, le P. Evrard devint curé de Petitmont.
L'un de ses successeurs le P. Claudel, suscita des difficultés au sujet des dîmes et des novales (1736-1766).
En 1772, d'autres difficultés surgirent au sujet de la fourniture des livres nécessaires à l'église ; le procureur de l'abbaye ne consentant pas à les payer, un procès fut sur le point d'être engagé. A la fin le procureur s'exécuta (36).

Raon-lesLeau (cure unie). (Raon-sur-Plaine dite Les-Leau). - Cette paroisse fut donnée à l'abbaye dès avant 1138 par Agnès de Langstein et son mari le comte Godefroy ; leur fils Guillaume y fut inhumé (37).
Le village fut ruiné par la peste et par les Suédois. L'église fut reconstruite sur l'ancien emplacement en 1719 et vers la même époque fut érigée en église paroissiale. Un curé la desservait à partir de 1722. En 1760 la cure fut incendiée. Le titulaire s'endetta d'une dizaine de mille francs pour la reconstruire. Cinq ans plus tard Raon fut désigné pour passer dans la juridiction du grand prévôt de Saint-Dié sur la demande de Stanislas (38), dans le cas où l'on réussirait à ériger un évèché à Saint-Dié. En 1772, Nic. Fr. Arnould, Chanoine régulier et curé de Raon-le-Leau, fit assigner l'abbé de Domèvre au bailliage de Blâmont, demandant des experts pour constater l'insuffisance des revenus de sa cure.

Réchicourt-la-Petite (cure unie). - Nous ne savons à quelle date cette cure devint régulière. A la mort du P. Biget (1728), qui l'avait gouvernée pendant 40 ans, le chapitre de Domèvre nomma le P. Renardy pour le remplacer. L'évêque de Metz lui refusa l'institution, prétendant que la cure était séculière, et y nomma un sieur Durand. De là un procès jugé à Trêves où le P. Renardy fut condamné par défaut. Pour transiger on offrit à l'évêque de lui céder Amenoncourt, ou Autrepierre, ou Verdenal, cures occupées par des séculiers. Il se plaignit qu'on lui offrait ce qu'il y avait de moindre et voulut refuser les ordinands de la Congrégation. Enfin il accepta Repaix ; la transaction fut signée du 25 février 1730, et le P. Renardy reçut l'institution canonique. L'abbaye voulait garder Réchicourt comme pied-à-terre pour les religieux qui allaient à Viviers, à Vic ou à Pont-à-Mousson.
En 1737, l'église fut rebâtie sous l'administration du P. Renardy. A sa mort (1747), le P. Malherbe lui succéda; mais l'évêque ne lui donna qu'une institution restreinte contre laquelle on n'osa réclamer ; il n'y resta pas, mais ses successeurs furent plus heureux (39).

Repaix. - Les Chanoines de Domèvre nommaient à cette cure alternativement avec les religieux de Moyenmoutier (40),

Saint-Sauveur (cure unie). - L'église était desservie par un vicaire résident : elle le fut pendant plusieurs années par un religieux qui demeurait à l'abbaye de Domèvre.
En 1765 elle fut désignée pour passer sous la juridiction du grand-prévôt de Saint-Dié comme Cirey. Elle ne fut érigée en paroisse qu'en 1771.
En 1784 elle passait pour une des huit plus pauvres du diocèse de Nancy avec un revenu de 800 livres (41).

Saint-Georges annexe d'Ibigny. - En 1607 le seigneur de Nettancourt-Vaubécourt, neveu du Sr d'Haussonville, confirma à l'abbé le droit qu'on lui contestait de présenter les titulaires de ce bénéfice.
Trois ans plus tard, les décimateurs s'opposèrent à la reconstruction de l'église qui menaçait ruine; l'abbaye alla jusqu'à laisser saisir ses deniers.
En 1727 l'évêque de Metz rétablit Saint-Georges en cure et Ibigny en annexe. L'église et son mobilier étaient alors très pauvres : ordre fut donné d'y pourvoir (42).

Sornéville et Moncel son annexe (cure unie). - En 1251 Jacques, évéque de Metz, atteste que Jean, chevalier d'Athienville, avait donné à l'abbaye le droit de patronage de cette cure, et en 1276 Isabelle, dame de Riouville, qui contestait ce droit, se désista.
Le P. François fit rebâtir la cure en 1730 aux frais de la commune et aux siens. Au commencement du XVe siècle (1419) un curé originaire de Moncel avait élu sa résidence dans cette dernière localité, mais l'église-mère fut toujours à Sornéville.
Le bénéfice en question fut échangé contre celui de Pont-à-Mousson après de longues négociations (1779-1784). En cette dernière année l'église fut encore reconstruite. Le revenu, au dire de Chatrian, montait à 3000 livres. A chaque vacance qui se produisait à Sornéville, les habitants de Moncel demandaient l'érection de leur église en cure (1670-1706-1715-1773). L'abbaye donnait son consentement à condition que les bâtiments seraient à leur charge et que le curé se contenterait du tiers des deniers. Ce qu'ils n'acceptaient jamais. L'église, interdite en 1771, fut rebâtie en 1775 (43).

Val de Bon-Moutier (cure unie). - Sous la réforme, l'église fut desservie par le curé de Saint-Sauveur jusqu'en 1692 ; les habitants, ayant bâti un presbytère, eurent un prêtre résident.
En 1688 l'abbé Le Bègue y érigea une confrérie de Saint Laurent Val-de-Bon-Moutier fut rendu à l'évêque de Toul en 1709 après le procès de juridiction. Les habitants perdirent contre l'abbaye un procès de spolium, à la mort du P. Allaine leur curé. En moins de 40 ans l'église fut remaniée trois fois par le P. Menageot (1737-1763). Les habitants ayant refusé son ouvrage, on le recommença et on le compléta en 1774 (44).


CONCLUSION

Notre conclusion sera courte. Une remarque qui s'impose, c'est que le pouvoir spirituel des abbés de Saint-Sauveur et de Domèvre est allé sans cesse en augmentant avec le temps, tandis que leur pouvoir temporel s'est affaibli de plus en plus au profit des voués, c'est-à-dire surtout des ducs de Lorraine qui l'ont absorbé graduellement. Il serait intéressant de rechercher les causes générales et particulières de ce fait incontestable ; mais pour les dégager plus sûrement du milieu complexe qui a amené ce résultat, il faudrait avoir étudié l'histoire de la plupart des abbayes lorraines d'une façon un peu approfondie. Nous laissons cette tâche à ceux qui sont capables de cette grande entreprise.
Le lecteur aura remarqué aussi dans le cours de cette Histoire que parfois les Chanoines de Saint-Sauveur et de Domèvre ont visiblement cédé à l'impulsion des passions humaines et n'ont pas paru être des gens qui avaient fait voeu de tendre à la perfection. L'impartialité, exigée par l'histoire, nous a fait un devoir de ne pas dissimuler leurs torts. Ces défaillances, arrivées malgré les sages leçons de l'Evangile que les Chanoines lisaient fréquemment, et malgré l'énergie de secours intérieurs dont nous ne pouvons méconnaître l'existence, nous font constater combien la nature humaine est infirme, et nous laissent entrevoir à quels excès se porterait une société beaucoup plus nombreuse, qui n'aurait point pour se gouverner, le frein puissant des croyances religieuses. Toutes choses comptées, ces taches disparaissent au milieu des qualités, des vertus, des services en grand nombre qu'on pourrait citer à l'honneur des Chanoines. Non seulement ils ont donné du pain aux pauvres, du travail aux ouvriers ; non seulement ils se sont appliqués à instruire le peuple, à former des hommes honnêtes, bons et dévoués ; mais aux yeux des catholiques qui croient à l'efficacité de l'intervention de la prière dans les événements de ce monde, il ne peut être douteux qu'ils ont bien servi l'humanité et leur pays.

Un dernier mot s'impose. Nous croirions manquer à un devoir si, en terminant, nous n'exprimions publiquement notre reconnaissance au savant professeur de l'Université de Nancy, M. Pfister, qui, malgré ses occupations absorbantes, a bien voulu revoir notre manuscrit avant l'impression et nous a aidé de ses sages conseils, atténuant ainsi les effets de l'inexpérience d'un débutant.

(A suivre)


(1) Arch. dép., H. 1470, p. 17.
(2) Arch. dép., H. 1384.
(3) Arch. dép., H. 1384. - Dans ses statuts synodaux de 1665, André de Saussay commande à l'abbé de Domèvre et à plusieurs autres, sous peine de censure, d'assister au synode diocésain qu'il a négligé depuis longtemps. (Histoire du diocèse de Toul. par l'abbé Guillaume, t. III, p. 370.)
(4) H. 1434
(5) Broulier, Défense de l'Eglise de Toul, p. LXXXVI.
(6) Broulier, Défense de l'Eglise de Toul, p. CI.
(7) Arch. dép., H. 1383.
(8) Broulier, Déf. de l' Eglise de Toul, p. LXXX, et Arch. dép., H. 1381.
(9) L'official de Toul, Claude de l'Aigle, le 25 octobre 1708, avait écrit à l'abbé de Domèvre : « Monsieur, rien ne me ferait plus plaisir que de contribuer à vous éviter un procès avec monseigneur de Toul ; mais à vous parler sans dissimulation, je ne crois pas qu'il se contente d'une simple reconnaissance... Je crois que tout ce que vous pouvez attendre de lui est de traiter avec nous sur le même pied qu'il a traita avec le chapitre à qui il a laissé le droit d'institution, celui de visite, et celui d'estre nommé dans le prône après l'évêque. Vous sçavez, monsieur, la jurisprudence qu'on suit là-dessus en France ; elle est authorisée par un si grand nombre d'arrêts, qu'elle est devenue certaine et invariable. Vous ne pouvez traduire monseigneur, ny en cour de Rome en première instance, ny hors du royaume, ce serait blesser le privilège de l'Estat. Les plus grands évêques et les plus distingués par leur piété, n'ont pas eu à porter atteinte à l'autorité de l'Eglise en recourant à celle du Roy pour se faire restablir dans leur juridiction qui se trouvait occupée par des exempts. Ce n'est qu'un office de protection que le Roy donne à l'Eglise et aux saints canons dont il se regarde comme le protecteur et le conservateur. Vous aurez la bonté de faire vos réflexions sur le party que vous avez à prendre et en attendant ou que votre santé vous permette de venir icy comme vous le projetez, ou que vous me fassiez savoir yos intentions, je vais écrire à Metz pour que l'on sursoie à toutes poursuites... » (Arch. dép., H. 1383.)
(10) Voici entre autres quelques extraits de sa lettre à l'évêque de Toul :
« L'acte de Monsieur l'évêque de Toul est donc assez raisonnablement suspect de simonie et paraît condamné comme tel par les saints canons, qui en cas pareil menacent les évêques des peines canoniques de la déposition, comme on le peut voir par le chapitre des décrétales ea quae de araritia, tit. de simonia oû l'on peut voir assez au naturel la condamnation de l'acte qui demande 28 gros pour la rétribution des saintes huiles, moyennant laquelle on offre d'en donner à l'abbé et pas autrement : audivimus quod nummos pro chrismate ab ecclesiis extorquetis, quos nunc cathedraticum, aliquando paschalem praestationem, interdum episcopalem consuetudinem appellatis ; quia vero hoc simoniacum cognoscitur, mandamus quatenus pratextu alicujus consuetudinis, vel praelationis, praescriptos denarios nullatenus exigatis, pro certo scituri quod si hoc praesumpseritis, periculum ordinis et dignitatis poteritis non immerito formidare. » Voilà une condamnation expresse de la coutume immémoriale alléguée par Monsieur l'evèque de Toul, laquelle est aussi contre la défense d'Alexandre III au chapitre non satis... Pro chrismatis et olei receptionc, nulla cujusquam pretii exactio allentetur, nec sub obtentu cujusquam consuetudinis reatum suum quis tueatur, quia diuturnitas temporis non diminuit peccatum sed auget. » Cette lettre, qui fut signifiée à l'évêque de Toul vers la fin d'août 1708, contient encore cette citation du pape Innocent III, tirée du livre V des décrétales [titre de simonia, cap. in tantum paccatis exigentibus): pro chrismate vel oleo nihil est accipiendum, et qui contra fecerit, poena canonica puniatur, quae est poena depositionis cuni nota infamiae. » (Arch. dép., H. 1383.)
(11) La lettre en latin ne porte pas de date (Arch. dép., H. 1383.)
(12) H. 1384.
(13) H. 1384. - Lui et sa femme étaient allés en France dans le diocèse de Toul où ils avaient réussi à tromper un curé et à recevoir de lui la communion.
(14) Arch. dép., H. 1384.
(15) Arch. dép., H. 1384.
(16) Arch. dép., H. 1384.
(17) Ibid.
(18) Voir plus bas : Catalogue des Lettres pontificales, p. I, bulles de Paul III, en 1537, et de Clément VIII, en 1602.
(19) Arch. dép., H. 1424 et 1373.
(20) Arch. dép., H. 1473 et 1384,
(21) Arch. dép., H. 1383, 1377, 1434, 1373, 1433, 1494,
(22) Voir plus haut (chap. III de la IVe partie, § IV, Vie des Chanoines exerçant le ministère pastoral). En 1729, on prétendait que le tiers des grosses dîmes de Reillon, Chazelles, Gondrexon, rapportait au moins 1.000 livres au curé.
(23) Arch. dép., H. 1384, 1440, 1441 ; G. 1019.
(24) Arch. dép., H. 1437, 1438, 1440.
(25) Arch. dép., G. 1026 et H. 1405.
(26) Arch. dép., H. 1372, 1383, 1384, 1445, 1450 et Archives communales.
(27) Des poursuites furent engagées contre un de ses prédécesseurs qui, pour se soustraire à cette servitude, avait chanté la messe avant l'heure ordinaire et avant l'arrivée du curé d'Einville.
(28) Arch. dép.. H. 1473 et 1445..
(29) Arch. dép., H. 1384, 1376, 1446.
(30) Arch. dép., H. 1372, 1384, 1403, l423, 1445, 1470.
(31) Arch. dép., H. 1372, 1374., 1383.
(32) Arch. dép., H. 1368, 1386, 1460.
(33) Arch. dép., H. 1452.
(34) Arch. dép. H. 631, 1441.
(35) H. 1367, 1378, 1385, 1410, 1498.
(36) H. 1456.
(37) H. 1374.
(38) H. 1418-1411-1412.
(39) Arch. dép., H. 1384, 1440.
(40) Arch. dép., H. 1459.
(41) Arch. dép., H. 1377 et l'Ancien Régime, par l'abbé Mathieu.
(42) H. 1386-1450-1460.
(43) H. 1374-1386-1461-1462.
(44) H. 572-1377-1383-1464.

 

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