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Les villes martyres de France et de Belgique
Marius Vachon
Paris - 1920


EN LORRAINE

Partout, en Lorraine, comme le disait publiquement, à la Chambre des députés, le ministre de la Justice, au lendemain d'une visite de cette région désolée, « les détails de cruauté sauvage, de stupide vandalisme, sont tellement nombreux, qu'il faut renoncer à les énumérer : incendies volontaires et inutiles, habitants poussés dans les flammes; vengeances sadiques exercées sur des innocents, sur tous les êtres faibles, etc. »

Nancy, capitale de la province, dont les Allemands, depuis le commencement de la guerre, ont cherché, mais vainement, à s'emparer par des combats incessants et acharnés autour du Grand Couronné, a été plusieurs fois bombardée par les canons et par des avions. Sachant que les fêtes de Noël devaient attirer à la cathédrale un grand nombre de fidèles, le général commandant l'armée ennemie ordonnait de faire lancer une pluie d'obus sur l'édifice, pendant la nuit et pendant le jour de Noël. Heureusement, les projectiles ont causé relativement peu de dégâts, sauf aux vitraux qui ont été, en partie, brisés. Quatre-vingts maisons, environ, ont été endommagées, quatorze personnes tuées et autant blessées.

Lunéville, occupée pendant trois semaines, du 22 août au 12 septembre, a été fort éprouvée. Les troupes allemandes, sans aucune provocation, ni résistance de la population, qui ait pu expliquer leurs attentats contre les habitants et contre les édifices et les maisons, ont brûlé l'Hôtel de ville, la Sous-préfecture, la Synagogue et plus de cent maisons dans le faubourg d'Einville et dans la rue Casteria ; et ont tué douze personnes : des vieillards, des femmes et des enfants. Comme partout, le feu y sera mis méthodiquement au moyen de divers engins : pompes, torches, pastilles de poudre concentrée, pétrole, etc., sous le prétexte odieux que des habitants avaient tiré sur des formations sanitaires marquées de la Croix rouge, sur l'Hôpital militaire, et sur des blessés, même prétexte pour l'imposition à la ville d'une contribution de six cent mille francs. Le pillage en règle des habitations avait précédé leur incendie.
Le commandant en chef des troupes qui ont commis ces forfaits est le général von Fosbender.
A Crévic, une partie du village - soit soixante-seize maisons - a été incendiée au moyen de torches et de fusées. L'habitation qu'y possédait le général Lyautey, résident général au Maroc, a fait l'objet d'une destruction spéciale, que dirigeait un officier, après avoir été envahie et saccagée par des soldats, qui réclamaient à grands cris « madame et mademoiselle Lyautey pour leur couper le cou ». Cet incident, confirmé par de nombreux témoignages, a été consigné dans le rapport de la Commission officielle française d'enquête. La maison du Général Lyautey à Crévic
La maison du Général Lyautey
à Crévic

L'incendie de la maison de famille du Président de la République française, à Sampigny, et le bombardement de ce village témoignent également de la neutralité spéciales des chefs des armées allemandes.

A Baccarat, on ne compte pas moins de cent douze maisons incendiées et l'église a été à moitié démolie. Les troupes avaient préalablement, le 25 août, effectué un pillage général, dirigé par les officiers, après avoir, pour pouvoir opérer plus à l'aise et plus complètement, donné l'ordre à toute la population de se rassembler à la gare. Des pendules, des meubles divers et des objets d'art furent enlevés ; puis, quand les habitants furent rentrés chez eux, on leur enjoignit de nouveau d'en sortir au bout d'une demi-heure, en les prévenant qu'on allait procéder à l'incendie de la ville. En effet, tout le centre fut la proie des flammes. Le feu avait été mis à l'aide de torches et de pastilles. Le rapport ci-dessus, qui contient tous ces détails de l'incendie de Baccarat, ajoute : « Après le sinistre, des sentinelles empêchèrent les propriétaires d'approcher des ruines de leurs habitations, et, quand les décombres furent refroidies, les Allemands les fouillèrent eux-mêmes, pour dégager les entrées des caves. Le général Fabricius, commandant l'artillerie du 14e corps badois, dit à M. Renaud, qui faisait
fonctions de maire : « Je ne croyais pas qu'il y avait autant de vins fins à Baccarat. Nous en avons pris plus de 100000 bouteilles ! »

Un soldat du Ier régiment d'infanterie bavarois conte ainsi, dans son carnet de guerre, l'incendie de Parux :
« Parux est le premier village que nous ayons brûlé; après, la danse commença: les villages l'un après l'autre ; par prés et par champs nous fûmes à bicyclette jusqu'à des fossés au bord de la route, et là nous mangeâmes des cerises. »

Un autre soldat, nommé Paul Spielmann, de la Garde prussienne (1re compagnie, Ersatzbataillon,
1 garde infanterie brigade), fait ce récit de la destruction d'un village près de Blamont :
« Les habitants ont fui par le village. Ce fut horrible. Du sang est collé contre toutes les maisons; et quant aux visages des morts, ils étaient hideux. On les a enterrés tous aussitôt, au nombre de soixante. Parmi eux, beaucoup de vieilles femmes, des vieux et une femme enceinte, le tout affreux à voir, et trois «nfants qui s'étaient serrés les uns contre les autres et sont morts ainsi. L'autel et les voûtes de l'église sont effondrés. C'est qu'on avait le téléphone avec l'ennemi. Et, ce matin, 2 septembre, tous les survivants ont été expulsés, et j'ai vu quatre petits garçons emporter sur deux bâtons un berceau où était un enfant de cinq à six mois. Tout cela est affreux à regarder. Coup pour coup ! Tonnerre contre tonnerre ! Tout est livré au pillage... Et j'ai vu aussi une maman avec ses deux petits : et l'un avait une grande blessure à la tête et un oeil crevé. »

Pont-à-Mousson a subi 74 bombardements, du 11 août au 28 février. Près de cent maisons ont été détruites par les obus ; l'église Saint-Martin, l'Hôpital, l'Asile des vieillards, le centre de la ville, et les rives de la Moselle ont particulièrement souffert. Tous les vitraux de l'église ont été brisés pendant un bombardement spécial, subi le jour de la Toussaint, à une heure où l'ennemi savait que l'édifice était rempli de fidèles. Une vingtaine de personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été tuées par les projectiles.

En Nomeny et Gerbéviller, la Lorraine a deux villes martyres, dont l'agonie et la mort ont été effroyables.
Les membres de la Commission officielle française d'enquête ont écrit dans leur rapport :
« Nous avons éprouvé une véritable impression d'horreur quand nous nous sommes trouvés en présence des ruines lamentables de Nomeny. A part quelques rares maisons qui subsistent encore, auprès de la gare, dans un emplacement séparé par la Seille de l'agglomération principale, il ne reste de cette petite ville qu'une succession de murs ébréchés et noircis, au milieu d'un amas de décombres, dans lequel se voient, çà et là, quelques ossements d'animaux, en partie calcinés, et des débris carbonisés de cadavres humains. La rage d'une soldatesque en furie s'est déchaînée là, implacablement.
..
« Le 20 août, alors que les habitants avaient cherché dans les caves un refuge contre le bombardement, les Allemands, après s'être, par suite d'une méprise, mutuellement tiré les uns sur les autres, pénétrèrent vers midi dans la ville.
« D'après ce que l'un d'eux a raconté, les chefs leur avaient affirmé que les Français torturaient les blessés en leur arrachant les yeux et en leur coupant les membres ; aussi étaient-ils dans un état de surexcitation épouvantable. Jusque dans la journée du lendemain, ils se livrèrent aux plus abominables excès, pillant, incendiant, massacrant sur leur passage. Après avoir enlevé dans les habitations tout ce qui leur avait paru digne d'être emporté, et avoir envoyé à Metz le produit de leurs vols, ils mirent le feu aux maisons avec des torches, des pastilles de poudre comprimée, et aussi avec du pétrole, qu'ils transportaient dans des récipients placés sur un petit chariot. De tous côtés, des coups de fusils éclataient : les malheureux habitants, que la crainte de l'incendie chassait de leurs caves, étaient abattus comme un gibier, les uns dans leur demeure, et les autres sur la voie publique. »
Les incendiaires et les meurtriers de Nomeny sont les 2e et 4^ régiments d'infanterie bavaroise.

De Gerbéviller, « petite ville, riante, heureuse, accueillante, au milieu de ses vergers et de ses jardins fleuris, - a écrit M. Maurice Barrés, pendant son pieux pèlerinage en sa chère Lorraine, au lendemain de l'évacuation des Allemands, - il ne reste que des pans de murs noircis et déchiquetés par les obus, des décombres sans nom, au-dessus desquels l'église crevée, éventrée par les projectiles, élève non plus sa croix, mais une sorte de croissant sinistre, formé par les débris de son clocher. «
Dans la nuit du 23 au 24 août, un détachement de cinquante chasseurs à pied français occupait cette ville, de 4000 habitants, située sur la Mortagne, et y construisait des barricades. A 9 heures du matin, ils livraient combat à l'avant-garde des troupes allemandes, qui venaient de Lunéville, distant de 14 kilomètres. Celle-ci se retira ; et l'artillerie commença le bombardement du quartier de la rive droite de la rivière, qui dura jusqu'à cinq heures du soir. A cette heure, l'infanterie se ruait dans Gerbéviller, meurtrissant tout ce qu'elle rencontrait sur son passage - femmes, enfants, vieillards, - enfonçant à coups de crosse les portes des maisons, pour y mettre le feu. 500 maisons et le château, appartenant à la famille de Lambertye, rempli d'oeuvres d'art, ont été brûlés. Plus de cent habitants ont été fusillés. Si le nombre des victimes n'a pas été plus considérable, l'héroïsme de la soeur Julie qui, à elle seule, a tenu tête aux officiers et aux soldats dans son hôpital, transformé en ambulance, a fait ce miracle, car les milliers de soldats, furieux d'avoir été tenus en échec toute une journée par une simple compagnie de chasseurs, avaient juré de tuer tous les habitants jusqu'au dernier.
L'incendiaire et le massacreur en chef de Gerbéviller est le général bavarois von Claus.

D'après une statistique dressée par l'évêché de Nancy, on ne compte, dans le diocèse, pas moins de 54 églises, détruites de fond en comble, sinon à demi ruinées.

Voici, enfin, pour le département de Meurthe-et- Moselle, une statistique sommaire des principaux
villages qui ont été incendiés :

Antelupt, 24 maisons.
Bonvillers, 26 id.
Bréménil, 25 id.
Chanteheux, 20 id.
Courbessaux, 34 id.
Dronville, 35 id.
Deuxville, 15 id.
Domèvre-sur-Vezouze, 136 id.
Hériménil, 22 id.
Jolivet, 23 id.
Magnières, 26 id.
Maire, 56 id.
Raon-l'Etape, 136 id.
Réménonville, 27 id.
Vallois, 40 id.
Vitrimont, 32 id.
Brin-sur-Seille, complètement détruit.

Saint-Dié, dans les Vosges, est aussi une des plus pitoyables victimes du Vandalisme allemand. Du 22 au 27 août, le général von Knurtzer en entreprenait le bombardement, pendant lequel le faubourg de la Bolle a été anéanti, et 60 maisons ont été brûlées dans les autres quartiers. Le lendemain, la ville était livrée au pillage. Lorsque, dans la nuit du 10 au 11 septembre, les Allemands furent obligés de se retirer devant les troupes françaises, ils mirent encore le feu à un certain nombre de maisons au moyen de pompes à pétrole, de grenades à mains et de pastilles de poudre concentrée. Depuis cette date, lors de leurs reprises d'offensive dans la région, ils n'ont manqué de bombarder Saint-Dié, s'attaquant particulièrement aux usines et manufactures, dont un grand nombre ont été ruinées de fond en comble.
Autour de Saint-Dié, dans la vallée de la Meurthe, les Allemands ont tout détruit, saccagé ou pillé : villages, hameaux et fermes isolées.

Voir aussi sur le même thême :
-
Texte Blâmont la Vaillante - Constant Hertz - 1920
- Journal d'une petite Alsacienne - 16 août 1914
- Les crimes allemands d'après des témoignages allemands - 1914

- Les atrocités allemandes en France - Rapport officiel de la commission d'enquête - JO, 8 janvier 1915).

- Communiqués Officiels depuis la déclaration de guerre - 1914

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