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Cinq pèlerinages dans le Blâmontois (2/5)
Abbé Alphonse Dedenon (1865-1940)
1926

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Les notes de bas de page ont été ici renumérotées et placées en fin de chaque document.


NOTRE-DAME DE BON-SUCCÈS
A FRICOURT (Remoncourt)

Origines du Pèlerinage

Fricourt est peu connu: il tient si petite place en une région solitaire et éloignée. C'est une ferme pauvrette, sur le territoire de Remoncourt. Elle est blottie en un ravin profond et, pour y arriver, il faut descendre, de quelque côté qu'on vienne, de Xousse, de Vaucourt, de Lagarde ou de Moussey, Les pèlerins s'y présentent surtout à la Nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), pour honorer Notre-Dame de Bon-Succès.
Cette appellation est rare, unique même, si l'on en croit la table dressée par les Bollandistes. Pourtant son sens est clair : par Marie nous viennent toutes les grâces; par Elle aussi, toutes les réussites; disons toutefois: toutes les réussites selon Dieu, donc, les Bons Succès. Il se peut aussi que sous ce terme de basse latinité « de bono Successu » se cache une signification tout autre, mais rien n'en transperce dans les documents qui nous restent.
Ce vocable fut choisi au XIIe siècle et donné à l'église d'un modeste prieuré qu'on nomma Fricourt. Sa fondation nous reporte à l'an 1198, sinon à 1153, comme le prétend Dom Calmet. Elle est due, comme les prieurés de Vic (1123) et de Xures (1129), à une bienfaisante famille du Chaumontois, qui avait de vastes possessions autour de Parroy. Un de ses membres les plus connus est Cunégonde de Richecourt, célèbre par ses générosités en faveur de l'abbaye de Senones. Ses enfants, dévoués comme elle au grand monastère vosgien, n'hésitèrent pas à détacher des parties de leurs domaines, pour en faire donation à Dieu et à ses moines. Dans les prieurés tels que le nôtre, vivaient par petits groupes de deux ou trois, des religieux qui consacraient leur vie et leur savoir aux paysans des alentours. Ainsi s'exerça la bienfaisante influence du christianisme; ainsi s'étendit jusqu'à cette région lointaine la domination religieuse de Senones.
Fricourt fut, dès son origine, l'église-mère pour Remoncourt, Xousse et Vaucourt. Les Bénédictins y implantèrent la dévotion à la Sainte Vierge sous le titre que nous avons indiqué. C'était bien dans les traditions de Senones, où, chaque jour, après l'office, la communauté allait, dans la chapelle de la Rotonde, chanter gravement l'Antienne à la Sainte Vierge. Ici, la fête principale fut la Nativité du 8 septembre, ou Petite Notre-Dame,
comme on dit encore. Le Rapport annuel, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours; est donc le témoin d'un culte sept fois séculaire.
On peut croire que, suivant les usages anciens, une confrérie y fut érigée. Les membres étaient convoqués à certains jours. Plusieurs de leurs démarches ont pu être favorisées de grâces ou de succès, comme la Mère de Miséricorde en accorde toujours quand on l'implore. Il n'en faut pas plus pour expliquer les pèlerinages du passé, sans qu'il soit question d'apparitions ou de miracles.



Phases diverses du Pèlerinage

Pèlerinage et prieure furent longtemps solidaires, cela se devine. Jusqu'au XVIe siècle, le Prieuré resta prospère. Il suppléait aux paroisses non encore formées et la confrérie servait de trait d'union entre ses divers groupes. L'oeuvre bénédictine était encouragée par des dons. Cependant, de divers côtés, les villages tributaires des prieurés aspiraient à l'autonomie religieuse. Pour être mieux desservis, ils voulurent une église en propre et des curés résidant. Ce fut le déclin des prieurés, réduits désormais au rôle de simple habitation pour le moine qui devait recueillir les revenus; la vie paroissiale y gagna et l'activité monacale sut trouver un autre cours.
En 1468, Remoncourt fut érigé en vicairie amovible avec Xousse comme annexe et même, en 1480, ces deux lieux furent rattachés à la Collégiale de Blâmont, en vertu d'une bulle de Sixte IV. Fricourt fut donc laissé à lui-même et son titulaire bénédictin réduit à traîner une mourante vie. Bientôt après (1504), le bénéfice fut mis en Commende (1), c'est-à-dire, attribué à un dignitaire qui se contentait d'en percevoir les revenus sans l'habiter et cet état de choses dura jusqu'en 1704.
Cependant le culte de Notre-Dame de Bon Succès ne s'éteignit pas; il explique, au contraire, qu'en 1304 la chapelle ait été remise à neuf, car, sans cela, elle n'aurait plus eu de raison d'être (2). Il reste le choeur de cet édifice ainsi restauré. Les caractères en sont bien ceux de l'architecture du temps: ogives flamboyantes aux fenêtres, nervures à la voûte et colonnes sans chapiteaux (3), En 1600, la chapelle fut de nouveau restaurée, grâce à un subside important, accordé par le duc Charles IlI, à Didier Richard, religieux de Senones « pour agrandir l'église de Fricourt, parce qu'elle est devenue le centre d'un pèlerinage florissant (4). » Ce Didier se fixa même au prieuré, avec le titre de curé de Remoncourt et Fricourt, de 1603 à 1623; sa présence favorisa certainement l'antique dévotion.
Bientôt après, ce fut une longue éclipse, causée par les malheurs de la Lorraine. Pourtant la chapelle ne rut pas détruite par les Suédois, comme le furent les villages environnants. La vie religieuse reprit vers 1660, sans tenir compte du prieuré, dont l'évêque de Metz avait détaché les paroisses qu'il reformait à Remoncourt et à Xousse (1668). Finalement l'ancien cloître rentra sous la règle bénédictine (1704) et revit la présence d'un moine. Avec lui, la dévotion traditionnelle reprit quelque vigueur. C'était cependant trop peu. Ne pouvant subsister seul, le petit établissement fut fondu avec le prieuré de Saint-Christophe de Vic (1777) et ce fut sa dernière étape avant de sombrer dans la Révolution. Pour en tirer parti, le prieur de Vic l'afferma tel quel, en spécifiant dans le bail que la chapelle serait conservée à sa destination et ouverte à tout pèlerin, surtout aux quatre grandes fêtes de la Sainte Vierge et tous les vendredis. Les pèlerinages avaient donc repris leur cours (5). Quand la Révolution eut prononcé la confiscation des biens religieux, ceux de Fricourt furent mis en vente à une date inconnue; le prieuré avait cessé de vivre.


Le Pèlerinage au XIXe Siècle

La Sainte Vierge veillait sur le lieu d'où lui étaient venus tant d'hommages. Après la vente nationale, le petit domaine tomba en la possession d'une famille honorablement connue à Nancy sous le nom de Guerrier de Dumast. Aussitôt qu'il le put, le nouveau propriétaire s'efforça de réveiller le culte traditionnel à Notre-Dame de Bon Succès et d'arracher la chapelle à une désolation qui avait trop duré. Quelle pitié, en effet, de la voir utilisée pour des usages vulgaires avec ses murs tout lézardés ! Ce n'est qu'après 1830, que le pieux baron put donner suite à ses projets. L'ancien édifice avait été enclavé dans des bâtiments nouveaux avec lesquels il faisait corps. Il fallait consolider les murs, isoler l'ancien choeur des locaux de ferme et y rattacher une salle suffisante pour servir de nef. Ainsi rajeuni, le sanctuaire pouvait servir à la célébration de la Messe. Pour fêter la restauration du lieu sacré et ranimer le pèlerinage, M. de Dumast fit convoquer les fidèles de la contrée à une cérémonie fixée au 11 septembre 1833. M. le vicaire général Dieulin, enfant de Xousse, vint réinstaller la statue de la Sainte Vierge et bénir son sanctuaire; le clergé des environs et un millier de personnes assistèrent à la fête. On peut lire, au livre de l'abbé Guillaume (6), les réflexions enthousiastes tombées de la plume du pieux baron. « Dans la foule, écrit-il, nombre d'âmes constantes, qui voyaient se relever ainsi, contre toute espérance, des autels dont elles avaient visité les débris, en y portant leurs prières, éprouvaient, avec de bien douces larmes, ce qu'a dit le Roi-prophète, que la fidèle attente du pauvre ne demeure pas frustrée pour toujours ». A la suite, on trouve une pièce de vers dont les stances lyriques chantent le bonheur de voir la foi triompher de l'esprit philosophique.
Depuis ce jour, la dévotion à Notre-Dame de Bon Succès ne s'est pas refroidie ; son autel, peu somptueux, a toujours ses attraits pour le pays du Haut-Sanon. On y apporte des demandes de tout genre, parfois même en grand mystère, car, c'est un fait avéré et point du tout blâmable, les plus empressés au pèlerinage sont d'ordinaire les jeunesses en quête d'un bon succès pour leurs projets de mariage.
Le Concordat ayant supprimé la cure de Remoncourt, les curés de Xousse furent tout désignés pour s'occuper du pèlerinage et ils tiennent à coeur de conserver tout son éclat au Rapport du 8 septembre. La messe y est célébrée avec des chants plein d'entrain ; un sermon éclaire et enflamme la piété des pèlerins ; l'édification ne laisse rien à désirer. L'affluence, variable en raison des travaux agricoles, est rarement inférieure à 200 personnes dont la plupart viennent de Mézières, Lagarde et Moussey. Depuis la mort du vénéré M. Guerrier de Dumast, plusieurs propriétaires ont passé à la tête du petit domaine sans que rien ait été changé aux traditions religieuses. Hélas ! la guerre récente vient encore d'interrompre le pèlerinage. Le sanctuaire est de nouveau plongé dans la désolation. Quand finit l'occupation allemande (1918), on ne retrouva ni la statue vénérable, ni l'autel, ni aucun autre meuble. Pour la cinquième fois, au moins, l'oeuvre de restauration est donc à reprendre. Elle se fera, nous l'espérons, et déjà, croyons-nous, les populations chrétiennes du Haut-Sanon en sont préoccupées. Nul doute qu'elles ne s'accordent avec les propriétaires actuels, pour rétablir sur son trône accoutumé l'image de Notre-Dame de Bon Succès. La dévotion si douce, pratiquée à Fricourt envers la Reine du Ciel, doit conserver là son foyer sept fois séculaire. Qu'elle l'allume sa flamme, et que, dans cette contrée vouée aux durs travaux des champs, subsiste le gage béni de tous les bons succès !

(à suivre)


(1) Voir LEPAGE : Pouillé de Metz, p. 128 et 189. Cet auteur le qualifie même d'ermitage en 1544.
(2) Voir: Documents pour servir à l'histoire des Vosges, t. lIl, p. 86, A la demande de Messire Léonard Barchet, chanoine de Vic, et curé de Remoncourt et Fricourt, le coadjuteur de Metz, Conrad Heyden, vint consacrer les deux autels de Fricourt. On sait qu'il avait sa résidence à Vic et son château d'été à Lagarde.
(3) Un choeur de la m ê m e époque subsiste encore à Autrepierre, Avricourt, Foulcrey et, avant la dernière guerre, à Leintrey, Veho, Xousse,
(4) Voir : Documents pour servir à l'histoire des Vosges, t. III, p. 87.
(5) On sait que les premiers fermiers furent Jacques-Louis Klein et Dominique Mayeur de Blâmont. Leur bail. expirant en 1785, fut repris par Christophe Duchesne et son gendre Muller; bien que calvinistes. ceux-ci respectèrent toujours la clause relative à Notre-Dame de Bon Succès.
(6) Voir : Histoire du Culte de la Sainte Vierge en Lorraine, t. Il, p. 107 et 110.

 

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