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François Geoffroy, Hussard d'Amenoncourt
(8 février 1781 - 8 avril 1840)


Les fastes de la gloire : ou, Les braves recommandés a la Postérité; monument élevé aux défenseurs de la patrie, par une société d'hommes de lettres, et de militaires
Louis François L'Héritier
Tome II - 1818

GEOFFROY (François), capitaine à la suite des hussards du Jura, officier de la Légion-d'honneur, né à Amenoncourt, département de la Meurthe.
Le 23 septembre 1800, Geoffroy, qui avait à peine atteint sa dix-neuvième année, entra volontairement en qualité de soldat au 2e régiment de hussards, où, après avoir obtenu les grades inférieurs, il s'éleva au grade de capitaine, par des actes d'une rare intrépidité. La campagne d'Austerlitz, qu'il fit comme fourrier, lui valut les galons de maréchal-des-logis-chef. Le 17 octobre 1806, à Halle en Prusse, la 2e compagnie, que commandait le brave Becker, aujourd'hui lieutenant-colonel, était d'avant-garde. Elle pénétra pêle-mêle, avec le 9e régiment d'infanterie légère, dans la ville, en sabrant tout ce qui se trouvait devant elle. Impatient de combats et de gloire, le maréchal-des-logis-chef Geoffroy, quittant le gros de la troupe, se jeta dans une petite rue, pour être l'un des premiers à couper la retraite de l'ennemi ; à peine arrive-t-il au détour de cette rue, qu'il aperçoit quatre grenadiers prussiens qui le couchent en joue : aussitôt il leur crie en allemand, en marchant toujours sur eux : « Vous êtes morts si vous faites feu. » Epouvantés de cette menace, les grenadiers mettent bas les armes, et leur vainqueur les emmène prisonniers. Parvenus sans obstacle jusqu'à la porte par laquelle ils devaient sortir, les Français sont arrêtés par le feu meurtrier de quatre pièces d'artillerie qui vomissent la mitraille, et par la mousqueterie de deux bataillons ennemis. A la vue du péril, les voltigeurs du 9e régiment d'infanterie légère montrent de l'hésitation, l'intrépide Geoffroy veut encore être le premier à donner l'exemple ; au milieu d'une grêle de balles, il franchit la porte au galop, en criant en avant !... Au même instant ce mot heureux, qui a plus d'une fois décidé la victoire, est répété avec enthousiasme par les voltigeurs qui chargent avec impétuosité à la baïonnette et culbutent les Prussiens. « Aux pièces ! camarades, aux pièces ! s'écrie de nouveau » Geoffroy, en s'adressant à quelques hussards de sa compagnie. Quatorze d'entre eux se précipitent sur ses pas, foncent avec lui sur la batterie, sabrent les canonniers, et enlèvent les pièces. Geoffroy s'étant ensuite réuni à son régiment, au moment où il allait effectuer une charge contre les hussards d'Oussudon, forts de huit cents hommes, devança encore ses frères d'armes et s'enfonça au milieu des rangs ennemis, d'où il ne sortit que le dernier, et après avoir sabré le colonel. Dans cette circonstance, il faillit être la victime de son extrême bravoure : entouré par un grand nombre de cavaliers ennemis, il se défendit pendant quelques minutes ; mais un coup de sabre qu'il reçut sur le poignet l'ayant désarmé, il allait être fait prisonnier, lorsqu'il fut heureusement dégagé par des soldats de son régiment qui vinrent à son secours. Cette action lui valut par la suite la décoration de la Légion-d'honneur et le grade de sous-lieutenant dans la compagnie d'élite.
A Morangue, dans la Vieille-Prusse, il combattit avec la même distinction : quoique grièvement blessé d'an coup de feu au dessus de l'oeil gauche, il prit part à tous les engagemens qu'eut à soutenir le 1er corps d'armée commandé par le maréchal Bernadotte dans sa retraite sur Strasbourg en Pologne.
Passé en Espagne avec le 2e de hussards, Geoffroy assista à toutes les batailles et combats où se trouva le corps. A Medeline (1), il fit partie de la cavalerie commandée par le brave général Lasalle, et mérita des éloges pour sa belle conduite.
Le 17 décembre 1809, toute l'armée française étant sur la rive droite du Tage, le sous-lieutenant Geoffroy faisait partie d'un détachement de cent cinquante chevaux, qui, sous les ordres du capitaine Dradziansky, se trouvait l'un des plus rapprochés du fleuve. A 9 heures du soir, l'adjudant-commandant Blancheville, arrivé avec un bataillon d'infanterie et deux cents dragons, demanda un officier intelligent pour passer le Tage, et aller sur la rive gauche s'assurer du mouvement que faisait l'ennemi. Geoffroy s'offrit pour cette expédition. Parti aussitôt avec vingt-cinq hussards et un guide espagnol, il se dirigeait dans l'obscurité et par des sentiers aussi étroits que difficiles, vers Villa-Rubia, distant de plus d'une lieue du point de départ, lorsque parvenu à un quart de lieue de cet endroit, il entendit très-distinctement le bruit d'une forte colonne qui s'avançait. Jugeant alors qu'il était d'autant plus dangereux de continuer sa marche avec tout son monde, qu'il avait derrière lui un long défilé, il fit arrêter son détachement, et, suivi seulement de cinq hussards des mieux montés, il voulut pousser à fond sa reconnaissance. A l'entrée du village, il adressa la parole à trois paysans, qui, l'ayant pris pour un de leurs compatriotes, lui apprirent que l'armée espagnole venait bivouaquer autour de Villa-Rubia, pour se diriger le lendemain sur Aranjuez, où elle se proposait d'effectuer son passage. Il fallait s'assurer de la vérité de ce récit : après s'être transporté jusqu'au lieu où les troupes se mettaient en bataille, Geoffroy r ayant terminé sa mission, revient sur ses pas pour rejoindre son détachement, lorsqu'en traversant une des rues du village, il aperçoit un grand nombre de cavaliers ennemis presque tous officiers d'état-major. Le danger était imminent : mais l'audace ne triomphe-t-elle pas de tous les obstacles ? « Escadron, en avant, s'écrie » aussitôt le courageux sous-lieutenant. » Surpris, épouvantés de voir des Français si près d'eux, les Espagnols n'ont pas le temps de se reconnaître ; quelques-uns d'entre eux sont sabrés, et le reste s'enfuit au camp, où il répand l'alarme dans l'armée, qui demeura sur pied toute la nuit. Après ce coup hardi, Geoffroy et ses hussards revinrent auprès de l'adjudant-général Blancheville, au moment où on les croyait prisonniers. Informés des dispositions de l'ennemi, les Français se mirent aussitôt en marche, et livrèrent le lendemain la bataille d'Ocagna, où ils remportèrent une des plus éclatantes victoires.
La belle défense de Honda fournit encore à Geoffroy l'occasion de se signaler par de glorieux exploits. Avec trente cinq hommes, on le vit dans une sortie résister, pendant plus de trois heures, à plus de trois cents insurgés; blessé pendant l'action en cherchant à sauver des hussards qui avaient été démontés, il n'en continua pas moins à combattre. Peu de temps après, le 3 mai 1810, dans la brillante affaire où le colonel Vinot, à la tête d'une poignée de braves, repoussa l'attaque de six mille Espagnols, il déploya la plus grande valeur dans plusieurs charges heureuses qu'il fit avec le capitaine Poitiers, et les deux officiers Leclerc et Covaruvias. (Voy. tom. Ier pag. 515.)
Le roi Joseph étant venu à Ronda avec quatre cents hommes de la garde, ordonna une reconnaissance sur Agofin, à moitié chemin du fort de Gibraltar. Le sous-lieutenant Geoffroy, choisi pour en commander l'avant-garde, forte de trente chevaux, montra encore dans cette circonstance qu*il était familier avec tous les périls. Le 26 août 1810, à la Palma en l'Andalousie, dans une charge de soixante-six hussards Contre quatre cents cavaliers espagnols, il se précipite au milieu des rangs ennemis, où, quoiqu'ayant reçu trois coups de sabre, il fut, suivant sa coutume, le premier et le dernier à combattre. Après cette affaire, qui coûta aux ennemis quarante hommes tués, cinquante blessés et une grande quantité de chevaux, le colonel Vinot et le prince d'Aremberg, qui tous deux avaient été témoins de sa bravoure, l'embrassèrent et le comblèrent d'éloges (2).
Vingt jours s'étaient à peine écoulés, qu'il acquit une nouvelle gloire à l'affaire de Fuente-del-Canto, en Estramadure, où il enleva la première pièce de canon; vingt actions éclatantes le signalèrent encore à l'armée comme l'un de ses plus vaillans officiers : mais il ne montra nulle part plus de courage que le 5 février 1811, sur les bords de la Gebora. Forcés de se retirer sur la rive gauche de cette rivière, près de Badajoz, les Français furent suivis par l'ennemi qui, fort de près de trois mille hommes de cavalerie et soutenu de onze pièces d'artillerie, passa le pont pour venir les attaquer. Le général Latour-Maubourg, dont les talens égalent la valeur et le sang-froid, après avoir fait retrograder sa cavalerie pendant quelque temps, lui ordonna tout-à-coup de se porter en avant. Le 2* de hussards était en tête; surpris de cette manoeuvre audacieuse, l'ennemi chercha à repasser le pont; mais une charge impétueuse mit bientôt le désordre dans ses rangs, et malgré la mitraille que vomissait son artillerie, il fut enfoncé de toutes parts. Un torrent furieux, qui mugissait à dix pas du pont, suspendit un instant la course victorieuse de nos soldats; on ne pouvait le traverser sans s'exposer à être entraîné par ses eaux à la fois rapides et profondes : qui osera le premier tenter une entreprise aussi périlleuse ? Chacun hésite; le sous-lieutenant Geoffroy, qui, un mois auparavant, dans un combat près de Badajoz, avait eu son cheval tué sous lui, s'élance seul dans le torrent. Encouragés par son exemple et ses discours, quelques hussards se précipitent après lui : « Camarades, leur dit-il, les canons sont de l'autre côté, il faut les enlever. » Mais la force du courant entraîne ces braves; parvenu sur l'autre bord, Geoffroy se trouve seul sur le pont au milieu des ennemis ; en vain, son sabre à la main, se multiplie-t-il pour faire face à tout; il frappe autour de lui des coups mortels, il pare, il riposte avec une adresse extraordinaire ; cependant, accablé par le nombre, mis hors de combat par un coup de sabre, et désarmé, il va succomber, quand le capitaine Dradzianski, avec quelques hussards des plus déterminés, se hasarde à franchir le torrent pour voler à son secours. Geoffroy, heureusement dégagé par cet officier, revient à son régiment, où les éloges qu'il reçoit du général Latour-Maubourg et la joie de ses camarades deviennent pour lui une compensation du regret qu'il éprouve de n'avoir pas été secondé à temps dans sa résolution d'enlever les canons de l'ennemi.
Nommé lieutenant aide-de-camp du général Baron Gérard, aujourd'hui lieutenant-général, et ancien colonel du 2e régiment de hussards, Geoffroy fit avec lui la campagne de Russie, pendant laquelle il se distingua, surtout aux batailles de la Mozaisk et de Mariolaschlwez. Le lendemain de cette dernière, en allant donner l'ordre aux tirailleurs de se porter en avant, il faillit être la victime de son intrépidité. Ayant aperçu plusieurs chasseurs des 6e et 25e régimens, qui, démontés, étaient sur le point d'être faits prisonniers par les cosaques, sans considérer le nombre des ennemis, il se jette au milieu d'eux, afin de sauver ces militaires. Mais entouré de toutes parts, il lui fut impossible de parer tous les coups qu'on lui portait : il fut percé du fer d'une lance, et ne dut son salut qu'à un officier, qui, par une charge des plus hardies, réussit à l'arracher des mains des barbares. Placé dans une voiture, souffrant cruellement de sa blessure, que l'on jugeait mortelle, ne pouvant obtenir aucun secours, il fit ainsi la retraite de Moscou. Il n'était pas encore guéri, qu'il combattit à Dresde, où il fut fait prisonnier le 2 novembre 1813. Rentré dans sa patrie, après huit mois de captivité, cet officier, dont les longs et glorieux services avaient été récompensés par le grade de capitaine et le brevet d'officier de la Légion-d'honneur, a été nommé, en 1817, capitaine au 5e escadron de remplacement des hussards du Jura, n° 1er. Le capitaine Geoffroy est l'un des guerriers qui combattirent dans les trois immortelles journées d*Austerlitz, d'Iéna et de Friedland.

(1) La bataille de Medeline est un des plus beaux faits d'armes de la vie militaire du général Lasalle. Il commandait alors toute la cavalerie, et avait en outre sous ses ordres une division d'infanterie allemande qui était formée en carré sur la seconde ligne. Les Espagnols, bien supérieurs en nombre, formaient un demi-cercle qui enveloppait, pour ainsi dire, l'armée française, à qui il ne restait, pour toute retraite, que le long pont de Medeline sur la Guadiana. Nos troupes étaient écrasées par l'artillerie ennemie. Le général, ayant reçu du maréchal Victor l'ordre de battre en retraite, avait commencé sa marche rétrograde, lorsque l'infanterie espagnole encouragée par ce mouvement, et soutenue par une nombreuse cavalerie, s'avança au pas de charge. Le général en chef de l'armée ennemie, se croyant assuré de la victoire, parcourait sa ligne assez près de celle de nos troupes, pour qu'on l'entendît crier à ses soldats de ne faire aucun prisonnier. Indigné de ce qu'il venait d'en- tendre, le général Lasalle, qui déjà avait eu quelques officiers et plusieurs ordonnances tués à ses côtés, toujours à cinquante pas en avant de la première ligne, voyant tout le danger qu'il y aurait à battre en retraite par un défilé aussi étroit que le pont de Médeline, ordonna au 26e régiment de dragons (et non au 4e de cuirassiers, comme nous l'avons indiqué par erreur dans notre premier volume, pag. 404), de charger un carré de six mille hommes qui débordait le flanc droit de notre armée. L'armée s'ébranla aussitôt que la ligne, et marcha à l'ennemi qui fut enfoncé et culbuté sur tous les points. Jamais déroute ne fut plus complète : quatorze mille huit cents Espagnols morts sur le champ de bataille, cinq mille prisonniers dont quatre mille périrent des suites de leurs blessures, furent dans cette journée le fruit de l'intrépidité et du génie de Lasalle. (Voy. tom. 1er  pag. 499, la notice sur ce général). Dans le grand nombre d'officiers qui se signalèrent dans cette occasion, on remarqua surtout les braves capitaines Dradziansky, et Braun du 2e de hussards ; le 3e escadron de ce corps, commandé par le premier de ces officiers, fit des prodiges de valeur. Les généraux Villate, Borde-Soult, Latour-Maubourg, Ruffin et le colonel Meunier se couvrirent de gloire.
(2) Cette charge qui est, sans contredit, le plus beau fait d'armes dont puisse s'honorer le 2e de hussards pendant la guerre d'Espagne, était commandée par le capitaine Leclerc, cité transitoirement dans le 1er vol. des Fastes, pag. 315, 317 et 318.


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