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Documents sur l'Eglise de Canton
dont celle de Blâmont a servi de modèle


Annales de la propagation de la foi : recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires des missions des deux mondes
1860

Extrait d'une lettre de Mgr Guillemin, Vicaire apostolique de Canton, à MM. les Directeurs de l'OEuvre de la Propagation de la Foi, à Lyon et à Paris.
Canton, le 25 novembre 1860.

« MESSIEURS,
« Après toutes les épreuves par lesquelles a passé la mission de Canton je suis heureux de pouvoir vous annoncer aujourd'hui la faveur insigne qui vient de lui être accordée. Nous voici en possession d'un magnifique terrain, pour y bâtir une église que Sa Majesté l'empereur a bien voulu nous promettre: c'est l'emplacement occupé naguère par le palais de Yêh, vice-roi de la province, espace couvert de ruines, mais vaste et bien situé, lequel redira le nom et les bienfaits de la France, en même temps qu'il sera un hommage solennel rendu à la gloire du vrai Dieu.
« Ce n'est pas sans peine que nous sommes arrivés à ce résultat. Depuis près de deux ans la question était mise sur le tapis, et toujours elle était écartée par l'habileté du mandarin, qui, tout en reconnaissant nos droits, savait trouver mille moyens de la faire traîner en longueur. Cet état de choses se serait prolongé fort longtemps encore, si M. de Bourboulon, ministre plénipotentiaire de France en Chine, n'eût donné à M. Coupvent des Bois, commandant supérieur à Canton, l'ordre d'en finir, en exigeant du vice-roi qu'il énonçât un refus formel et par écrit, ou qu'il cédât à nos justes réclamations. Cette manière catégorique de procéder eut un plein succès. Le mandarin, voyant qu'il n'y avait plus à tergiverser, offrit de lui-même le palais de Yêh, bien préférable pour nous aux divers emplacements dont nous lui avions proposé le choix.
« Aussitôt les négociateurs français, heureux de la concession qui leur était faite, et qui était scellée du grand sceau de l'empire, vinrent reconnaître le terrain, suivis de leur escorte, de l'évêque de la province et de deux mandarins envoyés par le vice-roi pour les accompagner. Ce fut un beau moment que celui où M. le commandant, poussant son cheval sur le point le plus élevé de l'avenue, déclara hautement qu'il en prenait possession au nom de la France. On plaça immédiatement aux Quatre coins de la propriété des poteaux portant ces mots: Terrain français ; puis cette inscription en caractères chinois : Restitution faite au gouvernement français pour les églises enlevées aux anciens missionnaires. Le lendemain, à la demande de nos commandants, je faisais environner la propriété d'une palissade de bambous ; je venais moi-même m'y installer avec mon petit bagage ; et, voulant prendre possession de ce terrain au nom du Seigneur du ciel, comme nos officiers en avaient pris possession au nom du souverain de la France, le 1er novembre j'y célébrai la sainte messe au milieu des décombres; dans une pièce ouverte de tous côtés, demandant à Dieu, par l'intercession de tous les saints du ciel, de vouloir bien faire de ce sanctuaire nouveau une pépinière d'élus pour en peupler la Jérusalem céleste.
« Il serait difficile de comprendre la joie qui remplissait mon coeur, et celle de mes bien-aimés confrères, en présence d'un événement si heureux. Après deux ans d'oppositions sans cesse renaissantes, nous voyions enfin s'ouvrir devant nous une ère nouvelle, où la croix du Sauveur ne sera plus foulée aux pieds par ces peuples aveugles, qui en méconnaissent encore la vertu divine. Désormais la religion de Jésus-Christ ne sera plus méprisée, bannie de l'empire, et regardée comme le culte des parias : quand on verra son temple occuper le sol même où trônait naguère le premier magistrat de la province, on concevra une autre idée de sa grandeur; on voudra la connaître, on apprendra à l'aimer, et ceux qui avaient été ses contempteurs deviendront ses disciples et ses enfants. De ce point élevé elle répandra les célestes influences de sa doctrine et de sa morale, pour instruire et civiliser les quarante millions d'habitants qui forment la population de cette seule mission, et qui sont encore ensevelis sous les ombres du paganisme et de la mort. Oh ! comme nos chrétiens l'ont bien compris ! Lorsque, réunis dans leur humble chapelle, comme le troupeau chéri du Sauveur, je leur fis annoncer cette heureuse nouvelle, tandis que, de mon côté, je célébrais la sainte messe au milieu de ces ruinés comme au sein des catacombes de la primitive Eglise, un frémissement de joie courût dans l'assemblée, des. larmes d'attendrissement coulèrent de tous les yeux, et ces bons néophytes ne savaient comment témoigner à Dieu leur reconnaissance pour un bienfait aussi signalé. En vérité, quelle gloire rendue à Dieu ! que de grâces répandues par là sûr ce pauvre peuple ! que d'âmes sauvées! Puissent les accents de notre gratitude parvenir jusqu'au pied du trône de l'empereur par qui nous arrive un don si précieux ! Il est beau, après avoir triomphé de ses ennemis, de leur laisser, comme prix de la victoire, le plus grand bienfait qui puisse leur être procuré, celui de connaître Dieu et d'embrasser sa religion sainte, seul moyen pour les individus comme pour les nations d'acquérir le vrai bonheur.
« De plus, cette importante concession est aussi un service rendu à la cause de la civilisation et aux intérêts de tous les Européens qui habitent ces contrées, car elle consacre et maintient l'ouverture des portes de la ville. Qui ignore que jusqu'ici nul étranger ne pouvait pénétrer dans l'intérieur de la cité? On était saisi de je ne sais quel sentiment d'effroi en voyant ces portes redoutables, noircies par leurs mille ans d'existence, et d'où sortait une foule compacte, toujours prête à se jeter sur nous, comme la bête féroce qui garde le seuil de son antre. Combien de fois n'ai-je pas vu des pierres lancées et des hurlements poussés contre ceux qui osaient en approcher ! Si quelquefois nous étions obligés de les franchir afin de porter les secours de la religion à quelque chrétien mourant, ce n'était qu'au moyen de précautions infinies, soit en nous cachant au fond d'un palanquin qui ne pouvait passer qu'à la faveur du crépuscule, soit en nous glissant dans quelque barque qui nous portait à travers les canaux jusqu'au lieu indiqué. Cet état de choses, il est vrai, avait cessé depuis l'occupation de Canton ; mais nos troupes ne seront pas toujours ici; et si, à leur départ, nous n'eussions pas été en possession légale du droit de cité, je ne doute pas qu'avant deux ans l'ancienne exclusion des étrangers n'aurait repris son cours; tandis qu'avec un édifice européen dans l'intérieur de la ville, on a le bénéfice d'un fait accompli qui se maintient de lui-même, et contre lequel le bon sens chinois ne s'élèvera jamais, pas plus qu'il ne proteste contre les factoreries, avec lesquelles désormais il forme une communauté d'intérêts. Et cela est si vrai que le général anglais, remerciant M. le commandant supérieur de la communication qu'il lui avait faite de notre concession, lui dit qu'il s'en réjouissait spécialement, parce que c'était à ses yeux la meilleure garantie que les portes de Canton resteraient ouvertes.
« La réclamation qui a produit tous ces avantages était, du reste, fondée sur les droits de la plus exacte justice. D'après la tradition constante et unanime de nos néophytes, d'après les lettres et pièces authentiques que nous avons entre les mains, d'après les monuments qui existent encore, les anciens missionnaires ne possédaient pas moins de neuf édifices religieux dans la seule ville de Canton, et quinze dans le reste de la province, sans parler de beaucoup d'autres que l'histoire mentionne, mais dont la position n'a pu être déterminée d'une manière bien précise. Parmi eux se trouvait le beau temple de Taï-Fate-Su, bâti avec les libéralités de Louis XIV, et regardé comme le principal ornement de la ville. Une autre église, changée aujourd'hui en prison, a servi naguère à détenir le P. Renou, le P. Navarro et le P. Leturdu, lorsque ces missionnaires, surpris dans leurs différents districts, furent, ramenés à Canton sous l'escorte des mandarins. Partout nous retrouvons la trace des progrès que la religion chrétienne avait faits dans ce pays, et des monuments qu'elle y a laissés. Les rappeler tous serait l'objet d'un travail spécial et fort intéressant; mais, au moins, ne saurais-je passer sous silence le beau mausolée qui se trouve à une lieue au nord-est de Canton, et que l'empereur Kang-Hi fit élever pour recevoir la dépouille mortelle du P. Provana, son ambassadeur à la cour de France ; monument qui excitait la curiosité des étrangers avant que les rebelles n'y eussent fait des brèches considérables. Certes, c'étaient plus de titres qu'il n'en fallait pour exiger et obtenir une compensation de tant de pertes; et, quand on a su dans le public sur quels droits était fondée notre réclamation, il n'y a eu qu'une voix pour y applaudir.
« Il ne nous reste maintenant qu'à nous occuper de l'église. Déjà la première pierre fondamentale est prête. Venue de Jérusalem, prise à peu de distance du Cédron et du Jardin des Oliviers, près du lieu d'où, selon la tradition, le corps de l'auguste Vierge Marie s'est élevé vers les cieux, elle reliera, en quelque sorte, ce pays idolâtre avec le berceau de la religion chrétienne. Le concours le plus généreux est assuré à la construction de ce temple béni. S. M. l'empereur veut bien en faire les frais; S. M. l'impératrice nous a promis les vases sacrés qui doivent servir à la célébration des saints mystères. Je n'attends plus qu'un officier du génie, que le général de Montauban doit nous envoyer pour arrêter les plans et diriger les travaux ; et alors nous aurons la consolation de voir Relever dans cette ville païenne, au milieu des nombreuses pagodes dont elle est remplie, un sanctuaire qui redira la gloire du vrai Dieu, qui le fera connaître aux gentils, et qui sera aussi, je l'espère, pour tous ses bienfaiteurs, la source des plus abondantes bénédictions.
« Veuillez agréer, etc.
« Zéphirin GUILLEMIN,
évêque missionnaire. »


Annales Franc-Comtoises - 1864

ALLOCUTION DE Mgr GUILLEMIN.
A L'OCCASION DE LA POSE DE LA PREMIERE PIERRE DE L'ÉGLISE DE CANTON.
[8 décembre 1863]

Excellence, Monsieur le Consul et Messieurs,

Il me serait difficile d'exprimer tous les sentiments qui se pressent dans mon coeur à la vue de cette imposante assemblée et du motif qui l'amène ici.. D'où vient donc qu'aujourd'hui, dans la même enceinte, à la même heure, se trouvent réunis et cet illustre vice-roi de la province, environné du brillant cortège de ses mandarins et de sa milice, et tous ces nobles représentants des nations européennes, et cette foule d'amis qui viennent s'associer à nos voeux, et cette troupe de chrétiens, qui se pressent autour de nous, tous dans l'attitude du respect et l'expansion d'une douce et pieuse joie ? Evidemment, ce n'est pas une fête profane qui nous réunit ; il s'agit de quelque chose de plus. Il s'agit d'élever au souverain Seigneur des nations, à celui qui a créé toutes choses, qui dirige à son gré le ciel, la terre, les astres, et qui en même temps veille sur nous avec l'amour d'un père, il s'agit, dis-je, de lui élever un temple digne de lui : temple vénérable, destiné à proclamer sa gloire et ses grandeurs, en même temps qu'il sera pour nous la source des plus abondantes bénédictions.
Oui, Messieurs, d'après les hautes et magnifiques idées que Dieu a bien voulu nous donner de lui-même, un temple n'est point seulement un hommage rendu à sa divinité ; c'est encore un asile, un lieu d'indulgence et de faveurs ouvert à la pauvre et faible humanité. C'est là que le Dieu trois fois saint réside par sa présence; c'est là qu'il se communique à nous, qu'il reçoit nos prières et nos voeux, et qu'en retour il nous fait part des richesses infinies renfermées dans son divin coeur. Ah ! disons- le donc, qu'il est beau, qu'il est consolant pour l'homme, dans les jours de son court pèlerinage sur la terre, de trouver un sanctuaire où quelque- fois il puisse se reposer des -labeurs de la vie, incliner son front devant sou Dieu, lui exposer ses besoins, implorer sa clémence pour un père, une mère, un enfant malade, pleurer une faute échappée à sa faiblesse, et, comme le prodigue de l'Evangile, recevoir l'assurance de son pardon et les gages précieux de son bonheur à venir.
Telle est, noble et puissant vice-roi, telle est la consolante destinée d'un temple catholique ; tel est celui que nous élevons au milieu de la cité, et à l'érection duquel Votre Excellence veut bien prêter le concours de son haut et bienveillant patronage. Aussi, sommes-nous heureux aujourd'hui d'en poser la première pierre, et nous voudrions que les accents de notre reconnaissance pussent arriver à tous les insignes bienfaiteurs qui nous ont aidés dans cette oeuvre de prédilection. Gloire, honneur et reconnaissance soient d'abord au pontife auguste, au chef de la religion catholique, qui, il y a six ans, comme a bien voulu le rappeler notre honorable consul, faisait couler sur mon front l'huile sacrée, et, m'embrassant avec la bonté d'un père, me renvoyait en Chine avec ces paroles d'encouragement : Allez maintenant, fils bien-aimé, allez porter au loin les bénédictions dont vous êtes le dépositaire ! Pontife vénéré, qui porte avec une si douce majesté le poids de l'autorité qui lui est confiée, et vers lequel s'inclinent avec tant de respect nos pensées, notre amour et nos coeurs! Gloire, honneur, après lui, à notre auguste empereur, qui, dans l'étendue de sa bienfaisance et la vaste portée de ses vues, a daigné accueillir l'humble demande que je lui faisais, lorsqu'au moment de quitter pour toujours la terre de la patrie, je lui disais : Sire, je serais heureux, en retournant en Chine, si je pouvais emporter avec moi l'assurance que nous aurons un jour une église à Canton. - Oui, me répondit-il aussitôt, avec cette prompte détermination qui ne peut venir que d'un souverain, vous pouvez y compter, vous aurez une église à Canton ! Et, comme si cette faveur n'était point suffisante pour combler mes voeux, notre auguste souveraine, avec cette grâce parfaite qui donne tant de prix à un bienfait, ajoutait ces paroles - Et pour moi, Monseigneur, je me réserve de donner• à l'église ses vases sacrés. Aimable promesse, que Sa Majesté a bien voulu me faire renouveler depuis ! Doux encouragement pour le coeur d'un évêque missionnaire ! Précieux augure pour la mission confiée à ses soins, et dont le souvenir restera profondément gravé dans mon coeur ! Déjà nous voyons ces magnifiques promesses se réaliser, et du sol de ce temple qui s'élève, nous demandons à Dieu qu'il bénisse notre glorieux empereur, notre bien-aimée souveraine, et que, pour leur bonheur et le nôtre, il orne de vertus, de courage et de mérites l'auguste enfant dans les mains duquel un jour seront remises les destinées de la France.
Et pourrais-je oublier ceux qui ont si bien secondé les pieuses intentions de leurs Majestés : M. de Bourboulon, notre ministre plénipotentiaire, et ses dignes secrétaires, MM. de Kleczkowski, de Méritens, de Vernouillet, qui, tous, ont poursuivi cette oeuvre avec un zèle et une constance que je ne saurais assez louer; M. l'amiral Charner, M. le capitaine de vaisseau du Quilio, MM. les commandants Coupvent des Bois et de Tanouarn et leur interprète M. Fontanier, qui lui ont prêté leur puissante et active coopération; nos architectes, MM. Vautrin et Humbert, qui lui consacrent leur science et leur talent, M. l'amiral Jaurez qui, dernièrement encore, nous donnait des preuves de son entier dévouement. Et enfin, pour clore la nomenclature de ces hauts et puissants protecteurs, qu'il me soit permis de remercier d'une manière spéciale notre honorable consul, M. le baron de Trenqualye, que notre ministre plénipotentiaire, M. Berthemy, dans sa vive sollicitude pour nous, a nommé pour le remplacer à cette cérémonie. Après nous avoir si souvent appuyés dans l'exécution de cette tâche laborieuse, c'est encore à lui comme à l'aide empressée de son interprète, M. Blancheton, que nous devons la brillante réunion qui vient aujourd'hui partager nos joies et relever l'éclat de cette solennité.
Mais, en rappelant les noms de nos insignes bienfaiteurs, je ne saurais passer sous silence le gouvernement de qui nous tenons le vaste emplacement sur lequel s'élèvent nos oeuvres, et je suis heureux de pouvoir aujourd'hui lui offrir l'expression de ma gratitude dans la personne de son premier représentant, le vice-roi des deux Quangs. Oui, Excellence, c'est un droit d'hospitalité que vous nous avez donné, mais un droit qui ne fera que relier plus intimement la France et la Chine, et qui nous donnera à nous-mêmes les moyens de montrer les sentiments dont nous sommes animés envers les habitants de ce noble empire. Autant le terrain qui nous a été cédé est beau et spacieux, autant nous nous efforcerons de lui faire produire des fruits de grâce et de charité. Ici, dans cette église dont nous foulons le sol, nous apprendrons à nos chrétiens à vous aimer, à vous obéir, à garder les lois de l'empire, et à sacrifier, s'il était nécessaire, leurs biens et leur vie à la défense du prince que le Ciel leur a donné; car tels sont les principes de la religion sainte que nous professons. Plus loin, dans cet établissement bâti naguère sous la direction d'un de nos capitaines du génie, de M. Dreysset, nous recueillerons les jeunes orphelins à qui la mort ou la misère a enlevé les auteurs de leurs jours; déjà une centaine y reçoivent le pain et les habillements qui leur manquent. Ailleurs s'élèvera la maison destinée à recevoir les enfants trouvés : précieux asile dû à la touchante sollicitude de nos chers enfants d'Europe, qui, chaque jour, se privent de quelque chose pour venir au secours de leurs jeunes frères qui gémissent abandonnés dans quelque partie du monde. Et ainsi, on verra se réaliser ce principe, un des plus beaux de la religion chrétienne, à savoir, que nous sommes tous les enfants d'un même Père qui est Dieu, que nous devons nous aimer comme des frères, et que si nous venons en Chine, c'est uniquement pour nous consacrer à votre service, sans autre désir que de vous faire du bien, sans autre récompense que de contribuer à votre bonheur. Telles sont nos vues, nos pensées, les motifs qui nous animent; et nous serons heureux si jamais nous pouvons les voir couronnés d'un résultat si digne de tous nos efforts.
Vous le voyez, Excellence et Messieurs, c'est une fête toute religieuse et de famille que celle qui nous réunit, et qui à chacun de nous présente quelque avantage. La France, qui déjà sous le grand Kang-hy avait son église à Pékin, se félicite d'en élever une autre sur ces rivages lointains, au milieu de cette seconde capitale de la Chine; notre religieux empereur y attachera son nom, notre auguste souveraine le souvenir de sa délicatesse et de sa pieuse générosité; les pauvres et les orphelins y trouveront un asile, nos chrétiens une instruction qui leur enseignera le chemin du vrai bonheur; et nous, exilés volontaires, nous serons heureux, sur la terre étrangère, de rencontrer les tabernacles de notre Dieu et de répandre notre âme devant lui. Ce jour n'aura-t-il pas aussi quelque consolation pour vous, dignes et nobles consuls des nations que vous représentez ? Et vous tous, que je puis appeler nos amis, qui avez répondu avec tant de bonté à notre appel, qui n'avez pas craint de quitter vos graves occupations et de faire une longue course pour venir participer à cette fête, comment vous témoigner assez dignement ma reconnaissance ? En vous remerciant d'une démarche si touchante, laissez-moi unir à votre souvenir celui de tant d'autres amis que nous avons laissés dans la terre de la patrie, et qui, par leur dévouement et leur pieux concours, ont une si grande part aux travaux et aux succès de notre lointain apostolat. Nous vous remercions tous du fond de notre coeur; nous demandons au Dieu suprême, très bon, très clément, qui voit la sincérité de nos sentiments, nous lui demandons qu'il vous bénisse, vous, vos familles, vos entreprises, qu'il vous rende au centuple le bien que vous nous faites, et de même que nos noms seront inscrits et renfermés dans la première pierre de ce temple, de même ils soient inscrits sur le livre de vie, et qu'un jour nous soyons tous réunis dans le temple de sa gloire, dans cette Jérusalem céleste, dont nos temples ici-bas sont la plus belle et la plus touchante image !

Zéphyrin GUILLEMIN, év. de Cybistra,
Préf. apost. du Quang-Tong et Quang-Si.


Annales de l'Assemblée Nationale - Séance du 28 juin 1873

M. le duc de Broglie, vice président du conseil, ministre des affaires étrangères. J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Assemblée deux projets de lois.
Le 1er, portant ouverture au budget du ministère des affaires étrangères pour l'exercice 1873, d'un crédit de 75.000 francs à inscrire au service extraordinaire dudit budget sous ce titre « Chapitre XVII, Subvention pour l'achèvement de la cathédrale de Canton »


La semaine du clergé - 16 juillet 1873

Un crédit de 75,000 fr. a été voté par l'Assemblée nationale pour l'achèvement de la cathédrale de Canton. Dans la pensée du gouvernement, la construction de cette cathédrale, en aidant à la propagation de la foi catholique en Chine, est le plus excellent moyen d'y développer l'influence française. Voilà au moins une saine appréciation des choses.


De Marseille à Shanghaï et Yedo, récits d'une Parisienne
Mme Laure Durand-Fardel
1881

[...]
J'aime mieux celui de la cathédrale, que l'évêque de Canton, monseigneur Guillemin, a obtenu la permission de construire sur le point le plus élevé du sol. L'édifice domine la ville et la campagne ; c'est la première chose qu'on aperçoit à une distance considérable, en approchant de Canton. Il fait concurrence, pour la hauteur, à la Pagode aux cinq étages. Les Chinois commencent à s'en offusquer et s'opposent formellement, aujourd'hui, à la construction des tours, sous le prétexte que, devant être encore plus élevées, elles gêneraient dans l'air la circulation des esprits et les indisposeraient contre les habitants. Mais c'est en réalité parce qu'ils ne souffrent pas volontiers que nous prenions sur eux des airs de domination. Monseigneur pourra bien trouver là une résistance qu'il serait peut-être prudent de ne pas chercher à vaincre, s'il tient à conserver son église, qui, je le crains, ne sera jamais remplie.
Nous sommes allés tous, hier matin, à la messe, à la petite chapelle des Missions. Les catholiques européens s'y trouvaient réunis à peu près au complet, et aussi les Chinois, ce qui ne veut pas dire qu'il y eût beaucoup de monde, car les conversions ne sont pas encore bien nombreuses; mais, si c'est la foi qui sauve, c'est aussi l'espoir qui soutient.
Monseigneur a eu la gracieuseté, après la messe, de nous offrir un petit verre d'excellent xérès, et ensuite il nous a fait visiter ses grands travaux. La cathédrale est couverte et paraît finie au dehors; elle est immense. On travaille aux rosaces, et l'intérieur est tout en échafaudages, sur lesquels il fallait grimper pour aller admirer ces dernières de près. J'avoue qu'à ces hauteurs prodigieuses, lorsque, au lieu de planches, on n'a sous les pieds que des feuilles sèches de bambous enchevêtrées les unes dans les autres, et qui laissent voir le sol au travers, il est permis de penser à avoir le vertige. Mais, comme on m'assurait qu'il n'y avait aucun danger, j'ai marché de confiance.
Cette entreprise est grandiose; il y a douze ans qu'elle est commencée, on n'entrevoit pas encore très, bien son utilité, qui se fera peut-être jour dans quelques siècles, si les esprits chinois n'en exigent pas la démolition. Mais, en attendant, elle nécessite beaucoup d'argent, et ce n'est pas la Chine qui en fournira, car les missions, dont les progrès ne paraissent pas très actifs, n'ont guère d'action jusqu'ici que sur les pauvres, attendu que les gens riches qui se convertissent se voient aussitôt dépossédés de leurs biens, sur l'ordre du gouvernement, par les vice-rois, c'est-à-dire de hauts mandarins chargés de gouverner les provinces.
D'un autre côté, le Chinois n'a guère de religion, et, par caractère, il ne s'en sent pas le besoin ; il cherche toujours un profit ou un bénéfice et ne s'occupe pas du reste. Il a des superstitions, mais peu de croyances; sa véritable religion, c'est le culte des ancêtres, dont l'esprit est censé n'avoir pas quitté la famille. La vie éternelle n'est pas bien définie pour eux, mais ils s'en inquiètent peu et ne craignent pas la mort. Bouddah doit les juger et les punir ou les récompenser. Comment ? Ils ne le savent pas. Cependant ils ont un enfer, avec des supplices de toutes sortes, et, lorsqu'ils vont aux pagodes, c'est toujours pour demander au diable ou aux mauvais génies de les épargner. Ils trouvent inutile de prier le bon Bouddah, qui ne leur veut que du bien ; ils se contentent d'aller lui porter une tasse de thé de temps en temps avec quelques autres comestibles à l'usage des bonzes. Ils y ajoutent souvent de petits cierges tout à fait pareils à ceux que, dans nos églises, on fait brûler à l'entrée des chapelles. Ces précautions prises, ils dorment tranquilles.


Etat de la mission du Kouang-Tong (Canton) Chine exposé au S.P. Léon XIII, dans la séance du 20 février 1881
Ed. Rome - 19 mars 1881

Rome, 24 février 1831.

Dimanche dernier, 20 février, jour anniversaire de l'élévation de S. S. Léon XIII au Souverain Pontificat, il y a eu au Vatican Réception solennelle, à laquelle assistaient tous les Cardinaux de Rome, une vingtaine d'Évêques de tous les pays du monde, et où l'oeuvre des Missions n'a pas été oubliée.
Après avoir adresse la parole à quelques-uns des Cardinaux et Évêques présents, voyant à ses côtés deux grands Vases chinois, et en bronze, qui, la veille, lui avaient été offerts par un de nos compatriotes, Mgr Guillemin, Évêque du Kouang-tong (Canton), Chine, sa Sainteté fait appeler le donateur, qui vient se jeter à ses pieds, les baisant avec respect, et alors entre le Chef de l'Église et l'Évêque Missionnaire s'établit une conversation qui avait surtout pour but de bien faire connaître l'oeuvre des Missions, et qui nous a tous fort intéressés.
Monseigneur! Lui dit le Saint-Père, je vous remercie du beau Présent que vous m'apportez du fond de la Chine, et qui est admiré de nous tous.
Très Saint-Père ! Répond l'Evêque, c'est à moi bien plutôt à remercier Votre Sainteté de la bonté avec laquelle Elle veut bien accueillir ce faible témoignage de la vénération et de rattachement dont nos Missionnaires et nos Chrétiens sont pénétrés pour Elle; et ils seraient heureux, si en retour, je pouvais leur porter, de la part de Votre Sainteté, une Bénédiction qu'ils recevraient comme un gage et une assurance de la bénédiction même du Ciel.
D. Oh! oui, bien volontiers, je vous la donnerai à tous, et au premier Pasteur du troupeau et à toutes les ouailles confiées a ses soins. Mais auparavant, il faut que nous parlions un peu de nos Missions, qui nous intéressent tous si vivement, ces vénérables Pères et Moi; et d'abord, dites-nous, depuis combien d'années êtes-vous dans ces pays lointains ?

Départ pour la Chine.

R. Très Saint-Père ! II y a 88 ans que je suis parti pour les Missions, et quand je partais, comme aussi pendant notre longue traversée, qui a duré 6 mois, j'entendais dire généralement, à cause de l'état de ma santé, que je n'arriverais pas au rivage Chinois : ce qui me montre la protection toute spéciale dont la divine Providence a bien voulu m'environner pendant ce long espace de temps !
D. Eh ! oui, voila ce que c'est que de mettre sa confiance en Dieu ; on n'est jamais confondu! Et depuis combien d'années portez-vous le fardeau épiscopal ?

Fondation de la Mission.

R. Très Saint-Père ! II y a 21 ans que j'ai été nommé Préfet Apostolique de la Mission. D'abord soumis a la juridiction de Macao, nous avons été, pendant 10 ans, exposés à toutes les misères et à tous les dangers qu'on peut rencontrer en ces pays infidèles, jusque-là que 8 de nos Missionnaires ont été jetés dans les fers; 4 sont morts a la suite des coups et des mauvais traitements qu'ils avaient reçus, et un 5e, le Vénérable P. Chapdelaine, a eu la tête tranchée, et a été littéralement coupé par morceaux. Dans une position si difficile, tous les Confrères demandant que l'un de nous partit pour Rome, afin d'exposer au Saint-Siège le véritable état des choses, j'ai été choisi pour remplir ce message, et c'est alors que la province du Kouang-tong a été séparée du Diocèse de Macao, érigée en Mission particulière, et que, malgré mon indignité, j'en ai été nommé le premier Évêque, et, a ce titre, sacré par les mains du Souverain Pontife, Pie IX, qui a bien voulu nous donner cette marque de bienveillance et d'encouragement.
D, Oh ! il est bien juste que le Père soutienne ses Enfants, et le Pontife les Apôtres de la vérité ! Et, pendant cette longue période d'années, au milieu de ces Contrées payennes, quelles sont les conquêtes que vous avez faites à l'Evangile ?

Conversion des Payens.

R. Très Saint-Père ! En arrivant dans la mission de Canton, dans cette mission qui compte 200 lieues de long sur 100 lieues de large, et environ 30 millions de payens, nous y trouvions a peine 3 ou 4 mille Chrétiens, et aujourd'hui, grâces a Dieu, nous en comptons 26 mille. L'année dernière seule nous donnait 1,262 Baptêmes d'adultes, l'année précédente 1,060, et ainsi, depuis notre entrée dans la mission jusqu'à ce jour, chaque année, sans exception, nous a fourni un chiffre de conversions supérieur au chiffre de l'année précédente.
Et, ce que je puis dire également, c'est que ces nouveaux Chrétiens connaissent bien leur religion et ou remplissent fidèlement les devoirs. Car, nous ne les admettons au saint baptême, que lorsqu'ils sont bien instruits des vérités du Christianisme et bien décidés à en observer tous les préceptes, ce qui est pour nous un gage de leur persévérance à l'avenir.
D. Oui! Voilà de beaux résultats, et qui doivent être bien consolants pour votre coeur d'apôtre ! Mais combien de Missionnaires comptez-vous pour faire face à un travail aussi considérable ?

Missionnaires, Séminaire, Clergé indigène.

R. Très Saint-Père ! Au jour de notre entrée dans la mission, nous étions 6 Missionnaires seulement; aujourd'hui, nous sommes 36, répartis sur cet immense territoire, et placés à la distance de 20 à 30 lieues les uns des autres : tous Missionnaires européens, mais pour l'habit, la nourriture, le langage et les autres habitudes du pays, se faisant complètement Chinois, et surtout, se montrant pleins de zèle et de dévouement pour leur oeuvre !
C'est un nombre d'ouvriers encore bien insuffisant, mais, à défaut de Prêtres européens, nous travaillons à former un Clergé indigène, et déjà, dans la province, nous avons un Séminaire avec une quarantaine d'Elèves, entretenus par l'oeuvre de la Sainte-Enfance, puis 5 jeunes Prêtre chinois, et enfin plusieurs Diacres et Sous-diacres, comme celui qui m'accompagne, et que j'aurai l'honneur de présenter à Votre Sainteté, si Elle veut bien me le permettre !
D. Oh! oui! Je le verrai avec grand plaisir ! Et alors, sur un signe de l'Évêque, le jeune sous-diacre chinois, portant la robe et la longue tresse de cheveux de son pays, vient se jeter aux pieds du Saint-Père, qui l'accueille avec bonté et lui adresse ces paroles encourageantes : Eh! Oui, cher Fils en Notre-Seigneur, soyez l'Apôtre de vos chers Compatriotes, et puissiez-vous en amener au vrai Dieu un grand nombre, qui formeront les fleurons de votre brillante couronne pour la bienheureuse éternité ! Puis, s'adressant à l'Évêque : En vérité, dit le Saint-Père, voilà une oeuvre bien comprise et qui ne peut manquer de produire tout le bien que vous en attendez. Mais, avec le Clergé indigène, ne trouvez-vous pas encore dans le pays d'autres Auxiliaires pour travailler à la conversion des payens.

Oeuvre des Catéchistes.

R. Oui ! Très Saint-Père ! Nous avons d'abord nos Chrétiens, dont nous nous servons pour amener à la connaissance du vrai Dieu ceux de leurs parents et amis qui sont encore plongés dans les ténèbres du paganisme, et par là nous voyons, chaque aunée, un certain nombre d'âmes entrer dans le giron de l'Eglise !
Mais, nous avons surtout nos Catéchistes, pieux et fidèles serviteurs de Dieu, qui se consacrent uniquement à cette oeuvre, et dont le zèle est couronné de résultats plus satisfaisants encore. Un bon catéchiste, dans le cours d'une année, pourra facilement gagner à la Religion chrétienne de 20 à 30 Payens, quelquefois plus, rarement moins, en sorte que si nous pouvions multiplier ces messagers de la bonne nouvelle, nous multiplierions dans la même proportion les heureux résultats obtenus par eux.
Mais, en employant le secours de ces bons et dignes auxiliaires, il faut bien également leur donner une certaine rétribution, pour subvenir à leurs besoins et aux besoins de leurs familles (à chacun environ 600 fr. par an), et là malheureusement se trouve la difficulté pour nous, qui avons nous-mêmes si peu de ressources à notre disposition. Mais qu'une personne en Europe veuille bien se charger de l'entretien d'un Catéchiste, ce sera elle, en réalité et devant Dieu, qui aura le mérite de toutes les conversions obtenues par là, tout aussi bien que si elle venait dans ces pays lointains pour y prêcher l'Evangile. Et, comme déjà plusieurs pieux et dignes Chrétiens, en France, veulent bien me donner ce précieux concours, qu'il me soit permis, Très Saint-Père, de demander à Votre Sainteté une Bénédiction particulière pour ces généreux collaborateurs et pour leurs familles.
D. Oui ! Je comprends toute la portée de cette oeuvre; je l'approuve, je la bénis, et je vous autorise à dire aux Personnes qui vous mettent entre les mains ces puissants moyens de salut, qu'à elles aussi je donne une Bénédiction particulière pour Elles et pour tous ceux qui leur sont chers !
Mais, avec les baptêmes d'Adultes, vous avez aussi ceux de ces pauvres Petits Enfants de la Chine si cruellement rejetés par la brutalité de leurs parents, ou qui naturellement se trouvent en danger de mort ?

Baptêmes des petits Enfants, Orphelinats.

A Oui ! Très Saint-Père ! Le baptême de ces pauvres Petits Enfants est aussi une des oeuvres qui nous occupent le plus, et qui n'est pas moins bénie du Ciel, Chaque année nous donne plus de 3 mille de ces baptêmes, et comme il y a 33 ans que nous obtenons ce chiffre, c'est une légion de plus de 100 mille Anges que la mission de Canton, depuis sa fondation, a envoyés au séjour des Bienheureux.
Puis, en baptisant les petits moribonds, il fallait bien également pourvoir aux besoins de ceux qui survivent, et leur trouver quelques moyens d'existence. Aussi, au milieu du beau terrain que nous occupons dans la ville de Canton, nous avons élevé a grands Orphelinats, l'un pour les petits Garçons, qui y sont au nombre de 100 à 120; l'autre pour les petites Filles, au nombre de 60 à 80: deux beaux établissements avec arcades et colonnes sur la façade, mais surtout qui marchent bien, et qui produisent une bonne impression, soit sur les Chinois, soit sur les Européens, qui viennent les visiter. Honneur et reconnaissance à l'oeuvre de la Sainte-Enfance, qui nous permet, au milieu de ces Contrées payennes, de faire un bien Si utile en soi et si honorable à la religion chrétienne !
D. Oui ! Honneur et reconnaissance à l'oeuvre de la Sainte-Enfance, qui envoie tant d'enfants en Paradis, et qui vous aide si puissamment à établir la Religion du vrai Dieu au milieu des ces pays infidèles ! Mais avec les orphelinats élevés dans la ville de Canton, vous avez sans doute aussi des Écoles érigées dans le reste de la Province ?

Écoles dans l'intérieur de la Province.

A. Oui ! Très Saint-Père ! Nous y tenons d'autant plus que les Écoles sont plus appréciées en Chine, et qu'elles sont un moyen plus sur de gagner les Enfants et les Parents et de les amener, les uns et les autres à la connaissance de l'Évangile. Or, quand nous avons pris possession de la Mission, n'y trouvant que 3 ou 4 Écoles chrétiennes, à peine fréquentées chacune par une dizaine d'enfants, aujourd'hui nous en comptons 90, parmi lesquelles 70 sont pour les Garçons et une vingtaine pour les Filles : ce qui nous donne 3 Écoles pour chaque missionnaire, et environ 9 mille Petits Enfants, qui y reçoivent une instruction chrétienne,
L'École une fois bien établie, nous permettons volontiers aux enfants Payens de les fréquenter, et nous les voyons assez ordinairement plus tard venir eux-mêmes demander le saint Baptême et leur admission dans une Religion qu'ils ont appris à connaître et à aimer dès leur enfance !
D. Vous avez raison ! S'occuper des Enfants et établir des Écoles, excellent moyen de régénérer un pays, et déjà aujourd'hui vous en recueillez les précieux avantages ! Mais avec les Écoles, vous pouvez également élever des Chapelles, et l'on dit que déjà vous en avez un bon nombre dans toute la Mission.

Chapelles dans la Mission.

R. Oui ! Très Saint-Père ! Lorsque, dans un rayon un peu étendu, nous avons un certain nombre de néophytes, 200 ou même une 100°, là aussi nous tenons à établir une Chapelle ou Oratoire, comme moyen de soutenir ces nouveaux Fidèles dans la foi, et en quelque sorte d'attacher la Religion chrétienne au sol même du pays. Or, au jour de notre arrivée dans la Province, n'y trouvant que 8 Chapelles à demi ruinées et détruites, aujourd'hui nous en comptons plus de 100, chaque Missionnaire eu ayant au moins trois, qui ne servent qu'à la prière, et bien chères à nos Chrétiens qui aiment à venir y répandre leurs âmes devant Dieu !
La plupart sont encore bien pauvres et bien nues, mais néanmoins chaque année, leur petit mobilier s'enrichit de quelques ornements ou objets donnés par nos amis de France, et ces bonnes Dames de l'Oeuvre apostolique qui, en Europe, s'occupent avec tant de dévouement de l'oeuvre des Missions ; et aussi, Très Saint-Père, que Votre Sainteté veuille bien me permettre de lui demander une bénédiction particulière pour tous ces Bienfaiteurs et leurs Familles !
D. Le principal est que vous puissiez multiplier ces pieux Sanctuaires, si favorables à l'établissement du Christianisme au milieu de ces pays payens, et le reste, comme vous le. dites, viendra ensuite avec le concours de nos pieux chrétiens de France et de ces bonnes Dames de l'Oeuvre apostolique, tous si dévoués à l'oeuvre des Missions, et à qui de bien bon coeur aussi, je donne une Bénédiction spéciale pour eux et pour tous ceux qui leur appartiennent !
Mais, parmi vos chapelles, vous avez sur tout celle de Sancian, dont vous m'avez donné une si belle photographie (1).

Chapelle de Sancian.

B. Très Saint-Père ! La Mission renfermant l'île et le Rocher où est mort saint François-Xavier, à 50 lieues de la ville de Canton, nous désirions tout naturellement élever au même endroit une Chapelle en l'honneur de ce grand Saint, patron des Missions, et en particulier de la Mission de Canton, mais il y avait bien des difficultés à l'exécution de ce projet.
1° Il fallait, d'abord, nous faire recevoir par les Habitants, formant une population de 10 mille âmes et répandus dans 92 villages : gens peu civilisés, et en générai hostiles à tout ce qui est étranger. Or, un jour, me jetant sur une barque de pêcheurs, et, à mon arrivée sur le rivage, me voyant environné d'une troupe d'enfants, attirés par ma figure et mon air inconnu, je leur demande si déjà ils étaient bien savants en caractères chinois, et s'ils seraient bientôt de grands Mandarins du pays ? Et comme ils me répondent qu'ils n'ont ni Écoles ni Maîtres, parce que leurs parents sont trop pauvres pour fournir aux frais d'une semblable dépense, eh! bien, mes petits Amis, leur dis-je, écoutez bien ce que je vais vous dire !
« Comme vous le voyez à mon air et à mon langage, je ne suis pas de ce pays, mais du pays du Grand-Homme, qui autrefois est venu mourir sur ce rocher, et auquel on a élevé une Pagode ou Chapelle, qui aujourd'hui est en ruines. Mon désir est de rétablir ce petit sanctuaire, et quand ce travail sera terminé, alors si vous êtes bien sages, et si vos Parents y consentent, pour vous aussi j'établirai une École, où vous pourrez étudier les caractères chinois, et tout ce qu'il faut pour devenir un jour de grands Mandarins du pays ! » Et à peine cette parole est-elle prononcée, qu'elle est aussitôt portée aux quatre coins du village, et attire auprès de nous bon nombre de Chinois, curieux de voir l'Etranger en question, et de s'assurer de la vérité des paroles qu'on lui attribuait : chose que je m'empressai de confirmer, et qui nous valut une bonne et cordiale réception de la part de ces pauvres Insulaires.
2° Une fois admis par les Habitants, il nous fallait un Terrain pour nous y établir, et 15 jours après, envoyant un Catéchiste sur les lieux, il nous acheta un bel emplacement, situé au centre du premier village et comprenant un espace de 300 pieds de long, sur 100 pieds de large.
3° Il nous fallait, en 3e lieu, des Matériaux et des Ouvriers, et n'en trouvant pas dans l'île, de là la nécessité pour Nous d'aller en chercher dans les environs, c'est-à-dire à 40 lieues de distance, malgré les Tempêtes et les Pirates, qui rendent ces mers si dangereuses, et contre lesquels plusieurs fois nous eûmes à lutter. Une fois entre autres, conduisant moi-même une barque de pierres, et un violent ouragan venant nous assaillir, déjà les nautoniers effrayés se disposaient à jeter à la mer le chargement que nous portions, et j'eus assez de peine à obtenir d'eux quelques moments de sursis, pendant lesquels priant saint François-Xavier de vouloir bien venir à notre secours, nous vîmes bientôt l'orage se dissiper, et nous pûmes arriver heureusement au rivage désiré !
Une autre fois, c'est une Barque de Pirates qui vient nous attaquer, et contre laquelle je dus décharger deux petites pièces de canon que nous avions à bord, visant la partie Inférieure de leur barque, de manière à leur inspirer une salutaire frayeur, sans cependant leur causer aucun mal : ce qui nous réussit à merveille et les fit s'éloigner rapidement !
Enfin, après 3 ans de travaux exécutés sous la direction d'un de nos Missionnaires, résidant dans l'île, toutes nos constructions étaient achevées, et nous avions à Sancian :
1° Une Chapelle gothique, en granit et avec sa tour, élevée sur le rocher où est mort saint François-Xavier, avec une petite habitation adjacente pour le gardien ; Chapelle, qui porte sa croix bien haut dans les airs, et qui, souvent, est saluée par les barques chinoises qui passent à ses pieds, et qui, alors, abaissent leurs voiles en signe de considération et de respect !
2° Une autre Chapelle, genre roman, construite au milieu des villages, à une lieue de distance de la première, et plus spécialement destinée à l'instruction des Payens.
3° L'Ecole que j'avais promise aux enfants, lors de mon premier voyage dans l'île, et qui forme comme une aile de la chapelle précédent.
4° Une Habitation pour le Missionnaire, faisant face à l'école, et formant la 2e aile de la Chapelle, avec un mur à enceinte, et un beau Portail placé à l'entrée de la propriété, et qui se fait remarquer au loin.
5° Enfin, au sommet de la montagne la plus rapprochée du Tombeau, et à la demande des Marins européens qui suivent la pleine mer, nous avons élevé une Pyramide destinée à leur indiquer le lieu approximatif de la sépulture du saint; Pyramide en granit, de 30 pieds de haut, surmontée d'une croix, et dont ils s'offrirent à payer eux-mêmes la dépense !
Toutes ces constructions étant terminées, on en fit la Bénédiction, à laquelle bon nombre d'Européens, résidant à Canton, Hong-Kong et Macao, témoignèrent le désir d'assister, s'y rendant en vapeur, comme aussi les Habitants de l'île eux-mêmes voulurent y prendre part, apportant solennellement ces 6 Porcs, rôtis dune seule pièce et environnés de fleurs, qu'ils présentaient comme un témoignage de leur participation à la fête : démonstration qui frappa si vivement les étrangers, et eu particulier les Anglais, qui en étaient témoins, que le Grand Juge de Hong-Kong m'adressant la parole devant tout le monde : Monseigneur, me dit-il, c'est le plus beau succès que tout puissiez espérer, et quoique Protestant, je vous en fait mon compliment bien sincère ! Enfin, au jour de notre arrivée dans l'île, au milieu de cette population de 3 mille habitants, n'y trouvant pas un seul chrétien, aujourd'hui nous comptons plus de 300, et tout nous fait espérer que leur nombre ne fera que s'augmenter à l'avenir.
D. Oh ! Oui, voilà de beaux résultats, et qui montrent bien la protection du glorieux saint François-Xavier sur vous et sur la Mission; mais avec les Écoles et les Chapelles, vous avez surtout l'Eglise de Canton, dont on dit des merveilles ? En prononçant ces dernières paroles, Sa Sainteté aperçoit à ses côtés deux Évêques étrangers qui avaient à lui parler, et alors interrompant la conversation, voici, dit le Saint-Père, deux Evêques auxquels il faut que je dise deux mots, mais le Cardinal Préfet de la Propagande continuera les interrogations, et aussitôt s'approchant de moi et d'un ton un peu malin, eh ! bien, me dit Son Eminence, votre Église est donc une merveille ?

Eglise de Canton.

Eminence ! Sans que ce soit aussi beau qu'on veut bien le dire, cependant dans une ville d'un million d'habitants, capitale d'une province de 30 millions, où l'on voit de belles et grandes Pagodes, et qui venait de tomber au pouvoir des armées Françaises, il fallait bien que là aussi il y eût un Temple chrétien, qui fit honneur à la France, mais surtout qui montrât la gloire et la puissance du Très-Haut aux yeux de ces pauvres Payens, prosternés aux pieds de leurs Idoles. Et c'est ce qu? j'ai taché de réaliser avec le secours de la divine Providence, qui a bien voulu nous aider d'une manière spéciale dans l'exécution de ce projet.
Et, en effet, lors de mon premier voyage en France, en 1857, au moment de la guerre Franco-chinoise, ayant exposé ces vues à l'Empereur Napoléon, et reçu de sa munificence impériale la somme 500 mille francs à consacrer à cette oeuvre et à prendre sur l'indemnité chinoise, ayant aussi reçu un subside spécial de la Propagation de la Foi et delà Sainte-Enfance, puis quelques dons des Fidèles et une bonne Bénédiction de Pie IX, avec ces secours temporels et spirituels, où apparaît si visiblement le doigt de Dieu, nous avons bâti une Eglise ogivale et en granit, qui, sous bien des rapports, peut être comparée à Sainte-Clotilde de Paris, si elle n'est pas plus grande, ayant une belle façade, 2 tours, 3 nefs, 12 chapelles latérales, et mesurant 300 pieds de long sur 100 pieds de large et 40 pieds d'élévation sous voûte : Eglise placée sous le vocable du Sacré-Coeur, et environnée du respect de nos chrétiens et même des Payens, qui aiment à y recourir dans leurs besoins, et qui, souvent, y reçoivent la récompense de leur confiance on Dieu (2) !
D. Voilà qui est bien beau en soi, et bien consolant pour vous ! Mais vous avez sans doute rencontré bien des difficultés dans l'exécution de ce projet ?

Difficultés à surmonter.

R. Oui ! Eminence ! Dans les commencements surtout, les difficultés se présentaient en si grand nombre et avec un caractère si grave, que l'entreprise généralement était regardée comme une oeuvre téméraire et même impossible; mais, enfin, Dieu aidant, nous avons pu en venir à bout !
Ainsi, il nous fallait : 1° une bonne Somme d'argent, que j'ai pu recueillir, comme on l'a vu plus haut !
Il nous fallait, en 2e lieu, un Emplacement convenable : chose difficile à obtenir dans une ville d'un million d'habitants et toute payenne. Mais, les derniers traités, passés entre la France et la Chine, nous autorisant à réclamer les anciens terrains, enlevés jadis à la Religion chrétienne au temps des persécutions, j'ai pu en indiquer un certain nombre, placés dans ces conditions. Et, d'une autre part, comme au temps de la dernière guerre avec la France, en 1857, l'ancien Palais du Vice-Roi à Canton avait été complètement détruit, et était regardé comme un terrain néfaste, parce que sur lui était tombée la 1re bombe, lancée sur la ville, c'est aussi celui que je demandai comme compensation de tous les autres, et que les Autorités Chinoises nous accordèrent, afin de faire retomber sur nous la Malédiction, dont il avait été frappé; malédiction, que nous recevions bien volontiers, et qui nous valait un magnifique emplacement, situé au centre même de la ville, et comprenant un espace de mille pieds de long sur 600 pieds de large !
Il nous fallait, en 3e lieu, des Plans et un Architecte pour les exécuter. Aussi, dans mes différents voyages en Europe, examinant avec soin toutes les Eglises gothiques qui se construisaient, et prenant dans chacune les différentes parties, qui me paraissaient mieux convenir à l'exécution de notre projet, j'en fis faire un plan, que je présentai à M. Violet-le-Duc,un de nos premiers architectes de France, dont je voulais avoir le sentiment, et qui l'approuva en entier, Puis, pour son exécution, nous eûmes successivement deux autres architectes, aussi français, M, Humbert, de Nancy, et M. Hermite,dc Paris, qui perfectionnèrent encore les plans, et conduisirent l'oeuvre au point où elle se trouve aujourd'hui.
Il nous fallait, en 4e lieu, un certain nombre d'Ouvriers, et nous eu avons eu jusqu'à 300 et plus à la fois, tous ouvriers Chinois et Payens, et qui, par conséquent, demandaient de notre part une attention et une surveillance spéciale. Or, les traitant convenablement et avec bonté, nous avons pu, non seulement en tirer bon parti, mais encore les instruire des vérités de notre sainte Religion, et pour la plupart les faire entrer par le baptême dans le giron de la sainte Eglise !
Et, 5e enfin, il nous fallait des Matériaux, c'est-à-dire des Pierres de granit, que nous prenions sur les bords de la mer, en des lieux déserts et à 40 lieues de Canton. Mais, après 1 an d'une exploitation tranquille, un jour le Vice-Roi de la Province me fait savoir, que des ordres venus de Péking me défendent désormais de prendre aucune pierre en ce lieu, ajoutant qu'il ne peut rien changer à cette mesure, et de là la nécessité pour moi d'aller jusqu'à la Capitale da Céleste-Empire, à 300 lieues de Canton, pour y traiter cette grave difficulté.
Là, le ministre plénipotentiaire français refusant de se charger de cette question, et me disant que tout ce qu'il pouvait faire pour moi, était de me donner son secrétaire, pour me présenter au Conseil des Ministres, où j'aurais moi-même à défendre notre cause, il fallait bien, bon gré, mal gré, se soumettre à une semblable décision.
Conduit au Palais impérial, en présence des cinq grands Mandarins de l'Empire « Grand Maître de la Religion chrétienne, me dit l'un d'eux, déjà nous connaissons le motif qui vous amène dans cette ville, mais sachez aussi que vous n'avez aucun droit à la chose que vous venez demander, et Nous aucune obligation à l'accorder ! »
La réception était peu gracieuse et l'assertion complètement fausse, puisque dans les traités passés entre la France et la Chine, se trouve un article concernant les constructions que les Européens auront à élever dans l'intérieur de l'Empire et les matériaux que les Chinois devront leur fournir. J'aurais pu le rappeler à nos grands Diplomates, mais une autre idée se présentant à moi, et me paraissant venir d'en Haut, je la leur exposai de suite.
'Grands Hommes, leur dis-je, si je n'ai aucun droit à la chose que je viens demander, ce que je n'examine pas ici, au moins qu'il me soit permis de vous citer un fait, qui se passait naguère dans la ville de Canton, et qui vous expliquera la confiance, avec laquelle, aujourd'hui, je me présente devant Vous !
D. Oui! Parlez!
R. « Il y a 2 ans, lorsque les Rebelles, au nombre de 20 mille, sont venus assiéger la ville de Canton, et l'ont tenue cernée pendant 6 mois, ils ont fait leur possible pour m'attirer dans leur parti, sachant bien qu'avec l'Évêque, ils auraient tous les Chrétiens de la Province et bon nombre d'Européens résidant dans le pays ! Or, non seulement j'ai repoussé toutes les propositions qu'ils me faisaient, mais encore envoyant une circulaire à tous nos Chrétiens, je leur ai rappelé l'obéissance qu'ils devaient au chef de l'Empire, comme au représentant de Dieu à leur égard, leur défendant d'avoir aucun rapport avec les Rebelles, et je puis dire, qu'en
réalité, ils ont été fidèles à l'ordre que je leur donnais. Maintenant, après celle marque de fidélité et de dévouement de ma part, qui, je crois, n'a pas été inutile à la cause impériale, c'est à vous, Grands Hommes, de voir si, aujourd'hui, vous voulez me permettre de prendre sur les bords de la mer quelques pierres inutiles, afin d'élever au Vrai Dieu, au Dieu du Ciel et de la Terre, un Temple, qui sera, en même temps, une Bénédiction pour tous, pour vos familles et pour tout l'Empirer ? »
J'achevais à peine ces mots que le Ministre du Commerce, chuchotant quelques paroles à voix basse : Mais, c'est un brave homme, dit-il, que cet homme-là ! Nous ne pouvant lui refuser la permission qu'il a si bien méritée, et qu'il tient chercher de si loin! Et alors, après quelques moments de délibération, d'une voix unanime, m'est accordée l'autorisation que je demandais, et qui produisit la meilleure impression, non seulement sur nos Chrétiens, mais encore sur les Payens de la Province, fort curieux de connaître le résultat de mon voyage, et qui, en cela, virent une nouvelle marque de la protection du Ciel sur l'Eglise qui se construisait. A Dieu, et à Dieu seul en soient l'honneur et la gloire, et qu'il soit également béni de toutes les difficultés et de toutes les peines que nous rencontrâmes dans l'exécution de cette belle et grande entreprise !
D. Tout cela est fort intéressant, et montre bien l'assistance particulière du Ciel; mais aujourd'hui cette belle Eglise est-elle complètement achevée, et où en êtes-vous à cet égard ?

Achèvement de l'Eglise.

B. Éminence ! Si l'on considère les grands travaux de construction, comme la Maçonnerie, les Voûtes, les Tours et la Toiture, on peut regarder l'ouvrage comme terminé. Mais au point de vue de l'ornementation, il lui manque plusieurs choses encore qui doivent en faire le complément, et qu'il faudra bien tôt ou tard, y ajouter, comme un Portail en face de l'Eglise, des Vitraux, des Cloches et une Horloge.
D. Et que désireriez-vous pour ces différents objets ?

Portail.

B. D'abord pour le Portail, l'Eglise étant construite dans le genre ogival cl avec des pierres de granit, il faudrait également en face de l'Eglise Un Portail élevé dans les mêmes conditions, c'est-à-dire un Portait dans le style gothique, en granit, à 3 compartiments, et surmonté d'une Croix qui présenterait le signe adorable de notre sainte Religion à l'entrée de la propriété!
Et comme l'initiative et le paiement de nos oeuvres viennent en grande partie du concours de la France, entre le Portail et la façade de l'Eglise, je désirerais placer une belle et grande Statue de saint Louis, et en fonte, laquelle serait là comme un souvenir de la Patrie, et de tout ce qu'Elle fait pour l'établissement du Christianisme au milieu de ces Contrées payennes de l'extrême Orient !
Déjà, pour ce dernier objet, c'est-à-dire pour une Statue de saint Louis, j'ai reçu une promesse importante d'un des principaux Chefs du gouvernement français, et j'ai tout lieu d'espérer qu'elle se réalisera fidèlement.

Vitraux.

Pour les Vitraux, l'Eglise devant être dédiée au Coeur adorable de Notre-Seigneur, et le sanctuaire se terminant par une grande fenêtre ogivale, ce serait là tout naturellement la place d'une belle et grande figure du Sauveur, debout, environné de lumière, et présentant son divin Coeur; puis dans les deux fenêtres voisines serait représenté un Ange adorateur, le tout dans des dimensions assez fortes pour dominer tout le sanctuaire, et être bien vu, si c'est possible, de tous les points de l'Eglise !
Dans les autres fenêtres du Sanctuaire et dans les fenêtres de la grande nef, nous mettrions simplement des Verres en grisaille avec une grande Croix rouge au milieu et un pourtour aussi en couleur rouge, ce qui, je crois, produirait à l'extérieur un beau coup d'oeil, et à l'intérieur un effet de lumière remarquable !
Les chapelles des Transepts devant être dédiées, l'une à l'auguste Mère de Dieu, l'autre à saint Joseph, patron de la Chine, dans les fenêtres adjacentes se placeraient, d'un côté, la figure de la Bienheureuse Vierge-Marie, tenant le divin Enfant entre ses bras, et de l'autre, la figure de saint Joseph, le conduisant par la main.
Enfin, dans les fenêtres des autres Chapelles viendraient se ranger les différents sujets, qui doivent naturellement y trouver leur place suivant la destination de chaque Chapelle, comme :
1° Saint Michel, Chef de la milice céleste.
2° L'Ange gardien, avec son jeune Pupille à ses côtés.
3° Saint Pierre, Chef de l'Eglise militante.
4° Saint Paul, l'Apôtre des nations.
5° Saint François-Xavier, Patron de la Mission.
6° Saint Louis, Roi de France.
7° Une âme, au milieu des flammes du Purgatoire.
8° Une autre, au moment de sa délivrance et de son départ pour le Ciel; deux sujets qui nous rappelleraient le souvenir de nos Parents et Amis décèdes, et également intéressants pour les Chinois, qui ont un culte particulier pour les Morts !
Et ces différentes représentations, en grandes figures et bien exécutées, feraient, je crois, une heureuse impression sur nos Chrétiens, et même sur les Payens, qui, en tout cela, verraient quelque chose des grandeurs et des beautés de la Religion chrétienne, si élevées au-dessus des ridicules fictions du Paganisme !
D. Oui! Tout cela serait fort intéressant en soi, et produirait sans doute un bon effet sur les Chinois. Mais, la question des Cloches est-elle aussi facile, et êtes-vous bien rassuré de ce côté-là ?

Cloches. Horloge. Jacquemard.

A. C'est vrai ! Eminence ! La question des Cloches est une affaire assez délicate, vu qu'aujourd'hui, à Canton, on ne voit point encore de grosses cloches se sonnant à la volée, comme en Europe, et je ne sais quel effet produira sur la population une nouveauté aussi surprenante que celle-là !
Mais, d'une autre part, comme à Canton, dans cette ville d'un million d'habitants, il n'y a point encore d'Horloge publique, donnant l'heure à la population, si nous en établissions une dans ce but et ces proportions, ce serait bien le plus grand service rendu aux habitants, et par là même, j'en suis persuadé, la plus grande garantie que nous puissions donner à nos cloches, qui se trouveraient ainsi sauvées en contribuant au bien public !
Déjà pour cette oeuvre, nous avons un beau Canon, pris sur un navire de pirates, et qui m'a été donné pour cet objet par un Amiral français passant par Canton; canon en cuivre, pesant 8 mille kilos, et qui envoyé en France, paiera une bonne partie du prix de l'Horloge !
Enfin, Eminence ! Que votre bonté veuille bien me permettre ces détails, si avec les Cloches et une Horloge nous avions un Jacquemard, ou automate sonnant les heures, puis avant et après faisant une profonde inclination à la population, comme on en voit dans plusieurs villes d'Europe, ce serait bien la merveille du pays, un sujet de curiosité pour tous nos Chinois, qui ne pourraient se lasser de l'admirer, et le plus beau couronnement que nous puissions mettre à toutes nos oeuvres!
Alors, un petit éclat de rire se manifestant dans rassemblée : Eh! bien, oui, dit le Cardinal Préfet, voilà qui est bien trouvé, et qui ne peut manquer de produire le bon effet que vous en attendez! Dieu soit béni de cette heureuse invention, que je vous engage à mettre à exécution, et alors l'Eglise de Canton apparaîtra dans toute sa splendeur et sa gloire !
Mais, avec une Eglise pour réunir les Chrétiens pendant leur vie, il faut bien également un Cimetière, pour recevoir leur dépouille mortelle après leur mort, et déjà, sans doute, vous avez pu vous occuper de ce point de la liturgie catholique !

Cimetière.

B. Oui ! Eminence ! Le culte des morts étant une chose sacrée en Chine, c'était pour nous une raison de plus de donner une attention spéciale à ce point du culte catholique. Or, nos anciens Chrétiens possédant jadis à une demi-lieue de la ville un vaste Cimetière, qui leur avait été enlevé au temps des persécutions, j'ai pu, pendant la dernière guerre de la France avec la Chine, le réclamer, l'agrandir, l'environner d'une haie et de grands arbres, et en former une petite Vallée qui, aujourd'hui, n'a pas moins de 3 mille pas de circonférence.
A l'entrée s'élève un beau Portail en granit, à trois compartiments, et surmonté de la croix ; au centre, un Monument érigé à la mémoire de nos soldats français morts à la prise de Canton, et pour l'érection duquel j'ai obtenu de notre Gouvernement la somme de 25 mille francs : monument ogival et en granit, composé d'une base, de 4 colonnes, d'une flèche, et présentant à l'intérieur un bel Ange en fonte, de 8 pieds de haut, lequel d'une main montre le Ciel, et de l'autre dépose une couronne sur les restes dont il est le gardien.
A l'extrémité de la vallée, se trouve un petit Village renfermant une Chapelle et 3 ou 4 familles chrétiennes, chargées de la garde du Cimetière et de la culture de quelques terres environnantes et appartenant à la mission. Enfin, chaque année, à la fête des Morts, il se forme en ce lieu une réunion de 3 ou 4 cents Chrétiens, et d'une centaine de Payens, qui viennent honorer les restes de leurs Parents défunts. On y célèbre la messe eu plein air : puis il s'y fait une Procession solennelle, qui parcourt toutes les allées de cette pieuse enceinte, et je ne saurais dire combien cette cérémonie, exécutée avec piété et recueillement, produit une bonne impression sur tous ceux qui en sont témoins!
D. Très bien! Nous ne saurions trop nous intéresser au sort de ces pauvres âmes, qui n'attendent souvent qu'un souvenir de notre part pour leur délivrance, cl qui seront éternellement reconnaissantes de ce que nous aurons fait pour elles ! Mais, au milieu de tout cela, nous n'avons pas encore vu le lieu de votre Demeure, et nous ne savons pas en quoi elle consiste. Dites-nous donc un dernier mot à cet égard.

Demeure des Missionnaires.

B. Eminence ! Possédant dans la ville de Canton le beau et vaste terrain qui nous a été cédé au temps de la dernière guerre, l'ancien Palais du Vice-Roi, c'est là tout naturellement que se trouvent notre habitation et les différents établissements que nous avons élevés. Mais, comme tout ne peut pas se faire à la fois, notre Demeure n'est encore qu'un pauvre hangar, à demi ruiné et exposé à tous les vents ; ce qui, du reste, produit un très bon effet sur les Chinois et sur les Européens, qui voient que nous ne venons pas en Chine pour nous, mais bien pour un but plus élevé et plus digne de nos efforts. Aussi, un jour, le Gouverneur anglais de Hong-Kong, Mac Donald, venant me voir dans ma chambre, comme je lui faisais mes excuses de le recevoir en un lieu si pauvre et si peu digne de lui, c'est-à-dire sur la terre nue, sous la tuile, et avec un siège en bambous s Non, mon cher Évêque, me dit-il, en me frappant familièrement sur l'épaule, ne me faites pas d excuses pour cela. J'aime bien vous voir ainsi, Vous, l'Apôtre de la Vérité, ne venant dans ces pays lointains que pour y répandre la connaissance du vrai Dieu, et méprisant tout le reste; je voudrais bien pouvoir en dire autant de nos Ministre Protestants!
D'autre part, comme il faut bien pourvoir à la santé des Missionnaires, quand nos grands travaux seront achevés, alors pour nous aussi, nous tâcherons d'élever une Demeure suffisante, convenable, mais toujours en rapport arec la simplicité et la pauvreté qui doit être le partage des Ouvriers évangéliques.
D. Oui! Voilà qui est rien voir les choses ! Mais, en entreprenant ces nouveaux travaux, n'avez-vous pas à craindre l'opposition du Gouvernement chinois, et aujourd'hui où en êtes-vous à cet égard?

Dispositions actuelles du Gouvernement.

Eminence ! Depuis les derniers traités passés entre la France et la Chine, nous jouissons bien d'une certaine liberté, que nous n'avions pas précédemment, surtout dans les villes de Péking, Chang-Hay et Canton, où résident des Consuls européens. Mais, en général, les Chinois sont toujours fort opposés à l'introduction du Christianisme dans l'Empire, et, dès lors, il faut que nous-mêmes, dans l'exercice de notre ministère, nous mettions toute la prudence et la discrétion possibles. Pour moi, en particulier, un de mes premiers soins, à Canton, est d'entretenir de bons rapports avec le Vice-Roi, chaque année, au 1er jour de l'an chinois, lui envoyant un petit présent, comme un Fusil double et à piston, un revolver à 6 coups, une Canne à épée, une Montre en or et à répétition, un Réveille-matin, une Lanterne magique, une Machine pneumatique, un Télescope, un Microscope, une douzaine de Services d'argent, enfin quelques Bouteilles de liqueur fine ou de Champagne, qu'on fait sauter avec bruit, toutes choses qui sont toujours bien reçues, et qui portent la joie chez les Mandarins et dans leur entourage !
Je tâcherai également, et dans toutes les circonstances, de témoigner au Vice-Roi toute la considération et les égards qu'il peut attendre de moi. Un jour, par exemple, traversant la ville de Canton en palanquin, et l'entendant venir lui-même dans le sens opposé, porté par huit hommes et précédé du Tam-tam et des gongs chinois, je suis assez embarrassé an sujet de la conduite que je dois tenir, ne sachant pas si je dois rebrousser chemin, ce qui serait une sorte de défaite et une honte aux yeux des Chinois, ou bien aller de l'avant, ce qui pourrait froisser le grand Homme, et l'indisposer contre moi. Dans cette impasse, je me recommande à mon bon Ange, puis, poursuivant ma course jusqu'à 20 pas en avant du grand Mandarin, là je mets pied à terre, et je vais droit à Son Excellence, que je salue par une profonde inclination, répétée trois fois, selon l'usage du pays. Or, touché de cette marque publique de déférence de ma part, le Vice-Roi fait aussi arrêter son palanquin, me sourit agréablement, et me présente la main, pour me saluer à l'européenne, comme je l'avais salué à la manière chinoise; toutes choses qui furent bien remarquées de la foule des passants, et qui produisirent une bonne impression en notre faveur !
Néanmoins, malgré la teneur des Traités et ces attentions de notre part, il n'est pas d'année où nous n'ayons à déplorer quelque acte de violence exercé contre les chrétiens ou les objets de notre sainte Religion. Ainsi, l'année dernière, nous avons vu brûler ou renverser une vingtaine de Maisons qui servaient au culte religieux, et où nos pieux Néophytes se préparaient à la réception du saint Baptême. Mais, enfin, ce sont de ces misères auxquelles il faut bien s'attendre au milieu de ces Contrées payennes, et si nous ne pouvons pas les éviter entièrement, au moins nous tâchons d'en diminuer le nombre autant que possible, sans jamais nous décourager !
Dans ce moment, Sa Sainteté revenant à Nous, eh! bien, me dit-Elle, malgré les difficultés que vous avez rencontrées et que vous rencontrerez encore, on peut dire néanmoins que l'état de la mission est satisfaisant : le bien s'y fait, les conversions s'y multiplient, des Chapelles et des Eglises s'y construisent pour honorer le vrai Dieu et maintenir la foi et la piété dans le coeur des Fidèles, et enfin, il s'y forme un clergé indigène, pour donner des Prêtres à ces immenses populations et continuer le bien commencé : toutes choses qui démontrent un secours spécial de la divine Providence, et qui demandent de notre part toute la reconnaissance que nous pouvons lui témoigner!
B, Oui ! Très Saint-Père ! Je le comprends ; naturellement et de nous-mêmes nous ne pouvions pas faire ce qui a été fait dans la mission, il nous fallait pour cela une assistance particulière du Ciel, et je remercie l'Auteur de tout bien d'avoir bien voulu nous l'accorder, Mais, maintenant il nous faudrait une Bénédiction nouvelle pour l'avenir, Bénédiction, qui confirme le bien déjà fait, et nous donne la force d'entreprendre courageusement celui qui reste à faire ! Bénédiction pour nos bons Chrétiens et nos pauvres Payens de la Chine qui en out un si grand besoin ! Bénédiction pour tous les Confrères de la Mission qui travaillent avec tant de dévouement à la propagation de l'Evangile au milieu de ces pays infidèles ! Bénédiction pour nos parents, amis et bienfaiteurs, qui nous aident si puissamment dans cette oeuvre de salut! Bénédiction enfin pour moi, qui me ramène au sein de ma Mission, pour y continuer jusqu'au bout le travail commencé ! Et cette bénédiction, Très Saint-Père, qu'il me soit permis de la demander aujourd'hui même, par l'intermédiaire de Votre Sainteté et passant par ses mains sacrées. Et alors, je n'aurai qu'à remercier Votre Sainteté de toutes ses bontés, et à me féliciter de ce voyage de Rome, qui me rappelle celui que je fis pour la première fois, en 1857, et qui laissera également de si précieux souvenirs dans mon esprit et dans mon coeur!

Bénédiction du Saint-Père.

Oui ! Cher Evêque ! Accédant aux voeux que vous m'exprimez en ce moment et avec tant de coeur, je prie le Seigneur de bénir, et je bénis moi-même, en son nom et de sa part, cette Mission, qui m'en parait si digne, ces chers Missionnaires qui y travaillent avec tant de zèle et de dévouement, leurs pieuses Familles, qui font un sacrifice si pénible et si long, en s'en privant pour toujours, ces nouveaux Chrétiens si intéressants et si fidèles, la belle oeuvre de la Propagation de la Foi et celle de la Sainte-Enfance, les Personnes qui, en Europe, vous aident si puissamment du concours de leurs prières et de leurs généreuses charités, et, en particulier, cette multitude innombrable de Payens, qui croupissent encore dans les ténèbres du Paganisme, afin qu'ils ouvrent les yeux à la lumière de la vérité, et reconnaissent le souverain Maître de toutes choses ! Mais surtout. Seigneur, bénissez ce cher Evêque-Missionnaire, qui nous donne une preuve si touchante de son dévouement, en retournant au milieu de ces contrées loin! Unes. Ayez pour agréable ce qu'il fait dans ces pays payens, pour y répandre la connaissance de votre saint Nom : bénissez ses oeuvres, et, en particulier, cette Eglise élevée avec tant de peines et tant de soins ! Et enfin, après vous avoir servi fidèlement sur la terre, puissions-nous tous un jour aller recevoir de vos mains divines la récompense promise au serviteur fidèle, et qui sera l'accomplissement de la belle devise, qui préside aux destinées de la mission de Canton s In morte vita !

Conclusion

Alors, tous s'agenouillant reçurent pieusement la bénédiction du Chef de l'Eglise, et ainsi se termina cette séance, qui, en nous montrant l'extrême bienveillance du Souverain Pontife, a été pour nous tous une vraie consolation pour le passé, et sera encore, nous l'espérons, un puissant encouragement pour l'avenir. Puissions-nous en profiter, pour continuer avec ardeur l'oeuvre commencée, et répandre de plus en plus la connaissance du vrai Dieu au milieu de ces pays payens; oeuvre si digne de tous nos efforts et du concours des fidèles qui veulent bien nous aider, à qui nous en offrons nos bien sincères et religieuses actions de grâces, et qui, un jour, en recevront l'éternelle récompense avec nous !

Un missionnaire de Canton, assistant à la séance, et avec approbation de l'Evêque de la Province.

Vu et approuvé par nous,
ZÉPHIRIN GUILLEMIN, Ev. Miss.
Kouang-Tong (Canton)
Chine.

ETAT COMPARATIF
DE LA MISSION DU KOUANG-TONG, CANTON (CHINE)

En 1848
1. Evêque à Macao 1
2. Anciens Prêtres Chinois 1
3. Jeunes Prêtres Chinois 0
4. Catéchistes 0
5. Nombre de chrétiens 4,000
6. Séminaire avec 8 élèves 1
8. Eglise à canton 0
9. Orphelinat de petits Garçons 0
10. Orphelinat de petites filles 0
11. Chapelles dans la Province 8
12. Ecoles de Garçons dans la Province 4
13. Ecoles de filles 0
14. Cimetière à Canton 0
15. Cimetières dans la Province 4
16. Tombeaux près Canton 0
17. Baptêmes d'Adultes 30
18. Baptêmes d'Enfants exposés 160
19. Nombre de confessions Inconnu
20. Nombre de communions Inconnu

En 1881
Evêques à Macao 2
Missionnaires Français 34
Jeunes Prêtres Chinois 5
Catéchistes soldés par nous 50
Nombre de chrétiens aujourd'hui 26,000
Séminaires 1 à Canton, 1 à Pinang (50 élèves) 2
Ancien Palais du Vice-Roi (mille pieds de long, 600 de large) 1
Grande Eglise ogivale 1
Orphelinat avec 120 petits Garçons 1
Orphelinat avec 60 petites filles 1
Chapelles A Sancian 2, ailleurs 110 112
Ecoles de Garçons 70
Ecoles de filles 20
Cimetière à Canton - Grande vallée à ½ lieue de Canton (3 mille pas de circuit) 1
Cimetières dans la Province, aujourd'hui 10
Grand Terrain pour Villa 1
Baptêmes d'Adultes en l'année 1881 1,262
Baptêmes d'Enfants exposés en l'année 1881 4,324
Nombre de confessions en l'année 1881 41,300
Nombre de communions en l'année 1881 40,108

NOMS DES MISSIONNAIRES
ACTUELLEMENT EMPLOYÉS LA MISSION DE CANTON

Diocèse Année de départ
Evêque : Mgr GUILLEMIN, Philippe-Franç,-Zéphirin, Evêque de Cybistra en 1837. Besançon 1848
Coadjuteur : Mgr CHAUSSE, Augustin, évêque de Capse en 1880 Le Puy 1862
Pro-préfet : M. BÉAL Antoins Clermont 1849
Missionnaires : MM. BERNON André Bordeaux 1849
JACQUEMIN, Charles-J.-Bapt. Nancy 1851
CHAGOT, Michel-Gaspard Limoges 1851
DELSAULT, Jacques Cahors 1858
GOUTAGNY, Fleury Lyon 1859
MOUROUX, Charles.M.-L. Orélans 1863
HOUERY, Victor-Jean Nantes 1863
VERCHERE, Jean-M.-Ph Autun 1863
GERARDIN, Joseph Nancy 1863
DEJEAN, Jean-Fr.Joseph Lyon 1867
BOUSSAC, Jean-G.-Jul.-M. Albi 1868
BAROIS, Louis-Octave Poitiers 1869
GRIMAUD, Avit-Ad.-A, Gap 1870
GENOUD, Marie-Jos.-Fr. Annecy 1870
MIIOUX, Emile-Alphonse Grenoble 1872
GUILLAUME, Charles-Al. Nancy 1872
BERTHON, Jean-Bapt.Erm. Poitiers 1872
GAUTHIER, Jean Auntun 1873
DENIS, Dominique-Jules Angers 1873
SORIN, Henri Nantes 1874
CODIS, Antoine.-J.-Val. Rodez 1874
DELETRAT, Piere-Casimir Annecy 1875
TEURTRIE, Hules Coutances 1875
BRUGNON, Eugène-Charles Reims 1876
GRANDPIERRE, Jos. Alb.-A. Besançon 1876
HERVEL, Donatien-M.-Tous. Nantes 1876
FERRAND, Auguste-P.-V.-Fl. Mende 1876
VACQUEREL, Henri-Constant Bayeux 1878
SERDET, Léandre-Félix Besançon 1879
LAURENT, Ferdinand-Henri Paris 1880
FLEUREAU, Désiré Louis Orléans 1881
MEREL, Jean-Marie Nantes 1881
LANOUE, Auguste-Joseph Besançon 1881

NOUVELLES OEUVRES A ÉTABLIR

I. Achèvement de l'Eglise,
Comprenant 1° les Autels, 2° Les Vitraux, 3° Cloches, et 4°Horloge

II. Grand Portail en faon de l'Eglise,
Genre ogival, à 3 compartiments, avec une Croix au sommet

III. Érection d'un Séminaire.
A côté et en avant de l'Eglise, pouvant contenir de 60 à 80 Elèves, avec une imprimerie chinoise dirigée par les élèves.

IV. Maison pour les Missionnaires,
A côté de l'Eglise et faisant face au Séminaire.

V. Chapelle du Cimetière,
Chapelle ogivale, à placer au centre de la vallée.

VI.. Chapelle de Pèlerinage,
En l'honneur de la Sainte Vierge, à 3 ou 4 lieues de Canton.

VII. Petite Maison de campagne,
A Provana, à une lieue de Canton.

Nota. - Déjà les cloches sont fondues et en grande partie payée avec un Canon qui nous a été donné par un amiral français à Canton et vendu 10 mille francs. J'ai reçu aussi de notre Gouvernement la promesse d'une statue de Saint-Louis, en fonte, de 6 pieds de haut, à mettre en avant de l'Eglise. Les autres oeuvres se feront également, je l'espère, avec le secours de la divine providence, et formeront ainsi les principaux fondements de la Mission.

Nunc et in posterum Deus nos benedicere velit
Sicut antea benedicere dignatus est !

(1) Bien des personne me demandant une vue ou seulement un croquis de l'île de Sancian, dans une de mes courses dans ce pays, j'ai pu tirer le plan et en faire faire une photographie, représentant les principaux points de l'île avec les constructions que nous y avons élevées et le procession des procs sacrés : photographie qui donne une idée assez juste du pays, et dont une des premières feuilles revenait tout naturellement à celui qui nous envoie et de qui nous tenons tous nos pouvoirs.
(2) Comme on vient de le voir plus haut, la construction de l'Eglise de Canton est due en grande partie aux libéralités de l'Empereur Napoléon III, et dès lors c'était un devoir pour moi de lui en témoigner ma reconnaissance. Aussi, après la prise de Canton par les troupes françaises, ayant pu me procurer le Brûle-parfums, où la veille même, le vice-roi avait offert un dernier sacrifice à ses dieux, j'ai cru devoir en faire l'acquisition, affin de l'offrir à sa Majesté comme une pièce capable de l'intéresser. Composé d'un grand bassin, posé sur quatre pieds, puis surmonté de quatre colonnes et d'un petit clocheton, qui s'élève à la hauteur de 4 mètres, le tout en fonte et entremêlé de moulures habilement travaillées, c'est un ouvrage qui, avec des formes gracieuses, présente un genre complètement chinois, et qu'on ne trouverait pas ailleurs.
J'ai également envoyé à sa Majesté l'Impératrice une vie des environs de Canton, faite en filigrane d'argent et représentant un jardin chinois avec une tour, une pagode à ses pieds, une nappe d'eau, des oiseaux et des fleurs, le tout formant un paysage curieux, et dont Leurs Majestés voulurent bien me remercier, me disant gracieusement que placés au musée de Versailles, c'étaient deux des plus beaux objets de cette riche collection. Au moins pour moi c'était un devoir de reconnaissance à remplir envers Leurs Majestés et j'étais content d'avoir pu m'en acquitter le moins mal possible !


De Paris au Tibet : Notes de voyage
Francis Garnier
1882

Les Missionnaires catholiques d'aujourd'hui sont sans doute bien loin des Jésuites du siècle dernier. On peut regretter que leur nombreuse phalange n'ait produit que fort peu de travaux comparables à ceux des savants prédicateurs anglais ou américains. On leur reproche une préoccupation de dominer, une tendance fâcheuse à se mettre en dehors et au-dessus des lois et des moeurs du pays qu'ils habitent, dont la preuve la plus frappante est leur zèle à bâtir de hautes cathédrales, chez un peuple qui attribue aux constructions élevées les influences les plus malfaisantes (1).
Ce n'est point ainsi qu'il faut traiter les préjugés d'une nation de 400 millions d'âmes. Les excès de zèle, dont se sont rendus coupables les Missionnaires catholiques, ont été habilement résumés, exploités et travestis dans un document diplomatique rédigé par le gouvernement chinois à la suite du massacre de Tien-tsin. M. Gicquel en a reproduit de nombreux passages. Le fait le plus grave reproché par le mémorandum aux Missions catholiques, c'est la conversion au christianisme d'une bande de voleurs qui aurait pu, grâce au baptême, échapper à un châtiment légal et mérité. Il va sans dire que cette accusation ne repose sur aucune donnée sérieuse (2). Il en est de même du plus grand nombre des griefs imputés aux Missions. Fondées au point de vue européen, ces accusations sont absolument injustes et fausses au point de vue chinois. Rédigées par la main d'un étranger, elles ont été habilement calculées pour faire impression sur des lecteurs français.. Il ne serait, par exemple, jamais venu à la pensée d'un Céleste de faire un crime aux évêques d'intervenir auprès des mandarins dans toutes les affaires où se trouvent mêlés des chrétiens indigènes. La solidarité qui unit en Chine tous les membres d'une corporation ou d'une communauté est à la fois dans la loi et dans les moeurs : on ne peut y échapper. C'est un contre-poids indispensable à la corruption et à la vénalité des juges ; elle contribue puissamment à maintenir la sécurité publique, à assurer l'équité des transactions. Dans une pareille civilisation, le prêtre manquerait à son devoir s'il se refusait à faire pour ses ouailles ce que le maître d'école fait pour ses élèves, ce que le patron fait pour ses ouvriers.
Et que sont d'ailleurs les agissements excessifs de nos Missionnaires au prix du crime de l'opium que les Anglais éclairés condamnent aujourd'hui et dont leur commerce continue pourtant à profiter ? Que sont ces fautes, réelles parfois, je l'avoue, mais si grossièrement et si visiblement amplifiées, en comparaison de certains actes du commerce européen cités au commencement de cette étude.
En résumé, les Missions catholiques font un bien considérable que proclament leurs adversaires eux-mêmes. C'est surtout dans l'intérieur du pays, loin des souvenirs irritants laissés par les dernières guerres, que l'on peut apprécier l'heureuse action qu'elles exercent. Tous les voyageurs qui ont pénétré en Chine leur rendent hautement ce témoignage. Quant à moi, je me suis toujours retrouvé avec le plaisir le plus vif au sein de ces chrétientés qui font à l'étranger un accueil si bienveillant, et au milieu desquelles on respire une atmosphère dégagée des pratiques puériles de la vie chinoise. C'est comme une aurore de civilisation européenne qui commence à éclairer le vieux monde oriental et prélude à son rapprochement avec le nouveau monde de l'Occident. Le bon accord qui règne presque partout entre les pasteurs de ces petits troupeaux et les autorités locales, l'empressement que les agents du gouvernement mettent à réclamer le concours des Missions dans les circonstances difficiles, étonnent et charment à la fois. C'est le nom de la France qui est surtout connu des mandarins chinois et aimé des chrétiens indigènes. Pékin nous en fait un crime. Pourquoi ne comprend-il pas qu'en entrant franchement dans les voies de la civilisation il transformerait cette influence et ferait des Missionnaires les plus solides auxiliaires du gouvernement central ?
Et, en défendant cette opinion, nous sommes cependant bien loin de partager les espérances religieuses qui soutiennent dans les pays lointains les apôtres du christianisme. Nous ne croyons pas à la conversion de la Chine et nous considérons du reste comme inutile d'en poursuivre la réalisation. Le sentiment religieux est une faculté qui manque au peuple chinois. Il n'est accessible qu'à des considérations d'intérêt matériel. Nous n'avons jamais rencontré chez lui ce fanatisme que M. Gicquel représente comme surexcité par la prédication d'une croyance nouvelle. La métaphysique et le dogme laissent le Chinois profondément indifférent. Absorbé tout entier par la lutte acharnée de l'existence, par la préoccupation toujours renaissante du lendemain, éternel souci de sa nation laborieuse, il ne cède qu'exceptionnellement aux considérations d'un ordre plus élevé. Mais, si les doctrines chrétiennes n'ont pas grande chance de se répandre et de germer dans le pays de Confucius, ceux qui les prêchent ne rendent pas moins les plus signalés services à la cause de la civilisation européenne en en faisant connaître l'étendue et apprécier la portée.
 

(1) Parmi les dissentiments les plus graves qui se soient élevés entre le gouvernement chinois et la légation de France, plusieurs n'ont pas eu d'autres motifs que l'érection par les Missionnaires de monuments de ce genre. L'Assemblée nationale a voté, il y a quelque temps, un crédit de 75 000 francs pour l'achèvement de la cathédrale de Canton. Ce bel édifice, presque entièrement construit au frais du gouvernement français, témoigne, avec plus de faste que d'habileté politique, de l'intérêt que la France porte à la religion. Hors de proportion avec le nombre des chrétiens de Canton, il est condamné à rester toujours à peu près vide, défi permanent et inutile aux préjugés d'une populace particulièrement hostile aux Européens. : Puisse-t-il ne pas attirer sur les Chinois catholiques et sur nos Missionnaires une catastrophe analogue à celle de Tien-Tsin !
(Note de l'auteur.)
(2). Voici très en raccourci les événements qui lui ont donné naissance. On sait qu'à l'intérieur de la province du Kouei-tchéou vivent des populations indépendantes, désignées sous le nom générique de Miao-tse. Elles sont, depuis des siècles, en état de lutte perpétuelle avec le gouvernement chinois. En 1864, une de leurs bandes, cernée dans les montagnes, mais dans une situation inaccessible qui la rendait impossible à réduire, commettait, malgré l'armée chinoise, d'horribles déprédations. Le commerce de la province souffrait cruellement. Menaces, promesses d'amnistie, tout avait échoué. Dans, cette extrémité, le vice-roi eut la pensée d'employer les Missionnaires comme médiateurs, et il pria M. Vielmon, prêtre français, qui résidait depuis plusieurs années dans le Kouei-tchéou, d'aller porter à ces barbares des conditions acceptables pour les deux parties. La négociation eut un plein succès. Plus confiants dans la parole du Français que dans les serments, toujours violés en pareil cas, des autorités chinoises, les Miao-tse se retirèrent par la route qui leur fut désignée et renoncèrent à leurs brigandages. M. Vielmon se servit plus tard de l'influence que lui avait donnée auprès d'eux la réussite de sa mission pour en convertir un grand nombre au christianisme. Tel est, dans toute sa vérité, le fait travesti par le mémorandum. Cela donne la mesure de la bonne foi de la diplomatie chinoise !
(Note de l'auteur.)
 


Annales de la propagation de la foi : recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires des missions des deux mondes
1883

PREFECTURE APOSTOLIQUE DU KOUANG-TONG.

Mgr Guillemin, le vrai fondateur de la mission du Kouang-Tong, fatigué par ses longs travaux, affaibli par l'âge et les maladies, a été forcé, depuis quelques années, d'aller demander au climat plus doux de l'Europe une santé qui dépérissait sous le soleil des Tropiques. Désirant lui venir eu aide, le - Saint-Siège a nommé pour coadjuteur à l'évêque de Cybistra. Mgr Augustin Chausse, depuis vingt ans missionnaire au Kouang-Tong. Quelque temps après son sacre, le nouvel évêque écrivait à MM. les directeurs de l'OEuvre de la Propagation de la Foi. Cette lettre résume fidèlement l'état de la préfecture apostolique et donne des détails sur divers événements dont nous avons entretenu nos lecteurs. Nous en citons quelques passages :
[...]
« C'est ainsi qu'aujourd'hui la terrible secousse que nous avions éprouvée est à peu près oubliée. Nous avons repris nos oeuvres et nos travaux. Le marteau retentit de nouveau au- tour de nos constructions; l'église de Canton avance toujours, mais lentement, l'état de nos finances ne nous permettant pas d'aller plus vite. Voilà vingt ans qu'on y travaille ; il faudrait encore plus de cent mille francs pour la terminer : les croisées attendent des vitraux et l'intérieur une ornementation quelconque. En ce moment, j'essaie de soustraire au vent et à la pluie les ouvertures supérieures de la grande nef ; c'est un provisoire qui pourra, je l'espère, résister aux typhons épouvantables de ces contrées. Quand la fortune viendra, nous tâcherons de faire quelque chose de plus brillant ; aujourd'hui nous visons à l'économie et à la rapidité.
« Quand donc les belles cérémonies catholiques pourront- elles se dérouler dans notre cathédrale ? Hélas, nos charges s'accroissent avec nos oeuvres, et nos ressources diminuent au lieu d'augmenter !


La Hiérarchie catholique en Chine, en Corée et au Japon (1307-1914)
Essai par le Père Joseph de Moidrey, S.J.
1914

Philippe-François-Zèphyrin Guillemin,, M.E.,
né à Vuillafans, dioc. de Besançon, 16 mars 1814; prêtre, 1839; entré aux M.E, 1848 ; parti, 9 août 1848 ; arrivé à Canton, 12 oct. 1849 ; nommé préfet apostolique du Koang-Tong, Koang-Si et Hai-nan par bref du 16 nov. 1853. Ce territoire n'était cependant pas soustrait à la juridiction de Macao. Nommé év. de Cybistra. en IIe Cappadoce (Cybistren.), par bref du 8 août 1856 ; se rend à Rome au début de 1857, et est sacré par Pie IX dans sa chapelle privée, le 25 janv. 1857.
Le 17 sept. 1858, un bref de séparation érige la préfecture du Koang-tong, Koang-si et Hai-nan.
En 1875, Hai-nan est rendu à Macao, ainsi que le district de Hiang-chan. Accord signé 23 mars 1876. Voir Boletim de Macau. mai 1909 p. 258; + à Besançon, 5 avril 1886 (L. p. 47
seqq.).
Rem. Le concordat de février 1857 ne fut pas ratifié par Pie IX (X 1886 p. 155)


La Semaine religieuse de Nancy - 7 septembre 1884 - n° 36 - p. 711

CANTON. - D'après une dépêche de l'agence Havas, le 28 août :
La cathédrale de Canton a été envahie par la populace et dégagée ensuite par les soldats chinois, sur la demande des consuls, qui ont engagé l'évêque et les missionnaires à quitter la ville.


La Semaine religieuse de Nancy - 19 octobre 1884 - n° 42 - p. 627

CANTON. - Le Yang-Tse, des Messageries maritimes. est arrivé le 7 octobre à Marseille. venant de l'Indo-Chine.
A Hong- Kong, le Yang-Tse a pris comme passagers les Pères missionnaires français et les jeunes catéchistes chassés de Canton par les autorités chinoises. à la suite des derniers évènements.
Ces missionnaires ont raconté à bord que la belle église catholique de Canton. la cathédrale comme on l'appelle, construite par les soins de Mgr Guillemin, a été entièrement saccagée. mais non détruite. Elle est en granit très dur. Les Chinois ont également bouleversé le monument funèbre élevé, dans le cimetière de Canton, à la mémoire des soldats français morts en Chine après la campagne de 1860. Le Yang-Tse qui avait pris les missionnaires et les catéchistes à Hong-Kong. les a déposés à Singapore, d'où ils ont gagné Penangh, où ils ont un noviciat très important. Ces Pères de la Mission, qui exercent en Chine leur apostolat, ont le costume du pays et ressemblent à des mandarins avec la robe bariolée et la longue tresse de cheveux derrière la tête. Les catéchistes qu'ils ont amenés sont de jeunes Chinois couvertis au catholicisme et qui seront, à leur tour, d'excellents propagateurs de la foi chrétienne dans leur propre pays.
Actuellement, cinq cents missionnaires catholiques sont répandus en Chine pour propager l'Evangile, mais toujours au milieu des difficultés soulevées par le gouvernement chinois. qui s'imagine que les missionnaires sont des agents politiques français et part de là pour les persécuter. Les récentes opérations de l'amiral Courbet n'ont fait que surexciter l'animosité de la population et du gouvernement de la Chine contre les missionnaires de notre pays, qui ne se découragent pas pour cela et qui sont prêts à reprendre leur apostolat dès que les hostilités de la France et du Céleste-Empire auront pris fin


Eglise de Canton - 1889
Annales de la propagation de la foi - 1889


 
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1903
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1910

 



 

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