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1587 : Itinéraire et ravages de reîtres en Lorraine (2)

 


ITINERAIRE ET RAVAGES DES REITRES EN LORRAINE SOUS LA CONDUITE DU DUC DE BOUILLON (1587)
par l'abbé Edmond CHATTON

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN - TOME LXIe - 1911
(notes renumérotées en fin de document)


VI
Vendredi 4 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : Les protestants stationnent sur les bords de la Meurthe. - La Huguerie quitte Lunéville, où il était en pourparlers. - Les colonels de Dommartin et de Werren protestent contre les incendies continuels. - Commentaire : Identification du colonel de Dommartin, - Notes biographiques.

EPHÉMÉRIDE [pages 160-166]
« Le vendredy 25 d'aoust, l'armée séjournant encores à Fronville (160) et es environs sur la rivière de Muz, nous desjeusnasmes de bon malin avec ledit sieur d'Aussonville...
En partant, il me pria de dire au sieur de Clervant de se souvenir de ce qu'ils avoient conféré ensemble sur le pavé, auprès du chasteau de Nancy... Estans arrivez à Froville (161), nous y trouvasmes les colonels Dommartin et Werren, envoyez vers le sieur de Bouillon pour fere encores leurs remonstrances et protester du feu que les François continuoyent à mettre partout et pendant nostre absence, contre ce qui leur avoit esté promis cy-devant... » De là nous allâmes au quartier pour renvoyer les otages. Le duc de Bouillon et le baron de Dohna convinrent que, chaque fois qu'il s'agirait de choisir des logements, ils seraient placés tous deux à proximité l'un de l'autre, pas à plus d'un quart d'heure ou d'une demi-lieue, pour pouvoir se concerter sur les nécessités du service.
« Après disner, nous feismes monter nos ostages à cheval et les conduisîmes par les cartiers desdits sieurs de Bouillon et baron (de Dohna) et de là jusques au village plus proche de Limminville... » Je les priai d'informer M. d'Haussonville, à leur arrivée, de la démarche des sieurs de Dommartin et Werren, pour protester contre les incendies allumés par les Français.
Je reconnus bien que Monsieur de Lorraine n'était pas en mesure de nous empêcher de passer dans ses États, et qu'on aurait pas de si tôt les forces qu'on feignait d'avoir sous la main, quelque assurance qu'ait donnée le duc de Guise, que Lunéville était défendu par une bonne garnison et par d'assez bonnes fortifications. On m'avait dit aussi que M. de Guise avait de bons serviteurs dans notre armée : ce qui me fit souvenir de la parole d'Espaux, arrivant près de Quitry, et assurant que nous étions trompés et trahis, et que nous ne verrions jamais le roi de Navarre.

COMMENTAIRE
N'oublions pas que « Froville » ou « Fronville » est une erreur de transcription et qu'il s'agit très probablement de Glonville ; en tout cas, d'une localité sur la Meurthe, en amont de Lunéville, puisque les otages, en revenant de ce poste vers M. d'Haussonville, traversent le quartier du duc de Bouillon, établi sur la rivière, un peu au-dessus de cette ville. Pendant ce temps, les sieurs de Rosne et de La Routte sont dans la région de Dieuze, occupés sans doute à déverser l'eau des étangs dans les vallées et à créer ainsi des barrières artificielles (162).
Il serait intéressant de reconnaître quel a été ce colonel de Dommartin, qui commandait dans l'armée protestante et qui s'éleva plusieurs fois avec énergie contre les feux qu'on allumait partout sur son passage. Le lendemain de ce jour, en passant à Gerbéviller et en voyant qu'on ne tenait aucun comptede ses justes remontrances, il menaça, dit Quitry, de déserter l'armée protestante ; ce qui émut les Français qui entendirent ses propos (163).
Les annotateurs de l'Éphéméride se bornent à nous dire qu'il était « capitaine protestant d'un régiment français ». Il n'est pas douteux qu'il fût lorrain. Son indignalion à la vue du vandalisme de ses compagnons d'armes, est déjà un indice sérieux de son patriotisme froissé ; mais nous avons quelque chose de plus décisif. Dans la conversation diplomatique à laquelle prirent part La Huguerie et le baron d'Haussonville, lorsqu'ils s'abouchèrent le 15 août, sur la route de Saverne à Phalsbourg, près de La Roche, La Huguerie, dans un exorde insinuant, exprimja à son interlocuteur l'espoir qu'il avait d'aboutir à un arrangement, parce qu'il avait été informé, disait-il, de ses dispositions conciliantes par le colonel de Dommartin.
C'est donc que celui-ci connaissait bien le baron d'Haussonville pour l'avoir fréquenté. Ce qui achève notre conviction sur le sieur de Dommartin au sujet de sa qualité de lorrain, c'est que d'Haussonville répondit aussitôt à La Huguerie : qu'il avait déjà « fait entendre à Monsieur de Dommartin comme son amy » que, malgré sa présence dans le camp adverse, « il ne pouvoit croire qu'il n'eust encores une croix de Lorraine dans le coeur, pour regarder à ne faire chose qui ne fust pour le bien de son prince, qui ne luy avoit jamais donné autre subject » (164).
Un peu plus loin, L'Éphéméride, aux dates des 10 et 11 septembre (n. st.), nous livre encore quelques détails qui nous permettent de serrer de plus près celui que nous cherchons à identifier. Quand l'armée campait encore à Ceintrey, à Pulligny et sur les bords du Madon, le colonel de Dommartin, devançant les siens, alla jusqu'à Germiny, pour y prendre son logis, et La Huguerie prépara un paquet de dépêches à destination de l'Allemagne, qu'il alla porter lui-même à ce colonel à Germiny (165). A la date du 15 septembre, La Huguerie écrit de plus qu'au delà de Vaucouleurs, il fit une dépêche « pour envoyer encore en Allemaigne, par le moyen dudit sieur de Dommartin, qui nous promit de la faire seurement tenir par sa belle-mère à Germigny et de là en Allemagne » (166). Puisque ce colonel avait de la famille, des amis et des intérêts matériels à Germiny, on comprend sa préférence marquée pour ce village, quand il s'agit de choisir un abri dans cette contrée. Et à quel personnage correspond ce signalement, en 1587 ? Nous ne connaissons que François de Dommartin, qui possédait un des trois châteaux de Germiny, celui qu'on nommait le château Emmy (du milieu) (167). En 1577, le 4 mai, ce François de Dommartin, chevalier, seigneur dudit lieu (168), de Germiny et de Vronville, chambellan de.Charles III, grand gruyer du duché de Lorraine, fit ses reprises pour ce qu'il tenait à Germiny du chef de sa grand'mère, Anne de Germiny, et du chef de son oncle paternel, François de Dommartin, seigneur de Haroué et de Germiny en partie. II avait été nommé grand gruyer du duché de Lorraine, le 20 juillet 1576, pour remplacer son père décédé, Nicolas de Dommartin (169). Il était donc l'obligé du duc de Lorraine à plusieurs titres.
Comment François de Dommartin est-il allé s'enrôler dans l'armée huguenote ? Nous pensons qu'il y a été entraîné par ses attaches de famille ou par ses idées religieuses, peut-être à la fois par ces deux raisons. A la vérité, nous ne rencontrons pas son nom parmi ceux des protestants lorrains les plus connus, cités par M. Pfister dans l'Histoire de Nancy (170), mais nous remarquons plusieurs circonstances qui témoignent au moins d'une certaine affinité avec le parti protestant.
D'abord, il devait avoir des accointances avec Robert de La Marck, lui-même connu sous le nom de duc de Bouillon, le célèbre chef de l'expédition de 1587, puisque son père avait été tuteur, dès 1564 (171), de Diane de Dommartin, dont la mère était Philippine de La Marck (172). Sa parente, la très opulente Diane de Dommartin elle-même, qui mourut en fervente catholique vers 1621, après avoir fait beaucoup de fondations pieuses (173), avait eu pour premier mari un protestant, le rhingrave Jean-Philippe, mort à la bataille de Montcontour en 1569 (174), et elle avait été élevée dans un milieu non catholique. Enfin, à Fontenoy-le-Château, où François de Dommartin était seigneur en même temps que Diane, les plus notables familles avaient adhéré à la Réforme et avaient été obligées de s'expatrier avant 1589, à cause de cette contravention aux ordonnances de Lorraine (175). Cette infiltration du protestantisme dans un village qu'on disait très éloigné des grandes voies de communication, eût été difficile sans la connivence des seigneurs de l'endroit, c'est-à-dire de François de Dommartin, puisque Diane et son mari étaient alors de zélés catholiques.
Quand, deux mois plus tard, l'armée protestante sera écrasée à Auneau et se débandera, Dommartin s'enfuira à cheval pour aller rejoindre le roi de Navarre. Il restera si attaché à la cause du Béarnais, malgré l'échec de l'expédition de 1587, que, deux ans plus tard, il ira en Alsace pour se mettre à la tête d'une nouvelle armée de secours, avec quelques autres officiers. Mais cette fois, avant que cette armée ne soit complètement organisée, les Lorrains fondront sur ces rassemblements huguenots et les mettront en pièces ou les disperseront. Ce sera une occasion pour Charles III d'envoyer des courriers dans toutes les directions, au pape, à l'évêque de Metz, au duc de Parme, au roi d'Espagne, aux chefs de la Ligue, pour leur annoncer cette victoire décisive (176).
D'après le Héraut d'armes de Perrin de Dommartin (177), François de Dommartin mourut seulement en 1624, dernier de son nom et de ses armes. Il avait épousé N. de Dinteville, dont il n'avait pas eu d'enfants.
Cette dernière indication achève de nous fixer sur la personne de Dommartin et sur la famille à laquelle il s'était allié, car La Chenaye-Desbois (178) nous apprend qu'en effet il y eut un François de Dommartin, colonel de reîtres, qui épousa Marguerite de Dinteville, fille de Guillaume de Dinteville, seigneur des Chenets, bailli de Troyes, gouverneur de Bassigny, capitaine de Langres, mort en 1558 âgé de 54 ans, et de Louise de Rochechouart, que celui-ci avait épousée en 1546. Une soeur de Marguerite, Gabrielle, avait épousé Philibert de Coligny, seigneur de Crecia. C'était un point d'attache de plus avec le parti protestant. Cependant, nous rencontrons d'autres personnes de cette maison qui vivaient dans l'intimité de la famille de Charles III. Ainsi, le livre des comptes de l'année 1587 porte cette mention : « A madame de Dinteville, gouvernante de Mesdames les princesses, la somme de 1 000 francs pour ses gages de la présente année (179). » Cette dame devait être très âgée en 1587, si les dates fournies par La Chenaye-Desbois sont exactes et se rapportent à la même personne. Selon cet auteur, Gabrielle de Stainville, qui fut gouvernante des princesses de Lorraine, aurait épousé, par contrat du 7 février 1534, Jean de Dinteville, tué au siège de Metz en 1552 (180). François de Dommartin, chambellan de Charles III, figure aussi dans le budget de ce souverain ; mais en 1587 la colonne des dépenses réellement effectuées reste en blanc vis-à-vis de son nom : « A Mr de Dompmartin, grand gruyer de Lorraine, autre chambellan, 600 francs pour ses gages de la présente année, n'a servy » (181). Ces deux derniers mots : « n'a servy », quoique très laconiques, confirment l'identification proposée, et suffisent à nous faire deviner pourquoi François n'a pas rempli ses fonctions de chambellan, et pourquoi il n'a pas reçu ses gages. En 1585 et 1586, il les reçut encore (182) ; en 1588, la formule de la dépense était préparée et écrite avec le nom du destinataire, mais le mot Dompmartin est barré d'un trait de plume et surmonté du mot Monstreul (183). Des lettres patentes de 1588, à la date du 25 avril, nous en effet, apprennent discrètement que le sieur de Dommartin fut destitué de son office de grand gruyer et que Jean-Philippe de Savigny, seigneur de Montreuil (184), fut nommé à sa place.
Charles III n'explique pas au public les raisons de ce changement : « Comme, pour certaines bonnes et justes considérations, nous ayons trouvé expédient pour le bien de nostre service descharger le sieur de Dompmartin de l'estat de grand gruyer de nostre duché de Lorraine, et prouvoir en icelluy de personnages capables... ».
Sous l'influence de quels mobiles, le mécontentement (185) qui aigrit quelque temps le coeur de François de Dommartin contre son souverain, se dissipa-t-il, et les dispositions de Charles III à son égard changèrent-elles ? Nous l'ignorons. Dans leurs sentiments réciproques, il se fit une évolution qui aboutit à un rapprochement, si bien que le duc de Lorraine, par lettres patentes du 9 mai 1600, nomma François colonel de reîtres. Le texte officiel ne fait aucune allusion aux griefs passés. Impossible de lire entre les lignes autre chose que l'estime inspirée par de grands mérites, y compris celui de la fidélité. « Comme nous avons trouvé expédient et nécessaire pour le bien de nostre service, conservation et repos de nos pays, de nous prouveoir en temps de paix et retenir à nostre service, entre autres chefs et conducteurs de gens de guerre, un colonnel de rheistres pour nous en servir aux occasions qui s'offriront ; et soit qu'ayant esgard à la longue expérience que nostre très cher et féal François de Dompmartin, seigneur dudit lieu, a à la conduicte des gens de guerre..., y ayant par sa valeur et bonne conduicte acquis justement la renommée de bon colonnel, joinct la fidélité, preudhomie, loyauté, valeur », et autres bonnes qualités que nous connaissons en la personne dudit Domrnartin, le nommons colonel entretenu de 1 500 reîtres pour notre service, aux appointements de 2 000 francs (186).
François de Dommartin vivait encore en 1626 (187).
Nous verrons plus loin que plusieurs autres gentilshommes lorrains ayant fait défection en 1587, rentrèrent aussi en grâce ; nous connaissons du moins Frédéric de Lutzelbourg et Georges de Nettancourt.

VII
Samedi 5 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : Mouvement de Froville (Glonville) à Bayon et aux environs. - On décide que, le lendemain, on ira chercher l'ennemi dans la plaine de Saint-Nicolas. - Commentaire : Incendie, et pillage de Froville. - Incendies et graves dommages soufferts par Gerbéviller, Réménoville, Moranviller, etc., Saint-Boingt, Rozelieures, Clayeures, Einvaux. - Destruction de Chaumont (?) - Incendies et dégâts à Belchamp, Roville-devant-Bayon, Bainville-aux-Miroirs, Charmes. - Charles III permet de brasser de la bière pour suppléer au défaut de vin. - Mouvement des troupes lorraines.

EPHÉMÉRIDE [pages 166-167]
« Le sammedy 26 d'aoust, nous partismes de Froville et es environs pour venir à Bayon, Flainville et autres lieux de çà de là, le long de la Mozelle. » Avant de partir, le duc de Bouillon ordonna de laisser quelques cornettes en arrière pour faire escorte aux Suisses qui traînaient lentement l'artillerie, et qui étaient toujours en retard à cause du mauvais état des chemins. On décida qu'on irait chercher l'ennemi le lendemain dans la plaine de Saint-Nicolas. On avait reçu avis, en effet, que « l'ennemi nous costoyoit de près vers ce lieu-là et se mettoit en embuscades pour attrapper quelques uns des nostres... » On se donna rendez-vous, pour le lendemain, à l'abbaye « de Beauchamp».

COMMENTAIRE
La manière dont s'exprime La Huguerie en ce passage, montre une fois de plus que le « Froville » où l'on s'est arrêté plusieurs jours et d'où l'on part le samedi 5 septembre, ne peut être le Froville que nous connaissons, puisque celui-ci est situé à moins d'une lieue de Bayon, et que celui que La Huguerie a en vue, en était distant de la longueur d'une étape.
Il n'en reste pas moins très certain que l'armée du duc de Bouillon passa à Froville ; mais elle ne dut pas y pénétrer avant le 5 septembre. Il y avait à Froville un prieuré bénédictin qui relevait de Cluny. Son église remarquable, qui datait de la fin du XIe siècle, et qui est contemporaine de celle de Laître-sous-Amance, subsiste encore en grande partie ; elle a été l'objet de plusieurs études de la part de nos confrères de la Société (188). Le portail actuel qu'admirent les passants, et d'autres travaux importants de restauration, étaient alors récents et ne remontaient pas plus haut que le commencement du XVIe siècle. Nicolas Ranconnel était prieur de Froville et coseigneur du lieu avec Nicolas et Humbert de Bilistein, seigneurs en partie de Villacourt et de Magnières. Ceux-ci venaient d'enterrer leur père Nicolas, en 1580, dans l'église du lieu, et le prieur leur avait permis, à cette occasion, d'en noircir les murailles en signe de deuil (189). Voici les mutilations et les méfaits des soldats du duc de Bouillon, que nous relaie une enquête minutieuse, dont je ne connais pas d'autre exemple. Cette pièce curieuse nous a été conservée dans les archives des moines.
Les ruines trouvées tant en l'église de Froville qu'en la maison, grange et villaige dudit lieu, tant pour l'injure du temps et oraige que pour le passaige du duc de Bouillon, en l'an 1587 le 25 octobre. (C'est la date de l'enquête.)
1er. Vers la Saint-Jean-Baptiste, la tour du clocher tomba, l'assiette de dessus, le bois et assins à demy pourris, et ce par oraige.
Item, les gens de Mr' de Bouillon emportèrent le calice du prieuré, rompirent les chandeliers de cuyvre, la table du grand autel, brûlèrent tous imaiges avec la dicte table, ensemble celles de la cure, le siège du prieur en forme de chèze, avec aultres où souloient chanter les prestres.
Item, ont quasséz toutes les verrières, tant du prieurey que de la cure.
Item, ont bruslé tous les libvres de notte et aultres, nécessaires à célébrer le sainct service divin.
La maison. Item, ont froissez les verrières nouvellement réparées es deux chambres où a de coustume loger le sr recepveur de ville et admodiateur. Item, les verrières des logis des sieurs curé et sacristain. Item, ont bruslé la grange du pressoir à la basse-cour, partie du bled des dismaiges estant dedans, aultre partie remplie d'utencilles, de bois appartenans aux méterriens (?), le tout néanmoins sans en rien réserver.
Touchant le villaige. 1er, la maison Estienne Pouilligny bruslée, le bled de six jours, et du foin environ pour 30 fr. estans dedans. - Item, la maison du mayre Claude Mercier, 15 charges de son bled estant dedans, provenant du gangnaige du prieuré, et le meuble de Claude Mathieu, locataire pour lors. Item, la maison de Vyon, en laquelle y avoit quelque peu de bled, foin et aultres petites utencilles de mesnaige. - Item, la maison de la vefve Henry Guyon, son peux de bien dedans. - Item, la maison de Thomas Woyriot avecque compétriment (?) de bled, orge, la plupart de son meuble et foin dedans. - Item, la maison de la vefve Demenge Vuillaume, le peu de ciiilette qu'elle avait dedans. - Item, la maison de Colas Poyrel en laquelle n'y avait qu'un peux de foin. - Item, la maison les bastiards feut monsr de Bildstein, le bien de Michiel Henry estans dedans de médiocre value. - Item, la maison de Gérard Andreu, partie de son blé, orge, et tout son foing estant dedans. - Item, ce que Aubertin Huel avait mis dedans sa maison, tant en bled, orge que foin, sa maison néantmoins réservée.
Au sieur de Bildstein. Item, la maison de Samboy (Saint-Boingt).
Aux Seigneurs d'Haussonville. Item, la maison Aubretin Hérel. - Item, la maison Tabouron.
Les maisons de la seigneurie du prieuré non bruslées. 1er, celle de Jean Guyon. - Item, celle de la vefve Demenge Jean Laurent. - Celle de Villaume Chaunéz. - Celle de Henry Jacquot. - Celle de Didier Grandemange. - Celle de Démange Andreu. - Celle de la vefve Jean Poirel. - Celle de Jean Guysenier. - Celle de Jean Harman. - Celle de Humbert Grandjean. - Celle de Jean de Vigneulles. - Celle de Michel Henry. - Celle de la vefve Claudon Guyon. - Celle de Henry Hacquart - Celle de Thiébaut Françoys. - Celle de Nicolas Fournier. - Celle de Villaume Chaunéz. - La veuve de feuz Demenge Fournier. - La maison de Charles Chevalier est vuyde (190).

C'est probablement le même jour, que les reîtres, venant de Glonville et d'Azerailles, saccagèrent Gerbéviller, après avoir brûlé en passant une partie de Moyen. Nous manquons de détails précis ; mais Rosières de Chaudeney dit positivement qu'ils ; brûlèrent le château (191) ; et Quitry, dans son Mémoire justificatif (192), nous apprend que le colonel Dommartin, passant par Gerbéviller et voyant que les incendies continuaient à s'allumer partout autour de lui, alla protester énergiquement, en menaçant de déserter l'armée de secours, si l'on ne cessait de dévaster la Lorraine. La Huguerie nous le dit aussi explicitement, mais comme il a confondu les dates et les noms de Herbéviller, Gerbéviller, Ogéviller, son témoignage demeurait incertain. L'inventaire des archives de famille, conservées au château de Gerbéviller, mentionne une pièce où sont énumérés les dégâts commis par les reîtres en cette bourgade ; malheureusement cette pièce n'a pu être retrouvée dernièrement, par suite sans doute d'un déplacement fait par inadvertance (193). Les habitants de Gerbéviller ressentirent, probablement plus que beaucoup d'autres, l'animosité des protestants, car l'un des seigneurs de cette petite ville était précisément le fils d'African d'Haussonville, le général de l'armée lorraine dont nous avons parlé. Il se nommait Jean d'Haussonvillle et il venait de contracter mariage, le 16 février précédent, avec Christine du Châtelet, au palais ducal « en la chambre appelée vulgairement de Sa Majesté de Danemarck, au-dessus du jeu de paulme » (194). Le second héritier de la seigneurie de Gerbéviller était le frère de Christine, Claude du Chàtelet, baron de Deuilly, seigneur de Gerbéviller, Romont, Bauzemont, cornette de la compagnie du duc de Lorraine, lequel alla mourir, le 21 septembre 1589, au siège de Dieppe, portant la bannière du marquis de Pont-à-Mousson. Leur soeur Anne du Chàtelet n'était pas encore mariée à Charles-Emmanuel de Tornielle, mais c'est elle qui devait recueillir, quelques années plus tard, la grande fortune de Claude et de Christine (195).
Tous les villages qui avoisinent Gerbéviller eurent à souffrir des sentiments inhumains des reîtres. Leur passage est signalé à Hériménil(196), à Xermaménil,(197), à Landécourl (198), à Franconville, à Vallois, à Seranville, à Réménoville et à Moranviller
Moranviller était un petit village d'une trentaine de familles, situé à un kilomètre de Réménoville, dans la direction de Seranville. Il a été complètement détruit pendant la guerre de Trente Ans, par les troupes qui assiégeaient Moyen, dit une tradition locale. En 1587, les habitants de ce hameau, qui avaient déjà été appauvris par la grêle et, aux mois de juillet et d'août, par les troupes lorraines circulant dans la contrée, se virent enlever tout leur bétail par les gens du duc de Bouillon ; ils furent obligés de labourer leurs terres eux-mêmes, sans le secours d'aucun attelage ; ils eurent encore sept maisons brûlées (199).
Les habitants de Saint-Boingt, dont le village appartenait pour un tiers à S. A. et pour les deux autres tiers aux sieurs de Montjoie, ont demandé « quittance » de l'aide générale, parce que leur église avait été brûlée en 1587, avec huit des plus belles maisons, par les soldats du duc de Bouillon (200).
Les maires Mengin, Poirson et Démange Eusselin, de Rozelieures, eurent leurs maisons brûlées par les hérétiques, et tout le territoire du village fut ravagé par la grêle du lundi 27 juillet (201). Remarquons en passant que cette indication chronologique atteste à nouveau que le calendrier grégorien était déjà en usage dans notre conirée, puisque, suivant l'ancien système de compter, le 27 juillet eût été un jeudi et non un lundi.
Les habitants de Clayeures demandent qu'on prenne en considération les grandes pertes qu'ils ont éprouvées par suite de la grêle du 27 juillet et du passage des gens de guerre, et qu'on veuille bien leur quitter le décime des gagnages réclamé par le receveur de Rosières. Ils rappellent que S. A., ayant été informée du désastre causé par la grêle, avait bien voulu donné ordre à tous les capitaines d'épargner les gens de Clayeures, de ne pas loger chez eux et de ne pas exiger de subsistances. Mais cette mesure de l'autorité souveraine est restée lettre morte : les habitants ont été « picorés » ; ils ont soutenu les frais de plusieurs gîtes de l'armée de S. A. et ils ont ensuite logé les soldats du duc de Bouillon, par lesquels « ils ont estes foullés au possible » ; ils ont à peine recueilli de quoi ensemencer leurs terres (202).
« Les manans et habitans d'Enval (Einvaux) remontrent très humblement qu'ils ont esté excessivemment oppressés et foulés des gens de guerre de S. A... ; ils sont (pour la plupart) réduictz à mendier leur pauvre vye »; ils espéraient faire une bonne moisson, et ils n'ont retiré que la valeur de leurs semences ; il est notoire qu'ils ont souffert infiniment de la grêle, qu'ils ont été visités par les reîtres du duc de Bouillon, dont les chariots et les chevaux avaient tellement gâté leurs récoltes pendantes, que les champs non moissonnés ressemblaient à de hauts chemins battus. Ils demandent à S. A. une décharge de leurs redevances en grains et de l'aide ordinaire Saint-Remy (203).
A quelques centaines de mètres d'Einvaux, il y avait un autre village nommé Chaumont. Des historiens, comme Lepage, se sont demandé si ce Chaumont n'était pas la capitale du Chaumontois (Pagus Calvomontensis), déchue de son ancienne splendeur (204). Le P. Benoit Picart (205) fait remarquer qu'au moyen âge les chanoines de Saint-Dié avaient un officier, appelé le prévôt du Chaumontois, qui veillait à l'administration des domaines situés dans l'ancien Chaumontois. Le savant capucin ajoute qu'il se trouve encore, dans l'étendue du district de cet officier, un vieux château qui conserve l'appellation de Chaumontois, et que cette place pourrait bien être le chef-lieu du comté de ce nom (206). Il ne précise pas en quelles régions ce prévôt exerçait son mandat, mais les archives du chapitre nous apprennent qu'en fait, il régissait les possessions les plus voisines du Chaumont dont nous nous occupons, comme celles de Moriviller, Giriviller, Rozelieures, Borville, Laneuveville-devant-Bayon (207). En tout cas, quelle que soit l'importance du passé de ce Chaumont, au XIXe siècle on a mis à jour plusieurs cercueils en pierre très anciens et de nombreuses monnaies. En 1524, son église était encore debout, puisqu'on fit cette année-là une enquête pour savoir laquelle des églises, de Chaumont ou d'Einvaux,devait-être considérée comme église-matrice. La question fut décidée en faveur de la première (208). Or, au XVIIe siècle, dès avant la guerre de Trente Ans, on ne parle plus de Chaumont comme d'un village peuplé. Les dernières habitations ont donc disparu entre 1524 et 1635, et l'on peut se demander si leur destruction n'a pas été l'oeuvre des reîtres qui ont passé par Einvaux en 1587, ou au moins le résultat des guerres de religion. La partie d'Einvaux la plus voisine du village ruiné porte encore le nom de Chaumont.
L'abbaye de Belchamp, d'où saint Pierre Fourier a écrit tant de lettres, notamment en 1635, était située sur la route de Bayon à Lunéville, et n'était qu'à 4 kilomètres d'Einvaux. Elle était défendue par une grosse tour carrée, qui avait déjà été incendiée par les Bourguignons en 1476 (209). Ce donjon ne pouvait résister à des bandes si nombreuses et si bien armées. La maison fut pillée par les gens du duc de Bouillon, « huguenot qui menoit proche de 40000 hommes de mesme secte, bruslant et saccageant les ecclises... » (210). L'égalise abbatiale fut profanée et ruinée en partie, et il fallut treize ans de travaux de restauration pour effacer les traces des dégradations subies ; le feu fut mis aux bâtiments claustraux et une bonne portion des archives du couvent périt au milieu des flammes.
Le village de Roville, situé sur la rive gauche de la Moselle, en face de Bayon, était composé de 27 maisons. 19 d'entre elles furent brûlées par les reîtres ; les habitants perdirent, avec leurs foins et leurs meubles, au moins 1 200 résaux de blé ; ils demandent, avec une réduction de leurs charges, le bois nécessaire pour rebâtir leurs demeures incendiées (211).
La Huguerie dit que, ce jour-là, l'armée vint loger « à Bayon, Flainville et autres lieux de çà de là le long de la Mozelle ». Flainville est un nouveau nom tronqué. Le village assis sur les bords de la Moselle, dont l'appellation est la plus voisine de Flainville, c'est Bainville-aux-Miroirs. Nous savons d'ailleurs que cette localité a été inondée de troupes amies et ennemies. Parmi les épaves laissées par les huguenots, ou trouve une vache qui fut vendue 85 fr. ; un petit cheval qui fut vendu 18 fr. ; un cuir de cheval trouvé mort, vendu 20 gros ; trois poulains, vendus 6 gros pièce; un porc, vendu 12 gros ; un agneau, vendu 18 gros ; une charrette et plusieurs roues ferrées (212). Le pont jeté sur la Moselle avait été rompu par ordre de S. A., et les habitants durent le refaire l'année suivante à leurs frais : ils demandent qu'on ait égard à leurs charges écrasantes et qu'on leur quitte des redevances en grains (213).
Les troupes protestantes passèrent aussi à Charmes (214). Les gens de la Chambre des comptes écrivent au receveur de cette ville que S. A., ayant égard à la grande pénurie de volailles, là où les gens de guerre avaient fait quelque séjour, entendait qu'on ne contraindrait pas ses sujets à payer cette sorte de redevance en nature, mais qu'on se contenterait cette année de recevoir 6 gros au lieu d'un chapon, et 3 gros au lieu d'une poule (215). Charles III décide aussi qu'on brassera une grande quantité de bière dans les bailliages de Nancy, Saint-Mihiel, Vosges, Allemagne, Bassigny, Clermont, Épinal et Châtel, « pendant l'extrême disette et cherté de vins, qui régnent présentement en nos pays, à cause de la stérilité des vendanges dernières, [pour] servir de boisson tant à nos subjectz qu'aux gens de guerre de nostre armée et empescher au désordre qu'autrement en pourroit arriver à la foule de nos subgectz ». Cette bière était faite avec du houblon, de l'orge, du seigle et de l'avoine (216).
Quand La Huguerie note, en passant, que l'armée de la Ligue côtoyait alors l'armée protestante, et occupait ce jour-là la plaine de Saint-Nicolas, où l'on se proposait d'aller le provoquer le lendemain, ses renseignements concordent avec ceux que nous ont laissés les commissaires chargés de l'approvisionnement des troupes lorraines. Le marquis de Varembon, qui passait à Lanfroicourt avec son régiment le 1er septembre, stationne à Varangéville, à Saint-Nicolas, ainsi que le comte de Montmayeur, les 3, 4, 5, 6 et 7 septembre (217). Dès le 4 septembre, les troupes commandées par La Châtre et le duc de Guise sont massées devant Saint-Nicolas. Celles qui étaient commandées par le comte de Salm avaient quitté Baccarat le 20 août ; elles passent à Gerbéviller le 21 ; elles stationnent à Rosières du 22 au 27, puis à Laneuveville-devant-Nancy jusqu'au 6 septembre. Elles comprenaient notamment la compagnie colonnelle de M. le bailli de Nancy, celles de MM. d'Haraucourt, de Tallanges, d'Ourches, de Gournay-Friauville, de Lignéville, Dombrot; la compagnie colonnelle de M. de Vannes, celles de MM. de Seraucourt, d'Épiez, de Saint-Baussant le vieux, de Maillane, de Brousval, de La Beugne, des Bans, de Saint-Baussant le jeune (218). La présence des troupes qui occupaient Lunéville, entre autres les compagnies d'Haussonville, d'Artigotti, de La Bastide, de Belleguise, de La Routte, de Montreuil et de Page, est mentionnée dans cette ville jusqu'au 6 septembre. A cette date, les mêmes troupes sont signalées à Ville-en-Vermois ; le 7, à Vandoeuvre. A partir du 7, le capitaine Page semble être resté seul en garnison à Lunéville, avec les malades et les hommes qui continuent à travailler aux fortifications de la place.

VIII
Dimanche 6 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride: Le mauvais temps oblige à rester à Bayon et aux environs. - Le conseil délibère et arrête que le lendemain on passera le Colon. - On a l'intention d'assiéger et de ruiner les châteaux des sieurs de Rosne et de Bassompierre. - Commentaire : Les reîtres à Tantimont, à Haroué. - Chrétien de Savigny, seigneur de Rosne. - Embuscade de Blainville. - Les Allemands ont des guides et des cartes géographiques.

EPHÉMÉRIDE [pages 167-168]
- « Le dimanche 27 d'aoust, nous séjournasmes à Bayon...» Nous étions prêts à partir par l'abbaye de « Beauchamp », lieu de notre rendez-vous, et à « marcher de là droit vers Sainct-Nicolas pour tascher à attirer l'ennemy au combat en la plaine d'entre Sainct-Nicolas et Limminville, ou l'enfermer dans ledit Sainct-Nicolas... » ; mais il fit un si vilain temps que le duc de Bouillon nous fit dire de ne pas bouger. Si nous nous étions mis en route, nous eussions rencontré une embuscade sur notre chemin.
Nous fîmes parvenir au sieur de Mouy, qui était logé au delà de la rivière, l'ordre, que le duc de Bouillon avait envoyé de « Flainville » (219), de ne pas se mettre en marche à cause de la pluie. Après le dîner, les sieurs de Clervant, Quitry, Gormont, Malroy et Hippolyte vinrent à Bayon pour se concerter au sujet du lendemain. D'après l'avis d'Hippolyte, qui connaissait le pays, il fut résolu qu'on traverserait la rivière du Colon. On avait proposé aussi d'assiéger les maisons de Rosne et de Bassompierre pour les ruiner, mais ce dessein fut abandonné. Nous fîmes une longue traite jusqu'à Ceintrey. C'était trop pour les Suisses et pour l'artillerie.

COMMENTAIRE
L'extrême mauvais temps qu'il fit pendant deux ou trois jours à partir du dimanche 6 septembre, arrêta la marche des reîtres : ce détail météorologique est confirmé par La Châtre. Après ce repos forcé, les officiers du conseil changent le plan de leur itinéraire. Au lieu de passer par l'abbaye de Belchamp, pour aller chercher l'ennemi dans la plaine de Saint-Nicolas et l'y envelopper, si possible, ils s'apprêtent à traverser le Colon en se dirigeant vers Ceintrey. Le Colon est un affluent du Madon ; il prend sa source près de Saint-Vallier, passe à Gugney-aux-Aulx, Brantigny, Savigny, Xaronval, et va se jeter dans le Madon, non loin de Tantimont et de Marainville (220). En fait, nous savons que les reîtres ont laissé des traces de leur passage à Tantimont. Jean Paticier, curé de cette paroisse, avait pris à ferme, pour six ans, la seigneurie de Rouillon appartenant à S. A., moyennant 47 fr. par an; mais il demande une réduction de son fermage, parce que ses meubles et ses grains ont été consumés quand les gens du duc de Bouillon, après avoir été bien traités, ont mis le feu à sa maison qui était contiguë à l'église et hors du village (221). Autrefois Tantimont était le chef-lieu d'un ban très étendu, composé des territoires d'Avrainville, Battexey, Bralleville, Hergugney, Germonville et Xaronval, et son église était le centre paroissial de ces villages. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un hameau dépendant de la commune de Hergugney (222).
Le gros de l'armée allemande, en quittant Bayon, a dû passer par Haroué, pour se diriger ensuite sur Ceintrey. La Huguerie prétend qu'on agita la question de savoir si on ferait le siège des maisons des sieurs de Rosne et de Bassompierre, mais qu'on abandonna ce dessein (223). Il se trompe et il est en contradiction avec ce qu'il écrit un peu plus loin, à trois jours d'intervalle (224). Il dit, en effet, en ce dernier endroit, qu'on lui mit en main une lettre qui avait été surprise et qui était adressée à M. de Bassompierre, laquelle lui donnait avis que, la veille, le sieur de Clervant avait mis le feu à son village en en délogeant. Ce Bassompierre était Christophe de Bassompierre ; il avait son château à Haroué. C'est là que naquit, le 12 avril 1579, son fds François, qui devint un célèbre maréchal de France. Celui-ci a écrit dans ses Mémoires : « On m'éleva dans la même maison (de Haroué) jusqu'en octobre 1584, qui est le plus loin dont je me puisse souvenir, que je vis Monsieur le duc de Guise Henry, qui était caché dans Harouel, pour y traiter avec plusieurs colonels des huguenots et reîtres pour les levées de la Ligue.... Au commencement de l'année 1587, ma mère accoucha de mon jeune frère African. On nous mena à Nancy sur l'arrivée de la grande armée des reîtres, qui brûlèrent le bourg de Harouel. » Le sieur de Rosne était Chrétien de Savigny, capitaine de 50 hommes d'armes de Sa Majesté lieutenant et gouverneur sous le duc de Guise à Châlons. II fut nommé, le 5 octobre 1587, mestre de camp de dix compagnies de chevau-légers pour le service de Charles III (225). Il servit la Ligue et fut nommé maréchal de France. Il fut tué dans une campagne contre les Hollandais en 1596 (226). Au dire des annotateurs de L'Éphéméride, sa demeure était le château de Tonnoy, mais nous ignorons le sort de ce manoir en 1587.
L'embuscade à laquelle La Huguerie fait allusion dans ce paragraphe et à la fin du précédent (227), sans préciser le lieu où elle fut dressée, est décrite assez longuement par un contemporain. Le récit de ce dernier auteur complète bien celui de L'Éphéméride et nous apprend que si l'aile gauche de l'armée protestante avait passé de Glonville à Charmes et à Bayon, l'extrême droite, par un mouvement parallèle, avait longé les rives de la Meurthe. On ne nous dit pas le nom de la localité qui devait être le théâtre de l'exploit prémédité, mais les détails topographiques qu'on glisse dans la narration, nous font deviner qu'il s'agit de Blainville-sur-l'Eau. Ce village, en effet, d'après les données du problème, est à une demi-lieue de Damelevières ; il est près d'une rivière ; il a une forme allongée, avec deux issues principales; il est à proximité d'une forêt, celle de Vitrimont, par laquelle on peut y accéder sans être aperçu ; enfin Blainville est isolé par une autre forêt des villages qui avoisinent Gerbéviller, par où passait le gros de l'armée allemande. C'est donc à Blainville que trois compagnies de reîtres avaient pris leur logis, et c'est vers cet endroit que le duc de Guise avait préparé son hardi coup de main. Laissons la parole au chroniqueur : « Le cinq ou sixiesme dudit mois de septembre ladite armée (protestante) vint loger par deçà Leninville, en lieu assez escarté : dont Monsieur de Guyse estant adverty, il luy print envie de recongnoistre leur logis, et leur contenance, et donna-on à l'heure mesme le rendez-vous à la cavallerie, pour le lendemain, en un village nommé Damelevière, proche des ennemys de demy lieuë. Sur les huict heures du matin se trouva audit rendez-vous le marquis de Havre avec huict cens lances, quatre cens chevaux de ceux de Monsieur de Guyse, et environ mille harquebuziers. Ledit sieur duc de Guyse laissa deçà la rivière de Mozelle (228), du costé de Sainct-Nicolas, toute la susdite cavallerie et l'infanterie aussi, et passa ladite rivière avec environ trois cens lances seulement, et cent harquebuziers à cheval, et jetta devant lui cinquante chevaux de coureurs, qui trouvèrent au village susdit forces fourrageurs tant reistres que lansquenets, dont il fut tué environ trente lansquenets et quelques reistres, et le plus grand nombre se sauva estant à cheval, donnant l'alarme bien chaude à leur camp, qui n'estoit qu'à une petite demie lieuë de là : assavoir trois cornettes de reistres seulement, et leurs lansquenets qui se meirent incontinent en bataille en une place assez estroitte et malcommode, fort commandée d'un village qu'ils avoient laissé vuide, lequel estoit tout sur le bord de la rivière de Mozelle (229).
Monsieur de Guyse demeura une bonne heure à considérer la façon des ennemis, et leur maintien. Ce qu'il eust continué davantage sans l'advertissement qu'il eut que l'alarme estant dans le camp, toute l'armée marchoit et luy venoit sur les bras : il se retira sans estre suivy. Et ay apprins que par le chemin retournant à Sainct-Nicolas il discourut à quelques uns de ses capitaines, mesme au sieur de La Chastre (qu'il ayme et estime fort, et qui estoit mareschal de camp de son armée), une hardie et brave entreprinse. La conception dudit sieur duc de Guyse estoit, qu'il avoit recongnu que les ennemis par ignorance, ou autrement, avoient laissé ce village sur le bord de l'eau, sans y loger personne, lequel estoit (comme tous ceux de Lorraine) basty et composé de bonnes maisons, toutes de pierres et couvertes de thuille, et n'y ayant dans lesdits villages que deux entrées et advenues aux deux bouts, et une grande rue par le milieu. Celuy estant de ceste forme, l'on y pouvoit loger quantité d'harquebuziers et mousquetaires, qui eussent commandé jusques au milieu de la plaine, qui eust fort travaillé ces trois cornettes de reistres et les lansquenets mesmes, y prenans leur place de bataille, comme ils avoient fait le jour précédent, et n'en avoient point d'autre. Et faut noter qu'à une grande lieuë de là, il n'y avoit personnne logé près d'eux, et le pays estoit fort couvert ; et quant bien ils eussent esté plus près, la place n'estoit capable que pour recevoir ce petit nombre d'infanterie et ces trois cornettes de reistres. Ce qui donnoit espérance à Monsieur de Guyse de les pouvoir deffaire et emporter, avant que le secours leur fust arrivé, ou les avoir bien endommagez, sans courre grande fortune, ny grand danger. La fortune donc de les assaillir fut proposée telle par ledit sieur duc de Guyse, que le sieur de La Chastre prendroit mille ou douze cens harquebuziers et cinq cens chevaux, et s'achemineroit au village abandonné, et passeroit la rivière pour y entrer à gué vis à vis dudit village ; l'infanterie eust peu avoir de l'eau jusques près de la ceinture, mais lors il ne faisoit pas encore froid. II faloit avant le jour gagner ledit village et loger l'harquebuzerie aux advenues advantagreusement ; comme le moyen et la commodité y estoit assez belle. Le jour s'éclaircissant, Monsieur de Guyse se fust présenté, et eust envoyé une chaude allarme à ces lansquenets et reistres logez ensemble, qui n'eussent pas failly de vouloir gagner la place de bataille, comme le jour précédent ; et l'harquebuzerie, et les mousquetaires estans bien préparez et apposiez dedans ledit village, eussent eu belle butte et sans doubte fait un grand meurtre. Le sieur de La Chastre n'eust pas failly, avec les cinq cens chevaux qu'il avoit, de charger ceste trouppe engagée loing du costé de leur armée, comme auçsi eust fait Monsieur de Guyse de son costé. Et croy certainement que s'ils ne fussent deslogez le lendemain, comme ils firent, ceste entreprise eust succédé aux entrepreneurs heureusement, lesquels en tout cas se pouvoient sans danger retirer à Sainct-Nicolas, ou à Leninville tousjours par les bois. Ce fut la première fois que les Catholiques virent en gros les Huguenots, et eut ledit sieur duc de Guyse extrême regret, quand il sceut le deslogement des ennemis, qui luy fit perdre une si belle occasion (230). »
Continuant sa narration, l'auteur nous dit que l'ennemi, en délogeant, évita Saint-Nicolas et tira vers Bayon et vers Charmes, et qu'ensuite il plut deux ou trois jours, ce qui retarda le mouvement de cette grande armée.
Les indications synchroniques qu'on peut tirer de ces derniers détails, nous avertissent qu'il faudrait peut-être reporter deux ou trois jours plus haut l'épisode de Damelevière et Blainville.
Cet Hippolyte qui connaissait le pays et qui servait de guide aux Allemands, nous est inconnu. Dans les comptes du trésorier général de Lorraine de l'an 1587, on voit figurer un seigneur Hippolyte, à qui on délivre 80 pains et 25 pintes de vin le 22 septembre (231) ; mais il n'y a pas d'apparence que ce soit le même personnage, et d'ailleurs tous nos renseignements se bornent à cette courte mention. Les Allemands, pour ne pas se fourvoyer au milieu des provinces qu'ils avaient à traverser, avaient à leur service, non seulement des hommes expérimentés qui connaissaient le pays comme Hippolyte, mais ils avaient aussi avec eux des cartes géographiques et peut-être topographiques, comme en témoigne un passage de L'Éphéméride à la date du 23 septembre (232).

IX
Lundi 7 et mardi 8 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : Marche pénible de Bayon à Ceintrey. - Les Lorrains sont délogés de Ceintrey, Pulligny et Acraignes (Frolois). - La nuit empêcha d'en venir sérieusement aux mains. - 8 septembre, bataille de Pont-Saint-Vincent. - Commentaire : Le désaccord entre les capitaines protestants se traduit par des hésitations, quand il faudrait agir vigoureusement. - Regrets stériles.

EPHÉMÉRIDE [pages 168-171]
« Le lundy 28 d'aoust, nous attendismes à Bayon que l'artillerie et les Suisses fussent passéz... » Leurs attelages ne traînaient les pièces que fort péniblement ; ils étaient toujours en retard, et nous devions marcher à leur suite pour les protéger. Nous passâmes l'eau, puis arrivâmes au sommet d'une côte. Quand nous fûmes à mi-chemin de Ceintrey, où nous allions loger, un reître, envoyé par le feld-maréchal Rumpff, vint nous dire de presser le pas, parce qu'on avait rencontré l'ennemi à Ceintrey. En marchant au trot, nous rencontrâmes bientôt le duc de Bouillon, arrêté dans la plaine au devant de ce village. Les ennemis furent presque aussitôt chassés de « Cintray, Puligny, Acraigne » ; ils n'eurent pas le temps de manger les aliments qui étaient apprêtés sur des tables. Plusieurs d'entre eux furent tués ou pris. La masse des ennemis se retira le long du bois qui est sur la rive droite du Madon ; elle passa le gué à l'endroit où la forêt et la rivière se rapprochent, puis alla se ranger en bataille de l'autre côté de l'eau, conservant la garde des deux moulins et du passage de la rivière. Nous devions remporter une grande victoire, mais le désaccord des chefs, la lenteur des mouvements des Suisses, firent que la nuit arriva avant qu'une action générale pût être engagée.
L'ennemi fut obligé de passer la nuit « à la haye », et nous, nous allâmes prendre possession des logis qu'il avait occupés le jour précédent. Le duc de Bouillon choisit le château d'Acraignes; le comte de La Marck, son frère, se retira en ce village avec la cavalerie française, ainsi que le sieur de Mouy avec son régiment. Le colonel Schregel se réserva seulement quelques logis et son régiment campa « à la haye ». Le baron de Dohna avec ses reîtres retourna à Pulligny, et une autre partie de ses troupes revint à Ceintrey. Les Suisses, après s'être restaurés, devaient se mettre en marche pendant la nuit, afin d'être à leur poste dès le grand matin.
« Le mardy 29 d'aoust », le baron de Dohna était prêt à monter à cheval de grand matin ; il s'impatientait de ne pas recevoir l'ordre de commencer l'attaque. En allant aux nouvelles, je trouvai le duc de Bouillon en train de faire sa prière devant sa cornette, au-dessus d'Acraignes. Il avait à sa droite, au-dessus de lui, un régiment de lansquenets ; le régiment du sieur de Mouy et 400 arquebusiers, soutenus par la cornette, du comte de La Marck, étaient sur les bords de la rivière pour empêcher l'ennemi de passer. On était inquiet de ne pas voir Villeneuve arriver avec les Suisses et l'artillerie. Je donnai lecture au duc de Bouillon « des lettres de Monsieur de Lorraine, interceptées par le sieur Schregel, faisans mention de la venue de Sacremor (233) », et présentai un prisonnier « gendarme de la compagnie de Monsieur de Luzembourg. ».
Quand le baron de Dohna descendit en ordre de bataille vers la rivière, le sieur de Mouy avait déjà forcé le moulin d'en bas et mis en déroute les hommes qui le défendaient. Au moment où il vit accourir notre cavalerie, il reçut un coup d'arquebuse à la cuisse. Le régiment de Villeneuve arriva enfin, mais bien tard. L'ennemi s'étant retiré vers le mont Saint- Vincent, les nôtres allèrent s'emparer du second moulin au-dessous d'Acraignes, lequel commandait un pont sur la rivière. Ils firent grâce aux adversaires qu'ils surprirent en cet endroit et que ceux de leur parti n'avaient pas cherché à délivrer. Cela fait, nous nous décidâmes à traverser la rivière : les lansquenets et les gens de pied passèrent par le premier moulin ; la cavalerie par le gué, et l'ennemi recula peu à peu sur le penchant de la côte Saint-Vincent. Pendant que les Suisses se mouvaient lentement, le sieur de Mouy fit porter ses drapeaux au village qui est au pied de la montagne, et y installa son régiment.
On exhortait le duc de Bouillon à donner le signal de la bataille, en disant que jamais une aussi belle occasion ne se représenterait, qu'il se repentirait toute sa vie de ne pas en profiter. Mais le duc, malade, recevait secrètement d'autres conseils, et n'était pas porté personnellement à engager l'action. On eût beau lui remontrer que l'infanterie ennemie se retirait sans drapeaux le long des vignes et des bocages vers la côte Saint-Vincent, et que les haies seules étaient garnies d'arquebusiers qui ne tiendraient pas longtemps, il ne sortit que difficilement de son indécision. Quand on lui eut arraché un assentiment, je fis avancer les petites pièces d'artillerie et je leur fis tirer plusieurs volées. Aussitôt les ennemis se dispersèrent, l'arquebuserie se répandit dans les vignes, et la cavalerie se dirigea vers le sommet de la montagne. Les Suisses avaient déjà passé un ruisseau, quand le sieur de La Lobe vint annoncer, de la part du duc de Bouillon, qu'il ne fallait pas avancer davantage, parce que l'affaire était de grande conséquence et méritait réflexion. Je vis bien que ce changement de résolution était l'ouvrage du sieur de Quitry.
Au même moment, six chevaux français passèrent le ruisseau en amont ; aussitôt, deux cornettes ennemies, accompagnées d'arquebusiers, descendirent pour tomber sur eux. Il y eût une mêlée où le sieur de Salerne, gentilhomme gascon, favori de M. de Guise, fut fort maltraité ; mais Quitry le fit rendre sous prétexte qu'il était comme mort. Puis, se retirant vers le duc de Bouillon, il représenta que la nuit était proche et qu'on ne pouvait songer à continuer le combat. Ce fut une faute indigne de grands capitaines, car la victoire était assurée. Puis, au lieu de loger l'armée « à la haye » et dans les villages tout voisins, pour entretenir l'ennemi jusqu'au lendemain matin, il fit repasser la rivière aux reîtres et aux lansquenets pour reprendre leurs quartiers de la veille. Cette honteuse irrésolution fit voir à beaucoup de Français combien avaient été malavisés ceux qui avaient dissuadé le roi de Navarre d'envoyer le prince de Condé et M. de Châtillon, qui eussent été des chefs d'autorité et des hommes de succès. Ceux qui nous conduisaient étaient des hommes sans expérience ni crédit ; ils voulaient mettre le feu par toute la Lorraine, et la noyer en rompant la chaussée de l'étang de Dieuze ; mais quand il fallut en venir aux mains avec l'ennemi, « le coeur leur faillit », et je me souvins alors de la parole du sieur d'Haussonville (234).

COMMENTAIRE
Rappelons seulement que Acraignes est l'ancien nom de Frolois.
Les péripéties de la bataille de Pont-Saint-Vincent, amorcée le 7 septembre au soir, reprise le lendemain avec une certaine irrésolution de part et d'autre, ont été étudiées d'une façon approfondie par M. Paul Fournier, qui connaissait parfaitement le théâtre de la lutte (235). Nous n'essaierons pas de la décrire de nouveau ; nous contentant de rappeler que ce fut une bataille indécise. Ce qui est frappant, c'est que les capitaines protestants, en faisant la critique rétrospective de cette rencontre, sont tous d'accord pour regretter vivement de n'avoir pas poursuivi avec plus de vigueur l'armée catholique, et d'avoir manqué une belle occasion d'écraser la Ligue. Ils se sont jeté mutuellement la pierre pour éluder la responsabilité personnelle de cette faute. En fait, le manque de plan arrêté et le manque d'unité dans le commandement semblent avoir paralysé les forces protestantes. Le sieur de Couvrelles a écrit dans son Mémoire justificatif : « Quant au faict de Sainct-Vincent, en Lorraine, il est certain que, si l'on eût lors combatu, les forces de la Ligue estoyent lors dissipées, et ce que l'on ne combatit point ne doyt estre imputé au sieur duc de Bouillon ni à autre en particulier, car ce fut une faute commune de toute l'armée mal commandée : les Allemans ne vouloyent pas obéir aux Françoys, ni les Françoys aux Allemans » (236).
Quitry, écrivant à M, de Ségur, prétend que le duc de Guise, accompagné de 800 lances, fut repoussé l'espace de trois lieues (237), et que, quand il parvint à rejoindre son armée, si on avait forcé activement le passage du Madon, les Lorrains rassemblés sur la côte de Pont-Saint-Vincent n'auraient plus eu de salut que dans la fuite ; et pour cela il aurait suffi d'aller à eux, « chose aussi facile à fere qu'à dire..,; les ennemis estoient deffaictz, la victoire estoit nostre, mais nous n'en seusmes pas uzer » (238). Cette appréciation de Quitry paraît fort exagérée, car, en étudiant les faits, on est obligé de reconnaître que la tactique constante du duc de Guise, dans cette campagne, consista à se mettre en embuscade, ou à tomber sur des compagnies ennemies plus isolées et moins défendues que d'autres, pour ensuite se retirer prestement avant que le gros de l'armée pût l'atteindre.

X
Mercredi 9 septembre


SOMMAIRE. - Ephéméride : L'armée séjourne à Ceintrey et aux environs, sur les bords du Madon. - Chevauchée vers Mirecourt pour capturer les chevaux dont on avait besoin. - La place de Vaudémont avait servi de refuge aux Lorrains de la contrée. - Commentaire : Incendie de nombreux villages, Maizières-lès-Toul, Thelod, etc., Houdreville, Hammeville (et Hardéval), Vézelise, Viterne, Favières, Goviller, etc., Liverdun (?). - Les Allemands et les Suisses exposent leur vie pour déguster les vins de Lorraine.

EPHÉMÉRIDE [pages 179-184]
« Le mercredy 30 d'aoust, nous séjournasmes à Cintray pour reposer nos chevaux, fort harassez des deux courvées précédentes, et allasmes au conseil au quartier dudit sieur de Bouillon... » Dans ce conseil, il fut décidé que dorénavant des officiers auraient le mandat officiel de s'occuper des approvisionnements nécessaires, à l'exclusion de tous autres, afin de partager plus équitablement les munitions entre les diverses troupes. Il fut résolu que cette mesure serait mise en vigueur le jour même, en s'adressant à une petite ville proche du quartier des Suisses. Aussitôt le sieur de La Tronche fut nommé à ces fonctions pour représenter les troupes françaises ; le sieur de Malroy, pour représenter les Suisses ; et le baron de Dohna me désigna provisoirement pour représenter les Allemands. A ce moment entra le sieur de Couvrelles. Il fit remarquer l'insuffisance des attelages de l'artillerie, occasionnant des retards très préjudiciables. Pour y remédier, on convint de faire « un cavalcade au-devant de l'armée pour surprendre et emmener quelque nombre des chevaux ». On confia au sieur de Beaujeu le soin de cette razzia, et, à cet effet, on mit sous ses ordres 100 reîtres, une compagnie de chevau-légers et des arquebusiers à cheval, avec le mandat de diriger sa course, après dîner, du côté de Mirecourt, « où il y avoit beaucoup des chevaux de charroy », et de se servir au besoin de la langue de l'ennemi.
Comme, dans les campements, on nous plaçait toujours du côté de l'ennemi, je réclamai la présence d'arquebusiers pour nous protéger contre les surprises. Le sieur de Buy gardait le château de Tantonville, d'où il nous écrivit. On nous remit bientôt une lettre qui avait été surprise et qui était adressée au sieur de Bassompierre, pour lui donner avis que le sieur de Villeneuve avait hier mis le feu en son village au départ des troupes.
A l'heure du dîner, le sieur de La Tronche et moi nous allâmes, avec le sieur de Clervant, « en ceste petite ville au-dessoubs de Vaudémont, pour les vivres, où, voulans entrer, nous trouvasmes le vin qu'on tiroit desjà, et grand nombre des Suisses dedans ». Il nous fut impossible de faire respecter la décision du conseil, qui défendait de butiner pour son profit personnel ; et il fallut nous contenter de ce que les Suisses voulurent bien nous départir. Ayant appris que les plus riches de la contrée s'étaient retirés au château de Vaudémont, « nous leur escrivismes avec toutes menaces possibles pour venir composer de la conservation de leur ville et maisons ». Mais le gouverneur ne leur voulut jamais permettre de traiter. Après avoir rappelé au duc de Bouillon notre résolution de nous diriger droit vers Sedan et Jametz, et après lui avoir exprimé plusieurs sujets de plainte, je repartis à Ceintrey avec des vivres.

COMMENTAIRE
En comparant le récit de L'Éphéméride avec les réclamations des villageois du comté de Vaudémont, on constate qu'après la bataille de Pont-Saint- Vincent, les protestants suspendirent leur marche pendant trois ou quatre jours, et employèrent leurs loisirs à marauder et à saccager tout autour du théâtre du combat. Impossible de dire approximativement tous les excès qui furent commis. Quand, dans les villages ravagés, se trouvait quelque domaine ou quelque droit seigneurial appartenant au duc de Lorraine, le fermier s'empressait de recourir à la clémence de Charles III pour obtenir une réduction de ses charges, et nous avons chance de retrouver sa réclamation dans les papiers de la Chambre des comptes ; mais lorsque les habitants spoliés adressaient leur supplique à des seigneurs particuliers, comme ces sortes de doléances ont été conservées d'ordinaire dans des archives privées, c'est un hasard quand elles arrivent à notre connaissance. C'est ainsi que les villages de Frolois, Ceintrey et Pulligny, qui étaient inondés de troupes étrangères, ont dû souffrir plus que les autres de la rage de destruction qui animait les reîtres ; et, néanmoins, nous ne savons rien de positif sur leurs pertes et leurs souffrances. Les droits seigneuriaux de ces trois villages étaient partagés entre beaucoup de maîtres. Les comtes de Salm, le rhingrave, le sieur de Bassompierre, Nicolas de Neuflotte, Jean de Beaufort, Vary de Lucy, seigneur de Dombasle, Perrin de Haraucourt-Chambley, et d'autres, en possédaient des fragments. La désolation fut certainement grande, puisque, quatre jours après l'action de Pont-Saint-Vincent, Schomberg écrivait de Toul au roi (239) : les Huguenots « mettent le feu indifféremment à toutes les maisons des gentilshommes, abbayes, bourgades et villages d'où ils délogent, et partout ailleurs où ils peuvent entrer. Hier en marchant, Monsieur de Lorraine vit dix-huit grands villages en feu. Ils ont brûlé une maison au baron d'Haussonville, et treize villages d'une terre au sieur de Bassompierre. » Rosières de Ghaudeney fait une énumération laconique, mais plus précise, des atrocités commises. « Les protestants, dit-il, brûlèrent le village et château de Mézières, Beinville et Xeuilley, de l'évêché de Toul, quelques maisons de Viterne, le château de Thelod, Harmonville, Autreville, Brixey, Sauvigney, Ghampougney, Savigny, l'église de Barisey-la-Côte et quelques maisons du village (240). » Nous savons, d'ailleurs, que les reîtres brûlèrent le moulin de l'Étange, entre Thorey et Étreval, et qu'ils brisèrent la meule du moulin de Praye (241). Les habitants de Houdreville se plaignent d'avoir éprouvé « une perte indicible » de la part de l'armée du duc de Bouillon, qui y séjourna quatre jours entiers, installa l'artillerie au milieu de la corvée des avoines, et brûla plusieurs maisons (242). Quelques unes de ces maisons ruinées, notamment celle de Jean Petitjean, dit Bonaventure, valet de garde-robe du cardinal de Lorraine, et celle de François Voirin, ne furent pas rebâties avant 1595. Hammeville, près de Vézelise, « fut tellement pestiféré » que, de 34 conduits, il n'en resta que 18. « Oultre ça, [les habitants] ont par quatre jours entiers soustenu grand nombre de reîtres et de Suisses au passage de l'armée huguenote, qui, au départir, sans se contenter des oultrages qu'ils leur avaient faict, leur emmenèrent tout ce qu'ils peurent de leur bestial (243). »
Hammeville se trouvait flanqué d'un autre village, Hardéval, qui a dû être plus important à l'origine et qui renfermait l'église paroissiale des deux localités. Il a disparu, comme Chaumont près d'Einvaux, sans qu'on ait pris note de son extinction dans les actes publics. En 1562, on nommait encore un curé à Hardéval ; et en 1626, c'est-à-dire avant l'arrivée des Suédois, Florent Thouvenin, chanoine de la Primatiale de Nancy, originaire de Hammeville, informait le chapitre de Vaudémont que l'église de Hardéval était si loin de toute habitation, qu'on ne pouvait y laisser aucun ornement à cause des voleurs. Le village n'existait donc déjà plus : il a disparu eïitre 1562 et 1626, et l'on ne peut dire si c'est le souffle de la peste ou le feu des guerres de religion qui a fait le vide autour de l'église (244).
La petite ville, située au-dessous de Vaudémont, que La Huguerie avait en vue quand il disait qu'en s'y rendant pour des réquisitions de vivres, il trouva les Suisses déjà en train d'ouvrir les tonneaux et de se gorger de vin, est sans doute Vézelise (245). Les Suisses et les Allemands étaient incapables de résister à la douceur du vin de Lorraine ; ils ne manquaient jamais une bonne aubaine. L'auteur de la chronique contemporaine déjà citée (246), nous rapporte entre autres cet épisode. La Châtre, logé à Pont-Saint-Vincent avec sa compagnie et 500 ou 600 arquebusiers, apprit que Maizières, avec son château appartenant au chapitre de Toul, et un autre village tout proche, sans doute Viterne, abondaient en vivres et en vin, et que les Huguenots y venaient constamment fourrager. Le lendemain, il y partit avec 50 bons chevaux et 30 arquebusiers à cheval. Ces deux villages étaient si pleins de Suisses, de lansquenets et de reîtres, ivres pour la plupart, que les Lorrains tuèrent tout ce qu'ils voulurent et emmenèrent de nombreux prisonniers. Mais la friandise leur faisait oublier le danger. Le lendemain, les protestants revinrent encore plus nombreux, cette fois avec une bonne escorte.
La Châtre en avertit le duc de Guise, qui était à deux lieues de là. Celui-ci monta aussitôt à cheval pour avoir sa part de plaisir, et amena avec lui 1 000 arquebusiers du régiment de Saint-Paul et 200 chevaux. Ils s'avancèrent furtivement à travers le bois ; mais c'était trop tard : les fourrageurs venaient de se retirer avec leur escorte ; on ne put tuer que ceux qui étaient ivres ou qui n'avaient pas réussi à s'enfuir.
Les reîtres protestants, dans leurs courses à travers le comté de Vaudémont, poussèrent jusqu'à Diarville, Houdelmont, Favières et Goviller, où ils s'acharnèrent contre l'église qui était une des plus belles du pays, y faisant des dégâts pour plus de 2 500 fr. ; ils y séjournèrent quatre jours, et firent éprouver « un dommage indicible » aux habitants, qui avaient déjà beaucoup souffert de la peste et de la grêle ; ils enlevèrent les meubles et la plus grande partie du bétail (247). Mais il n'est pas probable qu'en multipliant leurs excursions autour de leur campement, ils aient atteint Liverdun, comme le veut dom Calmet (248). Cette ville est trop loin de l'itinéraire suivi. Si la châsse d'argent que Gilles de Sorcy avait fait faire pour renfermer les reliques de saint Eucaire, a été enlevée par des soldats protestants, cette profanation ne paraît pas imputable aux envahisseurs de 1587.

XI
Jeudi 10 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : L'armée protestante séjourne encore su les bords du Madon. - Conseil et vives discussions au sujet de l'itinéraire à suivre. - Le sieur de Persigny dévalise un château pour son profit personnel. - Le sieur de Lutzbourg réclame sa liberté. - Commentaire : Identification du sieur de Lutzbourg, gouverneur de Sarrebourg. - Gentilhommes lorrains qui ont suivi l'armée protestante : François de Dommartin, Frédéric de Lutzelbourg, Georges de Nettancourt, seigneur de Bettancourt.

EPHÉMÉRIDE [pages 184-195]
« Le jeudy 31e d'aoust, nous séjournasmes encore à Cintray et es environ, des deux costés de la rivière de Modon, et allasmes au conseil chez ledit sieur de Bouillon... » Nous remontrâmes au conseil que, depuis cinq ou six étapes, on nous avait toujours fait occuper la gauche de l'armée, sous prétexte que les rivières étaient plus faciles à traverser, les marais moins fréquents, et les chemins moins mauvais ; que désormais il fallait prendre la route de Sedan en passant entre la Meuse et la Moselle ; et qu'en adoptant ce plan, il faudrait faire ses logis le lendemain au-dessus de Toul, où l'ennemi s'était retiré. Aussitôt Quitry fit observer qu'il valait encore mieux passer la Meuse, parce que le chemin proposé était difficile, environné de montagnes et de bois, où l'ennemi aurait l'avantage sur nous. Il représenta « que la guerre se fesoit à l'oeil et que, si les incommoditéz nous destournoyent d'un dessein, il estoit raisonnable d'adviser à un autre...» Il développa la série de difficultés qu'il prévoyait au projet, et ajouta que, d'ailleurs, le commandement du roi de Navarre faisait un devoir d'aller droit du côté de la Loire, vers Gien ou La Charité, pour le rejoindre là. Tous les conseillers français, comme s'ils s'étaient entendus, se rangèrent de son avis. Je répliquai que, depuis Blâmont, nous avions deviné leurs desseins. Quand ils nous alléguaient les marais et les mauvais chemins de la droite vers Dieuze et Château-Salins, nous avions acquiescé à leur avis, dis-je, mais j'avais bien remarqué qu'ils avaient pris de secrètes résolutions à Reclonville, et qu'ils avaient envoyé une dépêche, sans nous en faire part, au sieur de Cussy, qui était venu certifier qu'on ne pouvait mieux contenter le roi qu'en guerroyant en Lorraine. Je dis encore que le chemin de Sedan était moins malaisé que celui qu'on voulait nous imposer ; que le commandement du roi de Navarre était pour nous non existant, puisque nous n'en avions pas été avertis ; que nous avions les promesses écrites du duc de Bouillon abondant dans notre sens ; enfin, que ce plan avait été soumis à la reine d'Angleterre et que le comte de Leycester, on l'espérait, viendrait à notre secours par les Pays-Bas. Il devenait clair pour nous que si on nous avait toujours placés à gauche de l'armée, c'était pour nous empêcher de tirer vers Sedan. Après le conseil, Le Roux, secrétaire du duc de Bouillon, me remercia de mon dévoûment aux intérêts de son maître, qu'on voulait conduire à la baguette, sans souci de la ruine vers laquelle il courait. Je répondis que le sieur de Bouillon devait veiller lui-même à ses intérêts ; que déjà on le chargeait de tous les incendies allumés en Lorraine et que, cependant, le sieur de Quitry m'avait avoué lui-même avoir donné l'ordre personnellement de mettre le feu à l'abbaye de Domèvre. Après dîner, le duc de Bouillon nous requit avec larmes de tenir formellement la promesse, faite tant de fois verbalement et par écrit, de se diriger vers Sedan (249). Et, comme il était malade, il pria son secrétaire Le Roux de nous redire tout ce qui s'était passé depuis le commencement de la négociation. Là-dessus, Beauvoir se leva en colère, en traitant le duc de Bouillon comme un simple page, et en protestant que le chemin de Sedan ferait trop de torts à la cause du roi de Navarre et à l'État. Les autres conseillers furent plus modérés. La décision à prendre fut remise à l'étape suivante. Alors, le sieur de Quitry entra pour donner le rendez-vous au-dessus de Barisey, où l'on devait faire le logis entre le Madon et la Meuse.
Le comte de Lamarck, frère du duc de Bouillon, vint signaler une désobéissance du sieur de Persigny, frère du sieur de Quitry. Lamarck n'avait pas voulu loger dans un château de son quartier, le réservant expressément comme butin qui servirait à la bourse commune de l'armée. Or, malgré ses ordres et sa présence, ledit de Persigny avait fait forcer le château, en avait pris l'argent monnayé, la vaisselle, les meubles pour la valeur de plus de 10 000 écus, en retenant le tout pour son profit personnel. On en avertissait le sieur de Quitry, pour qu'il obligeât son frère à restituer avant que l'affaire n'arrivât aux oreilles des étrangers, au détriment de son honneur. Mais l'attitude molle de Quitry nous montra que les deux frères étaient de connivence.
Le sieur de Lutzbourg entra aussi avec les otages emmenés de Sarrebourg. Il exhiba la transaction en original, et demanda à être mis en liberté, puisque nous avions, sans le compter, les six otages requis comme garantie du paiement de 10 000 écus ; il ajouta que sa présence au milieu des siens hâterait le versement de cette somme. On consulta les otages en particulier. Ceux-ci, au contraire, remontrèrent que, si une fois le sieur de Lutzbourg était mis en liberté, on ne s'occuperait plus d'eux et que la rançon ne serait jamais payée. Il fut décidé que Lutzbourg resterait avec les otages. Par condescendance, la rançon fut ramenée à 6 000 écus, avec cette clause que, si l'on ne s'acquittait pas dans le délai de trois semaines, les 10 000 écus seraient exigés entièrement. « La nuict, je dressay une dépesche en Allemaigne afin de bailler au collonel de Dommartin à Germigny en passant pour la fere tenir après nostre partement. ».

COMMENTAIRE
Le sieur de Lutzbourg, que La Huguerie met ici en scène, était gouverneur de Sarrebourg pour le duc de Lorraine, et avait été emmené avec six otages comme gage de la rançon exigée de cette ville lors de sa capitulation (250). Les historiens sont unanimes à reprocher à ce gouverneur son peu de vaillance : il s'était rendu à la première sommation, le 28 août dès le matin (251). On appelait indifféremment les gentilshommes de cette maison : Lutzbourg, Lutzelbourg, Luxembourg, et le duc Léopold, après avoir fait étudier la question, déclara officiellement, en 1708, que les familles désignées par ces différentes appellations avaient une origine commune.
Parmi les personnages qui portaient ce nom, il y en avait de fort riches, comme on en peut juger par le magnifique château que bâtit l'un d'eux, Nicolas de Lutzelbourg, à Fléville, près Nancy, vers 1533 (252).
La maison de ce nom fournit au moins quatre gouverneurs à Sarrebourg, à la fin du XVIe siècle. Nous connaissons Frédéric, fils de Henri de Lutzelbourg et d'Elisabeth de Harange (253), qui fut grand-maître de la maison de l'évêque de Strasbourg ; son fils Bernard, seigneur de Sareck, bailli d'Allemagne en 1563, qui épousa Véronique de Landsberg, puis Lucie de Reinach ; Valter, fils de Bernard ; et enfin Antoine, frère du même Bernard, tige des seigneurs d'Imeling. Nous savons qu'Antoine occupait la charge de gouverneur de Sarrebourg en 1585 (254) ; s'il était encore en fonctions en 1587, on comprend qu'il ait ensuite quitté la Lorraine pour devenir gouverneur de Weimar au nom du duc de Saxe, car sa pusillanimité en face de l'ennemi devait rendre difficile son avancement à la cour de Lorraine. Il est très probable, cependant, qu'au passage des protestants son neveu Valter lui avait déjà succédé en qualité de gouverneur, car nous trouvons cette mention dans les comptes de 1587 : « A Antoine de Lutzelbourg, colonel, la somme de 1 050 fr. pour sa pension de chaque année (255) ». Cette hypothèse se fortifie par le fait que Valter figure au budget de 1588 comme capitaine de Sarrebourg, et que, dans les comptes de 1587, le receveur fait remarquer que les nombreux voyages des messagers de Son Altesse n'ont pu être tous attestés régulièrement par Valther de Lutzelbourg, parce que celui-ci avait été emmené par les ennemis (256).
En tout cas, il y eut un autre Lutzelbourg, qui faussa tout à fait compagnie à Charles III et s'enrôla en 1587 dans l'armée du duc de Bouillon. Il se nommait Frédéric; c'est sans doute celui que La Chenaye-Desbois appelle Frédéric-Guillaume, fils d'Antoine, seigneur d'Imeling, et dont il dit « qu'on ignore la destinée ». Deux ans plus tard, Frédéric implora son pardon. Dans la supplique qu'il adressa au duc de Lorraine, il prétend qu'en s'engageant dans l'armée ennemie venant d'Allemagne, il ignorait que cette armée passerait à travers la Lorraine : il n'avait d'autre intention que de s'exercer au métier des armes. Il supplie son souverain de déposer toute indignation contre lui, et de prendre en considération les services de feu son père et de ceux de sa maison ; la faute qu'il a commise, doit être attribuée à la jeunesse peu avisée plutôt qu'au mauvais vouloir. Si on lui permet de rentrer dans sa patrie sans être inquiété, il se comportera désormais en fidèle vassal. L'affaire ayant été soumise au Conseil le 5 avril 1589, Charles III l'autorisa à revenir dans ses États, à condition de vivre conformément aux ordonnances de Lorraine et de professer la religion catholique-romaine (257). Si l'identification est exacte, Frédéric aurait été le frère du célèbre Egloff de Lutzelbourg, le favori du duc Henri II, qui fut assassiné le 8 octobre 1616 aux portes de Nancy, probablement victime de la jalousie de quelque grand seigneur.
Il y eut un autre gentilhomme lorrain qui, à notre connaissance, fit aussi défection et figura dans l'armée protestante. La Huguerie le fait intervenir à plusieurs reprises sous le nom de sieur de Bettancourt, sans nous dire son pays d'origine (258). Il servit de lieutenant au comte de La Marck, frère du duc de Bouillon. Il se nommait Georges de Nettancourt, seigneur de Bettancourt et de Lanfroicourt, et avait épousé Louise de Guermange (259). Il sollicita aussi son amnistie près du duc de Lorraine en 1589. Dans sa requête, il expose qu'il était lié au duc de Bouillon par de grandes obligations, et que, quand celuici le pria d'accepter la lieutenance du jeune comte son frère, il n'osa lui refuser ce service. Il passa en armes à travers la Lorraine par Phalsbourg, et il eût bien désiré prendre une autre route à cause de l'offense à laquelle son souverain ne manquerait pas de se montrer sensible ; mais, néanmoins, il se comporta en vassal affectionné à Charles III, car c'est grâce à ses instances que plusieurs belles maisons ecclésiastiques et civiles furent épargnées. En considération de son retour à l'Église catholique, le 19 janvier 1589 Charles III lui accorda des lettres de pardon et lui donna main-levée pour les seigneuries de Bettancourt et Lanfroicourt, qu'il possédait du chef de sa femme (260). Il est assez vraisemblable qu'il n'a pas suivi le parti protestant de son plein gré, car, étant encore en Alsace près de Marlenheim, et constatant la divergence de vues très accentuée qui mettait les officiers en désaccord, il aurait tenu ce propos, d'après la relation de La Huguerie : « Je donnerais volontiers 10 000 écus de ma bourse pour n'être jamais entré dans cette armée (261) ». La terre de Bettancourt devait être située sur l'Aire, dans le bailliage de Clermont, au delà de Verdun (262). En tout cas, Georges, qui obtint des lettres de rémission en 1589, n'appartenait pas à l'ancienne maison de Bettancourt, à qui dom Calmet donnait pour armes un écu de gueules à trois salades ou armets mornes d'or (263) ; il était de la famille de Nettancourt, et n'était désigné par le terme Bettancourt qu'en vertu de la coutume abusive dont nous avons parlé plus haut. Georges ne conserva plus longtemps la terre de Lanfroicourt ; il l'échangea contre la seigneurie de Laneuveville-aux-Bois, qui appartenait à de nombreux maîtres : à Bernardin de Lenoncourt, seigneur de Gondrecourt ; à Charles de Lenoncourt, seigneur de Domêvre-sur-Durbion, sénéchal de Lorraine ; à Jean de Lenoncourt de Serres, gouverneur de Villefranche ; à Charles de Beauvau, seigneur de Fléville à cause de Philiberte de Sceaux, sa femme. Charles III avait donné son consentement verbal depuis longtemps, mais les troubles de la guerre avaient retardé la ratification officielle jusqu'au 9 janvier 1591 (264). Ce Laneuveville-aux-Bois n'est pas celui qui se trouve près du fort actuel de Manonviller, canton de Lunéville, mais celui qui se nomme aujourd'hui Laneuveville-au-Rupt ; car, dans la requête qu'elles adressaient à Charles III, les parties contractantes exposaient que ce village était situé dans le royaume de France et qu'elles en avaient joui depuis le décès du dernier roi.
Le château où le sieur de Persigny fit main basse sur les meubles et sur l'argent, ne nous est pas connu ; c'est vraisemblablement un de ceux qui étaient l'ornement de Frolois (265), Pulligny ou Ceintrey.

XII
Vendredi 11 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : L'armée protestante quitte Ceintrey et les bords du Madon, se dirigeant vers Barisey. - Commentaire ; Pillage et incendies à Allain-aux-Boeufs, à Bagneux, à Colombey, Autreville, Barisey-la-Côte, Harmonville, etc.

EPHÉMÉRIDE [page 196]
« Le vendredy premier jour de septembre, nous partismes de Cintray et des environs de la rivière de Modon.. Je m'advançay au chemin à Germigny, où je trouvay le collonnel Dommartin, auquel je baillay mon pacquet pour Allemaigne, et de là me trouvay au rendez-vous ès environs desquels fut nostre logis, où nous trouvasmes le feu mis par les Suisses en passant. ».

COMMENTAIRE
En quittant les bords du Madon, le 14 septembre, et en se portant vers Barisey-la-Gôte, l'armée protestante continua de piller et d'incendier. Nous trouvons des traces de son vandalisme à Allain, à Bagneux, à Colombey, à Barisey et jusqu'à Harmonville.
Allain-aux-Boeufs, ainsi nommé parce que le clocher de cette paroisse était orné de deux boeufs sculptés, qui ont disparu le 7 janvier 1749, lors de l'effondrement de la tour (266), eut si fort à souffrir des troupes du duc de Bouillon, qu'il perdit 12 conduits et fut réduit à 48 ; les 35 plus belles maisons furent brûlées par les reîtres, qui emportèrent tous les grains qu'ils purent trouver (267).
Les habitants de Bagneux, après avoir été longtemps éprouvés par la contagion, virent leur malheur achevé par le fléau de la guerre : les reîtres leur brûlèrent les 39 meilleures maisons du village ; il n'en resta que 19 entières. Ils perdirent leurs chevaux, leur bétail et leurs meubles (268).
A Colombey (Colombier), les droits seigneuriaux étaient fort divisés. Vauthier de Choiseul, demeurant à Longepierre, duché de Bourgogne, venait de vendre au duc de Lorraine la portion qui lui appartenait, c'est-à-dire le 20e du tout, pour 9 599 francs (269). Survinrent les reîtres du duc de Bouillon, qui brûlèrent les 36 maisons de meilleure apparence. Les habitants qui étaient sous l'autorité de l'abbé de Saint-Èvre-lès-Toul en ce qui concernait la haute, moyenne et basse justice, payaient l'aide Saint-Remy à Son Altesse. Ils demandèrent une réduction de leurs dettes, parce qu'ils avaient été « merveilleusement affligés » par les gens de guerre.
Le village qui paraît avoir été le plus maltraité dans cette région, c'est Harmonville, à 7 ou 8 kilomètres au sud de Colombey ; il eut 67 maisons ruinées par le feu.
Autreville, qui est situé sur la grande route de Neufchâteau à Sarreguemines par Nancy, non loin de l'ancienne voie romaine allant de Langres à Metz, et à moins de 2 kilomètres de Harmonville, ne pouvait manquer d'être rançonné ; il devint aussi la proie des flammes, et sans doute que l'église ne fut pas épargnée, car « on y relève des traces d'incendie » et elle fut consacrée à nouveau en 1594 (270).
L'église de Barisey-la-Côte et plusieurs maisons de ce village furent aussi brûlées. Barisey-au-Plain n'a pu échapper au désastre. La tradition locale a conservé le souvenir d'un autre groupe d'habitations appelé Barisey-la-Planche, qui a disparu à une date incertaine. En 1866, à 300 mètres au sud-est de Barisey-au-Plain, on a découvert, à près d'un mètre de profondeur, de nombreux ossements, une lance, et sept ou huit fers à cheval, de très petites dimensions. L'année précédente, à Colombey, en faisant des terrassements pour construire un hangar, on trouva des ruines d'habitations avec des traces visibles d'incendie, du blé carbonisé, des instruments d'agriculture presque semblables à ceux de notre époque, et un fer à cheval de même forme et de mêmes dimensions que ceux qui avaient été trouvés à Barisey (271). Il n'est pas téméraire de penser que ces débris et ces ruines doivent être attribués à la campagne de 1587, puisque nous savons positivement que l'armée huguenote a passé en cet endroit après la moisson des blés, qu'elle y a allumé de nombreux incendies et que ses chevaux étaient de petite taille (272). Les ossement trouvés sont vraisemblablement ceux des soldats qui ont succombé en chemin. On se souvient qu'au rapport de La Huguerie, la mauvaise qualité des eaux et les maladies faisaient beaucoup de victimes parmi les Allemands ; les colonels Cloth et de Werren moururent le 30 septembre à Châteauvillain ; le duc de Bouillon lui-même fut malade pendant tout le trajet à travers la Lorraine et alla mourir à Genève en janvier 1588, après l'anéantissement de son armée.
La Huguerie reste dans le vague quand il fait remarquer qu'avant de s'éloigner des bords du Madon, il trouva le feu mis par les Suisses tout près de l'endroit où il avait fait son logis. D'après son propre récit (273), il avait logé à Ceintrey : il est donc probable que ce village subit le sort commun. Deux jours après, Schomberg écrivait au roi : les Huguenots « mettent le feu indifféremment à toutes les maisons des gentilshommes, abbayes, bourgades et villages d'où ils délogent, et partout ailleurs où ils peuvent entrer (274). »

XIII
Samedi 12 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : L'armée part de Barisey-Ia-Côte dans la direction de Vaucouleurs. - Commentaire : Ce que devient l'armée protestante hors de nos frontières. - L'affaire Villy ou la dépêche de Rome interceptée. - Identification du sieur de Villy. - Charles III envoie cinq pies au cardinal d'Est à Rome. - Profusion de chaînes d'or pour s'attacher des dévouements. - En 1595, Charles III fait évaluer les dégâts causés en Lorraine par l'armée du duc de Bouillon en 1587.

EPHÉMÉRIDE [pages 196-197]
« Le samedy 2 de septembre, partit l'armée de Barisi et environs. Nous passâmes devant Loup, qui est à Monsieur le comte de Salm... » Nous nous dirigeâmes vers « Pagny- sur -Meuse », afin d'avertir le duc de BouilIon « que Messieurs de Lorraine et de Guise estoyent à Thoul renforcez des nouvelles troupes, qui avoyent pris à la queue de l'armée quelques Suisses et leurs fourriers malades... Sur le soir, le sieur de Bouillon nous envoya la dépesche originale du sieur de Villy, chambellan de Monsieur de Lorraine, surprins, retournant de Rome, par le sieur de Beau jeu en sa cavalcade au-devant de l'armée pour recouvrer des chevaux, dont je pris copie et la rendy le lendemain. »

COMMENTAIRE
Nous n'avons pu identifier ce nom de lieu que La Huguerie appelle « Loup ». En rapprochant les données de la topographie et celles de la phonétique, nous inclinons à penser qu'il s'agit d'Allamps, qu'on rencontrait immédiatement sur son chemin en allant de Barisey à Vaucouleurs. Les reîtres vinrent occuper Taillancourt et Pagny-la-Blanche-Côte, qui est sur la Meuse, et que La Huguerie a confondu avec Pagny-sur-Meuse, situé beaucoup plus en aval.
Nous arrivons à l'extrême frontière du territoire que nous nous étions proposé d'étudier à l'occasion de cette campagne. Nous ne suivrons pas plus loin ceux qui ont réduit nos ancêtres à une si noire misère en brûlant leurs foyers et en saccageant leurs récoltes. Leur férocité calculée excita le désir de promptes représailles. Le duc de Guise et les Lorrains s'élancèrent à la poursuite des envahisseurs à travers la Champagne, les harcelant continuellement. Ils leur infligèrent un échec sérieux à Vimory (Loiret), le 26 octobre ; les taillèrent en pièces et les dispersèrent définitivement à Auneau, près de Chartres, le 24 novembre suivant. Les fuyards cherchèrent alors à regagner leur patrie au plus vite, par le comté de Montbéliard que gouvernait un prince protestant, Frédéric de Wurtemberg. Mais les Lorrains se précipitèrent pour leur couper la retraite. Quitry, qui avait été le plus implacable incendiaire de notre pays, osa pourtant se plaindre du retour offensif de ses victimes, en écrivant au sieur de Ségur, le 5 janvier 1588 : « Le marquis du Pont et Monsieur de Guize, pensant razassier leur cruauté sur ces pauvres Allemands demi-morts de malladies et de pauvreté, sont venuz jusqu'à Saint-Claude pour les massacrer, et font ce qu'ils peuvent pour leur couper le chemin ; et à mon particulier ils ont ordonnez 2 000 écus à qui m'amèneroit mort ou vif (275). »
Il ne nous reste plus qu'à parler de l'affaire de Villy, que La Huguerie effleure à la fin de ce dernier paragraphe.
L'affaire de Villy, ou la dépêche de Rome interceptée, est assez intéressante à étudier. La Huguerie rapporte, à la date du 12 septembre, que, deux jours auparavant, le sieur de Villy, chambellan du duc de Lorraine, revenant de Rome avec des lettres importantes, fut arrêté par les troupes protestantes ; qu'on le fit prisonnier pour l'interroger et qu'on lui enleva les précieux papiers dont il était porteur (276). Quelques historiens, comme Lepage (277), ont révoqué en doute l'authenticité de ces documents, et ont supposé qu'on avait pu les fabriquer, pour démontrer que le duc de Lorraine était réellement prétendant à la couronne de France et pour justifier ainsi les soupçons de Henri III à son égard. La Huguerie affirme avoir tenu toutes ces pièces entre les mains, les avoir copiées et traduites à l'intention du duc de Bavière. Il en donne l'analyse dans ses Mémoires (278) et en reproduit littéralement les principaux passages. Si l'on compare sa rédaction, très circonstanciée, avec les textes officiels qui nous restent, on est obligé de reconnaître que la relation de La Huguerie a toutes les couleurs de la vraisemblance. Si on avait voulu inventer, on aurait inventé quelque chose de plus fort et de plus compromettant ; si le narrateur, familiarisé avec les négociations diplomatiques, avait soupçonné dans ce paquet de dépêches l'oeuvre d'un faussaire, il n'aurait pas analysé ces pièces, avec tant de minutie, dans un livre de Mémoires qu'il dédia au duc de Lorraine. En fait, les livres de comptes de l'an 1587 nous apprennent que le sieur de Villy reçut de Charles III, le 2 août, l'ordre de partir de Nancy à Turin, à Milan, puis à Rome vers le pape :
Au sieur de Villy la somme de 500 écus d'Italye, à raison de 4 fr. 9 gros pièce... pour subvenir et employer aux fraictz du voiage que Son Altesse luy avoit ordonné faire pour son service en diligence de poste de Nancy vers monsieur le duc de Savoy à Thurin, de là à Milan vers monsieur le duc de Terrenove, et puis à Rome vers Sa Sainteté... Appert par mandement donné à Nancy le 2e jour d'aoust 1587 (279).
Or, l'interrogatoire du prisonnier, rapporté par La Huguerie, révèle les mêmes particularités. Celui-ci avoue qu'il est allé en Bourgogne, en Savoie, à Milan, pour hâter l'arrivée deschevau-légers que son maître attendait d'Italie ; et qu'il était allé demander audience au Saint-Père, pour lui remontrer que le duc de Lorraine, très attaché à la religion catholique, avait présentement sur les bras une puissante armée d'hérétiques, et que, pour en triompher, il avait besoin de secours en hommes et en argent. Dans le dossier surpris, se trouvaient non seulement la réponse du pape, datée du 27 août, mais une lettre du cardinal Pellevé et une lettre de Christine de Danemark à son fils, laquelle contenait cette phrase : « Avec ceste occasion, je désirerois bien que puissions jouyr de la couronne qu'aultrefois m'avez escript, et me semble que le temps ne seroit pas mal propre d'y penser. »
Quel était ce Villy qui avait la confiance de Charles III ? Dom Calmet le nomme Villiers (280) ; Lepage conjecture que c'est sans doute Regnauld de Gournay, sieur de Viller (281) ; les annotateurs des Mémoires et de L'Éphéméride de La Huguerie ont suivi le sentiment de Lepage. L. Davillé (282) pense que c'est peut-être Louis de Custine, sieur de Villy, qui devint capitaine et prévôt de Briey en 1591. Cette dernière identification nous paraît seule admissible. En effet, Regnauld de Gournay, seigneur de Viller, est le même que le bailli de Nancy depuis 1577. Or, la présence en Lorraine du bailli de Nancy est mentionnée aux mois de juillet et d'août. Il commande un régiment sous le comte de Salm. Le 15 juillet, il est à Saint-Dié ; le 30 juillet, il est à Lunéville; le 1er août, à Baccarat ; le 21 août, il passe à Gerbéviller avec sa compagnie colonelle ; le 9 septembre, il est à Vandoeuvre (283). Il n'a donc pu faire le voyage de Rome. D'autre part, Louis de Custine répond parfaitement aux exigences du problème. Il était seigneur de Villy et chambellan (284) du duc de Lorraine, comme l'indique La Huguerie. Pendant les guerres de religion, il fut ambassadeur de Charles III en différentes cours d'Europe ; c'est La Chesnaye-Desbois qui nous l'apprend. Enfin, un document officiel du 23 juin 1599 rappelle qu'au commencement des dernières guerres, Louis de Custine, seigneur de Villy, chambellan, capitaine de Longwy, exerça les fonctions de bailli de Saint-Mihiel, en l'absence du sieur de Lenoncourt, et qu'il donna beaucoup de contentement à Charles III « en plusieurs belles commissions et légations, nommément envers Sa Sainteté » (285). C'est donc lui qui a fait le voyage de Rome (286) et qui a été dévalisé à son retour par les troupes allemandes. M. Davillé place sa capture au 27 ou au 28 septembre à Châteauvillain ; mais, en réalité, elle a été effectuée bien plus tôt. Si l'on rapproche plusieurs passages de L'Éphéméride et des Mémoires, il en résulte assez clairement que Villy, qui fut interrogé le 28 septembre à Orges, avait été arrêté dès le 10 du même mois par le sieur de Beaujeu, faisant une excursion du côté de Mirecourt.
Le duc de Lorraine entretenait à Rome un agent accrédité pour traiter toutes les affaires dans lesquelles devait intervenir la cour pontificale. En 1587, cet agent était Dominique Hatton, ancien secrétaire de l'évêque de Metz (287); et l'on voit que ce représentant avait aussi la mission d'offrir des présents aux grands personnages dont son maître désirait gagner les sympathies. Ainsi on lit, dans les comptes de 1587, cette curieuse mention :
Au sieur Hatton, agent de Son Altesse en cour de Rome, la somme de 225 escus solz (1 068 fr. 9 gros) pour la nourriture de cinq pyes qu'il a heu charge de mener en Italye et présenter de la part de Sadite Altesse à monsieur le cardinal d'Aest (288), à compter dès le 14e jour de juillet qu'il arriva à Rome jusquesau 4e jourdu mois de novembre suyvant (1586), ne les aiant sceu présenter plus tost, à cause de deux qui estoient demeurées malades ; comprenant les drogues et médicaments employez pour la guérison desdites deux pies, avec le salaire des marchaux, et des couvertes et caparaçons qu'iceluy Hatton a faict faire à Rome pour les présenter tant plus honnestement (289).
Ces pies, on le devine, étaient des chevaux. On donnait ce nom autrefois aux chevaux dont la robe blanche portait des taches noires ou baies ; Madame de Sévigné écrivait encore au XVIIe siècle : « J'ai été chez Mignard, il a peint monsieur de Turenne sur sa pie ».
L'année 1587 ne fut pas seulement désastreuse pour la Lorraine par le fait de la contagion, de l'invasion et des pluies excessives ; mais elle fut extrêmement onéreuse pour les finances de Charles III, qui dut entretenir de nombreuses compagnies d'hommes de guerre étrangers, entrés à son service. La solde promise était déjà une lourde charge ; mais les présents qu'il se crut obligé d'offrir aux officiers qui n'étaient pas ses vassaux, et aux négociateurs qui lui avaient témoigné de la bienveillance, achevèrent d'absorber le Trésor. Voici quelques exemples que nous lisons au chapitre des dépenses (290), et qui montrent que le duc de Lorraine voulut s'attacher beaucoup de personnes avec des chaînes d'or :
Don d'une chaîne d'or de 1064 fr. au baron de Lebenberg venant vers Son Altesse de la part du duc Casimir de Bavière.
Dépense de 5 071 fr. pour cinq chaînes d'or et cinq médailles à l'effigie de Son Altesse, dont celle-ci a fait présent aux quatre colonels de reîtres qui ont servi à S. A en 1587, et à Nicolas Busens, secrétaire de monsieur le comte Charles de Mansfeld (291).
Dépense de 1425 fr. remis à monsieur le marquis d'Havré pour acheter un carcan aux Pays-Bas et le donner de la part de Son Altesse à mademoiselle la Rhingravine, sa belle-fille, comme étrennes le jour de ses noces.
Dépense de 5 035 fr. pour offrir une chaîne d'or, avec médaille à l'effigie de Son Altesse, au commandeur Moréo (292), gentilhomme espagnol.
Dépense de 5 733 fr. pour offrir deux chaînes d'or, l'une au sieur Taxis (293), veador général de Sa Majesté Catholique aux Pays-Bas, et l'autre au sieur Gabriel Alegria, commissaire pour Sa Majesté Catholique aux Pays-Bas.
Dépense de 1 423 fr. pour don d'une chaîne d'or au sieur de Montmajor, lieutenant de monsieur le marquis de Varembon. Etc.
Pour satisfaire à tant d'obligations, Charles III dut emprunter des sommes considérables près de ses vassaux, près de ses sujets roturiers, près des princes ses amis. Aux uns, il engagea des terres seigneuriales; aux autres, il paya une rente annuelle de 7 pour cent. II ne tarda pas à trouver que ce taux était exorbitant et usuraire. En 1596, dans une séance du Conseil, il proposa de le réduire ; mais Jean IX comte de Salm s'éleva avec force contre cette motion, disant qu'il prendrait les armes pour soutenir l'honneur de son souverain plutôt que d'y consentir (294), La question soulevée fut provisoirement écartée.
En terminant, il eût été intéressant de donner, par manière de récapitulation, une évaluation sommaire de tous les dégâts causés par l'armée du duc de Bouillon. Ce travail a été fait en 1595 pour appuyer les réclamations de Charles III à la diète de Spire, mais nous n'en connaissons pas le résultat. Espérons qu'un jour on trouvera au moins une copie de ce document officiel, soit aux Archives de Meurthe-et-Moselle, soit dans celles du Palatinat. En attendant, voici les lettres de Charles III nous apprenant que des recherches officielles ont été faites en 1593. Elles ont été adressées au receveur de Sarrebourg :
Améz et féaux. Estant requis et nécessaire pour le bien de nostre service de faire informer par commissaire impérial des dégâts, pilleries, rançonnements, forces, violences et ruynes faictes dans nos pays ès passages des armées conduictes par le feu duc de Bouillon en l'an 87, et depuis par le prince d'Anhalt (295), et désirant préparer les choses le plus clairement que possible sera, affin qu'à l'arrivée dudit commissaire impérial, nous puissions luy faire donner adresse, et administrer témoins qui sachent à la vérité comme les choses sont passées.... [Pour les pertes éprouvées, il faudra dire] eu quoy cela consiste, combien on le pourrait estimer et apprécier en argent, et quels témoins seront les plus propres à produire pour tesmoingner et vériffier ce que dessus. Vous ferez bien d'en communiquer avec nostre conseiller le docteur Glesse (296), et prendre instruction de luy comme vous aurez à y témoingner. Mais d'aultant que le fait requiert célérité, estant la journée assez proche que les députés de l'empire se doibvent trouver et assembler à Spyre pour délibérer sur les quictances et modérations prétendues par plusieurs princes et membres dudit empire, à cette fin, serez de toute la diligence que possible sera.... (297).
Des ordres semblables durent être envoyés à tous les receveurs de Lorraine dont les contrées avaient été ravagées par les dernières guerres, car les comptes du receveur d'Apremont nous apprennent que, par mandement de Son Altesse (9 avril 1595), cet officier fit une enquête avec deux aides pour reconnaîtire les rançonnements, pilleries et dégâts infligés par les gens du duc de Bouillon en 1587, et depuis par les soldats di prince d'Anhalt(298).

CONCLUSION

Cette étude, où nous avons recherché les traces du passage des reîtres dans notre département en 1587, nous amène à la conclusion suivante : l'armée du duc de Bouillon a laissé derrière elle autant et probablement plus de ruines que celle des Suédois au XVIIe siècle. Les ravages des uns et ceux des autres ont dû être souvent confondus dans la mémoire du peuple, qui ne sait pas conserver les distances chronologiques, une fois qu'il s'agit d'événements passés depuis plus d'un siècle. La traversée de notre pays par les troupes protestantes, de Blâmont à Barisey-la-Côte, au delà de Toul, n'avait pourtant duré que du 30 août au 12 septembre. La Huguerie semble avoir raison, quand il dit que s plus chauds partisans de ce vandalisme systématique se trouvaient du côté des officiers français plutôt que du côté des officiers allemands qui composaient cette armée ; et le roi de France Henri III paraît avoir été complice de ceux qui avaient concerté ce plan de guerre avec le roi de Navarre et l'avaient imposé au duc de Bouillon. Cette traînée de feu a répandu la désolation et la terreur ; elle a eu pour conséquence naturelle l'empressement des Lorrains à fortifier leurs villes et leurs villages au prix des plus grands sacrifices. Non seulement Nancy est devenu une place redoutable, mais les habitants d'une multitude de modestes localités ont demandé à leur souverain, et obtenu la permission, d'élever une enceinte le murailles autour de leurs logis, de creuser des fossés, de construire des portes et des tours pour se mettre à l'abri d'un coup de main. Même de simples fermes ont été munies de portes solides, protégées par des meurtrières capables de recevoir de petites pièces d'artillerie. L'énumération de ces travaux de défense fera probablement l'objet d'une autre étude, qui complétera celle-ci.

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itinéraire des reîtres à travers la Lorraine sous la conduite du Duc de Bouillon, en 1587


(160) Probablement Glonville, sur la Meurthe.
(161) Idem.
(162) « A Didier Harnier, postillon à Nancy, la somme de 22 fr., pour avoir porté lettres de la part de Son Altesse et pour son service, en diligence de poste depuis Nancy jusques à Lunéville, à Monsieur le baron d'Haussonville y estant, et de là aux sieurs de Rosne et de La Routte eslans à Dieuze. Appert par mandement donné à Nancy le 14e jour de septembre 1587. » (Arch. M.-et-M., B. 1 210, f° 459.).
(163) Cf. Mémoire justijlcatlf de Quitry. Appendice à l'Èphéméride, p. 161, 164 et 484.
(164) Éphéméride, p. 46 et 47.
(165) Éphéméride, p. 195, 196.
(166) Ibid., p. 211.
(167) Cf. E, Olry, Note sur le village de Germiny, dans M. S. A. L., 1877, p. 379 et 388.
(168) Dommartin-sur-Vraine.
(169) Arch. M.-et-M., B. 46, f° 60. Nicolas de Dommartin avait sans doute épousé Anne des Armoises, car, en 1593, nous rencontrons à Neufchâteau le nom de cette dame, qui se dit veuve de Nicolas de Dommartin. (Arch. M.-et-M., B, 4 653.)
(170) T. II, p. 83 à 170.
(171) Abbé Olivier, Fontenay-le-Château, dans Annales Soc. émul. des Vosges, 1894, p. 42 et suiv.
(172) Dom Calmet, Hist. généalog. de la maison du Châtelet, p. 51 et suiv.
(173) Cf. son testament. Doc. Vosg., t. VIII, p. 209 à 219.
(174) Elle avait épousé en secondes noces, vers 1570, Charles-Philippe de Croy, marquis de Havre, duc d'Arscot, prince du Saint-Empire, qui combattait dans l'armée lorraine. Voir le portrait de Diane de Dommartin et une notice biographique dans M. S. A. L., 1861, p. 113.
(175) Doc. Vosg., t. II, p. 255; IV, p. 183; VIII, p. 167.
(176) Docum. hist. de Lorr., t. IX, 1864, p. 267 à 288.
(177) Publié en 1902 par Gabriel de Braux et Edmond des Robert.
(178) Dictionn. de la noblesse, 2e édition, t. V, p. 601, art. Dinteville.
(179) Arch. M.-et-M., B. 1210, f° 356.
(180) La Chenaye-Desbois, op., cit., t. V, p. 598, art. Dinteville. Le fils de Jean de Dinteville et de Gabrielle de Stainville fut Joachim, baron de Dinteville, lieutenant général au gouvernement de Champagne et de Brie; il mourut sans postérité le 1er octobre 1607.
(181) Arch. M.-et-M., B. 1 210, f° 206.
(182) Arch. M.-et-M., B. 1 208.
(183) Ibid., B. 1 214, f° 252.
(184) Monthureux-sur-Saône. - Ibid., B. 57, f° 124.
(185) La Huguerie, Mémoires, t. III, p. 24.
(186) Arch. M.-et-M., B. 71, f° 72.
(187) Ibid., E. 243. Sa femme, Marguerite de Dinteville, vivait encore en 1624.
(188) J. S. A. L., 1872, p. 11 et 12; 1889, p. 127-141 ; M. S. A. L., 1904, p. 81-108.
(189) Arch. M.-et-M., H. 107. La permission est datée du 11 juin 1581.
(190) Arch. M.-et-M., H. 170.
(191) Loc. cit., f° 392.
(192) Appendice à L'Éphéméride, p. 484.
(193) Cette pièce était cotée layette I, n° 10.
(194) Dom Calmet, Hist. généal. de la maison du Châtelet, preuves p. ccxiii à ccxviii. Christine resta veuve sans enfants à partir de 1607. Elle fonda à Gerbéviller, avec sa soeur et son beau-frère, le monastère des Carmes déchaussés, et mourut en odeur de sainteté à Nancy eu 1621.
(195) La Chenaye-Desbois, op. cit., art. Chàtelet. Leur père, Olry du Chàtelet, avait été tué au slège de la Charité-sur-Loire, en mai 1569, dans les rangs protestants.
(196) Arch. M.-et-M., B. 6 689.
(197) Ibid., B. 10 384, fos 20-21.
(198) Ibid., B. 10 383, fos 98 et 99.
(199) Ibid., B. 8 510; B. 10 383, fos 96-97. Dans plusieurs études historiques, Moranviller (détruit) a été confondu avec Moriviller dont il était éloigné d'au moins 4 kilomètres.
(200) Arch. M.-et-M., B. 10 384, f° 120.
(201) Ibid., B. 8 oli ; 10 386, f° 22.
(202) Ibid., B. 10 383, f° 98.
(203) Arch. M.-et-M., B. 8 518 et 10 383, f° 50.
(204) Lepage, Dictionn. topog. de la Meurthe, articles Chaumont et Chaumontois.
(205) L'Origine de la très illustre Maison de Lorraine, Bâle, 1704, in-8, p. 7.
(206) La question n'a pas encore été tranchée. Dom Calmet écrit: « Je ne crois pas que le Chaumontois ait jamais eu un chef-lieu d'où il a tiré son nom. » (Notice de la Lorraine, t. I, col. 227, art. Chaumontois.) Le P. Benoit Picart est d'un autre avis : « Le Chaumontois avait constamment autrefois un chef-lieu ou une capitale dont le nom revenait peut-être à celui de cette province, mais ce chef-lieu qu'on place vers Saint-Dié nous est inconnu. » (Hist. ecclés. et polit, de la ville et du diocèse de Toul, p. 30.) M. Robert Parisot ne semble pas avoir cherché à résoudre ce problème dans les études si approfondies qu'il a publiées sur l'histoire de notre région. Cf. Le Royaume de Lorraine sous les Carolingiens (1899), et Les Origines de la Haute Lorraine 1909). Il se contente de dire, p. 107 de ce dernier ouvrage : « Le Chaumontois semble avoir été au Xe siècle morcelé en plusieurs comtés, dont l'un tirait son nom de la Mortagne, affluent de gauche de la Meurthe. En 966 Rambaud administrait le comté de la Mortagne... Il est possible, mais non certain, qu'Amance ait été le chef-lieu d'un autre comté. »
(207) Arch. des Vosges, G. 230. Les biens que le chapitre possédait hors du val de Saint-Dié, étaient répartis en trois offices : celui du Chaumontois, celui de la Distribution et celui d'Allemagne. Il est juste d'ajouter que le prévôt du Chaumontois régissait encore des domaines qui étaient bien éloignés de là, tels que ceux de Coincourt, Verdenal, Xousse, Moyemont.
(208) Arch. M.-et-M., H. 1 333.
(209) Lepage, Communes de la Meurthe, t. I, p. 122.
(210) M. S. A. L., 1867, p. 263. Sous l'abbé Thierri de Lemainville, l'évêque de Toul, Christophe de La Vallée, vint bénir les nouvelles constructions et consacrer des autels le 1er octobre 1600. Cf. Arch. M.-et-M., H. 1 324.
(211) Ibid, B. 10 383, fo 103 et 127.
(212) Arch. M.-et-M., B. 10 383, fo 75.
(213) Ibid., B. 2 915.
(214) Rosières de Chaudeney, loc. cit.
(215) Arch. M.-et-M., B. 4062.
(216) Arch. M.-et-M., B. 7039, 10 décembre 1587.
(217) Arch. M.-et-M., B. 1212, fo 362 et suiv.
(218) Ibid., B, 1210, p. 239-240.
(219) C'est-à-dire Bainville-aux-Miroirs.
(220) Toutes ces localités sont de l'arrondissemeat de Mirecourt (Vosges) ; les deux premières appartiennent au canton de Dompaire et les autres au canton de Charmes.
(221) Arch.-M.-et-M., B. 10 383, f° 68.
(222) Cf. Lepage et Charton, Statist. du dép. des Vosges, art. Tantimont.
(223) Éphéméride, p. 168,
(224) Ibid., p. 183.
(225) Arch. M-et-M., B. 56, fo 223 et 224.
(226) Doc. hist. de Lorr., 1864, p. 34, n. 1. -M. S. A. L., 1963, p. 182 n. 1.
(227) M.S.A.L., 1903, p. 167.
(228) Lisez : Meurthe ; c'est un genre de lapsus qui arrive facilement aux annalistes.
(229) Idem.
(230) Ma. 559 de la Bibl. publ. de Nancy, t. I, f° 131 et suiv.
(231) Arch. M.-et-M., B. 1212, f° 345..
(232) Éphéméride, p. 208.
(233) Charles de Birague, dit le capitaine Sacremore, était fils naturel de Louis de Birague, ffouverneur du Piémont, et proche parent du chancelier de Birague. Il avait été envoyé en Italie pour lever 1 200 lances. En décembre 1587, à Dijon, comme il demandait la main de Mlle « de Villers, fille ainée de la duchesse de Mayenne, le duc de Mayenne, exaspéré, le tua de sa main. (Note des Mémoires et de l'Éphéméride de La Huguerie.).
(234) Lire ces paroles sous la date du 24 août/3 septembre.
(235) M. S. A. L., 1903, p. 181 à 193.
(236) Appendice à L'Éphéméride, p. 506.
(237) Depuis le village de Pont-Saint-Vincent jusqu'au pont de Pulligny. Mémoire Justificatif de Clervant. Appendice à L'Éphéméride, p. 513.
(238) Appendice à L'Éphéméride, p. 468-469.
(239) Lettre citée par M. Paul Fournier, M. S. A, L., 1903, p. 194.
(240) Rosières de Chaudeney, Hist. de Lorr. et des choses mémorables advenues en France, en Germanie, Hongrie... ; ms. 795 de la Bibl. publ. de Nancy.
(241) Arch. M.-et-M., B. 10 121, 10 383, fos 80 et 82, et B. 10 384.
(242) Ibid., B. 10 383, f° 17 et B. 10 127.
(243) Arch. M.-et-M., B. 10 383, f° 30.
(244) Ibid., H. 2 993. La première chapelle bâtie à Hammeville ne date que des environs de 1500.
(245) Éphéméride, p. 183. - Les greniers de blé de Son Altesse, à Vézelise, furent aussi enfoncés et pillés. Arch. M.-et-M., B. 1 063.
(246) Ms. 559 de la Bibl. publ. de Nancy.
(247) Arch. M.-et-M., B. 10 383, fos 35 et 39; B. 10 384, fo 23 et 81.
(248) Dom Calmet, Notice de la Lorraine, art. Liverdun. t. I, col. 668.
(249) Le duc de Bouillon était souverain de Sedan et de Jametz.
(250) La Huguerie, Mémoires, p. 76.
(251) Éphéméride, p. 117. - Digot, Hist. de Lorraine, t. IV, p. 240. - Dom Calmet, Hist. de Lorraine, 2e édition, t. V, col. 799.
(252) De Ludres, Hist. d'une famille de la Chevalerie lorraine, t. I, p. 307. - Nicolas était mort avant 1553 ; il paraît n'avoir laissé que des filles pour lui succéder.
(253) Cf. La Chenaye-Desbois, Dictionn. de la noblesse, art. Lutzelbourg.
(254) Inventaire de Dufourny, t. X, 2e partie, p. 155 (ms. n° 765 de la Biblioth. publ, de Nancy).
(255) Arch. M.-et-M., B. 1 210, f° 315.
(256) Arch. M.-et-M., B. 9 134 et 9 135.
(257) Ibid., B. 38, f° 110.
(258) Éphéméride, p. 70, 72, 216 à 218.
(259) Louise de Guermange était fille de Nicolas de Guermange, seigneur de Bioncourt, et de Lucrèce de Miremont. Georges de Nettancourt était fils d'Antoine de Nettancourt-Bettancourt et de Françoise de Boutillac. Il épousa en secondes noces, par contrat du 3 juillet 1595, Adrienne de Fresnel. Voir Moréri, Dictionnaire historique, art. Nettancourt.
(260) Arch. M.-et-M., B. 58, f° 39.
(261) Éphéméride, p. 71.
(262) Le village de ce nom a été ruiné ; son territoire a été annexé à celui de Lavoye, canton de Triaucourt ; il se nommait aussi Bertancourt, Berthaucourt.
(263) Dom Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 117.
(264) Arch. M.-et-M., B. 61, f° 8.
(265) En 1573, Henri de Joinvîlle faisait ses reprises pour le manoir où il avait sa résidence à Acraignes (Frolois), près de l'église, manoir bâti moitié en pavillon, moitié en maison forte. (Arch. M.-et-M., B. 363, f° 124.).
(266) La plus ancienne mention de la qualification aux Boeufs date de 1525. M. S. A. L., 1861, p. 238.
(267) Arch. M.-et-M., B. 10 383, f° 44.
(268) Ibidem., f° 45.
(269) Ibid., B. 1 210, f° 243.
(270) Davillé, Les ravages de la Lorraine pendant la Ligue, dans le Pays lorrain et le pays messin, année 1911, p. 17.
(271) E. Olry, Trouvailles à Barisey-au-Plain, dans J. S. A. L,,1866, p. 214.
(272) Les chevaux qui ont été trouvés comme épaves à Bainville-aux Miroirs étaient également très petits.
(273) Éphéméride, p. 184.
(274) Lettre citée par M. Paul Fournier, op. cit., dans M, S. A. L., 1903, p. 194.
(275) Éphéméride, Appendice, p. 474-475. - Sur les représailles des Lorrains dans le comté de Montbéliard, voir Tuetey, Les Allemands en France et l'invasion du comté de Montbéliard par les Lorrains (1587-1588). 1884, 2 vol. in-8. (Exlr. des Mémoires de la Société d'émulation de Montbéliard.).
(276) Éphéméride, p. 197.
(277) Lettres et instructions de Charles III, duc de Lorraine, relatives aux affaires de la Ligue, dans Doc. hist. de Lor., 1864, p. 8, note 3.
(278) Mémoires, p. 142 à 169.
(279) Arch. M.-et-M. B. 1 210, f° 453.
(280) Hist. de Lorraine, 2e édition, t. V, col. 802. Les exemplaires de la 1" édition, expurgés par la censure, ne relatent pas cet incident.
(281) Lettres et instructions de Charles III..., loc. cit.
(282) Prétentions de Charles III à la couronne de France, p. 129, note 3.
(283) Arch. M.-et-M., B. 1 210, f° 450 ; 239-240 ; 259.
(284) « Louis de Custine, seigneur de Villy, chambellan des nostres... » est-il dit dans une lettre patente de 1589. (Ibid., B. 58, f° 273 v°.) M. Davillé a lu, par inadvertance, chambellan des écuries. (Prétentions de Charles III...... p. 129.) - Louis de Custine, était fils de Martin de Custine, baron de Cons, seigneur de Villy, Bioncourt, Grand-Failly, Arraye, Taillancourt, etc., et de Françoise de Guermange, fille unique et héritière de Hanus de Guermange. (La Chesnaye-Desbois, op. cit.). Il mourut en 1622 sans laisser d'enfants de sa seconde femme, Catherine de Gournay, fille de Jacques de Gournay et de N. de Lenoncourt - Villy est aujourd'hui du canton de Carignan (Ardennes).
(285) Arch. M.-et-M., B, 70, f° 123. En récompense de ses services, le duc le nomma conseiller d'État. Il lui céda encore les dîmes et terrages de Cosne-la-Vallée et de Saint-Martin, en la prévôté de Longuyon. (Ibid., B. 1 210, f° 488.) - Louis de Custine acheta la seigneurie de Chesnière, en la prévôté de Longwy. (Ibid., B. 70, f° 36.).
(286) Mémoires, p. 142-152 ; Éphéméride, p. 197 et 242 à 247. - Les Lorrains à leur tour capturèrent un messager du duc de Bouillon, Jean d'Iry; le prévôt de Nancy, accompagné de 3 cavaliers et de 12 arquebusiers, le conduisit dans la prison du château de Condé (Arch., M.-et-M., B. 4 195, dernier folio.)
(287) On lit dans les comptes de 1587 : « A Pierre Lecierc, courrier ordinaire, 1 425 fr. pour aller en diligence de poste à Rome pour le service de S. A. » (Arch. M.-et-M., B. 1210, f° 544.)
(288) Louis, cardinal d'Est, était le frère de la duchesse de Guise.
(289) Arch. M.-et-M., B. 1 210, f° 4 69 v. - Voir aussi f° 261.
(290) Arch. M.-et-M., B. 1210, f° 435 et suiv.
(291) Les quatre colonels étaient : Charles de Mansfeld, le sieur de Munichhausen, le sieur Schléguel, et AI. de Saint-Belmont.
(292) Jean Moréo, commandeur de Saint-Jean-de-Jérusalem.
(293) Jean-Baptisle Tassis, ambassadeur d'Espagne.
(294) J. S. A. L., 1867, p. 10.
(295) Le jeune prince Christian d'Anhalt-Bernbourg traversa encore la Lorraine, dans sa partie septentrionale, en 1591, pour aller au se cours de Henri IV.
(296) Jean Glesse, docteur en droit, avait acheté à Sarrebourg une maison appartenant à une dame Marcossey, et Charles III lui avait donné des lettres de franchise pour cette maison. (Arch.. M.-et-M., B 61,f° 37.)
(297) Ibid., B. 9 138.
(298) Ibid., B. 2 349, f° 54.

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