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1587 : Itinéraire et ravages de reîtres en Lorraine (1)
 

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ITINERAIRE ET RAVAGES DES REITRES EN LORRAINE SOUS LA CONDUITE DU DUC DE BOUILLON (1587)
par l'abbé Edmond CHATTON

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN - TOME LXIe - 1911
(notes renumérotées en fin de document)


INTRODUCTION

SOMMAIRE. - Objet de ce travail. - Importance des écrits de La Huguerie. - Notes biographiques sur cet auteur. - Son Éphéméride nous servira de guide. - Parenté des maisons de Lorraine et de Bavière. - Effectif de l'armée lorraine et de l'armée protestante dite de secours.

L'expédition armée conduite par le duc de Bouillon, en 1587, au secours du roi de Navarre, le futur Henri IV, a laissé derrière elle, dans notre pays, une longue traînée de ruines fumantes; et cependant, jusqu'à ces dernières années son itinéraire et ses ravages étaient assez mal connus dans leurs détails. Les grands historiens de la Lorraine, tels que dom Calmet et Digot, indiquent bien la direction générale de la marche des envahisseurs et les principaux engagements entre catholiques et protestants, mais ils négligent le plus souvent de nous signaler d'une façon concrète le chemin parcouru et les dévastations commises. Dom Calmet a même été obligé par ses censeurs de supprimer, dans la première édition de son Histoire de Lorraine, la rédaction qui se rapportait à l'épisode de 1587, et cela dans la crainte de réveiller les susceptibilités de la France par l'exposé de la politique des Guises. De ce chef, plus de quarante colonnes consécutives ont été impitoyablement retranchées du deuxième volume (1).
Heureusement, la Bibliothèque de Nancy possède deux exemplaires non mutilés.
C'est la récente publication des écrits de Michel de La Huguerie, qui nous a fourni le récit le plus précis et le plus circonstancié des mouvements des troupes ennemies et de leurs dégâts. La Huguerie était un agent politique qui avait pris part à cette malheureuse campagne en suivant l'armée protestante, commandée par le duc de Bouillon, et qui avait eu soin de consigner au jour le jour ce qu'il avait vu et entendu. Avec ses notes, il avait aussitôt composé une Éphéméride, qu'il avait dédiée en 1588 à Jean-Casimir de Bavière. Bien des années plus tard, il avait remanié son oeuvre, en lui donnant beaucoup plus d'étendue, et l'avait dédiée, sous le titre de Mémoires, au duc de Lorraine, l'antagoniste du premier souverain au point de vue de la politique religieuse. Les Mémoires n'ont été imprimés qu'en 1880, et l'Éphéméride, dont la rédaction était plus ancienne et plus proche des événements, n'a paru qu'en 1892 (2).
Quoique ces deux relations ne soient pas toujours concordantes et trahissent chez leur auteur le souci de plaire successivement aux deux maîtres qu'il avait servis, elles sont néanmoins d'une grande valeur en raison de l'ampleur du récit et de l'exactitude habituelle des faits matériels décrits. M. Henri Longnon a fait ressortir l'importance de ces documents au point de vue des guerres de religion (3); H. Lepage et M. Duvernoy en ont souligné le haut intérêt au point de vue de l'histoire locale de notre pays (4) ; et plusieurs érudits lorrains les ont déjà utilisés pour diverses publications (5).
Pour mieux comprendre le rôle de La Huguerie, qui va nous servir de guide, il convient de rappeler brièvement son curriculum vitae. Il naquit à Chartres, vers 1543, de Pierre de La Huguerie et de Madeleine Olier, et fut l'oncle à la mode de Bretagne du futur fondateur du séminaire de Saint-Sulpice. Après avoir fait des études pour devenir jurisconsulte, il entra au service du cardinal de Rambouillet, ambassadeur de France ; il passa au parti de la Réforme, non par conviction, mais par ambition. Sa clairvoyance politique et son expérience le désignèrent aux chefs huguenots pour négocier des alliances et solliciter des crédits. De 1576 à 1587, nous le voyons aller à Heidelberg, en Angleterre, en Hollande, de nouveau en Angleterre, à La Fère, à Heidelberg, à Nancy ; à Sedan, près du duc de Bouillon ; à Nérac, près du roi de Navarre ; en Angleterre et à Heidelberg (6). Il devient le secrétaire de Jean-Casimir de Bavière pour la correspondance française, et reçoit de son maître le mandat d'accompagner les troupes allemandes, commandées par le baron de Dohna, dans l'expédition de 1587. Bientôt il sent son crédit chanceler, s'attache au duc Charles III de Lorraine, et vient se fixer à Vandoeuvre, près Nancy, où il est assassiné par des habitants du lieu, le 26 juillet 1616, à l'âge de 71 ans. Il était revenu au catholicisme, sans doute quand ses intérêts du moment lui avaient inspiré cette résolution.
La tâche que nous nous sommes proposée, c'est d'extraire de l'Éphéméride de La Huguerie ce qui concerne le département de Meurthe-et-Moselle, et de rapprocher de son récit, sous forme d'éclaircissements et de complément d'informations, des notes recueillies çà et là, surtout celles de provenance inédite, tirées pour la plupart des archives départementales. Mais comme l'auteur ne consacre pas moins de 70 pages in-8° à raconter la marche de son armée depuis Blâmont jusqu'à Barisey, nous avons dû élaguer les passages qui se rapportaient moins directement à notre sujet : itinéraire et ravages, et nous avons tâché de condenser les renseignements les plus importants dans le moins de lignes possible.
Le lecteur voudra bien ne pas oublier que, dans les paragraphes intitulés Éphéméride, c'est La Huguerie qui parle.
Ces récits sont tantôt entre guillemets et tantôt hors guillemets, suivant qu'ils reproduisent le texte même de l'auteur, ou qu'ils sont seulement la rédaction abrégée que nous en avons faite pour éviter des phrases longues et abondantes, sans grand intérêt. Même en résumant, nous avons cru devoir maintenir la narration à la première personne, parce que l'emploi de la troisième personne aurait rendu plus difficile l'adaptation de notre texte aux citations littérales, et aurait été une source de confusion relativement aux auteurs des conversations mentionnées.
Une dernière explication préliminaire s'impose : quel était l'effectif des deux armées qui furent aux prises, et comment le duc de Bouillon est-il devenu le chef des troupes germaniques ? Henri de Navarre, chef du parti protestant français et héritier présomptif de la couronne de France, avait obtenu l'appui de Jean-Casimir, régent de l'Electorat palatin. Sur l'ordre de ce prince, une armée de secours composée de lansquenets et de reîtres, auxquels s'étaient joints quelques milliers de Suisses et de volontaires venus de Montbéliard, s'était rassemblée dans la plaine de Strasbourg au commencement d'août 1587. Des troupes françaises, conduites par Guillaume-Robert de La Marck, duc de Bouillon, avaient été envoyées vers eux pour hâter leur équipement et leur mobilisation. Lorsqu'il s'agit de se mettre en marche, il y eut compétition pour le haut commandement. Finalement, en l'absence d'un souverain ou d'un prince, la direction de l'armée protestante fut confiée à un Français, le duc de Bouillon, qui avait reçu du roi le Navarre la mission secrète de ravager la Lorraine, boulevard de la Ligue. Les troupes de Jean-Casimir étaient sous l'autorité nominale du baron de Dohna, mais en réalité plutôt sous celle de son conseiller en titre, Michel de La Huguerie. Celui-ci, pour complaire à son maître, qui était proche parent du duc Charles III (7), prétend s'être efforcé d'épargner à notre pays la dévastation systématique dont les capitaines français avaient fait leur programme ; mais ce fut sans beaucoup de succès.
Les envahisseurs, qui arrivaient par Saverne, Phalsbourg et Sarrebourg, comptaient de 35 000 à 40 000 hommes ; l'armée catholique, qui comprenait les forces du duc de Lorraine et du duc de Guise, ne comptait guère que 13 000 hommes. Voici, d'après des documents tirés de la Bibliothèque nationale et publiés récemment (8), les noms des principaux capitaines des deux camps opposés, au début de la campagne.

I. - Armée lorraine

Monseigneur le marquis, général (c'est-à-dire Henri, fils de Charles III)
M. de Florainville
M. le bailli de Saint-Mihiel
M. de Melay
M. le comte de Tornielle
M. de Saint-Amand
M. le bailli de Clermont
M. de Leymont
M. du Chastellet le jeune
M. de La Bastide
M. des Buchets
M. de La Routte
M. de Saint-Estienne
M. de Tremblecourt
M. de Vaubécourt

Capitaines des arquebusiers à cheval
M. de Belmont
M. de Rarécourt
M. de BouUigny
M. Steph

Colonels allemands
M. le comte Charles de Mansfeld
M. de Saint-Bellemont
M. de Schléguel
M. de Munchhausen

Les colonels et mestres de camp de chaque régiment de « fanterie »
M. de Haussonville, colonel, a un régiment
M. de Bourbonne
M. de Mailhaine (des Porcelets de Maillane)
M. de Monstreul
M. de Rotigoty (Artigotty)
M. le bailli de Nancy
M. de Gondrecourt
M. de Vannes,
[Les capitaines du contingent amené par le duc Henri de Guise surnommé le Balafré, ne figurent pas ici, non plus que ceux qui furent envoyés par le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bays.]
Déclaration de l'armée que Son Altesse fait lever pour la sûreté et défense de son pays

La compagnie de M. le marquis, de 200 chevau-légers : 200
- 14 compagnies de chevau-légers de chacune 60 lances, lesquelles pourront être prêtes à la fin de ce mois (juillet) : 840
- 10 compagnies de chevau-légers italiens, de chacune 100 lances, qui seront prêtes partie commencement d'août, partie vers le 15 du mois : 1 000
- 500 Albanais, prêts commencement d'août : 500
- 4 compagnies d'arquebusiers à cheval, de chacune 50 hommes prêts fin de ce mois : 200
- 4 000 reîtres sur le Rhin dans deux mois : 4 000
- 8 régiments de « fanterie », de chacun 6 compagnies complètes de 200 hommes. : 9 600
Fait à Nancy, le 12 juillet 1587

II. - Armée étrangère
Articles de Henri de Navarre avec les reitres

Traité passé avec le sr de Sabran, le baron d'Honau, Jean von Buch, Frédéric von Wahren, Georges Guillaume de Berbisdorf, pour amener en France 5100 bons et vaillants hommes à cheval « vrays allemans bien montez et armez » ; plus Jean Clocte, colonel de 1 200 ; le sieur de Dommartin, aussi colonel, amènera sous la conduite du duc de Bouillon 3 cornettes de reîtres semblablement bien équipés, à condition que le sieur de Dommartin fera la levée d'une des 3 cornettes à ses dépens ; mais il ne pourra se séparer du duc de Bouillon sans sa permission ; il lui obéira comme à son général d'armée.
Jacques de Ségur, sieur de Pardaillon, Claude Antoine de Vienne, seigneur de Clervant, et Jean de Chaumont, sieur de Guitry, ambassadeurs de Henri de Navarre, en vertu du pouvoir à eux donné par Sa Majesté ledit Henri, et aussi au nom de Henri de Bourbon, prince de Condé, lieutenant-général pour le roi en Picardie, envoyés près de Jean-Casimir, comte palatin du Rhin, passent avec lui le traité suivant :
S. A. conduira ou fera conduire en France une forte et grande armée composée de reîtres, bien montés et armés, et de gens de pied allemands, Suisses et autres avec artillerie, pionniers, poudre, munitions, avec solde qui sera accordée par les ambassadeurs du roi de Navarre avec les colonels desdits reîtres et gens de pied. Le roi de Navarre promet de fournir 4000 bons arquebusiers français bien armés, en 4 régiments commandés par M. de Chàtillon en qualité de colonel général, avec une cornette de 100 lances, une autre pareille que fournira le sieur de Lesdiguières, et encore une autre que fournira M. de Mouy en qualité de lieutenant du sieur de Châtillon. La paye sera celle qu'on donne aux armées étrangères (9). D'ici au mois de janvier il fournira à S. A. 19 250 écus en trois versements et 150 000 florins d'Allemagne. (4 juillet 1587.)
D'après les articles préliminaires concertés entre M. de Clervant et les colonels suisses, il est stipulé que le colonel aura sa compagnie de 500 hommes, et chacun des capitaines une compagnie de 300 hommes comprenant 50 corselets, 20 mousquetaires et 30 arquebusiers. Ces articles furent signés à Bâle, le 13 avril 1587, par les colonels Thilman, Briege, Richvier.
Une autre capitulation semblable à la précédente est signée au château de Jegistref le 2 mai 1587 par le colonel Bernard Thilman, le lieutenant-colonel Ulrich Brusteten, Jean-Jacques de Diesbach, bourgeois de Berne, le colonel Gaspard Quinq, bourgeois de Zurich, le colonel Richever, etc. Les colonels lèveront 40 enseignes de Suisses. Chaque compagnie de 300 hommes sera commandée par un capitaine : chaque compagnie de 500 hommes sera commandée par un colonel. La paye sera de 1 800 écus sols par compagnie de 300 hommes et de 3 000 écus par compagnie de 500 hommes.
Nous abordons maintenant le récit abrégé de l'Éphéméride, que nous faisons suivre, jour par jour, de notes complémentaires. Nous avons groupé les faits connus dans l'ordre chronologique qui nous a paru le plus vraisemblable : mais quelques-uns d'entre eux pourraient être placés avec autant de raison trois ou quatre jours avant ou après la date indiquée.

I
Dimanche 30 août 1587

SOMMAIRE. - Éphéméride : L'armée protestante arrive à Blâmont le 20 août du calendrier julien. - Elle somme inutilement la ville de se rendre. - Commentaire : Écart de dix jours entre le calendrier julien, suivi par la Huguerie, et le calendrier grégorien, déjà en usage en Lorraine. - Lettre de Charles III au baron d'Haussonville pour l'envoyer, avec quelques régiments, du côté de la Sarre, afin d'arrêter les envahisseurs. - C'est Afrîcan et non Jean d'Haussonville qui reçoit ce mandat. - Notes biographiques sur ces personnages. - Dure tactique de Charles III à l'égard des Lorrains. - Escarmouche de Saint-Quirin.- Notes biographiques sur Fouquet de La Routte.

EPHÉMÉRIDE [pages 121-422]
« Le dimanche 20 d'aoust, nous délogeasmes d'Eich, Sarrebourg, et ayans eu nos départemens à Hubigny,.. nous arrivasmes d'assez bonne heure au logis ès environs de Blasmont, aux fauxbourgs de ladite ville, à Barba et autres lieux, où les François avoyent fait le logis de l'armée en intention de faire dès la nuict les aproches de l'artillerie, ayant ledit sieur de Quitry de bonn'heure fait sommer ladite ville pour faire sentir la résolution de ceux de dedans, qu'il espéroit trouver estonnéz de son chefd'oeuvre et ne devoir attendre l'artillerie. ».

COMMENTAIRE
Remarquons, une fois pour toutes, que les dates employées par l'auteur de l'Éphéméride, sont celles du calendrier julien, conservé par les protestants des bords du Rhin jusqu'à la fin du XVIIe siècle. En Lorraine, en France et en général dans les pays catholiques, on suivait le nouveau style inauguré par la réforme de Grégoire Xlll en 1582.
A tous les quantièmes indiqués par La Huguerie, il faut donc ajouter dix jours pour avoir la date correspondante de notre calendrier ; mais malgré cet écart de dix unités, les jours de la semaine, qu'on suive l'ancien ou le nouveau système chronologique, ne sont pas différents, parce que le pape avait décidé en 1582, dans sa bulle Inter gravissimas, que le lendemain du jeudi 4 octobre de cette année-là serait réputé le vendredi 15 octobre (10) ; et ainsi le dimanche 20 août, pour les troupes protestantes, était le dimanche 30 août, pour notre pays, comme cela résulte de la comparaison de plusieurs dates fournies par La Huguerie et par des documents lorrains.
Les villages d'Eich, Ibigny (Hubigny) et Barbas, mentionnés plus haut, sont de petites localités encore existantes, échelonnées à droite et à gauche de la route de Sarrebourg à Blâmont.
Le nom de Quitry, qui reviendra souvent sous la plume de La Huguerie, désigne Jean de Chaumont, baron de Quitry ou Guitry, capitaine français, qui était l'émissaire de confiance du roi de Navarre, et le plus acharné à tout détruire sur son chemin.
Suivant dom Calmet, les Suisses logèrent à Frémonville avec leur artillerie.
Le duc de Bouillon semble être entré en Lorraine sans rencontrer beaucoup de résistance : cependant quelques régiments avaient été envoyés vers la frontière pour garder les passages de la Sarre. C'était le baron d'Haussonville qui les commandait, et il est intéressant de lire les termes de la lettre par laquelle son souverain précise sa mission. Comme cette lettre, du 18 juillet 1587, n'a pas encore été publiée, ce semble (11), la voici en entier :
Charles, par la grâce de Dieu duc de Lorraine, etc., à nostre très cher et féal conseiller d'estat et mareschal de Barrois et général de nostre fanterie, le sieur baron de Haussonville, salut.
Comme avec meure délibération nous avons advisé voir, trouvé très expédient de commectre et députer quelque seigneur et personne notable des premiers en nostre estat, accompagné de valeur, capacité, expérience requise, pour avec forces suffisantes s'acheminer vers la rivière de la Sarre et à bonne heure s'impatroniser d'icelle et faire plusieurs autres effects pour, en tant que faire se pourra, empescher que l'armée venente d'Allemaigne ne se puisse la première emparer de la dite rivière, et à ce moyen se faciliter d'autant les passages et entrées de nos pays, dont s'en ensuivrait un intérêt notable à notre estat, à la foulle et oppression de nos subjects ; pour ce est-il que nous confians des longues expériences, dextérité, prudence, preuve de valeur estans en vostre personne, vous avons choisy, commis et député, et par cestes, vous commectons et députons pour dès maintenant avec vostre régiment, ceulx des sieurs Rotigoty et Gondrecourt, et les compaignies de cavalerie des sieurs bailly de Clermont, des Buchetz, Sainct-Estienne et la Routte et Belmont et capitaine Stef, que prendrez avec vous, après leur avoir faict passer monstre, vous acheminer vers ladite rivière de la Sarre, en visiter et en rompre les guets (12), faire retenir et mectre en lieu seur tous les barcqs et batteaux d'icelle, faire abattues d'arbres et rompre les chemins, tant èz forest que aux destroicts des haults chemins et passages que verrez le mériter faire quand la nécessité le requerra, serer aux villes seures les fers des moulins, enclunnes, soufflets de mareschaulx, rompre les fours, et sy ce besoing faict, vous saisir et emparer des villes et pontz qui sont sur ladite rivière, qui à nostre préjudice se pourroient rendre favorables à l'ennemy, et au surplus exploicter en ceste charge tout ce que par bon jugement et prudence vous cognoistrez expédient pour incommoder et fatiguer une forte et si grande armée d'ennemis, telle que pour ce jourd'huy elle se présente et sorte d'Allemaigne, et autant que faire se pourra, luy empescher l'entrée et passage libre eu nos païs. De ce faire vous avons donné et donnons par cesle, plein pouvoir, commission et mandement spécial ; voulons qu'en ce faisant vous soit obéy et diligemment entendu par tous nos baillis, vassaulx, capitaines de villes et chasteaux, prévostz, maïeurs, leurs lieutenants, justiciers, officiers, hommes et subjects auxquels et à chacun d'eulx, sy comme à luy appartiendra, nous mandons et et très expressément enjoingnons d'ainsy le faire et donner prompte obéissance à tout ce qui leur sera ordonné et commandé par vous pour l'effect que dessus, vous fournir et vous faire fournir de guides, chevaulx de poste, avec des munitions et vivres es villes et lieux les plus proches et commodes pour subvenir à la nourriture de vos trouppes, mesme tenir et faire tenir prestz des pionniersen tel nombre que leur manderez, munis tous de haches, picqs, hoyaulx, pâlies et vivres pour trois jours, pour, à jour et heure préfix et sans faulte, se trouver la part que leur manderez, et promptement exécuter ce que leur aurez ordonné, le tout à peine aux défaillans de punition corporelle, car ainsi nous plaist. En tesmoing de quoy à ces dites présentes, signées de nostre main, avons faict mectre et appendre nostre grand scel. Données en nostre ville de Nancy le 18e jour de juillet mil Ve quatre-vingt et sept. Signé : Charles.
Il résulte de ce texte que tous les dégâts dont souffrirent les Lorrains, ne doivent pas être attribués à l'armée protestante, puisque Charles III avait adopté la méthode d'entraver la marche des envahisseurs en entassant sur les routes des abatis d'arbre, en inondant les vallées avec l'eau des étangs, en rompant les moulins, en détruisant les fours, en affamant et en incommodant le plus possible les hommes et les chevaux de l'année ennemie. Par ordre du duc de Lorraine, en août 1587, les digues des étangs d'Einville, de Lagarde, de Goincourt et de Parroy, et de tous ceux d'alentour, furent rompues « pour au passage du duc de Bouillon, rendre la rivière du Saynon moins geiable ; comme de tant plus incommoder son armée furent ostéz les H et paulfer du moulin et portez à Einville où ils ont demeurez quinze jours (13) ».
Les ponts de Brin sur la Seille, de Hénamënil sur le Sanon, de Mazerulles, de Bioncourt, de Crévic, de Sommerviller, de Dombasle, entre autres, furent démolis, au grand préjudice des habitants de la contrée. A la fin d'octobre 1590, celui de Brin n'était pas encore refait. Les gens de la Chambre des comptes songent à le restaurer avec les chênes qu'une tempête furieuse avait abattus dans le Fay d'Amance, et à dédommager en argent le prieur de Salonne, qui, en février passé, avait reçu l'ordre de S. A., de fortifier le clos du lieu et d'y dresser des portes avec ponts-levis (14). Le pont de Bainville-aux-Miroirs, sur la Moselle, fut rompu également par ordre de Charles III, mais fut réparé quelques mois plus tard aux frais des habitants (15). Le grand étang de Lindre fut lâché dans la même intention durant trois semaines, et six bateaux qui sillonnaient ses eaux furent brûlés par le capitaine commis à la garde de la tour de Lindre (16). Le 6 août, M. de Maillane fut envoyé vers Provenchères pour rompre les chemins ; les soldats qui travaillaient à cette besogne étaient nombreux, puisqu'on leur délivra 120 pots de vin et 1 626 pains ; aux pionniers qui les accompagnaient, on délivra 320 pains (17).
Cet ensemble de faits et les développements qui vont suivre nous laissent suffisamment apercevoir la tactique du duc de Lorraine en face des envahisseurs. Elle consista à harceler l'ennemi, à multiplier les obstacles sur son chemin, et à prolonger le plus possible les négociations, de façon à donner aux troupes auxiliaires qu'il attendait de la Champagne, des Pays-Bas et de l'Italie, le temps d'arriver et de faire leur jonction avec les régiments lorrains. N'étant pas assez fort pour barrer complètement le passage à l'ennemi, Charles III voulait cependant lui défendre, à tout prix, l'entrée de Lunéville, de Saint-Nicolas et de Nancy.
Le baron d'Haussonville, envoyé pour barrer le passage au duc de Bouillon, n'est pas désigné uniformément par les historiens. Dom Calmet et Digot ont attribué cette mission à African d'Haussonville ; d'autres, comme les annotateurs de l'Éphéméride et ceux qui les ont suivis de confiance, l'ont attribuée à son fils Jean, qui venait de se marier avec Christine du Châtelet ; d'autres, comme l'auteur de l' Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, se sont servi d'expressions qui s'appliquent au fils aussi bien qu'au père, et ont évité de prendre parti (18). Si l'on a retenu que la lettre patente citée plus haut (18 juillet 1587) qualifie de maréchal de Barrois le baron d'Haussonville en question, et si l'on consulte la liste des maréchaux de Barrois (19), il n'est pas douteux qu'il faille donner la préférence à African. De nombreux documents contemporains que nous avons eu l'occasion de compulser, sont aussi affirmatifs dans le même sens, et ne nous laissent aucune incertitude.
Il n'est pas inutile, sans doute, de donner ici un rapide aperçu de la carrière si bien remplie de ce personnage, en attendant qu'elle tente une plume plus érudite et plus élégante. African d'Haussonville est un de ceux qui ont fait le plus d'honneur à sa lignée avant son extinction (20). Par ses alliances, par ses richesses, par les postes importants qu'il a occupés, il a été un des nobles lorrains les plus en vue de la fin du XVIe siècle. A travers les textes de La Huguerie, il nous apparaît un homme tout à la fois affable, courtois, plein d'énergie et de décision, habile et très dévoué à son souverain. Le fait d'avoir été choisi par Charles III comme général en chef pour défendre la partie la plus vulnérable de ses États, et comme plénipotentiaire pour transiger avec l'ennemi dans des conjonctures si difficiles, est la meilleure preuve de l'estime et de la confiance dont il était l'objet. Il semble même avoir pris une part plus active à la campagne de 1587 que le comte de Salm, qui était maréchal de Lorraine.
African était maréchal de Barrois depuis 1563. Il devint successivement conseiller d'État, bailli de Vôge et gouverneur de Verdun. En 1576, quand le roi de France s'était trouvé dans un grand besoin d'argent, Charles III avait jugé à propos de lui venir en aide en engageant les diamants de la couronne ducale pour la valeur de 100 000 écus soleil, afin de garantir les emprunts nécessaires ; c'est African qui avait été choisi pour porter à Paris ce précieux dépôt (21). Il possédait le beau château d'Haussonville et cependant il faisait plus volontiers sa résidence, paraît-il, au château de Zufall, près de Lorquin (22). Il partageait avec Chrétien de Savigny, seigneur de Rosne, la châtellenie de Turquestein, de laquelle dépendaient les villages de Hattigny, Saint-Georges, Landange, Hablutz, Rogern (Voyer ?), Bertrambois, La Forêt (23). C'est à lui que le brave La Noue, surnommé Bras de fer, fit l'honneur d'écrire, pour lui donner l'assurance qu'il ne voulait pas combattre Charles III et qu'il avait refusé de se joindre à l'armée qui allait traverser la Lorraine (24).
Après le piteux échec de l'expédition protestante de 1587, African, sur l'ordre de Charles III, alla assiéger Jametz, qui appartenait à Charlotte de La Marck, soeur du défunt duc de Bouillon. Cette jeune souveraine essaya de détourner le malheur qui menaçait ses sujets, en faisant écrire à African, le 6 juillet 1588, pour se plaindre de cette inutile vengeance. Elle lui représenta que le duc son frère, l'auteur responsable des dommages soufferts par les Lorrains, était mort, et qu'il serait indigne d'un gentilhomme de faire la guerre à une femme, qui ne professait pas le métier des armes et n'avait d'autre tort que celui d'être la soeur du coupable et de lui survivre. Finalement, elle s'en remettait à sa droiture et à sa bonne volonté, lui rappelant l'étroite amitié qui l'unissait à feu son père (25). Ces raisons purent émouvoir African, mais non le soustraire à la fidélité qu'il devait à son souverain. Toutefois, des raisons de santé, peut-être seulement les fatigues du haut commandement, l'obligèrent bientôt à solliciter sa liberté. A plusieurs reprises, il envoya des messagers à Charles III pour l'informer que, depuis plusieurs semaines, une indisposition l'avait rendu inférieur à sa tâche et qu'il importait de le relever de ses fonctions pour ne pas compromettre les intérêts en jeu. Devant ses instances réitérées, le duc nomma à sa place, comme lieutenant général, Charles de Lenoncourt, baron d'Orne, sénéchal de Lorraine, et le pria d'aller prendre possession de son poste le plus tôt possible, afin de faire observer la discipline dans l'armée (17 octobre 1588) (26). Son indisposition ne fut pas de longue durée, car, le 9 janvier suivant, il fut député avec Jean de Lenoncourt, bailli de Saint-Mihiel, et avec Claude Bardin, voué de Condé, pour essayer de décider la jeune princesse de Bouillon à donner sa main à François de Vaudémont, fils de Charles III. La négociation ne réussit pas, parce que la riche héritière était liée par le testament de son frère (27).
Plus d'une fois, on a donné confusément, tantôt à African d'Haussonville, tantôt à son fds Jean, la qualification de gouverneur de Verdun. En réalité, l'un et l'autre ont reçu cette distinction, mais le fils seulement après la mort du père, c'est-à-dire pas avant 1603. Ainsi, le 15 mars 1591, Charles lll donnait un lieutenant à African, qui était absent et qui se sentait déjà caduc, pour le soulager dans l'accomplissement de ses devoirs de gouverneur de Verdun (28).
En 1592 et en 1597, il écrivait au duc Charles pour lui représenter que ses fonctions de gouverneur de Verdun exigeaient une résidence habituelle dans cette ville et que, dès lors, il ne pouvait faire des apparitions assez fréquentes dans le bailliage de Vôge pour y administrer régulièrement la justice. Le 12 mars 1592, on lui adjoignit son fils pour l'aider dans sa charge de bailli de Vôge, mais, en 1597, sa démission définitive fut agréée (29). Et, cependant, le 20 mars 1600, pour reconnaître ses « grands, fidels, louables et fructurieux services..., et accroître son grade », Charles III le nommait encore maréchal de Lorraine en place du comte de Salm décédé (30). Il dut mourir au commencement de janvier 1603, car, le 25 de ce mois, nous voyons le baron Jean du Châtelet, seigneur de Thons, être promu à cette dignité, devenue vacante par le décès du titulaire (31). African avait épousé Marguerite de Choiseul, dont il n'avait eu qu'un fils survivant, Jean d'Haussonville, et une fille nommée Ursule (32). Il est juste de faire observer que si African d'Haussonville paraît avoir été, à la fin de sa vie, un ferme soutien du parti catholique, il avait eu quelque temps des complaisances pour la Réforme et même avait compté parmi ses adhérents. En 1567, on le voit figurer parmi les nobles lorrains réfugiés à Strasbourg à cause de leurs idées religieuses (33) ; en 1569, deux de ses fils sont inscrits parmi les étudiants de l'université protestante de Heidelberg (34) ; et en 1587, en discutant avec La Huguerie à Lunéville au sujet des incendies, dont les Allemands rejetaient la responsabilité sur les capitaines français de leur armée, il avoue « qu'il avait esté autrefois huguenot, et sçavait comme on trompait les Allemands, en leur promettans merveilles pour les mettre à cheval et s'en mocquer après (35). ».
Jean venait d'épouser, le 16 février 1587, une très riche héritière, Christine du Châtelet, dame de Gerbéviller. Celle-ci fut une très vertueuse femme qui dépensa une bonne partie de sa fortune en oeuvres de charité et de religion ; mais, pendant de longues années, elle traîna une vie languissante. Son état de santé parut même suspect et fut l'occasion d'une querelle retentissante entre son mari et Joseph de Tornielle. Le duc dut s'occuper de cette rumeur sensationnelle et nommer, en 1593, une députation d'hommes de confiance pour assoupir l'affaire, ou lui donner la tournure qu'elle devait comporter. Christine, interrogée, déclara qu'elle s'était toujours trouvée mal portante depuis le jour où, après dîner, elle était entrée dans la maison du comte Joachim-Gharles-Emmanuel de Tornielle, à l'occasion du baptême de son fils. Elle avait bu du vin que lui avait fait présenter le comte Joseph et elle avait été malade presque aussitôt (36). Le médecin qui l'avait soignée longtemps, lui avait affirmé qu'elle avait été empoisonnée. Toutefois, elle se borna à affirmer les faits et à faire part de ses soupçons, n'osant incriminer les intentions, faute de preuves (37). Les autres dépositions qui furent entendues, ne se trouvant pas assez d'accord pour former une conviction, le Conseil de Charles III prononça, le 6 septembre 1593, qu'il n'y avait pas lieu de faire de plus longues poursuites, et que le baron d'Haussonville et le comte de Tornielle devaient se réconcilier. Christine ne mourut qu'en 1621, à Nancy, sans laisser aucun enfant. Trois ans après, son corps fut ramené avec celui de son mari en l'église des Carmes de Gerbéviller, dans la chapelle de N.-D.-de-Pitié, qu'elle avait fait édifier à cette intention. Son mari était mort dès 1607. Il avait été gravement blessé aux jambes près de Verdun, le 30 novembre 1591, lors du siège de cette ville par l'armée de Henri IV, les ennemis ayant tiré plusieurs coups dans le ventre de son cheval pour l'abattre. Comme son union avec Christine du Châtelet avait été stérile, il avait adopté Nicolas de Nettancourt, petit-fils de sa soeur Ursule et fils du sieur de Vaubécourt, grand gruyer de Barrois. Le 28 juillet 1605, Charles III agréa cette combinaison et permit officiellement à Nicolas de prendre le nom et les armes de « la maison d'Haussonville, l'une des principales de nos pais, dit-il, de laquelle sont issus, tant de braves, valereux et sages cavaliers (38)... » Jean intervient dans ces lettres patentes avec le titre de « gouverneur, pour le roi trés-chrétien, de la ville et cité de Verdun et pays Verdunois ».
Après cette digression pour faire connaître celui qui fut l'âme des négociations qui vont se poursuivre, revenons à notre sujet. African d'Haussonville était à Strasbourg au commencement d'août 1587, sans doute pour surveiller les préparatifs de ses prochains adversaires (2). Avant la fin du même mois, ayant sur les bras une armée si nombreuse, il ne pouvait songer à risquer une bataille. Tout en cherchant à négocier, il se retira peu à peu devant le flot des envahisseurs, se contentant de se mettre çà et là en embuscade, et de surprendre quelques postes moins bien gardés. Quand la frontière lorraine fut franchie, il y eut une rencontre qui méritait d'être signalée, et on doit s'étonner que La Huguerie n'en ait rien dit. Selon Digot, à partir de Sarrebourg les reîtres se partagèrent en deux colonnes : l'une suivit la route de Blâmont, et l'autre s'élança à la poursuite du baron d'Haussonville du côté de Lorquin et atteignit, près de Saint-Quirin, un régiment d'infanterie formant arrière-garde et commandé par Fouquet de La Routte. Les Lorrains, malgré leur bravoure et l'adresse de leur chef, furent battus et perdirent sept enseignes, qui furent portées à Strasbourg.
La réalité de cet engagement ne peut guère être mise en doute, puisqu'il est rappelé dans une inscription de l'église de Marsal, tracée dès le commencement du XVIIe siècle. Voici à quelle occasion. Fouquet était gouverneur de Marsal et était dévoué à la Ligue ; la garnison de Metz était aux ordres du roi Henri III, qui était devenu le rival politique du duc Charles de Lorraine et qui patronait la candidature de Henri de Navarre à la couronne de France. Aussi, en 1589, cette garnison, sous le commandement de l'intrépide Sobole, faisait des sorties continuelles sur les terres lorraines pour piller et incendier. Un jour (le 27 avril), elle poussa une course jusqu'à Marsal : les portes de la ville lui furent ouvertes par un traître dont on avait acheté le concours. Le gouverneur Fouquet fut saisi et tué lâchement dans la rue. Après les troubles de la guerre civile, on lui éleva un beau monument dans l'église pour perpétuer le souvenir de ses mérites. C'est un bas-relief représentant Fouquet agenouillé sur un prie-Dieu, en face d'un crucifix. Au-dessous, une très longue inscription est gravée dans un encadrement en pierre. Nous en extrayons le passage suivant (39): ... Icy devant repose le corps de magnanime et généreux seigneur Fouquet de La Routte, gentilhomme natif du Dauphiné, lequel ayant fait plusieurs actes mémorables de fidélité, bon sens et vaillance, en combattant courageusement tant à Casai, devant Bourges et au siège de la Rochelle, qu'en la rencontre de Saint-Quirien, pour le service de Dieu, de la foy catholique et de son Roy. Il vescut LIII ans, mourut le XXVII avril an de salut 1589... - Plus bas se lisent encore les lignes suivantes : Le tombeau de feu honoré seigneur Fouquet de La Routte, seigneur dudit lieu, Saint-Germain, Blainville-sur-l'Eau, Crion, Hénaménil... - Le Musée lorrain possède une plaque de cuivre sur laquelle Appier Hanzelet a gravé 48 vers français, attribués à Alphonse de Rambervillers : on présume que cette plaque se trouvait autrefois à l'endroit où Fouquet fut massacré par la garnison de Metz. Fouquet était un des hommes de confiance du duc de Lorraine. Son souverain n'utilisa pas seulement ses talents militaires ; en 1587 et 1588, il eut souvent recours à son habileté en affaires, peut-être pour la réalisation de desseins politiques. Comme l'argent a été de tous les temps une clé pour ouvrir les coeurs et obtenir le concours des volontés, Charles III fit remettre au gouverneur de Marsal des sommes considérables, dont on a négligé, à dessein semble-t-il, de spécifier l'emploi dans les livres de dépenses. Ainsi, le 14 janvier 1587, il lui fit remettre en mains 1 800 écus sols, valant 4 fr. 9 gros pièce, soit 8 550 fr. en monnaie du pays, « pour certaines justes et bonnes considérations ». Le 21 octobre suivant, on lui remet encore 7 600 fr., « pour employer en la part que Son Altesse lui a ordonnée » ; et encore 7 600 fr. le 27 mars suivant, « pour employer au service de Son Altesse » (40).
Comme le héros qui fut vaincu à Saint-Quirin par des forces écrasantes, passe pour avoir été un capitaine de valeur et d'énergie, et que sa biographie n'est génère connue, voici encore quelques traits épars, qui aideront à le situer dans la société lorraine de son temps.
L'épitaphe de Marsal le qualifie de seigneur de Saint-Germain. A Saint-Germain, près de Bayon, Fouquet n'avait en 1575 qu'un quart de la seigneurie et du château, les trois autres quarts appartenaient à Angèle de Bellenhausen, veuve du sieur Enard de Coste, écuyer, seigneur de Blanchet et capitaine d'une compagnie de gens de pied des vieilles bandes françaises pour le roi à Metz, à sa fille Gabrielle de Coste, et à Jenon, veuve de Barbon de Coste. Il était le cousin de ces dernières. Le 24 mars 1575, il fait ses reprises en ces termes : a Je Fouquet de La Routte advoue et reconnais tenir en fief, foy et hommage (du duc de Lorraine), tout ce que j'ay et puis avoir ez villages de Saint-Germain, Lorro-Montzey et Velacourt.... » Au village de Lorro « j'ay droit pour mon advenant de pouvoir avec mes dits comparsonniers envoyer par chacun an une fois parmi ledit village de Lorro tuer chappons, gellines, poulets, cannes, oysons à huys ouverts, et si quelqu'un fermait la porte de sa maison, la rompre, et tuer veaux et couchons que l'on trouverait ; et s'appelle tel droict, le droict de jecter le gaillot ». Un peu plus loin Fouquet se qualifie « écuyer, capitaine de deux compagnies de gens de pied pour Sa Majesté à Metz » ; et, la même année, il appelle oncle feu le sieur François de Coste, chevalier de l'ordre du roi, gouverneur pour Sa Majesté de la ville de Marsal, lequel avait épousé dame Blanche de Barbanson (41).
Fouquet avait épousé Oriane ou Aurienne de Clémery, et avait eu d'elle deux enfants, Madeleine et Jacques (42).
Madeleine épousa Georges-Frédéric du Hautoy, à qui elle apporta le riche domaine de Clémery (43). Jacques était aux côtés de son père quand celui-ci succomba à Marsal. En 1593, Charles III acheta pour 2 500 fr. la maison que le vaillant gouverneur avait occupée dans cette ville. Elle était « appelée par le vulgaire la maison du Roy, et ce à cause des grands bastiments et reffections que le dit sieur deffunct y aurait faict faire » (44). Cet édifice continua quelque temps à servir de résidence aux gouverneurs de la ville, puis fut transformé en hôpital militaire (45). Dans un titre de 1583, le fils du même gouverneur nous apparaît avec un nom plus complet : il est appelé Jacques Chastan, fils de Fouquet Chastan, sieur de La Routte, et il reçoit l'office de baucheur des salines de Salonne (46).
Fouquet eut aussi un frère au service du duc de Lorraine, nommé André de La Routte, qui fut fait capitaine de 50 arquebusiers à cheval, le 23 novembre 1587, et capitaine de 40 arquebusiers de la garde à cheval du marquis du Pont, le 15 décembre suivant. Il épousa en premières noces Claude de Raville, et, en vue de ce mariage, son frère lui donna la terre de Landaville, qui fut ensuite échangée contre celle d'Essey-lès-Nancy. Plus tard, son neveu et sa nièce, Jacques et Madeleine de La Routte, réclamèrent ce bien à l'instigation des sieurs de Clémery et du Hautoy ; mais André prit la précaution de faire confirmer officiellement cette possession par le duc de Lorraine en 1601 (47). A cette époque, outre la qualité de capitaine des gardes, il avait le titre de chambellan et conseiller d'État.
Le capitaine Steph, dont le nom revient assez souvent dans les écritures administratives de ce temps, était Steph Navière, capitaine de Phalsbourg, auquel Henri Lepage a consacré une courte notice (48).
Pour en revenir à l'escarmouche de Saint-Quirin, il se pourrait qu'elle n'ait pas été complètement passée sous silence par La Huguerie. C'est peut-être au commencement de cette action qu'il fait allusion, quand il écrit, à la date du 18 août (c'est-à-dire le 28, suivant notre manière de compter, et deux jours avant l'arrivée des reîtres à Blâmont) : « Estans encore à Eich, nous ouïmes l'alarme environ de trois ou quatre heures après minuict vers le Cartier du collonel Bouck, que le sieur de Rosne et autres capitaines [attaquèrent] avec bonnes trouppes de cavallerie et infanterie... Le combat fut rude et la charge furieuse, en laquelle ledit collonnel perdit son cartier-maistre et trois autres et quelques blessez ; mais eust sept prisonniers, et plus de cinquante demeurèrent sur place, qui avoyent tous mine de vieulx soldats, et plusieurs blessez qui se retirèrent à Fénestrange, maison du marquis d'Havré » ; et quelques-uns allèrent se cacher dans des villages écartés près de Lixheim (49). Plusieurs de ces détails s'accordent avec un mémoire contemporain (50), qui rapporte que le sieur de Rosne, le sieur de La Routte et le baron de Schwartzbourg, au service du duc de Guise, donnèrent la nuit dans le logis du colonel Boucq ; que la victoire resta aux assaillants, mais que Schwartzbourg fut jeté à terre avec dix-huit des siens, tués. Le récit de Rosières de Chaudeney (51) est un peu différent. La lutte se serait portée du côté de Fénétrange, où les ennemis s'étaient écartés. Schwartzbourg, de Rosne et de La Routte auraient attaqué le colonel Bouck, lui auraient tué 300 reîtres, enlevé 200 chevaux ; mais 100 Lorrains auraient succombé et le comte Schwartzbourg, froissé par les chevaux et laissé parmi les morts, se serait retiré ensuite à Dieuze. La cornette blanche et rouge, enlevée à Bouck, fut portée par Vigneulles, gentilhomme lorrain connu sous le nom de Ménil, au duc Charles III, qui passait une revue de ses troupes entre Jarville et Laneuveville-devant-Nancy.
Cette agression que La Huguerie attribue à l'ordre du duc de Guise, dans le but de rompre les négociations ouvertes avec le duc de Lorraine, a pu avoir pour prolongement la contre-attaque et la charge de Salnt-Quirin d'un côté, et de l'autre un engagement près de Fénétrange.

II
Lundi 31 août

SOMMAIRE. - Éphéméride: Siège de Blâmont et conseil à Serturville - Pillage d'une abbaye. - Vandalisme systématique. - Commentaire : Profil de Blâmont d'après une gravure du XVIe siècle. - Résistance de la place. - Pillage et incendie de Domèvre. - Destruction de Barbezieux. - Origine de la ferme des Sallières. - Où était situé Serturville ? - Qui était le capitaine de Neuville ?

EPHÉMÉRIDE [pages 122 à 130]
«Le lundy 21e d'aoust, nous séjournasmes à Serturville, à Chevillers, Barba et es environs de Blaumont, que les François espéroyent prendre d'emblée, ayant logé dans les fauxbourgs un régiment des Suisses avec celluy de Villeneufve et l'artillerie fort près de là à cest effect ; et dès hier avoyent fait recognoistre le tout par le capitaine Cormont, fait fere les aproches par ledit de Villeneufve, son fils, qui y perdit quelques bons hommes... Il y avoit dedans un capitaine qui ne feit point contenance de s'estonner...». Surpris de rencontrer de la résistance, les assaillants furent d'avis « de ne s'amuser plus à prendre places, mais, en passant, pais brusler, saccager, lascher estangs, noyer et gaster tout ce qu'ils pourroyent. » Nous allâmes au conseil à Serturville chez Monsieur de Bouillon, où nous rencontrâmes le sieur de Buy que nous avions déjà envoyé vers le duc de Lorraine pour négocier avec lui les conditions qui nous laisseraient le passage libre à travers la Lorraine. Le sieur de Buy se plaignit fort et ferme de ce que les Français de l'armée protestante l'avaient injurié et avaient brûlé la maison du capitaine Neuville, où il avait déposé « ses hardes, papiers et chevaux ». Il se plaignit surtout du sieur de La Thour, qui était de la compagnie commandée par le sieur de Guitry, et réclama des sanctions qui servissent d'exemples. Le sieur de Gormont représenta au conseil que, pour battre le château, il faudrait faire des tranchées, parce que les abords étaient à découvert ; que, pour exécuter ce travail, il faudrait beaucoup de pionniers et qu'on perdrait beaucoup de monde, parce que les arquebusiers du dedans, qui paraissent être 500, tiraient bien. Mais, en parlant ainsi, il semblait forcer sa pensée et avoir le dessein de passer outre, pour ménager la vie de son fils, car il était judicieux. Au même moment entra un capitaine, qui avait autrefois visité la place et qui affirma qu'il n'y avait devant eux « qu'un chasteau de plaisir et qu'il n'estoit point de deffence ».
Interrogé sur l'état des négociations ouvertes, le sieur de Buy répondit qu'il n'avait pas perdu tout espoir d'accommodement, mais que personnellement il ne voulait plus se charger d'aucune démarche, vu l'odieuse attitude des officiers français à son endroit ; et il ajouta que si on voulait sincèrement mener à bonne fin les pourparlers, il valait mieux envoyer des délégués des deux parties à Nancy même, ou en un autre lieu sûr.
Cette affaire était à peine réglée, et le sieur de Buy était à peine sorti, qu'on vint avertir le sieur de Clervant que les lansquenets avaient pillé des vivres dans les logis et avaient saccagé une riche abbaye des environs. A la fin du conseil, les Français renouvelèrent leur résolution de « brusler et noyer pays ». « Monsieur de Bouillon, estant au lit malade, se print à dire qu'il falloit lascher l'estang de Diouze et rompre la chaussée. Le sieur de Clervant respondit que la basse ville de Metz seroit noyée, et je dis au sieur de Bouillon, qu'il y auroit assez d'ennemis sans en faire davantage... ».
Et après avoir pris rendez-vous « en la plaine d'entre Erbevillers et Ogevillers, nous nous en retournasmes au Cartier d'Achevillers (Ancerviller) pour dépescher ledit sieur de Buy. »

COMMENTAIRE.
Les reîtres, qui étaient entrés à Phalsbourg et à Sarrebourg sans éprouver aucune résistance, furent désagréablement surpris, quand ils virent que la petite garnison de Blâmont faisait la sourde oreille à leur bruyante sommation. L'auteur d'un mémoire bien connu sur les événements de 1587 (52), est d'accord avec le capitaine huguenot cité par La Huguerie, pour juger la valeur des fortifications : la place n'avait rien de redoutable, et le château était plutôt une maison de plaisance. Il nous reste une vue d'ensemble de la ville et de ses travaux de défense à cette époque. C'est une estampe qui porte la signature de Georges Hoefnagle, et qui est accompagnée d'une légende en latin, occupant les deux tiers d'une page in-folio. Cette légende nous apprend que Blâmont était alors sous l'autorité de la mère du duc régnant, laquelle jouissait de cette seigneurie, à titre de douaire, depuis la mort du duc son mari (53). Cette particularité ne peut convenir qu'à Christine de Danemark, mère de Charles III, dont le veuvage dura de 1545 à 1590 ; ou, à la rigueur, à Marguerite de Gonzague, belle-mère de Charles IV, dont le veuvage dura de 1624 à 1632. Toutes deux furent dames douairières de Blâmont ; elles y séjournèrent quelquefois, y firent célébrer des fêtes et exécuter des travaux importants ; mais la vie artistique de Georges Hoefnagle (54), qui mourut en 1591 selon les uns et en 1600 ou 1618 selon d'autres, ne peut correspondre qu'au règne de Christine. De plus, le texte latin rappelle en détail les brigandages commis dans la ville par l'armée de Charles le Téméraire, et ne fait aucune allusion aux incendies des reîtres ; ce silence fait présumer que la gravure en question est un peu antérieure aux événements que nous étudions. « Il est à peu près certain, m'écrit M. Pflster, que cette vue a été gravée pour paraître dans l'atlas édité à Cologne par Georges Brun ou Bruyn, de 1572 à 1618, sous le titre : Civitates orbis terrarum, in oes incisoe et excusoe et descriptione topographica, morali politica illustratoe. » Cette gravure a servi de modèle à de nombreuses copies qui n'ont pas été signées.
En la considérant, on aperçoit le vieux château féodal des sires de Blâmont, assis sur une éminence qui domine toutes les habitations, hérissé de hautes tours rondes ou carrées dont la plus grosse est décapitée. Le tout offre un air encore imposant. Un peu au-dessous, à l'ouest, se dresse une maison princière d'un aspect tout moderne, appelée « le palais du ducq ». C'est une tour carrée très massive, coiffée d'une toiture en pyramide, qui en occupe la partie centrale ; deux ailes légèrement en retraite, percées d'une multitude de fenêtres géminées, se développent à droite et à gauche. C'est l'édifice qui a dû être commencé en 1564 (55). La ville avait des portes avant le XVIe siècle, mais l'enceinte qui l'enfermait alors, était l'oeuvre d'un ingénieur italien et ne datait que de 1548. C'était une simple muraille commandée çà et là par des tours inachevées et sans bastions, suivant l'ancien système de fortification (56). L'église paroissiale, dont le clocher en bàtière a la forme d'un bonnet de police, occupe le faubourg de Gyroville, hors de l'enceinte du côté de Domèvre. La généralité des habitants, dit l'auteur de la notice latine, se livrent à l'agriculture, l'art le plus ancien, le plus nécessaire, celui qui est une garantie d'honorabilité ; c'est, après les deux châteaux, la plus belle parure de la ville. Cependant,

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Vue de Blâmont vers 1580

nous savons qu'il y avait aussi des forgerons qui fabriquaient des canons, des arquebuses et des pistolets (57).
Telle est, à grands traits, la physionomie de la bourgade que viennent assiéger les reîtres, et qui ne comptait que 330 ménages sans les nobles et les ecclésiastiques ou personnes franches (58). Selon Digot, l'honneur de la courageuse défense de la place reviendrait au capitaine des Poignantes et à un jeune gentilhomme lorrain, nommé Mathias Klopstein ; selon les annotateurs de La Huguerie, ce serait à Jean-Jacques Kiecler (59) ; selon dom Calmet, qui a eu entre les mains les mémoires manuscrits de Nicolas Crok, maire de Blâmont, ce serait au capitaine des Poignantes (60). En présence de ces témoignages qui expriment diverses opinions particulières, il est difficile de dire qui a brillé au premier rang, mais il demeure assuré que la poignée d'hommes d'armes du dedans riposta énergiquement et se couvrit de gloire. 200 assiégeants allèrent mordre la poussière.
La Huguerie passe légèrement sur l'étendue des dégâts commis par ses compagnons d'armes en cette étape ; il se contente de dire incidemment que les lansquenets pillèrent une riche abbaye du voisinage. Il s'agit certainement de celle de Domèvre (61), qui était nouvellement rebâtie et qui était occupée par des chanoines réguliers. Il faut ajouter que non seulement ils enlevèrent le bétail et toutes les provisions qui leur convenaient, mais qu'ils mirent le feu aux bâtiments; la tour de l'église s'effondra, cinq cloches, qui pesaient de 7 à 8000 livres, furent fondues par l'ardeur du brasier ; l'orgue, qui coûtait 2000 francs, fut consumé ; la façade du monastère, le cloître, les étables furent perdus ; 600 résaux de blé, valant 12 francs l'un, 120 voitures de foin, la plus grande partie de la bibliothèque et des archives, furent la proie des flammes. Le dommage fut estimé à 54 000 livres (62). Le village fut aussi incendié en partie.
Nous remarquons ici une petite divergence pour la date.
D'après le récit de La Huguerie, c'est le 31 août que l'abbaye fut si maltraitée ; selon une note conservée dans les papiers des religieux spoliés, ce fut le 3 septembre. Les témoignages ne sont pas inconciliables ; le pillage a pu commencer le 31 août, puis être suivi d'un incendie le 3 septembre, quand l'arrière-garde s'éloigna.
Entre Blâmont et Domèvre, sur les bords du Vacon, le petit village de Barbezieux, qui en 1379 avait déjà une très vieille église, disparut aussi sous les coups des reîtres et ne se releva jamais de ses ruines (63). Les soldats furieux allèrent briser la digue de l'étang d'Albe, en aval de Domèvre, et de celui de Vilvacourt, près de Nonhigny. Ils incendièrent le faubourg de Blâmont, et peut-être qu'aucune des maisons situées hors des murs n'échappa à leur rage. La toiture de l'église paroissiale fut consumée et sa restauration coûta 1 400 francs aux décimateurs en 1588 (64). En 1593, une dame s'adresse au duc de Lorraine pour demander un secours, afin de relever sa maison brûlée par les hérétiques conduits par le duc de Bouillon (65). Nicolas Gellée, bourgeois de Blâmont, sans doute l'archer des gardes qui fut anobli en 1597 (66), rappelle au duc de Lorraine qu'il a eu plusieurs maisons réduites en cendres, au passage du duc de Bouillon en cette ville : il sollicite pour compensation la faveur de pouvoir élever sur le territoire de Gogney, en un endroit sablonneux très éloigné de toute habitation, appelé les Sallières (67), une maison franche avec colombier et étableries. En considération de la vaillance dont il avait fait preuve en défendant la ville comme lieutenant du prévôt, Charles III lui accorda des lettres de franchise et de sauvegarde. Il lui permet de clore de murs sa propriété à cause des loups, d'avoir 800 bourres dans son colombier, de nourrir 20 pièces de bétail et 80 brebis. Comme effet de la franchise obtenue, le fermier résidant en cette maison champêtre sera exempt « de toutes charges, aydes, subsides ordinaires et extraordinaires, crouvées, servitudes et autres prestations personnelles ». Et, en signe de sauvegarde, Nicolas Gellée pourra faire placarder le blason de son souverain ; toutefois, comme marque perpétuelle de reconnaissance, les propriétaires présents et à venir devront payer une redevance annuelle de quatre chapons. Telle est l'origine de la ferme des Sallières encore existante et appartenant actuellement à M. Pierre CoIIesson, de Nancy.
Quand on fait des brigandages de 1587 l'objet de ses investigations, on reste convaincu que c'est le petit nombre qui nous a été conservé par écrit, et que c'est presque le hasard qui en fait découvrir les traces. Aussi ne devrat-on pas s'étonner de trouver encore beaucoup à glaner après ce travail. Ainsi le petit village de Barbezieux, dont nous venons de parler, a disparu tout entier dans les flammes au passage du duc de Bouillon ; et cependant sa destruction n'est mentionnée, à ma connaissance, dans aucun document contemporain : il faut attendre près de deux siècles pour que la tradition locale soit consignée dans un mémoire, quand il s'agit d'incorporer ce territoire désert à celui de Domèvre (68). Combien d'autres désastres ont pu être oubliés définitivement, ou confondus avec ceux qu'il faut attribuer aux Suédois. Il est à remarquer que la plupart des cahiers de comptes se rapportant à cette année, font défaut, soit qu'ils aient été détruits, soit qu'ils n'aient pas été rédigés à cause du malheur des temps.
Les lieux de campement indiqués par La Huguerie sont faciles à reconnaître, sauf un seul. Chevillers ou Achevillers, c'est Ancerviller ; « Erbévillers », c'est Herbéviller, près d'Ogéviller, et non pas, comme le prétendent les annotateurs de l'Éphéméride, Erbéviller près de Réméréville (canton de Saint-Nicolas), qui est à 40 kilomètres de là. L'apparition de Serturvilley Sertuville ou Sertaville, comme il est écrit dans les Mémoires, est plus déconcertante. J'avais d'abord cru qu'une faute d'impression s'était glissée dans ce passage, car aucun nom ayant cette consonnance ne se rencontre dans le Dictionnaire topographique de la Meurthe ; mais notre confrère M. Marchal, qui a vérifié à la Bibliothèque nationale le manuscrit ayant servi à l'édition de M. de Laubespin (69), a bien voulu m'informer que la lecture était exacte et ne donnait lieu à aucune hésitation. Renseignement pris près d'un ami qui habite Blâmont, il se trouve, à environ 6 kilomètres de la ville, près d'un ruisseau qui se jette dans le Vacon, un lieudit connu sous le nom de Harteville. Naguère, on y voyait encore une maison ; à présent il n'y a plus que des ruines très effacées : c'est là vraisemblablement que s'est tenu un conseil de guerre (70).
Cormont qui, pour sa confusion, tenta une escalade des murs de Blâmont, était seigneur de Villeneuve-en-Brie, colonel d'un régiment d'infanterie, et avait déjà fait la campagne de Flandre sous Ludovic de Nassau ; lui et son fils avaient embrassé le parti de la Réforme. Le sieur de Buy ou Buhy, qui fut injurié par les protestants français parce qu'il avait accepté la mission d'aller négocier avec le duc de Lorraine le libre passage des troupes, était Pierre de Mornay, seigneur de Buhy, le frère du célèbre Duplessis-Mornay, surnommé le pape des Huguenots (71).
Les Allemands réclamaient 200 000 écus et les vivres par étapes ; et les émissaires du duc de Lorraine n'offraient que 50 000 écus. La plupart des capitaines français étaient opposés à toute conciliation avec le duc et multipliaient les actes d'hostilité pour rendre impossible toute entente. Au conseil de guerre tenu à Lixheim le 26 août, ils « concluent tous à qui mieulx mieulx au feu, à l'eau, au sang, avec telle résolution, dit La Huguerie, que nous pensions déjà voir la Lorraine ruinée (72). » Le sieur de Clervant était Claude-Antoine de Vienne, qui commandait trois régiments suisses de l'armée protestante. Henri de Navarre écrit à la reine d'Angleterre au sujet de Guitry : « Je vous ay dépesché le sieur de Guitry, l'un de mes principaux et plus confidens et agréables serviteurs » (73).
Le sieur de Neuville, qui est venu se plaindre de ce que les protestants avaient la hardiesse de mettre le feu à la maison où il tenait « ses hardes, ses papiers et ses chevaux », ne nous est pas suffisamment connu. Le contexte de La Huguerie nous autorise à croire qu'il avait quelque habitation dans les environs de Blâmont, puisque l'édifice où il conservait des archives et du mobilier, venait d'être incendié dès le 30 ou le 31 août. Plusieurs hypothèses sont acceptables. Il est possible qu'il s'agisse de l'un des membres de la famille du Châtelet. Ceux-ci, en effet, étaient barons de Cirey et seigneurs de Neuville (74). Cirey-sur-Vezouse n'est qu'à 9 kilomètres de Blâmont. Nous savons, d'autre part, que plusieurs membres de l'illustre famille du Châtelet se sont laissé gagner par les idées de la Réforme, entre autres Pierre du Châtelet, seigneur de Deuilly et de Gerbéviller, qui fit baptiser sa fille Eve, en 1564, à l'église réformée de Metz ; Olry du Châtelet, qui fut tué à La Charité, en 1569, dans les rangs de l'armée de Condé ; Antoine du Châtelet, seigneur de Saint-Amand et Cirey, mort en 1620 ; Yolande du Châtelet, qui sortit du monastère de Sainte-Glossinde de Metz; Baptiste du Châtelet, chevalier de Malle, puis pasteur à Nérac dans le duché d'Albret, où Henri de Navarre avait un château et tenait sa cour ; Marie du Châtelet, qui, en 1600, était veuve de Samuel de Saint-Hilaire et demeurait à Nérac. M. le pasteur Dannreuther a publié des notes biographiques sur ces premiers partisans de la Réforme en Lorraine, mais toutes ses indications généalogiques ne concordent pas avec les pièces officielles que nous avons passées en revue. Ainsi, d'après une lettre patente du 21 février 1600, Marie du Châtelet, veuve du sieur de Saint-Hilaire, serait la fille et non la nièce de Baptiste du Châtelet (75). Le capitaine de Neuville dont parle La Huguerie, pourrait donc être Baptiste du Châtelet, ancien chevalier de Malte, qui mourut au plus tard en 1598 ; ou Louis, ou Antoine du Châtelet, car une terre de Neuville était incorporée à leurs domaines dès la fin du XVIe siècle (76). Ce Neuville paraît être un hameau de la Meuse, qui, avec celui de Champ, forme actuellement la commune de Champneuville, canton de Charny, arrondissement de Verdun. Une branche de la famille des Armoises se qualifiait aussi de Neuville (77) ; mais nous ignorons si elle avait des possessions dans le voisinage de Blâmont (78). Enfin, les descendants de Jean de Nettancourt et d'Ursule d'Haussonville, fille d'African d'Haussonville, maréchal de Barrois, prirent aussi le titre de seigneurs de Neuville (79). Comme héritiers d'African d'Haussonville, ils devaient posséder quelques portions des vastes domaines de celui-ci autour de Saint-Georges ou de Turquestein, c'est-à-dire à proximité de Blâmont En 1586, nous trouvons une donation faite par Chrétien de Savigny à Claude de Neufville, d'une métairie, située sur le champ d'Aspach, et du gagnage de Turquenstein (80).

III
Mardi 1er septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : L'armée quitte Blâmont pour venir camper autour d'Ogéviller. - Conseil tenu à Reclonville. - On assiège un château avec de l'artillerie et on le pille. - Commentaire : Rectifications topographiques. - Herbéviller. - Ogéviller - Attitude énigmatique de Jean IX, comte de Salm, en face de la Réforme. - La peste en Lorraine

EPHÉMÉRIDE [pages 130 à 137]
« Le mardy 22e d'aoust nous partismes de Serturville, Barba, Achevillers et es enviions de Blaumont pour aller au rendez-vous en la plaine d'entre Erbevillers et Ogevillers, èsquels villages et es environs [nous logeasmes], et arrivasmes à bonne heure à Saint-Martin... » Le sieur de Buy arriva bientôt à « Reclainville », avec un sauf-conduit à l'adresse de ceux de l'armée qui seraient députés vers les mandataires du duc de Lorraine. Le duc de Bouillon recommanda à ces négociateurs de tâcher d'obtenir 100 000 écus, assurant qu'il donnerait ordre pour qu'il ne fût commis aucun acte d'hostilité de nature à compromettre le succès des pourparlers. Le sieur von Bold et moi devions partir le lendemain au rendez-vous. J'aperçus furtivement le sieur de Cussy, qui arrivait de la cour de France chez le duc de Bouillon. On aurait bien voulu me cacher sa présence, et j'ai su depuis par indiscrétion que, d'après les nouvelles apportées, le roi de France était d'accord avec le duc de Bouillon pour poursuivre le dessein d'accabler la Lorraine.
Nous allions nous en retourner au quartier, quand nous entendîmes plusieurs coups de canon. On nous dit qu'on tirait sur le château de Gerbéviller, quartier des Suisses, parce qu'on ne s'était pas empressé à fournir des vivres. Je fis remarquer avec insistance que c'était contraire aux conventions acceptées tout à l'heure. Je vis bien la duplicité des capitaines français, puisqu'en nous permettant d'aller négocier à « Limminville », en même temps ils faisaient battre ce château sans nous en parler. Nous accourûmes, le baron Dohna et moi, pour protester ; mais les Suisses étaient déjà dans le château en train de tout piller : le sieur de Couvrelles, courroucé d'entendre nos reproches, se disculpa en alléguant l'ordre du duc de Bouillon.
Le baron de Dohna le menaça de lui retirer le commandement de l'artillerie, lui remontrant que le château pillé appartenait au comte rhingrave, vassal de Son Altesse (le duc de Bavière), et que le bourgs eût été assez grand pour loger toutes les troupes arrivées. Malgré nous, on tira du château, sous nos yeux, 800 livres de poudre, tout l'argent, les meubles, le bétail et les chevaux. Cette perfidie de nos alliés et les maladies qui commençaient à se propager parmi nous, à cause du manque de vivres et de la mauvaise qualité des eaux, nous firent présager la ruine de notre armée, et nous firent désirer plus vivement de remplir un devoir en hâtant les négociations.

COMMENTAIRE
Le 1er septembre, l'armée protestante avance seulement de 10 ou 12 kilomètres et vient occuper Ogéviller, Saint-Martin, Herbéviller, Reclonville et autres villages circonvoisins. Ici une confusion se glisse certainement dans les notes ou dans les souvenirs de La Huguerie. Il rapporte qu'il entendit tirer plusieurs coups de canons par les Suisses qui battaient le château de Gerbéviller, et qu'il assista au pillage de la maison seigneuriale, appartenant au rhingrave, vassal de Son Altesse le duc de Bavière. Cela n'est pas possible, car les rhingraves n'avaient aucun droit seigneurial à Gerbéviller, et cette localité est à plus de 25 kilomètres d'Ogéviller, autour duquel les reîtres avaient choisi leurs gîtes. Il n'aurait pu s'y transporter et en revenir si vite ; et, d'ailleurs, la suite du contexte nous apprend que, deux jours après, quand La Huguerie partit à Lunéville pour entrer en pourparlers, ses compagnons d'armes n'avaient pas encore franchi la vallée de « la Muz », c'est-à-dire de la Meurthe, comme nous verrons (81).
L'auteur a dû vouloir parler à la fois d'Ogéviller et de Herbéviller, localités voisines, et il a mêlé ce qu'il avait à en dire. Herbéviller n'a pu être épargné, puisqu'il se trouvait au milieu du camp des envahisseurs. Ce village était partagé en deux seigneuries, commandées chacune par un château. En 1587, la première seigneurie ne comptait que 49 ménages, et son château, le château La Tour, situé dans la direction de Saint-Martin, appartenant à Madame de Barbais (82). Il fut plus tard fort maltraité par les Croates, pendant la guerre de Trente Ans (83) ; il n'en reste aucun lambeau, mais il subsistait encore en 1674 (84), suivant l'intéressant rapport d'un visiteur, que M. Pfister nous a récemment fait connaître. La seconde seigneurie, celle de Lannoy ou Launoy, comprenait 73 ménages et appartenait à la famille de Créhange. Son château existe encore, à droite de la route qui mène à Blâmont (85). Il est possible qu'en 1587, comme l'a voulu dire La Huguerie, un rhingrave ait été maître du château de Herbéviller-Lannoy, car le rhingrave Jean IX, qu'il ne faut pas confondre avec Jean IX comte de Salm, épousa à la fin du XVIe siècle Anne-Catherine, fille de Georges comte de Créhange (86) ; mais il est plus probable que la pensée de l'auteur se rapportait en réalité au château d'Ogéviller, car les détails donnés par l'Éphéméride concordent avec le récit d'un chroniqueur contemporain sur la prise de la forteresse d'Ogéviller, situé à 3 kilomètres plus loin, sur les bords de la Verdurette. « Les Suisses, dit Rosières de Chaudeney, menèrent l'artillerie à Ogéviller, battirent le château : ceux de dedans se rendirent, ayant enduré seulement neuf volées de canon ; le capitaine, pour récompense de son bon devoir, expia sa vie par le licol (87). »
Le château d'Ogéviller, assiégé et pillé par les reîtres en 1587, était la propriété de plusieurs grands seigneurs. La célèbre Diane de Dommartin en possédait une partie, du chef de son arrière-grand'mère paternelle, Madeleine de Fénétrange, fille de Jean de Fénétrange et de Béatrix d'Ogéviller, dernier rejeton de cette famille. Les rhingraves Frédéric et Otto en possédaient une autre partie, parce qu'ils descendaient de Barbe de Fénétrange, autre fille de Béatrix d'Ogéviller. Enfin, Jean IX comte de Salm, maréchal de Lorraine, en possédait encore une partie (88). Les rhingraves étaient vassaux de la maison de Bavière, comme le dit La Huguerie, car Rheingraffen, la seigneurie dont ils avaient pris le nom, était situé dans le Palatinat, et les souverains de cette partie de l'empire étaient les comtes palatins du Rhin, dont le chef régnant résidait à Heidelberg.
Ce Jean IX comte de Salm, seigneur d'Ogéviller, était un des personnages les plus considérables de la cour de Lorraine. En 1587, il gardait avec ses troupes les défilés des Vosges du côté de Baccarat et de Saint-Dié, pendant que le baron d'Haussonville surveillait les passages de la Sarre et défendait Lunéville. Le dévoûment de Jean IX et sa valeur militaire ne sont pas mis en question ; mais, au point de vue religieux, c'est une figure encore énigmatique. Il commande l'armée catholique contre les huguenots; mais le rhingrave Frédéric, son beau-frère, et le rhingrave Jean-Philippe, quoique protestants, servaient bien aussi le roi de France dans les rangs des catholiques (89). Non seulement Françoise de Salm, sa soeur, avait épousé un rhingrave protestant, Frédéric, mais une autre de ses soeurs, Anne, devenue veuve de Balthazard d'Haussonville, avait épousé François d'Andelot, le frère cadet de l'amiral Coligny, l'ardent chef du parti protestant en France, et avait célébré ses noces au château d'Essey-lès-Nancy d'une façon retentissante, comme pour narguer les catholiques (90). Jean IX comte de Salm et le rhingrave Frédéric, son beau-frère, molestent les sujets de l'abbaye de Saint-Sauveur ; ils infligent mille vexations aux religieux de Senones et emploient contre eux même des voies de fait. Leurs affidés tuent le curé de Domptai let poursuivent l'abbé de Senones ; ils tiennent garnison dans le couvent pour appuyer leurs prétentions, et continuent leurs violences malgré les remontrances du pape et les menaces de l'empereur Maximilien II (91).
Jean IX, quoique catholique, est d'accord avec son beau-frère le rhingrave protestant, pour ouvrir la porte à toutes les nouveautés religieuses dans le comté de Salm. Son zèle pour l'orthodoxie romaine ne le porte pas plus loin qu'à faire respecter la célébration du culte chez ses coreligionnaires, et il protège avec la même énergie l'exercice du culte réformé. Dans cette période de fermentation, où chacun autour de lui lutte pour le triomphe de ses idées, il n'use ni de son autorité ni de son influence pour faire du prosélytisme.
Ainsi, il nous reste encore une ordonnance signée de lui, à Nancy, et du rhingrave, en date du 4 septembre 1589. Après avoir invité leurs officiers de justice à condamner à des peines sévères un certain Jean Michel, de Raon-sur-Plaine, qui avait proféré des insolences contre le curé de Celles et contre ses paroissiens, ils promulguent des règlements pour l'usage des églises communes aux catholiques et aux protestants. Ils défendent expressément aux sujets du comté de Salm, de troubler leurs voisins d'un autre culte par des anticipations ou des prolongations d'offices religieux, par des allées et venues tumultueuses, par des sonneries de cloches intempestives et autres importunités artificieusement provoquées. Les dîmes des terres labourées par les catholiques, reviendront aux curés; et les dîmes des terres labourées par les protestants, reviendront à leurs ministres (92).
On peut être sûr que le comte de Salm n'a pas fait ces concessions par faiblesse de caractère, pour complaire à son beau-frère, car il était énergique, indépendant, d'un naturel violent et très emporté. Ainsi, il fut l'objet de lettres de rémission de la part de Charles III, pour avoir tué par vivacité plusieurs personnes, même de qualité noble ; il refusa de prêter foi et hommage pour sa seigneurie d'Ogéviller et d'Emberménil, et il fallut un arrêt du Conseil d'État pour l'y forcer en 1574. Une autre fois, il abattit à Senones les armoiries impériales qu'il avait substituées aux alérions lorrains, bravant à la fois le duc Charles III et Polwiller, le bailli de l'empereur à Hagueneau (93). Comme conseiller de Charles III, il signa avec son frère Paul les lois qui prononçaient le bannissement des hérétiques et la confiscation de leurs biens (94) ; sur les terres où il jouissait d'une plus grande indépendance, il édicta des peines sévères contre ceux qui molestaient les partisans de la Réforme, et même, dans son budget, il accorda une subvention annuelle aux nouveaux « ministres de la parole de Dieu ». Ainsi, dans les comptes de 1566, on lit : « A maistre Jean Figon, maistre de la parole de Dieu à Badonviller, suivant l'ordonnance de mondit seigneur, 25 fr. » En 1577 : « Pour le ministre, dépense de 50 fr., faisant la moitié de 100 fr., qu'il aurait pieu à messeigneurs accorder chacun an pour l'entretenement du ministre de la religion, et ce pour l'an de ce compte, que maistre Jean Figon, ministre de la dite religion, a reçus par quatre fois, de trois mois en trois mois, et à chaque fois 12 fr.6 gros. » En 1590, Jean de La Chasse est ministre à Badonviller et, en 1591, c'est Jean de La Baulne (95).
Devant cet ensemble de faits, on peut se demander si les liens d'amitié qui unissaient le comte de Salm à son souverain, si le prestige des premières dignités qu'il avait à la cour de Lorraine, si le côté politique des guerres religieuses et si la perspective de perdre ses honneurs et ses revenus seigneuriaux (96), ne l'attachaient pas plus au parti catholique que ses convictions chrétiennes. D'autre part, c'était un personnage puissant, excellant dans le métier des armes et pouvant rendre de grands services aux princes lorrains dans ces temps de troubles ; titres sérieux pour qu'on le ménageât et qu'on ne le tînt pas à l'écart sans des raisons tout à fait impérieuses. Au fond, il n'était peut-être que partisan de la liberté de conscience ; toutefois, après les constatations que nous venons de faire, nous lisons, sans surprise, que Jean de Salm inclinait vers le protestantisme (97). Il mourut en 1600, âgé de 69 ou 70 ans (98), célibataire. Voilà, esquissé à grands traits, celui qui, en 1587, remplissait les importantes fonctions de maréchal de Lorraine, et, au mois d'août, occupait Baccarat avec ses troupes, pour servir de rempart contre le flot menaçant des troupes huguenotes.
L'insinuation par laquelle La Huguerie accuse ici de complicité le roi de France Henri III, le roi de Navarre et le duc de Bouillon, pour la dévastation de la Lorraine, se trouve confirmée par les pièces diplomatiques qu'a récemment étudiées M. Davillé. « Henri III, dit-il, était peut-être d'accord avec le duc de Bouillon et sûrement avec Henri de Navarre pour faire tomber tout le poids de la guerre sur la Lorraine et la ruiner » (99). Aussi, au cours de la conférence que La Huguerie aura bientôt avec le baron d'Haussonville, il plaidera sa cause devant le général lorrain, en lui faisant entendre que l'armée étrangère est vivement encouragée à ne pas pousser les opérations au delà de notre pays, et que le duc ne soupçonne guère d'où lui viennent ces pressants conseils (100).
L'auteur de l'Éphéméride nous fait aussi remarquer dès le 1er septembre, c'est-à-dire dès le séjour à Ogéviller, que l'armée protestante commençait à être infestée par des maladies causées par le manque de vivres et la mauvaise qualité des eaux. La mortalité qui menaçait les reîtres venait encore d'ailleurs. En 1587, une épidémie, que les contemporains qualifiaient de peste, sévissait sur divers points de la Lorraine, dès avant l'apparition des Allemands. La contagion ne fit qu'augmenter ses ravages avec le malheur de l'invasion. Elle est signalée notamment à Vézelise, à Darney, à Senonges, à Bleurville, à Nonviïle, à Laxou, à Réméréville, à Sornéville, à Lunéville, à Neufchâteau, etc. A Réméréville, dans l'espace de six mois, « 80 chefs d'hostels » sont morts, si bien qu'il n'est plus resté que 30 conduits (101). A Laxou, la communauté, partagée en trois seigneuries, celle de la commanderie Saint-Jean, celle de Lenoncourt et celle de Bosserville, fut réduite de 148 conduits à 58 (102). A Saint-Nicolas, l'épidémie sévit de la mi-septembre 1587 à la fin de février suivant. 327 maisons furent infestées et plus de 1350 personnes succombèrent ; il y eut trois maisons où aucun membre de la famille ne survécut à la contagion ; la ville perdit de ce fait 191 conduits (103). A Lunéville, on obligea les sujets contaminés à se retirer à l'écart dans des loges (104). Depuis au moins dix ans, le mal faisait beaucoup de victimes parmi nos ancêtres (105). Dès 1583, huit amendes de 15 fr. furent prononcées contre les habitants de Sarralbe, pour avoir contrevenu aux ordres du duc de Lorraine, en communiquant avec des gens de Bouquenom et autres villages circonvoisins, où sévissait la peste (106). En 1587, le fléau n'était pas particulier à la Lorraine, car Quitry rappelle, dans une lettre à M. de Ségur, que l'armée de secours trouva presque partout, sur son passage en France, des villages infectés de la peste (107).

IV
Mercredi 2 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : Escarmouche près de Thiébauménil. - La Huguerie et von Bold sont envoyés à Lunéville pour négocier avec le baron d'Haussonville. - Échange de vues et prétentions réciproques - La Bastide part en toute hâte à Nancy pour consulter Charles III - Les députés allemands attendent la réponse. - Commentaire : Incendie général de Thiébauménil. - Marainviller menacé. - Détails sur l'engagement de Thiébauménil. - Quelques identifications topographiques corrigées. - État de la place de Lunéville - Travaux de défense. - Capitaines de la garnison de Lunéville. - Les villageois des environs reçoivent l'ordre de conduire leurs grains dans cette ville et de cacher leurs troupeaux dans les forêts.

EPHÉMÉRIDE [pages 137 à 153]
« Le mecredy 23 d'aoust, on séjourna audit Ogeviller et nous partismes, Monsieur Wambolt et moy, pour aller à Gerbersvillers (108), logis du sieur de Clervant », pour le prier de recevoir les otages envoyés comme garantie par le sieur d'Haussonville, puisque nous devions aller conférer avec lui. Ces otages étaient le sieur de Belleguise, lieutenant-colonel du sieur « de Routtigoutir », et le capitaine Page, du régiment du sieur d'Haussonville Clervant nous renvoya à Quitry avec une lettre pour le prier de les recevoir lui-même. Mais celui-ci n'était point en son quartier, parce que l'alarme avait été donnée « à cause de quelques troupes d'ennemis qui estoyent venu attacquer des soldats dudit sieur de Mouy en un moulin près Tibaumeny, son cartier...» Quand le sieur de Quitry fut de retour, « nous allasmes droict à Limminville, trouvans en nostre chemin force vedetes vers lesquels nous feismes advancer le trompette, et arrivasmes à la porte de la ville bien bordée d'arquebuserie à nostre venue et nous feit ledit sieur d'Aussonville descendre par son logis. » Il était si tard, que d'Haussonville avait déjà soupe. Nous l'allasmes saluer en le priant d'accélérer les affaires pour lesquelles nous étions venus, car nous n'avions que le lendemain comme dernier délai pour conclure. Il pria les capitaines et gentilshommes présents de se retirer : il ne conserva avec lui que les sieurs « de Montruel, de Roustigoutti et de La Bastide ». Le sieur d'Haussonville commença à nous dire « que nous estions les plus que très bien venus », et qu'il espérait que cette fois les négociations aboutiraient à une entente, quoiqu'il eût été très irrité des actes d'hostilité des Français. Je l'interrompis pour lui faire remarquer, en pensant à Messieurs de Guise, que du côté des Lorrains aussi, il y en avait qui ne voulaient pas de transactions. Il nous demanda de lui déclarer franchement quelles étaient nos prétentions depuis l'entrevue de Saverne, afin qu'il pût aussitôt en informer son maître, le duc de Lorraine, par un exprès qui partirait pendant la nuit. Je rappelai que si la dernière entrevue n'avait pas eu de suite, il fallait l'imputer aux officiers français de l'armée protestante, qui, au mépris de leurs promesses, s'étaient emparés du capitaine Stéphen, gouverneur de Phalsbourg. Je rappelai aussi que plusieurs de ces Français voulaient tuer le sieur de Buhy, qui avait consenti à servir d'intermédiaire entre les belligérants, et que si le sieur de Tantonville n'avait pas reparu depuis l'entrevue près de Phalsbourg (109), pour apporter la réponse de Monsieur de Lorraine, c'est qu'il avait sans doute été arrêté par les mêmes Français.
Sur quoi le sieur de Montreuil dit que je serais un bon avocat d'une mauvaise cause. M. d'Haussonville reprit qu'il ne croyait pas tout ce qu'on cherchait à lui insinuer, mais que pourtant il reconnaissait notre bon vouloir ; car, d'après son enquête personnelle, les incendies n'avaient pas été allumés par les Allemands ; que le duc de Lorraine n'était pas un prince dépourvu d'amis puissants, et que, si on le pressait davantage, il saurait bien châtier les bourreaux de son peuple ; qu'il était d'un naturel doux et paisible, ne recourant à la force armée que quand son honneur devait souffrir de sa patience ; qu'il se montrerait conciliant si nous n'exigions pas des conditions impossibles ou indignes de son honneur, comme celles qu'on trouvait dans la lettre apportée par nous. Enfin, il nous pria de dire notre dernier mot sur nos prétentions.
Je répondis que les articles dont il se plaignait n'étaient point de nous ; que notre souverain avait eu grand'peine de les réduire à cette mesure en les discutant avec le sieur de Ségur, etqu'il fallait les laisser tel, si l'on voulait espérer la ratification des officiers français. D'ailleurs, dans les pourparlers antérieurs, on était presque tombé d'accord sur le premier article concernant le passage libre par étapes, pourvu qu'on accordât assez de temps, qu'on offrît un prix raisonnable pour les vivres, et qu'on logeât « à la haye » (110). Je détournai de convenir d'un prix pour les vivres à fournir aux étapes ; car voulant soulager les sujets de Son Altesse de Lorraine, j'avais dressé un état qui ne coûterait pas plus de 6 000 écus par jour pour entretenir toute l'armée. Si on fournissait les vivres sans réclamer d'argent aux soldats, on éviterait plus facilement des maraudes et des dégâts, qui coûteraient vingt fois plus cher aux Lorrains. Quant à la somme de 50 000 écus offerte par le sieur de Tantonville pour être distribuée aux soldats, afin qu'ils renonçassent aux courses et aux déprédations, je répondis qu'elle était trop modique, attendu que le sieur de Ségur réclamait 400 000 écus, et que nous avions réduit cette exigence de moitié (111). Quant au troisième article, la neutralité que le duc de Lorraine devrait proclamer pour l'étendue de ses États, je rappelai que le sieur de Tantonville l'avait déjà promise au nom de son maître, à condition qu'il n'y eût plus d'autres articles à régler, et que l'armée de secours n'entrât pas sur le territoire lorrain avant son retour de Nancy, annoncé pour le samedi suivant 22 août, à six heures du matin. Nous avions retenu notre armée, dis-je, jusqu'au soir de ce dernier jour de délai, mais n'ayant point reçu de nouvelles du sieur de Tantonville, il avait fallu se mettre en marche. Pourtant, si nous obtenons encore satisfaction sur les trois premiers articles précités, ajoutai-je, nous sommes persuadés de pouvoir arracher aux Français de notre armée la suppression des deux derniers articles supplémentaires. Le neutralité est le fondement de toute la présente négociation ; c'est l'argument qui fera croire à ces Français que Monsieur de Lorraine n'est point leur ennemi et n'est point ligueur, comme ils le prétendent. Je priai ensuite le sieur d'Haussonville d'employer sa fidélité envers son maître, et son amour pour la patrie, à obtenir une réponse favorable pour demain de bon matin, et qu'aussitôt on échangerait des otages pour la loyale exécution de ce traité. M. d'Haussonville, après s'être plaint de la rigueur des conditions proposées, nous assura qu'il allait aussitôt dépêcher le sieur de La Bastide vers Son Altesse à Nancy ; qu'il n'avait pas besoin d'instructions écrites, puisqu'il avait assisté à la conférence, qu'il pourrait d'autant mieux en instruire son prince à son lever. Il était près de minuit quand nous nous retirâmes, et une réponse nous fut promise pour demain à midi.

COMMENTAIRE
Le mercredi 2 septembre, l'armée étrangère se reposa. Le baron de Dohna avail son quartier à Saint-Martin ; une partie de ses troupes occupaient Ogéviller et Reclonville ; le sieur de Clervant avait son quartier à Herbéviller, et non Gerbéviller, comme nous l'avons vu. Mouy s'était avancé avec l'infanterie française le long de la Vezouse jusqu'à Thiébauménil. Ce jour-là, il y eut un engagement près du moulin de cette paroisse, mais La Huguerie ne nous donne aucun détail sur cet incident. Une réclamation des habitants, ayant pour but de se faire décharger de plusieurs impôts et subsides, nous laisse entrevoir que l'action fut assez chaude. Ils exposent au duc de Lorraine que c'est chose notoire que tout le village de Thiébauménil fut brûlé au passage du duc de Bouillon. Seule, une cabane de charbonnier échappa à la destruction. Marainviller allait avoir le même sort ; trois maisons étaient déjà en flammes, quand les habitants, pour conjurer le malheur imminent, composèrent avec leur ennemis en rachetant leurs maisons pour trente écus. Les deux villages ne formaient alors qu'une communauté. Dans l'espace d'un an, ils perdirent 48 familles, dont les membres moururent de pauvreté, ou de chagrin d'avoir été privés tout d'un coup de leurs récoltes, de leurs meubles et de leurs logis. 38 ménages étaient sans abri (112). Comme si ce village jouait de malheur, moins de cinquante ans plus tard, le dimanche 26 septembre 1632, Thiébauménil, après avoir été encombré de troupes, fut incendié de nouveau, peut-être par accident. 36 maisons furent détruites ; l'église fut renversée et les cloches furent fondues par le brasier ; la plupart des habitants furent réduits à la mendicité (113).
Ce que La Huguerie appelait l'alarme de Thiébauménil, c'est sans doute ce qu'un partisan de la Ligue appelle « la défaite de trois cornettes de reîtres entre Nancy et Blâmont par Mgr de Guise », car la marche des régiments de Mouy devait être éclairée par des troupes à cheval. Si l'auteur du récit (La Châtre ?) avait eu en vue l'engagement de Damelevières, il l'eût placé entre Nancy et Lunéville ; d'ailleurs, l'événement est antérieur de plusieurs jours au 4 septembre (114).
« ... Ces jours passés, Monseigneur le duc de Guyse estant adverty que trois cornettes de reîtres de ceux de la religion étaient venues pour loger en un village non éloigné des frontières de Lorraine, entre Nancy et Blâmont, dépescha diligemment deux cents hommes à cheval sous la conduitte des sieurs de Rosne et de La Routte bien armez, surtout bien disposez de combattre vaillamment et bien frotter s'ils les rencontraient, où que lesdits voulussent attendre la charge : ce qu'ils ne faillirent, car estant arrivez près du village et apercevant iceux reîtres, ils s'élancèrent de telle violence et roideur contre eux, qu'ils sentirent plustôt les coups et la fureur des lances et du coutelas que le bruict et nouvelle de la venue des nostres. De manière que quelque résistance et effort qu'ils feissent pour se defîendre, en peu d'heures ils firent icelle exécution qu'il demeura du côté des reîtres 500 hommes estendus sur place sans grande perte des nostres, et 120 qui furent menez prisonniers, et 25 à 30 chariots sans compter d'autres, lesquelz, pour estre malaisés à conduire, l'on a laissé après avoir tué les chevaux et coupé l'atelage. Mais, en récompense, il fut prins 600 autres chevaux des meilleurs et plus choisis. » Il n'est pas étonnant que les vaincus se soient vengés par l'incendie général du village de Thiébauménil.
La Huguerie nous raconte ensuite son voyage à « Limminville », pour négocier avec le baron d'Haussonville. Les annotateurs de l'Éphéméride identifient Limminville avec Lemainville du canton de Haroué, et prétendent même corriger les éditeurs des Mémoires de La Huguerie, qui avaient traduit par Lunéville (115). Il n'est pas douteux qu'il s'agisse réellement de Lunéville. Les villageois des environs disent encore en patois « aller à Linninville », et, d'ailleurs, on rencontre la forme Lumainville dans des documents du XVIe siècle (116).
Le rapprochement de plusieurs textes de l'Éphéméride suffirait à décider la question dans ce sens. La Huguerie, en effet, qualifie cet endroit de ville, ayant une garnison et des fortifications, située sur une rivière appelée la Muz (117). Or, dans le vocabulaire de l'auteur, ville ne signifie déjà plus village ; il appelle de leur vrai nom ces petites localités (118). De plus, Guitry, qui a écrit un mémoire justificatif, où il énumère les fautes commises par l'armée de secours, dit expressément que La Huguerie alla en mission à Lunéville (119) ; enfin, nous savons positivement, par des documents lorrains, que le baron d'Haussonville se cantonna à Lunéville et qu'il fit fortifier la place par des fossés et terrassements.
Les éditeurs de L'Éphéméride, qui ont publié beaucoup de documents utiles à consulter sur cette campagne, nous proposent plusieurs autres identifications déconcertantes, et nous avouons ne pas deviner la cause de leur méprise.
Pour eux, la rivière Muz, qui passe à Limminville, c'est la Mossig, qui passe aussi à Marleinheim (120) ; Flainville est un village encore existant du canton de Lunéville (121) ; l'abbaye de Beauchamp est aujourd'hui un hameau de la commune d'Eulmont, canton de Nancy, et non Béchamps comme le veut une note des Mémoires (122) ; Loup est aujourd'hui une commune du canton de Colombey-les-Belles, arrondissement de Toul (123) ; Acraignes, c'est Autrey-sur-Madon (124). Nous pensons que la plupart de ces erreurs n'ont pas besoin de réfutation pour ceux qui habitent notre département. Il n'y a pas de Mossig ni de Flainville, ni de Loup en Meurthe-et-Moselle. La Mus est certainement la Meurthe, puisque, d'après La Huguerie lui-même, c'est une rivière qui passe à Limminville (125), que nous venons d'identifier avec Lunéville, et qu'elle est, avec le Madon et la Moselle (126), un des grands cours d'eau à franchir incessamment par les reîtres. Il est notoire que les gens de la campagne disent encore la Meu, et que, dès le XVe siècle, on trouve la forme Art-sur-Meudz pour Art-sur-Meurthe (127). L'abbaye de Belchamp a été habitée par saint Pierre Fourier, et ses ruines existent encore pour attester son emplacement sur la paroisse de Méhoncourt, à environ 5 kilomètres de Bayon.
Quant à Flainville et à Loup, nous verrons, en son lieu, que ce sont des altérations de noms fréquentes chez La Huguerie ; elles se conçoivent assez facilement chez un étranger. Acraignes est l'ancien nom de Frolois.
Pour éviter des redites, pendant que nous nous occupons de Lunéville, examinons ce qu'en dit La Huguerie, lorsqu'à son retour il fait à ses amis un rapport sur ce qu'il a vu à l'occasion des négociations. Limminville est « bien fournie de guarnison et assez bien fortifiée, et en bonne assiette », bien plus difficile à prendre que Blâmont (128). C'est un peu exagéré ; voici des données plus précises sur les fortifications et sur la garnison : elles viennent de La Châtre, maréchal de camp du duc de Guise. Le duc de Lorraine envoie son armée loger à Saint-Nicolas, grand bourg presque aussi bien fourni de vivres que Nancy ; il y laisse M. de Guise pour y commander et s'en retourne à Nancy. « Le mesme jour, les nouvelles vindrent audit lieu de Sainct-Nicolas que les ennemis approchoient ce jour de bien près de Leninville, qui est une petite ville faible et sans aucun rempart, et presque point de fossé, à quatre ou cinq lieues de Sainct-Nicolas. Toutefois, il avoit résolu que l'on la garderoit pour ce qu'elle couvre Nancy et Sainct-Nicolas; et avoit-on logé dedans 2 000 harquebuziers, et, pour leur commander, le sieur d'Ossonvile, colonel de l'infanterie de S. A., qui avoit fait un très bon devoir et grande diligence de fortifier ceste place autant comme l'on pouvoit en si prompte et urgente nécessité. Et pour la conservation des maisons qui touchoient et aboutissoient presque partout sur la muraille, qu'on ne pouvoit abattre sans la ruine entière de la ville, on creusa et eslargit-on un fossé tant que l'on peut, et de la terre que l'on en tiroit fut faicte une belle et haute contrescarpe avec un courradour bien flanqué, et en quelques endroits des ravelines, mesmes devant les portes, avec résolution de débattre et garder le fossé et le dehors de la ville plus que la ville mesme. Le sieur de La Chastre fut dépesché pour aller reconnoistre ceste place, afin de juger si elle estoit en estat de se pouvoir deffendre ou non, pour n'y perdre des hommes mal à propos. Et s'il l'estimoit deffensable, y conforter le sieur d'Ossonville, et l'asseurer de la part dudit sieur de Guise, qu'il le secoureroit à quelque prix que ce fust, s'il advenoit qu'il fust assiégé. Il rapporta qu'il avoit trouvé ledit d'Ossonville tellement résolu, et tout ce qui estoit là dedans, qu'ils ne demandoient rien tant que d'estre assiégez et qu'il ne falloit avoir nul doute de la place. Et aussi qu'il avoit recogneu partie de l'armée des ennemis marchant à une lieue de Leninville : ce pouvoit estre environ le deux ou le trois septembre (129). Les huguenots faisoient peu de chemin et séjournoient ordinairement, tant qu'ils ont esté en Lorraine, trois ou quatre jours en un lieu ; pour ce que trouvans les fours et les moulins rompus, et tous les villages dégarnis de peuple qui fuyoient devant eux pour les cruautéz dont ils usoient, il falloit qu'ils bat[t]issent les bleds pour vivre, qu'ils cerchassent où les faire moudre avec peine et danger, pour ce que les moulins qui n'estoient point rompus, estoient gardez de quelque ville ou chasteau, et leur dressoit-on toujours quelques embuscades, où ils perdoient chacun jour des hommes à bon escient : et puis, il faloit boulenger eux-mêmes et cuire, n'ayant ny estappes dressées, ny suitte de vivres : et la plupart d'eux ne faisoient que galettes entre deux cendres (130). »
Quelques notes laconiques, trouvées dans les livres des comptables de l'an 1587, complètent encore les témoignages précédents :
A plusieurs massons, charpentiers, travaillans à abattre et desmolir les églises, tours et faulbourgs es environs de Lunéville, pendant douze jours entiers, à commencer du 25 d'aoust jusqu'au 5 septembre suivant : 612 pains
Pour la despence et nourriture des munitionnaires, gardes de bestial et autres, durant 16 jours qu'ils ont distribué les munitions, au lieu de Lunéville, aux gens de guerre y estans : 863 pains
Aux gougeats travaillans aux rempars de Lunéville (22 août) : 70 pains
Aux gougeats travaillans à la porte jolye de Lunéville (28 août) : 120 pains
Aux quatre aydes commissaires de l'artillerie, etc. (131)

Le comptable nous donne la liste des capitaines qui composaient la garnison de Lunëville à partir du 22 août, et le chiffre approximatif des hommes de leurs compagnies :
Distribution faite par M. de Houdreville aux compagnies estantes à Lunéville et es environs
A la compagnie de M. de Montreuil : 447 pains
- de M. le baron de Rorthey : 424
- du capitaine de Créhange : 442
- du capitaine Belmont : 466
- du capitaine Rémérécourt : 450
- du capitaine de Ville : 450
- du capitaine Sallin : 500
- du capitaine Challant : 472
- du capitaine de Malaviller : 440
- de M. de Belguise : 450
- du capitaine Paige : 460
- de M. d'Haussonville : 542
- du capitaine Novian. : 450
- du capitaine Juvenot : 1360
- du capitaine du Lac. : 440
- du capitaine Saint-Georges : 502
- de M. d'Artigotty : 504
Outre les compagnies précédentes, on trouve encore, à partir du 27 août, celle du capitaine du Fay ; celle de cavalerie de M. de Rarécourt. A partir du 1er septembre, celle du capitaine du Fay ; celle de cavalerie de M. de Mellet, celle de M. le baron de Saint-Amand, celle de M. de Florainville ; celle de cavalerie de M. de La Bastide, celle de M. Seller et une partie de celle du capitaine La Vallée. A partir du 2 septembre, celle de cavalerie de M. le bailli de Saint-Mihiel et celle de cavalerie de M. de Laimont (132).
Voici encore une note qu'il semble utile d'insérer, pour montrer dans quelle situation pénible se trouvaient les populations lorraines à plusieurs lieues à la ronde, même avant l'arrivée des envahisseurs. Dès le 24 août, Claude Willermin, receveur et gruyer de Lunéville, envoie des ordres exprès de la part de Son Altesse aux maires des villages de Vihuviller (Jolivet), Chanteheux, Hadonviller (Croismare), Marainviller, Bénamënil, Beaulieu, Saint-Clément, Flin, Moncel, Viller, Ménil, Rehainviller, Héririménil. Mont, Mortagne, Xermaménil ; il leur enjoint d'enlever les fers de leurs moulins, les enclumes et soufflets de leurs ateliers, de briser les fours banaux et ceux des particuliers ; de battre leur blé sur des fonds de tonneaux, de charroyer leurs grains à Lunéville, d'y conduire aussi leur bétail, ou de l'emmener bien loin dans les bois et les montagnes pour le cacher. Il leur commande, à eux et à leurs subordonnés, de mettre le tout à exécution, dès qu'ils apprendront que l'ennemi n'est plus qu'à deux ou trois lieues (133).

V
Jeudi 3 septembre

SOMMAIRE. - Éphéméride : Marche de l'armée de Reclonville à Froville (?) - La Bastide rapporte enfin la réponse de Charles III aux propositions des Allemands; il rejette toute autre concession que celles qui avaient été accordées auparavant par M. de Tantonville - Rupture des négociations. - Commentaire : Itinéraire rectifié, Glonville. - Dégàts à Azerailles, Flin, Saint-Clément, Valhiménil, Moyen. - Notes biographiques sur M. de Tantonville, M. de Montreuil, M. de La Bastide, le baron de Podlitz

EPHÉMÉRIDE [pages 153-160]
« Le jeudi 24 d'aoust, l'armée partit de Reclainville, Gerbevillers pour venir loger à Froville (?) et es environs de la rivière de Muz », pendant que nous étions, le sieur de Wainbold (von Bold) et moi à « Limminville », attendant le retour du sieur de La Bastide. Le sieur de Montreuil nous invita à dîner. Après midi, le sieur d'Haussonville nous fit prier de ne point nous ennuyer à cause du retard du sieur de La Bastide, que cela lui paraissait un bon présage d'accommodement. Le sieur de Montreuil essaya de nous faire jouer pour passer le temps. Cette honnêteté me fit désirer plus vivement d'aller dehors. Étant devant notre logis, nous vîmes plusieurs chevaux sortir de la ville, et nous apprîmes que M. de Guise ne faisait que partir d'ici : ce qui me fit supposer qu'il allait rompre notre négociation par une entreprise sur les nôtres. Comme d'autre part, pendant que nous étions en pourparlers, les Français de notre armée « ne faisoyent que brusler », je vis bien qu'il fallait désespérer d'arriver à un accord, et je fis prier le sieur d'Haussonville de nous donner congé, puisque trois heures étaient sonnées et que le sieur de La Bastide n'avait pas encore paru. Je craignais d'ailleurs qu'on ne voulût nous amuser artificieusement pour avoir plus de loisir de surprendre les nôtres, dont quelques-uns n'étaient qu'à une demi-lieue de « Limminville » sur la même rivière en amont, car le sieur de Quitry nous plaçait toujours dans les campements du côté de l'ennemi. Le sieur d'Haussonville nous pria encore très fort de prendre patience, nous faisant remarquer qu'en tout cas nous serions prêts en notre quartier demain matin, aussi tôt que si nous y avions couché. Nous vîmes alors quelques uns de nos arquebusiers français qu'on avait fait prisonniers. On les avait surpris mettant le feu aux villages, et comme ils soutenaient qu'ils avaient agi par ordre, nos appréhensions ne firent que s'accroître.
Aussitôt après, nous allâmes souper avec le sieur d'Haussonville. Sur les entrefaites, arriva enfin le sieur de La Bastide. Après un court entretien seul à seul avec le sieur d'Haussonville, celui-ci nous appela et nous déclara que Monsieur de Lorraine était indigné des feux qui continuaient même après la reprise des négociations ; que toute sa bonne volonté était convertie en désespoir de traiter avec nous, puisque les. Français, malgré des engagements formels, ne cessaient d'avancer et de saccager : et puisqu'il avait déjà supporté la moitié d'un traitement si barbare, Dieu lui ferait la grâce de souffrir encore le reste ; avec ses amis il trouverait le moyen de se venger. Il nous répéta que Monsieur de Lorraine avait été forcé d'en venir à cette extrémité, car, par caractère, il était ferme partisan de la paix ; que les Français avaient obéi à de mauvais conseils et qu'ils auraient sujet de s'en repentir. Le sieur de La Bastide ajouta que ce qui l'avait affermi dans cette résolution, c'était l'extrême diligence des princes ses amis pour venir à son secours ; et il nous affirma que dans deux ou trois jours ils seraient tous arrivés. « Et bien, dit alors le sieur d'Aussonville, on verra si ces brusleurs auront tant de courage de combattre que de brusler et ruiner tant de pauvres gens, desquels les larmes montent au ciel et crient vengeance. »
Je répondis que nous étions très marris de tout cela, et que le moyen d'arrêter ces ruines, c'était de conclure l'affaire au plus vite, car alors il n'y aurait plus personne pour oser faire de telles entreprises aux dépens de sa vie et de celle de ses complices ; que si les Français de notre armée, après avoir ratifié l'accord, manquaient à leur parole, nous aurions une très juste occasion de nous comporter autrement envers eux. Au lieu de rompre, dis-je, Monsieur de Lorraine devrait condescendre à une entente, autrement il n'y aura plus moyen de contenir ces Français passionnément hostiles. On aura tout à redouter pour l'avenir : car si, jusqu'alors, il eût fallu attacher deux Allemands à chaque Français pour le retenir, que verrons-nous désormais ? D'ailleurs, ces Français ont été encouragés à rester en ce pays pour s'y acharner, et Son Altesse de Lorraine ne soupçonne guère d'où leur vient ce conseil. Je finis en protestant du bon vouloir de Jean-Casimir de Bavière et de notre empressement à le seconder pour l'avantage des Lorrains ; ce souverain serait bien marri en apprenant le pauvre résultat de tant de démarches et de tant d'instances de sa part. Il avait été convenu que notre armée ne franchirait pas cette rivière de « Muz » avant d'avoir appris aujourd'hui la fin de la négociation entamée ; si la réponse est négative, dis-je, ou si elle arrive après le délai fixé, c'est déjà fait, nos Français paraîtront avoir eu raison en nous pressant de croire que Son Altesse de Lorraine n'a aucune envie d'aboutir à un accord, qu'elle cherche seulement à gagner du temps en empêchant les hostilités avant l'arrivée des renforts attendus. Je le priai de ne pas trouver mauvais si je lui disais qu'à mon avis, « rompre en ceste occasion, estoit se courroucer contre son ventre », et que les Français feraient dans un jour des dégâts plus grands que ne vaudrait la somme suggérée par M. de Tantonville. M. d'Haussonville répondit qu'il regrettait, mais que c'était la dernière résolution de Son Altesse et qu'il n'avait pas qualité pour presser davantage ; qu'il reconnaissait la bonne volonté des Allemands, comme le témoignait une visite faite dans leurs quartiers ; que Son Altesse leur donnerait 300 000 écus pour qu'ils retournassent dans leur patrie, plutôt que d'en offrir 50 000 ou 100 000 qui profitassent à ces brûleurs. Et il nous promettait de nous faire délivrer cette somme-là, si nous voulions nous retirer. Je repris que nous étions des hommes d'honneur et que le mobile suggéré ne pourrait nous faire oublier notre devoir ; que je regrettais le résultat piteux de nos démarches ; que mon souverain aurait eu beaucoup de plaisir à réconcilier le roi de Navarre avec le duc de Lorraine, si proches alliés, et que, malgré tout, il s'emploierait à les rapprocher plutôt qu'à les aigrir l'un contre l'autre. M. d'Haussonville me remercia fort de notre affection et nous pria de la continuer à l'occasion. Plusieurs de sa compagnie nous recommandèrent encore d'épargner leurs maisons. Nous allions prendre congé d'eux, quand le sieur d'Haussonville insista pour que nous demeurerions encore ce soir-là et que nous déjeunions avec lui le lendemain, de bon matin, avant de partir. Alors nous nous retirâmes en notre logis ; il était dix heures du soir.

COMMENTAIRE
Le jeudi 3 septembre, pendant que La Huguerie était encore à Lunéville, son armée partit de Reclainville (Reclonville), Gerbéviller (Herbéviller) « pour venir loger à Froville et ès-en virons de la rivière de Muz ». Si l'on met en regard cette phrase et le texte des jours suivants, on est obligé de conclure qu'il ne peut pas s'agir du Froville que nous connaissons, près de Bayon, puisque celui-ci est assis sur le petit ruisseau de l'Euron et que le village que La Huguerie a en vue, est situé sur « la Muz», c'est-à-dire la Meurthe. Les altérations fréquentes des noms de lieux cités par cet auteur, nous semblent révéler sa méthode de composition. Il est étranger au pays ; il n'a pas toujours transcrit immédiatement les renseignements topographiques qu'on lui a donnés, ou bien ces renseignements lui ont été communiqués par des intermédiaires, qui estropiaient les mots. C'est ainsi qu'en un endroit, il dira que les reîtres sont allés fourrager dans cette petite ville qui est au-dessous de Vaudémont (134), parce que, évidemment, le nom de cette ville lui a échappé. Une autre fois, il dira qu'il lui semble que c'était le sieur de Montreuil qui était avec l'aîné des La Routte pour conférer près de Phalsbourg (135).
Nous croyons que, pendant que l'aile droite de l'armée protestante contourna la forêt de Mondon en suivant la vallée de la Vezouse jusqu'à Lunéville exclusivement, l'aile gauche, depuis Reclonville, contourna la même forêt dans l'autre sens, en passant par Hablainville, Azerailles et Glonville. Nous retrouvons, en effet, à Azerailles des traces du passage des reîtres. Jean-Claude, le fermier du moulin et du battant d'Azerailles, s'adresse au duc de Lorraine pour obtenir la remise du prix de son bail, parce qu'il a été « infiniment molesté par l'armée de S. A estante à Baccarat, et par celle du duc de Bouillon », qui l'emmena prisonnier jusqu'à Pont-Saint- Vincent, et ne le relâcha que moyennant une rançon de 20 écus sols, payée par des amis complaisants. Ce « Froville », que quelques pages plus loin La Huguerie appelle Fronville., nous paraît être Glonville, presque à cheval sur la Meurthe, et qu'on appelait au XVIe siècle « Glonville-lès-Aizerailles » (136). Quoique ces consonances soient assez différentes, cette identification est d'autant plus probable que La Huguerie nous dit que, ce jour-là, à son départ pour Lunéville, l'armée protestante n'avait pas encore franchi la vallée de la Meurthe (137) et que même, le lendemain, elle séjourna encore à « Fronville » sur la rivière de la Meurthe (138).
Les habitants d'Azerailles ne furent pas seulement foulés par les étrangers, mais aussi par les troupes venues au secours du duc de Lorraine. Ils demandèrent une réduction de leur dette, parce qu'ils avaient eu pendant plus de cinq semaines « trois compagnies de M. le marquis de Baden, oultre leurs femmes et leurs valets en bien grand nombre ».(139) Ce fut ce jour-là, 3 septembre, ou le lendemain, que les villages de Flin, Vathiménil, Saint-Clément, Hériménil. Moyen et l'abbaye de Beaupré furent bien malmenés. A Vathiménil, les habitants avaient été journellement « picorés » en leurs biens et en leur bétail, tantôt par le régiment de Bourbonne, qui avait logé à Moyen pendant trois semaines, tantôt par deux compagnies, l'une à pied et l'autre à cheval, qui avaient stationné à Flin sous le commandement du sieur du Châtelet ; on leur avait pris 50 bêtes rouges, sans compter les chevaux qu'il avait fallu racheter. Survint ensuite l'armée huguenote, qui marcha en gros à travers les champs chargés de grains et brûla une grande quantité de leurs avoines, lis demandèrent réduction du droit de sauvegarde qu'ils payaient à Son Altesse (140). A Saint-Clément, même cri de misère. Les troupes de Son Altesse et celles du duc de Bouillon ont épuisé le pays. L'église et six des plus belles maisons du village ont été brûlées par les hérétiques. Simon de Vaucourt, fermier d'un gagnage de Son Altesse à Saint-Clément, a eu sa maison brûlée par les reîtres ; deux chevaux lui ont été enlevés ; sa femme est morte sur les entrefaites ; il est réduit à la dernière extrémité et demande qu'on le prenne en pitié (141). A Moyen, le territoire a beaucoup souffert du long séjour des soldats amis et ennemis, et de la grêle. Les habitants avaient porté leurs meubles au château, croyant les mettre en sûreté ; la garnison s'en est emparée et les a mis hors d'usage ; « finallement, les gens de guerre de l'ennemy passant, auroient bruslé une grande partie de leur dit bourg ». Ils sont réduits à une telle pauvreté qu'ils ne peuvent plus, sans secours, entretenir leurs femmes et leurs enfants ; ils s'adressent à l'évêque de Metz, leur souverain temporel, et au duc de Lorraine, à qui ils paient un droit de sauvegarde, pour obtenir décharge de ce qu'ils doivent; ils demandent, en particulier, qu'on leur quitte la redevance en poules, car il n'y en a plus une seule au village (142). A Beaupré, les bâtiments claustraux furent incendiés, dit Alexandre Joly (143), sans nous donner aucun détail.
Pour essayer de négocier le passage de la puissante armée des reîtres aux conditions les moins onéreuses, nous voyons apparaître très souvent, dans le récit de La Huguerie, deux plénipotentiaires lorrains : « Monsieur de Tantonville » et « Monsieur de la Bastide », qu'il nous faut identifier. Il est souvent difficile de reconnaître et d'identifier les personnages du XVIe siècle. Un usage regrettable s'était introduit dans le langage : c'était de désigner souvent les nobles par les noms de leurs seigneuries ou de leurs fiefs, plutôt que par leurs noms patronymiques. Cette habitude a été une source perpétuelle de confusions et de méprises pour les historiens et les généalogistes. Elle a été sans doute une importation de France, car nous la trouvons très répandue dans ce pays à la même époque. Ainsi, Brantôme était Pierre Bourdeilles, abbé et seigneur de Brantôme en Périgord ; Montluc était Biaise de Lasseran-Massencome, seigneur de Montluc.
En M. de Tantonville, nous devons reconnaître, d'après cet usage, Charles de Ligniville, qui était seigneur de Tantonville et avait été nommé bailli du comté de Vaudémont par lettres patentes du 3 juillet 1576 (144). Nous savons, en effet, par le livre de dépenses de l'année 1587, que celui qui était alors bailli de Vaudémont reçut de son souverain plusieurs missions diplomatiques. Citons seulement celle-ci :
Au sieur de Tantonville, chambellan de Son Altesse et ballly du comté de Vaudémont, la somme de 60 escus sols vallans 285 fr., pour fournir à la despense d'ung voyage que Son Altesse luy a ordonné faire pour son service vers monsieur le duc Casimir à Heidelberg. Appert par mandement donné à Nancy le 4 juillet 1587 (145).
On trouve mention d'un autre sieur de Tantonville au service de Charles III. C'était « Monsieur de Tantonville le jeune, gentilhomme ». (146) Celui-ci était peut-être le neveu du précédent, Jean de Ligniville, qui devint grand veneur de Lorraine.
M. de La Bastide ne peut être que Jean -Biaise de Mauléon, sieur de La Bastide, chambellan de Charles lll, bailli de l'évêché de Toul, plus tard maréchal de Barrois, mort vers 1613. Sa pierre tombale qui était dans l'église de Saint-Élophe (Vosges), est au Musée lorrain depuis 1859 (147). Jean-Biaise de Mauléon, originaire du Poitou, avait épousé Antoinette du Châtelet, et résidait habituellement au château de Maizières-lès-Toul, près de Pont-Saint-Vincent (148) ; mais son manoir ayant été brûlé par les hérétiques en 1587, Charles III, pour récompenser ses services pendant cette campagne, lui permit d'aller occuper le château de l'Avant-Garde et de jouir des terres qui en dépendaient. Il était aussi seigneur d'Autigny-la-Tour. L'image qui le représente sur sa pierre tombale, nous le montre trapu, avec une tête forte, des membres énormes et une vigoureuse constitution physique (149). On conçoit qu'il devait être dangereux d'être touché par cet homme, quand il bondissait d'impatience. Le 14 août 1576, étant dans son jardin d'Autigny ou « Aultigny-la-Tour » (150), avec quelques soldats qu'il avait réunis à cause de l'armée protestante qui passait déjà dans notre pays sous la conduite du duc Jean-Casimir de Bavière, il observait dans quelle direction marchaient les troupes ennemies, quand il s'aperçut que deux soldats de son entourage se querellaient et se menaçaient. Pris d'indignation, il frappa de son épée l'un d'eux, qui était de Rosières-aux-Salines, et l'étendit mort. Il en témoigna du regret à son souverain ; et celui-ci, plus enclin à la miséricorde qu'à la rigueur, lui accorda son pardon à cause des circonstances (151).
La Bastide s'était fait remarquer par ses talents pour la diplomatie aussi bien que par sa valeur militaire ; c'est pourquoi il fut choisi dans la difficile négociation de Lunéville, dont La Huguerie nous a raconté les péripéties, et où il s'agit d'un ultimatum. Charles III l'avait déjà envoyé à Paris, le 20 janvier de la même année, pour obtenir du roi de France Henri III une pension de 36 000 livres, promise par ses prédécesseurs dès 1559, et dont le paiement avait été interrompu depuis plusieurs années (152).
Parmi les capitaines lorrains qu'il met au second plan, La Huguerie cite encore « Routtigoutti » ou « Roustigoutti » (153), Belleguise, Page et « de Monstruel ». On trouve en effet ces noms dans la liste des officiers qui défendaient Lunéville. Routtigoutti est le nom défiguré de Chrétien d'Artigotty, premier gentilhomme de la chambre de l'évêque de Metz, mestre de camp d'un régiment de gens de pied au service de Charles III. Ce devait être aussi un homme robuste, car sa longue épitaphe, qu'on lisait autrefois aux Cordeliers de Nancy, commençait par ces mots emphatiques :
Hercule encore sanglant des victoires gaignées
Pour soutenir le ciel vient aux Monts Pyrénées. (154)
Il était originaire de Biscaye et vint s'établir en Lorraine vers 1570 (155).
Le sieur de « Montruel », que La Huguerie appelle ailleurs « Montueul », « Montreuil », était Jean-Philippe de Savigny, sieur de Montreuil, c'est-à-dire Monthureux-sur-Saône, lequel était gentilhomme du marquis du Pont.
Il devint grand gruyer de Lorraine le 25 avril 1588, bailli de Vôge le 13 janvier 1589, conseiller d'État et maréchal de camp en 1591 (156).
Les annotateurs de L'Éphéméride nous présentent encore le baron de Podlitz comme un gentilhomme lorrain, plénipotentiaire de Charles III (157). Après avoir passé en revue les différents textes de l'Éphéméride où son nom paraît, nous sommes porté à croire qu'il était plutôt un des familiers de la cour de Heidelberg, mais favorable au duc de Lorraine, et choisi par Jean-Casimir pour obtenir le passage de l'armée protestante à travers le duché, dans les conditions les plus douces pour les sujets de Charles IIL Une lettre du sieur de Ségur à La Noue, datée du 23 juin 1588, nous confirme dans cette opinion : « Le duc Casimir envoyé le baron de Podlitz vers les électeurs et princes pour leur montrer la lettre de Monsieur de Châtillon... Ledit sieur de Podlitz a eu charge de dire beaucoup de choses contre moy.... (158) » Ainsi Podlitz est plus probablement un négociateur de la cour d'Heidelberg ; s'il écrit au duc de Lorraine, c'est pour lui exprimer ses regrets de n'avoir pu décider les capitaines français à souscrire à la négociation en cours. En tout cas, s'il est lorrain, nous, n'avons pu le découvrir dans les volumineux registres de comptes de l'an 1587, où l'on trouve d'ordinaire mention de ceux qui émargent au budget de Charles III (159). II pourrait cependant y figurer sous une autre appellation. Ainsi Renault de Gournay y est mentionné tantôt comme M. de Villers, tantôt comme M. de Génicourt, tantôt avec la qualification de bailli de Nancy.

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(1) Les colonnes 1393 à 1436. Cf. A. Digot, Notice sur dom Augustin Calmet, dans M. S.A. L., 1860, p. 57-58.
(2) Les Mémoires ont été publiés par le baron A. de Ruble pour la Société de l'Histoire de France (Paris, Renouard, 1880, 3 vol. in-8) ; l'Éphéméride a été publiée par le comte de Laubespin, avec la collaboration de Léon Marlet (Paris, Renouard, 1892, 1 vol. in-8+).
Jean-Casimir de Bavière était régent de l'Electorat palatin pour son neveu Frédéric IV; Heidelberg était la résidence des souverains du Palatinat.
(3) Henri Longnon, Un agent politique au XVIe siècle, Michel de La Huguerie, dans la Revue des questions historiques, année 1903, p. 233 et suiv.
(4) J. S. A. L., 1882, p. 43-58. B. S. A. L., 1901, p. 171, et 1903, p. 68.
(5) Notamment MM. Paul Fournier, dans M. S. A. L., 1903, p. 171 et suiv. ; Pfister, dans M. S. A. L., 1905, p. 8 et suiv., Hist. de Nancy, t. II, p. 294 et suiv. ; L. Davillé : Les prétentions de Charles IIl à la couronne de France, Paris, 1909, in-8.
(6) Cf. l'Introduction à l'Éphéméride.
(7) La Huguerie dit expressément que le duc de Lorraine était parent, voisin et ami de Jean Casimir (Éphéméride, p. 104). Cette parenté n'apparaît pas au premier abord, à moins de remonter à Marguerite de Bavière, qui épousa, au XVe siècle, le duc Charles II de Lorraine, ce qui est bien lointain. Renée de Lorraine, soeur de Charles III, épousa, en 1568, Guillaume V, duc de Bavière; mais il ne faut pas oublier que la maison de Bavière se composait de deux branches principales, dont l'une était souveraine du Palatinat du Rhin, avec Heidelberg pour capitale, et l'autre était souveraine de Bavière, avec Munich pour capitale. Jean-Casimir appartenait à la première branche et Guillaume V à la seconde ; or, au XVIe siècle, les représentants de ces deux branches étaient des consanguins à un degré déjà si éloigné que leur parenté devenait presque nulle. Cependant, si l'on y regarde de plus près, on constate que Jean-Casimir était par sa mère le cousin du père de Guillaume V, qui épousa Renée de Lorraine. Il était donc parent de Charles III par alliance : un tableau généalogique le montrera plus clairement. Signalons encore un autre trait d'union entre le duc de Lorraine et Jean-Casimir de Bavière. Dans une lettre patente de 1546 (Archiv. de M.-et-M., B. 23, f° 28 v°), Christine de Danemark, mère de Charles III, donne la qualification Me soeur à « Madame la duchesse de Bavière, comtesse palatine ». Christine, fille de Christiern II et d'Elisabeth d'Autriche, avait en effet une soeur nommée Dorothée, née en 1515, qui épousa en 1532 Frédéric II de Bavière, dit le Sage, électeur, comte palatin, lequel mourut en 1556. Or, Frédéric III, père de Jean-Casimir de Bavière, dont nous nous occupons, succéda à trois ans d'intervalle à Frédéric II, mort sans postérité, comme plus proche parent paternel de son neveu, Otton-Henri, mort aussi sans postérité. Toutefois, en établissant méthodiquement les filiations, on constate que Frédéric II et le père de Frédéric III étaient séparés de leur ancêtre commun par quatre générations. Nous ne serions pas surpris qu'on pût trouver d'autres points de contact entre ces rameaux touffus, sortis des arbres généalogiques de Lorraine et de Bavière.
Albert IV. duc de Bavière (1447-1508), ép. Cunégonde d'Autriche.
- I. Guillaume IV, duc de Bavière 1493-1550, ép. Jacqueline de Bade, +1580.
-- Albert V, duc de Bavière, + 1579, ép. Anne d'Autriche, + 1580.
--- Guillaume V, duc de Bavière, + 1626, ép. Renée de Lorraine, soeur de Charles III.
- II. Suzanne de Bavière, qui épousa Casimir, marquis de Brandebourg,
-- Louis V, duc de Bavière, comte palatin du Rhin, + 1583, ép. Elisabeth de Hesse.
--- Frédéric IV, f 1610, comte palatin du Rhin, ép. Louise-Julienne de Nassau.
-- Jean-Casimir, +1592, comte palatin, régent de l'Electorat pendant la minorité de Frédéric IV son neveu, ép. Elisabeth de Saxe.
(D'après le Dictionnaire historique de Moréri.).
(8) G. HÉRELLE, La Réforme et la Ligue. Paris, 1888 et 1892, 2 vol in-8. Cf. t. Il, p. 184 et suiv.
(9) La paye devait se faire mensuellement. Cf. Éphéméride p. 26, 151.
(10) Cf. Giry, Manuel de diplomatique, p. 161. - P. Marchal, Calendrier solaire julien et grégorien. - Journal de Jean de Coullon (1537-1587), édité par E. de Bouteiller, Paris, 1881, in-8°, p. 59. - Dans la seigneurie de Fénétrange, le nouveau calendrier ne fut introduit qu'en 1602, et son usage n'y devint général que vers 1682. (M. S. A. L., 1861, p. 122-125.) D'après une série de dates fournies par un registre des causes pendantes devant le lieutenant du bailli de Nancy à Lunéville (Arch. M.-et-M., E. 242), il se trouve que la réforme grégorienne fut appliquée par les officiers de justice, au moins dès le mois de mai 1583.
(11) Dans les Lettres et instructions de Charles III relatives aux affaires de la Ligue [Recueil de documents sur l'hist. de Lorraine, t. IX, 1864, p. 3), Lepage indique, en note, l'existence de cette pièce, mais n'en donne pas le texte, qui est aux Arch. de M.-et-M., B. 56, f° 243.
(12) Les gués.
(13) Arch. M.-et-M., B. 10 383, fos 70 et suiv.
(14) Ibid., B. 10 386, f° 151 et suiv.
(15) Ibid., B. 10 383, f° 75.
(16) Ibtd., B. 5313.
(17) Ibid., B. 1 210, f° 224.
(18) Cf. dom Calmet, Hist. de Lorraine, 2e édition, t. V, col. 798 et suiv. Digot, Hist. de Lorraine, t. IV, p. 240. Pfister, Hist. de Nancy, t. II p. 294, note 4. La Huguerie, Éphéméride, p. 25. D'Haussonville, Hist de la réunion de la Lorraine à la France, 1860, in-12, t. I, p. 51.
(19) M. S. A. L., 1869, p. 76.
(20) La postérité masculine des d'Haussonville s'éteignit en 1607 en la personne de Jean, fils d'African. Ceux qui dans la suite ont porté le nom et les armes d'Haussonville, y ont été admis à titre d'adoption, comme descendants par les femmes.
(21) M. S. A. L., 1895, p. 228.
(22) Ibid., 1886, p. 145.
(23) Ibid., p. 147, 151.
(24) Digot, Hist. de Lorraine, t. IV, p. 244, note 1. On lit dans les comptes de 1587 : « A Monsieur le baron d'Haussonville 930 fr. pour voyage vers la reine mère à La Fère. Mandement du 25 mai 1587. » (Arch. M.-et-M., B. 1210, f° 544.).
(25) Recueil de docum. sur l'hist. de Lorr., t. IX, p. 49.
(26) Arch. M.-et-M., B. 57, f° 238.
(27) Ibid, B. 10 383, fos 4 et 14. Recueil de docum. sur l'hist. de Lorr., t. IX, p. 58. Le duc de Bouillon avant de mourir avait institué sa soeur Charlotte, âgée seulement de 13 ans, son héritière universelle, mais à condition qu'elle maintiendrait le culte réformé dans ses États et qu'elle ne se marierait pas sans le consentement du roi de Navarre, du prince de Condé et du duc de Montpensier. La Noue avait été désigné comme exécuteur testamentaire et tuteur de Charlotte. Elle épousa le vicomte de Turenne, qui était capable de tenir en respect le duc de Lorraine et qui reprit Stenay aux ligueurs le jour même de ses noces.
(28) Arch. M.-et-M.,B.60, fos 234. Cet auxiliaire fut le sieur d'Artigotti, premier gentilhomme de la chambre du cardinal évêque de Metz.
(29) Arch. M.-et-M., B. 68, fos 20. B. 63, fos 5 et 30. Il avait été nommé bailli de Vôge le 4 janvier 1592, pour remplacer le sieur de Montreuil, décédé. Ibid., B. 60, fos 306.
(30) Ibid., B. 71, fo 33. Il avait donné sa démission de maréchal de Barrois à cause de son grand âge et de ses fatigues, et il avait été remplacé par African d'Anglure, sieur d'Amblise, le 21 février 1592.
(31) Ibid., B. 74, f° 12.
(32) Cf. le tableau généalogique de la maison d'Haussonville. (Pfister, Hist. de Nancy, t. II, p. 633.) D'après ce tableau, African aurait encore eu trois autres fils : African II et Jacob, morts célibataires ; Paul, chevalier de Malte ; African et Paul auraient fréquenté l'université de Heidelberg dès 1569. (Ibid. p. 170). African, le maréchal de Barrois, aurait épousé en secondes noces Bonne de Gourbon.
(33) Ibid., t. II, p. 111, fin de la note 5.
(34) Ibid., p. 170.
(35) Éphéméride, p. 147.
(36) Le comte Joseph de Tornielle avait épousé en 1565 Philiberte de Bauffremont, et il était le père de Joachim-Charles-Emmanuel de Tornielle-Chalant, qui avait épousé, en 1590, Anne du Châtelet, soeur de Christine. Si Christine mourait sans enfant, son riche héritage passait à Joachim-Gharles-Emmanuel de Tornielle et à sa femme, puisque Claude du Châtelet, frère de Christine, était mort au siège de Dieppe en 1589. C'est sans doute ce point de vue intéressé qui fortifia les soupçons. - Plusieurs lettres patentes fournissent des renseignements généalogiques sur la famille de Tornielle, notamment celles qu'on trouve aux Arch. de M.-et-M., B. 55, f° 204 ; B. 77, f° 36.
(37) Ibid., B. 64, f° 1.
(38) Arch. M.-et-M., B. 75, f° 131.
(2) On lit dans un livre de comptes à la date du 5 août : « A Didier Harnier, courrier, la somme de 12 écus sols pour voyage en diligence de poste de Nancy à Strasbourg vers Monsieur le baron d'Haussonville » Ibid. B. 1210, f° 456.
(39) Cette inscription a été publiée par Lepage, Communes de la Meurthe, t. II, p. 21, et par Digot, J.S.A.L., 1852, p. 117.
(40) Arch. M.-et-M., B. 1210, f° 608.
(41) Arch. M.-et-M., B. 331, fos 42, 43, 44.
(42) Ibid., B. 60, f° 338. - B. 72, fos 72, 73.
(43) Note de l'éditeur de la Chronique d'André Buffet (publiée en 1884), p. 85. - Leur fille, Henriette du Hautoy, épousa Théodore du Hautoy, seigneur de Luzy.
(44) Arch. M.-et-M., B. 806, layette Marsal, III, n° 220.
(45) Lepage, Communes de la Meurthe, t. II, p. 9.
(46) Ibid., Il, p. 509. - En 1592, Jacques et Madeleine de La Routte, sont encore mentionnés comme enfants mineurs de feu Fouquet de La Routte, gouverneur de Marsal et d'Aurienne de Clémery. François du Hautoy, chevalier, seigneur de Nubécourt, est alors leur tuteur (Arch. M.-et-M., B. 60, f° 338.).
(47) Arch. M.-et-M., B. 72, fos 72 et 73.
(48) J..S.A.L., 1886, p. 109 à 121. - Arch. M.-et-M., B. 74, f° 97.
(49) Éphéméride, p. 113 et 116.
(50) Discours très ample et très véritable contenant les plus mémorables faits advenus en l'année 1587, tant en l'armée commandée par M. le duc de Guyse, que celle des huguenots, conduite par le duc de Bouillon. A Paris, chez Didier Millot, 1588. Cf. ms. n° 559 de la Bibl. publ. de Nancy, t. 1, f° 131.
(51) Ms. n° 795 de la Bibl. publ. de Nancy, fos 390 et suiv.
(52) Discours très ample et très véritable contenant les plus mémorables faits... etc. ; J. cit.
(53) « Blanmont au pays de Vauge en Loreijne: Blanmont oppidum..
Lolharingiae ducis matrem hoc tempore agnoscit dominam, ad quam viduitatis jure, mortuo marito Lotharinglae duce, pervenit : non magnum quidem, sed pulchrum est et amoenum... ».
(54) Georges Hoefnagle ou Zooris Haefnaeghel, peintre miniaturiste flamand, né à Anvers vers 1545, exécuta pour Rodolphe II un ouvrage comprenant plus de 1300 dessins en miniature. Son chef-d'oeuvre est le Missale romanum orné de lettres et de vignettes admirables qu'il mit huit ans à exécuter. Ce missel se trouve au Musée de Vienne.
(55) Lepage, Communes de la Meurthe, t. I, p. 155.
(56) Il y avait une ban-cloche qu'on mettait en branle pour annoncer aux habitants des environs que l'ennemi approchait.
(57) Lepage, Communes de la Meurthe, t. 1, p. 157.
(58) Arch.M.-et-M.,B. 3297 et 3298. Les nobles et les personnes franches étaient au nombre de 13.
(59) Il faut lire Kieder. Cf. Pays Lorrain et pays Messin, année 1911, p. 186-187 (note de M. Germain de Maidy). - Cependant on rencontre des Kiecler en Lorraine. En 1701, on trouve les reversales de Joseph Kiecler écuyer, seigneur de Gueblange, auditeur de la Chambre des comptes de Lorraine. (Arch. M.-et-M., B. 10 998.).
(60) D. CALMET, Hist. de Lorraine, 2e édition, t. V, col. 798 et suiv. Comme le dit M. Germain (loc. cit., p. 187-188), on écrit aussi Poignant, Le Poignant, Le Pougnant, des Pougnants. L'auteur de cette note suppose qu'il s'agit de Philippe Le Poignant, capitaine à cette époque. - Il y a encore une autre hypothèse plausible : le héros de Blâmont pourrait être Octavien l'Empougnant, qui fit ses reprises en 1601 pour la seigneurie de La Tour, située à Frémonville (comté de Blâmont), dont il venait de faire l'acquisition. (Arch. M.-et-M., B. 72, p. 89.).
(61) Toutefois, dans la relation du 10 septembre, La Huguerie rappelle que le feu a été mis à l'abbaye de Domèvre par ordre de Quitry.
(62) M. S. A. L., 1898, p. 139 et sulv.
(63) Arch. M.-et-M., H. 1404.
(64) Arch. M.-et-M., H. 569.
(65) Ibld., B. 3 466.
(66) Le 23 avril ; les armes adoptées furent : D'azur bordé et dentelé d'argent à un chevron d'or, accompagné en chef de deux molettes de même, et en pointe, d'une aigrette d'argent. (Cf. Arch. M.-et-M., B. 58, f° 79.).
(67) Cette dénomination paraît être une altération de Sablière; elle aurait été donnée à ce coin de terre à cause de l'abondance du sable qu'on y remarque.
(68) Arch. M.-et-M., H. 1404.
(69) Bibl. nat., Fonds fr., 4 1423.
(70) De fait, le Dictionn. topogr. de Lepage mentionne Herteville comme écart de la commune de Nonhigny.
(71) Plus, tard, eu 1686, nous verrons un membre de cette famille, Maurice Duplessis-Mornay, gouverneur de Fénétrange. (M.S.A.L., 1859, p. 97.).
(72) Éphérnéride, p. 104.
(73) Lettres missives d'Henri IV, t. II, 1er septembre 1587.
(74) Cf. La Chesnaye-Desbois, Dictionn. de la noblesse, édition de 1772, t. IV, p. 334-335, art. Châtelet.
(75) J.S.A.L., 1886, p. 135-141. Pfister, Hist. de Nancy, t. II, p. 97-98. Arch. M.-et-M., B. 71, f° 7.
(76) Ibid., E. 245.
(77) Neuville-sur-Orne.
(78) Le Mercier de Morière a publié des recherches sur les filiations de cette branche. Cf. M.S.A.L., 1881, p. 306-322.
(79) La Chenaye-Desbois cite notamment François, petit-flls de Jean de Nettancourt et d'Ursule d'Haussonville.
(80) L'acte de donation, indiqué dans l'inventaire de la layette Salm I, n° 30, est en déficit. Cf. Arch. M.-et-M., B. 55, f° 82. Aspach est à environ 3 kilom. à l'est de Saint-Georges. Nous remarquons sur les cartes modernes, à l'ouest de Saint-Georges, une ferme appelée Haussonville; elle a dû recevoir ce vocable en souvenir des anciens barons du lieu.
Ce Claude de Neuville est, plus vraisemblablement, le capitaine dont fait mention l'Éphéméride ; mais nous ne savons comment il était apparenté à Nicolas de Nettancourt, dit d'Haussonville depuis son adoption par Jean d'Haussonville.
(81) Éphéméride, p. 58.
(82) Arch. M.-et-M., B. 3 207, 3 2Î18.
(83) En 1646, le comptable de la seignerie remontre que le château d'Herbéviller-Launoy avait été ruiné par une compagnie de Croates, qui y avait logé près de dix-huit mois. (Ibid., B. 4151.
(84) B. S. A. L., 1910, p. 176.
(85) Cf. E. Ambroise, Le château de Lannoy à Herbéviller, dans la lorraine illustrée, année 1909, p. 00-64.
(86) Diane de Dommartin n'avait que 13 ans quand elle épousa le rhingrave Jean-Philippe.
(87) Ms. 795 de la Bibl. publ. de Nancy, f° 390 et suiv. Voir aussi ms. 559, f° 125.
(88) J. S. A. L., 1867, p. 6, 15 ; 1860, p. 75, 91, Mi, 227, passim. M. S. A. L., 1861, p. 106, 162.
(89) Le premier, blessé à la bataille de Moncontour, en 1569, fut soigné par le célèbre Ambroise Paré ; le second fut tué dans le même combat. J. S. A. L., 1860, p. 236.
(90) Pfister, Hist. de Nancy, t. II, p. 117.
(91) Calmet, Hist. de l'abbaye de Senones, dans Doc. Vosg., t. V, p. 270 et suiv.
(92) L'ordonnance finit par ces mots : « Donné en nostre gouvernement de Nancy le 4 septembre 1589. Salm. Rhingraff. » (Arch. M.-et-M., B. 9033.).
(93) J. s. A. L., 1867, p. 8-16.
(94) Cf. Ordonnances contre les hérétiques (22 mars 1587), confirmant celle du 24 sept. 1545. Thibault, Hisf. des loix et usages de la Lorraine et du Bar rois dans les matières bénéflciales, Nancy, 1763, In-fol., p. XLIII et XLIII.
(95) Arch. M.-et-M., B. 9027, 9034, 9035.
(96) Il était maréchal de Lorraine, gouverneur de Nancy, grand-maître de l'hôtel de Charles III, baron de Viviers, Fénétrange et Brandebourg ; seigneur de Huppes, Domremy, Ogéviller, etc. Il habitait ordinairement Nancy, dans son hôtel de la place de la Carrière.
(97) Pfister, Hist. de Nancy, t. II, p. 634.
(98) Voir son portrait par Pierre Woeiriot, dans Pfister, ibid., p. 629, - Jean de Salm aurait aimé Louise de Lorraine-Vaudémont ; mais celle-ci se laissa gagner par le prestige de la couronne de France, et épousa Henri III en 1575. (Ibid., p. 634.).
(99) L. Davillé, op. cit., p. 120.
(100) Éphérnéride, p. 159.
(101) Arch. M.-et-M., B. 10 383, f° 32, et 10 063.
(102) Ibid., B. 10 383, f° 91.
(103) Ibid., f° 56.
(104) Arch, M.-et-M., B. 10 383, f° 36, 56, 63. - B. 10 384, f° 142.
(105) Ibid., B, 9842 et 9844.
(106) Ibid., B. 2008, f° 96.
(107) Appendice à L'Éphéméride, p. 468. - On lit dans le Journal des Débats (4 février 1911), au sujet de certains faits dans lesquels le peuple superstitieux croit voir des pronostics de peste : « Le XVIe siècle connaissait une autre prophétie que la Lorraine n'a pas complètement oubliée. On ouvrait une noix de galles: une araignée minuscule s'en échappait-elle, trottinant d'ici de là sur ses pattes flexibles, chacun se signait criant miséricorde, car la peste était proche. »
(108) Lire : Herbéviller.
(109) Éphéméride, p. 46 et suiv.
(110) « A la haye », c'est-à-dire à la belle étoile, « pour éviter les dégâts et le feu aux logis ». Éphéméride, p. 80.
(111) Pour mieux comprendre le langage de La Huguerie à Lunéville, il faut le comparer à celui qu'il tint près de Saverne. Cf. Éphéméride, p. 76 à 82.
(112) Arch. M.-et-M., B. 10 382, f° 127 ; 10 383, f° 181 ; 10 386, f° 150.
(113) Ibid., B. 6774.
(114) Le permis d'imprimé est daté du 4 septembre et le récit commence par ces mots : « Ces jours passéz... », Ms. n° 539 de la Bibl. publ. de Nancy, p. 121 et suiv.
(115) Éphéméride, p. 139, note 2.
(116) Cf. lettres patentes de 1576. Arch. M.-et-M., B. 46, f° 100. La Châtre dit encore Leninville.
(117) Cf. Éphéméride, p. 132, 139, 164.
(118) Ibid., p. 130,116, etc.
(119) Appendice à L'Éphéméride, p. 484.
(120) Éphéméride, p. 132, note 1.
(121) Ibid., p. 166, 168.
(122) T. III, p. 126. Éphéméride, p. 167.
(123) Éphéméride, p. 196.
(124) Éphéméride, p. 170-174; 533, 534.
(125) Ibid., 132.
(126) Ibid., p. 132, 135.
(127) Cf. Lepage, Dictionn. topog. de la Meurthe.
(128) Éphéméride, p. 165.
(129) Il s'agit sans doute de l'agression de Thiébauménil ; c'était le 2 septembre, d'après L'Éphéméride, p. 138.
(130) Ms. n° 559 de la Blbl. publ. de Nancy, t. I, f° 136.
(131) Arch. M.-et-M., B. 1 212.
(132) Arch. M.-et-M., B. 1212.
(133) Arch. M.-et-M., B. 6 689.
(134) Éphéméride, p. 183.
(135) Ibid., p. 43.
(136) Arch. M.-et-M,, B, 10 354, f° 7.
(137) Éphéméride, p. 158.
(138) Ibid., p. 160.
(139) Arch. M.-et-M., B. 10 384, f° 34. - Jacques de Bade, fils de Charles, marquis de Bade, et d'Anne (fille de Robert comte palatin de Veldentz), se fit catholique et mourut le 7 août 1590. - Son frère, Ernest-Frédéric de Bade, embrassa le calvinisme et mourut le 14 avril 1604. (Moréri, Dict. hist., art. Bade.)
(140) Arch. M.-et-M., B. 10 383, f° 71.
(141) Ibid., B. 10 383, f° 62 et 75.
(142) Arch. M.et-M., B. 6 689 ; 10 383, f° 26, 62, 75.
(143) Répertoire archéologique des cantons nord et sud de Lunéville, dans M. S. A. L., année 1870, p. 98.
(144) Arch. M.-et-M., B. 46, f° 47 et 48.
(145) Ibid., B. 1 210, f °450.
(146) Ibid., B, 1 210, f° 278. - Il y avait aussi deux sieurs de Lutzelbourtf : l'un, le colonel Antoine de Lutzelbourg, qui était en Saxe en juillet 1587, et M. de Lutzelbourg le jeune. Ibid., B. 1 210, fos 448 et 383.
(147) J. S. A. L., 1859, p. 58 et suiv.
(148) Arch. M.-et-M., B. 56, f° 287. - En 1591, il épousa en secondes noces Madeleine de Tassigny, Le 23 avril de cette année-là, Charles III assura un douaire de 1 000 fr. par an à la future épouse, en considération des importants services que Jean de La Bastide avait rendus à son souverain. Dans la lettre de concession, il lui donne la qualification de chambellan et bailli de l'évêché de Toul. (Arch. M.-et-M., B. 60, f ° 126.).
(149) J. S. A. L., février 1859.
(150) Auttigny-la-Tour, Vosges, cant. de Coussey.
(151) Arch. M.-et-M., B. 46, f° 111.
(152) Arch. M.-et-M., B. 6, f° 5.
(153) Éphéméride, p. 139.
(154) Lionnois, Hlst. de Nancy, t. I, p. 135.
(155) Docum. sur l'hist. de Lorr., t IX, 1864, p. 24, 125. En 1588, Artigotti fait ses reprises pour la terre de Vrécourt (chàtellenie de Lamarche et duché de Bar), à cause de demoiselle de Nissey, sa femme. Il devint gouverneur de Marsal. Arch. M.-et-M., B. 53, f° 3; B. 58, f° 72; B. 72, f° 73; B. 08, f° 155.
(156) Docum. sur l'hist. de Lorr., t. IX, 1864, p. 208. M. S. A. L., 1869 p. 250 et 106.
(157) Éphéméride, p. 4, 548, etc.
(158) Appendice à L'Éphéméride, p. 480.
(159) Cf. Arch, M.-et-M., B. 1210 et 1212.

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