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Les comtes de Salm et l'abbaye de Senones aux XIIe et XIIIe siècles - Louis Schaudel (3/3)
(notes renumérotées)

 

CHAPITRE III
Henri II. - Henri III. - Ferry, sire de Blâmont.
Henri IV.

HENRI II. - La mort du comte Henri Ier marque le point de séparation des possessions de la maison de Salm en deux comtés, dont l'un prit le nom de comté de Salm-en-Ardenne et l'autre celui de comté de Salm-en-Vosge. Sous la domination de dynasties de même nom et d'armes ne différant que par les couleurs, ces deux comtés suivirent alors des destinées différentes et ne tardèrent pas à être complètement étrangers l'un à l'autre.
Dès cette époque, les seigneuries de Blâmont et de Pierre-Percée, ajoutées au fief d'avouerie de l'abbaye de Senones, formaient, avec les domaines du Saulnois, un territoire d'une imposante étendue. Pour justifier le titre de comté de Salm, Henri II fit bâtir dans les Vosges, aux confins de l'Alsace, le château de Salm, dont il fit sa résidence.
L'emplacement choisi pour la construction de ce château indique clairement les visées politiques poursuivies, dès cette époque, par la maison de Salm de la première dynastie en vue de la création d'un Etat indépendant dans la partie moyenne de la chaîne des Vosges, entre la Lorraine à l'ouest et l'Alsace à l'est. Le mariage du comte Henri II avec Joatte ou Judith de Lorraine, fille de Ferry de Bitche et sœur de Ferry II, duc de Lorraine (1), ne pouvait que fortifier ces aspirations déjà en bonne voie de réalisation.
Le nouveau château fut bâti au milieu des grandes forêts du bassin supérieur de la Bruche, au sommet d'un plateau à l'altitude de 809 mètres, se rattachant à un groupe de montagnes qui sépare les eaux des deux vallées forestières de Framont et d'Albey. Construit sur des rochers d'un accès assez difficile, il constitue un excellent observatoire, d'où la vue peut planer au loin et plonger dans les vallées profondes avoisinantes.
A l'emplacement de cette vaste construction, il ne reste que des éboulis et des excavations. Dom Pelletier, par un dessin incomplet, où manquent les détails les plus élémentaires, a essayé de donner une idée de ce qui restait du château au XVIIIe siècle. Il a oublié d'indiquer, comme l'a fait remarquer le baron F. Seillière, les différences de niveau du rocher sur lequel reposaient les assises des murailles. Son dessin a cependant été pris en considération, pour l'exécution de notre vue cavalière des ruines, parce qu'il s'est appliqué à situer des pana de murs et des vestiges de tours aujourd'hui disparus; mais nous regrettons qu'il n'ait dessiné qu'une des faces.
En 1892, M. A. Brion, architecte à Strasbourg, après de minutieuses recherches faites sur place, exécuta une coupe et un plan d'ensemble des ruines. Le dessin de la coupe nous a servi pour situer sur la gauche une assez large échancrure, entre le donjon et le rebord rocheux du plateau. Mais c'est surtout le plan qui nous a guidés entièrement dans l'exécution du croquis fait, avec autant de consciencieuse exactitude que de talent, par M. Divoux, à qui j'exprime mes plus vifs remerciements. Les indications très minutieuses de ce plan et celles non moins précises d'un itinéraire, tracé par le baron F. Seillière, nous guident au milieu du chaos formé par les éboulements des pierres et des roches. Ce plateau est aujourd'hui envahi par la végétation, mais nous lui avons conservé l'aspect des ruines primitives. Les murailles s'élevaient le long du rebord de ce sommet rocheux. Epais et hauts, ces murs, renforcés par quelques tours, ne comportaient aucun créneau, ni mâchicoulis, ni tourelles; les vieilles forteresses lorraines étaient ainsi faites, pour la plupart. Le donjon se dressait à l'endroit qui méritait, par sa situation, une défense plus sérieuse. A l'intérieur s'élevaient les habitations (2) (Voir planche).
Le comte de Salm s'établissait là, à proximité de terrains miniers que les traditions de sa famille lai avaient sans doute appris à considérer comme une

Château de Salm

source puissante de richesse. Bien que Richer attribue seulement au petit-fils de Henri II l'établissement des forges de Framont, il est très probable que l'exploitation du fer y remonte à une époque beaucoup plus ancienne. La donation de la comtesse Agnès, de l'année 1138, témoigne que, dès cette époque, des carrières de meules étaient en pleine exploitation non loin de là, sur le ban de Raon-lès-Leau (3).
Si l'on en croyait Richer, le nouveau château de Salm aurait été construit sur un fonds appartenant à l'abbaye de Senones (4). Dom Calmet, adoptant sans hésitation cette version, la confirme, sans fournir d'ailleurs aucune preuve, en déclarant que pour ce motif les comtes de Salm payaient à l'abbaye de Senones un cens annuel de deux sols strasburgis (5). Mais comment admettre que les comtes de Salm, alors au faîte de leur puissance, se soient résolus à construire sur un fonds qui ne leur eût pas appartenu le château fort destiné précisément à justifier leur titre et leur domination dans cette région ? Si le rocher abrupt, d'ailleurs situé à l'extrême limite orientale du territoire primitif de l'abbaye de Senones, rocher dont la plate-forme très accidentée servit de base à la construction de ce château, n'était pas un franc-alleu de la maison de Salm, il est évident qu'avant d'entreprendre cette construction extrêmement difficile, Henri II s'en sera rendu propriétaire absolu, soit par achat, soit par échange. Il n'aurait eu, dans la circonstance, qu'à suivre l'exemple mémorable bien connu de l'un de ses ancêtres de la maison de Luxembourg, qui acquit par échange contre sa terre allodiale de Feulen (Viulna), le fonds sur lequel s'élève le château de Luxembourg et appartenant auparavant à l'abbaye de Saint-Maximin. L'acte, daté du 12 avril 963, qui consacra cet échange entre l'abbé de ce monastère et le comte Sigefroy, stipule expressément qu'ils auraient « plein pouvoir et entière liberté de retenir, de donner, de vendre sans aucune opposition ces biens échangés et d'en disposer comme ils trouveraient à propos » (6). Il en fut de même du château de Bar, dont l'emplacement n'appartenait pas non plus au duc de Haute-Lorraine Frédéric qui le fit bâtir. Le territoire sur lequel s'éleva cette forteresse était, pour une partie au moins, la propriété de l'abbaye de Saint-Mihiel. L'autre partie, les deux tiers environ, appartenait sans doute à l'évêché de Toul. Frédéric combina alors un échange : il donna à l'abbaye un certain nombre de villages qui dépendaient de l'église de Toul et à cotte église, il donna, entre autres biens, le village de Bergheim, dans la Haute-Alsace et les deux abbayes de Saint-Dié et de Moyenmoutier (7).
C'est, sans nul doute, une acquisition de ce genre qui a eu lieu, si l'emplacement du château projeté de Salm appartenait à l'abbaye de Senones. Un acte d'échange de l'année 1190, relatif à un pré situé à proximité du nouveau château, est d'ailleurs une indication sur le mode d'acquisition adopté par Henri II; et il est bien évident que, s'il jugea nécessaire de devenir ainsi propriétaire définitif d'une simple dépendance territoriale, à plus forte raison cette nécessité dut-elle s'imposer à lui pour l'emplacement même de la forteresse.
Ce qui, enfin, met la question de propriété pleine ,et entière hors de discussion, c'est l'acquisition que fit, plus tard, en 1258, l'évêque de Metz du château de Salm, au même titre que celle du franc-alleu de Pierre-Percée, en vue d'en faire rendre hommage par le comte de Salm. Si l'évêque Jacques de Lorraine n'avait pas alors considéré le château de Salm comme un franc-alleu et si, au contraire, son emplacement avait déjà fait partie du temporel de l'évêché de Metz, il n'aurait pas eu besoin de l'acheter pour obliger le comte de Salm à lui en rendre hommage.
Benoît Picart et après lui Dom Calmet, sur l'autorité de Richer, avaient placé la construction du château de Salm en l'année 1225. Mais l'acte d'échange, déjà cité, du pré de Fonteney (8) prouve que cette construction est antérieure à l'année 1190.
Aussi, dans son Histoire manuscrite de l'abbaye de Senones (9), Dom Calmet a dû revenir sur sa première version, dans les termes suivants : « II n'est donc pas vrai que le château de Salm n'ait été construit qu'en 1225, par Henri IV, comte de Salm, comme on l'a dit dans l'Histoire de Lorraine (10) après le P. Benoît, capucin... »
La construction du château de Salm-en-Vosge remonte donc sûrement à une époque antérieure à l'année 1190, puisque l'acquisition du pré situé à proximité est motivée par le manque de foin et de fourrage, ce qui indique suffisamment qu'à cette date le château était déjà occupé. On ne peut actuellement préciser davantage.
Le premier acte authentique connu de Henri II, comte de Salm, est celui de l'an 1174, par lequel il confirme à l'abbaye de Haute-Seille tous les biens qu'elle possédait. Cet acte, comme celui de 1186 dont il sera question ci-dessous, est important au point de vue de la généalogie des premiers comtes de Salm, comme il sera facile de s'en convaincre par les analyses que nous donnons ci-après de ces deux documents:
1174. Henri II, en mémoire de ses ancêtres, savoir, de son père, de sa mère, de son oncle paternel le comte Herman (III) et de son aïeule Agnès, confirme tous les biens qu'ils ont légués à l'église de Haute-Seille par la main d'Etienne, évêque de Metz. Il désigne les limites de ces donations et ajoute:
De plus, par surcroît de sa bienveillance, il permet que les religieux de Haute-Seille possèdent librement et sans contradiction tout ce qui leur sera donné en aumône par ses hommes libres, dans l'étendue de sa domination et atteste que le fief de Tenchère leur a été donné, en présence de l'abbé Foulques, par Olry de Neuviller, sous un cens annuel de six deniers, monnaie de Toul. Pour lesquelles donations le comte ne demande autre chose sinon les prières des serviteurs de Dieu, tant pour le repos de son âme que de celle de ses héritiers (11).
Par un autre acte de l'an 1186, Henri II déclare qu'Agnès, comtesse de Langenstein, son aïeule, son père Henri et Herman, frères, tous deux consuls, avaient fondé l'abbaye de Haute-Seille et lui avaient légué de grands biens; qu'il voulait aussi contribuer à cette générosité et, par suite, il lui transporte, par une donation libre, tout le fonds et la propriété de la forêt d'Everbois, attestant que la comtesse Judith, son épouse, et Henri, son fils, avaient consenti à ce transport. Les témoins de cette charte sont Rodolphe Chesters de Vienne, Rainaud, avoué, Thierry de Demes, Carsiles de Blanmont, chevaliers, Baudouin, prévôt de Barbes, Isousamis de Neuviller, prévôt, Hugues d'Hesming, portarius, Cocus de Briei (12).
En 1189, Henri II se croisa et accompagna l'empereur Frédéric Barberousse partant pour la croisade après Pâques de ladite année (13). Il était de retour en 1190, puisqu'à cette date, il fit l'échange de son pré de Fonteney contre un autre pré que l'abbaye de Senones possédait à Plaine, à proximité de son nouveau château de Salm.
Une guerre, survenue entre le comte Henri II et les bourgeois de Strasbourg, fut terminée par un traité de paix l'an 1198 (14).
Le 28 novembre 1202, Bertram, évêque de Metz, et Henri, comte de Salm, en sa qualité de voué de Vic, confirment à l'abbaye de Gorze les biens qui lui étaient alors contestés près de Vic (15).
Dans la guerre qui éclata en 1207 entre Ferry II, duc de Lorraine, et son beau-père Thiébaut Ier, comte de Bar, le comte Henri II de Salm se rangea du côté du duc de Lorraine, son beau-frère, auquel s'était joint également Bertram, évêque de Metz. Le comte de Bar prit à sa solde un grand nombre d'aventuriers bourguignons, français et gascons, et se jeta sur les domaines de l'évêché de Metz. Il assiégea la ville de Vic, la prit et la détruisit en partie, emmenant captifs cent des principaux habitants. II s'empara ensuite de la forteresse de Prény et en renversa les murailles, sans que le duc de Lorraine osât lui livrer bataille pour secourir la place (16).
L'année suivante, Ferry II voulut user de représailles : il dévasta les domaines de l'abbaye de Gorze, dont Thiébaut Ier était le voué; mais il n'eut pas le même bonheur que son beau-père. Accouru au secours de l'abbaye, le comte de Bar surprit le duc de Lorraine, qui ne l'attendait pas sitôt, et le battit complètement, dans les plaines de Gorze, le 3 février 1208. Ferry II tomba lui-même, avec ses frères Thierry d'Enfer et Philippe de Gerbéviller, entre les mains de Thiébaut Ier qui les fit conduire et enfermer dans le château de Bar (17). Le comte de Salm fut aussi au nombre des seigneurs prisonniers.
Le duc de Lorraine ne recouvra la liberté qu'en signant, le 2 novembre 1208, un traité extrêmement onéreux pour lui et qu'il s'obligea à faire garantir par Eudes III duc de Bourgogne et par ceux de ses vassaux qui, faits prisonniers en même temps que lui, avaient été rachetés. Parmi ceux-ci figure, au sixième rang, Henri II, comte de Salm, dont le nom est précédé de ceux de Henri, comte des Deux-Ponts, Gilon de Cons, Ferry comte de Toul, Simon sire de Joinville et Hugues de la Fauche; après lui viennent Simon, seigneur de Parroye, Philippe de Florenges, Milon de Vandières, Albéric de Rosières et dix-huit autres seigneurs (18).
Par un acte, daté de Blâmont le 2 décembre 1208, Bertram, évêque de Metz, avec l'archidiacre Bertram, le comte Henri de Salm et son épouse aplanissent une contestation entre les abbés de Honcourt et de Haute-Seille, à cause des dîmes de Varcoville (19).
Les religieux de l'abbaye de Senones s'étant soulevés contre leur abbé, auquel ils reprochaient « de ne pas leur accorder ce qu'ils étaient accoutumés à recevoir », l'abbé Henri (1206-1225) eut recours aux bons offices de Henri II, voué de l'abbaye, et de la comtesse Judith, son épouse. Il les pria de venir à l'abbaye, de parler aux moines et de les ramener à l'obéissance. Richer, qui seul nous renseigne sur cet événement, ajoute que le comte et la comtesse de Salm employèrent si efficacement les prières, les promesses ou les menaces, qu'enfin les moines se soumirent à l'abbé Henri, et la paix fut rétablie dans le monastère.
Mais, continue Richer, l'abbé se considéra depuis comme l'obligé du comte, si bien que celui-ci fit, avec son consentement et sans nulle contradiction, tout ce que bon lui semblait, comme sur son propre domaine. Il levait des tailles et autres exactions, sur les hommes du val de Senone, aussi librement que s'il en eût eu le droit auparavant. D'où vient que l'abbé disait souvent à ses religieux, en frappant sa poitrine : Vae mihi! Quid feci ? car, lorsque je fus élu abbé de Senone, c'est à peine si le procureur de ce lieu prenait, dans tout le val, quatre livres ou cent sols toulois, que l'on appelait précaire, et j'ai enduré que ces cent sols soient devenus des livres (20).
Le terme précaire, dont se sert Richer sans le définir, représente sans doute les redevances exigibles des sujets établis dans le val de Senones et auxquelles ceux-ci étaient déjà soumis un siècle auparavant. L'accord de 1125, établi par l'évêque de Metz, en déchargeant l'abbé et le monastère de Senones de certaines redevances attribuées au voué, reconnut, en effet, qu'elles sont dues par les sujets des bans de Senones, de Vipucelle et de Plaine. Si les revenus tirés par le comte de Salm du val de Senones avaient progressé dans la proportion indiquée par Richer, il serait sans doute plus juste de mettre cette augmentation sur le compte d'un accroissement du nombre de sujets soumis à la taille; ce serait en définitive un signe de progrès dans le développement des exploitations rurales et forestières dans le val de Senones, progrès alors tout à l'honneur de l'abbé et du voué.
La donation que Henri II, comte de Salm, Judith son épouse, Henri et Ferry ses fils firent à l'abbaye de Senones, de leur fief de Domjevin, avec ses dépendances situées à Herbéviller et à Blumerey, est une preuve de leurs bonnes intentions à l'égard de ce monastère. Dans la charte, qui fut expédiée à Senones même le lendemain de la fête de saint Siméon (21), en l'an 1219, il est dit que cette donation se fit, en présence de plusieurs témoins, en mettant un gazon sur l'autel des apôtres saint Pierre et saint Paul; que l'abbé et la communauté de Senones, en reconnaissance de la libéralité du comte, lui donnèrent soixante livres de messins (22).
Henri II, avec l'assentiment et l'approbation de Judith, son épouse, et en mémoire de son père, de sa mère et pour son propre salut, donna aussi à l'abbaye de Saint-Sauveur sa libre chapelle du château de Pierre-Percée, avec toutes les dîmes sur les produits de labour, les vins, les vaches, les veaux, les fromages, les chevaux et les porcs (23).
En juin 1220, le comte de Salm est en guerre avec Aubert, sire de Darney, et Henri, son frère (24); on en ignore le motif.
En juin 1224, Henri II déclare qu'il est devenu homme lige de Mathieu, duc de Lorraine, contre tous, après l'évêque de Metz; qu'il a repris en fief la seigneurie de Lafrimbolle et le ban de Domjevin, avec toutes leurs dépendances et qu'après lui, son cher fils Henri ou son fils Ferry deviendraient hommes liges du duc de Lorraine. Il ajoute que toutes les discordes et querelles, tant au sujet de la part d'héritage qu'il réclamait du chef de sa femme, qu'à l'endroit de leurs autres querelles, seraient terminées par la paix avec le duc Mathieu (25).
Les analyses d'actes qui suivent se rapportent à des engagements pris à l'occasion d'emprunts effectués, tant par le comte de Salm lui-même que par le duc de Lorraine auquel il sert de caution.
Ainsi, le 30 novembre 1228, le maître échevin de Metz et les treize jurés de la paix déclarent que lorsque le duc Mathieu aura payé les 9 livres messins qu'il doit à Bertrand de Jurne et les 96 livres qu'il doit à la femme de Gaucher le Mercier pour la dette d'Huguin Lietant, il sera entièrement libéré, ainsi que les cautions qu'il avait fournies, savoir le comte de Sarrebruck, le comte de Salm et Henri, son fils (26). Le 7 novembre 1231, Henri, comte de Salm, promet d'indemniser son cher seigneur Mathieu, de 35 livres 10 sols de messins, dont le duc s'est porté caution envers Baudoin Trustan (27). Le 25 novembre 1231, Henri, comte de Salm, et Ferry, son fils, déclarent avoir constitué Mathieu, caution envers Godefroy des Arvolz (de Arcis volutis) et son fils, de 36 livres de messins, en promettant d'indemniser ledit Mathieu (28).
Mars 1234. Lettres de non-préjudice de Henri, comte de Salm, et de Ferry, son fils, pour Jean Ier d'Apremont, évêque de Metz, garant de l'engagement de Remoncourt fait par lesdits Henri et Ferry à Joffroy d'Amance, chevalier, lequel avait pour eux hypothéqué vingt livrées de sa terre au ban de Bioncourt, au profit de deux citains de Metz (29).
Richer, qui a bien soin de passer sons silence les actes louables accomplis par le comte Henri II, consacre tout un chapitre à un épisode que, suivant son habitude, il dramatise à dessein, dans le but évident d'impressionner le lecteur et de l'indigner, cette fois contre les deux fils du vieux comte de Salm, dont l'aîné était d'ailleurs déjà décédé. Voici le récit de cette aventure d'après le texte de Richer:
Arrivons maintenant au comte Henri, dont nous avons déjà parlé, lequel du temps de Wildéric (30) opprima intolérablement l'église de Senones et affligeait les hommes de S. Pierre. Quand son fils Frédéric fut fait chevalier et qu'il le vit tout débilité de vieillesse, il fit ce que son frère projetait de faire s'il eût vécu; il le chassa du château de Blâmont, et ce qui est indigne à raconter, il le contraignit d'aller à pied, guidé d'un seul valet, jusqu'au château de Pierre-Percée, et de là, d'une traite, jusqu'au château de Salm; mais l'abbé Baudouin lui donna un cheval. Ainsi, il fut privé de son fils, de son honneur et de sa seigneurie. Il ne jouit guère de sa puissance, depuis ses discussions avec Wildéric; mais tant qu'il survécut, il passa sa vie en pauvre et déshérité.
Ainsi Dieu récompense ceux qui lui sont opposés. Après sa mort, survenue peu d'années après, il fut inhumé dans l'église S. Pierre... (31).
Ce récit, manifestement tendancieux, contient sans aucun doute un fond de vérité; mais il faut, pour le découvrir, faire abstraction des détails exagérés et fantaisistes de l'auteur. Il convient tout d'abord de faire justice de ce procédé inique d'attribuer au fils aînè, depuis longtemps descendu dans la tombe, des intentions coupables à l'égard de son père. C'est d'autant plus odieux que nous possédons, dans l'acte authentique daté de juin 1224 et analysé plus haut, une preuve de la prédilection que ce père avait pour ce fils aîné qu'il distingue, dans cet acte, de son fils puîné en appelant le premier son cher fils Henri. Nous verrons, au chapitre consacré à Henri III, que Richer a dépassé toute mesure à l'égard de ce fils aîné, dont la mémoire a terriblement souffert depuis, uniquement parce qu'il eut le malheur de déplaire à l'écrivain-artiste de Senones auquel tous les auteurs depuis ont emboîté le pas sans chercher à approfondir la valeur de cet impitoyable jugement.
Le comte Henri II, mort plus que nonagénaire (à environ 94 ans), a gouverné pendant près de trois quarts de siècle; il est possible et même probable que ses fils, tous deux mariés, aient montré quelque impatience à exercer à leur tour le pouvoir. En ce qui concerne Henri, le fils aîné, son père semble lui avoir abandonné la seigneurie de Deneuvre, et même la vouerie de Senones, car, d'après Richer lui-même, c'est Henri III, et non son père, qui entra en lutte contre l'abbé Vidric. Après la mort prématurée de l'aîné, Ferry le puîné aura jeté son dévolu sur la seigneurie de Blâmont, d'autant plus que le château de Deneuvre restait entre les mains de la veuve de Henri III qui en jouissait à titre de douaire.
Ferry a-t-il réellement chassé son père du château de Blâmont ? Nous n'avons aucune preuve ni aucune raison pour le nier; mais Richer abuse certainement de notre bonne foi en nous représentant le comte de Salm comme un malheureux fugitif, réduit à faire pédestrement un long et pénible trajet. Henri II, oncle du duc régnant de Lorraine, traversait en somme les domaines de son comté, et si les localités échelonnées sur son parcours, parmi lesquelles Badonviller formait un centre déjà important, n'avaient pu lui procurer un moyen de transport convenable, du moins le château de Pierre-Percée, qui fut sa première étape, lui offrait-il toutes les facilités désirables pour le reste de son voyage. La donation que le comte Henri II fit à l'abbaye de Saint-Sauveur et qui est mentionnée ci-dessus prouve qu'à Pierre-Percée on pratiquait alors l'élevage des animaux domestiques et notamment des chevaux. Pour qui connaît la topographie des lieux, le récit de Richer relatif à l'intervention de l'abbé de Senones, auquel il attribue le rôle de bon Samaritain, est inexplicable. Senones est presque aussi éloigné de Pierre-Percée que le château de Salm, et le comte Henri n'aurait pu y passer qu'en faisant un détour appréciable. Or, Richer dit que cette partie du voyage fut faite d'une traite. Le baron F. Seillière qui, mieux que personne, connaissait cette région, écrit:
A l'époque où les deux châteaux de Pierre-Percée et de Salm étaient debout, il fallait de l'une à l'autre de ces forteresses, en partant de Pierre-Percée, gagner Celles, puis arriver sur le chemin de crête de la chaîne de montagnes regardant le nord, dans la vallée de Celles, chemin dit d'Agron, le suivre jusqu'au-dessus du lac de Lamaix, puis longer et traverser les Chaumes et aboutir dans ta vallée de Framont, par un chemin très pittoresque, mais d'au moins cinq heures de marche (32).
Devant ces constatations, nous sommes obligé de faire les plus expresses réserves et de considérer le prêt d'un cheval au comte de Salm par l'abbé Baudouin comme une invention fantaisiste destinée à corser l'action de ce drame de famille. Faisons remarquer enfin que le château de Salm ne saurait non plus être considéré comme un lieu d'exil pour le comte Henri II qui, précisément, l'avait fait construire, évidemment avec l'intention de l'habiter. Nous constatons, d'autre part, qu'aucun des actes qui nous sont parvenus de cette époque ne montre Ferry usurpant le pouvoir ou le titre du comte de Salm. Nous l'avons déjà vu, en 1231 et 1234, associé à son père dans les termes suivants : Henri comte de Salm et Ferry, son fils. Ils nous apparaissent encore de même dans un document de 1243, qui devait précéder de bien peu la mort de Henri II, alors âgé de plus de quatre-vingt-dix ans. Par cet acte, daté de l'octave de Pâques 1243, Henri comte de Salm et Ferry, son fils, font savoir qu'ils doivent à Notre-Dame de Saint-Sauveur quatre quartes de seigle et dix-huit sols toulois, que nobles hommes Rudolphe et Rembold, frères, seigneurs de Friacquesing (Fraquelfing), avaient donné à ladite abbaye sur leur alleu de Badonviller; cet alleu ayant été acquis par le comte de Salm, Henri et Ferry déclarent que la redevance annuelle devra être prélevée sur le gerbage des seigles et sur les cens que le villicus des comtes lève audit Badonviller, et être fidèlement remise à l'abbé de Saint-Sauveur (33).
En 1244, le comte Henri II donna au monastère de Senones, pour son anniversaire et pour celui de son épouse Judith, une somme de 30 livres toulois, à prendre sur les tailles qu'il possédait au val de Senones. Avec cette somme, les religieux devaient acheter un fonds pour faire ledit anniversaire. Henri II donna, de plus, à l'abbaye de Senones, toute la dîme qu'il possédait à La Neuveville, près de Viviers (34).
Le baron Seillière a fait reproduire deux sceaux de Henri II, appendus à des chartes de 1189 et 1191.
Ce sont deux sceaux équestres ronds, de 70 millimètres, de types différents, et faisant partie de la collection des sceaux de Salm aux Archives nationales. Le premier, portant le n° 1669 du supplément, représente un chevalier tenant une lance garnie d'une banderole, le bouclier portant deux saumons adossés.
Inscription : + SIGILLVM. HENRICI. COMITIS. DE. SALMIS. - Sur le second, n° 1670 du supplément, le chevalier couronné brandit une épée, le bouclier portant deux saumons adossés. Inscription: SIGILLVM.... RICI. COMITIS. DE. SALMES (35). - Nous avons fait reproduire (fig. 1) le premier de ces sceaux, le mieux conservé et le plus intéressant.


Fig. I. - Sceau du comte Henri II.

Henri II mourut très probablement en 1245 ou, au plus tard, en 1246. Richer déclare:
II fut inhumé en l'église Saint-Pierre, à l'endroit du sépulcre de l'abbé Antoine où fut ensevelie également la femme du seigneur Henri, chevalier de Bayon (36), aux sépulcres desquels j'ai entaillé des images, feuillages et épitaphes comme il apparaît encore (37).
Sous l'abbatial de Dom Calmet, on voyait encore ces tombes : celles de Henri comte de Salm et de sa femme Judith de Lorraine, devant l'autel de la Vierge. « On y remarquait, dit-il, les saumons de Salm et les alérions de Lorraine, avec des fleurs; mais on n'y voyait point d'écriture (38). »
Le fac-similé de la double tombe, avec les ornements sculptés par Richer, d'après un dessin découvert sur le plat intérieur d'un des volumes reliés de l'Histoire de Lorraine de Dom Calmet, conservé au presbytère de Senones, a été publié par le baron F. Seillière, auteur de la découverte, qui attribue à Dom Pelletier ce dessin original. Il portait la légende suivante : FAC SIMILE DES PIERRES TOMBALES DE HENRI COMTE DE SALM ET DE JVDITH DE LORRAINE GRAVEES PAR RICHER MOINE DE SENONES, VERS 1245, QVI EXISTAIENT AUTREFOIS DANS L'EGLISE DE L'ABBAYE DE SENONES.

Au bas du dessin original on lisait : « Tombes qui sont dans l'église abbatiale de Senones » et autour,


Fig. 2. - Fac-similé des pierres tombales de Henri II, comte de Salm, et de Judith de Lorraine, gravées par Richer, moine de Senones, vers 1245.

d'un côté : HENRICVS. II. COM. SALM. OBIIT. CIRCA. ANNVM. M CCXLII; et de l'autre: JVDITH.
SEV. IOATTA. VXOR. HENRICI. SALM. (39).
Henri II et Judith ou Joatte de Lorraine eurent: 1° Henri III; 2° Ferry, qui suivent; 3° Jean (40); 4° Judith; 5° Lorette; 6° Agnès, abbesse de Remiremont après Agathe de Lorraine.

HENRI III. - Henri III, fils aîné de Henri II, n'a pas été investi du pouvoir comtal, étant mort une vingtaine d'années avant son père. Celui-ci lui avait cependant cédé par avance les seigneuries de Deneuvre et de Viviers. Héritier d'une lignée illustre et déjà uni par le mariage à Marguerite, fille du comte de Bar, Henri III voyait s'ouvrir devant lui un brillant avenir, et l'ambition que lui reproche Richer, d'avoir aspiré à l'Empire, ne paraît pas plus extraordinaire chez lui que chez la plupart des prétendants d'outre-Rhin qui, sans doute, avaient les préférences de l'écrivain-artiste.
Une brouille, qui éclata entre Henri III et l'abbé Wildéric de Senones, semble avoir exercé une influence néfaste sur la destinée de ce fils aîné et chéri du comte Henri II et de Judith de Lorraine. Voici le motif de cette querelle, qualifiée par Dom Calmet de fâcheuse affaire: Le comte Henri prétendit que Jean et Geoffroy, hommes d'armes de Couvay (41), frères de l'abbé Wildéric, et Raoul d'Oustrois, autrement dit d'Outray (42), étaient ses vassaux et demeuraient sur ses terres (dicens eos esse de familia sua). Ces trois hommes d'armes soutenaient au contraire qu'ils ne dépendaient en rien du comte de Salm. Celui-ci fit alors saisir tout ce qu'ils possédaient dans le comté et les fit arrêter eux-mêmes.
L'abbé Wildéric, prenant part à cette querelle, bien qu'elle n'intéressât pas directement l'abbaye de Senones, fit citer le comte devant les évêques de Metz et de Toul. On plaida longtemps sans résultat. Enfin Wildéric prit une résolution d'éclat, croyant par là émouvoir et faire fléchir son adversaire. Il fit sortir tous ses religieux du couvent de Senones, en emmena une partie avec lui à Rambervillers et envoya les autres à Léomont, où il fit porter le corps de saint Siméon, que l'on tira de la châsse d'argent où il était enfermé. Il ne demeura dans le monastère que cinq religieux qui étaient attachés au comte de Salm et qui ne jugèrent pas à propos d'en sortir, le comte leur fournissant la subsistance nécessaire. Cet attachement opiniâtre au comte et cette demeure dans l'abbaye sans le consentement de Wildéric aigrirent cet abbé, qui se plaignit de leur désobéissance aux évoques de Metz et de Toul; ceux-ci, d'après Richer, furent d'avis que les religieux rebelles devaient être mis en prison. Quatre d'entre eux furent en effet arrêtés et enfermés dans une tour à Rambervillers; le cinquième, s'étant trouvé absent, évita le sort de ses confrères.
Les choses étaient portées de part et d'autre à un tel excès que l'on se rendit compte enfin que Henri III et l'abbé ne vivraient jamais en paix, à moins que les frères de Wildéric ne s'accordassent avec le comte. Les trois vassaux ayant fait leur soumission, le comte Henri leur rendit entièrement tout ce qu'il leur avait ôté et leur délivra là-dessus des lettres patentes. De son côté, l'abbé retourna à Senones avec ses moines, et les religieux prisonniers furent remis en liberté (43).
Cette solution du conflit laisse tout au moins l'impression que les torts n'étaient pas tous du côté du comte de Salm, puisque, malgré le recours aux évêques de Metz et de Toul de l'abbé Wildéric, celui-ci ne put obtenir gain de cause.
« La paix, dit Richer, fut ainsi rétablie entre l'abbé et le comte »; mais la suite de son récit témoigne clairement qu'il subsista des ferments de discorde se manifestant par des altercations parfois violentes, dont l'une a été notée soigneusement par l'auteur des Gestes de l'église de Senones. Celui-ci avait personnellement voué à Henri III une inimitié dont il le poursuivit jusque dans la tombe. On en jugera par le passage suivant de sa chronique:
Ledit Henri vécut longtemps en mariage sans avoir d'enfant, ce qui chagrina fort son épouse, qui finit par s'adresser à un chapelain expert en la connaissance des choses naturelles, le sollicitant de lui indiquer le moyen de concevoir de son mari. Le clerc naturaliste leur donna un breuvage qui eut l'effet désiré; mais le comte en fut tellement débilité qu'il tomba en une maladie de langueur dont il mourut quelque temps après. En somme, tant qu'il vécut, il molesta grandement notre église. A la vérité, c'était un guerrier superbe, se fiant outre mesure à sa jeunesse et à sa vigueur ; il aspirait au royaume d'Allemagne, nonobstant de grandes dettes, entraîné ainsi à opprimer et à piller l'église de toute façon. Il advint que Wildéric, abbé de ce lieu, vint à lui demander de restituer certaines choses enlevées à notre église. (L'entretien eut lieu en ma présence dans la chapelle Saint-Nicolas, à Deneuvre.) Le comte, fort en colère, jura par saint Nicolas qu'avant que la Saint-Remi fût passée, il molesterait notre église et l'abbé, et qu'il aimerait mieux être outre mer sans espoir de retour que d'y faillir. Ce que Dieu tout-puissant a voulu venger de son occulte jugement; car peu après, vers la fête de saint Remi, étant affaibli de son breuvage, il se mit au lit et mourut. Entre tous les méfaits que de son vivant il s'était proposé d'accomplir, celui-ci est énorme à raconter. Il conspirait à déposséder le comte et la comtesse ses parents et à les enfermer dans un monastère, afin de posséder tout le comté. La comtesse, sa mère, ayant appris la nouvelle de sa mort, émue du bruit déjà trop répandu, commanda de le porter hâtivement (quantocius) à Haute-Seille, pour l'y ensevelir; il fut ainsi fait. La nuit suivante, on entendit au sépulcre une voix comme celle d'un homme se plaignant; le matin venu, on le tira hors du sépulcre et, bien que le jour précédent on l'eût couché sur le dos, on le trouva retourné, la face contre terre. Les fossoyeurs virent ainsi que lorsqu'ils l'ensevelirent, il n'avait pas encore rendu le dernier soupir. De là, on peut voir que ceux qui s'enorgueillissent contre Dieu ne parviennent guère ou jamais au milieu de leurs jours, car Dieu abat toutes choses superbes (44).
Ce récit dramatique, avec ses insinuations et son dénouement tragique, que l'auteur se plaît à considérer comme providentiel, montre une tendance trop manifestement malveillante pour être admis de confiance. Un examen attentif fait ressortir que cette fois encore Richer a dépassé la mesure en attribuant, d'une part au chapelain de Henri III, d'autre part à sa mère et aux religieux de Haute-Seille, le rôle d'exécuteurs de la justice divine. Le chapelain, en effet, il l'accuse d'avoir causé la mort du jeune comte en l'empoisonnant avec ses drogues; en termes insinuants, il laisse planer, sur la comtesse Judith, le soupçon horrible d'avoir fait inhumer hâtivement son fils alors qu'il était encore vivant; enfin, il attribue un rôle bien peu charitable aux religieux de Haute-Seille. Ceux-ci, ayant entendu des gémissements au milieu de la nuit, sans doute pendant qu'ils étaient réunis au chœur pour les matines, auraient eu la cruauté d'attendre jusqu'au jour pour procéder à l'exhumation.
On arrive ainsi à se demander si tout cela n'est pas un de ces contes fantastiques, si répandus en Alsace et dans les Vosges, et qui faisaient les frais des longues veillées d'hiver de nos ancêtres. La mort et l'inhumation de Henri III ayant eu lieu à une certaine distance de Senones, l'éclosion de cette légende en a, certainement, été favorisée. D'autre part, Richer n'ayant commencé à écrire sa chronique que vers 1254, par conséquent plus d'un quart de siècle après l'événement, son imagination pouvait se donner libre cours. L'abbaye de Senones était alors au plus fort d'une lutte contre Henri IV, fils et successeur de Henri III, et cette circonstance n'est sans doute pas étrangère à l'élaboration de ce drame susceptible d'impressionner l'adversaire.
Mais la malignité de Richer ne se manifeste pas seulement par ses inculpations systématiques; elle se révèle encore par une omission évidente, et d'autant plus grave qu'il s'agit des dernières volontés d'un mourant. Les fautes commises par le jeune et fougueux chevalier eussent-elles été plus grandes encore que celles à lui attribuées par Richer, l'acte omis était de nature à les atténuer dans une certaine mesure. Il s'agit du testament, qui n'a été tiré de l'oubli que par Le Mercier de Morière, lequel l'a publié en 1883 (45), d'après l'original existant aux Archives de Meurthe-et-Moselle. Par ce testament, daté du lendemain de la Saint-Mathieu 1228 (neuf jours avant la Saint-Remi), Henri III (dominus Henricus, comitis Salmorum primogenitus) donne en aumône, à l'abbaye de Haute-Seille, le moulin de La Broc, avec les prés, cense et l'intégralité de l'alleu; à l'abbaye de Salival, le moulin qu'il avait autrefois acquis de ce côté; à l'église de Senones, ce qu'il possède dans le moulin de Tomblaine; il réduit, en outre, le cens de sa terre de Deneuvre de 8 sols toulois en faveur du prieuré de Mervaville, et de 8 sols en faveur de l'abbaye de Saint-Sauveur, pour l'entretien des lampes. Il quitte le seigneur Albéric de Rosières de sa rançon et le dispense des lettres qu'il devait faire au comte de Salm. Il fait ces legs avec l'approbation et l'assentiment de son père, le comte Henri, et de Joatte, sa mère, et aussi de son épouse Marguerite et de Ferry, son frère. Les témoins furent : Pierre, prêtre de Blâmont et Sygard, Werric le Vogien, Vauthier d'Igney, Gérard de Herbéviller, Jean Platemuse, Bon Vallet, Mathieu, Pélerin de Morhange, Henri de Mont. Le testament fut revêtu des sceaux de Henri comte de Salm, de Henri, son fils, et de Marguerite, épouse de ce dernier (46).
Richer ne pouvait ignorer l'existence de ce testament, dont bénéficièrent l'abbaye de Senones et le prieuré de Mervaville qui en dépendait. Mais la mention de ces libéralités aurait projeté sur le sombre tableau tracé par le moine-artiste de Senones un rayon de lumière sans doute jugé inopportun, car il eût considérablement affaibli la force démonstrative d'un dénouement auquel il fallait laisser le caractère d'un châtiment justement mérité. Mais l'histoire impartiale ne saurait admettre le jugement occulte ainsi rendu par Richer, sur son unique témoignage. L'examen consciencieux et approfondi des faits de la cause démontre que les fautes imputées à Henri III doivent bénéficier de larges circonstances atténuantes et qu'elles ne justifient d'aucune façon la flétrissure que l'écrivain senonais a voulu imprimer à sa mémoire.
Après son mariage, Henri III fut mis en possession des châteaux de Deneuvre, de Viviers et de Morhange.
Le premier fut assigné comme douaire à sa femme, Marguerite de Bar. En ce qui concerne les deux autres, un acte de reprise du mois de mai 1222 témoigne que Henri, fils aîné du comte de Salm, déclare avoir reçu, en fief et hommage lige du comte de Bar, les châteaux de Viviers et de Morhange (47). On peut ainsi admettre que ces deux seigneuries sont entrées en possession de la maison de Salm par le mariage de Henri III et de Marguerite de Bar.
Le père Benoît Picart et Dom Calmet ont confondu Henri III avec son père Henri II, en lui attribuant deux fils : Frédéric et Henri. Frédéric, qui devint comte de Blâmont, était non son fils, mais son frère.
Le nom de la femme de Henri III a donné lieu également à une confusion qu'il ne m'a été possible d'éclaircir que grâce au testament analysé plus haut et d'où il ressort, sans doute possible, qu'elle se nommait Marguerite. Or, Benoît Picart (48), Dom Calmet (49), Bertholet (50) lui attribuent tous le prénom de Sybille. Voici ce que nous apprend à son sujet Du Chesne (51), au chapitre consacré aux enfants de Henri II, comte de Bar, et de Philippe de Dreux: « N... de Bar, nommée Sibylle par Jean Bertels, eut deux maris: le premier, Henri de Salmes, comte de Blâmont, ainsi que le remarque Baudouin d'Avesnes en ses chroniques. Sibylle de Bar se remaria à Louis de Los, comte de Chiny, deuxième fils d'Arnoul, comte de Los, et de Jeanne, héritière du comté de Chiny. »
Il y a, dans ce passage, une double erreur certaine: la veuve du comte de Blâmont, qui s'unit par un second mariage à Louis V comte de Chiny, se nommait, non pas Sybille, mais Jeanne, et elle figure dans de nombreux documents, à côté de son second mari, sous le nom de Jeanne de Blâmont. D'autre part, cette fille du comte Henri II de Bar et de Philippe de Dreux avait été mariée, non à Henri III de Salm, mais à son frère Frédéric ou Ferry de Salm, devenu comte de Blâmont après la mort de son père, Henri II, comte de Salm, vers 1245.
Du Chesne cite le nom d'une deuxième fille de Henri II, comte de Bar, et ce nom est précisément celui de Marguerite; mais nous savons d'une façon certaine qu'elle fut mariée à Henri II, comte de Luxembourg. L'idée vient tout de suite que Marguerite de Bar, mariée à Henri III de Salm et devenue veuve en 1228, a pu contracter mariage avec Henri II de Luxembourg, dont les fiançailles eurent lieu précisément en 1231. Mais, quelque séduisante que soit cette solution, nous devons la rejeter pour la raison bien simple qu'au moment de leurs fiançailles Henri II de Luxembourg venait seulement d'atteindre l'âge nubile et que Marguerite de Bar n'avait pas encore atteint l'âge requis (52).
Fahne (53) donne pour épouse à Henri III Agnès, fille, dit-il, de Renaud, comte de Bar. Or, ni le généalogiste Du Chesne, ni aucun autre auteur, n'ont signalé cette alliance. Renaud II, d'après ces auteurs, n'aurait eu que quatre fils de son mariage avec Agnès de Champagne, savoir : 1° Henri Ier, comte de Bar, tué en Terre Sainte, le 19 octobre 1191, sans laisser de postérité; 2° Thibaut Ier, comte de Bar; 3° Renaud, évêque de Chartres; 4° Hugues, prévôt de cette Eglise. Un mariage de Henri III de Salm avec une fille de Renaud II, déjà mort en 1170, présenterait d'ailleurs une disproportion d'âge peu favorable à l'opinion émise sans preuve par Fahne.
Donc, à moins d'admettre que le comte Henri II de Bar ait eu deux filles du nom de Marguerite, ce qui n'est guère probable, il faut croire que la femme de Henri III de Salm fut, non sa fille, mais sa sœur; elle serait ainsi la fille de Thibaut Ier, comte de Bar, marié successivement à : 1° Lorette de Los; 2° Ysabeau de Bar-sur-Seine; 3° Ermenson de Namur. Le généalogiste de la maison de Bar (54) ne mentionne que trois filles nées de ces trois unions : 1° Agnès de Bar, mariée à Frédéric, fils de Frédéric de Lorraine, comte de Bitsche et de Lod. de Pologne; 2° N... de Bar, qui épousa Hugues de Châtillon; 3° Ysabeau de Bar, mariée à Waleran de Limbourg. Mais Du Chesne a pu omettre le nom d'une quatrième fille, du nom de Marguerite, qui, à cause des conditions d'âge, aurait été la dernière née d'Ysabeau de Bar ou d'Ermenson de Namur.
Après la mort prématurée de Henri III de Salm, Marguerite de Bar, sa veuve, paraît s'être consacrée à l'éducation de son fils unique qui, une vingtaine d'années après, dut, pour se mettre en possession du comté de Salm, entrer en lutte ouverte avec son oncle Ferry dont il va être question. Richer (55) nous apprend que le château de Deneuvre avait été constitué en douaire à la femme de Henri III et que celle-ci en jouit jusqu'à sa mort.

FERRY DE SALM, SIRE DE BLAMONT. - C'est en 1219, dans l'acte de donation à l'abbaye de Senones du fief de Domjevin, que le nom de Ferry apparaît pour la première fois, à la suite de ceux de son père, le comte Henri II, de sa mère Judith et de son frère aîné Henri (56). Il figure ensuite dans l'acte d'hommage de juin 1224 où Henri II, comte de Salm, déclare qu'après lui son cher fils Henri ou son fils Ferry deviendraient hommes liges du duc de Lorraine (57).
En 1225, il est marié, si l'on s'en rapporte à un accord passé entre Wildéric, abbé de Senones, et Ferry de Blâmont, au nom de sa femme, la dame de Dombasle, relativement à une pièce de terre située au-dessus de Crévic (in colle de Culvi) (58).
Quelle était cette dame de Dombasle ? Nous savons que Ferry, ou Frédéric, fut marié à Jeanne de Bar, fille de Henri II, comte de Bar et de Philippe de Dreux. Est-ce elle qui, dans l'acte de 1225, est qualifiée dame de Dombasle ? Nous ne le croyons pas et voici nos raisons. Après la mort de Ferry, survenue vers 1257, Jeanne, qui portait alors le titre de dame de Blâmont (domina Johanna Albimontis), s'unit en secondes noces, dès 1257, à Louis, fils puîné d'Arnulphe de Looz et de Jeanne de Chiny (1227-1268) et devenu comte de Chiny, en 1268, sous le nom de Louis V. En 1257, celui-ci n'avait certainement pas encore atteint sa trentième année. Or, si la dame de Dombasle et Jeanne de Bar étaient la même personne, celle-ci aurait eu au moins cinquante ans au moment de ce second mariage (59). Il faut donc admettre que la dame de Dombasle (60) et Jeanne de Bar, devenue Jeanne de Blâmont, ne sont pas la même personne sous des dénominations différentes, comme on l'a cru jusqu'ici, et que Ferry de Blâmont a contracté deux mariages.
En 1225, Ferry fut choisi comme arbitre par le sire de Ristes et le prieur de Flavigny (61). Nous le trouvons ensuite s'engageant, avec son père, par un acte du 25 novembre 1231, à indemniser le duc Mathieu de Lorraine qui leur servit de caution pour une dette de trente-six livres de messins. Il figure de même, avec son père le comte Henri II, dans une lettre de non-préjudice, datée de mars 1234, pour Jean d'Apremont, évêque de Metz, garant de l'engagement de Remoncourt fait par eux à Joffroy d'Amance (62).
Nous avons dit, à l'article consacré au comte Henri II, ce que nous pensions du drame de famille raconté par Richer, et dont la partie relative au trajet à pied imposé par Ferry à son vieux père est tout à fait invraisemblable; mais l'attitude hostile et coupable de ce fils puîné, s'ingéniant à accaparer tout l'héritage paternel au mépris des droits du jeune fils de son frère aîné Henri III, cette attitude répréhensible rend très plausible le reproche d'ingratitude à l'égard de son père.
La dénomination Ferry de Blâmont, qu'il prend dans l'acte de 1225, semble indiquer que, dès cette époque, Henri II avait associé ses deux fils à l'administration du comté. Il aura attribué à l'aîné les seigneuries de Deneuvre, de Morhange et de Viviers; et à Ferry, le puîné, la seigneurie de Blâmont. Il aurait ainsi conservé les châteaux de Salm, de Pierre-Percée, peut-être aussi celui de Morhange, et le titre de comte de Salm (63) qu'aucun de ses fils n'a porté de son vivant.
Le mariage de Ferry de Salm avec Jeanne de Bar est antérieur à l'année 1242, où ils firent avec Thibaut II, comte de Bar, leur frère et beau-frère, un traité d'alliance défensive contre tous, l'évêque de Metz excepté; cette alliance devait durer même si Jeanne mourait la première (64).
Sur l'acte de 1243, relatif à Saint-Sauveur et Badonviller, analysé plus haut, Ferry figure encore, simplement associé à son père, dans les termes suivants: Henri, comte de Salm et Ferry son fils (65).
Le comte Henri II paraît être mort peu après 1244, probablement en 1246, car l'acte dont l'analyse va suivre prouve que, dès le début de l'année 1247, Ferry de Salm se mettait en mesure d'accomplir le devoir féodal de reprise des fiefs, qui ne pouvait être différé de plus d'une année.
Le 13 janvier 1247 (n. st.), Ferry de Salm fait connaître qu'il a promis « à monseigneur et à son cousin Jacques, évêque de Metz, que, s'il plaît à Dieu qu'il puisse retenir le château et le bourg de Blâmont, par paix faite avec son neveu Henri de Salm, il reprendra lesdits château et bourg de Blâmont et appendances de son dit cousin Jacques, évêque de Metz, ligement, en fief et en hommage, dans les deux mois qui suivront la paix rétablie, sous peine de mille marcs d'argent; que, dans le demi-an après le jour de la reprise du château de Blâmont de son devant dit seigneur et cousin Jacques, évêque de Metz, ce dernier doit lui payer cinq cents livres de messins » (66).
L'éventualité prévue s'étant réalisée dans le courant de la même année, Ferry dut se résoudre à exécuter sa promesse. Par un acte daté du dimanche avant la fête de saint Martin (10 novembre 1247), Ferry, sire de Blâmont, fait connaître qu'il a repris de « monsignor Jacom, par la grâce de Dieu eveske de Mes » et doit reprendre des autres évêques ses successeurs, ligement en fief et en hommage, le château et le bourg de Blâmont et appendances, à l'exception de ce qui doit mouvoir et meut de l'évêque de Toul et du duc. S'il plaît à l'évêque de Metz et à ses successeurs, ils mettront au bourg de Blâmont autant de leurs gens qu'ils voudront, sauf que le donjon du château n'est pas rendable. L'acte fut revêtu des sceaux de Jacques évêque de Metz, de celui de Ferry de Blâmont, et du scel de la cité de Metz (67).
Par une autre lettre de reprise, datée du dimanche après la Saint-Martin (17 novembre 1247), dame Jeanne, douairière de Blâmont, fait la même déclaration (68).
Nous ignorons les détails de la lutte que Ferry de Salm paraît avoir engagée contre son neveu, qui lui réclamait l'héritage paternel. Au cours des hostilités, Ferry aurait été fait prisonnier, si l'on en croyait Richer qui s'exprime comme suit sur ce conflit entre l'oncle et le neveu:
... Finalement, Dieu suscita à Ferry un fort adversaire dans la personne de Henri, son neveu, fils de son frère Henri (III), qui réclamait la moitié du comté de Blâmont.
II chercha, tout d'abord, à le leurrer par de belles promesses; mais, enfin réduit par la force des ormes, il dut lui abandonner sa part, à savoir : Morhanges et Viviers, les châteaux de Pierre-Percée et de Salm. Ferry retint pour lui Blâmont et le haut château de Deneuvre, lequel toutefois fut possédé par la mère dudit Henri (IV), tant qu'elle vécut, car c'était son douaire... (69).
L'acte de foi et d'hommage du 10 novembre 1247 prouve qu'à cette date le partage du comté de Salm était un fait accompli. Mais, entre la mort du comte Henri II et la prise de possession du fief d'avouerie de Senones par son petit-fils, Ferry, d'après Richer, eut le temps de faire sentir durement son autorité.
L'auteur des Gestes de l'église de Senones nous renseigne à ce sujet en ces termes:
Ferry de Blâmont, ayant pris en main le pouvoir, devint aussi injuste et pervers à l'égard de ses sujets et voisins, qu'il l'avait été envers ses parents; car il molesta l'église de Senones de telle sorte que nous fûmes contraints à le faire citer, pour avoir raison de ses injustices. Cela lui déplut tellement qu'il attaqua l'abbé Baudouin et tout le couvent avec une telle violence que, non seulement ils furent contraints à lui céder, mais à résigner entre ses mains toutes les querelles et causes, à se soumettre à sa volonté et à reconnaître qu'ils l'avaient gravement offensé. Cette soumission lui causa une grande joie. Au jour assigné, ils firent des lettres stipulant que l'église de Senones aurait deux charpentiers, un cuisinier, un acranteur, un lavandier, un cordonnier et deux pêcheurs; le reste du val de Senones servirait à sa volonté. Ainsi, l'abbé et le couvent, pusillanimes et faibles, se soumirent avec empressement à la volonté de leur voué. Quant à moi, je n'y étais pas présent et ne voudrais y avoir assisté... Et cependant jusques au temps de Henri de Salm, neveu dudit Ferry, l'abbé et le couvent eurent pouvoir comme auparavant sur leurs pêcheurs et toute leur famille, sans aucune contradiction. Mais Dieu, qui rend à chacun selon ses œuvres, donna juste récompense audit Ferry de sa trop grande malice; car dès la première année où il commença à être appelé comte, jusqu'au dernier jour de sa vie, il ne s'est jamais vu en bon état : ainsi, pour ses dettes, il était quelques années détenu à Metz par ses créanciers, il souffrait de la fièvre ou d'autres infirmités, ou encore, il était détenu par son neveu, le seigneur de Racpostein (70) qui réclamait une partie de l'héritage. Aussi, se voyant ainsi accablé, il vendit à l'évêque de Metz son franc-alleu, le château de Blâmont avec son bourg, et les reçut de lui en fief (71).
Après l'année 1247, Ferry n'agit plus que comme seigneur de Blâmont, le comté de Salm et la vouerie de Senones étant dès lors entre les mains de son neveu Henri IV. C'est ainsi qu'en septembre 1248, le duc Mathieu II de Lorraine donne en fief à son cousin, Ferry de Salm, seigneur de Blâmont, la moitié des bans de Domjevin et de Lafrimbolle, dont il conserve l'autre moitié; et il est stipulé que si, « par droit ou par amour », Ferry pouvait racheter quelque chose de son neveu Henri de Salm, le duc et lui partageraient (72).
Frédéric ou Ferry de Salm, fils puîné du comte Henri II et de Judith de Lorraine, hérita ainsi des domaines réunis sous le titre de comté de Blâmont et fut le fondateur de cette maison. Il avait conservé les armoiries de la maison de Salm. Son sceau, appendu à un acte original sur parchemin, daté du 24 décembre 1254, montre un grand écusson triangulaire chargé de deux saumons adossés, accompagnés de douze croisettes (73). Il mourut en 1255 ou 1256, et l'on ignore le lieu de sa sépulture.
La comtesse Jeanne, sa veuve, était remariée, dès juillet 1257, à Louis, fils puîné du comte Arnulphe de Looz et de Chiny, devenu lui-même comte de Chiny en 1268 sous le nom de Louis V (74).
Le père Goffinet, dans son ouvrage Les Comtes de Chiny, a voulu établir que la comtesse Jeanne de Blâmont mourut avant l'année 1291. Il en voyait la preuve dans une charte originale, datée du 17 septembre de cette année, relative à la famille de Vans et où Isabelle, fille d'Aubertin de Vans, est désignée comme femme du comte Louis V de Chiny. Voici le passage visé de cette charte : « Nous, Loys, cuens de Chiny, faisons savoir... que Ysabealz, mai feme, fille Aubertin de Vans, escuwier, qui fuit, Jehennette et Armangars, ses deux serours, ont recognuit, etc. (75). »
L'auteur lui-même, par un renvoi au bas de la page, a émis un doute exprimé en ces termes : « A moins de supposer qu'il n'y a dans ce mot ma femme qu'une idée de vassalité et que les deux autres soeurs n'aient pas été vassales. » Cette interprétation est la seule admissible; elle s'impose, d'ailleurs, en présence d'un traité passé entre Bouchard, évêque de Metz, et Henri, sire de Blâmont, le 27 février 1291, d'où il résulte qu'à cette date la comtesse Jeanne était encore en vie (76). Elle vivait même encore en 1295, où elle donne quittance à Henri III, comte de Bar, d'une somme de 500 livres de petits tournois qui lui étaient dus par le traité qu'elle avait fait avec lui pour la succession des père et mère dudit Henri III (Thibaut II et Jeanne de Tocy) et de ses frères à elle (Henri de Bar et Renault, seigneur d'Ancerville) (77). Mais elle était sûrement décédée en 1299, comme le prouve une charte, datée du mois d'août de cette année, par laquelle Louis V, comte de Chiny, en exécution des dernières volontés de la comtesse Jeanne de Blâmont, son épouse, donne à l'abbaye d'Orval une maison sise à Ivoix avec ses dépendances et privilèges. Ce document commence ainsi:
Nous Loys, cuens de Chiney, faisons savoir à tous que, com nostre chière moulhiers (78) Jehenne, qui fuit jadis avec nous comtesse de Chiney et dame de Blanmont, cui Dieus face merci, eust en sa desrainne volonteit eleuit sa sepouture, pour la religion dou lieu, en l'abbaie d'Orvaul, qui est en nostre warde et siet en nostre terre de Chiney, et les autres chouses de sa desrainne volonteit elle euist mis en nostre disposition, de la queile ensi trespassée de cest siecle, li cors fuit et est mis à honour, honnorablement receus et ensevelis on lieu desourdit (79)...
L'abbé Tillière dit que Jeanne de Blâmont, chargée d'ans et de mérite, s'était pieusement éteinte le 31 août 1296 (80). La date du 31 août est, en effet, celle mentionnée par le nécrologe d'Orval, et Bertholet, le premier, a fixé l'année de la mort vers 1296. Mais j'estime qu'elle doit être reculée d'une et même de deux années; car il n'est pas probable que le comte Louis V ait attendu trois ans avant d'exécuter les derniers vœux de sa chère défunte. C'est donc le 31 août 1298 que la comtesse Jeanne de Blâmont aura été inhumée à l'abbaye d'Orval où, plus tard, lui fut élevé un monument avec une épitaphe fautive, placée dans la chapelle de gauche de l'église Notre-Dame (81).
Les trois enfants du second lit : Thierry, Godefroy et Marguerite, avaient précédé la comtesse Jeanne dans la tombe (82).
Du premier mariage de Jeanne de Bar avec Ferry de Blâmont, le comte de Martimprey n'a connu que trois fils : Henri Ier, Geoffroy et Thomas (83). Mais elle eut, en outre, une fille portant le prénom de Philippe (84).
C'est Henri Ier, l'aîné des fils de Ferry et de Jeanne de Bar, qui est considéré comme le véritable auteur de la maison de Blâmont. Il abandonna le nom de Salm, que son père avait continué à porter, et il modifia les anciennes armoiries de sa famille en supprimant les croisettes du champ de l'écu. C'est sa statue, en grandeur naturelle, étendue à côté de celle de sa femme, Cunégonde de Linange, qui figure sur le monument funéraire actuellement au Musée lorrain, et provenant des ruines de l'ancienne abbaye de Saint-Sauveur, où ils avaient choisi leur sépulture (85).

HENRI IV. - Henri IV, fils unique de Henri III et de Marguerite de Bar, fut élevé sous la tutelle de sa mère et de ses grands-parents, le comte Henri II et la comtesse Judith, et sous le patronage du duc de Lorraine, son grand-oncle, et du comte de Bar, son oncle. C'est grâce évidemment à ces puissants appuis qu'il put entrer en possession de sa part d'héritage paternel, qui était entre les mains de son oncle Ferry, auquel il dut faire la guerre pour la revendication de ses droits.
Les hostilités commencèrent sans doute aussitôt après la mort du comte Henri II, en 1245 ou 1246. L'acte analysé plus haut prouve que le 13 janvier 1247 (nouveau style), la lutte n'avait pas pris fin; mais l'acte de reprise du 10 novembre de la même année témoigne qu'à cette date la paix était rétablie. Ferry conservait les seigneuries de Blâmont et de Deneuvre, avec la vouerie de Vic, pour laquelle son fils et successeur Henri Ier fit hommage à l'évêque de Metz en 1290 (86). Henri IV, de son côté, fut mis en possession des châteaux de Salm, de Pierre-Percée et de Morhange, ainsi que de la vouerie de Senones.
Avant de porter le titre de comte de Salm, Henri IV se qualifie sire de Henalpierre ou Henaupierre, et non pas Ribeaupierre, comme une mauvaise lecture du texte de Richer l'a fait écrire à Benoît Picart, à Dom Calmet et à tous les auteurs qui les ont suivis. L'erreur ainsi propagée est d'autant plus étonnante que la maison de Salm, pas plus qu'à Bayon, n'a jamais rien possédé à Ribeaupierre, dont le château est situé dans la Haute-Alsace, au-dessus de Ribeauvillé, à l'opposé et très loin du château de Henaupierre (nom germanisé sous celui de Hunolstein), qui se trouve dans le Palatinat, région de Trèves, arrondissement de Berncastel. Cette confusion ne se serait peut-être pas produite, si les auteurs lorrains et luxembourgeois avaient connu le véritable nom de l'épouse de Henri IV. Dom Calmet et Bertholet avaient désigné celle-ci sous le nom de Clémence de Rosoi, confondant ainsi le comte Henri IV de Salm-en-Vosge avec le comte Henri IV de Salm-en-Ardenne, dont la femme, effectivement, se nommait Clémence, fille de Roger de Rosoy (87). Benoît Picart donne à l'épouse du comte Henri le nom de Lorette du Châtelet (88), amenant ainsi dom Calmet à attribuer, par erreur, pour mari à Laure du Châtelet, Henri, comte de Salm (89).
Or, le comte Henri IV de Salm-en-Vosge ou en Saulnois fut marié, dès 1242, à Lorette de Castres, fille cadette de Henri II, comte de Castres, et d'Agnès, comtesse de Sayne (90); elle lui apporta en mariage le haut domaine du château et de la seigneurie de Henaupierre, tenus en fief par un voué qui portait le titre de voué de Hunolstein. Cette alliance est très sûrement établie par une trentaine d'actes authentiques, se succédant de 1252 à 1291. J'en analyserai, ci-après, quelques-uns seulement, choisis parmi ceux qui contiennent des renseignements intéressant la filiation, assez embrouillée jusqu'ici, des descendants du comte Henri IV.
Par le premier de ces actes, daté du 25 décembre 1252, Henri, comte de Salm, et Lorette, son épouse, autorisent Nicolas et Jean, frères, voués de Hunolstein, à partager leurs fiefs entre eux (91).
Le 2 mai 1256, Henri, comte de Salm, seigneur de Hunolstein, et Lorette, sa femme, font connaître que Jean, frère de Nicolas, voué de Hunolstein, leur fidèle vassal, avec leur consentement, assigne en dot à Christine, sa femme, fille du seigneur Ysenbard, chevalier de Warnesperch (92), tout ce qu'il tient en fief à Atelsphah (93). Cette charte était revêtue de deux sceaux dont voici la description:
1° Celui de la comtesse Lorette, en forme d'ellipse, montre une femme debout, vêtue d'une robe montante serrée à la taille au moyen d'une ceinture. La tête est couverte d'une toque, et le dos d'un manteau garni de cordelières tombant de l'épaule sur la poitrine et qu'elle maintient de la main droite. Le bras gauche, ployé, est étendu et sur la main gantée est posé un oiseau. L'inscription est la suivante, en majuscules gothiques : + S. LORETE. COMITISE. DE. SALMIS.;
2° Le sceau du comte Henri IV montre un cavalier galopant à gauche tenant de la droite une épée nue, et de la gauche les rênes du cheval et un bouclier triangulaire qui couvre la poitrine. Sur le bouclier figurent deux saumons adossés; entre eux, un trèfle.
Ces mêmes figures sont reproduites deux fois sur le caparaçon du cheval. Inscription en majuscules gothiques : + S. HENRICI/COMITIS/DE SALMIS.
Aux places marquées par les barres, les pieds de devant et de derrière du cheval coupent l'inscription.
Le contre-sceau, rond et beaucoup plus petit, figure deux saumons adossés, accostés de quatre trèfles: deux entre les saumons et un de chaque côté. Inscription en majuscules gothiques : SECRETVM MEVM (94).
Le 21 avril 1275, Henri, comte de Salm, Henri et Jean, ses fils, hors de tutelle, cèdent à Nicolas, voué .de Hunolstein, leurs droits sur Berncastel et Munzervile (Monzerfeld) en augmentation de fief (95).
Les accroissements de fiefs se multiplièrent dans le cours des vingt années suivantes, au point que la seigneurie tout entière fut engagée au voué qui, finalement, en devint le véritable seigneur (96). Ces engagements, et ceux que nous constaterons plus loin pour notre région, démontrent que le comte Henri IV ne sut échapper aux besoins toujours croissants d'argent se manifestant, à cette époque, chez les plus hauts représentants de la noblesse.
Le 1er avril 1278, Nicolas et Jean, frères, voués de Henaupierre, promettent « à noble et puissant nostre amey signour Henrich, comte de Salmes, et à ses heirs (héritiers) de restituer le chasteil de Henalpierre et toutes les appartenances » qu'ils tiennent en gage, pour 514 livres trévirois (97).
Le 1er avril 1280, Henri, comte de Salm, Henri et Jean, écuyers, ses fils, vendent à l'archevêque Henri de Trèves leurs fiefs de Berncastel et Monzerfeld pour 500 livres trévirois (98).
Le 1er décembre 1281, les mêmes engagent à Henri, archevêque de Trèves, leurs revenus d'une ferme et de six villages, pour 50 livres trévirois (99).
Le 20 août 1282, Henri, comte de Salm, Henri, Jean et Frédéric, ses fils hors tutelle, engagent au seigneur Nicolas, voué de Hunolstein, et à ses héritiers, le château de Hunolstein et dépendances, pour 1.000 livres trévirois. Les trois frères Henri, Jean et Frédéric, n'ayant point de sceau en propre, ont prié leur parent, Henri, seigneur de Fourpach, d'apposer le sien à l'acte (100).
Dans un nouvel acte d'engagement, daté de décembre 1291, figurent Henri, comte de Salm, Jean, chevalier, et Frédéric, clerc, ses fils (101). A cette date, Henri, l'aîné, était donc décédé.
Maintenant que nous avons amplement démontré la qualité de seigneur de Henaupierre, ou Hunolstein, du comte Henri IV, par suite de son mariage avec Lorette de Castres, nous allons examiner, dans leur ordre chronologique, les faits relatifs à l'administration du comté de Salm proprement dit. Cet examen nous fera faire tout d'abord une constatation importante : c'est l'attitude nettement hostile de l'évêque de Metz, Jacques de Lorraine, à l'égard du comte de Salm, son feudataire pour la vouerie de l'abbaye de Senones, mais dont les possessions territoriales en alleu étaient, jusqu'alors, restées indépendantes du temporel de l'évêché de Metz.
L'avènement au siège épiscopal de ce frère du duc Mathieu II de Lorraine devait être fatal au comte Henri IV (102). Nous allons, en effet, assister à l'élaboration d'un plan politique dont la réalisation, dans le cours d'une dizaine d'années, se termina par l'acquisition du haut domaine du comté de Salm par l'évêque de Metz d'une part et le duc de Lorraine de l'autre.
La première manifestation de ce plan d'annexions successives éclata lors du partage du comté de Salm entre Ferry de Blâmont et son neveu, partage favorisé par Jacques de Lorraine moyennant la transformation en fief de l'évêché de Metz de la seigneurie de Blâmont.
Un conflit, qui s'éleva quelques années plus tard entre l'évêque de Metz et le comte Henri IV, est ainsi rapporté par Richer:
Ledit Henri trouva des fontaines d'eau salée à l'endroit du château de Morhange, où il fit creuser un puits et construire des bâtiments propres à faire du sel. L'évêque Jacques y mit opposition et, bien que les constructions fussent déjà très avancées, il ordonna de les détruire entièrement (103).
Cette destruction, sans doute faite à main armée, causa de sérieux dommages à Henri IV qui, d'après Richer, avait fait de grandes dettes pour bâtir ces salines. L'auteur des Gestes de l'église de Senones ajoute:
Et comme il était advenu à son oncle pour Blâmont, Henri, dans le besoin, vendit le château de Morhange, qui était son alleu, au duc de Lorraine et le reçut de lui en fief (104).
Plus loin, Richer précise que le comte de Salm vendit son château de Morhange à Ferry le jeune, duc de Lorraine, pour 700 livres monnaie de Metz, bien que ce château fût son premier alleu, et qu'il le reçût du duc en fief (105).
Cet événement est confirmé par un acte, daté du 21 juillet 1255, par lequel Henri, comte de Salm, s'est reconnu homme lige du duc de Lorraine après l'évêque de Metz et le comte de Bar, et a repris de lui Morhange (106).
On peut supposer que c'est pour soustraire son domaine de Morhange à la mainmise de l'évêque de Metz que Henri IV en fit hommage au duc de Lorraine. Mais ce n'était pas le moyen de se rendre favorable le suzerain de la vouerie de Senones, dont l'attitude hostile s'accentua, comme l'indique le passage suivant de la chronique de Senones:
L'évêque de Metz étant averti de ce pacte fut plus qu'auparavant indigné contre le seigneur comte de Salm et dès lors commença à le contraindre plus âprement que de coutume (107).
L'hostilité systématique de l'évêque de Metz à l'égard du comte Henri IV, dès l'an 1251, est mise en évidence par Richer à l'occasion d'une plainte portée par l'abbaye de Senones contre un frère naturel du comte de Salm accusé d'avoir opprimé cette abbaye. Jacques de Lorraine aurait expressément commandé à un certain Erric, son prévôt:
Que, toutes les fois où l'abbé de Senones viendrait en plaindre à lui, il ne faillît pas de mettre la main sur les biens du comte de Salm, sous peine de perdre ea grâce.
Ce que ledit prévôt s'étudia de faire (108).
Les historiens ont dépeint Jacques de Lorraine comme un prélat actif, entreprenant, agressif, consacrant tous ses efforts aux intérêts temporels de l'évêché, dont il occupa le siège pendant vingt et un ans (1239-1260). Meurisse nous apprend que, dès le début, il s'appliqua « à rabaisser l'insolence des persécuteurs; qu'il châtia d'abord si sévèrement ceux qui entreprenaient de le molester qu'il donna la terreur à tous les esprits remuants et factieux (109) ».
Après la mort de son frère Mathieu II de Lorraine (1220-1251), il exigea le partage de la succession, et la dispute qui s'éleva à cet effet entre lui et le duc Ferry, son neveu, ne fut apaisée que lorsqu'il eut obtenu satisfaction. Le jeune duc lui céda ce qu'il possédait à Marsal, à Vic, à Réméréville, à Courbesault, à Gélacourt, à Rambervillers, à Sornéville, à Villannes et à Buissoncourt. Jacques de Lorraine en agrandit le temporel de l'évêché de Metz. Il fit restaurer le château de Conflans « tombé de vieillesse », le fit entourer de murs et de fossés. Les murailles de Vic, de Sarrebourg, d'Epinal, d'Harestein (110), de Turquestein et de Rambervillers furent élevées, achevées ou réparées par lui; il fit également creuser les fossés de Sarrebourg et les citernes de Harestein et de Turquestein ; enfin, c'est à lui que l'on doit la construction des vingt-quatre tours qui garnissaient l'enceinte de la ville de Rambervillers (111).
Les religieux de l'abbaye de Senones, certains désormais de trouver auprès du suzerain de leur voué un appui exceptionnel et puissant en faveur de leurs revendications séculaires, renouvelèrent les doléances que leurs prédécesseurs avaient si souvent fait valoir contre les ancêtres du nouveau comte de Salm. Voici comment s'exprime à ce sujet le chroniqueur de Senones:
Henri de Salm commença premièrement à malmener la vouerie de Senones, de Plainvoye (112) et de Vipodicelle (113), qui lui était échue par le sort, et affligea les hommes de cette terre de tailles, exactions, servitudes et autres oppressions, au point qu'à peine ils pouvaient se sustenter, car ils pliaient sous le poids de grandes dettes. Comme souvent il était arrivé à son oncle Ferry, le comte Henri était fréquemment retenu en otage pour les deniers qu'il devait à un citoyen de Metz. N'ayant de quoi le satisfaire, il fut contraint de rompre impudemment le serment qu'il avait prêté à son créancier: un certain jour, sans licence, il monta à cheval et quitta la cité. Il opprima tellement cette église de Senones qu'il mettait ordinairement des forestiers en nos bois et des pêcheurs en nos eaux; et à nous, il n'était permis d'avoir qu'un seul pêcheur, ce qui jamais ne s'était vu auparavant, car nous en avions tant que bon nous semblait (114). Il commandait aux hommes de mesurer la terre des champs de l'église en sa présence ou celle de son bailli. Et si quelque laboureur de l'église avait querelle contre nous, le comte Henri plaidait pour lui et prenait fait et cause contre nous. Si quelqu'un de sa seigneurie se faisait religieux, il prenait de lui ses sûretés, ce qu'il ne faisait pas pour les autres. Et s'il arrivait que quelqu'un entrât dans les ordres, qu'il mourût sans héritier ou qu'il voulût transporter ailleurs sa résidence, ledit Henri lui enlevait tous les meubles qu'il pouvait saisir. Quant aux droits et volontés de l'abbé relatifs aux plaids que celui-ci, comme du passé, devait faire sans avoué, il y mettait empêchement, disant qu'il devait y assister pour faire force. Nos mayeurs, doyens, forestiers et nos autres officiers, que l'abbé doit instituer et destituer à sa volonté, ledit Henri les contraignait à son service comme les autres campagnards et leur faisait faire ce qu'ils ne devaient aucunement (115).
En face de cet acte d'accusation, nous aurions aimé entendre la défense de l'accusé, et nous allons être obligés d'y suppléer par l'examen détaillé des griefs, formulés d'une manière assez singulière. Après avoir reproché au comte Henri IV d'affliger les hommes du territoire de la vouerie de Senones de tailles, d'exigences, de servitudes, qui leur auraient laissé à peine de quoi se sustenter, Richer ajoute, d'une manière assez imprévue, qu'il était habituellement détenu comme otage à Metz, n'ayant pas de quoi satisfaire son créancier, un citain de cette ville. II faut évidemment considérer cette détention comme la cause des levées d'impôts imputées au comte de Salm. Remarquons ici que ces détentions comme otage ne touchaient en rien à l'honorabilité des captifs, le plus souvent volontaires. Ces sortes d'accidents arrivaient alors aux plus puissants seigneurs, aux souverains comme aux simples écuyers. C'était même une habitude chez les premiers de donner en otage, quand ils le pouvaient, leurs fils et leurs meilleurs et plus fidèles vassaux. Viennent ensuite les reproches d'empiétements sur les privilèges de l'abbaye, notamment au sujet de ce que l'on appelait les bonshommes qui, précisément, avaient fait l'objet d'un accord avec le précédent voué Ferry de Blâmont, et dont l'application soulevait sans doute des récriminations. Celles-ci sont suivies de plaintes, qui aujourd'hui nous paraîtraient bien peu sérieuses, relatives au mesurage des terres, à la défense des sujets de la vouerie devant la justice et à la tenue des plaids, motifs dont nous aurions peine à nous figurer la gravité, si nous ne savions jusqu'à quel point chacun était jaloux de ses prérogatives et de ses privilèges. Enfin le réquisitoire se termine par le reproche fait au voué de saisir les meubles des sujets qui entrent en religion, qui meurent ou quittent les terres de l'abbaye. Il s'agit évidemment des droits féodaux de mainmorte et d'aubaine. Ce n'est pas que Richer trouve ces droits injustes; il en blâme seulement l'exercice au seul bénéfice du voué.
Le voué de Senones n'était ni plus ni moins entreprenant et envahisseur que ceux des autres abbayes de la région, telles que Moyenmoutier, Saint-Mihiel, Gorze, Verdun, etc.; mais celles-ci avaient pour protecteurs les puissants ducs de Lorraine et comtes de Bar, dont les excès, les empiétements, les usurpations, les violences, ne paraissent pas avoir ému Richer, sans doute parce qu'il n'y était pas personnellement intéressé. Il va nous raconter maintenant un dernier épisode de la lutte engagée contre Henri IV par Jacques de Lorraine qui, mettant à profit les revendications de l'abbaye de Senones, parvint à consommer la ruine de son voué; celui-ci, succombant sous les charges qu'il s'était imposées pour l'exploitation industrielle de ses domaines, se vit alors réduit à vendre à l'évêque de Metz ses châteaux de Salm et de Pierre-Percée et de les reprendre de lui en fief. Voici le récit de Richer:
Finalement ledit Henri, par le moyen de quelques flatteurs, trouva une mine de fer en une montagne près d'un village que l'on nomme Grande-Fontaine (116) où il fit construire des fourneaux et établit des forgerons pour ytravailler le fer. L'abbé et le couvent en ayant eu connaissance se rendirent auprès du comte Henri et lui demandèrent pourquoi, contrairement au droit, il avait fait dresser des forges sur l'héritage de l'église de Senones.
Il leur répondit que cette montagne était de sa juridiction comme protecteur du lieu et par conséquent, il persista dans son entreprise. L'abbé, ému de cette réponse, alla trouver Jacques, évêque de Metz, qui, mis au courant de ces faits, ordonna aussitôt la destruction des forges (117).
Plus loin, Richer précise:
L'évêque, bien courroucé, commanda à son prévôt que, sans délai, il détruisît les bâtiments, ce qui fut fait. Le prévôt ne se contenta pas de ruiner ladite forge; il emporta en outre tous les outils et marteaux qui s'y trouvaient. Et, par ce moyen, le seigneur (Henri) n'osa plus rien entreprendre auxdites forges du vivant de l'évêque Jacques (118).
Voici maintenant comment s'exprime Richer au sujet des conséquences de ces destructions violentes et barbares, qui ne ruinaient pas seulement le comte de Salm, mais encore les communautés de mineurs et de forgerons qui s'étaient constituées sous sa protection:
Contraint à toute extrémité par ses créanciers, et ne voyant aucun autre moyen, il (Henri IV de Salm) réfléchit qu'il pourrait se tirer d'embarras avec les deux châteaux qui lui restaient, savoir Pierre-Percée, que l'on disait être son alleu, et le château de Salm, que Henri de Blàmont (119), aïeul dudit Henri, bâtit sur la terre de l'église.
Il s'en alla auprès de l'évêque de Metz et lui vendit ces deux châteaux. L'évêque, assisté d'hommes experts, se transporta à l'un et à l'autre château et y coucha; il y établit des gardes des tours et concierges des maisons, et après constatation de cette prise de possession par des actes, il les rapporta à son évêché. Et dès lors l'évêque se montra plus conciliant envers ledit comte de Salm (120).
Ce récit ne mentionne pas la reprise en fief des deux châteaux vendus; mais le fait est établi par un acte authentique daté du 9 décembre 1258 et dont je donne ci-après le texte:
Henri, comte de Salm, fait connaître qu'il a repris de mon signor lige Jacques, évêque de Metz, ses chastiaus Saumes et Pierre-Percée et ce qui appent, ligement en fief et en hommage et ensi que li dui chastiau devant dit sont rendables à lui et aux autres évesques de Metz. Et à savoir que, si je moroie sans hoir maile de mon cors, ke mes filles hereteroient en cest fiez devant dit, ensi comme mi fil, si je les avoie. Et, en temoignage, j'en ai donnei ces présentes lettres seeleies de mon scel et dou scel Lorette, ma femme, par qui crant et consentement ceu est fait, et dou scel de la communité de Mez avec lou scel mon signor Jake l'évêque de Metz devant nommé (121).
Cependant, malgré ses offres d'arrangement avec l'abbaye de Senones, le comte Henri IV ne put rétablir les forges du vivant de l'évêque Jacques. Mais la situation changea de face à la mort de ce prélat, survenue en 1260. Ce fut pour l'abbaye de Senones une véritable catastrophe, et Richer, en cette conjoncture, déclare qu'il valait mieux se fier à Dieu qu'aux hommes,
Et que maudit est celui qui se repose sur la force de ses bras, car en moins de rien le secours de l'évêque Jacques nous fut ôté. Et comme nous comptions beaucoup sur l'aide et la faveur de cet évêque, nous éprouvâmes qu'il valait mieux s'arrêter aux promesses du Seigneur que des princes. En effet, au moment même où nous espérions que grâce à lui nous serions mis hors des mains du seigneur de Salm, l'évêque Jacques, frappé de maladie mortelle, mourut. Et par cette fin nous fûmes déçus de notre attente.
Et voici le portrait en raccourci que le moine-artiste de Senones fait de ce puissant protecteur de l'abbaye:
Mais, pour ce que j'ai honte à raconter la pauvreté et vilité de sa mort, je dirai brièvement que celui qui, de son vivant, avait dépouillé les prêtres, clercs, moines et laïcs, ses sujets, de tous leurs biens propres, fut trouvé n'avoir de quoi couvrir son corps.
Aurions-nous là un exemple d'application du jus spolii qui permettait de piller les propriétés épiscopales aussitôt après la mort du titulaire, d'enlever non seulement l'or, l'argent, les céréales et le vin, mais les bestiaux, les récoltes, les meubles qui se trouvaient dans les maisons et jusqu'aux lambris ? Ce droit de dépouilles semblait la conséquence logique de la situation de l'évêque, simple usufruitier de biens meubles et immeubles qui, à sa mort, devaient retourner à la multitude des fidèles (122). Devenu insensiblement la prérogative de quelques-uns, ce droit était principalement exercé par ceux qui avaient mission de veiller à la garde de l'évêché pendant la vie de l'évêque aussi bien que durant la vacance du siège épiscopal (123). Le passage ci-dessus de la chronique de Richer laisserait croire que cet abus n'avait pas encore disparu à Metz au milieu du XIIIe siècle.
Voici maintenant le récit des événements qui suivirent la mort de Jacques de Lorraine:
Quand le seigneur de Salm apprit la mort de l'évêque, il crut qu'il pourrait recevoir notre monastère et ses biens et il commença par agir contre notre indépendance et celle des biens de l'église de Senones, et de fait il nous tracassa plus vivement. Son bailli Renaud, avec quelques compagnons, se présenta au monastère, fit assembler les frères et leur dit : « Mon seigneur m'a envoyé vers vous pour vous avertir que, si vous le voulez, il vous prendra sous sa protection contre tous autres, et sur ce donnez votre avis. » Nous entrâmes aussitôt en chapitre et en délibération; quelques-uns disaient : « Notre abbé n'étant présent, nous pouvons bien accepter cette protection pour quelque temps, avec son approbation »; les autres n'y voulaient rien entendre. Et par ce moyen, nous refusâmes notre bonheur, comme depuis nous l'avons bien suffisamment éprouvé. Car les gens d'armes, en présence de ce refus, saisirent toute l'abbaye et nos granges (124).
Nous savons ainsi, par l'aveu de Richer, que les moines du monastère de Senones, avec l'appui de l'évêque Jacques de Lorraine, cherchaient à soustraire tout le domaine de l'abbaye à la juridiction du comte de Salm, son voué, auquel il était inféodé. Cette tentative d'affranchissement constituait, à l'époque où les fiefs étaient tous déjà devenus héréditaires, une atteinte très grave aux droits seigneuriaux, une véritable spoliation, et c'est ce qui explique la violence de la lutte qui va s'engager entre le voué et les religieux de Senones.
Renaud, dont il est question ci-dessus, était, d'après Richer, un frère naturel du comte Henri IV, qui l'avait fait son bailli, en résidence, semble-t-il, à Badonviller ou à Pierre-Percée. Le refus, opposé au représentant du comte de Salm, de reconnaître celui-ci pour leur voué, c'est-à-dire le protecteur du monastère, eut des conséquences qui semblent avoir été prévues par l'abbé Baudouin, lequel avait jugé prudent de se tenir éloigné de son siège, abandonnant ainsi ses religieux à leur propre inspiration. Il se trouvait peut-être à Metz, cherchant à y gagner l'appui du chapitre ou de l'un des candidats à l'évêché. Richer continue ainsi le récit des calamités qui s'abattirent alors sur le monastère:
Or, le seigneur de Salm, voyant que le temps était mieux disposé en sa faveur, fit rebâtir et restaurer les forges, couper nos forêts pour fournir le charbon et réinstaller des forgerons pour travailler le fer. D'autre part, notre couvent ne cessait de proclamer ses excommunications contre ledit seigneur de Salm et ses adhérent», ce qui lui déplut extrêmement; pour s'en venger, il envoya ses satellites armés avec son Renaud, qui vinrent vendre à l'encan et enlever tous nos biens meubles, chevaux, bœufs, vaches, brebis, pourceaux et les emmenèrent où ils voulurent. Ils firent de même en nos granges et, ce qui est pire, le même jour, ce tyran fit dépouiller de tous biens notre prieuré de Brustanval (125) et notre maison d'Ancerviller. Cela fut fait le samedi le plus proche de Septuagésime. Nous pensions qu'ils se contenteraient de ces sévices; mais voici que, le lendemain matin, Renaud revint avec ses complices, demandant à entrer dans l'abbaye. Devant notre refus, ils franchirent la muraille au moyen d'échelles et, passant devant la chambre de l'abbé, ils entrèrent au cloître. Ils s'emparèrent des clés de l'église, du cloître et de la cave, enlevèrent toute la vaisselle, les ustensiles de ménage et les meubles de notre abbaye. Ils chargèrent plusieurs chars de nos lits, pots de cuivre, poêles de la cuisine, et tout ce qui devait être distribué aux pauvres fut emporté par eux. Plusieurs de leurs gens furent chargés de garder les tours de l'abbaye; les uns furent constitués sommeliers, d'autres portiers et gardes de la cour (126).
C'est durant cette phase de la lutte qu'eut lieu, en signe de suprême protestation, la cérémonie ainsi décrite par Richer:
... Après avoir pris l'avis et le conseil du vénérable Gillon, évêque de Toul, et d'autres prudents personnages, nous mîmes bas les images très sacrées de notre Rédempteur, de saint Siméon, septième [successeur] de saint Clément (127), évêque de Metz; les ayant posées à terre, nous commençâmes, avec de grands pleurs et d'âpres soupire, à noua écrier : « Nous avons soutenu la paix et elle n'est pas venue, nous avons cherché le bien et voici le trouble.
O Seigneur! nous connaissons assez nos fautes, ne sois pas courroucé contre nous à jamais. »
Après cela, suivant les privilèges des hommes apostoliques et papes de Rome, qui excommunient et séparent du giron de notre sainte mère universelle tous les malfaiteurs de notre église, qui les privent de la communion du Corps et Sang très précieux de J.-Ch., et les somment à comparaître au jour du jugement divin, nous déclarions chaque jour pour excommuniés le seigneur de Salm et tous ses adhérents (128).
C'est évidemment l'excommunication ainsi proclamée journellement qui poussa à l'état aigu le conflit entre le voué et l'abbaye. Richer, après l'exposé ci-dessus relatif à l'envahissement du monastère par les hommes d'armes du bailli Renaud, qu'il qualifie de satellite du diable, poursuit ainsi son récit:
Cela fait, Mathieu le prieur, jeune homme de bonne conversation, et tous les autres frères, considérant qu'il n'y avoit plus aucun lieu commode à habiter davantage, sortirent tous en procession précédés de la croix, pleurant et suppliant Dieu tout-puissant de vouloir conduire leurs pas à la voie du salut. Arrivant ainsi à Moyenmoutier, ils y passèrent la nuit. A partir de là, sur l'ordre de l'abbé, ils se retirèrent en divers lieux, car, de tous les religieux, il ne demeura dans le cloître que moi et un autre nommé Bertrand, qui était gravement malade (129).
Richer nous apprend qu'en cette extrémité les religieux de Senones s'adressèrent aux chanoines de Metz et implorèrent leur aide, mais en vain.
Dans l'intervalle, Philippe de Florenges fut nommé à l'évêché de Metz.
Or, continue Richer, resté, comme il le dit, à Senones:
Notre révérend abbé Baudouin, assisté de quelques-uns de nos frères, allèrent trouver l'évêque nouvellement institué et lui firent le récit textuel de nos calamités; mais il se montra si tiède et nonchalant à leur égard que l'on aurait pu le juger un homme de nulle vigueur. Il fit bien quelques promesses verbales, mais elles restèrent sans effet; ce que voyant, nos frères se transportèrent auprès du vénérable Gillon, évêque que le Tout-Puissant avait élevé à la dignité épiscopale de Toul. Bien expressément, ils lui firent entendre nos besoins et nos souffrances, dont l'évêque fut très touché. Ayant appelé un notaire, il fit écrire à Alexandre, abbé de Moyenmoutier, pour l'inviter à se rendre sans délai auprès du seigneur de Salm, afin de le mettre en demeure de renoncer à une si énorme et exécrable iniquité, de rendre les choses qu'il avait enlevées et de ne pas différer à donner satisfaction à Dieu et à l'église d'une telle impiété. Aussitôt qu'il reçut ce mandement, l'abbé, diligent et animé d'un zèle louable, se mit en route pour s'acquitter de sa mission. Étant venu à Badonviller, il y trouva cet « ange de Satan », Renaud, bailli du seigneur de Salm, surexcité dans sa malice. Interrogé sur le but de son voyage, l'abbé fit connaître l'objet de la mission qu'il avait reçue de l'évêque. Renaud, aussitôt transporté de colère, fit arrêter l'abbé Alexandre et le mit dans une maison sous la garde de ses satellites; ceux-ci, pensant que l'abbé supporterait tous les frais, firent de grandes dépenses, au point qu'en deux jours ils s'élevèrent à huit sols toulois. Cependant, les frères de Moyenmoutier ayant appris que leur abbé était détenu captif, se rendirent en toute hâte auprès de Godefroy, prévôt du duc de Lorraine, pour l'en informer. Le prévôt réunit aussitôt quelques hommes d'armes avec lesquels il se dirigea sur Badonviller, lieu de détention de l'abbé; mais, arrivé à mi-chemin, on lui conseilla de ne pas s'avancer davantage sans avoir demandé auparavant la mise en liberté de l'abbé de son seigneur, et qu'en cas de refus seulement il pourrait, avec raison, agir à sa volonté. Le prévôt, usant de ce conseil, envoya promptement deux hommes d'armes qui demandèrent l'élargissement de l'abbé captif. Devant cette intervention du prévôt du duc de Lorraine, le bailli prit peur et fit relâcher son prisonnier. L'abbé exposa alors solennellement le mandement qu'il avait reçu de l'évêque, déclarant le bailli et le seigneur de Salm excommuniés, la terre de ce dernier mise sous défense et prohibition, excepté le viatique des mourants et le baptême des enfants. Après cela, l'abbé et le prévôt, avec les leurs, retournèrent en leurs demeures. Cependant, l'évêque de Toul, qui toujours s'est élevé en faveur de la défense de l'église de Dieu (130), supplia l'évêque de Metz qu'il voulût bien agir contre le seigneur de Salm, dans son évêché de Metz, comme lui-même avait fait dans l'évêché de Toul pour la défense de Senones. En réponse, l'évêque de Metz donna commission patente au sieur Némérique, gouverneur de Vic, pour aller, exploiter son mandement à Morhanges. Arrivé au château de ce lieu, l'envoyé de l'évêque lut ses lettres et invita le seigneur de Salm à restituer les choses qu'il avait enlevées à l'église de Senones et à donner satisfaction de son démérite. En cas de refus, l'envoyé devait le déclarer excommunié par l'évêque de Metz, avec tous ses fauteurs, coadjuteurs et adhérents, avec ses vassaux, et toute sa terre soumise à la défense et prohibition édictées par les statuts de Trèves. Les officiers du château, en entendant ces propos, mirent la main sur l'envoyé de l'évêque, l'emprisonnèrent et le mirent aux fers. Pour abréger sa détention, il se mit en otage entre leurs mains pour la somme de 70 livres et fut ainsi libéré. Revenu auprès de l'évêque, le gouverneur de Vic lui apprit le beau traitement que lui avait valu sa commission. Le seigneur de Salm fut donc excommunié et sa terre tellement mise en défense que l'on permettait seulement la sépulture catholique aux habitants qui y mourraient. Et, de fait, la sentence de l'archevêque de Trèves conserva toute sa force contre le seigneur de Salm et tous ses fauteurs et adhérents. Et comme il s'en trouvait extrêmement embarrassé, Renaud, ce malheureux bailli de sa perdition, ou plutôt l'Antéchrist, commença à inventer de nouvelles exactions et oppressions; c'est ainsi qu'à la saison d'automne, au mois de septembre où les laboureurs ont coutume de labourer les champs et héritages, il (l'inventeur de tous les maux) fit défense aux hommes de notre église de Senones de fournir les corvées qu'ils nous doivent, de cultiver nos champs et nos jardins selon la coutume. Ainsi ce détestable bailli leur défendit de cultiver nos champs afin qu'affligés de disette, nous vinssions plus facilement à nous soumettre à la volonté de son maître.
Le seigneur de Salm, voyant que ni par sa malice, ni par l'oppression qu'il exerçait sur nous et notre église, ni par le moyen de l'archevêque de Trèves, auquel il se fiait entièrement, ni par l'évêque de Metz qui même craignait de l'offenser, ni encore par les avocats et juristes qu'il avait su se rendre favorables par des dons, il ne pouvait révoquer la sentence d'excommunication, et sentant d'autre part son âme en danger, il commença à chercher les moyens de traiter la paix avec nous. Mais, comme ces moyens lui semblaient difficiles, tant à cause de la restitution des choses enlevées et de la nécessité de donner pleine satisfaction, que parce qu'il avait honte de satisfaire à Dieu, à l'église et à nous, pour ses crimes si indignes à raconter, son esprit vacillait en maintes et diverses considérations, d'autant plus que le duc Ferry le jeune, qui, après son père Mathieu, avait pris récemment le gouvernement du duché de Lorraine, comme aussi le comte de Vaudémont le jeune et plusieurs autres jeunes chevaliers, le poussaient plutôt à mal qu'à bien faire. Enfin, le seigneur de Salm, après s'être efforcé vainement d'amener l'abbé et les religieux à mettre nos biens sous sa protection, alla trouver Philippe, évêque de Metz, pour le prier d'intervenir pour le rétablissement de la paix. Et de fait, l'évêque commença à donner meilleure entente à la cause du comte qu'à la nôtre; car il avait auprès de lui un homme d'armes, très savant babillard, qu'on nommait Albert d'Otonville et qui autrefois avait servi de conseiller au seigneur de Salm. Sur son conseil, l'évêque ordonna la paix désirée et il nous menaça, si nous allions à l'encontre de cette ordonnance de paix, de se tourner contre nous et notre église; et certes, nous ne savions que faire contre cela. Toutefois, Dieu insinua au cœur de notre abbé d'affirmer constamment ne vouloir adhérer ni consentir aux compositions faites par l'évêque pour cette paix, que, préalablement, le seigneur de Salm ne restituât entièrement les choses et les droits qu'il nous avait ôtés; ce que l'évêque accepta. Le seigneur de Salm nous assigna même un jour et incontinent demanda le bénéfice de l'absolution, ce que l'évêque de Metz lui promit volontiers. Mais le très mémorable Gillon, évêque de Toul, affirma que de sa vie il ne lui donnerait l'absolution avant qu'il n'eût donné caution de se conformer au mandement de l'église. Le seigneur de Salm, voyant qu'il ne pouvait trouver aucune échappatoire, fit solennellement serment, en présence des susdits évoques, de clercs et d'hommes d'armes, d'obéir au mandement de l'église et du vénérable Gillon, évêque de Toul. Et ainsi, il mérita le bénéfice d'absolution et sa terre fut délivrée de l'interdictiqn. Ledit seigneur de Salm, croyant que les trésors de l'église, qu'on avait transportés ailleurs par crainte de guerre, seraient aussitôt rapportés au monastère, commanda aux hommes de notre église de labourer et faire des corvées pour la culture de nos champs et jardins, comme ils devaient et qu'ils avaient coutume de le faire. Ce mandement fut donné la dernière semaine d'avril, qui fut la plus proche de Pâques. Le bailli vint aussi au monastère et vida la cour de tous les vassaux de son seigneur; et ceci fut fait le sixième jour plus proche de Pâques, que l'on nomme Parascene (131). Mais quant aux choses qui avaient été enlevées, rien ne fut restitué. On dit que notre abbé usa assez finement de cette circonstance, en ne permettant à aucun des religieux de rentrer au monastère avant que les biens meubles et autres choses qu'on y avait pris ne fussent restitués et rendus. Et, par ce moyen, l'office divin ne fut nullement célébré à Senones depuis la veille de Pâques jusqu'à la veille de la Nativité de N.-S. Aucun des religieux ne resta dans notre monastère de Senones, à l'exception de frère Bertrand, qui était gravement malade; un autre religieux, nommé Hugues, qui assez ingénieusement recueillit les meubles dispersés et conduisait bien diligemment les bœufs, les chevaux et toutes choses qui concernaient son obédience, agit de telle façon que rien, de ce dont il avait charge, ne périt par sa faute. Avec ces deux religieux, je, frère Richer, étais aussi demeuré (132).
Dom Calmet nous a laissé le texte du traité qui intervint entre l'abbé de Senones et le comte de Salm et qui fut scellé par l'évêque de Metz en novembre 1261. Le voici:
Baudouin, abbé de Senones, et le couvent, d'une part, et Henry, comte de Salm, d'autre, font savoir qu'ils ont fait paix des choses ci après écrites : savoir que toutes les mines qui se trouveront dans les montagnes de Froide Plenne et de Ferramont (Froide-Plaine et Framont), lesdits abbé et couvent et ledit comte en auront la moitié; qu'ils feront des forges communes à leur plus grand profit; que les lu lis se prendront tant pour la construction desdites forges que pour l'usage d'icelles, dans les quatre bans de Senones, de Celle, de Vipucelle (133) et de Plaine (1) et ne se prendront des mines que dans lesdits quatre bans, sinon dans les montagnes de Ferramont et de Froide Plenne, et lesdits abbé et couvent et ledit comte de Salm fourniront chacun par moitié tous les frais qu'il conviendra faire pour la construction desdites forges, pour tirer la mine et pour les frais qu'il conviendra faire en toute manière, et chacun jouira de la moitié de tous les profits qui en proviendront et ni l'une ni l'autre partie ne peut Oter ni mettre en autre lieu ladite mine, ni la transporter ailleurs, tout le temps que lesdites forges communes en auront besoin et qu'elles pourront forger (134).
Richer, dont la chronique se termine précisément l'an 1262, rapporte que le comte de Salm ayant fait reporter à l'abbaye tout ce que son bailli Renaud en avait emporté, l'abbé Baudouin y revint, avec toute sa communauté, la veille de Noël de ladite année 1262 (135).
Dans la première partie de ce chapitre, nous avons essayé de donner un aperçu des actes de Henri IV de Salm, en sa qualité de seigneur de Henaupierre, durant la période s'étendant aux années 1252 à 1282.
En 1268, nous le trouvons chargé, de concert avec l'évêque de Verdun, de la garde du château de Condé-sur-Moselle que, par le traité de paix du 1er février 1268, l'évêque de Metz, Guillaume de Trainel, avait promis de livrer au duc de Lorraine Ferry III et au comte de Bar Thibaut II, si, pour le 1er avril de la même année, l'évêque Guillaume ne leur avait donné entière satisfaction sur tous les points en litige (136).
En 1270, Henri IV reconnaît devoir à Pierron de Pierre-Percée 100 livres de messins, pour lesquelles il lui engage tout ce qu'il avait à Pexonne (137).
Quelques années après, la succession au comté de Castres entraîna le comte de Salm dans une série de négociations qui se terminèrent par le rattachement de ce comté au temporel de l'évêché de Metz.
Renaud de Lorraine, quatrième fils du duc Ferry II et d'Agnès de Bar, avait épousé Elisabeth, fille aînée de Henri II, comte de Castres, et de Clémence de Rethel. Il avait succédé au comte de Castres mort sans enfant masculin.
Renaud lui-même, puis sa veuve Elisabeth, étant morts sans postérité, le comté de Castres revenait, pour une partie, à Lorette, épouse du comte Henri IV de Salm. Un traité, intervenu en 1275, le lundi après la fête de saint Luc l'évangéliste (21 octobre), entre Lorent, évêque élu de Metz, et Henri, comte de Salm, nous renseigne sur les préliminaires de cette succession : Henri IV, pour lui et aux noms de son fils Henri, qu'il met hors de tutelle, et de ses autres enfants, s'engage à n'abandonner à Ferry III, duc de Lorraine, sans le consentement de l'évêque, ni le comté de Castres, ni Putelange et dépendances, ni le cinquième de la succession que le duc réclame. Le comte Henri reconnaît que Castres et Putelange avec leurs dépendances sont des fiefs de l'évêché de Metz, liges et rendables. L'évêque, de son côté, déclare qu'il ne fera nul accord à ce sujet au préjudice du comte de Salm, de son fils et de ses autres enfants; il dit que le comté de Castres est échu à l'évêché à défaut d'héritier mâle. Le comte de Salm, pour lui et ses enfants, déclare que l'évêque devait donner ledit comté en fief, soit aux héritiers des cinq sœurs, dont il a épousé l'une, soit aux héritiers de l'une d'elles.
L'évêque Lorent et le comte Henri IV s'accordèrent de la manière suivante : le fils aîné du comte est devenu homme lige, devant tous hommes, du seigneur l'évêque; et s'il venait à mourir, celui de ses frères qui lui succéderait serait à son tour homme lige de l'évêché, comme le premier l'avait été. Ce successeur demanderait le cinquième de Castres et de Putelange et dépendances en fief et en hommage lige et rendable à l'évêché perpétuellement; les quatre autres parts demeureraient à l'évêque qui donnerait au fils du comte la moitié en fief et hommage. Et s'il fallait acheter ou racheter les parts des autres héritiers, l'évêque en aurait la moitié et le fils du comte de Salm l'autre moitié en payant sa part; ils ne pourraient ni acheter ou racheter, ni vendre, ni acquêter sans le consentement de l'un et de l'autre. Si le fils du comte ne pouvait payer sa partie de l'achat ou du rachat prévus, l'évêque devait lui prêter sa part de deniers pour un an et si, à l'expiration de l'année, il n'avait pu effectuer le remboursement, il n'aurait plus part dans tout ce que Pévêquc aurait acquêté de ses deniers; l'acquittement envers l'évêque pourrait se faire avec Morhange, que le duc de Lorraine a obtenu par force. Si le comte de Salm pouvait se soustraire à l'hommage qu'il en a fait au duc, il reprendrait ce fief de l'évêque et de ses successeurs. L'évêque de Metz aiderait le comte de Salm contre le duc, contre le seigneur de Blâmont et contre tous autres à grandes et petites forces.
Tous les accords antérieurs relatifs au comté de Castres furent déclarés cassés, sauf les convenances du comte de Salm avec les héritiers dudit comté et celles relatives aux 800 livres et aux gages que ces héritiers lui ont donnés pour les dépens faits en vue de la garde du château et de la terre dudit comté de Castres (138).
Le 6 juillet 1276, Henri IV vend à Lorent, évêque de Metz, tout ce qu'il avait à Chambrey, à Betoncourt, à Mons, à Grémecey, leurs dépendances et tous les fiefs et hommages avec la garde qu'on lui en devait à Pierre-Percée. Il transfère tous ses droits à l'évêque et à ses successeurs; il déclare que si ceux de Rosières et leurs héritiers ou autres, qui tiennent, ont tenu ou doivent tenir leur fief de lui, ne voulaient, en une maison convenable désignée par l'évêque, faire la garde « an et jour » qu'ils devaient à Pierre-Percée, ledit évêque les contraindrait à garder ce château que le comte de Salm tient de lui en la forme qu'il l'a repris de l'évêque Jacques. Le comte Henri se tient pour payé de 300 livres de fors, prix de la vente des fiefs, gardes et hommages dont il s'agit (139).
Le lendemain, 7 juillet, Henri, comte de Salm, fait savoir à nobles hommes, le seigneur Joffroy, le seigneur Brun, les enfants Barbette de Rosières, le seigneur Symon de Busenville, la dame de Beffroimont, le seigneur Jehan de Marsaul (Marsal) et à tous ceux qui tiennent de lui en fief et hommage des héritages ou droits dans le ban de Chamberey, à Mons, à Gremesy, à Betoncourt et dépendances, qu'il a vendu à Mgr Lorent, évêque de Metz, ce qu'il avait en ces lieux, avec les hommages et les gardes (140).
Le 2 juillet 1277, Henri, comte de Salm, et Henri, comte de Vaudémont, apposent leurs sceaux à un acte de Lorent, évêque de Metz, au sujet de l'hommage du comté de Sarrebruck, par Mgr Simon, comte de Sarrebruck (141).
Le 19 mai 1284, à Haboudange, Bouchard, élu de Metz, Henri, comte de Salm, Henri, Jean et Ferry, ses fils, concluent un accord au sujet du comté de Castres. Le comte et ses fils veulent et octroient que honorable sire Bouchard ait, pour lui et pour l'évêché de Metz, le comté de Castres, sauf que Henaupierre, Xomberg et Putelange, avec les dépendances de ces trois châtellenies, demeurent à leurs héritiers. Le comte Henri fait savoir que lui et son héritier tiennent et doivent tenir en hommage ligement du seigneur l'élu et des autres évêques de Metz ses successeurs, Putelange, le château et le bourg et dépendances. L'évêque Bouchard s'engage à payer, audit comte et à ses fils, deux mille livres de messins. Le comte Henri et ses fils Henri, Jean et Ferry promettent qu'aussitôt après le paiement de ces deux mille livres de messins, ils mettront l'évêque « en saisine et possession de Castres, des hommages et des appendises, sauf que Henaupierre, Xomberch et Putelange et ce qui en appent, leur demeurent comme il est dit ci-dessus ». Cet accord fut scellé et revêtu des sceaux de l'évêque Bouchard, de Henri, comte de Salm, et de Henri de Forbach, ce dernier prié, à cet effet, par Henri, Jean et Ferry, fils du comte de Salm, ses cousins qui n'avaient pas encore de scels propres (142).
Le 8 juin suivant, Bouchard, élu de Metz, fait savoir que des 2.000 livres de messins qu'il devait payer à son cher féable, noble homme Henri, comte de Salm, par l'accord fait entre eux pour le comté de Castres, il en a payé 1.000, les autres 1.000 livres devant lui être payées à la Nativité de Notre-Dame en septembre, faute de quoi, il « veut et octroie que l'homme et le gardien de Castres rendent et délivrent audit comte et à ses hoirs, Castres, le châtel, le bourg et les appendises et ne pourraient l'élu Bouchard, ni ses successeurs, rien réclamer ni demander ». L'évêque élu déclare, en outre, que s'il ne payait les 1.000 livres restantes au jour fixé, Salm, Pierre-Percée, Castres et Putelange ne seraient plus rendables à l'évêché de Metz à partir de ladite date; toutefois le comte de Salm et ses héritiers tiendraient ligement en fief et hommage dudit évêché les quatre châteaux et les bourgs susdésignés (143).
C'est à cette époque que se place la visite faite au château de Salm par Jacques Brétex, l'auteur du poème bien connu : Les Tournois de Chauvenci (144), qui commence sa description par le récit d'un voyage où il reçut l'hospitalité du comte Henri, lequel, dit-il, dépasse les autres en courtoisie, libéralité, franchise et noblesse et dont il vante la bonté et la sagesse (145).
L'emploi du temps de ce trouvère, le jour de la fête de Notre-Dame, c'est-à-dire le 15 août 1284, offre un tableau pittoresque et vivant, qui intéresse au plus haut point notre sujet:
Au point du jour, annoncé au son de la corne par le guetteur du donjon, Jacques Brétex sortit du château de Salm pour aller se promener dans les bois et « remuer ses pensées », c'est-à-dire pour se distraire. Tout en chevauchant en silence et en s'absorbant dans ses pensées, il fit soudain la rencontre d'un chevalier tenant en mains le tronçon d'une grosse lance brisée. Il reconnut aussitôt Conrad Warnier (146) de Hastatt, landvogt ou comte provincial de la Haute-Alsace qui, en cette qualité, résidait sans doute alors au château de Plixbourg, situé sur le ban de Wintzenheim, derrière le Hohenlandsperg; là mourut en effet, l'an 1276, son épouse, fille du comte de Ferrette. C'était un personnage important, car outre le château de Barbenstein, situé à une lieue à l'ouest de Hastatt, sur une montagne élevée, la maison de Hastatt possédait encore le château moyen de Haut-Eguisheim, ceux d'Ober-Ensisheim, d'Ober et Nieder-Heringheim, de Holzweiler et de Wickersweiler, près de Colmar (147). La Chronique de Colmar nous apprend qu'en juillet 1278, Conrad Wernher avait rassemblé un corps de troupes de cent hommes d'élite, montés sur des coursiers caparaçonnés en guerre, qu'il conduisit en Bohême contre le roi Ottocar (148); et que, précisément vers 1284, il brûla aux seigneurs de Girsperg le château qu'ils avaient construit sur la montagne de Staufenberg, à 1 kilomètre de Soultzbach (149). L'auteur du poème ne nous dit pas si le belliqueux landvogt alsacien venait de briser sa lance dans une rencontre guerrière ou simplement en cours de chasse, dans l'attaque de quelque gros gibier ; son silence nous incline plutôt en faveur de cette dernière hypothèse.
Conrad Warnier, de son côté, avait reconnu Jacques Brétex, et la conversation s'engagea aussitôt entre eux, le premier s'exprimant en français avec le rude accent alsacien, plaisamment imité dans son récit par le poète roman. Celui-ci invita son interlocuteur à se rendre, pour la Saint-Remy prochaine, à Chauvency où il trouverait une grande assemblée de gens, pour éprouver sa vaillance dans les joutes et les tournois, pour danser et se divertir (150). L'énumération, faite ensuite par Brétex, des principaux barons et des plus nobles dames devant assister à la fête, décida finalement Conrad Warnier à promettre d'y prendre part également, en compagnie de son fils Conrardin (151). Là-dessus, on se sépara et Jacques Brétex retourna au château de Salm. Il y trouva la table déjà mise et occupée; on s'empressa d'en disposer une à côté où on le fit asseoir. Dès que le comte l'aperçut, il lui demanda d'où il venait pour s'être levé de si bon matin. Le poète lui raconta sa rencontre et sa conversation avec Conrad Warnier et il le fit rire en imitant le roman incorrect et les défauts de prononciation du chevalier alsacien.
Après le dîner, Jacques Brétex prit congé du comte de Salm, qui non seulement avait fait prendre soin de son cheval, mais lui fit encore cadeau d'une cotte d'armes, d'un corselet, d'une housse verte, « de mouffles et d'un chaperon fourrés de bon fin vair »; il le fit en outre accompagner par l'un de ses varlets. Le poète est malheureusement très sobre de détails sur l'itinéraire suivi; il se contente de dire qu'il passa le Saumois, Metz et laissa Briey à sa droite, et il ajoute:
(Vers 268.) A Anviller vins cette nuit,
A grant joie et à grant desduit (152).
L'auteur des notes topographiques, M. Delmotte, identifie Anviller avec Anweiler, dans la Basse-Alsace, ce qui n'est pas admissible. L'opinion émise depuis d'y voir Avillers, canton d'Audun-le-Roman, offre beaucoup plus de probabilité. Mais une nouvelle étude du texte m'a suggéré une tout autre solution. Ce texte n'oblige nullement de voir dans Anviller une station au delà de Briey; ses termes impliquent, au contraire, un lieu d'arrêt après une étape déterminée. Les deux vers 266 et 267 indiquent la direction générale suivie par le poète dans sa marche vers Chauvency; mais les vers suivants (268 et 269) se rapportent évidemment à la première étape, celle commencée au départ du château de Salm et se terminant à la nuit. Ce lieu d'étape n'est autre qu'Ancerviller, canton de Blâmont. Nous nous rendons compte, dès lors, de l'itinéraire suivi au cours de cette première journée. Jacques Brétex aura gagné la vallée de la Plaine, par le chemin passant au col de Prayé; suivant ensuite cette vallée, jusqu'auprès de Celles, il se sera dirigé sur Badonviller, soit par la Chapelotte, soit par Pierre-Percée. De Badonviller, le chemin se poursuit par Neuviller jusqu'à Ancerviller tout proche. La distance ainsi parcourue ne dépasse pas la longueur d'une étape de troupe à cheval, même en tenant compte de la grande partie montagneuse de l'itinéraire.
A Ancerviller, le comte de Salm possédait un château et la réception joyeuse et divertissante, faite au voyageur et à son escorte à l'arrivée, s'explique ainsi naturellement. C'est peut-être pour garder au vers sa mesure de huit pieds que le poète aura écrit Anviller pour Ancerviller. Dans le vers suivant, il déclare qu'il distribua ses journées de manière à se trouver à Chauvency le dimanche de la fête, c'est-à-dire le 1er octobre. Il mit donc un mois et demi pour effectuer le trajet, et cette indication vient à l'appui de mon interprétation relative à Ancerviller, car Avillers n'est situé qu'à deux ou trois journées au plus de Chauvency. Dans l'intervalle de ces six semaines, Brétex aura sûrement visité bien d'autres châteaux que ceux du comte de Salm; mais il passe ces visites sous silence, dans la crainte sans doute de donner trop d'ampleur à un poème spécialement consacré aux exploits, divertissements et réjouissances des trois jours de fête dont Chauvency fut le théâtre les lundi 2, mardi 3 et jeudi 5 octobre 1284.
Ainsi, il n'aura certes pas manqué de se rendre au château de Blâmont, auprès du comte Henri Ier qui, sous le surnom de Maus Cerviaux ou Maucervet, fut l'un des héros de ces fêtes. Les vers suivants ne laissent aucun doute sur l'identification de ce personnage:
V. 2827. A cestui mot, i ot grant feste,
Et Maus-Cerviaux dréça la teste;
Si a juré Thomas, son frère,
Et Ferri de Blanmont, son père.
Le passage qui suit n'est pas moins précieux, en ce qu'il dépeint les armes adoptées par Henri Ier, et où ne figurent plus les croisettes de celles de la famille de Salm:
V. 3161. Maucervet au vermeil escu,
A deux saumons d'argent batu (153).
Par contre, aucune mention n'est faite de la présence du comte Henri IV de Salm ou de ses fils. Une seule fois le nom de Salm retentit dans le champ clos du tournoi. C'est Maus Cerviaux qui, le dernier jour de la fête, chevauchant devant le front de la bataille, à l'attaque du parti adverse:
V. 3692. Dedens son hiaume crie et hue: « Saumes ! Saumes! » Puis fiert et frape.
Par ce cri de guerre, le sire de Blâmont tenait évidemment à rappeler l'origine illustre de cette branche de la famille de Salm.
L'abstention du comte Henri IV peut s'expliquer par son âge déjà avancé, par l'état de santé peut-être déjà précaire du fils aîné Henri qui, quatre ans après, descendit prématurément dans la tombe, et enfin par les difficultés avec lesquelles la maison de Salm était alors aux prises relativement au comté de Castres.
Les conventions et accords relatifs à la succession du comté de Castres furent, en effet, suivis d'une guerre, avec alternatives diverses, entre l'évêque de Metz et le duc de Lorraine. Conrad, évêque de Strasbourg, et Henri, comte des Deux-Ponts, prirent le parti de l'évêque; Henri, comte de Vaudémont et ses trois fils Renaud, Henri et Jacques, se joignirent à Ferry III (154).
Un acte, daté du 15 septembre 1286, nous met au courant d'arrangements intervenus par la suite entre les belligérants : l'évêque Bouchard y déclare que Henri, comte de Salm, tient et doit tenir le château, la ville et dépendances de Morhange du duc Ferry de Lorraine. Il s'engage, en outre, à ne pas soutenir le comte de Salm contre le duc au sujet de la part que celui-ci a acquise à Xovemberch (Schaumberg) et Puttelange. En ce qui concerne Castres et appartenances, qui sont à l'évêque et de son fief, celui-ci promet de laisser jouir le duc, comme seigneur, des droits qu'il lui donnerait sur ledit Castres et appartenances et sur le fief mouvant de lui. Il est enfin spécifié que Castres et appartenances, en fiefs, gardes, hommages et héritages demeurent toujours à l'évêque et à l'évêché de Metz, quelle que soit l'extension que le duc ferait de ses droits au préjudice du comte de Salm et de ses héritiers (155).
Le lendemain, 16 septembre 1286, Bouchard, élu de Metz, et Ferry, duc de Lorraine « et marchis », font savoir que, d'un commun accord, ils ont mis entre les mains de Louis de Jeandelincourt, archidiacre de l'église de Metz et leur féable Mgr Renaud de Neufchàtel, chevalier, « une lettre parolle de Castres et de la chastellerie et appendances et en laquelle le duc a mis son scel ». Tant que le duc ou ses héritiers n'iraient en rien à l'encontre de monseigneur l'élu ou de l'évêché de Metz, ils ne devaient se dessaisir desdites lettres et cela jusqu'à ce que le duc et nobles hommes Henri, comte de Salm, Henri et Jean, ses fils, aient fait la paix. Mais sitôt que le duc, ou ses héritiere, et le sire de Salm et ses fils se seront entièrement mis d'accord, ils devront délivrer lesdites lettres à l'évêque (156).
Le 14 mai 1288, Henri comte de Salm, Henri, Jean et Ferry, ses fils, déclarent que Bouchard, évêque de Metz, leur a payé ce dont ledit comte Henri s'était obligé, pour l'évêque et ses devanciers, envers le seigneur de Wangnes, ainsi que le montant des dommages qu'ils pouvaient lui demander jusqu'à ce jour, spécialement pour les dommages que l'évêque et ses gens, ou ses aides, leur ont faits dans leurt chevauchées. La quittance est scellée du sceau du comte Henri et de celui de Henri, seigneur de Forbach, apposé à la prière de ses cousins Henri, Jean et Ferry, qui déclarent n'avoir pas de sceau (157).
Un traité fait entre le duc de Lorraine Ferry III et le comte tle Fribourg, à l'occasion du mariage du fils de ce dernier, Conrad, avec Catherine de Lorraine, vise le différend qui existait alors entre le duc Ferry III et le comte de Salm. Ferry III déclare, au •ujet de ce différend, qu'il s'en tiendra au jugement de l'évêque de Strasbourg « et si H. comte de Salm et Jean son fils refusaient de subir son jugement, l'évêque prendrait le parti du duc Ferry contre l'évêque de Metz ». Ce traité fut écrit dans le cloître de l'abbaye de Moyenmoutier, le mercredi avant le dimanche des Palmes 1289 (158).
Le 5 février 1290 (n. st.) Henri, comte de Salm et ses fils Jean et Ferry, font savoir qu'ils ont vendu à Bouchard, évêque de Metz et à l'évêché, la seigneurie de Xowemberg (Schaumberg) (159).
Par lettres données le lendemain, Bouchard d'Avesnes reconnut au comte de Salm et à ses fils, le droit de racheter de lui Schaumberg moyennant le paiement d'une somme de 1.000 livres messins et le remboursement des frais avancés par l'évêque pour la fortification de ladite place, selon l'évaluation qu'en devait faire Henri, seigneur de Forbach (160).
Le 8 février 1291 (n. st.) une sentence arbitrale fut rendue par Jean de Dampierre, sire de Saint-Dizier, surarbitre pour le règlement des différends survenus entre Bouchard, évêque de Metz, le comte de Salm et ses enfants, le seigneur de Forbach, le seigneur Thibaut de Neufchâtel et tous les alliés de l'évêque d'une part; Ferry, duc de Lorraine et marchis, Conrad de Réchicourt et tous les alliés du duc d'autre part. Le duc devait rendre et délivrer à l'évêque, le jeudi après les octaves de la Chandeleur prochaine, Castres, le donjon et le bourg, Condé, Deneuvre, le « chastel com dit Backerrat » (château de Baccarat), Rambervillers, le donjon et le bourg. Et si le duc faisait valoir des revendications sur Schaumberg, sur Puttelange ou ailleurs, en raison d'acquêts faits par lui ou par son oncle, jadis comte de Castres, on devait lui faire droit (161).
Cette sentence arbitrale eut pour conséquence un traité, qui fut conclu le mercredi avant la Saint-Martin d'hiver (7 novembre 1291) (162).
Les contestations entre Ferry III et le comte de Salm, relatives à Schaumberg, Puttelange et Morhange, furent réglées par sentence arbitrale de Geoffroy de Joinville, seigneur de Vaucouleurs, en date du 2 novembre 1291 (163).
Le 4 novembre 1291, Henri IV demande, au duc Ferry III, de recevoir l'hommage de son fils Jean de Salm, chevalier, pour le fief de Morhange et les autres fiefs relevant du duc de Lorraine (164).
Ce fut sans doute l'un des derniers actes souscrits par le comte Henri IV, car il mourut en 1292, comme en témoigne l'épitaphe ci-après, transcrite par Dom Calmet au lieu de sa sépulture, dans l'abbaye de Salival où déjà reposait Lorette son épouse : Ci-gist li sire Henri, comte de Saumes qui mourut li mardi après l'apparition l'an de grâce M.CC.LXXXXII priez Dieu por li (165).
De son mariage avec Lorette de Castres, Henri IV eut trois fils:
1° Henri, l'aîné, qui figure pour la première fois, à la suite de son père, dans un acte du 21 avril 1275, au profit de Nicolas, leur voué de Hunolstein, et pour la dernière fois, également à la suite de son père et avant ses frères Jean et Ferry, dans une quittance du 14 mai 1288 (166). Il mourut entre cette dernière date et le 4 août de la même année, où son nom ne figure plus à côté de ceux de son père et de ses deux frères;
2° Jean, qui continua la lignée sous le nom de Jean Ier, comte de Salm;


Fig. 3. - Sceau de Jean Ier, comte de Salm

3° Ferry, qui apparaît, pour la première fois, à la suite de son père et de son frère Jean, dans un acte daté du 10 mai 1280, portant engagement, du château de Henaupierre ou Hunolstein, à Georges, comte sauvage. Il figure ensuite, toujours à la suite de ses frères Henri et Jean, en 1282 et 1283. Enfin, nous le trouvons une dernière fois mentionné, après son père et son frère Jean et avec la qualification de clerc, dans un acte en date du lendemain de la Trinité 1291 (167).

CONCLUSION

Le comté primitif de Salm, situé dans l'Ardenne belge, aux confins du pays de Liége, était, depuis le XIe siècle, en possession de la puissante dynastie des premiers comtes de Luxembourg. Devenu l'apanage d'un cadet de cette maison, Herman Ier, qui occupa une situation élevée à la cour épiscopale de Metz et fut élu, en 1081, roi de Germanie contre l'empereur Henri IV, le comté de Salm ne tarda pas à s'étendre vers le sud-est. Après l'abdication et la mort de Herman Ier survenues en 1088, son fils aîné, Herman II, jeta les bases du futur comté de Salm-en-Vosge par son mariage avec Agnès de Montbéliard, veuve du comte Godefroy de Langenstein, issu de la maison d'Alsace. Par cette alliance, le comte Herman II acquit, dans le Saulnois et le Blâmontois, des domaines importants qui, avec le fief-vouerie de l'abbaye de Senones, dont il se trouve investi dès le début du xne siècle, formèrent un ensemble progressivement étendu par les mariages de ses successeurs.
Herman II, en prévision de la vacance jugée prochaine du siège comtal de Luxembourg, rechercha l'appui de l'empereur Lothaire II et séjourna fréquemment à sa cour, en compagnie de son frère, Otton de Rineck, qui, par son mariage avec Gertrude de Nordheim, sœur de la reine Richenza, était devenu son beau-frère. Le comte Herman II fut ainsi amené à s'allier au duc Simon Ier de Lorraine (demi-frère de Lothaire II) contre l'évêque de Metz et le comte de Bar. Il succomba, au cours de ces luttes contre ses beaux-frères, en même temps que son fils aîné Herman III, vers l'année 1036. Henri Ier, son fils puîné qui lui succéda, trop jeune sans doute pour revendiquer le comté de Luxembourg devenu vacant précisément en 1036, hérita de tous les domaines de son père Herman II et de son frère Herman III, domaines très étendus qu'il augmenta encore par son mariage avec une fille de la maison de Lutzelbourg issue de celle de Ferrette. A ce moment, la maison de Salm avait atteint l'apogée de sa puissance et, dans une charte de l'évêque Henri de Toul, datée de 1049, le nom du comte Henri Ier figure, comme témoin, avant ceux des comtes de Vaudémont, de Bar et de Chiny.
Le partage, qui suivit la mort de Henri Ier et qui réduisit l'héritage du fils aîné, Henri II, de tout l'ancien comté de Salm-en-Ardenne distrait en faveur du fils puîné Frédéric, marqua une première étape dans la voie de la décadence. Cependant, l'éloignement de ce domaine ardennais enlevait à cette mesure l'importance qu'elle aurait eue avant l'avènement de la nouvelle maison comtale de Luxembourg; car ce domaine, devenu fief d'une dynastie étrangère, ne répondait plus aux visées d'agrandissement et d'indépendance des premiers comtes de Salm. La part du comte Henri II comprenait tous les châteaux et seigneuries du Saulnois, du Blâmontois, de Pierre-Percée, ainsi que les fiefs-voueries de Vic et de l'abbaye de Senones. Pour justifier son titre de comte de Salm, qu'il tenait à conserver, Henri II, dans le dernier quart du XIIe siècle, fit bâtir le château de Salm-en-Vosge, sur un rocher escarpé du bassin de la Bruche, aux confins de l'Alsace (Voir planche, p. 118).
Les plaintes de l'abbaye de Senones contre ses voués, que nous trouvons formulées dès le début du règne de Herman II et qui se renouvelèrent pour ainsi dire périodiquement par la suite, sont dues surtout à la situation spéciale de cette abbaye, qui de royale devint épiscopale au moment de la donation qu'en fit Charlemagne à l'évêque de Metz. Le voué n'était pas, comme en beaucoup d'autres monastères et même dans les prieurés de l'abbaye de Senones situés en dehors du domaine épiscopal, un officier relevant de l'abbé; il était le représentant direct de l'évêque de Metz, qui l'avait nommé et dont il tenait sa charge de voué à titre de fief transmissible, comme les autres fiefs déjà à cette époque, moyennant l'hommage lige à l'évêque suzerain.
L'abbé, de son côté, devait foi et hommage à ce seigneur temporel pour la jouissance du domaine de l'abbaye, sous la protection du voué épiscopal. On saisit ainsi la différence entre les deux fiefs : celui de l'abbé lui donnait la jouissance paisible de la propriété foncière, avec son droit naturel de juridiction; l'autre, celui du voué, comportait l'exercice d'une fonction avec charge de protéger le territoire de l'abbaye contre toute attaque et de fournir à l'évêque le contingent militaire requis. Le bénéfice concédé au voué, et consistant habituellement en diverses redevances payées par les habitants, constituait la rémunération de ses services.
L'emplacement choisi par le comte Henri II pour la construction du château destiné à servir de place d'armes et de chef-lieu de son comté, empruntait aux circonstances une signification particulière. Ce choix marquait la volonté d'en faire le centre d'un Etat qui ne pouvait s'étendre qu'au détriment des évêchés de Metz et de Strasbourg. Le mariage de Henri II, avec Joatte ou Judith, fille du comte Ferry de Bitche et sœur du duc de Lorraine, ne pouvait que fortifier ce projet ambitieux. Mais la mort prématurée de leur fils a!né et les agissements coupables du puîné survivant, Ferry, écartèrent pour le moment toute tentative d'agrandissement. Ce fils aîné, Henri III, marié à une fille du comte de Bar, avait été associé au gouvernement du comté et mis en possession des seigneuries de Deneuvre, de Blâmont, de Morhange et de Viviers. Nous avons relaté le conflit qui s'éleva entre lui et l'abbé Wildéric de Senones et qui aboutit à l'abandon temporaire du monastère par la plupart des religieux. Richer, qui rapporte ces faits, reproche à Henri III d'avoir aspiré à l'empire. Un brillant avenir s'ouvrait donc devant lui, quand il mourut en 1228, à la fleur de l'âge, laissant un fils au berceau. Son père, le comte Henri II, mourut plus que nonagénaire, vers 1245 et fut inhumé, ainsi que son épouse Judith, dans l'abbaye de Senones sous un tombeau que Richer orna de sculptures (Voir fig. 2, p. 137).
Le fils survivant, Ferry, s'empara aussitôt de tout le comté, au mépris des droits de son jeune neveu; mais celui-ci, avec l'appui sans doute du comte de Bar, parvint à se mettre en possession de son héritage. Ferry dut se contenter de la seigneurie de Blâmont et du château de Deneuvre. Ce nouveau démembrement fut beaucoup plus grave que le précédent, puisqu'il eut pour conséquence la création, au centre même des possessions du comté de Salm-en-Vosge, d'un nouvel Etat dont la rivalité initiale devait fatalement s'accentuer par la suite. Ferry devint ainsi la tige des sires ou comtes de Blâmont.
L'évêque, Jacques de Lorraine, était un esprit politique trop prévoyant et trop entreprenant pour ne pas tirer parti de la situation. Il accorda son appui au comte Ferry, moyennant sa promesse de lui vendre et de reprendre de lui en fief le château et le bourg de Blâmont, si un accord avec son neveu lui attribuait cette seigneurie. Cette éventualité s'étant réalisée, Ferry dut exécuter sa promesse et il fit ses reprises à l'évêque de Metz le 10 novembre 1247.
Le jeune comte Henri IV resta en possession du reste de l'héritage paternel, notamment des châteaux de Salm, de Pierre-Percée, de Morhange, de Viviers et de la vouerie de Senones. Ces domaines constituaient un ensemble fort imposant, auquel vint s'ajouter encore la seigneurie allodiale de Henaupierre ou Hunolstein que lui apportait en dot son épouse Lorette de Castres. Jacques de Lorraine pressentit le danger que faisait courir, à l'évêché de Metz, l'existence de ce comté indépendant enclavé dans les possessions épiscopales. Il s'attacha, dès lors, à poursuivre, auprès du comte de Salm, l'œuvre qui lui avait si bien réussi vis-à-vis du nouveau sire de Blâmont. Cette politique avait d'autant plus de chances de réussite que le comte Henri IV, paraissant avoir renoncé à la vaine gloire des exploits de ses ancêtres, consacrait toute son activité et son intelligence à l'organisation d'établissements industriels. C'est sur ce terrain que ses adversaires parvinrent à le vaincre. La destruction du puits et des bâtiments annexes, construits près de son château de Morhange pour l'extraction du sel, amenèrent tout d'abord le comte Henri IV à vendre ce château allodial au duc de Lorraine et à le reprendre de lui en fief, afin de le soustraire à de nouvelles ingérences de l'évêque de Metz.
Stimulé par la crainte de voir les autres possessions allodiales de la maison de Salm passer sous la suzeraineté des ducs de Lorraine, l'évêque Jacques hâta, avec une rudesse et une dureté que seule la grandeur du but à atteindre pourrait justifier, l'exécution du plan qu'il s'était tracé. Faisant droit aux protestations de l'abbé de Senones contre l'établissement des forges sur le territoire de l'abbaye, il fit détruire de fond en comble les fourneaux et les bâtiments et enlever tous les outils, le tout installé à grands frais et déjà en plein rendement. C'était la ruine, et pour se relever Henri IV dut se résoudre à vendre, à l'évoque Jacques, ses châteaux de Salm et de Pierre-Percée et à les reprendre de lui en fiefs, après qu'il en eut pris possession, dans les formes alors en usage. Le comté de Salm-en-Vosge, comme le comté de Blâmont en formation, n'étaient plus alors que des fiefs de l'évêché de Metz.
Jacques de Lorraine ayant ainsi atteint son but, ne se soucia plus dès lors de donner satisfaction aux religieux de l'abbaye de Senones, qui croyaient obtenir de lui la suppression du voué. L'évêque mourut d'ailleurs, peu après, en 1260. Cette mort fut pour l'abbaye de Senones une véritable catastrophe, car le successeur de Jacques de Lorraine, Philippe de Florenges, bien loin d'épouser les idées d'affranchissement des religieux, se montra plutôt disposé en faveur de son voué. Le comte Henri IV, sans rencontrer d'opposition de la part de l'évêque de Metz, fit rétablir les forges de Framont, ce qui lui valut l'excommunication proclamée journellement, par le couvent de Senones, contre le voué et ses adhérents. Ainsi envenimé, le conflit ne tarda pas à dégénérer en violences. Les officiers du comté de Salm, usant des représailles si fort en honneur à l'époque, procédèrent à l'enlèvement du bétail, des meubles et ustensiles de cuisine, c'est-à-dire à ce genre de pillage appelé gagerie, l'une des plaies les plus douloureuses du Moyen Age. Ces excès et l'occupation de la cour intérieure du monastère par les hommes d'armes du bailli Renaud, entraînèrent un deuxième exode des religieux. L'intervention de l'évêque de Toul ne fit qu'aggraver la situation, par la mise en interdit de tout le comté, d'autant plus que le duc de Lorraine, le comte de Vaudémont et d'autres chevaliers conseillaient plutôt la résistance. Finalement, la paix fut rétablie, grâce à l'intervention de l'évêque de Metz. Un traité, daté de novembre 1261, décida que toutes les mines des montagnes de Froide-Plaine et de Ferramont appartiendraient par moitié à l'abbaye de Senones et au comte de Salm; que les forges seraient rétablies à frais communs et leurs profits répartis par moitié entre eux. Ce conflit finit donc par où il aurait dû commencer, c'est-à-dire par un accord raisonnable des deux parties. Avec un peu de bonne volonté de part et d'autre, cette lutte homérique entre l'abbaye et son voué aurait pu être évitée.
Jacques Brétex nous a laissé une description très vivante d'un séjour effectué par lui au château de Salm-en-Vosge, en 1284. Il attribue au comte Henri IV des qualités tout à son honneur et qui ne sont contredites par aucun des actes authentiques que nous avons eu à analyser. Ni lui ni aucun de ses fils n'ont assisté aux tournois de Chauvency, retenus qu'ils étaient alors, sans doute, par les négociations au sujet de la succession au comté de Castres, ouverte par les décès successifs du comte Renaud de Lorraine et de sa veuve Elisabeth de Castres. Celle-ci étant morte sans postérité, une partie de l'héritage revenait à sa sœur Loretta, mariée au comte de Salm.
Henri IV, précédé dans la tombe par son épouse et son fils aîné Henri, mourut lui-même en 1292 et reçut, comme eux, la sépulture à l'abbaye de Salivai. Il eut pour successeur son fils aîné, Jean, qui ouvre la série des comtes de ce nom se terminant par Jean IX.
Ce dernier, célibataire, institua pour son héritière sa nièce, Christine de Salm, qui, par son mariage avec François de Vaudémont, en 1597, apporta à la maison de Lorraine la partie du comté de Salm située au nord-ouest de la Plaine, mais délimitée seulement en 1751.
La partie qui s'étendait au sud-est revint à une dynastie devenue complètement étrangère au pays, au profit de laquelle tout l'ancien territoire de l'abbaye de Senones fut, en 1623, érigé en principauté.
D'usurpation en usurpation, cette nouvelle dynastie était parvenue à transformer le fief-vouerie relevant de l'évêché de Metz en un petit Etat indépendant dont les habitants se donnèrent librement à la France, en 1793.


(1) Ses autres frères étaient : 1° Philippe, sire de Gerbéviller; 2° Thierry, sire d'Antigny, connu sous le nom de Thierry d'Enfer, que l'on considère comme l'auteur de la maison du Châtelet; 3° Henri le Lombard, sire de Bayon.
(2) Pour la visite de ces ruines, consulter l'itinéraire décrit par le baron F. SEILLIÊRE, dans son ouvrage richement illustré -.Documents, etc., p. 160 et 161.
(3) ... similiter de redditibus molarum quae ibi abstrahuntur vel cum venduntur aut abducuntur, nihil ad episcopum, ita similiter mea erant et fratribus dedi. Arch. dép., H, 1374. Cf. Abbé CHATTON, Hist. de l'abbaye de Saint-Sauveur, p. justif., p. XII et XIII (Mém. S. A. L., 1898).
(4) Aedificavit quoque apud Bruscam domum lapideam in curia nostra sitam. RICHER, I. IV, ch. 22. G. WAITZ, Monumenta Germaniae historica. Scriptores, t. XXV, p. 311.
(5) D. CALMET, Hist. de l'abb. de Senones, éd. Dinago, p. 99. Ce cens annuel, s'il était réellement payé par la suite à l'abbaye de Senones, pouvait s'appliquer à toute autre chose qu'au l'onds du château de Salm.
(6) BERTHOLET, III, p. 8 et p. justif., p. VII.
(7) Chronicon S. Michaelis in pago Virdunensi, ch. 7 dans Mon. Germ. hist., SS, IV, p. 81. Cf. L. JÉRÔME, L'Abbaye de Moyenmoutier, p. 189.
(8) II s'agit peut-être de Fonteny, localité située à 2 km.au sud-est de Viviers.
(9) Éditée par Dinago, p. 99.
(10) Tome II, p. 382.
(11) BERTHOLET, IV, p. 200; p.justif., p. XXIV; D. CALMET, II.
(12) BERTHOLET, IV, p. XXXIII; D. CALMET, II.
(13) Benoît PICART, p. 245; BERTHOLET, IV, p. 220; D. CALMET, VII, p. 179. A cette croisade prit part aussi Pierre de Brixei, évêque de Toul, qui mourut à Jérusalem en 1192.
(14) Supplément à l'histoire de la Maison de Lorraine, imprimé à Toul, en 1704, 1re partie, p. 47.
(15) Jahrbuch, 1893, p. 82.
(16) ALBÉRIC, Chronic. ad. an. 1207.
(17) ALBÉRIC, Chronic. ad. an. 1208.
(18) D. CALMET, II, col. 135, IV, col. CCLXXVI; BERTHOLET, IV, p. 294-297; DIGOT, II, p. 12-15.
(19) Orig. N. D. A. H. 578. Cf. Jahrbuch, 1893, 1re partie, p. 88.
(20) RICHER, I. IV, ch. 22, Mon. Germ. hist. SS, p. 311.
(21) II s'agit de saint Siméon, 7e évêque de Metz après saint Clément, dont la commémoration se fait le 18 février.
(22) D. CALMET, Hist. de l'abb.de Senones, éd.Dinago, p. 107. Richer se garde bien de mentionner cette donation.
(23) Abbé CHATTON, Hist. de l'abb. de Saint-Sauveur. Mém. S. A. L. 1898, p. justif., p. XIII. Cette pièce, en copie moderne, n'est pas datée.
(24) Doc. sur l'hist. de Lorr., 1893, p. 105.
(25) Docum., etc., 1893, p. 138.
(26) Docum., etc., 1893, p. 138.
(27) Docum., etc., 1893, p. 157.
(28) Docum., etc., 1893, p. 157. Je n'ai pu identifier cette localité d'Arcis volutis. S'agirait-il d'Art-sur-Meurthe ?
(29) Mettensia. Cart. de l'év. de Metz, I, n° 141, p. 334; II, p. 42.
(30) II s'agit de Vidric, abbé de Senones, de 1224 à 1238. Richer semble oublier ici que c'est à Henri III, fils de Henri II, qu'il attribue, dans un chapitre précédent, les difficultés avec l'abbé Vidric.
(31) RICHER, 1. IV, ch. 29. Mon. G. H. SS., t. XXV, p. 317.
(32) F. SEILLIÈRE, Doc. pour servir à l'hist. de la princip. de Salm-en-Vosge et de la ville de Senones, sa capitale, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, p. 159. Paris, 1898.
(33) Archives de Meurthe-et-Moselle, H. 1432.
(34) D. CALMET, Hist. de l'abb. de Senones, éd. Dinago, p. 132.
(35) Baron F. SEILLIÈRE, Documents pour servir à l'hist. de la principauté de Salm-en-Vosge, etc., p. 69, pl. 23. Revue historique ardennaise, 1894, p. 222.
(36) Henri le Lombard, seigneur de Bayon, était le frère de Judith, épouse du comte Henri II de Salm. Sa femme se nommait Agnès de Riste.
(37) RICHER, I. IV, ch. 29. Mon. G. H. SS., t. XXV,p. 317.
(38) D. CALMET, Hist. de l'abb. de Senones, éd. Dinago, p. 132.
(39) Baron F. SEILLIÈRE, Documents, etc., p. 41, pl. 12. Ce dessin, reproduit par le baron F. Seillière, avait été communiqué par lui à Ch. Fontaine, qui l'a fait reproduire dans son Recueil des différents monuments du diocèse de Saint-Dié, publié en 1875 par A. Humbert, à Saint-Dié. M. G. Save, de son côté, l'a publié, dans la Lorraine artiste de l'année 1886. Enfin, le baron Seillière a fait graver le trait des dessins sur des dalles de pierre, par M. Levasseur, sculpteur à Nancy. Ces dalles ont été placées par ses soins dans la chapelle historique de l'église de Senones.
(40) Mentionné par D. CALMET, VII, col. 179 ; par BERTHOLET, IV, p. 299, et par FAHNE, I, p. 56, avec les dates 1215 et + av. 1224, sans doute en bas âge.
(41) Couvay, hameau de la comm. d'Ancerviller, cant. de Blâmont. En 1238, les seigneurs de Couvay étaient voués du ban de Vézeval appartenant à l'abbaye de Moyenmoutier et situé près de Raon-1'Étape. Cf. L. JÉRÔME, p. 323.
(42) Outray était une maison ou un petit village situé sur le ruisseau et dans le vallon à l'ouest de La Petite-Raon; il y avait aussi un moulin (note de D. Calmet, éd. Dinago, p. 119).
(43) RICHER, I. IV, ch. 25. Mon. G. H. SS., t. XXV, p. 313.
(44) RICHER, I. IV, ch. 28. Mon. G. H. SS, t. XXV, p. 316-317.
(45) Journal S. A. L., 1883, p. 188-193.
(46) Journal S. A. L., 1883, p. 188-193.
(47) H. LEPAGE, Les Communes de la Meurthe, art. Viviers.
(48) Hist. de Toul, p. 40 et 44.
(49) Hist. de Lorr., II, col. 382.
(50) Hist. du Luxemb., IV, p. 300.
(51) Du CHESNE, Histoire généal. de la maison royale de Dreux, etc. Hist. de la maison de Bar-le-Duc, p. 37. Paris, 1631.
(52) BERTHOLET, IV, p. 417. L'âge requis, c'est-à-dire l'âge nubile. Or, Marguerite, épouse de Henri III de Salm, devenue veuve, avait un fils, qui fut Henri IV.
(53) Geschichte der Grafen, etc., p. 56.
(54) Du CHESNE, ibid., p. 31.
(55) RICHER, I. IV, ch. 31. Mon. G. H., t. XXV, p. 318.
(56) Voir supra, p. 127.
(57) Voir supra, p. 128.
(58) de FOURNY, Inventaire des titres, etc., t. X, 2e partie. Abb. de Senones. Mém. S. A. L. 1890, p. 91.
(59) H. GOFFINET, Les Comtes de Chiny, p. 323 et 382. Arlon, 1880. L'auteur fait erreur en attribuant au premier mari de Jeanne le nom de Henri, comte de Salm. En 1257, le comte de Salm était Henri IV, fils de Henri III mort en 1228; ce dernier, nous l'avons vu, était marié à Marguerite de Bar que nous considérons comme la tante de Jeanne de Bar. Coïncidence bizarre, BUTKENS, Troph., 1, 210, nomme cette dernière Sibylle, prénom qui a été également attribué à l'épouse de Henri III de Salm.
(60) II est à remarquer que la maison de Dombasle portait: de sable à deux saumons adossés d'argent, l'écu semé de croix recroisetées au pied fiché d'argent, armes qui, à la seule différence de la couleur de l'écu, sont celles de la maison de Salm.
(61) Mém. S. A. L. 1890, p. 91.
(62) Voir supra, p. 129.
(63) Parmi les seigneurs assistant à la cérémonie de la consécration épiscopale de Jacques de Lorraine, en janvier 1239, figure Frédéric, comte de Blâmont. BÉNÉDICTINS, Hist. gén. de Metz, t. II, p. 434. Ici le titre de comte doit être pris dans le sens de seigneur, celui de comte étant purement honorifique.
(64) D. CALMET, VII, col. CCCCLVII.
(65) Archives de Meurthe-et-Moselle, H. 1432.
(66) Mettensia. Cartul. évêques de Metz, I, n° 186, p. 400.
(67) Mettensia. Cartul. évêque de Metz, I, n° 181, p. 394. Le texte a été publié par le comte E. DE MARTIMPREY dans Les Sires et comtes de Blâmont. Mém. S. A. L., 1891, p. 124.
(68) MEURISSE, Hist. des év. de Metz, p. 462. Il résulte de cet acte que le château de Blâmont avait été constitué en douaire à Jeanne de Bar, épouse de Ferry de Salm, comme celui de Deneuvre à Marguerite de Bar, femme de Henri III de Salm, l'aîné.
(69) RICHER, 1. IV, ch. 29. M. G. H., t. XXV, p. 317.
(70) Ce nom a été interprété, par tous les auteurs lorrains, messins, luxembourgeois, comme étant celui de Ribeauvillé, où la maison de Salm n'a cependant jamais rien possédé. Nous croyons être le premier à y voir le nom de Hénaupierre, germanisé en celui de Hunolstein. Nous le démontrerons au chapitre consacré à Henri IV.
(71) RICHER, I. IV, ch. 31. M. G. H., t. XXV, p. 318.
(72) Documents, etc., 1893, p. 225 et 313.
(73) Arch. nat. J. 986. Cf. L. VIELLARD, Doc. et mém., etc., p. 189. F. SEILLIÈRE, Documents, etc., pl. 69.
(74) H. GOFFINET, Les Comtes de Chiny, p. 325; Arlon, 1880.
(75) Ibid., p. 382. Cartulaire d'Orval, p. 554.
(76) Mém. S. A. L., 1890, p. 103.
(77) Ibid., p. 91.
(78) De mulier, femme.
(79) Cartul. d'Orval, p. 597-599.
(80) N. TILLIÈRE, Hist. de l'abb. d'Orval, p. 230.
(81) BERTHOLET, V, p. 233.
(82) Ibid.; H. GOFFINET, Les Comtes de Chiny, p. 377.
(83) Les Sires et Comtes de Blâmont, p. 92.
(84) H. GOFFINET, ibid., p. 377.
(85) Mém. S. A. L., 1890, p. 128.
(86) MEURISSE, p. 483.
(87) D. CALMET, VII,col. CLXXXIV;P. BERTHOLET, V,p.330. Clémence de Rosoy appartenait à la maison de Rosoy-sur-Serre (Aisne), qui portait : d'argent à trois roses de gueules, barbées d'or. Son sceau et son contre-sceau (1270) sont reproduits dans la collection des sceaux de Salm aux Archives nationales. Cf. Revue hist. ardennaise, 1894, p. 129.
(88) Benoît PICART, Hist. de Toul, p. 44. Il nomme le comte de Salm, Henri V. Or, il s'agit bien de Henri IV, dernier des comtes de Salm-en-Vosge du nom de Henri.
(89) D. CALMET, Hist. généal, de la Maison du Châtelet, p. 21. Nancy, 1741.
(90) Sayn, au-dessous de Coblence. Agnès était fille de Henri II, comte de Sayn, comte de Saffenberg, et d'Agnès de Nassau. Castres paraît être Bliescastel, sur la Bliese, entre Deux-Ponts et Sarrebruck.
(91) FAHNE, Gesch. der Grafen, etc. II, p. 24.
(92) Warnesberg, village à 2 lieues de Boulay et de SaintAvold. Le château était situé sur une montagne, à l'est de Saint-Avold et à l'ouest de Boulay (Moselle).
(93) Localité non identifiée.
(94) FAHNE, II, p. 28 et 30.
(95) Ibid., p. 37.
(96) Ibid., p. 66-67.
(97) Ibid., p. 38.
(98) FAHNE, II, p. 44.
(99) Ibid., p. 47.
(100) Ibid., p. 39 et 40. Fourpach ou Forbach, entre Sarreguemines et Sarrelouis.
(101) Ibid., p. 40 et 41.
(102) L'évêque Jacques de Lorraine, fils de Ferry II, duc de Lorraine, et d'Agnès de Bar, était le cousin du comtede Salm, Henri IV, et celui-ci, par son mariage avec Lorette de Castres, sœur cadette d'Elisabeth de Castres, était beau-frère de Renaut de Lorraine, frère de l'évêque et du duc Mathieu II.
(103) RICHER, I. IV, ch. 32. Mon. Germ., t. XXV, p. 318.
(104) Ibid.
(105) Ibid., l. V, ch. 6. M. G. H., t. XXV, p. 334.
(106) Archives de Meurthe-et-Moselle, B 566, n° 88. Archives de la Meuse, B 256, fol. 389.
(107) RICHER, l. V, ch. 7. M. G. H., t. XXV, p. 334.
(108) Ibid., 1. V, ch. 6.
(109) MEURISSE, Hist. des év. de Metz, p. 458.
(110) II y avait un château à Arnstein, sur une haute montagne près de Coblence; mais il s'agit plus vraisemblablement de Herenstein, dont les ruines se voient sur un rocher ardu et taillé à pic, entre les châteaux de Barr, de Saverne, de Lutzelstein. et dominant la ville de Neuwiller.
(111) Ibid., p. 458 et 463.
(112) Plaine, village du canton de Saales.
(113) Vipucelle (Vipodi cella), hameau de la commune de La Broque, canton de Schirmeck.
(114) Ceci est en contradiction avec ce que Richer rapporte au l. IV, ch. 31, voir supra.
(115) RICHER, 1. IV, ch. 32. M. G. H., t. XXV, p. 319.
(116) Grandfontaine, village du canton de Schirmeck.
(117) RICHER, 1. IV, ch. 32. M. G. H., t. XXV, p. 318.
(118) Ibid., 1. V, ch. 7. Ibid., p. 331.
(119) L'aïeul de Henri IV, qui fit construire le château de Salm, était non pas Henri de Blâmont, mais le comte Henri II de Salm. Blâmont faisait alors partie intégrante du comté de Salm. Mais Richer, systématiquement,s'abstient dequalifier de comtes les seigneurs de Salm qui cependant avaient droit à ce titre. Voir supra, p. 146, ce que nous avons dit au sujet de la construction du château de Salm.
(120) RICHER, 1. V, ch. 8. M. G. H., t. XXV, p. 335.
(121) Mettensia, Cart. év. de Metz, I, p. 582.
(122) LUCHAIRE, Hist. des inst. monarch. de la France, II, p. 66-67.
(123) Cet exercice du jus spolii avait eu lieu, au commencement du XIIIe siècle, à Châlons, malgré la bulle du pape Honorius II (1125-1129) portant excommunication contre les habitants de la ville et en particulier contre les vidâmes qui s'empareraient des meubles de la maison épiscopale après le décès des évêques (Arch. de la Marne, G, 9, f° 19. Cf. Félix SENN, L'Institution des vidamies en France, Paris, 1907, p. 150).
(124) RICHER, 1. V, ch. 10. M. G. H., t. XXV, p. 336.
(125) II s'agit du prieuré de La Broque, village situé sur la Bruche qui le sépare de Schirmeck, ch.-l. de canton. D. CALMET dit que ce prieuré est supprimé depuis très longtemps, après avoir subsisté quelques siècles. Notice de Lorr., art. La Broque.
(126) RICHER, 1. V, ch. 10. M. G. H., t. XXV, p. 336.
(127) L'évêque Angelram, après avoir reçu de Charlemagne la régale de l'abbaye de Senones, voulant gagner l'affection de ses religieux et les consoler de la perte qu'ils faisaient de la protection immédiate du Roi, leur envoya le corps de saint Siméon, 7e évêque de Metz après saint Clément. Les religieux, aigris contre leur abbé, refusant de recevoir dans leur église les saintes reliques, le prélat usa de prudence et de douceur et les fit déposer sur une colline située au midi du monastère où il bâtit une chapelle pour les recevoir. Plus tard, les religieux se repentirent de leur refus et, sous l'abbé Norgand (vers 785), les reliques de saint Siméon furent conduites en grande cérémonie dans leur église et mises dans une châsse d'argent (RICHER, l. II, ch. 2 et 4. M. G. H., t. XXV, p. 270 et 271).
(128) RICHER, 1. V, ch. 9. M. G. H., t. XXV, p. 335. Il arrivait, dans des cas semblables, qu'on descendît à terre les châsses des saints et qu'on les déposât sur des fagots d'épines. Mais tout cela était défendu par les conciles XIII de Tolède, ch. 17 (Voir t. VI Concil., p. 1262), et de Lyon, sous Grégoire X, ann.1274.
(129) RICHER, 1. V, ch. 10. M. G. H., t. XXV, p. 336.
(130) Il faut entendre ici l'église de Senones.
(131) Sans doute Parasceve, mot qui désigne d'habitude le vendredi saint. Voir Léon Germain de Maidy, Sur quelques tombeaux de Royaumont, dans Bull. S. A. L., mars 1908.
(132) RICHER, 1. V, ch. 11 et 12, M. G. H., t. XXV, p. 337-339.
(133) Voir supra.
(134) D. CALMET, t. IV, Preuves, col. CCCLXXXVII.
(135) RICHER, 1. V, ch. 36 et 23, M. G. H., t. XXV.
(136) DIGOT, II, p. 95.
(137) Doc. de l'Hist. des Vosges, t. V, p. 155.
(138) Mettensia. Cartul. de l'év. de Metz, I, p. 268.
(139) Mettensia, Cartul. év. de Metz, I, p. 365.
(140) Ibid., I, p. 275.
(141) Ibid., I, p. 10.
(142) Arch. de Metz, G. 37, fol. 294 v°. Cf. Mettensia, Cartul. de Metz, I, p. 13.
(143) Mettensia,Cartul., I, p. 59.
(144) Les Tournois de Chauvenci donnés vers la fin du XIIIe siècle, décrits par Jacques Brétex en 1285. Manuscrit de 4.500 vers, annotés par Philibert Delmotte, biblioth. de la ville de Mons et publiés par H. Delmotte, son fils, conservateur des Archives de l'État à Mons. - Impr. A. Prignet, à Valenciennes, 1835.
(145) Vers 32 à 43. On remarquera le contraste de ce jugement avec celui laissé par Richer, de Senones.
(146) Vers 43 à 56.
(147) SCHOEPFLIN-RAVENEZ, L'Alsace illustrée, IV, 282.
(148) Ibid., V, 554.
(149) SCHOEPFLIN-RAVENEZ, op. cit., IV, 230.
(150) Vers 57 à 78.
(151) Vers 81 à 235.
(152) Vers 239 à 269.
(153) De gueules, à deux saumons d'argent.
(154) BÉNÉDICTINS, Hist. de Metz, II, p. 471.
(155) Bouchard compléta le jour même cette clause par la déclaration suivante : « Je Bouchars par la grâce de Deu elleuz de Metz, fais savoir à tous que Morhanges, le chastanz, ne li bours, ne les appartenances, ne sont mies de nostre fié ne de fiez de l'evêchié de Mez, ne n'ont estei jusques à jour d'ui. Et pour que ce soit ferme chose et estable, je en ai donei ces letres seelées de mon seel et furent faites l'an de graice 1286 lou dimanche après l'exaltation Sainte-Croiz au mois de septembre. Mettensia, Cartul. év. de Metz, I, p. 329-333.
(156) Mettensia, Cartul. év. de Metz, I, p. 548.
(157) Mettensia, I, p. 307.
(158) D. CALMET, IV, col. DXXIX.
(159) Mettensia, Cartul. év. de Metz, p. 132.
(160) Archives de Meurthe-et-Moselle, B 397, fol. 1, v°.
(161) Mettensia, Cart. év. de Metz, I, p. 33 et 133.
(162) Ce document a été publié par D. Calmet, II, pr. col. 536-537. L'original est conservé à la Bibl. nat. (ms. lorr. 2, fol. 57).
(163) Arch. de la Meuse, B 256, fol. 252.
(164) Ibid.
(165) D. CALMET, VII, col. CLXXXIV.
(166) Mettensia, Cartul. év. de Metz, I, p. 307.
(167) A. FAHNE, I, p. 56, II, p. 37-41.

 

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