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4 septembre 1932
- Le concours agricole de Blâmont


Est-Républicain
5 septembre 1932

COMICE AGRICOLE DE LUNÉVILLE
Le Concours de Blâmont

La ville de Blâmont était hier en fête, une fête malheureusement assombrie par une pluie fine et drue qui persista pendant toute la durée des concours.
Dès les premières heures du matin, néanmoins, les trains spéciaux mis en circulation par la Compagnie L. B. B., les trains de la Compagnie de l'Est déversaient dans les rues pavoisés de la charmante et antique cité de nombreux étrangers venus pour assister à la manifestation annuelle du Comice agricole de Lunéville. De nombreuses automobiles arrivaient également et se rangeaient en impressionnante file à l'entrée du Pâtis, à droite de la route de Cirey, transformé en terrain de concours.
Nous reconnaissons dans la foule qui se presse devant l'exposition des instruments agricoles et des spécimens de l'élevage un certain nombre de personnalités, notamment MM. Louis Michel, sénateur ; Georges Mazerand, député ; Fenal, maire de Lunéville ; de Turckheim, conseiller général ; Colin, maire de Blâmont ; Labourel, ancien maire ; Buisson, Marin et le docteur Collot, conseillers d'arrondissement ; Paul Suisse, président du Comice agricole ; Jean Crouzier, les membres des jurys, très affairés ; d'autres encore que nous retrouverons tout à l'heure, à la lecture du palmarès et au banquet de l'hôtel de ville.

L'exposition des machines
L'exposition des machines agricoles est assez importante.
Notons l'outillage présenté par les diverses firmes de la région ;
Plusieurs maisons d'appareils de T. S. F. et machines parlantes présentent leurs spécialités et, naturellement, les amplificateurs diffusent concerts et informations.
En face du Comptoir Français de l'Azote, la maison Citroën, que représente à Lunéville le sympathique M. Barthélemy, expose dans un stand, très joliment aménagé, un certain nombre de voitures. Dans la deuxième partie du stand, la maison Kocher, de Blâmont, a installé des chambres à coucher et salles à manger modernes.
A côté des fourches de la maison Fensch et Labourel, de Blâmont, la Lorraine Agricole de Lunéville présente un lot important de machines à traire, moteurs de ville, alambics, pompes à purin aspirantes et refoulantes, des charrues, abreuvoirs et tout le matériel intérieur de ferme ; la maison Hennequin, de Blâmont, des bocaux Rex emplis de conserves de légumes, fruits et viandes.
Voici les machines et instruments agricoles des maisons Gérardin, de Flin ; de la Société Alfa-Laval ; les déchargeurs pneumatiques, écrémeuses à grand débit, presse à paille, faucheuses de la maison Labord et Marchal, de Domèvre-sur-Vezouze ; les charrues, tarares, houes et semeuses de la maison Marchal, de Laneuveville-aux-Bois ; les échelles pour la cueillette des fruits et pour les greniers à récoltes de la maison Richaume, de Nantes.
La grande maison Breton frères, d'Einvaux justifie sa vieille réputation par une très importante exposition de charrues, d'une conception mécanique toute nouvelle. Les cultivateurs admirent longuement ses nouvelles charrues fixes type 1932, le modèle à crémaillère et le modèle à loquet. Ces modèles sont montés avec moyeux étanches, graissage par stauffer, tirage double et direct sur la charrue, nouveau soc, versoir en acier Triplex. Ils sont d'une fixité absolue et d'une tenue parfaite dans tous terrains.
Comme toujours, la maison Breton frères, d'Einvaux, est à l'avant-garde du progrès.
A côté des appareils de radio de la maison Ganaye, de Baccarat, la maison Jeanjean-Richard, de Laronxe, présente des semoirs, concasseurs, meules, barattes, arracheuses de pommes de terre, des moteurs électriques.
Une mention spéciale pour la maison Verrelle, de Baccarat, qui modernise toujours ses spécialités. Pour elle non plus, la recherche du progrès n'est pas une formule vaine. Les nouvelles meules à aiguiser les faulx sont le dernier cri de l'outillage perfectionné.
Les pépinières de Roville-devant-Bayon, maison Panchart, ont élevé en massif plusieurs beaux spécimens d'arbustes.
Sur la place de l'Hôtel-de-Ville, la firme Renault expose un lot de limousines de types divers.

L'exposition des animaux
L'envoi des animaux des espèces chevaline et bovine n'a pas été extrêmement important. Par contre, les spécimens présentés sont superbes. Il est bien évident que les nombreuses manifestations et les concours organisés par nos syndicats d'élevage portent un préjudice certain aux expositions annuelles du Comice. Le mauvais temps a également contrarié la bonne volonté des éleveurs, qui ont dû se résigner à laisser leur bétail à l'étable ou a l'écurie.
A côté des taurillons, génisses, pouliches et juments, on admire un lot de très beaux verrats.
Tandis que les membres des diverses commissions effectuent leur travail de classement, nous quittons le Pâtis pour nous rendre sur la place de l'Hôtel-de-Ville.

Sur la place de l'Hôtel-de-Ville
Dans un vaste stand, joliment décoré, ont été réunis les animaux de la bassecour et les produits de la ferme et des jardins.
L'exposition la plus intéressante est assurément celle des animaux du clapier.
Mais ils ne «ont pas de ceux que nous voyons communément. Nous avons devant nous les grands seigneurs, les aristocrates de l'espèce : des lapins angoras dont les fourrures évoquent la splendeur des étoles sur des cous charmants.
Un de ces angoras a été épilé: il apparaît tout nu, tout rose comme un baigneur dont le soleil n'a pas bruni l'épiderme, avec une houpette à la queue et deux bouquets de poils aux oreilles, du plus comique effet. Ces lapins angoras, ainsi que plusieurs lots de poulettes Leghorn, canards, pigeons et poules de Bresse noires sont présentés par l'élevage du Frêne.
De M. Biétrix, de Lunéville, on remarque également de magnifiques spécimens de lapins angoras, poules et canards ; de M. Géo Le Saint, de Badonviller, des poules Bresse noires.
Signalons encore, au hasard des produits : les miels du clos du Bouchot, de M. Gabriel, apiculteur à Blâmont; les miels d'extracteur, miels d'acacia, de tilleul et de trèfle blanc, de M. Simoutre, de Frémonville; les bocaux de conserves et ruches de la maison Hennequin, de Blâmont; des remèdes pour les bestiaux, le « météorifuge », du vétérinaire Lahoussay, de Blâmont; les légumes, choux, tomates, concombres, choux-fleurs, oignons, carottes, de M. Bonus, de Frémonville; les dahlias et les osiers de M. Simon, de Lunéville; les cuves et cuveaux de M. Holveck, tonnelier-cuvelier à Blâmont.
C'est à peu près tout.
Lorsque nous sortons du stand, les membres du comice se dirigent vers l'élégante église de Blâmont, dont l'admirable chaire et les confessionnaux faisaient la joie du docteur Delorme. La messe du comice est célébrée par M. le chanoine Barbier, curé de Blâmont.

La proclamation des récompenses
Le service religieux terminé, les membres du comice et la foule reviennent sur la grand'place. Sous le hall de l'hôtel de ville a été dressée une estrade, sur laquelle prennent place, autour de M. Paul Suisse, M. le conseiller de préfecture Grenet, représentant M. le préfet de Meurthe-et-Moselle; MM. Louis Michel, sénateur; Georges Mazerand et de Wendel, députés; les conseillers généraux et d'arrondissement; M. Colin, maire de Blâmont, et diverses personnalités, que nous retrouverons tout a l'heure au banquet.
M. Paul Suisse, président du comice, prononce le discours suivant :

Discours de M. Paul Suisse
« Je considère comme un devoir, avant de poursuivre plus avant, d'évoquer la haute et sympathique personnalité de M. Albert Lebrun, président de la République, notre éminent compatriote, qui préside aux destinées de la France avec tant de conscience et de dignité, depuis la magistrale élection qui l'a élevé à la plus liante magistrature de la République; et nous saluons tous la mémoire de son illustre prédécesseur, M. Paul Doumer, frappé à son poste d'honneur, par la main d'un misérable, qui n'a pas craint de frapper un homme que le chagrin aurait pu terrasser, s'il n'avait été soutenu par un sentiment du devoir patriotique poussé à son extrême limite.
« Le monde agricole se préoccupe fort, en cette année 1932, du sort qui sera fait à l'agriculture française et au pays tout entier, par la crise qui sévit sur le monde. Nous lions, à dessein, les destinées du monde agricole à celles de l'industrie et du commerce, car on ne peut pas concevoir la prospérité de l'un sans la prospérité des autres, dans un pays d'ordre et de juste mesure comme le nôtre.
« Jusque l'an passé, l'agriculture n'a pas trop pâti du malaise général qui sévit partout à des degrés différents, d'un continent à l'autre et dans les contrées voisines de la communauté européenne, où règne une confusion déplorable et lamentable, due certainement aux suites de la guerre mondiale. Nous attendons, avec impatience, la convalescence qui viendra certes, car tout à une fin en ce bas monde.
« La guerre, avec ses destructions, nécessitant beaucoup de production, a amené la surproduction le jour ou on n'a plus rien détruit, la machinerie qui remplaça l'homme qui se battait, a mis cet homme sur le pavé dès qu'il a cessé de se battre, cependant que la sous-consommation rendait inutiles les gros stocks de marchandises qui se constituaient et que n'achètent plus d'ailleurs les immenses pays comme la Russie, l'Inde et la Chine.
« Et que dire encore d une autre cause, qui est peut-être la principale à l'heure actuelle, le manque de confiance qui règne en Europe, où tout le monde se jalouse, où aucune entente n'est respectée, aucun contrat exécuté ? il semble que nous retournons à l'époque où la force primait le droit.
« Notre pays, notre malheureuse Lorraine, et en particulier le vieux comté de Salm et de Blâmont, gardent toujours vers l'Est quelques sujets d'inquiétude qui ne laisseront pas, j'en suis certain, endormir la vieille énergie des gens de nos campagnes, qui ont su montrer leurs qualités d'endurance et leur acharnement au labeur de la culture de la terre et de sa reconstitution.
« La région du Blâmontois, notamment, ainsi que le précise son historien si autorisé, M. le chanoine Dedenon, dans sa magnifique monographie, nous a donné l'exemple des grandes vertus qui, dans l'adversité, trempent les caractères.
« Aussi, Messieurs, c'est l'affection pour autrui et la solidarité qui nous sont nécessaires aujourd'hui, comme par le passé, pour vaincre les difficultés du moment et préparer un avenir meilleur aux populations rurales qui nous sont chères.
« Il ne faut plus que l'homme de la terre, au village, reste comme autrefois étranger à tout ce qui se passe autour de lui, il faut qu'il prenne sa part à la vie de l'arrofldissement, notre petit coin de pays, et qu'il cesse d'ignorer qu'il y a des organisations agricoles qui doivent l'intéresser et qui sont faites pour lui.
« Notre comice agricole et toutes ses filiales, que vous connaissez bien, n'est-il pas là pour vous soutenir, vous instruire, vous aider dans l'accomplissement de votre tâche journalière ? Il vous encourage à bien cultiver, à perfectionner vos méthodes, aidé en cela par la direction des services agricoles ; il cherche à donner à la masse rurale la cohésion, la fraternité qui adoucissent, pour ceux qui peinent, la. dureté de la tâche ardue qui est la vôtre, et l'isolement du laboureur en face des grandes épreuves climatiques.
« Vous savez que l'effet de certains accidents, de certaines intempéries, que nous sommes incapables de prévoir, peut être atténué par l'assurance, c'est l'incendie, c'est la foudre, la grêle, assurons donc tous ces risques. Et puis, il y a la confiance en nos associations que je vous demande de ne pas négliger, c'est l'esprit mutualiste qui doit se développer toujours plus en vous, pour devenir la règle de tous vos actes, de tous vos rapports entre hommes, qui vivent la, même vie, la vie des champs, en face de la grande nature qui a certes d'âpres exigences, mais qui a aussi sa beauté, avec son grand calme si reposant.
« Cette confiance, que je sollicite de vous, dans nos associations, a porté déjà de beaux fruits. Vous n'ignorez pas que c'est grâce à notre cohésion, imparfaite encore, que nous avons pu obtenir la protection efficace du blé, notre principale production, qui était à la merci du marché étranger, alors que des tarifs douaniers couvraient notre industrie, bien intéressante elle aussi, d'une sollicitude toute providentielle.
« Le comice agricole s'est affilié à l'Association des producteurs de blé à celle des producteurs de viande, et nous sommes tenus toutes les semaines, par ces deux organismes, au courant de tout ce qui peut intéresser ces branches principales de la production de l'arrondissement.
« L'Association des producteurs de viande est en rapports constants avec le ministère de l'agriculture et obtient tous les jours de nouvelles dispositions qui permettent à l'élevage de ne pas être ruiné, par ce temps de surproduction mondiale. La sous-consommation de la viande est une cause, la principale, de la surproduction ; elle atteint jusque 25 % de la normale et elle est due au chômage et à la gène de ceux dont les ressources diminuent tous les jours, conséquence de la liquidation financière des comptes de la grande guerre. Il y a aussi un facteur qui pousse à la baisse, c'est celui de l'avilissement du prix du cinquième quartier du bétail, c'est-à-dire de la dépouille, qui tombe à rien. Nos différentes Associations ont obtenu, cette année, une réduction sensible des importations de bétail étranger, et nous pouvons espérer que la situation s'améliorera, à la condition toutefois que la viande au détail suivra la baisse des cours de la viande sur pied. On peut obtenir une amélioration à la crise de la surproduction si on permet, par des prix raisonnables, à la consommation de redevenir normale.
« II est nécessaire que ceux qui ont la charge de notre administration fassent tout ce qui est nécessaire pour arriver à ce résultat, sans aucun retard.
« Nous avons tenu les lecteurs de la « Lorraine Agricole » au courant de l'état du marché du blé à Paris. La soudure des années 1931-32 s'est effectuée de façon normale, comme elle ne s'est pas faite depuis longtemps d'une façon aussi, parfaite, mais avec un retard de trois semaines malheureusement, qui sera pris sur les douze mois de l'année.
La moisson de 1932 s'annonce belle et les battages de notre région accusent de bons rendements, au-dessus de la moyenne des dernières années qui était mauvaise. Nous n'obtenons toutefois que des rendements sans aucun rapport avec les chiffres donnés, avec complaisance, par quelques journaux parisiens, inféodés au grand commerce, qui agit à la baisse à la Bourse du commerce.
« Cette frénésie de la spéculation a été poussée à l'extrême, au point que le ministère a été obligé de prendre parti et d'édicter quelques mesures qui seront peut-être efficaces. Nous verrons le résultat à l'usage. Nous réclamons aussi une protection des céréales secondaires, en rapport avec celle du blé, car le cours de ces dernières n'est plus rémunérateur ; seigle, orge, avoine, maïs sont tombés à si bas prix, qu'il est à craindre que les emblavures de ces denrées baissent considérablement, ce qui nous obligerait à des importations plus fortes encore que celles que nous déplorons actuellement.
« Nous plaçant au point de vue du consommateur de pain, qui touche de près le cultivateur producteur de blé, nous réclamons une mise au point, étudiée sérieusement, entre le prix du pain et celui du blé. Nous pouvons dire que si blé a baissé de plus de 45 francs aux cent kilos, alors que le pain n'a baissé que de 20 francs aux cent kilos également, et nous trouvons cela inadmissible, car le pain vendu aujourd'hui provient du blé de la nouvelle récolte, qui est parfaite comme qualité.
« Nous trouvons exagérés les avantages faits à la meunerie depuis quelques années, alors que le charbon a baissé de façon indiscutable dans ces derniers temps, en même temps que d'autres éléments qui concourent à l'établissement de la prime de mouture.
Cette baisse est de l'ordre de 11 p. 100 au moins, puisque l'indice de Paris, qui nous touche ici, est passé de 618 (moyenne de 1930), à 547 pour juillet 1932. Il en est de même de la prime de panification, en hausse continuelle, sans cause apparente, puisque tout de même, le coût de la vie a légèrement baissé en alimentation et en combustibles.
« On se plaint beaucoup de la mauvaise qualité du pain chez certains boulangers, c'est déplorable et inadmissible en travaillant des blés de 78 k. et 80 k. à l'hectolitre. En résumé, nous devons demander l'abaissement sérieux de ces deux taxes de mouture et de panification, ou leur suppression, c'est-à-dire le retour à la concurrence.
« Si ce n'est pas abuser de vos instants, je vous citerai quelques chiffres sur les taxes envisagées plus haut. Le 6 janvier 1928, la prime de mouture était de 12 francs ; le 23 décembre 1929, elle passe à 14 francs ; le 5 février 1930, elle se trouve à 15 francs, et, aujourd'hui, août 1932, elle va à 20 francs, avec des frais qui sont déjà comptés dans les chiffres cités plus haut. Pour la prime de panification, elle est : le 6 février 1925, de 38 francs ; le 13 décembre 1928, elle passe à 53 fr. ; le 17 mars 1930, est portée à 62 francs, et elle est plus élevée dans plusieurs départements.
« Je m'excuse de vous importuner avec des chiffres, et cependant, il est bon que tout le monde les connaisse et comprenne qu'il est nécessaire que le bon public sache qu'il est possible d'améliorer notre situation à tous avant de nous demander de nouveaux sacrifices pour établir un budget solide.
« Je vous demande donc à tous de ne pas vous affoler en présence de l'effondrement du cours du blé, dû aux manoeuvres des spéculateurs qui ont tiré sur vous à boulets rouges, n'ayant en vue que leur profit personnel. Vendez votre blé, pour réaliser quelques sous nécessaires, par petits paquets, et ne négligez pas de vous adresser à votre caisse de crédit, pour des emprunts à court terme, à 6 mois, par exemple. Beaucoup d'entre vous peuvent le faire, c'est une question de solidarité, puisqu'il faut faire avaliser son billet par un ami ou plusieurs amis, ce qui est encore mieux. Ce genre de prêt est parfaitement envisagé par la Caisse nationale de crédit et peut entrer dans nos moeurs. Nous faisons appel, de plus en plus, aux bonnes volontés, aux travailleurs sérieux, aux hommes scrupuleux qui font honneur à leur signature, qui sont l'armature de notre classe paysanne, les gardiens du bas de laine de la France, qui fait bien envie aux étrangers, et les meilleurs défenseurs du sol hérité de nos ancêtres. » (Applaudissements).
L'excellente fanfare La Blâmontaise, que préside avec tant de zèle intelligent M. Veil et que dirige avec autorité M. Chevalier, a accueilli l'arrivée des personnalités officielles en exécutant la « Marseillaise ». Elle scande, par un fort joli concert, les diverses phases de la cérémonie.
Tour à tour, MM. Marchal et Charles Bertrand donnent lecture du palmarès que nous publierons in extenso dans notre prochain numéro.

Le banquet
Dans la vaste et jolie salle des fêtes, lumineuse, où resplendit le blason de Blâmont portant deux saumons accolés, le maître hôtelier du Comice, M. Emile Godard, a servi un de ces banquets dont il détient, sans conteste, le savoureux monopole.
Les appétits sont aiguisés par les allées et venues du matin ainsi que par l'heure tardive.
Le soleil, dispensateur de gaité, daigne en outre faire son apparition.
Autour de M. le conseiller de préfecture Grenet ont pris place MM. Paul Suisse ; Colin, maire de Blâmont; Louis Michel, Georges Mazerand, F. de Wendel, de Turckheim, Adrien Valentin, Dauphin, conseillers généraux ; Emile Fournier, L. Marin, Liengey, Buisson, Dr Collot, Mathieu, Colin, conseillers d'arrondissement ; Maldidier, directeur de l'Ecole d'agriculture de Tomblaine ; Gruet, directeur des services agricoles de Meurthe-et-Moselle ; Auguste et Charles Bertrand, Pierre et Paul Genay, Marchal, le colonel Lyautey, Pierre Masson, Wouters, professeur d'apiculture, Désiré Dor, Paul Messager, Gance, Purel, Toussaint, président du Syndicat des maraîchers de Lunéville ; Ch. Petitjean, Chevalier, etc.

Les discours
Au champagne, M. Colin, maire de Blâmont, prononce un émouvant discours, très applaudi :
DISCOURS DE M. COLIN
« Lorsque, au cours des années 1879 et 1880. élève de notre vieux collège, devenu école communale de filles, j'apprenais, en la compagnie de l'immortel poète latin Virgile, ce qui fait les épis gras et drus ; sous quels signes il convient de labourer et marier les vignes ; comment soigner les boeufs et tenir le bétail ; ce qu'exige un rucher d'intelligent travail, je ne me doutais guère qu'un jour viendrait où je serais appelé à présider une fête de l'agriculture. Rien, d'autre part, dans toute ma carrière universitaire, ne me prédisposait à cet honneur.
« Félix qui potuit rerum cognoscere causas », heureux celui qui peut pénétrer les causes des choses, dirai-je avec mon poète et mon guide.
« cependant, à bien examiner les événements, et surtout en considérant les personnalités du inonde agricole qui m'entourent, je m'aperçois. Messieurs, qu'en somme, vous m'avez convié à une fête de famille, et je vous en remercie bien cordialement.
« Que suis-je, en effet, sinon le lointain et bien modeste successeur de cet Alexandre Brice, auquel je dois le peu que je suis, qui, élu conseiller général du canton, en 1874, maire de la ville en 1876, époque héroïque de notre République, dont c'est aujourd'hui, par un heureux hasard, le 62e anniversaire, s'est épuisé à la tâche de défendre les intérêts de son canton essentiellement agricole, fils lui-même de cet autre Alex Brice qui vint, il y a un siècle, planter sa tente en notre coin de Lorraine, dernier rejeton d'une nombreuse famille qui cultivait la terre à Millery.
Et vous, mon cher Louis Michel, président, de la Société d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, flls d'agriculteur, agriculteur distingué vous-même, porté deux fois au Sénat par l'estime et la confiance générale de vos pairs ; gendre, neveu de ces agriculteurs de haute lignée, les frères Louis, de Tomblaine, Brice par leur mère et leurs vaillantes épouses.
« Et toi, mon cher Paul Suisse, qui continue si brillamment et si heureusement. à la tête du comice agricole de, Lunéville, les saines traditions que la famille t'a léguées.
« Et, vous, Pierre et Paul Genay, fils et petit -fils du plus remarquable, peut-être, de ces hommes de la terre - voire maître à tous, Messieurs - le saint si j'ose dire, de votre comice, dont l'esprit et le souvenir président, j'en suis sur, à, toutes vos délibérations.
« J'en passe, Messieurs, car la liste en serai; trop longue. Qui êtes-vous tous, je le répète, sinon les membres de la même famille, qui a toujours été attachée à notre vieille terre lorraine, qui ne faillira jamais à la, tâche à laquelle elle s'est dévouée si j'en juge par le nombre de ses enfants qui attendent que l'heure sonne pour eux d'entrer dans la carrière. Et voilà pourquoi je vous dis de nouveau merci.
« Vous me pardonnerez certainement, Messieurs, d'avoir donné mes premières pensées à ces vénérables et vénérés ancêtres - et à leurs continuateurs - en ce jour et en ce lieu où l'Agriculture est à l'honneur.
« Messieurs,
« J'ai le très agréable devoir de vous présenter l'hommage de bienvenue de la ville de Blâmont, avec l'assurance du cordial accueil de mes collaborateurs du conseil municipal,
« J'y joins l'expression de mes sentiments personnels de gratitude pour l'honneur que vous nous faites en rehaussant, par votre présence l'éclat de cette fête.
« Monsieur le conseiller de préfecture,
« Je salue en votre personne M. le préfet, et je le remercie d'avoir bien voulu vous charger, vous, son éminent collaborateur, de représenter le gouvernement de la République au milieu des braves gens de nos campagnes.
« Vous avez pu admirer notre contrée et, les beaux résultats obtenus grâce au travail de ses enfants. Tout, ici, est sain et vigoureux, la nature et les hommes : la preuve, hélas ! m'a été faite en maintes circonstances pour le salut du pays. Ayant eu le plaisir et l'honneur de recevoir officiellement M. le préfet à l'occasion dès opérations du conseil de révision, je lui ai dit, en lui présentant les maires du canton, nous lui combien étions reconnaissants pour l'aide si affectueuse et si courtoise qu'il nous apporte dans l'accomplissement de notre tâche, souvent bien difficile. Je vous demande de .vouloir bien être notre interprète. en lui renouvelant l'assurance de notre cordial dévouement, à l'oeuvre si nécessaire à la prospérité du département et du pays.
« Je suis heureux de saluer aussi MM. les parlementaires. Notre sympathique et, dévoué député, M. Mazerand, toujours prêt, à répondre à notre appel quand le besoin s'en fait sentir, et l'éminent industriel, M. de Wendel, qui n'a pas craint de s'imposer la fatigue d'un long voyage pour nous apporter le salut de nos compatriotes du Pays Haut, à tous deux, cordialement merci.
« Je remercie également M. Fenal, maire de Lunéville, conseiller général de Badonviller, qui a bien voulu déposer un instant son lourd fardeau pour venir nous témoigner l'intérêt qu'il porte à notre canton.
« Je voudrais vous nommer tous, Messieurs les conseillers généraux et d'arrondissement, qui êtes venus vous joindre à nous en ce jour de fête.
« Je me permets de vous comprendre tous dans la même pensée de sincère sympathie que j'adresse aux hôtes de la ville.
« Je n'aurai garde d'oublier les agriculteurs venus nombreux de tous les coins du pays. Car on ne saurait avoir trop d'égards envers ceux qui font pousser le blé, qui élèvent les troupeaux, soignent les vignes, dont la vie est dure et le travail toujours menacé.
« A eux - surtout aux petits - va notre reconnaissance pour tout ce que nous leur devons.
« Si cela peut être un encouragement à leurs efforts, qu'ils se rappellent que le plus bel éloge que jadis on pût faire d un homme, était de le nommer un laboureur, et que la première couronne, dans la Rome antique, fut tressée avec des épis.
« Il ne m'appartient pas d'aborder devant vous la grave question de la crise agricole. Vous avez l'insigne bonheur de posséder au milieu de vous des praticiens éminents, des parlementaires avertis par une longue expérience de tout ce qui touche à vos besoins et. à vos justes revendications, ils vous guideront mieux que je ne saurais le faire, eu égard à mon incompétence en ces matières trop spéciales. Mais, en face des. difficultés du moment, permettez-moi de vous demander d'oublier vos petites rivalités, politiques ou autres, pour réaliser une union si nécessaire au bien général du pays. »
M. Colin termine, au milieu des applaudissements, en levant son verre en l'honneur des hôtes de Blâmont et en l'honneur de la France républicaine, unie et forte.
M. Paul Suisse, président, du Comice remercie le représentant de M. le préfet et les parlementaires de Meurthe-et-Moselle de l'honneur qu'ils ont fait au comice en assistant à sa fête. M. Suisse n'oublie personne dans l'expression de sa gratitude, conseillers généraux et d'arrondissement, membres des jurys commissaires au concours, le maire de
Blâmont et les municipalités, la fanfare La Blâmontaîse, la presse pour 1aquelle il se montre particulièrement aimable et l'excellent hôtelier M. Godard.
M. Dauphin, maire de Toul et président du Comice agricole de Toul, apporte au Comice de Lunéville le salut cordial de ses compatriotes et proclame la nécessité de l'union entre toutes les associations agricoles du département. M. de Turckheim. conseiller général, fait une amusante incursion dans le domaine politique, puis il recommande aux agriculteurs le stockage des blés pour éviter l'avilissement des prix. II parle, en outre, de la situation extérieure et fait un appel aux jeunes agriculteurs en faveur de la repopulation.
M. Georges Mazerand. le dévoué député de Lunéville, prend â son tour la parole :
« Dimanche dernier, dit-il, M. Dauphin, le distingué président du Comice de Toul, disait à Favièrés ; « Les hommes politiques qui forment les gouvernements ne sont pas toujours choisis pour leurs compétences. » Ce qui revient à, dire qu'il ne suffit pas d'etre parlementaire pour réunir toutes les compétences. Cela, est une vérité évidente et, le reconnaissant, les élus ont le devoir de se documenter par tous les moyens pour être en mesure de défendre en même temps que les intérêts de leurs mandants les intérêts du pays. C'est par la fréquentation assidue de vos réunions corporatives, par des conversations individuelles avec vous, surtout en écoutant, plus encore qu'en causant, que nous obtenons le résultat désiré. C'est, en tout cas, grâce à, cette méthode de ' travail qu'il m'a été possible de déposer soit des rapports, soit, des propositions ou projets, donnant satisfaction à l'agriculture, et qui ont été votés à la Chambre sans grandes discussions, souvent même sans débat. J'espère que ma dernière proposition, tendant à la création d'une caisse autonome des calamités publiques, sera rapidement votée... »
Parlant de la crise mondiale, M. Mazerand déclaré que bien des remèdes ont été envisagés, de multiples mesures de protection ont été prises, soulevant approbations ou critiques. Il estime que les solutions réellement efficaces ne peuvent sortir que de la collaboration des gouvernements avec les grands groupements agricoles, aussi bien qu'industriels et commerciaux. Il ne faut pas que, par des mesures favorables à certaines branches de l'activité économique, on écrase les autres.
Il faut, au contraire, une union étroite des forces productrices de la nation, toutes solidaires les unes des autres. »
M. Mazerand, très acclamé, termine en levant son verre à l'union de tous, C est par l'union de tous que nous gagnerons la bataille économique comme nous avons gagné la guerre. Travaillons donc et soyons optimistes. Je bois à l'agriculture et, vive la France! »
M. François de Wendel prend ensuite ta, parole, Le député de Briey traite la question du blé. » Dans des périodes d incertitude comme celle-ci, dit-il. il faut se garder des mots d'ordre trop absolus. Si tout le monde retient son blé, on peut craindre une catastrophe. »
M. de Wendel montre le rôle que doivent jouer, à l'heure actuelle, les grandes associations agricoles. Leur action doit, avant tout, être modératrice, de façon à éviter la spéculation.
M. de Wendel met en garde les agriculteurs contre la campagne antiprotectionniste. Si nous abandonnions la garantie protectionniste, nous commettrions la plus grande des fautes. De la bonne santé de l'agriculture dépend la bonne santé de ce pays »
M. le sénateur Louis Michel, salué par une longue ovation a la parole.
En rendant hommage à M. Albert Lebrun, président de la République il rend hommage à l'agriculture. Le président n'est-il pas fils de terriens ?
« C'est à la terre, dit-il, que se trouve la. pépinière des hommes qui arrivent aux plus hautes destinées du pavs »
Répondant au remarquable discours de M. Colin, maire de Blâmont, M. Louis Michel évoque avec infiniment d'émotion les souvenirs du passé :
« Tous ici, déclare-t-il, nous appartenons à même famille, nous sommes tous réunis par les mêmes tendances et les mêmes aspirations ».
M. Louis Michel aborde alors les graves problèmes économiques que le Parlement est appelé à résoudre. Il fait cette déclaration, applaudie à tout rompre :
« Nous allons être appelés à siéger pour la conversion des rentes. Nous la voterons cette conversion, à la condition expresse que ce soit une entrée ferme et résolue dans la voie des économies par tous les moyens.
« Mon ami Mazerand disait tout à l'heure qu'il ne pouvait y avoir d'antagonisme entre l'agriculture et l'industrie. Ces deux facteurs sont indissolublement liés, non seulement en France, mais dans le monde entier.
Rappelez-vous que le krack des Etats- trois ans, s est produit en mémé temps que le krack du blé. N'est-ce pas une indication ?
Abordant la grave question du blé,, M. Louis Michel déclare qu'on a trop parlé, et d'une façon singulièrement prématurée, d'une grande, d'une exceptionnelle récolte. Pris de panique, 1es récoltants des grands pays de production, Beauce et Brie, ont jeté leurs blés sur le marché. Et. c'est ainsi que dans la région de l'Ouest, le blé est descendu à 100 francs.
« De toute part on a crié casse-cou. On a dit aux paysans : c'est vous qui faussez l'offre et la demande. On s'est ressaisi. On est reparti à 120 fr. Mais il faut faire mieux. Les cultivateurs demandent des prix qui leur permettent de vivre.
« Le prix du blé a diminué de 27 % et il prix du pain de 11 %. Il ne faut pas que cela dure. Nous voulons le retour à la libre concurrence et à la fin du régime des taxes. »
« Gardons confiance en nous-mêmes, mais disons-nous bien que les choses seront ce que nous les ferons . Soyez assurés qu'au Parlement nous nous opposons de toute notre résolution à ce qu'on touche aux droits qui vous protègent.
Dans une vibrante péroraison, frénétiquement applaudie, l'éminent sénateur de Meurthe-et-Moselle boit à l'agriculture française et conclut par ces mots :
« confiance, mais surtout, confiance en nous ! ».
C'est -M. Grenet, conseiller de préfecture, qui clôture la, série des toasts en faisant un magnifique éloge de la terre et du paysan lorrain, épris d'ordre, d'économie et d'ardeur opiniâtre au travail. Il porte en terminant , le toast loyal à Albert Lebrun, président de la République.

 

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