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16 octobre 192
7 - Inauguration du monument aux morts de Halloville
 


Est-Républicain
17 octobre 1927

HALLOVILLE A HONORÉ SES MORTS

Hier, le maire le Halloville, notre sympathique ami Martin, nous remerciait de nous être déplacés pour assister à l'inauguration du monument aux morts d'une « toute petite commune » comme Halloville. Nous lui avons répondu que nous suivions assidûment toutes les inaugurations et qu'une raison majeure justifiait notre présence à celle-ci : c'était justement parce que Halloville était une « toute petite commune ».
Il n'y a pas de bâtards pour nous, au pays lorrain, surtout quand il s'agit, comme dans la circonstance, d'un village totalement, détruit par la guerre et reconstitué, avec un courage et une foi incomparables, par ses 90 habitants.
Le centre du village a été déplacé, lors des travaux de reconstitution, et l'on ne saurait que féliciter de cette heureuse modification le distingué architecte, M. Le Bourgeois.
Eglise et bâtiments communaux constituent un ensemble harmonieux et charmant, l'église avec ses grandes baies rappelant le style des églises bretonnes et son délicieux auvent coiffé de tuiles plates ; la -maison commune précédée d'un jardin dans lequel s'élève le monument, précédé , lui-même, en bordure de la route, par une belle fontaine.

LA CÉRÉMONIE RELIGIEUSE
A 10 heures, un service funèbre était célébré à l'église par M. l'abbé Rouyer, curé de Nonhigny. M, le chanoine Fiel, qui fut non seulement le grand reconstructeur d'Ancerviller, mais aussi celui de Halloville, prononça une émouvante allocution dont ses nombreux amis nous demandent de reproduire la péroraison ;
« Qu'est-ce que le patriotisme, sinon l'amour de notre pays, éciairé, échauffé, exalté par tous les souvenirs de notre histoire ! C'est la France avec sa couronne de gloire, sa parure de saints, de grands hommes, de grands artistes, de grands capitaines. C'est la France, défenseur de l'honneur et de la justice des peuples. C'est la France, victime de la plus inqualifiable des agressions. C'est la France, obligée, malgré son grand désir et son amour de la paix, de prendre les armes. C'est la France, sonnant le tocsin d'alarme et appelant ses fils, sur les frontières.
C'est la France des jours sombres de 1914. C'est la France de Verdun, C'est la France des joies et des gloires de l'armistice. C'est la France relevée de ses ruines. C'est la France avec ses sanctuaires reconstruite et. ses sillons fécondés par le travail ! C'est, en un mot, la patrie bien-aimée pour laquelle sont tombés vos glorieux enfants. Avec leurs quinze cent mille camarades, ils ont dissipé l'illusion trop répandue au delà de nos frontières, et cultivée même par les pessimistes de l'Intérieur, que nous étions un peuple fini, incapable de souffrir, de lutter, de prier, et que, comme nation, il ne nous restait plus qu'à plier le genou devant la force et à mordre la poussière. Par la force d'âme de ses enfants, par leur endurance, par leur calme en face du danger et de la mort, la France a montré à l'univers qu'elle n'a jamais cessé, en dépit de tous les prophètes de malheur, d'être la terre de la générosité, de la vaillance, de la vertu, de la religion et du sacrifice.
« La France est grande et belle ; vos glorieux morts ont été dignes d'elle, Soyez dignes d'eux. Si « le réveil des morts » cessait d'être un songe, il me semble que les vôtres, viendraient vous dire qu'ils sont fiers de vous ; vous avez reconstitué, embelli et enrichi le patrimoine de vos ancêtres ; vous avez fidèlement conservé l'héritage de foi, l'honneur et de travail qu'ils vous ont légué. Du ciel, vos morts vous sourient, vous encouragent et vous bénissent. »

AU MONUMENT
La cérémonie terminée, l'assistance se rend au monument. Au nombre des personnalités présentes, nous remarquons MM. Georges Mazerand, député ; Martin, maire ; de Turckheim, conseiller général ; le chanoine Fiel ; les membres du conseil municipal ; Le Bourgeois, architecte ; Désiré Gérard, adjoint d'Halloville et président du comité d'érection ; les abbés Rouyer et Gérardin ; Pierron, adjoint d'Ancerville ; Henri Marchal ; Didierlaurent ; Barbier, etc...
La jeune fanfare d'Ancerville, dirigée par M, Brichler, prête son gracieux et dévoué concours à la cérémonie.
Le clergé bénit le monument, puis M. le maire prononce le discours suivant :

M, LE MAIRE DE HALLOVILLE
L'hommage public que la commune de Halloville rend aujourd'hui à ses enfants morts pour la France ne fait que consacrer le culte intime et les sentiments de piété dont chacun de nous entoure leur mémoire. Dans un instant, par un appel suprême, nous les rendrons présents au milieu de nous, et nous revivrons avec eux les jours douloureux en angoissés de 1914.
Quel sinistre souvenir que le tocsin d'alarme parvenant aux moissonneurs au milieu de la campagne ! Les hommes s'en vont, suivis du regard par les êtres tendrement aimés qu'ils laissaient au foyer, et que huit ne devaient plus revoir. Courageusement, les femmes, les vieillards et les enfants refoulent des larmes qui pourraient décourager ceux qui partent, on se recueille, on souffre en silence et pendant que les bras continuent la moisson, le coeur est avec les absents que l'on sait au danger. Même quand l'épreuve et l'insécurité furent aussi grandes pour la population restée au village, c'est encore la pensée des mobilisés qui domina tous les soucis ; on était fier de leurs exploits, on était heureux des bonnes nouvelles, on tremblait quand le communiqué citait leur secteur; avec eux on espérait; d'après eux on fixait la fin de la tourmente.
Hélas, le jour où le clairon de l'armistice fit taire le sinistre grondement du canon, le jour où, pauvres réfugiés dépouillés de tout, nous sommes venus, au milieu de nos ruines, huit d'entre eux nous manquaient à l'appel, et pas une seule famille du village qui ne fut atteinte. A l'honneur de nos compatriotes, je tiens à rappeler de quels soins attentifs, de quelle affectueuse compassion, de quelle précieuse sympathie ont été entourés les veuves, les orphelins, les parents dont le foyer restait vide ; au nom de la commune, je m'incline devant leur douleur et je fais un serment de fidélité à nos glorieux morts.
C'est leur oeuvre que noue avons continué en reconstituant le village; c'est leur pensée que nous avons suivie en adoptant tous les progrès du confort et de l'hygiène; c'est leur sentiment d'attachement au devoir sous toutes les formes qui nous a guidés dans la fidélité aux belles traditions d'honneur, de travail, de religion et de patriotisme de nos ancêtres. Nous sommes fiers de nos morts, et s'ils revenaient, je crois qu'ils ne rougiraient pas de nous.
Jeunes gens, sur qui repose l'avenir de la commune, ne passez pas devant ce monument sans adresser une pensée à vos ainés. Dieu seul connaît l'avenir. J'ignore si des peuples avides viendront encore provoquer la France pacifique, mais ce que je sais, c'est que vous serez dignes d'elle si vous vous inspirez des exemples de vos glorieux aînés.

L'APPEL DES MORTS
Le clairon sonne M Henri Marchal s'avance pour faire l'appel des morts, dont les noms sont inscrits sur le monument, élégante stèle de granit poli portant croix de guerre et croix de Lorraine :
Gérard Adrien, Barbier Ferdinand, Jollain Paul, Boudot Léon, Boudot Georges, Noël Adrien, Monzein Georges, Monzein Paul.
Victimes civiles : Duhaut Joséphine, Jollain Edmond.
On ferme le ban et la fanfare exécute la marche funèbre de Chopin.

M. DE TURCKHEIM
Le conseiller général de Blâmont montre la nécessité morale des fêtes du souvenir. En pensant au sacrifice accompli par tant des nôtres, nous hausserons nos coeurs. Rappelons-nous et veillons. L'ennemi abattu étouffe dans les limites qui lui ont été imposées par la force ; il se redresse. Veillons sans cesse sur la sécurité de la France, si pelle et si convoitée.

M. GEORGES MAZERAND
« Halloville compte parmi les villages du canton de Blâmont qui ont subi les pires misères pendant la guerre.
Plus qu'Ancerviller peut-être, avec lequel il a partagé les honneurs d'une citation élogieuse à l'ordre de l'armée dès le 13 octobre 1921, il a souffert des atteintes de l'ennemi, en raison de sa situation géographique et c'est à une destruction à peu près complète de leurs foyers qu'assistèrent, impuissants, les survivants de la tourmente...
Aujourd'hui, Halloville s'est relevé et présente un aspect plus riant que naguère; la prospérité y est revenue, grâce au courage de la population agricole qui s'est remise au travail dans des conditions désastreuses, dès l'armistice. Cependant vous n'auriez pas considéré comme achevée l'oeuvre de reconstitution si vous n'aviez consacré à vos morts, le monument dû à leur héroïsme et à leur malheur...
A l'occasion de cette cérémonie, il nous faut tourner nos regards vers le passé, témoin des événements suivants dont Halloville a été le théâtre, unissant ainsi 1e souvenir des victimes civiles et militaires que vous avez eues à déplorer.
Halloville a été envahi le 8 août 1914 et grâce au sang-froid de M. Monzain, alors maire, les exactions ont été évitées à ce premier contact; les 15 et 16 août, les Allemands étaient refoulés, pas pour longtemps, hélas, puisque 1e 20, ils reparaissaient et ne devaient plus guère s'éloigner. Comme les nôtres tenaient les abords du villages, les rares habitants demeurés à leurs foyers se trouvaient entre deux feux. Le ravitaillement était difficile; aucunes nouvelles ne parvenaient plus et à ces souffrances physiques et morales allaient s'ajouter les affres des bombardements de jour et de nuit.
Enfin, le 1er mars 1915, après avoir enfermé tes vieillards, les femmes, les enfants dans l'église déjà à moitié ruinée, les Allemands pillaient ce qui restait encore dans le village et emmenaient prisonnière ia population valide tandis que les femmes, les enfants, les malades étaient acheminés lentement vers la France par la Suisse, payant aussi leur tribut à la mort.
Jusqu'au 11 novembre 1918, les Allemands restèrent sur le territoire de la commune,
Sur tes 120 habitants que comptait Halloville en 1914, vous avez eu onze victimes, trois civils, huit militaires dont sept agriculteurs. C'est une proportion assez élevée pour que nous nous inclinions avec émotion devant cet holocauste fourni à la défense du pays, l'âme sereine, par vos concitoyens.
Aujourd'hui je ne veux pas renouveler le chagrin ressenti par les familles éprouvées, en leur remémorant des deuils si cruels. Qu'il me soit permis de leur exprimer mes vives sympathies et toute ma commisération.
Les parents, épouses, enfants, frères et soeurs de ceux dont nous lisons les noms, vénérés ont le droit d'être fiers de leur sacrifice.
Et sans distinguer entre tous ceux qu'ont atteint les coups du sort, nous les saluons avec respect; mobilisés de la première heure repartis dans nos glorieuses unités du 20e corps, soldats des réserves aussi téméraires que leurs cadets, civils que leur infortune devait conduire à la mort.
C'est sans appréhension que nous pouvons léguer à nos successeurs le soin pieux de veiller sur ce cénotaphe.
Le culte du Souvenir est profondément ancré au coeur des Lorrains, nous le savons.
Le culte de la gloire ne saurait jamais les trouver indifférents et ces deux sentiments nous sont le garant d'un avenir plein d'honneur.
En hommage suprême aux morts que nous voulons honorer, relisons ensemble la belle citation de leur village natal :
« Halloville, a vaillamment supporté à deux reprises en 1914 les souffrances de l'occupation allemande, A payé de sa destruction l'honneur d'avoir été pendant quatre années sur la ligne de feu. Par les deuils et les dommages qu'il subis, a droit à la reconnaissance du pays, »
Et maintenant, reportons une dernière fois nos pensées ferventes sur les victimes de ces années douloureuses, en nous recueillant devant ce monument comme devant un tombeau.
Honneur à vos héros et vive la France ! »

LE BANQUET
La cérémonie officielle terminée, les invités de la municipalité visitent le village, coquet, pavoisé et paré. L'heure est exquise, sous le soleil d'automne qui verse sur les coteaux et les arbres tachés de rouille sa lumière apaisée.
A midi, un banquet réunit tout le monde à la salle de mairie. M, Cuny, l'hôtelier de Blâmont, mérite, pour la chère qu'il nous dispensa, des compliments exceptionnels.
Au champagne, M. le maire présenta un certain nombre d'excuses, notamment celles de l'abbé Fiel, profondément atteint dans ses affections par la mort si soudaine de M. Pierre Colin, maire d'Ancerviller. Il rendit hommage à tous les collaborateurs dans l'oeuvre de la reconstitution d'Halloville, et remercia avec une chaleureuse effusion M, Georges Mazerand, dont le dévouement à la commune fut inégalable.
M- Martin salua enfin, avec émotion, la mémoire de son ancien collègue d'Ancerviller, le regretté M. Colin, dont la place est vide, hélas ! à cette table fraternelle.
M. de Turckheim prononça ensuite quelques paroles et M. Mazerand, salué par une ovation, termina la série des toasts en résumant excellemment l'impression de patriotique réconfort produite par l'émouvante cérémonie du matin et en félicitant les habitants d'Halloville des liens de solidarité qui les unissent. « C'est grâce à une union étroite que vous avez pu reconstituer votre village ; conservez précieusement cette union, qui sera le gage de votre prospérité dans l'avenir. »
Nous avons quitté Halloville tandis que la fanfare donnait un concert devant la maison commune, ravis d'avoir assisté à une manifestation aussi parfaitement ordonnée et qui fait le plus grand honneur à Halloville, « commune petite » certes, par le nombre de ses habitants, mais grande par son sacrifice, la grâce de son accueil et la qualité de son labeur. - F R
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