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Troupes coloniales - 15 au 22 juin 1940
 


Revue des troupes coloniales
1er novembre 1947

LES RÉGIMENTS COLONIAUX
du Secteur de la Sarre (1939-1940)
[...]

Repli vers le canal

Le 15 juin au lever du jour, le Groupement Dagnan est rétabli face au nord, à cheval sur la Sarre et le canal des Houillères. Le 51e et le 133e R.I.F. sont en premier échelon sur la ligne Altwiller, lisières nord des bois de Bonnefontaine, Zollinger. Le 41e est en deuxième échelon sur la voie ferrée Mittersheim Berthelming. L’appui d’artillerie est assuré par un groupe du 49e R.A. adapté à chaque régiment.
Le II/51e occupe Altwiller et la croupe située à l’est avec la C.M.5 et la C.M.6 ; plus à l’est le III/51e prolonge la position occupant les lisières nord des bois.
L’ennemi ne reprend le contact qu’en fin de journée, un de ses détachements cyclistes réussit malheureusement à jeter une grande perturbation dans la C M.6, qui perd du matériel. Le Ier bataillon couvre la retraite du régiment, jusqu’à Mittersheim où les ponts sur le canal des Houillères sont détruits et à partir d’où le 41e assure la protection du mouvement. Le 51e accomplit une étape harassante de 45 kms par Mittersheim-Londrefing-Bisping-Rhodes et Languimberg.
Tandis que ses deux premiers bataillons se regroupent dans les bois au nord de l’étang de Gondrexange, le Ier bataillon poursuit sa route jus qu’au bois de Keltzing, à l’est de Rechicourt, où il doit s'embarquer en camions. En effet, à Igney en fin d’étape, le Lieutenant-Colonel de Reviers de Mauny a reçu communication de l’ordre du XXe C.A. de se porter avec un bataillon sur les rives de la Moselle dans la région de Charmes. Le Commandant Guigon prend le commandement du régiment avec le Capitaine Niox comme chef d’Etat-Major.
Le 41e R.M.I.C. s’est établi dans la journée et la soirée du 15 sur la voie ferrée entre Saint-Jean de Bassel et le canal des Houillères. La liaison est établie tant bien que mal avec des éléments polonais qui se trouvent à l’ouest. A l’est, elle est réalisée avec un bataillon du 133e R.l.F. qui dans la nuit du 15 au 16 remplace à Saint-Jean de Bassel le III/41e, placé en réserve à Réchecourt le Château. La matinée du 16 est calme, quelques patrouilles allemandes venues au contact sont tenues en respect. Devant une menace de débordement sur la gauche, où l’ennemi a réussi à progresser, le Colonel Tristani décide, dans l'après-midi, de rabattre l'aile ouest du régiment (IIe bataillon) sur Bisping. Ce mouvement est réalisé lorsqu'à 18 heures l'ordre parvient au P.C. de replier le 41e R.M.I.C. sur Réchicourt. Le décrochage s’effectue par échelons au contact immédiat de l'ennemi.
Pour bien situer dans le temps et dans l'espace ces combats du 17 dans l'ensemble de la campagne de juin 1940, il n’est pas sans intérêt de rappeler que ce même jour les pointes allemandes ont atteint Vesoul, Besançon et Dijon.
Tandis que le 41e se replie derrière le canal de la Marne au Rhin, le groupement Guignon couvre le mouvement. Le IIIe bataillon s’installe aux lisières nord-est du bois Kotsinol, le IIe trouve ses emplacements désignés déjà occupés par un bataillon polonais et, en conséquence, s’organise en retrait dans la clairière de Romécourt. Le Colonel Rousset, de l’E.M. du Groupement Dagnan, prend le commandement des avant-postes.
Dans la soirée les engins sont repliés au sud du canal, aussi l’idée que les Chefs de Bataillon se font de leur mission est qu’elle sera de courte durée. Les colonnes du 41e R.M.I.C. s’écoulent à hauteur du carrefour entre 22 h. 30 et 3 h. 30.
Un peu avant le lever du jour, l’ennemi débouchant de Languinberg attaque. Son action menée par des cyclistes et des A.M. est tout de suite violente. Les Polonais à gauche se replient, découvrant ainsi le nord du IIIe bataillon. Le P.A. du Lieutenant Arrighi au sud de Languinberg résiste énergiquement, infligeant des pertes à l’Allemand, mais est lui-même sévèrement touché ; la C.M.9 décimée doit se replier. Le bataillon se trouve dans une situation difficile et le Capitaine de Nozelles décide à 5 heures de regrouper son unité en arrière. Le Commandant Guigon fixe alors de nouveaux emplacements aux unités du IIIe bataillon. A 9 h. 30 le mouvement est terminé. Depuis 7 heures l’ennemi occupe les rives nord de l’Etang de Gondrexange, il est pris sous le feu de la C.M. 11 et subit des pertes, mais vers 10 heures ses motocyclistes et deux A.M. passent à l’attaque cherchant à forcer le passage de la digue de l’étang. Cette action échoue mais a coûté plusieurs tués au groupe franc Aerts. L’Allemand cherche alors à déborder et à s’infiltrer à l’ouest et le combat s’allume de proche en proche vers la gauche. On se bat sous bois dans un taillis épais à très courte distance contre un adversaire qui cherche à se faire passer pour polonais.
Pendant trois ou quatre heures, la C M. 10 et particulièrement les sections Fabre et Bacot dominent et repoussent l’ennemi. Avec ces éléments, le Capitaine de Nazelles lutte jusqu’à épuisement des munitions, et quand, à peu près encerclé, il se décide à donner l’ordre de repli, le décrochage est devenu tout-à-fait délicat. De nombreux éléments sont malheureusement faits prisonniers. Les restes du bataillon se rassemblent vers 20 heures dans les bois nord de Foulcrey et se réorganisent. Le IIII/51e a donc supporté tout le poids du combat au cours de cette journée et s’il a beaucoup souffert, il a cependant intégralement rempli sa mission.
Le II/15 est intervenu par les feux de sa C.M.7 et de sa C.M.6; à 14 heures le Commandant Bruel donne l'ordre de repli qui s’effectue assez facilement par les laies forestières et les écluses derrière le 41e R.M.I.C. Ce régiment, encadré par le 3e régiment de grenadiers polonais à gauche et par le 133e R.I.F. à droite, a ses 1er et 2e Bataillons sur la rive sud du canal de la Marne au Rhin entre Moussey et le Pont du Col des Français. Le 3e Bataillon doit assurer la défense d’Avricourt en liaison à gauche avec le 2e Bataillon du 51e, qui vient de se replier et d’être placé sous les ordres du Colonel commandant le 41e. Le 49e R.A. appuie le 41e et le 166e R.A. le 133e R.I.F.
Vers 14 h., le pont du Col des Français est détruit; peu à peu l’ennemi précise son contact le long du canal et tente d’en forcer le passage. Des infiltrations se produisent sur la rive droite du régiment et nécessitent une contre-attaque menée par l'Aspirant de Camaret : elle est couronnée de succès et l'ennemi est rejeté au delà du canal.
Au cours de la nuit, les Allemands réussissent à jeter une passerelle mais ne l’utilisent pas avant le jour. Au matin, du 18, un violent bombardement s’abat sur les positions, l’ennemi franchit de vive force l’obstacle et progresse le long de la voie ferrée. Bien que décimés par les obus et les mines, les deux bataillons du 41e s’accrochent au terrain, mais à droite le boche avance dans le sous-secteur du 133e R.I.F. A midi, les deux bataillons, menacés d’encerclement, évacuent sur ordre leurs positions et se rétablissent sur les crêtes au nord de Réchicourt pour le 1er bataillon et au nord d’Avricourt pour le 2e bataillon.
Vers 13 heures l’attaque ennemie reprend avec violence sur le front du IIe Bataillon qui, très éprouvé, doit à nouveau se replier par échelon sur le village d’Avricourt. Sur la gauche du sous-secteur, Moussey, défendu par les Polonais, résiste toujours.
A 14 heures, des éléments du 1er bataillon, conduits par le Commandant Buisson, ainsi que du III/51e participent brillamment à une contre-attaque montée par le 133e R.I.F. et ils s’emparent des crêtes nord-est de Réchicourt. Puis vers 16 heures, l’ennemi effectue une attaque sur Avricourt et ensuite sur Nouvel Avricourt. Arrêté par nos tirs d’infanterie et d’artillerie, il réussit cependant à s’infiltrer dangereusement entre ces deux villages. Les pertes sévères et le manque de réserves ne permettent pas au régiment d’avoir un front continu, ni à plus forte raison de contre-attaquer.

Un ordre général de repli intervient vers 20 heures, le 41e R.M.l.C. décroche assez difficilement au cours de la nuit, mais parvient à se rétablir sur les croupes au sud d’Igney. Le Franc-Bois est bombardé et le II/51e éprouve quelques pertes. Le bataillon se replie à 20 h. 30 vers Amenoncourt-lgney. Il reçoit ses ordres dans ce dernier village; il doit s’installer à Amenoncourt au bois Coupé et au bois des Haies, ce qui est fait vers minuit. Le III/51e tient le village de Foulcrey et il est chargé de la liaison avec le 133e R.I.C., à Ibigny.
Dès le matin du 19, l’ennemi reprend le contact mais s’il est contenu sur le front du 41e, il est très pressant à l’ouest. En effet, il a pénétré très profondément vers le sud dans le dispositif de la 52e D.I. et de la division polonaise; il atteindra la Meurthe à Azerailles au cours de cette journée. A l’est, d’autre part, le 43e C.A. se replie vers le Donon. Le groupement Dagnan va donc se trouver largement débordé.
A 6 h. 20, l’Allemand attaque Amenoncourt, défendu par le Lieutenant Cann et la C.M 5 du III/51e qui résistent pied à pied. Renforcé par les éléments venus par camions, l'ennemi reprend son attaque vers 9 h. 30 et contraint la C.M.5 à se replier au sud du village. L’action par le feu et le bombardement s’étend à la gauche sur le Bois Coupé, tenu par la C.M.7, qui éprouve des pertes sérieuses. L’Aspirant Fricotté est tué, le Lieutenant Christophe très grièvement blessé.
Plus à l’ouest encore, le 49z R.I. se replie depuis 8 heures dans les anciens bois. En raison de l’importance de l’attaque allemande à l’ouest, le Colonel Dagnan a prescrit aux chefs de corps de ne pas se laisser accrocher. Vers midi, le bataillon Bruel se replie donc et grâce à l’initiative de son chef, échappe de justesse à l’encerclement. De même le 41e se décroche en direction de Domèvre.
A l’est du dispositif, à Foulcrey, le groupement Guigon, composé du III/51e et de la C.M.2 laissée par le I/51e, mène un très dur combat. Le bataillon est solidement installé, renforcé par plusieurs pièces de 25. A 9 heures, des cavaliers allemands sont facilement repoussés, puis une demi-heure plups tard, l’infanterie adverse attaque. Les unités rivalisent de cran. A la C.M.9 le soldat Allo, tireur au F.M., touché pour la deuxième fois, meurt en criant « Vive la France » ; le Lieutenant Potoine tombe mortellement blessé en prenant la place de deux séries de servants de mitrailleuses successivement mis hors de combat. Le Lieutenant Metz dirige le feu de ses mortiers avec une bravoure et un entrain admirables. Il inflige des pertes sensibles à l’ennemi; blessé, il poursuit sa tâche, déversant avec précision un millier d’obus sur les éléments adverses.
Vers 11 heures, cependant, l’Allemand réussit à refouler la C.M.9 sur le village. A midi, arrive l’ordre de repli sur Blamont et Barbas. Le décrochage est effectué à partir de 13 heures 30, successivement par les différentes unités. Ainsi au prix de pertes élevées, le détachement de la C.M.2 et du III/51e, sous l’énergique commandement du Chef de Bataillon Guigon et du Capitaine Niox, a tenu en échec, durant cinq heures, une forte attaque ennemie. Le courage et l’admirable dévouement du Médecin-Capitaine Prost ont permis l’évacuation du plus grand nombre des blessés.
De Barbas le groupement est dirigé sur les bois nord de Pexonne où il arrive le 20, à 1 h. du matin. Le mouvement de retraite du Bataillon Bruel est difficile et coûteux. Le Groupe franc Hénard est accroché et perd plusieurs hommes. Sans qu’on puisse mettre en cause leur esprit combattit, certains éléments s'égareront et ne rejoindront leurs unités que tardivement, d’autres sont faits prisonniers.
Le 41e R.M.I.C. atteint Domèvre avec son IIe et IIIe bataillon. Le Ier bataillon occupe Barbas. Un dispositif de défense est hâtivement réalisé et le combat ne tarde pas à prendre une grande violence. L’ennemi cherche à s’emparer de Domèvre, mais il échoue aussi bien dans ses tentatives de débordement que dans ses attaques sur le village, appuyées par des concentrations massives de tirs d’artillerie, de minen et des actions aériennes. Seuls quelques éléments légers, réussissent en fin de journée à franchir la Vesouze.
Le Régiment reçoit alors l’ordre de gagner Pexonne au cours de la nuit et de s’organiser défensivement au sud de la voie ferrée et en liaison à gauche avec le 49e R.L, à droite avec le 133e R.l.F., le repli s’effectue sans incident et les unités peuvent se reposer quelques heures à Pexonne avant de rejoindre leurs positions.
Le 20 juin au matin, le III/51e occupe aux avants-postes les lisières nord des Bois de Pexonne, face à Saint-Maurice, tandis que le II/51 ayant passé la nuit près de Montreux, fait mouvement par la route de Badonviller, encombrée par les convois du 43e C.A. Le contact est pris par l'ennemi vers Saint-Maurice et le Capitaine, commandant le Bataillon, qui ne doit pas se laisser accrocher, fait replier le III/51e. Le Bataillon Bruel qui arrive est alors dirigé sur les bois au nord de Pexonne. Le contact est rapidement pris sous bois; sur l’une des routes le détachement Roux stoppe 2.A.M., mais les Allemands se jettent dans les taillis et manœuvrent.
Vers 10 heures, appuyé par de l’artillerie, l’infanterie ennemie attaque. Le Lieutenant Santini est grièvement blessé, tandis que le Commandant Bruel, debout sous le feu et très calme, s'effondre mortellement touché. Son adjoint, le Capitaine de Vesvrotte, prend alors le commandement de tous les éléments présents. Un repli en bon ordre est effectué jusqu’à la crête nord de Pexonne où se rétablissent le II/51e et les compagnies Aerts et Le Bot du III/51e.
La fusillade s’engage immédiatement. Le Lieutenant Pousset, debout pour mieux tirer, tombe mortellement blessé au ventre. A midi, la mission de couverture du 51e est remplie ; les unités sont à court de munitions et le repli s’effectue sur Pexonne, sous la protection successive des sections Couvreur et Bocquillon.
Le 41e R.M.l.C. remarquablement appuyé par toute l’artillerie du Groupement, reprend l’action à son compte. L’Allemand ne pénètre dans le village que vers 14 h., mais les feux bien appliqués du régiment paralysent son débouché et ses tentatives d’infiltration. Dans la soirée intervient un nouvel ordre de repli.
Pour assurer ce repli, le Commandant Guigon fait tenir les abords de Neufmaisons, puis du Col de la Maison Forestière du Rouge-Vêtu.
Par la vallée de la Meurthe, terriblement encombrée par les nombreuses colonnes refluant vers les Vosges, les régiments coloniaux se portent à hauteur d’Etival-Moyenmoutiers. Au matin du 21 juin, le 41e R.M. I.C. occupe avec son IIe bataillon, les bois sud-ouest de Moyenmoutiers et avec le Ier les pentes sud du Rabodeau, à l’est de la Meurthe. Le IIIe bataillon est ensuite poussé à la garde des ponts d’Etival.
C’est le II/51e en position à l’ouest de la Meurthe, à la Pierre-d’Appel et à la scierie au nord d’Etival, qui subit le choc ennemi. L’Allemand réussit à s’infiltrer entre les deux petites compagnies qui groupent les restes du bataillon. Malgré la résistance qui lui est opposée, il réussit à troubler sérieusement le repli et à faire des prisonniers. A ce moment, une contre-attaque de deux chars du 20e bataillon de chars, facilite la manœuvre.
L’encerclement ennemi se développant sur le 41e, les Ier et IIe bataillons, par la Voivre et le Pont Saint-Michel, bientôt suivis par le IIIe bataillon qui rejoint directement, gagnent sur ordre une nouvelle position au sud de Nompatelize-les-Feignes. A midi, le 51e se replie sur la Salle. Le Groupement Dagnan forme la face nord d’un réduit fermé dont le Général Champon, commandant le XIIe C.A. prend le commandement. La matinée du 22 est calme, le 41e fait encore des prisonniers allemands et délivre un détachement du 49e R.I. qui vient d’être capturé. Le 51e tire ses derniers coups de feu sur un avion ennemi. Mais c’est la fin de ces beaux régiments. A bout de forces, de vivres et de munitions, encerclés de toutes parts par un adversaire supérieur en nombre et en armement, mais tenant encore un front cohérent et intact, toute l'artillerie déployée, les régiments du groupement Dagnan reçoivent l’ordre de cesser le combat dans la soirée du 22 juin.

 

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