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Le Canton de Blâmont - E. Delorme - 1927 (4)
SAINT-MARTIN - BLEMEREY - VÉHO - REILLON - GONDREXON

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Edmond DELORME
LUNEVILLE ET SON ARRONDISSEMENT
Tome II
1927
CHAPITRE XIII - LE CANTON DE BLAMONT

SAINT-MARTIN

Construit sur le flanc de la grande Falaise qui, au Nord, domine la vallée de la Vezouze et l'encaisse, SAINT-MARTIN est distant de 8 de 8 kilomètres de Blâmont. et de 22 de Lunéville, mais il n'est qu'à 1.500 mètres d'Herbéviller, gare du Chemin de Fer Lunéville-Blâmont-Badonviller.
La route, qui réunit Saint Martin à Herbéviller: traversela valée. Elle est coupée de ponts et, sur l'un des côtés, se développe une passerelle de bois, continue, surélevée, pour, permettre aux piétons de gagner leur village, lors des inondations de la Vezouze.
L'Histoire de Saint-Martin est brève dans nos Archives. Il a appartenu au Seigneur d'Ogéviller, avec Reclonville, quand ce Seigneur devait l'hommage aux Sires de Blâmont, puis il dépendit des Ducs de Lorraine.
Pendant la Grande Guerre, il a été totalement détruit.


Tour à étages de l'Eglise de Saint-Martin
Dessin de E. DELORME. D'après nature

Ses maisons neuves s'étalent pittoresquement sur la côte, vers l'Église, originale d'aspect, avec trois étages massifs recouverts d'un toit à deux pans. La porte d'entrée est de style Renaissance ; le reste de l'édifice s'apparente du style ogival.
Rien n'arrête longuement l »intérêt de qui visite cette Église : un baptistère ancien, de forme singulière ; un tableau du XVIIIe siècle représentant un Evêque ; un bénitier simple, de la même époque, et c'est tout.
A quelque distance du village, se trouve la CHAPELLE DE NOTRE-DAME DE LORETTE, lieu de pèlerinage bien connu et fréquenté par les habitants de la région. Cette Chapelle, ancienne, bâtie sur une éminence, à l'orée de la forêt, a été détruite au cours de la dernière guerre; elle est aujourd'hui reconstruite.
Saint-Martin a 100 habitants et 30 maisons; en 1838, il en avait 340, dans 52 maisons; on 1886, il avait 231 habitants et 167, en 1913.
Son territoire de 487 hectares, dont 303 de terres labourables, 98 de prés et 50 de bois, est exploité par des agriculteurs propriétaires.
Les céréales, les fourrages, l'osier, les fruits, sont les productions principales du sol.
L'abbé Grosse disait: qu'en 1838, 10 hectares étaient plantés en vignes, qui produisaient « un vin exquis, délicat, très recherché ». Les vignes ont disparu.

BLEMEREY

Bâti sur le petit ruisseau dit de Leintrey, le village de BLEMEREY est éloigné de Blâmont de 9 kilomètres, de 22 de Lunéville, de 6 d'Emberménil, station de la Ligne ferrée Paris-Strasbourg, enfin de 3 kilomètres 500 mètres de la grosse commune de Domjevin. Il est donc isolé.
Si les Cartes de l'Évêché et celles de Lorraine n'en font aucune mention, même au commencement du XVIIIe siècle, une pièce et Archives du XIe siècle en parle à propos d'une donation faite à l'Abbaye de Saint-Sauveur (LEPAGE). Un titre signale son étang, en 1321 ; cet étang était alors ascensé. Une autre pièce, de 1515, cite son Moulin avec son étang.
Dans ces chartes, Blemerey prend les noms de Blémery, Blumery, Blesmerey.
Ce village a appartenu à l'Abbaye de Domèvre : il fut compris dans le Bailliage de Blâmont.
La Grande Guerre lui a été funeste; il a été totalement détruit. Il était compris dans les dix kilomètres de sol français que nos Gouvernants déclarèrent zone neutre et que les Allemands envahirent le 9 août 1914.. Occupé par eux, Blémerey connut leurs pillages.
Quand les fronts furent fixés, il fut compris dans la zone rouge. Malgré les dangers qu'ils encouraient, les nouvelles vexations et les brutalités dont ils étaient l'objet de la part de nos ennemis, les habitants, pour la plupart, n'abandonnèrent pas leur village et l'on dit que souvent, au péril de leur vie, ils sortaient de leurs abris pour se ravitailler et récolter quelques nouvelles, dans une zone moins exposée, à Fréménil.
Les habitations de Blémerey sont reconstruites. L'École a été bâtie avec les perfectionnements modernes, par l'Architecte Détenclos, avec l'appui de la Coopérative des Écoles.
L'Église a été réédifiée sur l'emplacement de l'ancienne. Sa tour est légère, sa flèche élevée. Une horloge, placée latéralement, est encadrée de deux personnages grotesques médiévaux. Le mobilier est moderne.
L'Abbé Chatton nous dit que, l'Abbaye de Domèvre, en 1752, se défit, pour 32 livres, des anciens confessionnaux dont Blémerey avait hérité. Ils ont disparu.
Une plaque de marbre ornée de bronze, placée dans le vestibule de la Mairie, conserve les noms et le souvenir des trois Enfants de Blémerey morts pour la France.
Blémerey n'a plus que 87 habitants. Il en avait 146 en 1913, 211 en 1886, 216 en 1838.
De son territoire de 391 hectares, 80 restent incultes (Statistique de 1926), 100 sont cultivés; 20 sont en prés, 30 en bois. Ses agriculteurs sont propriétaires.
Les céréales, les Fourrages et l'osier sont les productions de son sol.

VÉHO

Situé au revers d'un coteau, à 11 kilomètres de Blâmont, à 19 de Lunéville, VÉHO est encore à 4 kilomètres de distance d'Embermenil, station de la Ligne Paris-Strasbourg, et de Domjevin, desservi par le L.-B.-B.
Ce village est entré dans l'Histoire, pour avoir donné naissance à l'Abbé GRÉGOIRE.
Sous le nom de Wéhoth, il est question de Vého en 1039, à propos d'une donation à l'Abbaye Saint-Rémy de Lunéville, mais nous savons bien peu de chose de lui, au Moyen Age et même dans les temps modernes. (1) C'était cependant un village important et riche, à en juger par son Église remarquable du XIVe siècle.
Il a été détruit au cours de la Grande-Guerre. Ses récents désastres sont réparés. Le village est reconstitué. Toute l'étendue de la rue de l'Église a des maisons neuves.


L'Église, la Mairie et l'École de Vého

Le bâtiment qu'occupent la Mairie et l'École tourne en partie sa façade vers la rue. On a emprunté, pour lui, le dessin des faces de villas: leur toiture haute, saillante, les ouvertures asymétriques, les fausses charpentes apparentes qui enlèvent à la maçonnerie sa froide uniformité.
L'École est bien aménagée; ses fenêtres sont hautes ; elle est bien aérée.
L'Église neuve est remarquable. C'est l'une des plus belles, sinon la plus belle, des Églises de la région construites après la guerre. On a su, pour son édification, concilier le respect des traditions avec une initiative personnelle, avisée et sage. Le style ogival a inspiré l'Architecte.
La tour ogivale, surmontée d'un haut clocher de pierre, n'est point axile. Elle a été reportée un peu de côté, pour laisser une large place à la rose, qui orne la façade de la nef. Le portail est gothique. (2)
L'intérieur de l'édifice a été aussi soigné que l'extérieur. Les vitraux, dans lesquels les bleus tiennent la plus grande place, ont été l'objet d'un choix des plus heureux.
Sur le sommet de la cote que monte la route de Domjevin à Vého, on remarquait, récemment encore, les épaulements de batteries, dont le feu devait être dirigé vers la vallée de la Vezouze.
Vého a perdu nombre. des Siens, de 1913 à 1918.
Ce village avait 227 habitants avant guerre; on en comptait 356 et 52 maisons, en 1838 (Grosse); il n'a plus, aujourd'hui, que 156 personnes.
Son territoire réunit 773 hectares, dont 300 en terres labourables, 65 en prés, 25 en bois. (3) Ses agriculteurs sont tous propriétaires,
Les productions principales sont: les céréales, les fourrages et l'osier. L'élevage des bestiaux y est poursuivi.
Les vanniers sont nombreux à Vého ; nombreuses aussi sont les dentellières et les brodeuses.

Ce village, ai-je dit, est honoré de la naissance de l'Abbé GRÉGOIRE. Je résume la vie de cette illustration française :
L'ABBÉ GRÉGOIRE (BAPTISTE-HENRI), Évêque Constitutionnel, l'une des plus hautes et des plus belles figures de la Révolution Française, « y fut le représentant le plus intrépide et le plus sympathique du Gallicanisme janséniste. Il sut professer, en même temps et avec la même constance, la foi chrétienne, l'amour de la liberté et le culte de tous les progrès utiles »
(VOLLET)
Il était né à Vého, le 4 décembre 1750, et fils d'un père qui exerçait le métier de tisserand. Épris d'idées émancipatrices, il avait fondé, pour ses ouailles, à Emberménil, dont il fut le curé, une bibliothèque littéraire et agricole. Populaire, il est, le 27 mars 1789, élu par le Clergé du Bailliage de Nancy, député aux États Généraux, qui devinrent l'Assemblée Nationale. Ce fut le début d'une fortune politique, qui, successivement le conduisit à la Convention, à l'Assemblée Législative, aux Cinq-Cents, au Corps Législatif sous l'Empire, au Sénat Impérial. La fin de sa vie fut attristée par des attaques violentes de la part du Clergé et des partis politiques de la Restauration, mais sa renommée reste pure et la plupart de ses conceptions libérales se sont imposées et réalisées. Sa mort fut une apothéose...


L'Abbé Grégoire
Dessin de E. DELORME, d'après un cuivre gravé des Musées de Lunéville

Aux États Généraux, il décida le Bas Clergé à se joindre au Tiers Etat et contribua à déterminer la réunion des Trois Ordres; il est au Jeu de Paume, lors du Serment ; dans la nuit du 4 août 1789, il demande la suppression des annates, du droit d'aînesse, des privilèges nobiliaires, la plénitude des droits civils pour les nègres et les mulâtres affranchis, la suppression de la traite, de l'esclavage ; il obtient, pour les Juifs, les droits civils (1789), pour les pauvres, le droit au vote pour la nomination des Députés. A la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, il propose de joindre celle des Devoirs. Il vote l'abolition des voeux monastiques, mais en demandant la conservation des établissements religieux qui avaient rendu des services à la science et à l'agriculture. Après le Décret sur la Constitution Civile du Clergé, il fut le premier à prêter le serment exigé par cette Constitution et son exemple entraîne plus que ses écrits et ses discours : par contre, il réprouva avec courage les violences exercées contre les prêtres réfractaires et il osa même demander et il obtint la délivrance de ceux qui étaient entassés sur les Pontons de Rochefort. En 1795 et en 1794 il réclama hautement la Liberté des cultes.
Il avait demandé la suppression du droit de veto du roi, son accusation, sa condamnation, après la fuite de Varennes, mais, partisan de la suppression de la peine de mort, il eut voulu que Louis XVI fut le premier à bénéficier de son abolition. Ce point d'histoire est irréfutablement établi. (4)
Élu Évêque Constitutionnel, par les Départements de la Sarthe et du Loiret·Cher, il opte pour ce dernier. Ses diocésains l'élèvent à la Présidence de l'Administration Centrale de ce département. Mais lorsque la Convention demande aux Ministres du Culte Catholique de renoncer à leurs fonctions et de proclamer le triomphe de la Raison, alors que, le 7 novembre 1793, l'Évêque Constitutionnel de Paris, Gobel, ses Vicaires et d'autres Ecclésiastiques, viennent, en séance, se soumettre à cette monstrueuse injonction. Grégoire, pressé de les imiter, a des accents superbes, qui témoignent de la solidité de sa foi et de son grand courage, et on passa outre.
« S'il s'agit du revenu attaché aux fonctions d'Évêque, je vous l'abandonne, dit-il, sans regret ? S'agit-il de religion ? Cet article est hors de votre domaine et vous n'avez pas le droit de l'attaquer... Catholique par conviction et par sentiment, prêtre par choix, j'ai été désigné, par le peuple, pour être Évêque ; mais ce n'est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission. J'ai consenti à porter le fardeau de l'épiscopat dans un temps où il était entouré d'épines. On m'a tourmenté pour l'accepter; on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abjuration qu'on ne m'arrachera pas, Agissant d'après les principes sacrés qui me sont chers et que je vous défie de me ravir, j'ai tâché de faire du bien dans mon diocèse ; je reste Évêque pour en faire encore. J'invoque la Liberté des Cultes. »
En 1795, la Convention reconnut cette Liberté tant de fois invoquée et réclamée par Grégoire.
Il avait songé, avant le Concordat, à rassembler les débris de l'Église Gallicane et à rapprocher les prêtres assermentés et les prêtres réfractaires (1797). Il ne réussit pas. En 1801, après le Concordat, il se démit de ses fonctions d'Évêque.
Appelé, en 1793, à faire partie du Comité d'Instruction Publique, Grégoire a pris une part des plus importantes et des plus heureuses à son oeuvre : Fondation de l'Institut, dont il fut élu membre; Fondation du Conservatoire des Arts et Métiers, du Bureau des Longitudes, Organisation des Bibliothèques Publiques, Propagation de la Langue Nationale; Établissement des Jardins Botaniques, des Fermes-Ecoles, Association des Savants, Conservatoire des Monuments Artistiques, etc., etc.
Sous l'Empire, il fait partie du nouveau Corps Législatif, qu'il préside.
Fidèle à ses convictions républicaine, il fait, au Sénat. partie d'une infime minorité, qui réprouve le Sénatus-Consulte. le rétablissement des Titres nobiliaires, le Divorce de l'Empereur. En 1814, il se prononce l'un des premiers, pour sa déchéance.
Au rappel des Bourbons, décrété par le Sénat, il réclame un Acte Constitutionnel. Sous la Restauration, il est en butte aux plus violentes passions politiques et religieuses ; il est exclu de l'Institut, de la Chambre des Députés, où le Département de l'Isère l'avait nommé.
On dit que quand Louis XVIII apprit cette nomination, il s'exprima en ces termes : « L'Abbé Grégoire, le Jacobin, le régicide par lettre, le Sénateur, l'Évêque schismatique, l'expression abominable de la Convention Nationale, apostat. De son ordre, toujours au premier rang parmi les acharnés de notre parti, janséniste, fanatique, dangereux par sa science, ses vertus privées, son désintéressement, sorte de fagot d'épines honorable du parti, l'introduire à la Chambre des Députés, l'appeler à prêter serment dans mes mains, c'est le comble de l'audace et de l'injustice.... Ou je sortirai du royaume une troisième fois et celle-ci volontairement, ou Grégoire n'entrera pas dans la Chambre des Députés. »
Louis XVIII ne pouvait parler autrement, mais l'Histoire a prononcé d'autres verdicts sur ce grand passionné de Liberté et de Justice ennemi des préjugés, secourable aux humbles, sans cesse à la recherche du mieux et qui, dans la période la plus troublée de nos annales, s'est montré, par son courage, la solidité de ses principes, sa tolérance religieuse, son dévouement à la cause publique, ses initiatives si heureuses, la régularité et la simplicité de sa vie, l'une des figures les plus belles de la Grande Révolution.
A ses derniers moments, en raison de ses convictions jansénistes et aussi du fait de son refus de rétracter le serment qu'il avait prêté lors de la Constitution Civile du Clergé, l'Archevêque de Paris lui refuse les secours


Tombe de l'Abbé Grégoire au Cimetière Montparnasse
Dessin de E. DELORME, d'après nature

de la Religion qu'il réclame. II est passé outre ; mais, à ses obsèques, à l'Abbaye-aux-Bois, le prêtre de la paroisse se retire. Des prêtres courageux assurent le service funèbre et bénissent le catafalque, sur lequel sont déposés les insignes épiscopaux; des jeunes gens des Écoles détachent les chevaux du corbillard et portent à bras le cercueil de Grégoire, au Cimetière Montparnasse, suivis par plus de vingt mille personnes.
La tombe de notre Compatriote est des plus modestes. Une simple épitaphe fait appel à la Miséricorde Divine et demande le pardon pour ses ennemis. Il a été question d'élever, à Grégoire, un Monument, sur une des plus grandes places de Paris. Son historien, M. Gazier, janséniste, s'y opposa.: « C'eut été faire injure à son caractère et à ses principes. » (Communication orale).
Lunéville a élevé une statue à Grégoire, par souscription publique, Elle est due au Sculpteur Bailly de Remenonville. Je l'ai représentée (T. I, p. 129). Une maquette du Sculpteur Laurent a été donnée par M. Jeanmaire, au Musée du Château. Elle fait revivre le souvenir de Grégoire, à la periode de ses débuts dans carrière politique, lorsqu'il déchire les titres féodaux. C'est une belle oeuvre.
Rien ne rappelle le séjour du Conventionnel à Emberménil. La stèle. Que Joly avait préparée, n'a pas été exécutée et, à Vého, la plaque commémorative de sa naissance, qui était fixée sur la façade de la maison dans laquelle il était né, a disparu après la guerre.
Ses portraits s'ont innombrables. Les Musées de Lunéville possèdent la plaque de cuivre qui a fourni les plus beaux. J'en ai réuni beaucoup d'autres. Les mêmes Musées et le Musée Lorrain à Nancy gardent de ses souvenirs. La mort soudaine de M. Gazier m'a privé d'en recueillir d'autres.
Grégoire vivra par son exemple et ses généreuses initiatives sociales.(5)

REILLON

Ce malheureux village, qui a été totalement détruit pendant la dernière guerre, n'a pu reprendre son aspect d'autrefois.
Sur les 96 habitants qu'il avait, avant 1914, 46 ne sont pas retournés au village; leurs maisons n'ont pas été reconstruites. En sorte que celles qui ont été rebâties, au lieu de former autour de la Maison Commune et de l'Église un ensemble compact, sont disséminées et laissent entre elles de grands espaces libres, non entretenus, désertiques et bien tristes.
Isolées aussi sont l'Église et la Mairie, avec son École
Les maisons rebâties sont vastes, avec de grands engrangements de belles fermes.
La Mairie, avec l'École, fréquentée par trois élèves, occupent un vaste bâtiment, surmonté d'un clocheton, qui a été construit suivant les données décrites. Ses façades sont bien ajourées. Celle qui répond à l'entrée est munie de grosses jardinières en ciment, réservées pour des fleurs. Il y a un préau et des dépendances.
L'aspect de l'Église, que j'ai représenté par un dessin (Tome I. p. 214), frappe par sa singularité, la complexité des formes, la richesse des matériaux employés, dois-je ajouter, par la précarité de certains d'entre eux, et l'absence d'une partie, du mobilier.
Or, la Commune de Reillon n'a plus que 50 habitants.(6)


Mairie et Ecole de Reillon
Dessin de E. DELORME d'après nature

Ce village a un territoire de 439 hectares, dont 300 étaient rangés parmi les terres labourables et 95 parmi les prés. En dépit de la pénurie des bras, la culture du sel ne semble pas être trop en souffrance et, malgré l'accumulation effrayante des barbelés et des trous d'obus, il a presque récupéré sa régularité (1924). Nulle part, dans la région, on trouverait une preuve plus démonstrative de l'attachement qui lie le Lorrain, agriculteur et propriétaire, à son bien.
Reillon n'a pas d'ouvriers de métier. En dehors des agriculteurs, on n'y signale, comme habitants, qu'un aubergiste et un vannier (Annuaire de 1926).
Il est distant de Blâmont de 6 kilomètres.
Ce village a la Croix de Guerre; il a perdu huit des Siens, de 1914 à 1918.
CIMETIERE MILITAIRE DE REILLON. - Lorsqu'on suit la route qui réunit Reillon à Gondrexon, - son compagnon d'infortune - on voit, à une centaine de mètres du premier de ces villages et presque à la même distance de cette route, un vaste Cimetière Militaire franco-Allemand.
Sur le versant d'un coteau dénudé, dans un très vaste enclos, qu'une simple barrière de barbelés circonscrit, se massent des groupes de croix blanches et, au-dessus d'elles, d'autres groupes de croix brunes. Les premières marquent les restes individuels des Soldats Français, les autres ceux des Allemands.
Il y a là, pour les nôtres, 12 groupes de croix, qui en comptent chacun 100.
Les croix sont alignées comme l'étaient au combat les braves qu'elles recouvrent... Rien n'est plus impressionnant! (Torne 1, page 228).
Aucun monument sculptural ne saurait remuer l'âme comme le fait cet humble Cimetière, qui n'a, en avant de ses groupes de croix blanches, qu'un bloc de pierre. N'est-ce pas une trouvaille pleine de sentiment que l'opposition de l'étendue du sacrifice si généreusement, si héroïquement, si anonymement consenti par tant de héros, avec cette simplicité et cette pauvreté dans la mort. En voyant ce Cimetière, les larmes viennent aux yeux.
Ce coteau, la Côte 306, sur laquelle la lutte a fait rage, porte encore un autre: souvenir: un bloc de granit puissant, sans ornement, élevé à la mémoire des Soldats du 217e Régiment, qui ont eu la glorieuse tâche de défendre cette position disputée, les 19 et 20 Juin 1915. Ce Monument Commémoratif a été érigé par les soins pieux de la Société des Anciens Militaires Lyonnais de ce Régiment.

GONDREXON

GONDREXON est, aujourd'hui, le plus petit village du Canton de Blâmont. Il n'a plus que 50 habitants, logés dans douze maisons.
On y complait, en 1913, 107 habitants; en 1883, 108, et en 1838, 145.
Il est éloigné de 6 kilomètres, de Blâmont et de la gare d'Emberménil.
Parlant de, lui, Grosse disait que les ruines trouvées sur son territoire faisaient penser ou que cette localité était plus considérable autrefois, ou qu'il y avait eu quelque maison religieuse, dont l'Église aurait été détruite.
Un titre de 1091 mentionne Gondrexon, à propos d'un donation faite au Prieuré de Froville.
Au Moyen Age, il dépendit de la Seigneurie de Blâmont. Nous ne savons pas ce qu'il advint de lui, au cours des guerres des XVIe et XVIIe siècles, mais, pendant la dernière, il a été détruit, comme Reillon qu'il avoisine.
En suivant la route, qui réunit ces deux villages témoins de luttes acharnées, on voit encore, aujourd'hui, de chaque côté d'elle, des champs de Gondrexon en friches, bouleversés, excavés d'un nombre infini de trous d'obus.(7)
Les maisons reconstruites à Gondrexon forment, avec les anciennes, un bout de rue; elles ont bien l'aspect de grosses maisons de ferme. La plus belle, à l'entrée du village, est abandonnée.
La Mairie et l'École occupent un bâtiment important, massif, luxueux, excessif. Des portes cochères, aux lourds piliers, conduisent à des dépendances.

La Chaire et l'Autel de Gondrexon

Dessin de E. DELORME, d'après nature

Pour l'Église, l'initiative des constructeurs s'est donnée libre cours et pour l'exécution de l'ensemble et pour celle des détails. Une tour massive, avec clocher, construite en pierres de taille et ornée de matériaux de teintes différentes ; une nef basse, avec des arcs-boutants très saillants; un retable du maître-autel orné de cylindres, dont la forme rappelle celle des projectiles; une chaîne en pierre, réduite à un caisson coupant la ligne de la table de communion, sont des singularités d'une École évolutionniste, qui demanderont bien du temps pour être acceptées, si jamais elles le sont.
Un dessin du Tome 1, page 214, représente la façade de cette Église.
Un fortin bétonné, avec meurtrières tournées vers les routes d'Ancerviller et de Domèvre, se remarque à l'entrée du village. Il mérite d'être conservé.
La Grande Guerre a taxé aussi cette petite commune, du sacrifice de plusieurs des siens.
Gondrexon est un village agricole, qui a des agriculteurs propriétaires et des fermiers
Son finage s'étend sur 332 hectares. Les céréales, les fourrages et l'osier sont les principales productions. Huit propriétaires se livrent à la culture de l'osier. 115 de ses 332 hectares ne sont plus cultivés (Statistique de 1926).


(1) On ne sait même pas ce qui lui advint aux XVIe et XVIIe siècles, pendant les guerres.
(2) Grâce à l'obligeance de M. DUPIC, constructeur de l'Église de Vého, le Musée de la Chapelle du Château de Lunéville possède la maquette de l'une des façades.
(3) Les autres hectares du territoire de Vého sont actuellement incultes.
(4) « Ses Collègues avaient rédigé une lettre par laquelle ils demandaient à la Convention que le Roi fut condamné à mort. Grégoire refusa de la signer déclarant qu'en sa qualité d'ecclésiastique, il ne pouvait prononcer cette peine ; que, dans le cas où il la prononcerait, il se mettrait en contradiction avec sa propre opinion, récemment émise à la Tribune, pour la suppression de la peine capitale. Il résulta de cette opposition que les mots « à la mort» furent effacés, ainsi que le constate la lettre originale déposée aux Archives de l'Hôtel de Soubise, à Paris, » (MICHEL O.C., p. 220).
(5) MICHEL, O. C., p,216 et suivantes: Article Grégoire; énumération de ses écrits.
BENOIT A. : L'Abbé Grégoire; 1895, in-8°
HIPP. CARNOT : Notice historique en tête des Mémoires Ecclésiastiques et
Littéraires de Grégoire; Paris, 1839, 2 vol. in-8°.
H. GAZIER: Revue Historique ; 1878.
Dictionnaire Historique et Bibliographique de la Révolution et de
l'Empire.
H. VOLLET : Grande Encyclopédie, T. 19; Article Grégoire.
(6) Reillon a eu 207 habitants, en 1838.
(7) Écrit en 1925.

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