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Entrevue de Blâmont - Novembre 1573 (2)
Voir aussi Conférence de Blâmont - 1573, Entrevue de Blâmont - Novembre 1573


Le parti des politiques au lendemain de la Saint-Barthélemy. La Molle et Coconat
Francis De Crue de Stoutz
Ed. 1892

CHAPITRE VI
L’ENTREVUE DE BLAMONT.
Départ du roi de Pologne. - La Cour l’accompagne aux frontières. - Négociations franco-allemandes. - Entrevue de Blamont. - Pourparlers secrets d’Alençon et de Nassau. - Les princes tentent de fuir à Soissons. - Agitation du royaume.

A la fin de juillet 1373, la Cour fut absorbée par les préparatifs de départ de Henri d’Anjou pour la Pologne. Elle se disposait à l’accompagner aux frontières .Toutefois, le règlement préalable de deux ou trois questions pendantes s’imposait. En traitant les conditions suivant lesquelles le prince français était appelé au trône, les députés polonais avaient fait reconnaître la liberté religieuse dans leur pays d’une façon absolue, dans le royaume de France avec les restrictions indiquées.
Restaient les points relatifs à la succession à la couronne de France, ainsi qu’à la lieutenance générale du royaume, puisque le Roi, toujours maladif, avait accoutumé de remettre les affaires du Conseil à sa mère, les affaires militaires à son frère. Ensuite des méfiances qui divisaient les trois fils de Catherine de Médicis, le nouveau roi de Pologne craignait que son frère cadet d’Alençon ne lui ravît le trône à l’aide des huguenots et même de Montmorency, cantonné à Chantilly avec six cents chevaux. Pour calmer ces inquiétudes, Charles IX signa, le 10septembre 1573, des lettres patentes établissant que, s’il mourait sans héritier mâle, ses frères, même en cas d’absence du royaume, lui succéderaient dans l’ordre de primogéniture. Le départ du roi de Pologne ne devait donc pas l’empêcher d’hériter légalement de la couronne de France avant son frère d’Alençon. Mais de fait la garantie était - elle meilleure ? Henri d’Anjou était d’autant plus inquiet que son frère semblait désigné pour le remplacer dans la lieutenance générale. N’était-il pas à craindre que, mis à la tête des forces royales, le cadet n’exclût du trône son aîné ? Aussi Henri hésitait -il à quitter sa belle patrie (1).
Charles IX, moins préoccupé, comme on pense, des conséquences de sa mort, désirait, autant qu’Alençon ou Montmorency, l’éloignement de son lieutenant, successeur et rival. Pour faciliter le départ de ce dernier, il envoya aux princes d’Allemagne ses négociateurs Schomberg, Fregose et Retz. Il pensa même à charger Montmorency de régler un voyage qui intéressait fort ce maréchal. On nomma la suite du nouveau roi de Pologne. Jusqu’à l’automne 1573, on se flatta que Damville tiendrait la promesse qu’il avait faite de l’accompagner. C’eût été délivrer Catherine des appréhensions que lui donnaient les Politiques de Languedoc ; mais Damville resta en France, comme Cossé, comme Montmorency (2).
Ajournant toute décision relative à la lieutenance générale, Charles IX annonça l’intention de tenir à Compiègne, après le départ de son frère, une assemblée de notables destinée à fixer ce point, à conclure sur les requêtes des réformés et surtout à procurer au Roi des ressources financières. Les préparatifs faits, la Cour, qui avait passé l’été dans les environs de Paris, aux châteaux de Boulogne et de Fontainebleau, s’ébranla pour son long exode. Par prudence, Catherine tint à traverser les terres de Montmorency, afin de rapprocher le roi de Pologne et le maréchal, brouillés depuis la mort de Coligny (3).
Charles IX, qui avait pris les devants, fut retenu à Vitry par les progrès de son mal .Il laissa partir le roi de Pologne, en compagnie de Catherine et de François d’Alençon. Henri de Navarre dut rester à Vitry auprès de la personne du Roi, auquel il donnait des soupçons. Il courait des bruits de complot. On prétendait que le duc de Guise rassemblait des troupes à Joinville pour garder dans le royaume Henri d’Anjou, en mettant à mort ses frères. Ce qu’il y a de certain, c’est que le roi de Pologne répugnait à partir : Charles IX se fâcha, Catherine s’interposa et, le 15 novembre, Henri d’Anjou dit adieu au Roi, en adressant ses souvenirs aux principaux seigneurs du royaume, notamment à Damville (4).
Suivi de sa mère et de son frère cadet, il passa par Nancy, où il vit pour la première fois la princesse Louise de Lorraine, fille du comte de Vaudemont. Il conseilla à Turenne d’épouser celle princesse, destinée à devenir sa femme, et que l’on proposait aussi à Thoré. Pour le moment, il ne pensait qu’à la princesse de Condé, qu’il lui coûtait tant de quitter. Les temps d’exil approchent. De Nancy, Henri d’Anjou et sa mère gagnent Blamont, ville frontière du duché de Lorraine, où ils doivent se séparer. Auparavant ils profiteront du voisinage pour traiter avec la maison de Nassau et la cour palatine.
L’Électeur palatin était Frédéric III, de la branche de Bavière-Simmern, prince réformé au milieu de l’Allemagne protestante, qui avait à se défendre envers et contre tous, luthériens et catholiques, contre ses cousins les palatins Wolfgang de Deux - Ponts et Georges-Jean de Lutzelstein et Veldenz, le duc Albert Vde Bavière, l’électeur Auguste de Saxe, et contre l’Empereur, l’Autriche et l’Espagne. En sa qualité de calviniste ou zwinglien, intrépide ami de ses coreligionnaires français, il leur avait prêté de l’argent en 1562. En dépit des menaces de l’Empereur et du Roi, il leur envoya, cinq ans après, un renfort de onze mille hommes sous les ordres de son second fils, le duc Jean Casimir de Bavière. Il adopta avec enthousiasme les projets de ligue antiespagnole, formés dès 1570 par Coligny et par les Politiques alors au pouvoir.
Le duc Jean-Casimir, un vrai reître, gardant sous la rudesse germanique des goûts d’élégance française qu’il avait pris dans son adolescence à la cour de Henri II, entrait pleinement dans les vues paternelles. En protégeant les huguenots, ce condottiere du protestantisme français ne perdait nullement de vue le dessein de recouvrer, pour l’Allemagne, la ville de Metz. En 1567, il était accouru à leur secours ; l’année suivante, il se laissa devancer par Wolfgang de Deux - Ponts. Le régime politique de 1570 à 1572 attacha intimement la cour de Heidelberg à celle de France ; mais la Saint-Barthélemy fut un coup terrible pour les Palatins ; la rupture semblait définitive. Cependant, l’habileté de Schomberg, de Fregose et de Retz parvint peu à peu à regagnner le père et le fils, qui ne pouvaient se passer de l’alliance française en face de la maison d’Autriche. Privé de l’appui effectif d' Élisabeth, exposé aux embûches de Philippe II, le comte Louis de Nassau vint encore les presser d’oublier le massacre de Paris (5).
Catherine sent aussi la nécessité de ménager les bonnes dispositions des princes allemands en faveur de leur nouveau voisin, le roi de Pologne, universellement honni depuis le massacre du 24août 1572. Une preuve de l’inconscience politique de Catherine, c’est qu’elle croit pouvoir reprendre le système d’alliance, antérieur à la Saint-Barthélemy, avec l’Angleterre et avec l’Allemagne. Elle style Schomberg, son ambassadeur, qui, à Heidelberg, va jusqu’à parler de la possibilité d’élire le prochain empereur en dehors de la maison d’Autriche, qui sait même ? de le choisir dans la personne du roi de Pologne. En tout cas, il fait adopter l’idée d’une entrevue entre les intéressés. A défaut de Frédéric III et de Jean-Casimir, retenu à Dresde, le duc Christofle, dernier fils de l’Électeur, attend la cour de France à Blamont avec le comte Louis de Nassau et le Palatin Georges Jean de Lutzelstein. L’entrevue est des plus cordiales. On travaille immédiatement à un accord relatif surtout aux Pays-Bas. Les négociations se passent entre le roi de Pologne, Retz et Schomberg, représentant le roi de France d’une part, et d’autre part, le duc Christofle pour le Palatin, le comte Louis de Nassau et un envoyé flamand pour le prince d’Orange.
Catherine ne traitait pas directement, non plus que le duc de Nevers, ami de son fils, laissé à l’écart des conférences. On supposait que la Reine mère se flattait de retenir aux frontières de France son fils Henri, au moyen d’un commandement suprême qui lui serait confié en Flandre. Mais elle n’aurait jamais consenti à entrer aussi directement en lutte avec l’Espagne. L’intervention du roi de Pologne fut réservée pour plus tard, sous la forme d’un secours éventuel qu’il pourrait envoyer de Dantzig. Ce qu’elle recherchait, cette mère modèle, c’était la bonne grâce des princes allemands pour son bien-aimé Henri ; en même temps, elle comptait détourner les Palatins de l’idée de s’allier aux huguenots contre les Valois (6).
Quant à l’Électeur palatin et au comte de Nassau, ils demandaient à l’entrevue de Blamont soit un appui contre l’Empereur, soit des secours dans la guerre des Pays-Bas. Par l’entremise du roi de Pologne, le roi de France promit « d’embrasser les affaires du dict Pays-Bas aultant et aussy avant que les princes protestans les vouldront embrasser en quelque sorte que ce soit, ouvertement ou aultrement ». Il s’agissait de faire entrer dans le même parti le landgrave de Hesse, chez qui le comte Ludovic devait accompagner le roi de Pologne, l’électeur de Saxe, que sondait à ce moment le duc Jean-Casimir, l’électeur de Cologne, pensionnaire de la France, en butte aux instances du comte Jean de Nassau. On comptait de même sur l’électeur de Brandebourg, si bien disposé pour le roi de Pologne que l’Espagne songeait à déchaîner le Moscovite contre lui ; on espérait enfin l’adhésion de l’Angleterre et même des princes italiens.
Comme moyen d’exécution, on décida la conquête de Maëstricht et d’autres villes, qui feraient retour à l’Empire. Moyennant qu’on lui assurât la soumission des huguenots, la cour de France promettait 10, 000 arquebusiers. Quoiqu’il n’y eût pas de traité signé, il y eut bien un commencement d’exécution, puisque 2,000 chevaux furent réunis en Picardie, à destination des Flandres, et que Retz fut chargé de porter 300, 000 livres au comte de Nassau. Cet accord oral de Blamont, qui fut étudié de nouveau à Heidelberg, malgré l’accueil sévère que l’Électeur fit à Henri d’Anjou, ne tarda pas à être révélé à l’Espagne par de nombreux espions. L’un d’eux adressait ses rapports à l’ambassadeur de Philippe II à Paris, en prenant le pseudonyme de seigneur Hercules. C’était le comte de Coconato, Piémontais, capitaine des gardes du roi de Pologne, qui avait surpris la confiance de Louis de Nassau et même de Catherine de Médicis (7).
L’Espagne n’avait pas tant de raisons de méfiance que la maison de Nassau. Le traité ne pouvait aboutir, parce que l’on soupçonnait la cour de France de se faire un jeu de ces intrigues. On ne doutait pas que le roi de Pologne n’eût uniquement en vue d’empêcher les Allemands de secourir ses ennemis de France .Un résultat lui fut acquis : malgré la haine qu’il avait assumée dans le monde protestant, il put facilement traverser l’Allemagne pour se rendre dans son nouvel État. Quant à Nassau, il n’osa point garantir à la France qu’il empêcherait un soulèvement des huguenots. Il savait que l’on était « prest de remuer mesnage en France », et il n’était pas avantageux pour lui de désarmer ses alliés naturels. Il n’en avait en tout cas pas le pouvoir. Il courait le danger de se compromettre à leurs yeux, tout comme Catherine redoutait de le faire à l’égard de l’Espagne. Les intérêts nationaux, ceux des partis et des particuliers s’opposaient à une ligue officielle de la France et des puissances protestantes.
Quand ils ne s’entendaient pas avec la Cour, les protestants du dehors avaient toujours des alliés en France, des alliés naturels, dans la personne des huguenots, des Politiques et autres Malcontents, représentés aussi à Blamont. Des intrigues s’y nouèrent entre eux, à côté des négociations lentement et infructueusement conduites par les représentants du Roi. Thoré prépara l’accord. La Molle ayant été chargé de saluer Nassau au nom de son maître, le comte rendit visite au duc d’Alençon. Il écrit à son frère d’Orange : « « J’ay veu M. le duc d’Alençon lequel, me pressant la main, m’a dict en l’oreille que, ayant à ceste heure cy le gouvernement comme avoit son frère le roy de Polongne, il s’employera en tout pour vous seconder. Je sçay par aultre voye qu’on peult bien faire estat de sa fidélité et bienveillance, qui ne nous est pas ung petit advantage (8). »
L’origine des relations d’Alençon et de Nassau est le seul point à retenir de l’entrevue de Blamont. M. le Duc se faisait de singulières illusions, ou cherchait à tromper son monde, en se vantant d’exercer le pouvoir qu’avait eu son frère Henri d’Anjou .De même que le roi de Navarre s’était indigné de ce qu’il fût question du duc de Guise pour la connétablie de France, François d’Alençon avait appris avec stupeur que, pendant ce présent voyage de Lorraine, il était question de créer lieutenant général du Roi le duc souverain Charles de Lorraine, gendre de la Reine .Cela provoquait parmi les Politiques une vive agitation, entretenue par Thoré et Turenne. Au départ de Vitry, les princes d’Alençon, de Navarre et de Condé s’étaient étroitement unis, sur les instances de La Noue, le véritable successeur de Coligny. A Blamont, Christofle et Ludovic, entrés en secrets pourparlers avec M .le Duc, s’engagèrent à le rejoindre en France sur son appel, avec l’armée levée contre Maëstricht au moyen de l’argent du Roi. Elle s’assemblait dans la principauté protestante de Sedan. Telles furent les bases d’un premier accord entre Politiques, huguenots et évangéliques allemands (9).
Cependant, le voyage de la Cour touchait à son terme. Le 2 décembre, Henri d’Anjou était parti de Blamont avec une escorte de seigneurs français, polonais et allemands. On remarqua qu’en prenant congé, le roi de Pologne ne fit adresser aucune salutation au roi de Navarre, mais recommanda chaudement M .de Guise à sa mère. Le chef des Bourbons devenait de plus en plus l’objet de la méfiance. On le faisait toujours suivre aux champs par dix corcelets. Conduit par le Roi à Châlons, il ne put obtenir l’autorisation de se séparer de lui. Le Roi le mena à Reims, où il attendit sa mère. Les Politiques étaient avertis qu’on les surveillait de près. Ce n’était pas assez que le roi de Navarre continuât à être traité comme un prisonnier d’État ; le duc d’Alençon se trouvait menacé dans son entourage immédiat. Son confident La Molle était l’homme le plus détesté de la suite ducale, à cause de ses bonnes fortunes, qui lui attiraient plus la colère des autres amants de ses maîtresses que celle de leurs maris. Cédant à des sentiments mélangés de moralité et de cruauté, Charles IX tenta à plusieurs reprises de débarrasser sa maison de cet artisan de honte.
Au siège de La Rochelle, l’ordre avait été donné, par deux fois, d’étrangler La Molle. Au retour de l’armée, Charles IX ne répugna pas à se charger de la besogne. Certain soir, au Louvre, prenant avec lui le duc de Guise et quelques gentilshommes munis de cordes, il l’attendit, la chandelle à la main, dans un passage conduisant de la chambre de madame de Nevers à celle du duc d’Alençon. Le baladin fut sauvé parce qu’au lieu de se rendre chez son maître, il descendit chez sa maîtresse. Pendant le voyage de Blamont, il avait échappé tant bien que mal à la jalousie du roi de Pologne ; il vit l’orage éclater au retour. On voulut le chasser, mais il resta, désigné pour un sort plus funeste (10).
Catherine et François d’Alençon avaient rejoint à Reims Charles IX et Henri de Navarre, le premier tout ravi du départ de son frère, le second en proie aux plus vives inquiétudes. Thoré les avait redoublées en lui rapportant que le roi de Pologne avait conseillé à sa mère de se défaire de lui. On était au milieu de décembre 1573. Les princes de Navarre et d’Alençon voulurent profiter de l’occasion que leur offraient le voyage du Roi et le voisinage de leurs amis pour échapper au sort qui semblait les menacer. A Soissons, ils reçurent précisément un messager de Louis de Nassau, le capitaine Saint-Martin, que l’on retrouvera plus tard. Le comte Ludovic leur faisait dire qu’il se trouvait à la tête de quatre mille chevaux et de six mille hommes de pied pour marcher contre Maëstricht, mais qu’il était disposé à les attendre s’ils pouvaient le rejoindre. Il fut convenu que l’aventure serait tentée au passage d’un bois entre Soissons et Compiègne. Informée par un gentilhomme catholique de son mari, peut - être même par son amant La Molle, Marguerite révéla le complot à sa mère, qui prit ses mesures pour garder près d’elle son fils et son gendre. « Sans qu’ils pussent sçavoir d’où leur venoit cet empeschement, ils n’eurent jamais moyen d' échapper. » Les princes ajournèrent leur projet de réunion avec Nassau et en avisèrent La Noue.
Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’à partir de Soissons les princes aient été activement surveillés. Les capitaines des gardes ont l’ordre d’inspecter sous les lits de M. le Duc et du roi de Navarre. On ne laisse dans la garde-robe de ce dernier qu’un seul valet de chambre. Catherine condamne sa porte à son gendre, tandis qu’elle l’ouvre aux massacreurs. Charles IX fait de même. Henri de Navarre, privé de ses biens, de ses honneurs, de sa liberté, craint pour ses jours .François d’Alençon ne fait pas meilleure figure. Aussi écoutent-ils Turenne et Thoré et cherchent-ils à éviter un sort fâcheux, grâce à la coopération de La Noue dans l’Ouest et de Nassau dans le Nord (11).
Le départ du roi de Pologne ne donnait pas aux Politiques les avantages qu’ils pouvaient espérer. C’était en faire autant de mécontents, dévoués aux victimes de la Cour. Si le duc de Montmorency se confinait dans ses terres, si Damville s’absorbait dans la pacification du Languedoc, Thoré et Turenne préparaient les moyens propres à relever le parti. Ils pouvaient profiter de l’effervescence publique. Les Cévenoles tenaient des assemblées menaçantes ; les Poitevins prenaient les armes. Par des mesures contradictoires, Catherine se vit dans la nécessité de prévenir les troubles. Elle se mit en tête de priver La Rochelle des libertés qu’elle lui avait reconnues (12) .Charles IX semblait pourtant pencher à la modération. Mais l’entreprise manquée de Soissons le fit renoncer à tenir les États de Compiègne. Il avait hâte de se retrouver au centre du royaume, d’où il croyait pouvoir plus facilement rétablir la paix civile. « J’ay de plusieurs endroicts de mon royaume, écrit-il le 15 décembre au premier président du Parlement, le mesme advertissement que me donnez des bruicts qui courent de delà. Aussy suis-je après, tant qu’il m’est possible, à y pourveoir, avant que le feu soit plus allumé, comme j’espère faire bientost. Et pour cest effect, au lieu d’aller à Compienne comme j’avois délibéré, je m’achemine droict à Sainct-Germain en Laye, où je pense estre dans quatre ou cinq jours pour estre plus près de ma ville de Paris (13). »
Jamais le gouvernement n’avait été aussi populaire à Paris que depuis la Saint-Barthélemy. A mesure que les Politiques s’apprêtaient à prendre des dispositions, le gouvernement, informé par ses espions, trouvait les moyens de les prévenir. Leur but était de faire coïncider l’évasion des princes avec la campagne du comte de Nassau dans le Nord et avec une révolte en Poitou et en Languedoc.
Celle intrigue était l’oeuvre des jeunes, Thoré et Turenne, obligés de s’entendre avec des personnages suspects, comme La Molle. Les aventureux attirent les aventuriers ; et ils vont compromettre sans scrupule les sages du parti, bien éloignés de leurs idées, tel que l’est le duc de Montmorency (14).

(1) Lettres patentes du 10 septembre 1573 (enregistrées le 17). - Du Puy, 86. Cf. Fontanieu, 329 - 330. - Dépêches de Çuniga, 21 septembre et 15 octobre 1573(K. 1532, B, 35).
(2) Correspondance de Damville, 30 et 31 juillet, 26 août, 5 octobre ; de Cossé (fr. 3201, 65 ; 3206, 27 ; 3245, 78 ; 3246, 15 ; 3250, 4, 8 ; 15358, 147 et 177).
(3) Résumé des lettres de Çuniga, 9 décembre 1573 - 3 janvier 1574 (K. 1532, B .33).
(4) Correspondance des rois avec Damville, 31 octobre, 15 novembre 1573 (fr .3246, 35 ; 3250, 1). - Mémoire justificatif de Henri de Navarre (Guessard), 188. - Cal. Slal. Pap. (1572 - 1574), 415, 420, 432. - Noailles, Henri de Valois et la Pologne, t. II, 388, 389.
(5) Cf. Pfgr. J. Casimir’s Briefe, g. v. Bezold (München, 2 v. in - 8), t. I (introduction), p. 1 à 107. - Friedrich’s des Frommen Brieſe, g. v. Kluckhohn (Braunschweig, 2 v. in - 8°), II Band, II Heft. En octobre 1573, l’Espagne cherche des assassins pour se débarrasser des frères Nassau (Correspondance de Guillaume le Taciturne, p. p. Gachard, t. VI, 5).
(6) Cf. Projet d’alliance de Spire, 15 octobre 1573 (K. 1532, B. 35), tenu pour vrai par Teulet, pour apocryphe par Bezold. - Relacion de cartas de Cuniga (15octobre - 9 novembre 1573), K. 1532. - Calendars of State Papers, 1572 - 4, p .437, 442, 448. - Avis anonyme à Cuniga, octobre 1573 (K. 1532). - Noailles, Henri d’Anjou, t. II, 394. - J. de Serres, Inventaire de l’Histoire de France, t. 1, 750. - Froude, t. XI, 12. - Bezold, 115. - Waddington, Revue historique, t .XL, 273.
(7) Correspondance de Cavalli, 19 avril (Dépêches des ambassadeurs de Venise, B. N. fonds italien, t. 1728, p. 281) ; de Cuniga, 19 février, 1er mars, 4 avril 1574 (A. N. K. 1533 et K. 1535). - Négociations de Toscane, t. III, 919. - Kluckhohn, t. II, II, 612. - Bezold, t. I, 141, 142
(8) Groen van Prinsterer, Archives d’Orange - Nassau, sér. I, t. IV, 278. - Correspondance de l’ambassade de Venise (B. N. f. italien, t. 1728, p. 167) ; de l’ambassade d’Espagne, 9 décembre 1573 - 3 janvier 1574 (A. N. K. 1532, B .35 (ibid ., lettre al Signor Hercules, Soissons, 17 décembre 1573) ; de l’ambassade de Toscane, t. III, 890 ; de J. - Casimir (Bezold, 107 et s. 117 - 124 ;Theiner, t. I, 376 ; Teulet, t. 1, 113 ; Journal de l’Institut historique, t. III, 101 ;Archives des Missions scientifiques, t. III, 3, 372).
(9) Estat de France, 146 v. Mémoires de Bouillon, 94 - 96 ; De Thou, 28 - 29.
(10) L’Estoile, Mémoires (édit. Petitot), t. I, 82. - Déposition de M. le Duc (Estat de France, t. III, 156 v°).
(11) Marguerite, Mémoires (édit. Guessard), p. 37. - Bouillon, Mémoires (édit .Petitot), p. 97. - Haton, Mémoires, t. II, 737. - La Huguerie, Mémoires, t. I, 189. - Nég. de Toscane, t. III, 914. - Henri de Navarre, Mémoire justificatif (édit. Guessard, 190) et seconde déposition (Estat de France, t. III, 181 vº).
(12) Correspondance des maréchaux de Montmorency et de Damville, novembre et décembre 1573 (fr, 3233, 78 ; 3246, 49, 54, 58, 60, 62, 80) ; Charles IX au comte de Retz, 12 décembre (V. Colbert, t. 7, f. 639 vo). - Neg. de Toscane, t .III, 893. - - Languet, Ad Augustum, 222.
(13) B. N. fonds Du Puy, t. 801, f° 74.
(14) D’Aubigné, t. IV, 21. - De Thou (édit. 1742), t. V, 29.

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