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Florent Schmitt - 1936 - Académie des beaux-arts
Voir aussi Florent Schmitt et l'Allemagne nazie et Florent  Schmitt - 1900
 


Académie des beaux-arts.
Institut de France
Année 1936

LES NOUVEAUX ACADÉMICIENS

FLORENT SCHMITT
Compositeur de musique, élu académicien titulaire, le 25 janvier 1936.

Il y a déjà quelque trente ans on se disait, parmi les amateurs qui s'intéressent à la musique : « Avez-vous lu les Reflets d'Allemagne?... Ce sont huit valses pour piano, composées par un certain Florent Schmitt, qui a obtenu le prix de Rome voilà quelques années ». Et l'un des interlocuteurs ne manquait pas d'ajouter : « Du même Florent Schmitt, j'ai entendu, dans un concert d'envois de Rome, un gigantesque Psaume, pour solistes, choeurs, orgue et orchestre. C'est puissant, d'une solide construction, et toujours fort musical... Évidemment, voilà un jeune, qui a bien l'air d'être quelqu'un ».
Tels sont les propos que nous avons entendus bien souvent, dès 1906; ils prouvent que l'attention des meilleurs auditeurs s'est tout de suite portée sur les débuts de Florent Schmitt. Et depuis cette époque, elle n'a pas cessé de s'intéresser à chacune des oeuvres d'un tel artiste.
Schmitt naquit en Lorraine, le 28 septembre 1870, deux mois après la déclaration de la guerre. Par bonheur, Blamont, sa petite ville natale, ne fut pas séparée de la France par le traité de Francfort : la nouvelle frontière, qui devait durer un demi-siècle, fut tracée à quelques lieues seulement. La famille de l'enfant n'eut donc pas, comme tant d'autres, à chercher un nouveau foyer pour ne pas cesser d'être française. Cet attachement au pays où s'écoula toute l'adolescence du futur artiste, le noble et sévère aspect des Vosges, la rudesse d'un climat abondant en contrastes et qui a formé une race volontaire et vigoureuse, voilà des influences dont on peut retrouver des traces dans le musicien même et dans l'oeuvre où il s'est exprimé.
Ses parents aimaient la musique, mais ne songeaient guère à y destiner leur fils. Il fit donc ses études secondaires, tout en apprenant le piano en amateur. A dix-sept ans seulement, il vint à Nancy, et travailla plus sérieusement le piano sous le professeur Henri Hess, tout en abordant l'étude de l'harmonie avec Gustave Sandre, directeur du Conservatoire nancéen.
Deux ans se passèrent ainsi. Déjà l'impatient élève se donnait à lui-même une plus profonde initiation, en se passionnant pour les oeuvres de Chopin et pour la Sonate de César Franck, qui venait de paraître.
Il entra enfin au Conservatoire de Paris, suivit l'enseignement de Théodore Dubois, d'Albert Lavignac, de Gédalge, et, pourvu de quelques menues récompenses scolaires, s'acquitta d'une année de service militaire.
De retour au Conservatoire, élève maintenant de Massenet, puis de Gabriel Fauré, il affronte, plusieurs années de suite, avec une tenace volonté et une noble patience qui contribueront à la formation de son talent et à la haute tenue de son oeuvre, - il affronte les concours pour le Prix de Rome. Plus tard, il dira non sans humour : « J'ai concouru cinq fois, mais je ne l'ai obtenu qu'une seule ». C'était en 1900.
La Villa Médicis ne le vit que de loin en loin. Pour Schmitt ce n'était qu'un port d'attache, où il n'était nullement attaché. Il voyagea beaucoup. Le directeur de la Villa, Eugène Guillaume, fut donc contraint de lui écrire nombre de lettres de rappel. Mais elles furent sans effet. Le pensionnaire, tout à fait errant, visita l'Italie, puis la Suisse, puis la Corse; une autre fois, la Bavière, avec arrêt à Bayreuth, où il entendit Parsifal, mais trop tard pour être touché par la grâce et envoûté par le wagnérisme. Autres voyages, l'Espagne, le Maroc et toute la côte algérienne jusqu'à Tunis. Autres voyages, Londres, la Hollande et la vallée du Rhin. Mais il revient à Rome, malgré tout; c'était pour se reposer un moment, et prendre son élan vers la Grèce, Constantinople et la Turquie d'Asie. A peine revient-il à la Villa, le voici en Autriche, en Danemark, en Suède, en Pologne... Si bien qu'à son retour à Paris, il a vraiment tous les droits pour se plaindre de l'internement dans la caserne académique du Pincio !
Sur un esprit aussi observateur et aussi réfléchi, aussi ouvert et aussi capable de concentration, ces longs voyages n'avaient pas manqué d'exercer une profonde influence. Toutefois, comment analyser ce qui contribue à mûrir un esprit ? On constate seulement le résultat. Or, parmi les envois de ce pensionnaire voyageur, éclatait, comme une évidente preuve de maîtrise, le noble et grandiose Psaume XLVI.
Dès ses trente-cinq ans, le talent de Florent Schmitt est donc complètement formé. Il pourra évoluer quelque peu par la suite; il pourra s'assimiler, en leur imprimant sa marque personnelle, les ressources expressives avec lesquelles d'ingénieux compositeurs essaieront, autour de lui, d'enrichir le vocabulaire traditionnel. Néanmoins, dès cette époque, plus d'une qualité caractéristique s'affirme déjà nettement dans les productions de sa jeune maturité. Chose notable, si l'on songe à la fièvre wagnérienne qui sévissait durant ses années de formation, Florent Schmitt n'est nullement wagnérien. Il ne donne pas dans les symboles ou dans les aspirations poético-philosophiques que d'autres compositeurs amalgament alors à la contrapontique trituration de motifs conducteurs. Sans subir cette esthétique trop intellectuelle et bien peu latine, il ne se soucie de la musique que pour elle-même, avec l'heureuse conviction que les deux principaux éléments qui l'animent et la rendent viable, sont l'expression, c'est-à-dire la valeur de l'idée musicale, et la construction, c'est-à-dire la mise en oeuvre logique, naturelle, équilibrée, et telle que la commande l'idée musicale elle-même.
Par ailleurs, une instrumentation à la fois chaude, vigoureuse, colorée, et parfois capable d'une exquise délicatesse, prouvait que Schmitt était un instrumentateur fertile en ressources et qui savait n'employer ses richesses qu'à bon escient. Une telle maîtrise de l'orchestre est même inséparable de son intime conception musicale : on peut dire que, presque toujours, lorsqu'il projette de la musique, Schmitt pense orchestre. Cela explique tout ensemble la variété sonore des pièces qu'il a publiées pour le piano seul, et la facilité presque nécessaire avec laquelle il peut transporter plusieurs de ses oeuvres en les détachant du piano où elles étaient nées, et en les transplantant à l'orchestre où elles aspiraient à s'épanouir. Dans ce transfert, Schmitt semble prendre une jeune plante déjà formée et vigoureuse, pour la confier à un sol plus riche qui va nourrir une plus ample frondaison.
Comment énumérer ici tous les titres des compositions de cet infatigable travailleur ? Leur nombre sera bientôt voisin de cent, et tous les amateurs souhaitent que cette liste importante s'accroisse encore. On en trouvera le catalogue, arrêté à la date de 1926 et au numéro d'oeuvre 77, dans le clairvoyant et enthousiaste ouvrage Autour de Florent Schmitt, publié par un disciple affectueux, Octave Ferroud, qui vient de prématurément disparaître dans un accident d'automobile. Une nouvelle édition de cet ouvrage devrait être donnée, avec un complément où apparaîtrait l'activité artistique de Florent Schmitt durant ces dix dernières années.
Dans l'ensemble de sa féconde production, certaines oeuvres se détachent et retiennent plus particulièrement le souvenir. Outre le Psaume qui marque un début éclatant, c'est d'abord un Quintette, et ensuite la Tragédie de Salomé. Le Quintette, écrit pour piano et quatuor à cordes, est contemporain du Psaume : conçu durant cette pension romaine qui se passa à travers l'Europe, Schmitt le dédia à un autre pensionnaire aussi indépendant et aussi voyageur, M. Paul Bigot, qui se conquit par la suite une belle renommée dans l'architecture. Le Quintette est une oeuvre puissante, vaste par ses proportions, solide par la structure de ses développements et la sûreté de son style; bien plus, il est animé par une pensée mâle, noble et généreuse. Il résulte d'une longue gestation : son premier texte, publié en 1908, a été assez modifié, dix ans plus tard, pour donner lieu à une nouvelle édition.
La Tragédie de Salomé est à la fois un ballet ou un mimodrame, et un poème orchestral. Sa splendeur chatoyante, son instrumentation aussi somptueuse que les peintures les plus orfévrées de Gustave Moreau, lui ont permis de séduire les auditeurs tantôt au théâtre et tantôt au concert. Depuis 1911, il poursuit glorieusement une double carrière.
Après cette Salomé, la rutilance orientale devait attirer à plusieurs reprises le talent coloriste de Florent Schmitt. L'Antoine et Cléopâtre, où Shakespeare transfigura le récit déjà fort émouvant du bon Plutarque, reçut de tragiques et voluptueuses illustrations d'orchestre; et l'épopée carthaginoise de Gustave Flaubert, Salammbô, ainsi que la mystérieuse Danse d'Abisag qui ranimait le roi David glacé par l'âge, servit de motif à des jeux de rythmes et de sonorités qui s'imposèrent par leur richesse et leur plénitude. A cette liste il ne faut pas omettre de joindre des oeuvres de divers caractères, telles que Mirages, ou la Symphonie concertante pour piano et orchestre, ou l'émouvant In memoriam écrit en hommage à la mémoire de son maître Gabriel Fauré, - sans oublier un ballet avec voix, Orianne, la sans égale, que M. Rouché va bientôt représenter à l'Opéra, et dont on admirera, sans aucun doute, la riche couleur.
Une telle somptuosité n'exclut pas, chez Florent Schmitt, la délicatesse, la tendresse, et même l'ironie. Dans la Semaine du petit elfe Ferme l'Oeil, il s'est adapté à la charmante fantaisie du poète-conteur Andersen; et, tout récemment, dans une Suite en rocaille, il a su faire évoquer, par une flûte, une harpe et un trio à cordes, un coin de parc à la française où les charmilles taillées et les boulingrins rectilignes se revêtent des nuances les plus subtiles.
Car l'esprit, le paradoxe et le goût de la boutade, que cet impérieux constructeur sait réprimer dans les vastes ensembles où ils ne seraient pas à leur place, reparaissent aussi, non seulement dans sa musique, et par exemple dans ce Fonctionnaire 1912 qui veut rivaliser avec l'irrésistible Courteline, mais aussi dans les chroniques musicales où Florent Schmitt, à la suite de Berlioz et de Reyer, continue la tradition du compositeur-critique. Naguère dans la Revue de France et maintenant dans le feuilleton du Temps, il a donné et donne encore ses impressions à propos des théâtres et des grands concerts. Producteur lui-même, et combattant dans la mêlée musicale où se croisent tant d'intérêts contraires, il n'oublie pas les multiples difficultés qui assaillent tous les musiciens, et il sait être clairvoyant avec indulgence.

A. B.

ALLOCUTION DE M. HENRI BOUCHARD
Président de l'Académie, prononcée lors de la réception de M. Florent Schmitt, le 8 février 1936.

MON CHER CONFRÈRE,

En vous souhaitant aujourd'hui la bienvenue dans l'Académie des Beaux-Arts, je vous appelle « mon cher confrère » avec un sentiment bien amical et qui date de longtemps, puisque lauréats à un an de distance nous étions en même temps pensionnaires dans la Villa Médicis. Combien de souvenirs pourrais-je évoquer, qui feraient sourire d'autres camarades d'alors, que vous retrouvez à l'Institut aujourd'hui, car votre brillante promotion de 1900 serait ici au complet si malheureusement votre graveur n'avait été enlevé prématurément. - Déjà vos boutades quelque peu déconcertantes, vous particularisaient, mais nous vous aimions pour vos réelles qualités.
Vers 1900, sans être prophètes et sans vouloir anticiper sur l'avenir, nous pressentions que vous deviendriez un artiste qui saurait conquérir une place de choix. On devinait que vous étiez une force, une volonté, car déjà vous tendiez votre esprit et votre talent vers des buts qui n'étaient pas sans grandeur. Et vous saviez les atteindre, comme le prouvait aussitôt un de vos envois réglementaires qui allait devenir une oeuvre célèbre. En effet, c'est à Rome que vous avez composé ce Psaume XLVI qui continue encore d'être acclamé dans les grands Concerts Symphoniques.
Je ne puis faire, même en l'abrégeant, la nomenclature de toutes vos oeuvres. Leur nombre n'est pas loin d'atteindre la centaine. Elles se répartissent dans presque tous les genres musicaux. Avec une fécondité, une variété, une souplesse qui prouvent l'étendue de votre imagination créatrice, vous avez écrit tantôt des orchestrations riches et chatoyantes, tantôt de délicates et spirituelles pages pour le piano, tantôt de hautaines et solides compositions de musique de chambre. Votre Quintette pour piano et cordes est devenu classique; votre Tragédie de Salomé, votre Danse d'Abisag et vos Épisodes Symphoniques sur Salammbô font désormais partie du répertoire de maints orchestres en France et à l'étranger.
Vous succédez ici à un grand musicien, Paul Dukas, que vous admiriez pleinement. Aussi vous ne voudrez pas manquer à l'usage et vous écrirez sur lui une Notice où nous retrouverons tout ensemble votre clairvoyance de compositeur et votre talent d'écrivain.
Soyez persuadé que je suis l'interprète de tous vos nouveaux confrères en saluant votre venue parmi nous.

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