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Clotilde VIARD (1723-1795)
(Voir l'article
La « Croix de soeur Clotilde »)


Histoire de la Congrégation des Soeurs de Charité de Saint-Charles de Nancy
 Tome I - Chap. XIV - 1898


Le 11 septembre de la même année [1793], la Supérieure générale, Mère Clotilde Viard, son assistante et quelques autres soeurs, étaient arrêtées et conduites par un appariteur dans le couvent des Dames prêcheresses, transformé en prison.
Le registre des détenus constate l'arrivée des soeurs et le motif de leur arrestation.
Élisabeth Viard. - Ex-soeur et Supérieure de la Maison de Saint-Charles, âgée de soixante-treize ans. Insermentée, ayant été trouvée sous le ridicule costume, fanatique et méchante.
[...]
La Mère Clotilde Viard avait été emmenée et emprisonnée à Strasbourg. A la date du 7 brumaire an III (28 octobre 1794), le représentant du peuple Michaud, envoyé dans la Meurthe, avait signifié à l'agent national près le district, de faire transférer dans une maison de détention à Strasbourg celles des ex-religieuses détenues qui, à l'époque de la suppression de l'ordre monastique, remplissaient les fonctions de supérieures ou d'économes dans les communautés.
[...]
L'année 1794 venait de finir dans la boue et dans le sang; l'année 1795 s'annonçait sous de plus heureux auspices. Soeur Augustine Cordier était restée à Nancy, et Mère Clotilde Viard, captive à Strasbourg depuis seize mois, voyait tout à coup s'ouvrir les portes de sa prison ; on lui apprenait que rien ne s'opposait plus à son retour au siège de sa Congrégation. On se figure facilement la joie que lui cause cette nouvelle ; elle va retrouver ses chères filles, leur apporter les consolations qu'elle-même a reçues de Dieu, les confirmer dans leurs résolutions généreuses de souffrir jusqu'au terme fixé par la Providence. Elle sait que si quelques-unes, en très petit nombre, ont eu le malheur 

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de compromettre leur conscience en prêtant le serment, toutes les autres, restées inébranlables, sont emprisonnées ou persécutées pour n'avoir point voulu apostasier et briser les liens qui les attachent à la sainte Eglise. Que de motifs pour elle de précipiter son départ ! Elle relèvera les unes, elle affermira les autres et réveillera dans toutes la vivacité des sentiments catholiques; mais le Seigneur, dont les pensées ne sont pas nos pensées, en a décidé autrement. Cette bonne Mère se met en route; encore quelques heures et elle sera rendue à ses filles, lorsque près de Blâmont, en descendant la côte si rapide de la Carpe, la diligence verse dans le fossé de la route, et écrase la pauvre religieuse qui n'avait quitté la prison que pour monter au ciel.
C'est le 24 janvier 1795, à 5 heures du matin, qu'eut lieu cet événement si digne·de larmes. Ainsi mourut celle qui s'était concilié tous les coeurs, dont les vertus étaient la gloire de sa nombreuse famille et dont les exemples et les leçons eussent pu exercer longtemps encore une bienfaisante influence ! Mais il faut adorer les impénétrables desseins de Dieu qui est assez puissant par lui-même pour opérer son oeuvre sans le secours d'un instrument quelconque. Cette bonne Supérieure fut enterrée dans l'église paroissiale de Blâmont.
Plus tard, ses précieux restes furent ramenés à Nancy et déposés dans un des caveaux de la chapelle de la Maison-Mère. Ce fut avant cette translation qu'a été prononcée l'oraison funèbre dont nous citons quelques passages:
Après avoir rappelé l'origine de la vénérable défunte, son éducation, ses débuts dans la vie religieuse, le panégyriste parlant de son élection comme Supérieure s'écriait: « Choix heureux, qui ne pouvait tomber sur une personne qui en fût plus digne, puisqu'elle soutint si bien ce caractère qui, pendant sa vie, la fit chérir et admirer de ses filles.
Peu de temps après son élection, les fatigues et les dangers des voyages ne l'empêchèrent pas de visiter les maisons; beaucoup furent honorées de sa présence. Dieu, voulant enfin lui faire subir une nouvelle épreuve, l'assujettit aux persécutions de ces malheureux temps; la fermeté héroïque avec laquelle elle a souffert et combattu fut un bel exemple pour ses filles qui, encouragées par sa constance, eussent mieux aimé mourir que de donner dans l'erreur d'un faux dogme.
Victime de sa fermeté, elle est arrachée des bras de ses enfants et plongée dans une prison, séjour du crime qu'elle ne connut jamais; pendant seize mois, elle n'a pour compagnie que son innocence et pour consolation que sa piété. Elle y gémissait sans se plaindre de ses persécuteurs, lorsque la justice divine, satisfaite de son ouvrage et de sa foi, lui ouvre les-portes de sa prison. Elle sort de cet odieux séjour et goûte par avance la satisfaction de revoir ses chères filles. Mais la Providence en avait disposé autrement. Le temps de la récompense était arrivé et Dieu la rappelait à lui; elle venait jouir des embrassements de ses enfants, lorsque la mort vint inopinément la frapper par la chute de la diligence.
O mort, ta faulx tranchante n'épargne pas plus la vertu que le vice, puisque tu nous a ravi celle qui était un parfait modèle ! Heureuse la petite portion de ses enfants qui recueillirent son dernier soupir ! Elles la firent inhumer dans l'église paroissiale de Blâmont, ville qui sera et devra être chère à jamais à la Congrégation par l'avantage qu'elle a de posséder les restes de cette respectable Mère qui avait une si vive affection pour ses habitants.
Telle fut en effet celle que nous regrettons: charitable sans affectation, vertueuse par penchant, douce sans faiblesse, ferme sans rigorisme, elle se faisait aimer jusque dans ses corrections. La bonté de son coeur, la facilité de son caractère, lui concilièrent l'affection de ses compagnes, l'estime des riches et la confiance des pauvres, dont elle fut la consolation et l'appui. Ce furent toutes ses vertus qui, l'ayant ainsi fait chérir sur la terre, lui font sans doute goûter dans le ciel la béatitude dont nous prions le Seigneur de nous rendre un jour participants avec elle. »

La Mère Clotilde Viard disparaissait au moment où le calme semblait renaître et. où l'horizon, jusque-là si chargé de nuages, prenait des teintes moins sombres.


Précis historique de la Congrégation des Religieuses de Saint-Charles
1845

CHAPITRE IX.
La mère Clotilde Viard, Supérieure.

La digne mère Clotilde Viard fat élue Supérieure en remplacement de la mère Jacquemart. Elle était née à Epinal en 1723. Ses parents, recommandables par leur vertu, lui donnèrent une éducation propre à faire naître de bonne heure dans son âme de vifs sentiments de respect et d'amour pour Dieu. Ce germe heureux se développa rapidement en elle. Aussi la vit-on s'attacher avec ardeur à la piété, et se dévouer au service du Seigneur avec une affection telle qu'il fut facile d'augurer qu'elle se destinerait à la pratique de la perfection. Dieu, qui inspire le mépris du monde à ceux qui l'aiment lui montra clairement la multitude des obstacles qu'il lui faudrait surmonter en y restant, et elle résolut de quitter le siècle pour embrasser la vie religieuse. L'espoir de puiser avec plus de facilité et d'abondance aux sources intarissables de la sainteté, l'honneur insigne d'être admise au nombre des chastes épouses de Jésus-Christ, furent à ses yeux des motifs plus que suffisants pour la déterminer à faire le sacrifice de tout et d'elle-même. Mais quel ordre, quelle Congrégation choisirat-elle? Elle se décide en faveur de la communauté de Saint-Charles. Convaincue que l'humble qualité de servante des pauvres a de l'analogie avec le titre auguste de servante du Seigneur, elle veut se dévouer sans réserve au soulagement des malheureux. Loin de s'effrayer de la tâche pénible quelle allait entreprendre, elle ne voit dans les devoirs multipliés qui s'y rattachent que des moyens efficaces de s'unir plus étroitement à son Dieu. Bientôt elle prend l'habit et son noviciat l'affermit de plus en plus dans ses dispositions généreuses. On ne pouvait se lasser
'admirer sa piété si vive, sa modestie si parfaite, sa soumission si entière et son inaltérable douceur. Plus elle approche du terme marqué pour ses voeux, plus son recueillement est profond, plus sa ferveur s'accroît. Avec quelle allégresse ne parait-elle pas au pied du saint autel pour contracter des engagements irrévocables envers son Dieu et les pauvres, vives images de Jésus souffrant! Gomme l'amour, la reconnaissance dilatent son coeur qu'elle offre avec un touchant abandon à ce divin Sauveur qui le réclame ! C'en est fait, elle est arrivée au port après lequel elle a si ardemment soupiré, elle a évité les écueils et les tempêtes, son âme est pleine de gratitude et d'allégresse; elle sera un des ornements les plus brillants de la Congrégation.
Après sa profession, elle est envoyée à Saint-Dié, l'obéissance l'y conduit; sa charité se montre dans tout son éclat, elle devient un sujet d'admiration pour ses compagnes. Bientôt elle est nommée économe de cette maison. Sa conduite justifie le choix dont elle a été l'objet,
mais sa sagesse et ses vertus, qui la font spécialement remarquer, déterminent ses Supérieurs à la rappeler à Nancy; ils veulent mettre cette lumière si vive sur un chandelier plus élevé, afin qu'elle puisse éclairer la Congrégation tout entière.
Le respectable abbé de Tervenus, alors Supérieur, la nomma, sous le bon plaisir de Mgr. l'évêque de Toul, assistante de la vénérable mère Jacquemart. A l'expiration de la supériorité de celle-ci, qui était restée six ans chargée du gouvernement de ses soeurs, d'après les règles, la chère soeur Clotilde Viard est élue à l'unanimité des suffrages. Ce fut un bonheur et une grâce insigne de la Providence pour la Congrégation, qui touchait aux plus mauvais jours. D'abord, la nouvelle Supérieure se livre sans relâche aux travaux pénibles de sa place, elle entreprend des voyages, visite une foule d'établissements pour ranimer partout l'esprit religieux dans ses filles, mais tout à coup sonna l'heure fatale de la puissance des ténèbres. La France avait bu à la coupe de l'impiété, elle est devenue comme un homme ivre qui chancèle sur les bords de l'abîme; les incrédules se sont ligués contre Dieu et contre son Christ. L'Eglise avec ses belles institutions excite la haine de tous ces apostats ; ils veulent secouer son joug et briser les liens qui les attachaient à elle. Toute autorité devient odieuse ; aussi bientôt le trône est renversé, le vertueux monarque et sa famille périssent sur l'échafaud. Les autels sont abattus, les églises détruites ou profanées; les prêtres doivent choisir entre l'apostasie, ou les supplices et la mort. La mesure des crimes est comblée; la justice divine éclate et rien ne reste debout; on ne rencontre plus que des amas de ruines. Hélas! toutes les classes de la société avaient plus ou moins provoqué le courroux du Seigneur; dans les rangs même les plus respectables par état, s'étaient glissé des désordres. Certaines institutions, toutefois, avaient conservé l'esprit primitif de ferveur et de régularité, néanmoins les choses en étaient au point de rendre une sévère expiation indispensable. Le berceau du christianisme avait nagé dans le sang, le sang était nécessaire pour retremper la foi de tous. Mais les servantes des pauvres, les mères des malheureux, celles qui veillent au chevet du moribond, les mains charitables qui remuent sa couche trouveront-elles grâce au moins devant de farouches persécuteurs ? Non, tout ce qui est marqué du sceau de la sainteté, de la piété, de la chasteté virginale doit être aussi en butte à leur fureur. Ils procédèrent donc à l'arrestation de toutes les religieuses qui ne voulurent pas prêter un serment sacrilège. La chère mère Viard devait, en sa qualité, être en butte la première aux efforts de leur barbarie. Elle donna à toutes ses soeurs l'exemple édifiant d'une fermeté inébranlable, d'un courage à l'épreuve, elle résista à toutes les sollicitations. Cent trente-deux évêques fidèles, sur cent trente-six, dont se composait l'épiscopat dans notre patrie, la masse des prêtres et des religieux ou qui périssaient sur les échafauds ou qui partaient pour l'exil, tant d'héroïnes chrétiennes arrachées de leurs cloîtres et qui préféraient la mort à l'apostasie, c'était là un magnifique spectacle offert par l'Eglise de France. La digne mère Viard fut prise, arrachée des bras de ses filles, conduite à Strasbourg et jetée dans une prison. Elle y resta seize mois sans autre consolation que celle qu'elle puisa dans sa piété, et sa résignation aux volontés du ciel. Le Seigneur, satisfait, lui rend sa liberté. Elle resta pendant 16 mois en arrestation à Strasbourg, après cette longue et douloureuse séparation, on lui apporte dans sa prison l'heureuse nouvelle que rien ne s'oppose plus à son retour à Nancy. On peut facilement se figurer sa joie; elle va retrouver ses chères filles, les consoler de ces consolations qu'elle même à reçues de Dieu, les confirmer dans leurs résolutions généreuses de tout souffrir plutôt que de se rendre coupables, en cédant à l'iniquité d'un serment coupable qu'on veut exiger d'elles.
Elle sait que si quelques-unes, en très petit nombre, ont eu le malheur de compromettre leur conscience en ce point, toutes les autres restées inébranlables sont dans les prisons pour la foi, et pour n'avoir pas voulu briser les liens qui les attachaient à l'Eglise. Que de motifs pour elle de précipiter son retour ! Elle relevera les unes, elle affermira les autres et réveillera dans toutes la vivacité du sentiment catholique, mais le Seigneur dont les pensées ne sont pas nos pensées en a décidé autrement. Cette bonne mère se met en route, encore quelques heures ert elle sera rendue à ses filles, lorsque près de Blâmont, la diligence est renversée et l'écrase dans sa chute. C'est le 24 janvier 1795, à cinq heures du matin, qu'eut lieu cet événement si digne de larmes. Elle meurt ainsi, celle qui s'était concilié tous les coeurs, celle dont les vertus étaient la gloire de sa nombreuse famille, celle dont les exemples et les leçons eussent exercé une si heureuse influence ! Nous n'avons qu'à adorer les impénétrables desseins du Seigneur; il est assez puissant par lui-même, pour opérer son oeuvre, sans le secours d'un instrument quelconque. Cette bonne Supérieure fut enterrée dans l'église paroissiale de Blâmont.
Elle avait aussi fondé quelques établissements:
En 1777, la maison de charité de Fénétrange, avec écoles gratuites;
En 1778, celle de Boudonville, également avec écoles gratuites;
En 1782, l'hôpital de Vassy, avec secours à domicile.

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