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1573 - Catherine de Médicis et Henri de Valois à Blâmont
 


Journal de l'Institut historique
1835

LES HONNEURS ET TRIOMPHES FAITS AU ROY DE POLOGNE,
tants par les princes Alemans en son voyage que par ses subjects
Qui fut á Miedzeris, le xxiiii iour de janvier dernier passé, 1574.
Briefvement recitez par une lettre missive qu'un Gentil-homme Françoys escrit de Posnanie.
A PARIS, Par Denis du Pré Imprimeur, demeurant en la rue des Amandiers, à l'enseigne de la Verité. - 1574. - Avec privilège.

Le trône de Pologne étant devenu vacant par la mort de Sigismond II, dernier rejeton de la race de Jagellon des intrigues se formèrent dans les principales cours de l'Europe pour appuyer les prétentions des divers Candidats. Dès l'année précédente Jean de Balagni, fils naturel de Montluc. évêque de Valence, avait été envoyé en Pologne par Catherine de Médicis pour préparer l'élection de Henri, duc d'Anjou, depuis Henri III. Montluc lui-même se rendit dans ce pays aussitôt après la mort de Sigismond, et secondé, et secondé par de Gilles de Noaille, abbé de l'Ile Francis de Noailles, évêque de Dacqs. par Gui de Saint-Gelais, sieur de Lansac, il parvint à surmonter tous les obstacles et à écarter tous les rivaux.
La nouvelle de l'élection de Henri lui arriva devant La Rochelle dont il faisait le siége ; il s'empressa de traiter avec les habitans de cette ville, et leur accorda une capitulation honorable ; de retour à Paris il y reçut avec pompe les ambassadeurs polonais, souscrivit aux conditions que la diète lui avait imposées et en jura solennellement l'observation.
Avant de partir pour son royaume Henri prit des lettres de naturalité, afin que la qualité de prince étranger qu'il allait avoir ne portât point préjudice a ses droits de succession à la couronne de France. Enfin, le 3 novembre 1573 il se mit en route se dirigeant vers l'Allemagne, et il arriva en Pologne où il fut couronné peu de temps après. C'est le journal de son voyage qui a été tracé dans la pièce suivante par un témoin oculaire.


MONSIEUR, trois moys sont tantost passez, que je prins congé de vous, et n'ay eu jusques à ceste heure îe moyen ny le loisir de vous donner aucun advertissement : d'autant que nous avons tousjours tasché à gaigner païs, et s'il s'est faict aucune depesche en France, elle n'est venue à ma cognoissance. Ce qui aura s'il vous plaist, lieu d'excuse envers le commandement que m'aviez faict de vous mander souvent nouvelles de toutes choses qui adviendroyent. Mais maintenant que nous sommes, la grace à Dieu parvenuz au royaume de Pologne, lieu de repos et seureté, et que ce courrier m'adverty qu'il est despeché en toute diligence pour s'en aller par delà, je commenceray le recit et discours de ce voyage, en l'endroict ou je vous laissay dernièrement m'acquittant des debtes de plusieurs jours qui eussent esté chacune en son particulier assez petites, sous un seul payement auquel j'accumuleray et amasseray le tout, faisant néantmoins mon propos le plus abbregé que possible me sera.
Dès que les ambassadeurs de Pologne approchèrent de France pour saluer leur roy, et l'emmener avec eux, la chose que l'on avoit eue en plus singulière recommendation, estoit d'impetrer un passeport et sauf conduit de l'Empereur Maximilian, et des Princes et Estats de l'Empire afin de passer seurement par l'Alemagne; ce que volontiers et libéralement fut ottroyé, le xvij d'Aoust, à Francfort sur le Mein, là où tout exprés la Diette s'estait tenue. Donques le Roy de Pologne, ayant mis ordre aux choses qu'il pensoit plus nécessaires à son voyage, dist adieu à messieurs de la court de Parlement, et aux marchans et bourgeois de la ville de Paris dont il partit auec grand regret et extrême douleur d'un chacun, le iii jour de Novembre, mil cinq cens soixante et treize, pour aller en diligence trouver le Roy son frère qui estoit demouré malade à Vitry le Françoys. Lequel, sans l'inconvénient, avoit délibéré d'accompagner son frère jusques aux frontières de France et de Lorraine. Parquoy icy fut la dure départie et triste séparation de ces deux grands Monarques, qui toute leus vie avoyent vescu ensemble en grande et parfaicte amitié.
Ayant faict séjour à Vitry, de cinq jours entiers, le sixiesme, print congé du Roy son frère s'acheminant droict a saint Disier, où il feit entrée.
De là il vint à Jainville et fut receu par madame la douairière de Guyse, femme digne d'estre de tous louée et reverrée pour ses rares vertuz et perfections.
S'estant recommandé aux bonnes graces et prières de ladite dame, vint à Gondrecourt Sorcy et de la à Gondreville près Tout puis à Nancey au devant duquel alla monseigneur le Duc de Lorraine, avec grand nombre de noblesse de ses pays.
De bonne fortune madame de Lorraine estoit nouvellement accouchée d'une fille, la. quelle fut receue sur les fonds de baptesme par l'Evesque de Posnanie,cbef de la Légation Polonoise, avec les autres Ambassadeurs. Et monseigneur de Lorraine voulant monstrer la joye et allegresse qu'il avoit de ceste venue, et aussi l'affection et sincère amitié qu'il portoit au Roy de Pologne son beau frère, tint maison ouverte.
En ce lieu fut faict plus long séjour qu'en nul autre tant pour attendre ceux qui devoyent suivre ledict sieur Roy de Pologne, que pour adviser aux affaires., et regarder les moyens les plus propres a passer outre. Huit ou neuf jours s'escoulèrent en festins et bons traictemens l'issue desquelz fut une douleur et regret à madame de Lorraine, laquelle ne se pouvoit separer d'avec ledict sieur Roy qui l'avoit par cy devant tant respectée et honorée.
Partant de Nancey, alla coucher à sainct Nicolas et de sainct Nicolas à Vic, là où monseigneur le Cardinal de Lorraine s'estoit acheminé pour l'attendre et festoyer.
De Vic à la Garde, lieu estroict et petit, et de la Garde à Blamont distant deux lieues.
A Blamont chacun fut accommodé, selon la capacité du lieu, pour y faire quelque séjour, combien que le bruit eust couru que les adieux se diroyent a Salbourg mais le lieu de Blamont fut trouvé plus propre et aisé. Là il sejourna quatre jours, et au partir print congé de la Royne sa mère, laquelle luy donnant le dernier baiser sentit un tourment aussi grief et difficile à supporter, que chacun peut penser. Très sage et bien advisée qu'elle est, ne voulut user de beaucoup de langaige à î'endroîct de son filz bien aimé, partie cognoissant que de soy-mesrne il est assez prudent et discret, partie de peur de le troubler d'avantage en son esprit ; luy enchargeant sur toutes choses d'avoir pour recommandé l'amour de Dieu, et de l'Eglise Catholique, d'aimer son Royaume, et pourchasser le profit de ses subjectz plus que le sien propre; se voulant retirer, il luy demanda sa saincte bénédiction.
Monseigneur le Duc d'Alencon son frere, la Royne de Navarre sa soeur, et generallement tous les Seigneurs et Gentïls-hommes, ayant prins congé de ce Prince tres-vertueux:, s'en retournèrent en France ; lesquels l'eussent conduit et accompagné jusques en son Royaume, s'il l'eust permis, et tous ensemble d'une voix eussent recogneu, en la face de tout le monde, les grands biens qu'ilz ont receu par son aide et faveur, et l'affection indicible qu'ilz luy portent.
Ceux qui ont suivy et accompagné ledict sieur Roy, outre les Ambassadeurs, et monsieur l'Evesque de Mondevis, Nonce de nostre S. Pere le Pape, voy les cy.
Monsieur le Duc de Nevers
Monsieur le Duc de Meine.
Monsieur le Marquis d'Elboeuf.
Monsieur le Comte de Retz, Mareschal de France.
Monsieur de Ville-clair, Chambellan du Roy de Pologne.
Monsieur le Comte de Rochefort.
Monsieur le Comte de Chaume.
Monsieur de Tavannes Vicomte de Liny.
Le Seigneur Louis de la Mirande.
Monsieur de Cessac, de Cahors en Quercy.
Monsieur de Besigny.
Monsieur de Gordes, filz du Gouverneur de Daulphiné.
Messieurs d'Antragues.
Monsieur de Chellus.
Monsieur de Belle-ville.
Monsieur de Belle-garde.
Et presque jusques au nombre de six cens jeunes Gentils-hommes de tous les quartiers de la France, qui desja ont fait preuve et essay en guerre de leur vertu.
Quant à ceux de robe longue, il y avoit,
Monsieur l'Evesque de Sainct Flour, son grand aumosnier.
Monsieur l'Abbé de l'Isle, de la maison de Noailles, maistre des Requestes ordinaires de l'hostel du Roy;
Monsieur de Bellievre, Ambassadeur pour le Roy de France au royaume de Pologne.
Monsieur de Faur, seigneur de Pibrac, advocat du Roy en la cour du Parlement.
Avant que passer outre fut faicte une ordonnance, que personne n'eust à s'acheminer, n'y suyvre le train sans adveu et maistre et à tous de se comporter si modestement en ce voyage, qu'aucun n'eust occasion de se plaindre d'eux.
Jusques audit Blamont vindrent d'Alemaigne an devant du Roy de Pologne,
Monsieur Christofle, le filz puis-né du Comte Palatin.
Monsieur le Comte Ludovic, frère du Prince d'Oranges.
Et monsieur le Duc de la Petite pierre.
Par lesquelz Seigneurs le Roy de Pologne fut conduict.
Ainsi le quatriesme jour de Decembre on desplaça de Blamont, la Royne se retirant en France, pour aller trouver le Roy a Rheims, et le Roy de Pologne alla disner à SaIbourg, derniere ville de Lorraine, à quatre lieuës dudict Blamont, et coucher à Saverne, premiere ville d'Alernaigne. [...]


Le 30 mai 1574, Charles IX, roi de France décède. A peine a-t-il appris la nouvelle le 14 juin 1574, que dès le 16, Henri de Valois quitte la Pologne. pour Vienne, puis l'Italie, et rentre en France le 2 septembre 1574. Le 13 février 1575, il est sacré roi de France, et le 15 février, Henri III épouse Louise de Vaudémont, dont il avait remarqué la beauté lors de son passage à Nancy en 1573.


Henri III et Louise de Vaudémont - 1581

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