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Histoire de Blâmont - Victor Cloud (6/7)
Place de la poste

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Deux dessins de Victor Cloud permettent de mieux comprendre l'histoire mouvementée des édifices qui entourent la place de la Poste. Cette place, qui n'en porte pas même le nom, joue pourtant un rôle fondamental dans l'urbanisme de la ville de Blâmont. Trait d'union entre la place du Général de Gaulle et la longue rue du 18 novembre, elle peut faire figure de centre de la ville, ce que renforce le caractère urbain très marqué de l'habitat, avec des immeubles jointifs de type R+2. Elle est également un lieu de services et de commerces puisque s'y concentrent l'hôtel-restaurant, une banque, un pâtissier, un entrepreneur de pompes funèbres, le cabinet dentaire et bien entendu la Poste. Enfin, la place est aussi une porte d'entrée puisque chaque automobiliste venant de la voie rapide est amené à traverser cet espace, dans lequel il est accueilli par les lettres de bronze qui surmontent la porte d'entrée de la Poste : « Ville de Blâmont  ».

Cloud vivait sur cette place, côté pair, aussi s'est-il ingénié à représenter ce qu'il voyait en face de chez lui. Les deux dessins conservés nous montrent ainsi l'aspect qu'avaient les bâtiments donnant sur la rue du 18 novembre en 1877, du numéro 11 au numéro 21. Par chance, les numéros n'ont pas changé depuis 1877, ce qui permet d'identifier les bâtiments malgré leurs remaniements successifs.

Grand'Rue - 12 septembre 1877
(Charton, ferblantier - Goeury, pâtisserie, confiserie)


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Grand'Rue - 20 septembre 1877 Cliquez pour agrandir

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Le premier dessin nous montre une série de deux bâtiments qui n'ont guère changé depuis 1877. A gauche, au n° 21, on voit l'actuelle pâtisserie Lecerf. L'ordonnance générale de l'immeuble est globalement la même, si ce n'est la modification de la vitrine du magasin et la suppression des volets. Le dessin nous apprend qu'à l'époque, on y trouvait un ferblantier nommé Charton. A droite, la maison n° 19 n'a pas connu de grands changements à part ceux subis par son rez-de-chaussée. La vitrine de cette ancienne pâtisserie-confiserie Goeury visible en 1877 se trouvait transformée par l'installation d'une « Charcuterie Fabing » en 1909,

Grande-Rue

puis supprimée et remplacée par deux fenêtres, comme on le voit à l'extrême droite de cette photographie de 1915.

1915

Depuis, ces deux fenêtres ont été remplacées par une porte de garage : la pâtisserie s'est donc déplacée d'une maison, vers la gauche.
En revanche, on devine que la maison, à demi esquissée à l'extrême gauche (n° 23) était dans un état très différent que ceux qui lui sont connus par la suite.

Pour cela, il faut se reporter à une carte du début du siècle :

A l'extrême droite, la ferblanterie Charton, qui est semblable à l'état donné par Cloud, avec ses deux travées de large ; immédiatement après, au n° 23, on remarque un nouveaux bâtiment, reconstruit après 1877, comprenant également deux travées, construit sur le modèle de la ferblanterie Charton, et sur lequel est écrit « Bonneterie-Chaussures » et «  Magasins réunis ». Tout porte à croire que les établissements Charton se sont agrandis pour devenir les « Magasins réunis de Blâmont », étendus sur deux maisons. Ces Magasins réunis ont ensuite incorporé la petite maison d'une seule travée située juste après le n° 23, ce qu'on voit sur une carte postale de 1915

1915

La maison n° 23 a englobé la petite maison, dont le rez-de-chaussée à été conservé, mais sont les étages ont été reconstruit toujours sur le même modèle. Quant à la maison n° 21, elle semble à cette date avoir échappé aux « Magasins Réunis » puisqu'elle n'est plus peinte de la même couleur. Cette situation, toujours visible dans l'entre-deux guerres,

La Grande-Rue

a duré jusqu'à la seconde guerre mondiale ; une bombe étant tombée à l'angle de la façade des « Magasins Réunis », cette dernière a été reconstruite dans un style moderne avant de passer à la famille Portier qui y installa un magasin de primeurs dans l'après-guerre. La continuité de la façade, qui comprenait jusque là 5 travées identiques, fut alors rompue. Mais à l'intérieur, des murs de refend laissent encore deviner qu'il s'agissait de deux maisons rassemblées en une seule. Seule la façade de la pâtisserie Lecerf maintient un souvenir de l'ancienne élévation de cet ensemble.

Pour conclure sur cette première image de Cloud et la remettre dans son contexte, il suffira de comparer

 cette carte du début du siècle : avec cette photo prise exactement un siècle plus tard du même point de vue :
Grande-Rue Cliquez pour agrandir

Le second dessin de Cloud est encore plus intéressant car il permet de reconstituer la configuration des maisons les plus proches de la poste, lesquelles ont été bouleversées de fond en comble depuis 1877. A l'époque de Cloud, la série de bâtisses des n°17-15-13-11 se présentait sous cet aspect : Cliquez pour agrandir

Cette série de maisons est devenue méconnaissable aujourd'hui, puisque voici une photographie prise avec exactement le même angle de vue aujourd'hui, près de 135 ans plus tard :

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Il est d'autant plus difficile d'expliquer ces changements que les cartes postales d'époque ne sont pas d'un grand secours : leur angle de vue permet souvent de voir la maison n° 17, mais rarement au delà. Heureusement, cette maison n° 17 reste très reconnaissable, malgré les modifications qui ont affecté le rez-de-chaussée ; cela reste un bel immeuble XVIIIe siècle, avec linteaux de fenêtres délardés en anse de panier, chaînes d'angles et bandeaux en pierre de taille délimitant les étages. Comme ses voisines de droite, la maison n° 17 n'avait pas été transformée en magasin en 1877, puisque son rez-de-chaussée était composé de deux fenêtres et d'une belle porte de pierre très travaillée. Dans les années 1900, cette disposition avait déjà évolué puisque la maison, alors transformée en « Pharmacie Focachon », bénéficia d'une ouverture supplémentaire entre les deux fenêtres, alors transformées en vitrines, pour accéder au magasin.

Grande-Rue


La belle porte d'entrée était toutefois restée intacte, et c'était encore le cas en 1915, puisqu'on la voit très bien sur cette carte d'époque, sur laquelle la pharmacie avait été remplacée par une pâtisserie. On y voit la porte d'entrée du magasin ménagée entre les deux fenêtres entre 1877 et 1909, ainsi que les dommages de guerre subis par une fenêtre de l'étage, réparés à l'identique depuis.

Feldbuchhandlung in Blamont title=

Or, une photo actuelle prise au même endroit permet de reconnaître l'immeuble n° 17, mais également de constater que le rez-de-chaussée a été entièrement remanié : remplacement de la série de trois ouverture par une vaste vitrine soutenue par des IPN, et surtout simplification de la porte d'entrée qui a perdu tout son caractère. 

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Il est difficile de savoir ce qui explique de tels changements : mauvais goût, modernisation ou cas de force majeure ? On peut se hasarder à risquer l'hypothèse de destructions commises durant la première guerre mondiale, en raison des dégâts déjà constatés sur la maison n° 17, mais également en raison de l'état de ses voisines. En effet, aucune carte postale ne permet de se faire une bonne idée des maisons n° 15, 13 et 11 que représente Cloud. En effet, les maisons avançaient beaucoup plus en avant sur la place jusqu'à la seconde guerre mondiale, comme le montre une comparaison du cadastre napoléonien avec le cadastre actuel. (Voir 200 ans de cadastre)

La construction dans les années 1950 de l'actuelle poste, nettement en retrait, a permis de dégager de l'espace rendant visibles des maisons jusque là cachées, et donc peu visibles sur les cartes postales anciennes : sur la majorité des cartes, on devine leur présence, mais on ne sait rien de leur élévation ; il suffit pour s'en convaincre de comparer ces cartes à des vues actuelles : sur cette carte on ne voit presque rien au-delà du n° 17 (qui empiète plus qu'aujourd'hui sur la rue, retouche ou mystère !) ; les n° 15, 13 et 11 restent dans l'obscurité :

Grande Rue

La prise de vue actuelle montre bien... qu'on ne peut pas distinguer grand-chose, malgré le recul du bâtiment de l'actuel poste.

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La seule carte qui nous apporte quelques précieuses informations est la suivante :

De même, une vue prise depuis le début de la rue du 18 novembre s'avère bien décevante, dans le passé :

comme aujourd'hui

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On distingue toutefois un point commun sur ces deux cartes anciennes : l'avancée non négligeable sur la rue d'un groupe de maisons : les n° 17, 15 et 13. Cloud lui-même, sur ses dessins, montre bien la différence d'alignement entre le n° 13 et l'hôtel sis au n° 11... et effectivement sur la carte postale ci-dessus, on voit que cette différence d'alignement était telle qu'elle laissait la place pour l'ouverture d'une fenêtre par étage. Différence qu'on ne retrouve plus aujourd'hui, ces trois maisons étant parfaitement alignées par rapport aux autres maisons. Or, si l'on observe :
- que le n° 17 a été endommagé pendant la première guerre mondiale,
- que le n° 13, dit « maison Hennequin » n'a plus rien à voir avec le dessin de Cloud, mais a été entièrement reconstruite en style pittoresque, avec toiture en ardoise, pierres meulières et avancée en béton, ce qui date clairement le bâtiment de la reconstruction suivant la première guerre mondiale,
- et que pour le n° 15, présenté par Cloud comme une maison du XVIIIe siècle avec fenêtres à linteaux délardés embellis par une clé de voûte factice, l'ordonnancement général de la façade est resté identique, mais que tous les éléments révélateurs du XVIIIe ont disparu, les fenêtres étant devenues simplement rectangulaires, à l'image de ce qui se construisait couramment vers 1920...
Tout porte à croire qu'après la première guerre mondiale, le groupe des trois maisons n° 17, 15 et 13 a été reculé pour élargir la rue ; que le n°17 a été plus ou moins refait à l'identique avec les matériaux récupérables, sauf le rez-de-chaussée ; que le n° 15 a gardé l'allure générale de la façade mais en faisant du neuf ; et que le n° 13 a changé entièrement de style en versant dans la mode de la villa de style pittoresque, alors très en vogue sur Badonviller.
Quant au long bâtiment bas n° 11 qui porte le nom d'hôtel sur le dessin de Cloud, et que l'on voit sur

immédiatement avant l'avancée du n°13 et surmonté d'une enseigne au niveau du toit, il a été entièrement reconstruit après la seconde guerre mondiale pour devenir le Crédit Agricole actuel.

Avec ces quelques vues, Victor Cloud nous permet donc d'apporter quelques certitudes et beaucoup de questions nouvelles sur l'histoire de notre ville. Une histoire qui n'est pas aussi linéaire qu'on le croit, comme on le voit en suivant les péripéties de tel ou tel magasin sur quelques années. Quel dommage que Cloud ne nous ait pas laissé davantage de témoignages iconographiques, d'autant plus précieux qu'en 1877, les photographies étaient rares !
Mais réjouissons-nous qu'il nous apporte cet éclairage sur ce centre névralgique de Blâmont qu'est le quartier de la poste. Car il nous donne des enseignements qu'on devra écouter pour demain. Par exemple, il confirme la vocation commerçante de ce secteur si central, ce qui conduit à penser qu'il faut tout mettre en oeuvre pour redynamiser cette zone (stationnements, soutien des commerçants, gestion des flux piétonniers) ; tout en s'inspirant de son histoire : on observe que l'eau a toujours été un point fort structurant de cet espace, avec une fontaine qui nous est connue dans son état le plus ancien par Cloud :

Que l'on retrouve sur les cartes du début du siècle,

Grande-Rue (timbre 5 c) Grande-Rue


et qui s'est muée en jet d'eau après la seconde guerre mondiale. Un point structurant, qui marquait le coeur de la ville, et qui nous manque aujourd'hui.

Rédaction : Cédric Andriot

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