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Est-Républicain - 21 août 1914 - Dans les communes éprouvées



DANS LES COMMUNES ÉPROUVÉES
L'invasion des Barbares. - Les Allemands volent. pillent, tuent, brûlent
Ruines et meurtres. - La bête teutonne déchaînée. - Un maire héroïque.
Le poteau-frontière de Deutsch-Avricourt au musée de Nancy.
Vive la France.

M. L. Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle, s'est rendu hier à Badonviller pour remettre la croix de la légion d'honneur à M. le maire Benoît.
M. le Préfet était accompagné comme dans toutes les visites déjà faites par lui dans l'arrondissement, par M. Méquillet, député, et Minier, sous-préfet.
Il était cette fois accompagné aussi de Mme L. Mirman, laquelle avait en ce jour une mission à remplir : celle de porter, au nom de toutes les femmes de France, un souvenir ému aux femmes françaises assassinées par les Allemands et de déposer sur ces tombes des gerbes de fleurs nouées de rubans tricolores. Ce pieux pèlerinage, auquel, en chaque commune, se joignirent les autorités locales, eut lieu :
1° A Badonviller, sur la tombe de Mme Benoit, femme du maire, fusillée alors qu'elle ouvrait, sur les ordres des autorités allemandes, les fenêtres de sa maison,
2° A Badonviller, sur la tombe provisoire, en plein champ, où reposent les restes de Mme George et de son mari, fusillés dans leur maison même avec une atroce cruauté ;
3° A Bréménil, sur la tombe de Mme barbier, brûlée dans sa propre maison, et qui y fut probablement d'abord assassinée au chevet de son fils, blessé et alité dont les restes furent aussi retrouvés dans les décombres ;
4° A Blâmont, sur la tombe de Mlle Cuny, tuée dans les champs près du village et sur qui les Allemands tirèrent comme sur une alouette.
Tel est dressé jusqu'à ce jour le martyrologue des femmes françaises en cette région de Lunéville.
A Badonviller, pendant que le pieux pèlerinage s'accomplît sur les tombes de Mmes Benoit et George, la foule s'est massée sur la place. Un officier commandant des troupes de passage, avisé de la cérémonie qui doit avoir lieu, commande un piquet pour rendre les honneurs. M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle s'exprime en ces termes :
« Je viens au nom de la France saluer à Badonviller la commune martyre et le maire héroïque »
« Ici, les barbares ont donné toute leur mesure. Sans la moindre provocation, sans qu'un coup de feu ait été tiré, une menace faite, une insulte proférée, une imprudence commise par la population civile, disciplinée sous l'autorité ferme et sage de son maire, sans la moindre raison, sans le moindre prétexte de guerre, ils ont ici accumulé toutes le violences possibles. Ils ont emmené quinze otages, dont à l'heure actuelle aucune nouvelle ne nous est connue. Ils ont saccagé, ils ont pillé, ils ont volé, volé non seulement les liqueurs dont ils s'enivrèrent, mais aussi l'argenterie et les bijoux. Ce n'est pas tout. Avec calme, méthode et sang-froid se servant de cartouches et fusées spéciales, ils ont brûlé 28 maisons. Ce n'est pas tout encore. Quand ils se retirèrent, leur artilleurs situés sur une commune voisine, virent devant eux la belle église de Badonviller, magnifique cible plus facile à atteindre et moins dangereuse à viser qu'une batterie française. Alors qu'il n'y avait pas un seul soldat français dans l'église, dans le village, ni aux alentours, leurs artilleurs canonnèrent, démolirent et incendièrent l'église ; on eut dit que ces bavarois les plus catholiques parmi les Allemands, avaient conçu l'extravagante idée de vouloir punir Dieu de n'avoir pas béni leurs armes ! Plus de dix personnes, dont deux femmes, furent lâchement assassinées.
« Tel est le biland e ruines et de meurtres. Si je n'étais entouré d'enfants qui pleurent les pères et mères de fusillés, j'éprouverais une âpre joie à dresser ce tableau tragique et dirais : Oui, il fallait que quelque part en une commune de France marquée pour ce martyre - et cette commune devait être en Lorraine - il fallait que le barbare imprimât la marque totale de son génie, qu'il offrit au monde un échantillon de ce qu'il sait faire, qu'il fit comprendre par quelque exemple éclatant ce dont est capable la bête teutonne quand elle est déchainée.
« Je viens, mes chers amis, d'abord vous dire ceci : cette bête teutonne que vous avez vue à l'oeuvre, elle ne reviendra jamais sur notre terre de France. Sut toutes les parties du monde elle est traquée, traquée au sud par la race vaillante des Serbes et Monténégrins qui n'ont pas reculés d'une semelle, traquée à l'Est par les Russes qui avancent, traquée au Nord-Ouest par les Belges héroïques qui leur apprennent en ce moment ce dont est capable un peuple fier et libre ; elle est traquée, la bête teutonne, sur tous les Océans et sur tous les continents du monde par les Anglais ; de Liège à Belfort, elle recule ; près d'ici, sous les baïonnettes françaises, elle a été chassée des cols et sommets des Vosges, elle dévale en hurlant de rage dans les plaines d'Alsace ; bientôt, pantelante, elle repassera le Rhin, la bête teutonne contre laquelle se dressent, avec une mâle énergie, toutes les nations du monde qui veulent vivre dans la paix, le travail et la bonté. Elle est traquée, vous dis-je, plus d'angoisse ! Oubliez vos épreuves, gardez le souvenir impérissable de vos chères victimes, dont les noms seront écrits bientôt en lettres d'or sur des plaques de marbre dressées aux portes de vos mairies, mais relevez la tête, et contemplant ce destin supérieur à njos espérances, à l'aurore de cette ère nouvelle où la Patrie rayonnante va imposer au monde le règne de la Justice, pleurons de joie en acclamant la douce France éternelle !
« Mais le spectacle de ces ruines fumantes m'impose le devoir : habitants de Badonviller et des communes éprouvées de Lorraine, je prends devant vous un double et solennel engagement : d'abord, vos maisons vous seront rendues, reconstruites, aux frais du pillard et de l'incendiaire ; puis vos églises seront restaurées et si elles doivent l'être par souscription publique, je prends l'engagement au nom de ma race dont je connais bien l'âme, qu'à cette souscription pas un Français ne manquera, catholique, ou libre penseur, protestant ou israélite, puisque tous aujourd'hui forment contre le Barbare comme un bloc de ciment armé.
« Il me reste une mission à accomplir. »
M. L. Mirman rappelle la conduite du héroïque maire Benoît : il insiste sur les vertus morales dont il a fait preuve, lorsque, le lendemain, il a sauvé, par sa courageuse intervention, la vie d'un prisonnier allemand. Et aux acclamations enthousiastes de de toute la foule, il épingle sur le modeste veston du maire Benoît la croix de chevalier de la Légion d'honneur.

***

Après une courte visite à Bréménil et à Blâmont, M. le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est rendu à Nonhigny, où un affreux spectacle l'attendait. Sur 60 maisons, 45 et les plus importantes sont brûlées, l'église en ruines, qutre hommes assassinés, dont l'adjoint faisant fonction de maire, M. Jeanjean. M. Mirman réunit les quelques hommes valides présents dans le village ; sur leur indication désigne M. Gérard Arsène pour faire fonction de maire, distribue des secours d'extrême urgence, donne des indications sur le ravitaillement en farine et diverses autres questions d'intérêt immédiat, et fait, par M. le juge de paix du canton, présent sur les lieux, adresser un secours à la commune de Parux, également bouleversés, visitée antérieurement.
La commune voisine de barbas est moins éprouvée. 2 hommes tués, 5 otages emmenés. Il est entendu que la population de Barbas va aider les habitants plus malheureux de Nonhigny.
A Remoncourt, le maire, M. Scherer, et M. Beaudoin, conseiller municipal, ont été emmené come otages et ne sont point revenus. Pas d'assassinat. Pas de maison incendiée. Mais le village est à sac. L'adjoint Chatel se multiplie. La population pleure de joie en apprenant les bonnes nouvelles, en écoutant les paroles réconfortantes que lui rapporte M. le préfet de Meurthe-et-Moselle.
A Xousse, 3 maisons brûlées, 1 otage emmené. Xousse, où il resta quelques vieux chevaux, ira se ravitailler en farine pour son compte et pour Remoncourt.
Vaucourt offre, comme Nonhigny, un spectacle de désolation : une trentaine de maisons incendiées, incendiées non comme l'église par le bombardement et par accident de guerre, mais incendiées à la main, froidement, comme à Badonviller. Trois otages emmenés. Le village est à sac. La population réunie sur la place, au milieu des ruines, accueille les déclarations du préfet par une acclamation unanime de « Vive la France ! », et sur ces visages éprouvés coulent aussi des larmes de joie et de fierté. Il est entendu qu'on fêtera l'an prochain dans un banquet l'inauguration des nouvelles maisons reconstruites aux frais des barbares.
M. le préfet a visité en rentrant à Nancy les municipalités de Xures et Einville, et il était 7 heures à la mairie de Nancy, où Mme Mirman faisait connaître à M. le maire Laurent qu'elle était heureuse d'apporter et d'offrir à la ville de Nancy le poteau frontière allemand de Deutstch-Avricourt. M. Paquet sortit avec peine de l'auto la lourde et vilaine masse de bronze et la remit à M. le maire, qui se propose de la faire déposer ultérieurement au musée de la ville.

Est-Républicain du 21 août 1914
 


   

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