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Histoires criminelles du Blâmontois (2)
Autrepierre - 1876

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Le Petit-Journal
12 mai 1876

LES ECUS NOIRS
COUR D'ASSISES DE MEURTHE-ET-MOSELLE
Présidence de M. le conseiller Benoît
Audience du 8 mai

C'est pour avoir l'argent et les biens de son vieux beau-père que Prosper Louis a tenté d'incendier sa maison. Singulier moyen d'hériter, que de brûleur l'héritage !
Sans l'intervention des voisins, accourus à temps pour éteindre les flammes, l'immeuble du pauvre Jeanjean était consumé tout entier. Cela se passait le 10 novembre dernier.
Cinq semaines plus tard, le 17 décembre, Jeanjean était trouvé sans vie dans une chambre du rez-de-chaussée de sa demeure. Les médecins constatèrent que la mort était due à une congestion cérébrale déterminée par des coups violemment assénés sur le crâne.
Dès le premier instant, l'opinion accusa Prosper-Louis.
Mais, dès le premier instant aussi, Prosper Louis trouva un chaleureux défenseur.
Ce défenseur, c'était sa femme, la propre fille du vieux Jeanjean.
Elle avait, avant tout le monde, vu son père à l'état de cadavre; mieux que tout le monde, par conséquent, elle était en mesure d'éclairer la justice.
Voici quelles furent ses explications
Ce jour-là, vers midi, un négociant M. Lhuillier, pour le compte duquel travaille une personne de ma famille, se présentait chez' moi, n'ayant pu rencontrer ma parente, et me pria de lui dire si je savais où était déposé l'ouvrage qu'elle devait lui rendre et dont il avait un besoin immédiat.
Cet ouvrage était pris et déposé dans la maison de mon père. J'en informai M. Lhuillier, et nous sortîmes ensemble pour l'aller prendre.
En arrivant, je passe la première pour entrer, naturellement. Mais, à peine ai-je ouvert la porte de la chambre dans laquelle mon père avait l'habitude de se tenir que je reste pétrifiée en face d'un épouvantable spectacle.
Mon pauvre père s'était pendu !
Accroché a. une haute armoire, son corps se balançait lugubrement.
J'éprouvai un saisissement si intense, que je restai sans voix; mais je conservai assez de présence d'esprit pour intercepter le passage et empêcher M. Lhuillier d'avancer. Je ne voulais pas qu'il vit cela; un suicide ! ça aurait déshonoré ma famille
Vivement, donc, je refermai la porte, prétextant que je m'étais trompée, que ce que nous cherchions ne se trouvait pas là....
Une demi-heure après, je revins seule. J'étais très bouleversée, mais pas tellement que je n'eusse encore assez de force pour accomplir le dessein que j'avais médité.
Je montai sur une chaise, et coupai la corde qui retenait mon malheureux père. Dans mon trouble, je n'avais pas réfléchi que la vigueur me manquait pour soutenir le poids du corps. Le corps se détacha et tomba lourdement.


Si, dans cette chute, la tête toucha terre, cette circonstance justifierait les contusions violentes auxquelles les hommes de l'art ont attribué la mort.
Il y avait quelque apparence de vraisemblance dans ces déclarations de la femme Louis.
Ces apparences se fortifièrent même d'une circonstance qui ajoutait à leur poids Jeanjean habitait Autrepierre, et Prosper, le matin du 17 décembre, avait été vu à Blamont entre dix et onze heures.
Il est vrai que l'autopsie fixait à huit heures ou huit heures et demie le décès du vieillard il est vrai, d'autre part, qu'un cultivateur d'Autrepierre avait, vers ce même moment, entendu un cri de détresse partir de la demeure de Jeanjean.
Mais aucune preuve absolue, en somme, ne s'élevait contre Prosper Louis, et le misérable était en droit d'attendre l'impunité.
Il l'espérait sans doute, lorsqu'un hasard providentiel vint, tout d'un coup dévoiler la fois et la certitude du crime et la personnalité du criminel.
Dans une cachette pratiquée par le gendre, dans son jardin, un chercheur intelligent découvrit sept pièces d'argent, sept écus de cinq francs, salis, ternis, noircis par le feu, sept écus qu'un témoin avait, la veille du meurtre, positivement vus entre les mains du beau-père.
Elles étaient bien reconnaissables, ces pièces, puisque la fumée qui les noircissait était une trace du désastre du 10 novembre, c'est- à-dire du commencement d'incendie allumé par Louis lui-même.
La preuve était écrasante; bien que jusqu'à la fin des débats il ait persisté dans ses dénégations.
Prosper-Louis est condamné aux travaux forcés à perpétuité.


La Presse
9 juin 1876

TRIBUNAUX
COUR D'ASSISES DE MEURTHE-ET-MOSELLE
MEURTRE. - INCENDIE ET VOL. - L'acte d'accusation expose les faits suivants
Le 10 novembre 1875, une maison, sise à Autrepierre, habitée par le sieur Jeanjean, âgé de soixante-douze ans, était consumée par un incendie, entre huit et neuf heures du soir. Le propriétaire avait passé toute la journée à Blâmont, au mariage d'un de ses fils ; on n'avait pas allumé de feu depuis la veille ; de toute la famille, Prosper-Remy Louis, qui est le gendre de Jeanjean, avait seul refusé d'aller à la noce de son beau-frère. Des affaires d'intérêt l'avaient presque brouillé avec son beau-père ; sa femme est fille d'un premier lit de Jeanjean, et il accusait celui-ci de vouloir avantager les enfants du second lit. Dans la famille-on l'estimait si peu, qu'avant de partir pour Barbas, le père Jeanjean, sur le conseil de ses enfants, avait caché dans la cheminée une somme d'argent qu'il possédait, pour la dérober aux recherches de Louis qu'on croyait capable de venir la prendre.
Quelques minutes avant l'incendie, deux jeunes gens avaient vu un homme de la taille et de l'apparence de Louis dans les environs de la maison Jeanjean; cet homme avait des allures suspectes. Quant à lui, il ne vint à l'incendie qu'une heure après le commencement, et quand tout le village y était déjà, ainsi que des habitants des communes voisines; il ne prit aucune part au sauvetage. Enfin sa femme déclarait quelques jours après à une autre fille de Jeanjean, la femme Gossner, que son mari se réveillait presque toutes les nuits rêvant feu et maisons incendiées. Toute la commune et le père Jeanjean, en tête, accusaient Louis d'être l'auteur du désastre.
Le 17 décembre suivant, le père Jeanjean qui avait été habiter chez les Gossner, fut laissé seul à la maison par ceux-ci, qui allaient à Blâmont pour affaires. Gossner était parti à sept heures du matin, après avoir déjeuné avec son beau-père. Vers onze heures et demie, la femme Louis ayant eu affaire dans cette maison avec un étranger, ouvrit la porte et la referma aussitôt en poussant une exclamation : elle venait de voir le corps de son père pendu à une clef d'armoire par un mouchoir qui lui serrait le cou. Croyant à un suicide, elle écarta sous un prétexte quelconque son compagnon, pour cacher, dit-elle, le déshonneur de sa famille. Puis elle rentra, décrocha le cadavre et retendit par terre dans la chambre après avoir caché le mouchoir. L'examen du corps montra à la tète une fracture considérable due à un instrument contondant, et qui avait suffi pour occasionner la mort; les médecins rejettent toute idée de suicide; la mort est certainement due à un meurtre.
Louis était entré chez son beau-père après le départ de Gossner.
L'opinion publique l'accusa aussitôt le lendemain, la justice saisit chez lui une paire de sabots, dont l'un était taché de sang; il ne put expliquer la présence de ce sang sur son sabot. De plus, un gendarme le surprit au moment où il cachait des pièces de 5 fr. qui provenaient de son beau-père, comme le prouvent des taches produites par l'incendie du 10 novembre.
Louis était craint dans la commune ; en 1865,il avait essaye d'étrangler un de ses oncles ; celui-ci, encore vigoureux, s'était défendu, mais n'avait rien osé dire ensuite, si ce n'est à quelques camarades que la crainte empêcha aussi de parler.
Louis est un homme de taille moyenne, robuste, cheveux noirs, teint bilieux; il a l'air sournois. Il nie froidement les faits relevés contre lui.
Le verdict du jury est affirmatif sur les questions de meurtre et de vol, négatif sur la question d'incendie.
La cour condamne Prosper-Remy Louis à la peine des travaux forcés à perpétuité.


 

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