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Seigneurs, château, châtellenie et village de Turquestein -
H. Lepage (2/3)
 

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Mémoires de la Société d'archéologie lorraine
1886

LES SEIGNEURS, LE CHATEAU, LA CHATELLENIE ET LE VILLAGE DE TURQUESTEIN
M. Henri LEPAGE

II

A part une des chartes du comte Albert de Dabo, aucun des titres que je viens de rappeler ne fait mention du lieu dont les sires de Turquestein portaient le nom, ni du château où l'on peut supposer qu'ils faisaient leur résidence. C'est seulement à partir des premières années du XIIIe siècle qu'il commence à en être question.
On lit, à ce sujet, dans l'Histoire de Metz par les Bénédictins (t. II p. 428) « Après la mort d'Albert, comte de Dasbourg de Metz et de Moha, décédé vers l'an 1214, sans avoir laissé d'enfants mâles les fiefs masculins qu'il tenoit de l'Evêché de Metz devoient naturellement retourner au domaine de cette Eglise. Gertrude, sa fille, mariée dès l'an 1206 à Thiébaut I, duc de Lorraine fit tant par ses instances et par les sollicitations de ceux qu'elle employa auprès de l'évêque Conrad, que ce prélat consentit enfin à ce qu'elle jouît de ses fiefs avec le duc son mari, mais sous la condition expresse que, s'ils mouroient sans enfans màles, les fiefs retourneroient à leur origine.
» Gertrude, devenue veuve en 1220, épousa Thiébaut, comte de Champagne, qui, au bout de deux ans de mariage, prit le parti de la quitter, soit, comme le dit l'abbé (le moine) Richer, à cause qu'elle doit stérile, ou plutôt parce que ce mariage, ayant été contracté dans les degrés défendus, fut déclaré nul. Des bras du comte de Champagne elle passa dans ceux de Simon comte de Linanges, et mourut sans enfans en 1225.
» Jean d'Apremont (qui avait succédé à Conrade) saisit l'occasion pour rentrer dans tous les biens des comtes de Dasbourg, comme anciens fiefs de l'Eglise de Metz (5). Il appela à son secours le comte de Bar, et, par son moyen, il se mit en possession des terres de Hernestein (6) et de Turquestein des villes de Saralbe et de Sarbourg, et des autres terres que les comtes de Sarbourg (lisez Dasbourg) avoient autrefois possédées à titre de fiefs de son Evêché ; mais Hugues, frère d'Albert, comte de Dasbourg et oncle de Gertrude empêcha que l'évêque se rendit maitre du château de Dasbourg et s'en empara lui-même à main armée... »
Les Bénédictins ne disent pas sur quels documents ils s'appuient pour formuler ces assertions, et ceux que l'on connaît, pour l'époque dont ils parlent, ne viennent pas tout à fait les confirmer.
Par une charte donnée « dans l'octave du Seigneur » de l'année 1215, Thiébaut, duc de Lorraine, comte de Metz et de Dagsbourg, reconnaît que l'évêque de Metz et de Spire, chancelier de la Cour impériale, a, sur sa prière, rendu à lui et à la duchesse Gertrude, sa femme, le comté de Dagsbourg et ses dépendances, tel que le père de ladite duchesse l'a possédé en fief, à condition que si lui, duc, meurt sans hoirs de son corps, la duchesse confèrera à Saint-Etienne (7) l'alleu de Turquestain, en tant qu'il lui appartient, l'abbaye de Hesse et le château de Thiecourt (8).
Par lettres datées du mois de septembre 1224 la comtesse de Dagsbourg déclare que du gré de son mari, elle accroît le fief qu'elle tient de l'Evêché de tout ce qu'elle a à Turquestein, à Thiecourt dans l'abbaye de Hesse et à Sarralbe « Ego, comitissa de Daborch, notum facio... quod ego, laude et assensu mariti mei, accrevi feodum quod a domino meo episcopo Metensi tenere debeo, de his omnibus que habeo apud Turrkestein et apud Tihecort et in abbacia de Hesse et in Alba, cum appendiciis eorum... (3) »
Dom Calmet ne mentionne pas plus ces chartes que les Bénédictins, mais il rapporte les mêmes faits, avec quelques légères variantes. Le château et la seigneurie d'Albe, dit-il à un endroit (4), furent donnés en fief par les évêques de Metz aux comtes de Limbourg, avec Sarrebourg; et, après l'extinction de la race de ces comtes, Jean d'Apremont, vers 1230, réunit à son domaine les quatre châtellenies de Sarrebourg, Sarralbe, Turkestein et Arestein. » - Et, plus loin (9) « Gertrude... mourut en 1225, sans enfants et sans héritiers.
Après sa mort, Jean d'Apremont, évêque de Metz, prétendit rentrer dans tous les biens des comtes de Dasbourg, comme ayant été autrefois fiefs de son Eglise. D'autres seigneurs s'emparèrent des autres biens de cette riche succession... »
Un autre auteur (10) s'exprime encore d'une manière différente « Quelque temps après qu'il (Jean d'Apremont) eût pris possession de ceste chaire, le Comte de Lambourg (lisez Dagsbourg) vint à mourir sans hoirs masles, et laissa seulement une fille qui employa quantité de Princes et de Seigneurs pour obtenir de ce Prélat la jouyssance des fiefs desquels son père avoit joüy, qui dépendoient de l'Evesché de Metz. Jean d'Aspremont, porté en partie de compassion à l'endroit de ceste orpheline, et, d'autre costé sollicité par les prières de tant de gens de qualité, luy octroya ce qu'elle demandoit, à condition que si elle venoit à mourir sans hoirs masles de son corps, ces mesmes fiefs retourneroient à l'Evesché. Ce traité se passa par devant de bons tesmoins, et fut authentiquement escrit, signé et scellé de part et d'autre. Il arriva cependant que ceste fille mourut sans hoirs masles, et, incontinent après sa mort, un nommé Watier, comte de Lambourg, le Comte de Luxembourg (le sire de Lutzelbourg ?) et plusieurs autres Seigneurs du pays se mirent en possession de ces beaux fiefs, avec intention de les retenir tousjours. Nostre Evesque ne pouvant point souffrir ceste usurpation, se mit aussi tost en devoir de ranger ces Messieurs à la raison. Si bien qu'en peu de temps, il retira quatre beaux Chasteaux de leurs mains, qui sont Sarrebourg, Turquestain, Harestain et Albain avec toutes leurs appartenances et dépendances... »
Il est probable qu'au milieu de ces transmissions de fiefs, les châteaux avaient souffert des dégradations de plus d'un genre c'est pourquoi, vers 1252, le successeur de Jean d'Apremont, Jacques de Lorraine, l'établit les fortifications de Sarralbe, de Herrenstein et de Turquestein, et y fit creuser de nouvelles citernes (11).
Dix ans environ plus tard le duc de Lorraine Ferry III, répétant à l'évêque de Floranges de grandes sommes qu'il disait avoir dépensées pour son service, s'empara de Hombourg et de Turquestein mais il les abandonna bientôt, dans la crainte que le comte de Bar, qui s'était déclaré protecteur des terres de l'Evèché, ne le recherchât à cause de ses usurpations (2).
Les auteurs auxquels sont empruntées ces particularités, disent plus loin (12) : « Pendant la vacance du siège épiscopal (après la mort de Bouchard d'Avesnes), le Chapitre avoit donné à Frideric de Liechtemberg, archidiacre de Metz et prévôt de Strasbourg, la garde des principales forteresses de l'Evêché. Aussitôt après sa nomination, Gérard de Relanges l'envoya prier de la continuer jusqu'à son arrivée à Metz. C'est ce que nous apprenons de deux actes de Frideric, conservés dans un ancien cartulaire déposé à la Chancellerie de Vic (2). Par le premier, il déclare qu'il restitue aux administrateurs et vice-gérans de Gérard les châteaux de Lutzelbourg, de Turquestein, de Castres et de Liechtemberg, dont le Chapitre lui avoit d'abord confié la garde et ensuite l'évêque Gérard lui-même. Cet acte est daté de la veille de l'Assomption 1297. Par le second, en date du samedi après l'Epiphanie 1298, il donne avis aux officiers et commandans de ces châteaux qu'il les a remis au nouvel évêque, et leur recommande de lui obéir, de lui rendre compte des revenus, et de le servir avec fidélité. »
Les possessions des évêques de Metz dans le territoire dont je m'occupe ne se bornaient pas au château de Turquestein; elles comprenaient un certain nombre de villages qui formaient une circonscription féodale ou seigneuriale, désignée sous le nom de châtellenie à partir du XIVe siècle ; en outre, de vastes forêts avoisinant celles de l'abbaye de Saint-Sauveur et des sires de Blâmont. Leurs limites n'étant pas régulièrement tracées, ces forêts donnèrent lieu à des contestations qui furent cause de plusieurs traités entre leurs co-propriétaires. Le premier fut signé le mardi après la Saint- Remy 1306, entre l'évêque Renauld de Bar et Henri de Blâmont; il contient, en dehors de sou objet principal, quelques dispositions intéressantes relatives à ce qu'on appelait «entrecours » c'est-à-dire le traité fait entre deux seigneurs, en vertu duquel les sujets de chacun d'eux pouvaient aller s'établir sur les terres de l'autre (13).
« ...Et est à savoir, y est-il dit, que nos et li sires de Blanmont nous sumes escordei que tous les bois où nous partons ensemble, qui sont de la chastelerie de Tirkesteiu et de celle de Blanmont qu'il soient parti par quatre homes, par quoy nos evesque; en aiens nostre pairt... sans le signour de Blanmont, à plux près de Tirkestein,... et le sires de Blanmont en ait sa pairt.... à plus près de Blanmont et de Saint Salvour... Et est à savoir que nos évesques desus dis et li sires de Blanmont ne devons avoir nulz entrecours entre nos homes et les suens. Et volons et outroions que li home et les femmes qui estoient venui desous nos en nostre esvachié de meix en meix et qui estoient parti de desous le signour de Blanmont pus (depuis) le jour de la paix faite entre l'esvesque Bouchairt (15) et le signour de Blanmont, desus dis, aient congiet de nos et railent arriers desous le signour de Blanmont... ; et ensi tel semblant, que tuit li home et les femmes qui sunt parti de nostre éveschié, de desous nos,... et aleis desous le signour de Blanmont, de meix en meix, aient congiet dou dit signour. et reveingnent arriers desous nos... Et avons acordei, nos et li sires de Blanmont, qua desi en avant que tuit cil homes et femmes qui se partiroient de nostre esvachié, de desous nos, et iroieut desous le signour de Blanmont ou desous ses hors, persent lour remenance de mueble et de hiéritaige entièrement qu'il aroient en leus et ens bans dont il partiroient. Et en senblant menière, li home et les femmes qui se partiroient de desous le signour de Blanmont ou de ses hors et wanroient desous nos, en nostre éveschié, perdiroient ausi leur remenance entièrement, mueble et hiéritaige qu'il averoient ens leus et ens bans dont il partiroient... (14) »
Ce traité n'ayant pas mis fin aux différends qui existaient entre Renauld et Henri de Blâmont, ils en firent un nouveau, le dimanche après les octaves Saint-Pierre et Saint-Paul de l'année 1314. En vertu de cet accord, l'évêque eut tous les bois qui étaient entre les rivières de Sarre, de Vezouse et « de Donnom » (le Donon ?) jusqu'au ruisseau, suivant les bornes; et Henri de Blâmont, les bois par deçà la Vezouse et ceux du ban de Bon-Moutier vers l'abbaye de Saint-Sauveur, jusqu'au bois de ladite abbaye et de celle de l'abbaye de Saint-Symphorien de Metz, suivant les bornes (1). » L'acte porte que le partage a été fait par « monsignor Liétart de Brouville, chevalier ; monsignor Mathelin de Hatineix (Hattigny), chevalier ; par Martin et Guelechoy de Turkestein, etc.
En vertu d'un compromis passé, le 23 août 1344, par l'entremise de Jean, roi de Bohème, entre Adémare, évêque de Metz, et Raoul, duc de Lorraine, au sujet des différends qui existaient entr'eux, il fut convenu que les lettres de 15,000 livres dues par l'évêque au duc, ensemble les gagères, resteraient en leur force, et qu'au lieu des gagères de Rambervillers et de Moyen Adémare délivrerait à Raoul « le chaisteil de Durkestain et toutes les appartenances et appandizes, en fourteresse et on terre plainne, en toutes haultours et signories » (16).
Pour des raisons qui ne sont pas connues, le comte de Deux-Ponts ayant mis empêchement à la délivrance de Turquestein entre les mains du duc, l'évêque lui donna les château et châtellenie de Fribourg, en attendant qu'il pût remplir ses engagements. Cela ne tarda guère puisque, le jour de la Saint-Michel ou 29 septembre de la même année 1344, il adressait le mandement ci-après (17) à ses sujets de la châtellenie de Turquestein :
« Ademars, par la grâce de Deu et dou Sainct Siège de Rome évesques de Mets. A tous nous officiers, maiours, eschavins, doiens et sergens, et aussy à tous nos hommes, nous femmes et subgis des villes de Durkestein, de Boin Mostier, de Bartrimont, de Vallois, de Mesnilz, de Cyreis, de Sainct Curien, de Hatigney, de Warcoville, de Nidrehowe, de Landenges, de Lorcheuges, de Arspach, de Giversin, de Rammerspach, de Wilre, de Scwaihesenges, de Haille et de Hermelingne, et à tous ceauls qui, pour cause des choses dessusdictes et de la chastellerie de nostre chastel de Durkestein sont et doient estre obéissans et subgis, saluit. Pour certaines et justes causes, nos avons tout le droit que nous aviens ès choses dessusdictes transpourtei à nostre amei cousin, monsr Raoul, duc de Loherenne et marchis, pour luy et pour ses hoirs. pour coi nous vous mandons et commandons que tantost, sans délai, à la requeste dou pourtour de ces lettres, vous obéys plenuement et entièrement à nostredit cousin et à son commandement en tout et par tout, tout ensi et en la manière que vous avez fait à nous et à nous prédécesseurs évesques de Metts et li délivrez toutes les rentes, yssues et émolumens de loute la chastellerie de Durkestein et des appendises. Et pour ce que vous en soiens plus certeiu, avons nous faict seeller ces présentes lettres de nostre seel pendant. Que furent faictes l'an de grâce Nostlre Seignour mil trois cens quarante et quatre ans, le jour ne la sainct Michiel l'archaingle (18). »
Afin de donner encore plus de solennité à l'acte qu'il venait d'accomplir, l'évêque adressa un second mandement en langue latine aux ecclésiastiques de son diocèse :
« Ademarius, Dei et Sancte Sedis Apostolice gralia, Metensis episcopus universis abbatibus, abbatissis, prioribus, priorissis, presbiteris, mercennariis, vicarüs et clericis, necnon et omnibus alii,, utriusque sexus cujuscunque status sive conditionis existant ad nostrum episcopatum ad castellariam castri Durkelstein et ad ejus appertinencias quoquomodo spectantibus, sive sub dominio ipsius castri residentibus, salutem et dilectionem. Vobis ey cuilibet vestrum mandamus et precipimus quatenus dilecto nostro consanguineo Rodulpho, duci Lothoringie et marchioni, et suis heredibus sive successoribus ducibus Lothoringie, in omnibus mandatis, servieiis, consueludinibus, juribus, tam ratione custodie quam quibuslibet aliis causis quibus nobis astrieti estis et esse deberitis, si dictum castrum cum suis appertinenciis haberemus et possideremus, eisdem tanquam nobis per omnia et in omnibus obediatis, et hiis mediantibus vos de premissis mandatis, serviciis et aliis quibus libet causis que nobis facera deberetis integraliter quittamus, volentes quod si vos vel alter vestrum in premissis contra nostrum mandatum, in parte vel in toto, erga dictum consanguineum nostrum in aliquo extiteritis rebelles sive inobedientes, vel erga suos heredes et successores duces Lothoringie, quod absit, quod idem consanguineus noster et sui heredes seu successores vos ad premissa possint choartare quoquomodo ipsis placuerit, homines vestros, bona vestra et res et bona hominum et subjectorum vestrorum sasire et recipere que vos tenetis sive tenebatis ante confectionem presentium litterarum in locis supradictis. Datum sub sigillo nostro, anno Domini m. ccc. quadragesimo quarto. »
On voit, par la première des chartes d'Adémare, que la châtellenie de Turquestein comprenait dix-neuf localités. dont quelques-unes assez éloignées du château, qui devait en être le chef-lieu.
Raoul n'en resta pas bien longtemps possesseur. En 1346, voulant récompenser Thiébaut de Blâmont de ses bons et agréables services et l'indemniser des dommages qu'il avait éprouvés durant ses guerres contre l'évêque de Metz et le comte de Bar, il lui donne « le chestel de Durkestein, lai chastelerie awec toutes les villes et bans appandans et appartenans » à charge d'en reprendre ligement de lui devant tous hommes, après l'évêque de Metz, et sous la condition qu'il pourra les racheter, lui ou ses successeurs, moyennant la somme de 2,000 livres de petits tournois. Cet acte stipule, en outre, qu'il sera loisible à l'évêque de faire ce rachat, en payant les 2,000 livres (19).
C'est ce qui eut lieu, quelques années après (1350), du consentement de Marie de Blois, régente pendant la minorité du duc Jean, son fils (20). Presque en même temps, l'évêque engage de nouveau au seigneur de Blâmont, envers lequel il se reconnaît redevable de 2,000 livres qu'il lui avait prêtées pour faire le rachat ci-dessus, plus, de 2,000 florins à l'écu, de bon or, du coin du roi de France ses « chastel et chastellerie de Durquestain » et tout ce qu'il peut avoir aux villes ci-après, savoir « en la ville de Durquestain, en la ville de Lorchoinge, en la ville de Landoinge, en la ville d'Arspac, en la ville de Hategney, ceu quil (qui) appartient audit chastel et chastellerie d'anciennetei ; en la ville de Warconville, en la ville de Nydrehowe, en la ville de Sainct Curien, en la ville de Walpreixewilre, en la ville de Xewobrehusre, en la ville de Hermelingre ceu quil appartient d'anciennetei audit chastel et chastellerie ; en la ville de Framonville ceu quil appartient audit chastel et chastellerie ; à Remmenixepat ceu quil appartient d'anciennetei audit chastel et chastellerie ; on Mesny deley Halloville ceu quil appartient audit chastel et chastellerie ; on vaul de Boinmostier, c'est assavoir en la ville de Boinmostier, en la ville de Bertimont en la ville de Vallay », ce qui appartient et a appartenu d'ancienneté auxdits château et châtellenie de Durquestain, et toutes les gardes et maisons de religion en dépendant, etc. (21).
A la mort de Thiébaut, sa succession fut partagée entre ses enfants par les arbitres que ceux-ci avaient choisis, lesquels disent, dans l'acte dressé à cet effet le 2 mars 1379:
« ...Ordenons et rappourtons que le chaistel et fourteresse de Durkestain, avec toutes les villes et appartenances quelconques, bans et finaiges appartenans audit chaistel et fourteresse, soient et appartengnent de plain droit à damezelle Marguerite de Blanmont, seur desdis frères, pour sa partie et enchoite desdites successions, et vuillons que lesdis frères la maintient dez maintenant en paixible et raielz et corporelz possession, sans ceu qu'eulx ne autres pour eulx y mettient et faissient mectre empeschement. Et on cas que ladicte fourteresse de Durkestain, villes et appartenances d'icelle, seroient raichetées vuillons et rappourtons que l'argent paiez et délivrez pour ledit raichet soit et appartengne à ladicte damezelle Marguerite de Blanmont pour lui et pour sui hoirs... (22) »
Il paraît que les évêques de Metz firent, peu après, ce rachat, car, le 22 décembre 1402, Raoul de Coucy assigna à Henry de Blâmont, par manière de gagère, pour 1,000 florins vieux dont il lui était redevable, les château et châtellenie de Durquestain (23).
Non loin du château de Turquestein s'élevait celui de Chatillon, qui était aussi un fief de l'Evêché de Metz, et le chef-lieu d'une châtellenie. Il avait été construit, avant l'année 1324 (24) par Henri de Blâmont, qui en fit ses reprises, cette année, de l'évêque Henri Dauphin. Cette terre passa ensuite à d'autres seigneurs, qui eurent, à plusieurs reprises des contestations avec ceux de Turquestein au sujet de «1'entrecours » de leurs hommes de ces châtellenies. Un premier accord eut lieu à ce sujet, en 1390, entre Henri de Blâmont et Jean de Vergy, par l'entremise de Thiébaut de Blâmont, sire de Velesson, qu'ils avaient choisi pour arbitre et qui rendit sa sentence en ces termes : « Que tous les hommes et femmes de la signorie de Chaistillon, qu'est à signour Jehan de Vergy, qui sont allez par contreman ou entrecourt desoubz le signour de Blanmont, tant à sa signorie de Trukestain, qu'il tient à présent, comme à sa signorie de Blanmont, dès le temps que ledit signour Jehan de Vergy ait esteit signour de la dite Chaistillon, doient revenir et reviennent paisiblement, dès maintenant, à dessusdit signour Jehan de Vergy... Que tous contremans que sont et ont esteit d'ancienne- teit entre lesdites signories de Trukesten et de Blanmont et les villes de ladite signorie de Chaistillon, sont et doient demoreir en lour usaiges, en lour estat et en lour force, einsi comme il est useit ez dessusdites signories d'ancienneteit... (25) »
En 1408, le mardi après l'Annonciation Notre-Dame, les seigneurs dont il vient d'être parlé firent un nouvel accord dans le même sens, mais plus explicite que le précédent. « ...Que nous nos hommes, y est-il dit, que sont de morte main et de serve condition, tant des chastelleries de Durquelstein et de Blanmont, comme de Chastillon, ne se puelent ne porront contremander desoubz l'un de nos ne l'autre ne nos ne l'un de nos ne les porrons retenir, mois vollons et consentons, pour nos et nos hoirs, que si tost qu'il viendra à la cognissance de nos ou l'un de nos que aucuns des dis hommes de ladite condicion avera fait contremant, que celuy de desoubz cuy il serai partis, par lui, ses gens ou officiers le puissent prendre ou faire prendre en quelque lieu qu'il serait trouvez, de sa propre auctoriteit, hors fourteresse, et l'en remenner ou faire menner au lieu et condicion dont il serait partis ; et se aucunement aucuns de yceulx hommes et condicion que dessus vienent ou sont en alcunes de nos forteresses, nos ne les soustendrons point l'un contre l'autre, mais incontinant les boutterons chascun de nos en droit soy hors de nos fourteresses et masons si tost qu'il vendra à nostre cognissance. Et tous ceulx que on temps passez se sont contremandez, nos et chascun de nos en levons la main l'un de nos à l'autre pour les prendre et remenner demourer chascun en droit soy au lieu dont ilz sont partis (26)... »
Les sires de Blâmont restèrent détenteurs, à titre de gagère, de la châtellenie de Turquestein jusque dans la première moitié du XVe siècle : en 1432, Conrard Bayer de Boppart leur ayant versé la somme de 2,000 livres de petits tournois et celle de 1,000 florins du Rhin pour lesquelles cette gagère avait eu lieu, ils rendirent à ce prélat les lettres contenant les traités passés pour cet objet avec ses prédécesseurs, et celui-ci les déclara quittes de tout ce qu'ils pouvaient avoir levé des reverus de la châtellenie depuis qu'elle était entre leurs mains (27).
Quoique les lettres de Conrard stipulent formellement le paiement fait par lui aux seigneurs de Blâmont, il ne parait pas qu'il eût été entièrement libéré envers eux ; c'est, du moins, ce qu'on peut supposer d'après de nouvelles lettres datées du jour de la Saint-Laurent (10 août) 1433 (28). Elles font voir que le domaine de Turquestein s'était notablement amoindri entre les mains de ses engagistes, et que ceux-ci avaient peu fidèlement rempli les devoirs qui leur étaient imposés à titre de fieffés des évêques de Metz.
Après y avoir rappelé les gagères faites à Thiébaut et Henri de Blâmont, en 1350 et 1402, l'évêque ajoute : « Comme il soit que, pour les guerres que ledit Thiébaut, et ses hoirs après lui, aient eues avec les seigneurs des marches d'Allemagne, et aussi pour les pestilences et mortalité qui ont régné ès marches par deçà, les villes, terres, rentes et revenus des châtels et châtellenies qui pouvaient valoir chacun an au temps où elles furent mises en gage ès mains dudit seigneur Thiébaut, la somme de 4 ou 500 livres, monnaie de Metz, ont été tellement détruites et diminuées, ruinées et amoindries, qu'elles ne valent pas plus de 100 livres de censive annuelle et de droits, et que la plus grande partie des villages qui en dépendaient sont détruits et inhabitables, spécialement les villes de Turquestein, Lorquin. Landange, Aspach, Warcoville Niderhoff, Vasperviller, Schowbrehusre, Hemehusre, èsquelles n'a homme ne femme demeurant, ne n'y a point d'espérances que, au temps advenir, y doive venir demeurer personne, pour quoi sont déserts les champs, prés, terres arables qui sont converties en bois et haies, et aussi pour ce que le peuple va, chacun jour, en diminuant ;
» Et il soit encore ainsi que messire Henri de Blâmont, dernièrement trépassé, ait fait guerre ouverte au seigneur Raoul de Coucy, jadis évêque de Metz, et à l'Evêché, et, en faisant ladite guerre, ait fait plusieurs gros et griefs dommages, issant de ladite forteresse de Turquestein et rentrant en icelle, comme feux boutés, prises de corps d'homme, bêtes et biens meubles, et autrement ce qu'il ne devait faire par raison tenant ladite forteresse en fief et hommage de l'Evêché de Metz.
» Et depuis le trépassement dudit seigneur, Henri, son fils et héritier ait pareillement fait faire plusieurs dommages, déplaisirs et injures, de noire temps, à plusieurs de nos hommes et sujets, issant de ladite Turquestein et rentrant dans icelle comme de toutes ces choses sommes dernièrement été informé pourquoi nous était de nécessité de racheter et retraire ladite forteresse et châtellenie de Turquestein avec leurs appartenances, des mains des seigneurs de Blâmont, afin que tels dommages, déplaisirs et injures ne fussent faits dorénavant, de ladite forteresse, à nous ni à nos successeurs. Mais pour ce que plusieurs desdits villages appartenant à ladite Turquestein et châtellenie sont allés à néant et inhabitables, et que les rentes et revenus d'icelles sont amoindris, et spécialement que le maisonnement et les murs de ladite forteresse ont été petitement maintenus eu édifice, et tellement que, pour les remettre en état, comme ils étaient, nous faudrait trop grosses sommes, n'avons mie trouvé en conseil de racheter et retraire lesdits châtel et châtellenie pour telles grosses sommes ci-dessus déclarées, qui peuvent monter à la valeur de 6,200 vieux florins du Rhin, de bon or et de juste poids... »
Jean d'Haussonville, seigneur de Chatillon, et Irmengarde d'Elter, sa femme, ayant offert à l'évêque de racheter des mains de Ferry de Blâmont et de ses frères, enfants de feu Thiébaut, et de Marguerite de Lorraine, veuve de ce dernier, les château et châtellenie de Turquestein, pour les sommes ci-dessus, Conrad leur permit de faire ce rachat ; ils promirent de les tenir à toujours de lui en fief rendable et receptble, de remettre le château en bon et suffisant état de tous édifices, pour l'en aider au besoin et à sa volonté.
Ils firent ratifier cet engagement, quelques jours après (24 août), par Jacques, leur fils, et par le mari de leur fille, Jacques de Savigny. En 1453, Nicolas Sturm, de Sarrebourg, bailli des frères Gaspard et Balthazar d'Haussonville à Turquestein, renouvelant un acte du même genre, dressé en 1450, déclare que l'évêque de Metz est libre de se servir des ouvertures à lui accordées dans cette forteresse, comme le lui ont reconnu Jean d'Haussonville et sa femme.
Ce dernier, parait-il, avait traité avec les seigneurs de Blâmont, pour le rachat de la seigneurie de Turquestein, plus tôt qu'il n'a été dit précédemment, car, dès l'année 1430, il vendait au comte de Linange-Réchicourt et au jeune comte Rudolf, son fils, le quart de la seigneurie et le château de Turquestein pour la somme de 25,000 florins, se réservant toutefois le droit de rachat (29).
Ce fait fournirait l'explication d'un titre, en allemand, daté du lundi après l'Assomption Notre-Dame 1490, dont l'inventaire du Trésor des Charles (30) donne l'analyse suivante : « Lettres de Wecker, comte de Linange, Réchicourt et Dabo, portant que, n'ayant point d'enfants de dame Mahant des Armoises, comtesse de Linange, sa femme, et la plupart de ses seigneuries situées de l'autre côté de la Sarre étant fiefs masculins mouvant de l'Evêché de Metz et y reversibles, et pour les services qu'il a reçus de Georges et Henri, évêques de Metz, il cède à toujours, en tout droit de propriété, auxdits évêques (31), la moitié du comté de Réchicourt, ville et château,... SA PART aux châteaux de Molsprich (Marimont), Turquestein, Chatillon (zu Turckstein und zu Chastillon) et de Marmoutier,... sa part au château de Saareck,.. et tous ses biens de franc alleu,... sans en rien réserver. »
Ce titre parait en contradiction avec deux autres que rapporte M. Fischer d'après les Archives de Lorraine, fonds de l'Evêché de Metz: le premier est un acte du 11 septembre 1460, par lequel Balthazar d'Haussonville se reconnaît vassal de l'évêque de Metz à cause de la forteresse de Turquestein le second, du 10 avril 1464, une promesse de son bailli, Cugnin Boutefeu, de sortir de cette forteresse à la première réquisition de l'évêque.
Balthazar, que la Généalogie de la maison d'Haussonville (32) qualifie baron dudit lieu et de Turquestein, eut de son mariage avec Anne d'Anglure, entr'autres enfants: Gaspard, baron d'Haussonville, gouverneur des ville et comté de Blâmont, etc. Simon d'Haussonville, chevalier, baron dudit lieu; d'Ornes et de Turquestein, etc., mort en 1526; Jean d'Haussonville, chevalier, seigneur d'Essey-lès-Nancy, d'Haussonville et de Tonnoy en partie, sénéchal de Lorraine et bailli de l'Evêché de Metz, marié, en 1535, avec Catherine de Heu, dame d'Essey, laquelle était veuve en 1548, lui laissant un fils et trois filles, savoir : 1° Balthazar d'Haussonville, chevalier, baron d'Essey, gouverneur de Nancy, grand maître de l'hôtel du duc Charles III, marié, en 1561, à Anne de Salm, et mort sans postérité; 2° Claude, mariée à Gaspard de Marcossey, seigneur dudit lieu et de Goin, grand écuyer de Lorraine et bailli de Clermont ; 3° Jeanne, dame d'Essey et de Tonnoy en partie, mariée, en 1586, à Jean de Savigny, seigneur de Rosnes, grand écuyer de Lorraine et bailli de Nancy; 4° Anne d'Haussonville, abbesse de Saint-Pierre de Metz.
La qualification de baron de Turquestein, aussi bien que celle de baron d'Essey, sont de pure fantaisie : Jean d'Haussonville prend simplement celle de seigneur dudit lieu, d'Essey-lès-Nancy en partie et de Turquestein dans l'acte par lequel, le 6 février 1535 il fonda dans le château de ce dernier lieu, conjointement avec Catherine de Heu sa femme, une chapelle qui devait être desservie par les religieux de Haute-Seille (33).
En 1541, les domaines de Turquestein et de Chatillon appartenaient par indivis au même Jean d'Haussonville, à Claude d'Haussonville, chevalier, baron dudit lieu et d'Ornes, premier pair de l'Evèché de Verdun; à Philippe des Salles, chevalier, seigneur de Gombervaux, à cause de Renée d'Haussonville, sa femme; à Georges de Nettancourt, chevalier, seigneur de Vaubecourt, à cause de Marguerite d'Haussonville, sa femme, « et, tous par ensemble seigneurs de Turquestain et de Chatillon ».
Quoique les d'Haussonville fussent bien possesseurs de ces terres, la duchesse régente de Lorraine Christine de Danemark, à qui le comté de Blâmont avait été donné pour douaire lors de son mariage avec le prince François, qui régna sous le nom de François Ier, eut l'idée, en 1549, de soulever des prétentions sur la châtellenie de « Triquestaiu », comme douairière de Blâmont, bien que les seigneurs de ce nom na l'eussent jamais tenue qu'à titre de gagère. Elle nomma pour procureur, à l'effet de faire valoir ses droits, Me Michel Bouvet, licencié en lois, procureur général au bailliage de Bar, et choisit pour arbitres l'abbé de Saint-Martin de Metz, sieur de Sorcy, et le sieur de Bassompierre, bailli de Vosge ceux des sieurs de Turquestein, Chatillon et Hattigny,
« leurs hommes et sujets », furent l'abbé de Bouzonville et messire Michel de Gournays, chevalier; le procureur du cardinal de Lorraine joint « pour le regard de ladite seigneurie de Triquestain » sans doute en sa qualité d'évêque de Metz (34).
Il ne paraît pas que les prétentions de la régente, nonobstant l'influence dont elle jouissait, eussent été déclarées admissibles, car nous voyons, en 1561 et 1565 (35), Balthazar d'Haussonville, conseiller et grand maître de l'hôtel de Charles III, qui avait épousé Anne comtesse de Salm, et African d'Haussonville (36), baron dudit lieu et d'Ornes, continuer à prendre la qualité de seigneurs de Turquestein (37).
En 1575, Chrétien de Savigny, seigneur dudit lieu, de Rosnes et de Tonnoy, Essey-lès-Nancy, Turquestain, etc., et Antoinette d'Anglure, son épouse, donnent procuration à leur receveur au lieu d'Essey pour vendre à Pierre de Chastenoy, seigneur de Lanty, deux tiers du gagnage de Hambourg, les gagnages de Landange et celui d'Aspach, « le tout scis et scitué en la terre et seigneurie de Turquestain ». Cet acte est scellé du « scel du tabellionnaige Monsp.igneur de Haussonville de sa seigneurye de Turquestain » (38).
M. Fischer rapporte, d'après les Archives de la Basse-Alsace et celles de la ville de Strasbourg des événements sur lesquels nos historiens gardent le silence le plus absolu. En 1569, dit-il, les passages des troupes auxiliaires qui furent enrôlées pour le compte de la France, et des lansquenets soudoyés parles huguenots, causèrent beaucoup de désordres et donnèrent même lieu à des hostilités tant en Alsace qu'en Lorraine. Le duc Charles III, sentant la nécessité de se fortifier davantage, s'empara sans bruit des châteaux de Turquestein et de Chatillon. Mais le comte palatin Jean da. Veldenz, seigneur de Latzelstein (39), l'accusa près de l'empereur d'un acte qu'il regardait comme une invasion sur les terres de l'Empire, et pria celui-ci de rassembler une armée pour reprendre ces deux forteresses, ainsi que la ville de Metz.
Cette démarche ne paraît pas avoir eu de résultat immédiat mais, en 1514, un corps de tireurs gascons, que le comte s'apprêtait à conduire en France, envahit la Lorraine, dévasta les terres de l'Evêché de Metz, détruisit le château de Moersperg, chassa les Lorrains de ceux de Turquestein et de Chatillon, et les remit au comte. A la nouvelle de ces événements, l'évêque Louis de Lorraine, cardinal de Guise, envoya une troupe à Réchicourt pour protéger le territoire épiscopal. On ne dit pas ce qu'il advint des deux forteresses dont il vient d'être question.
Quoique les terres de Turquestein et de Chatillon fussent des fiefs de l'Evêché de Metz, les comtes palatins y jouissaient de certains droits à cause de leur seigneurie de Phalsbourg ; ils passèrent au duc Charles III lorsqu'il fit l'acquisition de cette seigneurie sur le comte Georges-Jean, en 1583. Ces droits sont ainsi énumérés dans le compte du domaine de Phalsbourg pour l'année 1589 (40) :
« Les maisons, seigneuries, monastère; et villages qui suyvent... sont en la sauvegarde et protection de Son Altesse et payent par chacun an les sommes cy après, lesquelles le maire des sauvegardes, demeurant à Hattigny, lève
» Et premier.
» La seigneurie de Durckstein.
» Les subjectz appartenantz à Monsieur de Haussonville aux villages deppendans dudit Durckstein, qui sont Hettigny, St George, Landlingen, Hablutzel, Rogern, Bertramboys et Farren doibvent, par chacun an d'ordinaire, à Son Altesse, la somme de six florins quattre batz trois creutz.
» Les subjectz appartenaus à Messieurs de Marcoussey (41) et de Rosne, deppandant de la seigneurie de Durckstein, qui sont Lorquin, Feckelfing, Niderhan, la Neuve ville, le Neu Moullin et Leffelhron doivent rendre d'ordinaire, pour ledict droict de sauvegarde, la somme de six florins quinze batz trois creutz (42) ».
Il est à noter qu'il n'est pas question ici de Turquestein, en tant que village et qu'il n'en est fait mention dans aucun document postérieur.
Au commencement du XVIIe siècle, la terre de Turquestein cessa d'être dans l'état d'indivision où nous venons de la voir : elle n'eut plus qu'un seul possesseur, des mains duquel elle passa dans le domaine particulier des ducs de Lorraine. Ce possesseur fut François de Lorraine, comte de Vaudémont, père de Charles IV. On ignore le motif qui put l'engager à en faire l'acquisition, les pièces qui la précédèrent ayant toutes disparu (43) ; ce fut peut-être la proximité des domaines qui appartenaient à sa femme, Christine de Salm.
A défaut de ces pièces, je crois devoir en donner l'indication, d'après l'Inventaire, suivant l'ordre qu'elles y occupent, afin que l'on puisse juger de l'intérêt qu'elles présenteraient.

Sans date. - Rapport du gruyer de Nancy et de Didier Desjardins, maître maçon (44), de la value et estimation de la maison ou château de la baronnie de Turquestein.
1599, 7 avril. - Visite faite par Millot, prévôt de Vaxy, du château de Turquestein.
1599, 24 avril. - Lettres de François de Lorraine, comte de Vaudémont, et de Christine, comtesse de Salm (sa femme), qui donnent pouvoir au sieur de Vuillermin et à Jean Terrel de s'informer exactement des revenus de la terre de Turquestein et en faire l'achat. - Ensuite est le recueil des rentes dudit Turquestein.
1601, 25 septembre. - Lettres de François de Lorraine qui commet Jean Terrel pour prendre possession des château, terre et seigneurie de Turquestein et gérer ses affaires pendant son voyage en France.
1601, 17 octobre. - Acte de prise de possession par Jean Terrel.
Celui-ci était secrétaire des commandements trésorier et receveur général des finances du comte de Vaudémont, et il nous apprend, dans son compte de l'année 1600 (45), à quel prix s'était faite l'acquisition qu'il avait été chargé de conclure
« Le trésorier fait dépense de la somme de 72,450 fr. qu'il a payés, le dernier août de cette année, à M. le vicomte d'Estoges (46), sur et en tant moins de celle de 172,622 fr. 9 gros, à quoi monte le contrat de vendition de la terre et seigneurie de Turquestain faite à Monseigneur par ledit sieur vicomte, tant en son nom que de ses frères et soeurs; le surplus payable en deux années suivantes, savoir en 1601, 79,000 fr., et en 1602, 21,172 fr. 9 gros. »
Si l'on en juge par le chapitre du compte de l'année 1603 (47) intitulé : « Recette de deniers provenant de la baronnie de Turquestein », le revenu de cette terre aurait été bien minime comparé au prix d'acquisition, puisque la rente ne s'élève qu'à la somme de 3,704 fr.
1 gros 13 deniers « obol et demi ».
Peul- être faut-il ajouter à la recette de ce qu'on appelait le domaine, celle de la gruerie ou des bois qui, bien qu'indivis entre plusieurs possesseurs (48), devaient donner des produits considérables; de plus, l'amodiation des cours d'eau, des scieries et des étangs (49).
Pour le domaine, il y avait un receveur, qui était en même temps châtelain ou gardien du château (50) pour les forêts, un gruyer il y avait, en outre, sous le titre de procureur d'office ou procureur fiscal, un troisième officier, chargé de l'intérêt public et de celui du seigneur.
Au nombre des recettes du domaine figuraient les « tailles à volonté ». Un état de celles qui furent payées, en 1615, par les sujets de la baronnie de Turquestain et de St. George (51), donne le rôle des villages qui la composaient et le chiffre auquel les habitants furent « eschaqués », le fort portant le faible, savoir : Niderhoff, 170 fr. ; Fraquelfing, 155 ; Neuf-Moulin, 150 ; Aspach, 120 ; Lafrimbolle, 45 ; Saint-Quirin, 50 ; Saint- Georges, 472 ; Hattigny, 520 ; Landange, 880; Bertrambois, 130 ; Hablutz, 80 ; Richeval 130 ; Petit- Mont, 240 ; en tout, 2,642 fr.
Voulant. donner plus de lustre à son nouveau domaine, le comte de Vaudémont demanda, en 1613, à l'empereur Mathias d'accorder aux baronnies de Saint- Georges et de Turquestein, au territoire d'Angomont et à une partie de celui de Chatillon, qu'il avait nouvellement acquis, les mêmes droits régaliens que ceux dont il jouissait dans le comté de Salm, notamment le pouvoir d'y frapper monnaies d'or et d'argent comme faisaient les ducs de Lorraine et les évêques de Metz dans leurs états (52). Cette requête parvint bien à sa destination, témoin le cachet impérial qui y est apposé, mais on ne voit pas qu'il y ait été fait droit.
Le seul monument sigillographique qui se rapporte à la possession des baronnies par le comte de Vaudémont, est un sceau en cuivre du tabellionnage de Turquestein, portant aux 1 et 4 de Lorraine, aux 2 et 3 de France, qui étaient les armoiries de François de Lorraine comme de Vaudémont.

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Charles IV hérita des droits de son père sur les baronnies, mais il ne jouit pas longtemps de ce domaine. Les montagnes et les forêts qui semblaient devoir lui servir de rempart, ne le mirent pas à l'abri de l'invasion étrangère l'année qui suivit la mort du comte de Vaudémont, arrivée en 1632, la terre de Turquestein était envahie par des bandes armées (53), qui comme partout ailleurs sans doute, pillaient et incendiaient les lieux qui se trouvaient sur leur passage. Vint ensuite, pour mettre le comble à la misère des habitants, le logement des gens de guerre de l'armée lorraine (54). Les châteaux ne furent pas plus épargnés que les villages : en 1634, sur l'ordre du roi, ou plutôt du cardinal de Richelieu, on détruisit celui de Turquestein et probablement aussi ceux de toute la contrée.
L'état misérable auquel le pays fut réduit est attesté par les comptes des receveurs, dont les mentions sont plus éloquentes que des phrases. Ainsi, en 1651 les domaines de Turquestein et Saint-Georges étaient affermés pour la modique somme de 50 risdallers ou 200 fr. (55); et encore ne les payait-on pas. Le comptable remontre, en 1659, que « le domaine des lieux de Turquestein et St Georges a esté cy devant laissé à feu Monsieur le conseiller Humbert à charge d'en rendre cinquante risdallers par chacun an ; mais, pour l'an cinquante quatre et les suivantes, il n'en a pu estre tiré aucune chose; et, ayant interpellé le sieur colonnel de Bellerose, comme héritier dudict sieur Humbert, il a faict responce qu'il ne jouyssoit dudict domaine, ains les François, et que par conséquent, il ne devoit rien (56). »
L'occupation dura jusqu'au traité de Vincennes, par lequel, en 1661, Charles IV fut remis en possession de ses Etats. Il confia l'administration des baronnies à un officier spécial, dont on possède les comptes pour les années 1665 et 1666 j'en reproduirai les passages les plus intéressants.
« Compte premier de la baronnie de Turquestain, en ce qui regarde le dommaine, provenant d'acquest fait de feu l'Altesse de Monseigneur le duc (57), obvenu par partage à Son Altesse, que rend Pierre de La Haye, capitaine, hault officier, gruyer et recepveur des baronnies de Turquestain et Sainct George (58),... commenceant au 1er janvier 1665 et finissant à pareil jour de l'an 1666.
« Et premier.
» Déclaration des droits et authorités de la baronnie de Turquestain à la parte (59) de Son Altesse.
» A luy seul appartient le chasteau de Turquestain, qui estoit, auparavant les guerres, d'une belle et ample surcuit; mais, par ordre de Sa Majesté, a esté desmoly en l'an 1634 (60), au desoub duquel il y a une cense ruinée, servant de basse court, accompagnée de grande quantité de terres labourables et preys, qu'est le dommaine dudict chasteau.
» Lesquelles terres et preys tous les subjectz laboureurs des villages cy après desnommés sont tenus labourer, tant aux bleds qu'aux avoines, et en faire les charrois.
» Pour la garde ordinaire du chasteau y a (61) quinze harquebusiers subjectz de Sainct Quirin, qui s'eslisent annuellement par un commandeur d'entr'eux, ausquels l'on donne la simple nourriture, faisans la garde.
» Comme aussy le surplus des subjectz dudict Sainct Quirin sont tenus au guet nocturne, et, lorsqu'ils n'y sont employés, payent dix frans annuellement.
» Et, en temps de guerre, tous autres subjectz de Sadicte Altesse sont responsables audict chasteau et tenus à la garde d'iceluy, sauf ceux de Dongevin qui sont encore par indivis avec Sadicte Altesse et les sieurs du Chastellet.
» Tous les laboureurs et manouvriers sont tenus de faire et mettre en cordre le bois nécessaire pour l'affouage du chasteau, et charroyer ledict bois, en donnant à chacune personne travaillant et charroyant, une michette de pain à chacune fois.
» Aussy sont les laboureurs et manouvriers subjectz de travailler, faire les charrois des matériaux nécessaires aux reffections dudict chasteau, bassecourt et autres maisons, moulins et estangs de ladicte barronnie, ensemble de charroyer tous bois nécessaires aux reffections du chasteau de Tounoy jusqu'à Donjevin, en donnant, par chacun char, dix gros; et les subjectz de Sadicte Altesse à Donjeviu tenus de les mener audict Tonnoy moyennant leur nourriture, comme au charrois des grains, cy après;
» Item, S. A. est seigneur hault justicier, moyen et bas, sans parte d'autruy, et en tiltre de baronnie, ès villages de Niderhoff, Fraquelfing, Aspach, Neuf Moulin et Lafrembonne, en matière civile seulement, des causes qui s'audiancent et des sentences qui se rendent pardevant les juges ordinaires desdicts villages y ayante appellation, elles viennent au buffect et appartiennent à Sadicte Altesse, pour l'amende de chacune appellation cinq frans.
» Le signe patibulaire de laquelle baronnie est érigé sur le ban de Lorquin (62), à trois pilliers, avec un carquant posé contre un pillier de la halle de Lorquin, où et auquel signe patibulaire Sadicte Altesse, de sa seule authorité peut faire toutes sortes d'exécutions comme des autres villages cy devant, si bon luy semble.
» Est Sadicte Altesse haulte justicier seul au lieu de Sainct Quirin, ayant instruction de procès privativement de tous autres, se traitans, iceux procès, devant la justice dudict Sainct Quirin, au chasteau de Turquestain ; en vertu de laquelle haulte justice appartiennent à S. A. toutes confiscations, espaves et attrahières; et auquel lieu Sadicte Altesse a un signe patibulaire.
» Aussy est Son Altesse hault justicier, moyen et bas pour un quart en totalité au village de Dongevin, d'où deppend la sauvegarde du Chaunoy, mouvant du prioré de Manonviller.
» Sadicte Altesse à cause de sadicte baronnie a droit de tabellionnage, qui se commet entre luy et M. le marquis d'Haraucourt par moictié.
» Aussy S. A. a droict de passage, à cause de sondict chasteau, au destroict des montagnes dict ès deux noms, où S. A. prend la moictié à cause d'acquest faict de Phalzbourg.
» En ladicte baronnie y a rivière où S. A. a droict de pesche, et sur icelle des moulins battans ; comme aussy y a sept estangs qui appartienuent en partie à S. A.
» La chassa est commune entre S. A. et les sieurs de Chastillon. »
Suit la liste des villages dont les habitants devaient la taille, les corvées et autres redevances seigneuriales :
Niderhoff (deux laboureurs), Fraquelfing (trois laboureurs), Neuf-Moulin (village entièrement brûlé, désert et inhabité), Aspach (deux laboureurs et demi, c'est-à-dire une veuve), Lafrimbolle (un laboureur), Saint- Quirin (six laboureurs), Hesse, appartenant pour un quart au marquis d'Haraucourt; Domgevin, pour un quart aux sieurs des Thons et du Châtelet; la Neuveville au Bois, indivis avec les mêmes ;
« Recette de seigle.
» Remonstre le comptable que, depuis les guerres, le gagnage de Turquestain est entièrement ruiné et aboly. »
» Gages des officiers.
» Remonstre le comptable que le chasteau de Turquestain, où souloit résider l'officier avant les guerres, est entièrement ruiné et inhabitable depuis trente deux ans ençà, et partant, obligé de louer une maison au village d'Hattigny, qui est au milieu de son office, pour faire sa résidance et exercer ses charges. »

Les événements qui survinrent dans le cours des années suivantes amenèrent une nouvelle occupation : Charles IV fut encore une fois dépossédé de ses Etats, et la Lorraine cessa d'exister de fait sous le règne de son successeur. A la suite d'une requête des évêques de Metz, de Toul et de Verdun, Louis XIV établit une Chambre royale composée de membres du Parlement de Metz, pour rechercher les usurpations ou les soi-disant usurpations commises par nos ducs sur le temporel des Trois-Evèchés. Du 15 avril 1680 au 2 juin 1683, les ministres de l'ambition du monarque rendirent une foule d'arrêts qui réunissaient au domaine royal ou au temporel des Evêchés quantité de villes, bourgs, villages, terres et seigneuries (63). L'arrêt qui prononçait la réunion de celle de Turquestein à la couronne de France fut rendu le 30 avril 1680 ; les sujets et M. Maljan, prévôt et juge, durent prêter foi et hommage à Louis XIV et le reconnaître pour leur seigneur. Mais les décisions de cette Chambre furent annulées par le traité de Ryswick (30 octobre 1697) qui rendit la Lorraine à Léopold (64).
Les baronnies de Turquestein et de Saint-Georges lui furent restituées en même temps, mais il ne les conserva pas jusqu'à la fin de son règne en 1720, il en fit don à Marc de Beauvau prince de Craon son grand écuyer, en récompense d'importants services, ou pour des raisons dont on trouverait peut-être le secret dans les chroniques scandaleuses du temps.
Afin de tirer parti des grandes forêts de ces deux baronnies, de celle de Lorquin et d'autres terres qui lui appartenaient dans l'Evêché de Metz, situées à portée des rivières de Meurthe et Vezouse et des ruisseaux y attenants, le prince sollicita et obtint du duc, par lettres patentes du 6 février 1727, la permission de faire flotter sur ces rivières et ruisseaux tous les bois provenant de ses forêts, à condition que la moitié serait livrée au fermier général des gabelles pour les mêmes prix auxquels il achèterait dans les lieux les plus prochains les bois de même qualité pour l'usage de la saline de Rosières ; l'autre moitié des bois, qui seraient flottés sur lesdites rivières, ne pourraient être vendus qu'à charge de les débiter au prix courant dans la ville de Lunéville seulement etc. (65)
Quelques mois après la mort de Léopold, son successeur François III promulgua (le 14 juillet 1729) un édit portant révocation de toutes les aliénations faites depuis 1697 des terres, seigneuries, biens et droits dépendant du domaine, auquel il déclara les incorporer.
Le prince de Craon, se croyant atteint par cet édit, signa « involontairement », c'est-à-dire sans réflexion, le 11 février 1730, un acte de « déport » en vertu duquel il renonçait aux donations que le feu duc lui avait faites. En conséquence, François III reprit les baronnies et les fit administrer par un régisseur, dont on a le compte pour l'année 1732 (66). On y voit qu'elles étaient d'un bien faible revenu.
Les choses restèrent dans cet état jusqu'en 1736 ; mais, lorsque François fut sur le point de quitter la Lorraine, M. de Beauvau, mieux éclairé sur ses droits, et n'ayant plus à se trouver en opposition avec son souverain, lui fit représenter que les baronnies de Saint-Georges et de Turquestein et le Ban le Moine étant situés dans une souveraineté étrangère, et ayant été acquis à titre particulier (67), n'avaient pu être légalement compris dans la réunion des domaines, et que le déport qu'il avait fait en 1730 était « involontaire ». Le duc nomma des commissaires pour examiner ces prétentions, qui lui parurent justes; et, sur le rapport qui lui fut fait, il invita le procureur général de ses Chambres des Comptes à passer en son nom, avec le prince et la princesse de Craon, un contrat par lequel il se déportait en leur faveur du bénéfice de celui du 11 février 1730 ; ce contrat fut passé le 14 mai 1736, et confirmé par lettres patentes du 22 (68).
Le procureur général ne se pressa beaucoup, parait-il, de remplir les intentions de son maître, car la rétrocession n'avait pas encore été opérée lors de la réunion de la Lorraine au royaume. Dans les conférences qui la précédèrent, le ministre de France se plaignit de cet acte et d'autres du même genre. En réponse à ses plaintes, François III fit paraître, à Vienne, un mémoire intitulé : Eclaircissemens sur les domaines de Lorraine et de Barrois, où il dit que la restitution par lui faite au prince était un acte de justice et non de grâce. Le Cabinet français combattit faiblement les Eclaircissemens, et, après divers pourparlers, le prince de Craon fut définitivement reconnu propriétaire des baronnies, qui restèrent depuis, et pendant longtemps, dans sa famille.
Au décès du prince (1754), la seigneurie de Turquestein revint à son fils, le prince Marc-Juste de Beauvau- Craon, depuis maréchal de France, qui, le 8 août 1772, rendit ses foi et hommage au Roi pour les baronnies, comme terres mouvantes de Sa Majesté à cause de l'Evêché de Metz (69).
Marc-Juste mourut le 21 mai 1793. Par acte daté du 14 juillet 1791, il avait laissé en emphytéose, pour une durée de cent moins un an, aux sieurs Charles Tscharner et François-Xavier Adorne, bourgeois de Strasbourg, moyennant une rente de 25 livres au cours de France, la résidence et les ruines du château de Turquestein, plus le terrain qui les entourait, consistant en 60 jours cultivés, et un autre « aréal » de 40 jours, situé vis-à-vis du château. En 1796, les emphytéotes rétrocédèrent leurs droits à Thérèse Schwindle veuve Breck, et à Lazar Zaü, qui céda sa part à ladite veuve en 1799. L'année suivante, Joseph Hummel, de Strasbourg, acheta les droits de l'emphytéote et les revendit, en 1801, à François-Joseph Wolff, qui s'en dessaisit, en 1805, au profit de Louis Champy, maître des forges de Framont. A la mort de ce dernier, l'emphytéose fut acquise par M. Auguste Chevandier de Valdrôme, pair de France, demeurant à Cirey, en vertu d'un contrat passé le 24 décembre 1838, pour une somme de 5,000 francs sur Eléonore Chouard, veuve Champy, ses enfants et petits-enfants, Bernard-Michel Champy, résidant à Framont, Pierre Champy, domicilié à Strasbourg, et demoiselle Marie-Julie-Esther Latour de Foissac.
M. Auguste Chevandier acheta aussi une partie des importantes forêts qui dépendaient anciennement de la baronnie de Turquesteiu, et réunit en sa personne le droit de propriétaire et celui d'emphytéote sur le vieux manoir en ruines. A sa mort, arrivée le 6 octobre 1865, ces biens passèrent à ses enfants, qui les possèdent encore.
Durant le court espace de temps que les sieurs Tscharner et Adorne en furent emphytéotes, le château de Turquestein fut le théâtre d'un épisode risible des fastes révolutionnaires dans notre département (70).
Ces Messieurs ayant eu l'idée de faire exécuter des constructions sur la plate-forme où s'élevaient les ruines, les habitants des villages voisins s'imaginèrent que des gens mal intentionnés s'y étaient réfugiés, avec des armes et des munitions dans le but de troubler la tranquillité publique, Une première perquisition opérée à cet effet n'avait produit aucun résultat ; néanmoins, le commandant de la garde nationale de Blâmont crut devoir insister près du Directoire du district pour qu'il en fut fait une nouvelle, et les membres de cette assemblée prirent, le 11 septembre 1791, l'arrêté suivant :
«Vu la requête de M. le Commandant de la garde nationale de Blamont tendant à être autorisé à se transporter à Turqueistin sous sa responsabilité pour y faire une visite, requérir main forte le cas échéant, et de le faire assister de gendarmes nationaux au besoin ; ouï le rapport et le procureur syndic,
« Le Directoire du District de Blamont ne peut que louer le zèle de M. le Commandant de la garde nationale sur la tranquillité publique et les précautions qu'il se propose de prendre pour s'assurer de la vérité de tout ce qui se répand au sujet du chateau de Tarqueistin, informé que les gardes nationaux de St. Quirin, Abbrecheville et Lorquin s'étaient dans le cours du mois dernier transporté à Turqueistin que leurs demarches n'avoient mené à aucunes découvertes qui pussent donner l'ombre d'inquiétude, avoient cru pouvoir rester tranquilles sur les bruits qui avaient été répandus, que des gens mal intentionnés s'y étaient réfugiés avec des armes et munitions capables d'inspirer des allarmes, mais pour déférer à la demande de M. le Commandant et se joindre à lui lorsqu'il s'agira de rassurer les personnes inquiètes, d'apporter la tranquillité dans toute l'étendue du District mis sous sa surveillance, le Directoire l'autorise s'il le juge nécessaire et sous sa responsabilité offerte, à se rendre au chateau de Turqueistin avec un detachement tel qu'il lui plaira, ou y envoyer un officier nommé de sa part, de se faire assister de deux gendarmes nationaux invités à cet effet, si le cas l'exige, qui seront tenus de dresser procès verbal de leurs demarches pour être deposé au secrétariat du District, pris ensuite tel parti que les circonstances nécessiteront.
» Ordonne à la municipalité de Turqueistin de porter aide et assistance au détachement, de se joindre à l'officier qui le commandera pour faire les recherches convenables en cas de résistance de ces particuliers établis au chateau de Turqueistin.
» Fait à Blamont le 11 septembre 1791, par les administrateurs composant le Directoire du District. Signés L. Laurent, D. Mayeur, N. François, Vaultrin, Fromental l'aîné et Lafrogne.
» Collationné.
» Lafrogne, s. g. »
» Le present sera executée par monsieur Batelot capitaine de la garde nationnal. Blamont le 11 septembre 1791.
» Demaugny
» Commandant ».

» Garde nationale de Blamont.
» Ce jour dimanche onze septembre mil sept cent quatrevingt onze
» En conséquence d'un arrêté du Directoire du District de Blamont qui autorise le commandant de la garde nationale de cette ville à ordonner un detachement pour se rendre à Turquestein où le publique prétend qu'il se trouve des armes, des munitions, que l'on fait des préparatifs de guerre, pour faire une exacte visitte de ce lieu et s'assurer de l'état des choses,
» Nous officiers, sous officiers, fusilliers, sapeurs et tambour de la garde nationale de Blamont, assistés des S. Lanoue et Martin gendarmes nationaux x la residence de cette ville, sommes partis de Blamont cejour à midi et demi et arrivés à la Frimbonne eloigné d'une demi-lieue de Turquestein à trois heures, nous avons empeché que personne sortit du village pendant le temps où nous nous occupions de l'ordre à tenir dans la marche qui devait etre secrette et de la charge de nos armes.
» Puis nous avons pris le chemin de Turquestein dans le silence le plus absolu et sur le point d'arriver à la ferme dite de Turquestein occupée par le S. Debuisson maire et avant que le detachement fut sorti du bois, un de nous s'est transporté chez ledit S. Debuisson qu'il a requis de le suivre ce qu'il a fait, et en même temps le detachement a paru et s'est rangé en bataille devant la maison de ferme.
» Aussitot sont arrivés le S. Charles Lefort lieutenant colonel à la suite de l'armée et madame Adorme que nous avons instruit de l'objet de notre demande, en les rassurant par l'honnèteté que nous leur avons promis de mettre dans notre recherche. Nous les avons invité de nous faire remettre les clefs de leur habitation et de nous suivre. Ensuite nous sommes arrivés sur la roche par deux issues differentes, nous avons placé des sentinelles de tous côtés et le surplus du detachement en présence du S. Adorme et du S. Charmer que nous avions envoyé chercher à une autre ferme située au midi du chateau, a fait la visitte 1. du nouveau batiment construit pal' les dits S. Adorme et Charmer, où il a trouvé, dans deux petits cabinets du grenier, deux bois de lits et environ dix chaises, le surplus des appartemens etant encore occupés par les outils et materiaux necessaires aux ouvriers 2. d'une espèce de hallier où il a trouvé un tas de fagots dont il a detourné la plus grande partie, sans qu'il y ait rien remarqué de ce qu'on lui avoit annoncé.
» 3. D'une cave où il ne s'est rien trouvé, cependant en examinant les murs, il a vu un endroit qui etoit construit tout nouvellement qu'il a fait demolir, parceque frappé d'un coup de crosse, il avoit rendu un son creux, ce qui faisait soupçonner que ce pouvoit etre le receptacle des pretendues munitions.
» 4. D'un rocher au levant du chateau, dans lequel il se trouve une ouverture assez considerable où l'on s'est avancé sans y rien remarquer.
» 5. D'une loge de bois à laquelle on a donné le nom d'hermitage sur la pointe du même rocher, dans laquelle on n'a trouvé que de la paille et quelques outils de charpentier.
» 6. Enfin de tous les alentours et de toutes les ruines de cette antique demeure que plusieurs d'entre nous qui la connoissoient dès avant le sejour momentané qu'y font les S. Adorme et Charmer, ont dit ne se trouver changée en rien.

» Ensuite le S. Charles Lefort nous a exhibé d'un passeport qui lui a été donné par la Municipalité de Strasbourg qui par un acte particulier qu'il nous a aussi représenté, rend un témoignage satisfaisant je sa conduite et de son patriotisme connu.
a Les S. Adorme et Charmer nous ont aussi présenté des certificats qui témoignent de leur civisme et nous ont déclaré que leur résidence fixe était Strasbourg, que leur projet etoit d'habiter Turquestein pendant la belle saison seulement, qu'ils faisoient travailler à quelques bois de lit pour un hopital qu'ils se proposent d'etablir à Strasbourg.
» La Municipalité de Turquestein nous a d'ailleurs rassuré sur le compte des S. Adorme et Charmer qu'ils regardent comme de bons citoyens et incapables d'aucuns projets contraires à la Constitution.
» Nous nous sommes ensuite rendus à Bertrambois où la Municipalité et tous les habitans nous ont fait l'eloge des S. Adorme et Charmer dont ils nous ont repondu des sentimens d'honnèteté et de bienveillance.
» Et, de retour à Blamont où nous sommes arrivés à dix heures du soir nous avons dressé le present procès-verbal pour rendre compte de notre commission. Signé Augustin Demontzey, lieutenant colonel, Marchal porte drapeau, Batelot capitaine, Lafrogne quartier-maître, Vesslard, Gillot sergent, Devinois caporal, J. Joseph Daras, Jean Claude Laval, Nicolas Vanier, Joseph Crance, Idulphe Simon, etc., Nicolas, etc., Lanoue, Martin.
» Collationné par le secretaire quartier maître de la garde nationale de Blamont.
» Lafrogne. »

Cette visite domiciliaire ayant pleinement rassuré le public sur ce qui se passait dans les ruines du château de Turquestein le sieur Adorme adressa, le 28 septembre, aux « Président et Membres du département de la Meurthe », une pétition dans laquelle il expose qu'ayant acquis ces ruines, « il y a fait bâtir pendant l'été une maison et écuries, en outre une petite maisonnette pour les pauvres, avec une chapelle, de laquelle il a eu l'agrément de M. l'évêque de la faire bénir pour y faire célébrer la sainte messe n il fait la présente déclaration, tant pour éviter toute mésintelligence que pour en obtenir l'agrément de « Messieurs les Président et Membres du Département ».
Cette requête, signée « Adorne phyzicie abittant de Turquenstein d'ordinaire à Strasbourg » fut renvoyée aux administrateurs composant le Directoire du district de Blâmont, dont l'avis fut que l'établissement du sieur Adorne « ne devant plus être suspect », pouvait être autorisé ; et le 26 novembre 1792, le Directoire du département prit un arrêté portant que, dans le cas où le pétitionnaire destinerait la chapelle à un culte public et y introduirait d'autres personnes que des gens de sa maison, il serait tenu de se conformer aux dispositions et autres relatives de son arrêté du 13 avril précédent (71).
Il n'est pas possible de donner une perspective des ruines du château de Turquestein, la masse de rochers sur laquelle elles reposent étant entièrement masquée par un épais rideau de sapins en sorte qu'il faut, pour les découvrir, arriver jusque sur le plateau dont elles occupent une des extrémités. A défaut de cette perspective, qui eut offert un aspect plus pittoresque, j'ai pu joindre à ma notice deux dessins fort modestes, qui n'ont pas la prétention d'être des oeuvres d'art, mais ont le mérite d'une exactitude parfaite (72). L'un représente les ruines telles qu'on les voit en arrivant sur le monticule qu'elles dominent encore à une certaine hauteur; l'autre, un plan faisant connaître la configuration que devait avoir le château, et celle du plateau sur lequel il avait été construit. Celui-ci, qui couvre une surface d'environ 8 jours, est à 460 mètres au-dessus du niveau de la mer, et à 134 au-dessus du sol de la vallée du Blanc-Rupt; on y remarque, notamment, une citerne pratiquée dans le roc ayant plus de 80 pieds de pro-

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fondeur et 15 pieds d'eau : c'est peut-être celle que fit creuser l'évêque Jacques de Lorraine, en 1252.
Il y a aussi, provenant des anciennes bâtisses, un caveau avec voûte en pierres, d'une assez grande étendue, où l'on descend par un escalier qui semble de la même époque.
Quant aux ruines du château, elles ne consistent qu'en deux énormes pans de mur, dont les pierres, en grès vosgien, sont taillées avec soin, et en une muraille à gauche de l'entrée.
D'un autre côté du plateau est une maison forestière, de construction moderne sous laquelle se trouve une grotte naturelle, de 60 mètres de long sur 15 de large. Trois pierres ont été encastrées dans la façade de la maison la première représente une croix, avec l'inscription suivante, entre ses branches
CETTE CROIX
A ÉTÉ TROUVÉE
DANS LES RUINES D'ICI LE 9
JUILLET 1791.

La seconde pierre porte le millésime 141,destiné, sans doute, à rappeler ne réédification partielle du château; la troisième est une clef de voûte, ornée d'une belle rose.
Ce qui restait des tours, des autres portions de murs et de la chapelle fut démoli lorsqu'un des acquéreurs des ruines, M. Louis Champy, fit établir une charbonnière sur le plateau. De ce dernier on jouit d'une vue magnifique sur une grande étendue de pays; ce qui explique comment il fut choisi pour y établir un poste stratégique.

(à suivre)


(1) « Metensis episcopus Joannes (dit Richer), audiens defectum hooredum illius comitatus, quoedam castra, scilîcet Hernestem et Turquestem, et quaedam oppida peroptima, videlicet Alban et Salaborch,.. et terras et homines quoo omnia comes de Dasporch à priscis temporibus nomine feudi possederat, ab eodem episcopo ad jus et proprietatem Metensis episcopii resumpsit et sasiit. » (Chronicon monasterii Senoniensis, dans Dom Calmet, t. II, pr., col. xxxj.)
(2) Herrenstein, près Neuwiller, Bas-Rhin. (Fischer.)
(3) La cathédrale de Metz.
(4) Bibliot. nat., fonds latin, 10021, f° 265. (Communication de M. Bourgeois, d'Epinal, élève de l'Ecole des Chartes.)
(5) ïb., f° 187.
(6) Notice, t. II, col. 404, art. Sarralbe.
(7) Ib., col. 562, art. Thicourt.
(8) Meurisse, Hist. des évêques de Metz, p. 449. Je le cite à peu près textuellement.
(9) « ...d Alba, de Herrestein et de Druchetein tures et muros in melius reparavit, novas citerns profundando... (Gesta episcoporum metensium, dans Dom Calmet, t. l, pr., col. lxxj ; Meurisse, p. 463, et Hist. de Metz, t. II, p. 443.)
(10) Hist. de Metz, t. II, p. 457. - Pendant l'absence de Jacques de Floranges, dit D. Calmet (Notice, t. I, col. 42), le duc et d'autres seigneurs, qui avoient des prétentions contre lui, se saisirent, chacun de leur côté, de certaines forteresses dépendant de l'Evéché, comme de Hombourg, Turckestein... »
(11) P. 487.
l2) C'est le manuscrit, intitulé : Cartulaire des fiefs de l'Evêché de Metz, qui forme le n° 10021 du fonds latin, à la Bibliothèque nationale. Les deux pièces citées par les Bénédictins y sont transcrites aux ff. 163 et 154.
La Notice (t. I, col. 691) dit, par erreur : « Le château de Lutzelbourg fut vendu (lisez rendu) à l'évêque de Metz, eu 1297, par François, archidiacre de l'église de cette ville et prévôt de celle de Strasbourg, avec ses châteaux de Turkestein et de Castel, ou Castres. Thierri Bayer de Boppart, évêque de Metz, les racheta, eu 1382, d'Olry de Fénétrange. »
(12) C'était aussi le droit qu'avait un possesseur de fief de poursuivre ses sujets justiciables sur les terres d'un seigneur son voisin.
(13) Bouchard d'Avesnea (1282-1296).
(14) Lay. Blâmont l, n° 43. - Cette charte porte les sceaux de Thiébaut de Bar, évêque de Liège, frère de Renauld de Jean comte de Salm, de l'évêque de Metz et de Henri de Blâmont.
(15) Lay. Blâmont I, n° 96.
(16) Lay. Chaligny, n° 11.
(17) Il a été imprimé dans les preuves de l'Hist. de Lorr., t. II, col. dcxij ; j'ai cru, néanmoins, devoir le reproduire, d'abord pour rétablir l'orthographe de plusieurs noms de lieux, ensuite parce qu'il donne sujet à un commentaire important.
(18) Trésor des Chartes, cartulaire intitulé : Traités et accords (B. 424), fos 104 v° à 105 v°.
(19) Lay. Blâmont I, n° 101.
(20) Lay. Blâmont, fiefs, n° 54.
(21) Cartulaire Blâmont, domaine (B. 346), f° 72.
(22) Cartulaire Blâmont, domaine (B. 346), f° 32 v°.
(23) Lay. Blâmont II, n° 3.
(24) Et non en 1349, comme le dit Dom Calmet (Notice, col. 687).
Des lettres de Henri Dauphin, « élu et confirmé de Metz », du mois de mai 1324, portent que Henri de Blâmont a repris de lui « une sienne forteresse qu'il avoit fait de noveil ; laiqueile on appelle Chaistillons, laiqueile il disoit estre de son aleuf, essise entre Blâmont et Turkestein ». (Lay. Hlâmont I, n° 77.)
(25) Cartulaire Blâmont, domaine (B. 346). f° 83.
(26) Lay. Blâmont II, n° 18.
(27) Layette Salm, n° 9. - Lettre du 10 novembre.
(28) Elles sont imprimées dans les preuves de l'Histoire de Metz, t. V, p. 280.
(29) Fischer, d'après les Arch. de Lorr., fonds de l'Evêché de Metz, S. G. 1, verso, p. 231.
(30) Lay. Fiefs divers II, n° 39.
(31) C'est-à-dire aux évêques présents et à venir.
(32) Imprimée à la suite de l'Histoire de la maison des Salles (par le P. Hugo), preuves, p. xxj.
(33) V. pièce justificative IX.
(34) Layette Blâmont III, n° 43. - La procuration on parchemin, datée du 22 septembre, porte la signature de la duchesse (Chrestienne) tracée d'une main toute virile, qui dénote son caractère.
(35) B. 33, f° 291, et B. 37, f° 154.
(36) En 1558, African d'HaussonvilIe, qui avait fixé sa résidence au château de Zufall, près de Lorquin, partagea ses biens entre ses enfants. Les baronnies de Saint-Georges, Lorquin et Turquestein passèrent en différentes mains. Cette dernière échut à African d'Hanssonville, iie du nom, et à Chrétien de Savigny, seigneur de Rosnes et de Tonnoy, qui la reçurent en fief de l'évêque de Metz. En 1568, ils donnèrent des lettres reversales dans lesquelles leurs propriétés respectives sont exactement indiquées. (Fischer.)
(37) Le mot est écrit Terkestain. dans les lettres patentes de 1561.
(38) Lay. Blâmont III, n° 53.- Le sceau est complètement fruste.
En 1586, le même Chrétien rie Savigny donne Claude de Neufville la gagnage de Turquestein (Lay. Salm, n° 69). La pièce n'existe plus.
(39) La Petite-Pierre.
(40) B. 8073, f° 56.
(41) Il est fait mention, en 1584, de Claude d'Haussonville, dame de Marcossey, Gouin, Haussonville, Turquestein en partie. (H. 579.)
(42) Suit ce qui concerne la seigneurie de Chatillon, comprenant les villages de Cirey, Guetmunster (Bon-Moutier), Petit-Mont, Harboué et lbigny, appartenant à M. de Thons.
(43) Elles se trouvaient au Trésor des Chartes, dans la layette Salm.
(44) C'était l'architecte du comte de Vaudémont.
(45) B. 1264, f° 90.
(46) Balthazar d'Haussonville, qui vivait en 1488, avait épousé Anne d'Anglure, fille de Simon, dit Saladin d'Anglure, seigneur d'Estoges, etc. (Généalogie de la maison d'Haussonville, p. xxij.) Ce serait donc comme légataire des d'Haussonville, par les femmes, que le vicomte d'Estoges aurait vendu la terre de Turquestein au comte de Vaudémont.
(47) B. 1280. - Les deux précédents n'existent plus.
(48) D'après le « Contrôle de la gruerie des terres et baronnies de Tnrquestein, Saint-Georges et Chatillon » pour l'année 1631, les bois de ces baronnies ne comprenaient pas moins de 15,857 arpents, dont 6,284 pour ceux qu'on appelait les Marches de Tusrquestein.
(49) En 1669, le prix de cette dernière amodiation fut de 350 fr. (B. 1529, f° 51.)
(50) De 1625 à 1633 ce fut François Vallée ; de 1664 à 166'7., Pierre de La Haye, qui cumulait les fonctions de « capitaine, haut officier, gruyer et receveur ». (B. 114, f° 83 et 9535.)
(51) B. 9534. L'Inventaire de la layette Salm mentionne (n° 163) sous la date du 28 avril 1618, une requête adressée au comte de Vaudémont par les communautés des villages de Saint-Georges, Hattigny, Landange, Bertrambois, etc., tous dépendant de sa baronnie de Saint-Georges, réunie d celle de Turquestein, avec le décret portant confirmation de leurs chartes et interprétation sur leurs affouages.
(52) Lay. Salm II, n° 30. - On sait que le prince fit battre monnaie à Badonviller, capitale du comté de Salm.
(53) La layette Salm (nos 112 et 106) mentionne les pièces suivantes, qui n'existent plus : « 5 Juillet 1633. Lettre du sieur de Lusburg (Lutzelbourg) au sieur de la Vallée au sujet de la cavalerie de M. de Sasse qui était sur la terre de Turquestein ». - 11 Juillet 1633. Lettre écrite de :Sarrebourg, par le sieur de Custigny, au sieur Vallée, capitaine de Turquestein, au sujet des soldats qui étaient logés à Niderhoff, terre de Turquestein ».
(54) 15 Août 1633, Billet du sieur de Grandmaison, lieutenant-colonel au village de Hattigny, qui a souffert le logement de douze compagnies du régiment du marquis de Bassompierre. » (Ib., n° 113.)
(55) « Compte l4 » que rend Charles Souart estably à. la recepte générale du domaine de Son Altesse, des deniers par lui touchéz pendant l'année 1651. » (B. 1510.)
(56) Compte 9e de Charles Souart.
(57) François II qualifié auparavant comte de Vaudémont.
(58) Il est dit plus loin que les baronnies de Saint-Georges et de Chatillon avaient été données par le duc au sieur Roussel.
(59) V. ci-après les noms des co-seigneurs.
(60) Une mention du Contrôle de la gruerie (1631) cité plus haut, porte que « par les orages des vents des 13, 14 et 15 novembre, douze pieds environ de large du corps de logis du château furent emportés ».
(61) Ce qui veut dire il y avait autrefois.
(62) Le Contrôle de la gruerie nous apprend qu'en 1631, le signe patibulaire, érigé au ban de Lorquin, sur trois pilliers de bois, étant tombé par pourriture, on jugea expédient d'en faire ériger un nouveau, sur trois pilliers de taille; à l'effet de quoi, marché fut passé avec un maître maçon de Hesse pour la somme de 60 fr.
(63) Digot, Hist. de Lorr., t. V, p. 440.
(64) Par lettres patentes du 24 janvier 1699, il créa un office de tabellion général en ses baronnies de Saint-Georges et Turquestein, et conféra cet office à un nommé Jean Marcel, natif de Hattigny. (B. 120, f° 362.)
Un autre document qui se rapporte à la période du XVIIIe siècle, est un contrat du 30 juin 1705 (qui fut révoqué l'année suivante, on ne dit pas pourquoi), par lequel la Chambre des Comptes acensa au nommé Jacob Neufhaussen, ou Maisonneuve, Suisse de nation, résidant à Alteville prévôté de Dieuze, la cense ou métairie réduite en masure, sise au pied du château de Turquestein, où le duc était seigneur haut justicier, moyen et bas, avec les terres, prés, pâturages, de la consistance de 4 à. 500 journaux, et les droits en dépendant, pour l'espace de cinquante années, moyennant 60 livres par chacune des dix premières années et 120 pour chacune des quarante autres, charge de rétablir incessamment les bâtiments de la métairie et de défricher les terres, prés et héritages en dépendant. (B. 1l043, n° 61.)
La cense ou métairie dont parle cette note est la Haute-Turquestein,, sise à quelques centaines de mètres à l'ouest des ruines du château, du côté qui regarde Lafrimbolle. Plusieurs fois réédifiée et deux fois incendiée, de nos jours, elle est aujourd'hui ruinée et abandonnée.
La Basse-Turquestein est une maison de ferme, distante du château d'environ un kilomètre, au nord des ruines, dans la direction de la cense Mané.
(65) B. 167, f° 180.
(66) La recette monte à 34,1141ivres 9 sous 7 deniers, et la dépense à 14,545 livres 17 sous 4 deniers. (B. 1726. Extrait du compte rend par le sieur Mouzé, régisseur des baronnies de Turquestein, Saint-Georges, Harbouey et Ban le Moine.)
(67) Par le comte de Vaudémont, pour les baronnies.
(68) B. 210, n° 68.
(69) Le maréchal laissa deux enfants : un fils et Anne-Louise-Marie de Beauvau, mariée à Philippe-Louis-Marc-Antoine duc de Noailles et de Mouchy, prince de Poix. Sa veuve, à qui les baronnies étaient échues dans l'héritage de son père, les vendit, sous le règne de Louis-Philippe, à MM. Navil, de Genève.
(70) Il a été raconte brièvement par notre confrère M. Arthur Benoit dans un article qu'a publié le Journal des communes d'Alsace-Lorraine, n° du 25 octobre 1879.
Le même confrère me signale, à titre de curiosité, un autre épisode inventé par l'imagination de deux romanciers modernes. Dans leur drame en cinq actes intitulé L'Alsace en 1814, représenté à Strasbourg, le 20 janvier 1850, figure un « comte » de Turkestein, émigré, qui vient avec les Russes envahir le sol natal; ceux.-ci sont dans le pays de Sarrebourg.
ACTE V, Scène II. - L'espion Jean vient dire au comte qu'en suivant le Blanc-Ru, il est parvenu au château de ses anciens maîtres. « Ce n'est plus que ruines, décombres, murailles noircies et rongées par le feu. »
« Turkestein : Et cette cour où ma femme et mon enfant me furent enlevés ?
« Jean : A cette place, maître, j'ai ramassé de la cendre, (Il montre une poignée de poussière.)
« Turkestein : Oh ! malédiction... quel supplice pourra suffire à ma vengeance ! »
(71) Les articles IV et V, qui se rapportent au cas présent, sont ainsi conçus: « Les municipalités veilleront à ce qu'il ne se forme aucun rassemblement dans une maison particulière, dans aucun oratoire privé, soit chapelle centrale, soit chapelle cédée ou vendue par la Nation, sans avoir préalablement satisfait aux lois, et dans le cas de tels rassemblemens, il leur est enjoint d'en poursuivre les auteurs et de les faire punir des peines portées par l'article XIV du titre premier de la loi sur la police municipale.
« Dans le cas où quelques citoyens actifs désireroient former une assemblée pour exercer le culte qu'ils auroient adopté, ils seront tenus, après avoir rempli les formalités voulues par l'article LXII de la loi constitutive des Municipalités et avoir justifié de leur prestation de serment, de s'adresser, suivant le prescrit de la loi du 13 mai 1791, au Directoire du Département, qui en délibérera. »
(72) Ils sont dus à M. Humbert, instituteur à Saint-Quirin, secrétaire des deux mairie de Saint-Quirin et de Turquestein.

 

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