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Musique au collège - 1867-1869
 


Au cours de recherches dans les articles de presse, nous sommes tombés sur le curieux article ci-dessous du journal « l'Attaque » de 1920, texte de Ernest Gégout, par ailleurs directeur du journal :

L'Attaque. Organe socialiste révolutionnaire de la jeunesse
23 février 1920.
Vies Encloses

[...] La Fuite (Suite).
Les flûtistes sont des sentimentaux. Pan, fils de Jupiter et de la nymphe Calisto, dieu des bergers et des chasseurs, se plaisait à faire danser naïades et dryades aux doux sons de la flûte, il charmait même la bête la plus féroce de la création, l'Homme. On l'adorait en Arcadie.
J'étais flûtiste, grâce au père Joly, professeur de musique au collège de Blamont qui, précédemment, dans le carré de la jeune garde à Waterloo, jouait déjà du trombone. Rendons incidemment hommage à ses élèves, mes camarades Gaston d'Herbel, experte flûte-tierce tuée d'une balle perdue, le soir de Forbach, et Victor Toussaint, glorieux alto-solo de la fanfare de Vézelise, dirigée par le serrurier mélomane Dormagen, qui ne faisait même pas danser l'anse du panier.
J'avais charmé mon amie en accompagnant sa soeur qui pianotait les naïves romances de l'époque : D'où viens-tu, beau mage, Oiseaux légers, Depuis la Noël fête du Seigneur, etc. [...]

De cet extrait se posent plusieurs questions : est-ce un roman ou une autobiographie ? Qui sont Ernest Gégout, le « père Joly », Victor Toussaint et Gaston d'Herbel ?

1 - Ernest Gégout

Ernest Gégout naît le 16 mars 1854 à Vézelise. Encore élève d'un lycée de Nancy (?), il s'engage à 16 ans dans l'armée en Afrique. Il est ensuite élève officier à Saumur, avant de repartir en Algérie dans les bataillons disciplinaires. De retour en France, il est nommé (grâce à des relations familiales) sous-préfet à Falaise en Normandie, mais il fait rapidement scandale en refusant de rendre visite à l'évêque et au député bonapartiste de l'arrondissement. Il démissionne au bout d'un mois, et est alors nommé inspecteur général du service des enfants assistés : mais renonce rapidement à ce poste.
Il devient alors socialiste révolutionnaire et collabore au journal "Le Cri du Peuple" créé par Jules Vallès. Il évolue ensuite vers l'anarchisme et fonde, en 1888, le journal "L'Attaque" qui portera, à partir de 1889, le sous-titre "hebdomadaire anarchiste".
(Le premier numéro de « l'Attaque », daté 20-27 juin 1888, expose : « ...Nous commençons L'Attaque. Attaque contre les intrigants politiques, les corrompus et les traîtres, contre les exploiteurs du peuple, les oppresseurs de la classe ouvrière, contre les fainéants du dogme, les escrocs de la foi... »)
Mais après 66 numéros, le 28 avril 1890, Ernest Gégout est condamné avec Charles Malato à 15 mois de prison et 3000 francs d'amende pour délit de presse. (Il déclare lors de son procès « Nos aspirations ont plus de rayonnement encore : à la Patrie nous préférons l'Humanité. Qu'importe que vous me condamniez, mon "utopie" n'en sera pas moins une réalité, dont vos fils jouiront demain ».)
Gégout et Malato relatent ces épisodes dans "Prison fin de siècle, souvenirs de Pélagie", écrit dans la prison parisienne de Sainte-Pélagie et édité en 1891. Gégout poursuit ensuite son militantisme anarchiste et sa collaboration à la presse libertaire et anticléricale, comme à "l'Idée Libre" de Lorulot (à partir de 1912), puis à la fin de sa vie au "Réveil Ouvrier", organe de l'Union des Syndicats de Meurthe-et-Moselle
Il décède le 3 février 1936.

Oeuvres : En collaboration avec Malato, Prison fin de siècle, Souvenirs de Pélagie, Paris 1891, 352 p. (Bibl. Nat. 8° Lb 57/10422). - Jésus, Paris, 2e édition, 1897. - Les parias : vie anecdotique des enfants abandonnés, placés sous la tutelle de l'Assistance publique, Ed. L'Attaque, 1898.

2 - Le « père Joly »

Le « père Joly, professeur de musique au collège de Blamont » est une réalité, hormis que le terme « père » ne désigne pas ici un religieux du collège Saint Louis de Gonzague de Blâmont, mais une appellation familière... pour le distinguer du fils.
Car ont été professeurs au collège Saint-Louis de Gonzague, les Joly, père et fils. On voit ci-dessous que seul le père, Claude Nicolas, est suffisamment âgé pour avoir servi à Waterloo en 1815, puisqu'il avait plus de 70 ans lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Claude Nicolas JOLY est
- né le 2 brumaire an VI (23 octobre 1797) à Paris,
- professeur de musique,
- marié le 2 janvier 1826 à Commercy avec Marie Jeanne Rapin (1807-1882)
- décédé après 1882 à Nancy.

Il a pour fils Athanase Armand Auguste Joly, professeur de musique, organiste à Blâmont. Auguste Joly est :
- né le 12 décembre 1842 à Commercy,
- compositeur et élève de l'école Niedermeyer,
- marié une première fois le 25 janvier 1877 à Blâmont avec Joséphine Malvina Camille Vacheront (1850-Nancy,14 janvier 1882),
- organiste de la paroisse de St Epvre de Nancy, de 1877 à 1884 (Auguste Joly inaugure l'orgue de la cathédrale Saint-Etienne de Toul le 3 octobre 1880, de Flavigny le 8 juin 1884...),
- marié le 17 juillet 1882 à Nancy avec Victorine Merklin (1856-1905), fille du facteur d'orgue Joseph Merklin, qui a réalisé l'orgue de l'église Saint-Epvre (présenté en 1867 à l'Exposition universelle de Paris et posé en 1869). L'acte indique « Fils majeur de Claude Nicolas Joly, rentier, domicilié à Nancy ».
- décédé à Nancy

3) Gaston d'Herbel, Victor Toussaint

François-Gaston d'Herbel est né à Bayon le 31 août 1851 Bayon. Sergent fourrier au 32ème régiment Infanterie, il meurt le 6 août 1870 à Stiring-Wendel, de blessures reçues à l'ennemi ce 6 août devant Forbach.

Pour Victor Toussaint, aucune certitude... (Le nom de Victor Toussaint figure en tant que mort pendant la guerre 1870/1871 sur le monument aux morts de Gerardmer. Est-ce la bonne personne ?)

4) Autobiographie

Les extraits ci-dessous, de documents conservés aux archives départementales de Meurthe et Moselle, permettent de confirmer que le récit d'Ernest Gégout est une autobiographie, dont le récit concerne bien son professeur au collège Saint Louis de Gonzague de Blâmont.

a) L'inventaire du mobilier du collège Saint-Louis de Gonzague à la fin de l'exercice 1866-67, indique, comme instruments de musique : 1 grosse-caisse et cymbales, 2 caisses roulantes, 1 ophicléide, 1 trombone (le tout acheté pour un total de 400 francs, estimé à 200 francs), 1 basse, 1 piano (acheté 600 francs, et estimé à 90 francs).

b) Dans l'état du personnel du collège pour l'exercice 1865-1866 figure
- Personnel, honoraires - M. Joly, prof. de musique, Blâmont, 148 francs 50
et
- M. Joly, leçons de musique 754 francs 40

c) Dans l'état du personnel du collège pour l'exercice 1866-1867 figure
- Leçons de musique - M. Joly - 348 francs

d) Dans l'état du personnel du collège pour l'exercice 1867-1868 figurent
- MM. Joly père, musique instrumentale, est payé par les cachets des élèves
- Joly, fils, musique vocale et orgue, 200 francs.
- ainsi que les élèves internes : d'Herbel G. en classe de 4ème, Gegout E. en 1er cours, et Toussaint V. en 2ème cours.

e) Dans l'état du personnel du collège pour l'exercice 1868-1869 figurent
- MM. Joly père, musique instrumentale, est payé par les cachets des élèves
- Joly, fils, piano, organiste et musique vocale, 200 francs.
- ainsi que les élèves internes en classe de 1er cours industriel : Gegout E., Toussaint V.

f) En 1869-1870, l'état indique : M. A. Joly, professeur de musique, 200 francs

g) Un état de janvier 1871 indique devoir 172,10 francs à M. Joly pour leçons de musique.

Il semble donc que :
- jusqu'à l'année scolaire 1866-1867, Claude Nicolas Joly est le seul professeur de musique ;
- pour les années 1867-1868 et 1868-1869, sont professeurs Claude Nicolas Joly et son fils Auguste Joly ;
- à compter de l'année 1869-1870, Auguste Joly est seul professeur, son père, âgé de 71 ans ayant sans doute pris sa retraite à Nancy ;
- Gégout, d'Herbel et Toussaint ont donc appris la musique avec Claude Nicolas Joly au collège Saint-Louis-de-Gonzague jusqu'en 1869.

Le texte de Gégout est donc autobiographique et véridique ; il est donc fort probable que Claude Nicolas Joly ait, à l'âge de 17 ans, joué du trombone à Waterloo le 18 juin 1815.

 

Rédaction : Thierry Meurant

 

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