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L'église de Hesse sous les derniers abbés de Haute-Seille

(Notes renumérotées)


Journal de la Société d'archéologie et du comité du Musée lorrain
1866

L'église de Hesse sous les derniers abbés de Haute-Seille

La belle église romane de Hesse, seul reste d'une antique abbaye consacrée par le pape saint Léon, ne fut pas épargnée par le mauvais goût du jour, qui dénatura tant de précieux monuments du moyen âge.
On sait que l'abbé de Haute-Seille, de l'ordre de Cîteaux, était devenu seigneur du lieu et patron de la cure ; à ce titre, il avait transformé Hesse en cure régulière. Cependant il ne se vit jamais refuser l'institution pour ses religieux, attendu que, suivant la déclaration de 1721, émanée de l'évêque de Metz, son diocésain, il y avait pénurie de prêtres séculiers (1), après les grandes guerres qui désolèrent la Lorraine au XVIIe siècle. Ce furent donc les Cisterciens qui administrèrent la cure, sous la dépendance de Haute-Seille, jusqu'à la révolution (2).
L'un d'eux, Dom Pierre Richard, ayant été nommé curé de Hesse par son abbé, vers 1696 (3), devint, en 1705, administrateur du petit village de Tanconville, et curé de la « basse cour », de l'abbaye, c'est-à-dire de l'enclos du couvent, où se trouvaient les fermiers. Lors delà consécration de la reconstruction du choeur de l'église abbatiale, le 8 avril 1708, il signa, le premier, au procès-verbal, avec Dom Jean Drouet (4), qui fut son successeur.
Conformément aux règlements ecclésiastiques du diocèse de Metz, Dom Richard reçut plusieurs fois la visite de l'archiprêtre de Sarrebourg, qui dressa, en 1700, le procès-verbal que nous reproduisons.
On voit par là qu'il faut attribuer à l'abbé de Haute-Seille (4) la mutilation du monument illustré par sainte Serberge ; ce qui dut avoir lieu vers 1694, car c'est la date que l'on remarque au-dessus de la porte d'entrée de la nef.

« Hesse.
» Le deuxième juillet 1700, nous avons visité l'église et curiale de Hesse, en laquelle nous n'avons rien remarqué d'exécuté de nos visites précédentes, excepté les bancs, qui sont neufs et uniformes.
» Nous avons fait remarquer dans nosdites visites précédentes le retranchement pitoyable que le sieur abbé de Haute-Seille, prieur né et curé primitif dudit lieu, a fait de la plus grande partie de la nef de cette magnifique église, afin d'en éviter les réparations : elle est sous l'invocation de saint Laurent martyr, fondée d'un revenu très-considérable par les seigneurs, comtes de Dabourg.
» Le revenu que ledit sieur abbé possède en qualité de prieur de ladite église monte encore à présent. à plus de mille escus. Les dixmes de la ville impériale de Rosenheim (5) en Alsace et plusieurs belles terres en dépendent, et néanmoins cette église est dépourvue de tout ornement.
» Le collatéral de saint Nicolas est proche de sa ruine. Celui de saint Bernard doit être récrépi et reblanchi, aussi bien que le restant de la nef.
» Le tabernacle est pourri et vermoulu. Il n'y a qu'un petit ciboire d'étain sans croix au-dessus, fort malpropre et sans être couvert d'un voile de soye ou autre chose.
» Les chandeliers des autels sont de bois et dépouillés de leur ancienne dorure ou argenture.
» Le devant d'autel du grand autel n'est que d'un papier peint : les autres autels, au nombre de quatre, sont entièrement négligés.
» Les chasubles sont peu propres : il n'y en a point de violette. Le soleil est aussi d'étain.
» Les portes du cimetière manquent.
» Les biens appartenant à la fabrique de Hesse en qualité de paroisse sont assés considérables. Leur revenu monte en année commune à la somme d'environ soixante livres.
» Ces biens ayant été déclarés mal à propos au sieur Pombillot, recouvreur des amortissements du temps de feu mess. de Serre, intendant de Metz, ont été cottisés à une somme considérable, pour le payement de laquelle les habitants dudit Hesse ont fait un emprunt du sieur Voinier, de Sarrebourg, à constitution d'une rente de quatorze livres douze sols sur lesdits biens. J'ay dit, déclarés mal à propos, d'autant que lesdits biens sont donnés à ladite église de temps immémorial, et qu'il n'y a qu'un pré et une chenevière rapportant annuellement ensemble environ 9 livres, donné depuis mille six cents et portants seuls sujets à l'amortissement.
» On fait une dépense de dix à douze pots de vin, à l'enchère desdits biens tous les ans, pour exciter les enchérisseurs à les remonter.
» Dom Richard, religieux de Haute-Seille, curé de cette église, tire pour tout revenu une pension de trois cents livres de l'admodiateur du sieur abbé de Haute-Seille.
» Cette paroisse est composée d'environ trente-cinq habitants, et n'a point d'annexé. »
Ce document nous fait connaître dans quel état d'abandon se trouvaient alors et l'église et le curé. Une page extraite du Livre de baptême de la paroisse nous montre combien celui-ci était animé de sentiments patriotiques :
« Le 13 mai 1698, après diné, sur les quatre heures, Léopold, premier du nom, sérénissime duc de Lorraine, arriva à Sarrebourg ; le lendemain fut couché à Blamont; le 13, il fut couché à Lunéville, où il demeura jusqu'au 17 août. Il partit de Lunéville à huit heures du soir, dans un carrosse, et arriva à Nancy à onze heures du soir incognito. Cependant son entrée ne fut pas si secrète, que le peuple n'en eut vent et en même temps toutes les cloches de la ville sonnèrent, et tout le peuple prit les armes, et la nuit se passa en joie et à crier : Vive Léopold ! Vive Son Altesse ! il est présentement paisiblement à Nancy. »
« Deus Omnipotens et immortalis det in mullis annis illo gloriam incommensurabilem et confirmet regnum suum in Sternum et ultra videat que filios filîorum suorum usque in quartam et quintam generationem ! Amen. »
Plus loin, nous voyons que, le 29 septembre 1707, « messire Jacques Moreau de Mautour, comte de Brazy, capitaine au régiment de cavalerie d'Anhalt, et très-noble et très-illustre demoiselle Mademoiselle Marie-Elisabeth comtesse de Saintignon de Nitting (6) », tinrent sur les fonts de baptême, dans l'église de Hesse, le fils de l'amodiateur de l'abbaye de Haute-Seille, Jacques Klein, l'aïeul du général comte Klein, sénateur de l'Empire, né à Blâmont, où son père était maître de poste.
Arthur BENOIT (de Berthelming).


(1) Pouillé manuscrit de la bibliothèque de la ville de Metz; il y avait à Hesse, vers 1760, 280 communiants, la cure rapportait 600 livres, la fabrique avait un revenu de 100 livres. L'abbé avait les deux tiers des grosses dîmes, le curé l'autre tiers et toutes les menues.
(2) Le 14 octobre 1798, le ci-devant prieuré de Hesse., servant de logis au curé et appartenant à l'abbaye de Haute-Seille, fut vendu par la nation. (Archives départementales.)
(3) Sous son administration, la paroisse de Hesse acquit une cloche du poids de 85 livres, et qui fut baptisée Marie-Catherine (24 juillet 1702). (Archives communales.) Nitting était annexe de Hesse.
(3) Ce dernier s'intitulait, comme ses prédécesseurs, curé et prieur ; il mourut à Hesse, et fut enterré par le curé de Xouaxange, archiprêtre de Sarrebourg, le 14 novembre 1733, dans le choeur de l'église, vers l'évangile.
(4) Dom Jacques Moreau de Mautour, prêtre, bachelier de théologie en l'Université de Sorbonne. (38e Abbé.)
(5) Rosheim. Jusqu'à la révolution, l'abbé eut le patronage de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de cette ville d'Alsace.
(6) Fille de Claude-François de Saintignon, chevalier, seigneur de Rhéding, Eich, Nitting et autres lieux, premier gentilhomme de S.A.S. le margrave de Bade et de Kochersherg, et de Madelaine Duplessis-Mornay.
 

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