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LES DERNIERS SEIGNEURS DU DISTRICT DE BLAMONT
E. AMBROISE
(les notes de bas de page ont été renumérotées pour les placer en fin de document)


[Mémoires de l'Académie Stanislas - 1913-1914 - CLXIVè année - 6ème série tome 11]

LES DERNIERS SEIGNEURS DU DISTRICT DE BLAMONT
ETUDE LORRAINE
Par M E. AMBROISE
Membre titulaire

La petite ville de Blâmont fut, dès les premiers temps dû Moyen Age, le centre et le chef-lieu des communes qui l'entourent. D'abord capitale d'un comté indépendant puis prévôté lorraine au commencement du seizième siècle, elle était devenue, lors de la réorganisation administrative de 1751, le siège, d'un petit bailliage composé de vingt-trois localités, isolées du reste de la Lorraine par les enclaves de la province des Trois Évêchés, complication séculaire que la France, même lorsqu'elle devint définitivement maîtresse de la Lorraine, en 1766, ne s'était jamais souciée de simplifier (1).
Blâmont n'avait rien gagné à cette annexion. Elle restait une petite ville, close de vieux murs, au pied de son château en ruine, comptant quatre cent cinquante bourgeois, y compris les privilégiés, et vivant d'un budget de 11.000 francs, lorsque, en 1790, elle eut la bonne fortune d'être choisie par l'Assemblée constituante pour siège de l'un des neuf districts du nouveau département de la Meurthe, et de voir ainsi plus que doublée l'étendue de son ressort (2).
En effet, à la circonscription de l'ancien bailliage étaient réunies quarante et une communes tirées tout d'abord du comté de Salm, dont la capitale, Badonviller, se voyait déchoir au rang de simple canton; de douze communes prises à la châtellenie messine de Baccarat, avec Ogéviller et le ban de la Rivière; de la baronnie de Châtillon; du comté de Réchicourt qui, depuis 1764 appartenait au célèbre maréchal de Richelieu ; enfin des baronnies de Saint-Georges et de Cirey, naguère propriétés privées des ducs de Lorraine en terre française, et où les familles de Beauvau et du Chatelet, comblées des faveurs de Léopold, avaient pu, presque jusqu'en 1789, faire figure de seigneurs indépendants.
Les grands seigneurs que nous venons de nommer, MM. de Beauvau et de Richelieu, n'habitaient pas la contrée; ils faisaient administrer leurs vastes domaines par des intendants, des juges-gardes, des forestiers qui, presque tous, habitaient Blâmont.
D'autre part, la partie la plus fertile du nouveau district, la vallée de la Vezouse, avait toujours été terre d'église, occupée par les vastes possessions des abbayes de Domèvre, Saint-Remy de Lunéville, Haute-Seille, Belchamp, Senones, et des collégiales de Blâmont et Deneuvre. Il ne restait donc que fort peu de place pour la noblesse terrienne, et nous ne la trouvons représentée en effet que par neuf ou dix familles, qu'unissait entre elles, outre de nombreuses alliances anciennes ou récentes, la permanence des intérêts communs (3).
Dans leurs maisons de Blâmont, qu'on reconnaît encore à leurs lambris confortables, à leurs portes sculptées, elles faisaient leur résidence d'hiver. L'été les dispersait dans les vieux manoirs plus ou moins réparés depuis les guerres, sièges des souvenirs plutôt que des réalités de l'ancienne puissance seigneuriale, mais où se maintenait le respect des sépultures et des traditions familiales.

PREMIÈRE PARTIE
LA RÉVOLUTION

§ 1. - Les domaines seigneuriaux.
Quelques-uns de ces domaines sont très anciens. Le fief de BARBAS, contemporain de la fondation du comté de Blâmont, et uni depuis le treizième siècle à la seigneurie de Montreux (4), en a été séparé en 1752. La famille de Barbas, illustre au Moyen Age, mais éteinte à l'époque des guerres, avait laissé à la famille Mauljean des possessions amoindries d'abord, par l'effet des Édits de Réunion en 1729, puis dispersées à la suite de revers et de poursuites judiciaires. C'est ainsi que MONTREUX appartenait, en 1789, à M. Billard-Salins, dit de Chéville, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie; tandis qu'un jeune officier, Michel-Nicolas de Mirbeek, dont le père servait comme capitaine aux Gardes de Monsieur, frère du Roi, habitait le manoir de BARBAS avec sa grand'mère, Mme Ervet, qui l'avait acheté en 1752.
A HERBÉVILLER, la vieille seigneurie de Lannoy et son intéressant château, appartiennent à Nicolas Hyacinthe de La Garde-de-Fage, gentilhomme de la noblesse messine.
C'est un vieillard que son grand âge et ses infirmités, dûment constatées par les autorités du district, préserveront, mais non sans peine, des rancunes démagogiques.
M. Charles-Gabriel Regneault, baron de CHATILLON, est un vieux soldat qui porte au front une cicatrice double. Il vit retiré « dans sa maison isolée au milieu des bois », auprès des ruines du château que sa famille possède depuis un siècle.
M.de Mitry, seigneur de REPAIX et de GOGNEY, uni aux Regneault par plusieurs alliances, représente, lui aussi, une vieille souche lorraine d'ancienne chevalerie. L'élection populaire de 1790 le fera maire de Blâmont.
M. Arnould, seigneur de Prémont, au bailliage de Vézelise, vient d'acquérir en 1784 la baronnie et le vieux manoir de CIREY, délaissés par les du Châtelet, marquis de Grandseille, qui, après les d'Haussonville, l'ont habité deux cents ans (5).
Il reste encore dans la contrée d'autres représentants de cette antique maison des comtes d'Haussonville, barons de Turquestein, dès le quinzième siècle. Une de leurs branches, celle de Nettancourt-Châtillon, n'a jamais quitté le pays. Mais depuis la mort toute récente (1786) de Marie-Madeleine de Nettancourt, dernière de ce nom, elle est représentée par ses fils : Antoine-Joseph de Sailly, capitaine au régiment de La Fère; Mathieu, son frère, ancien capitaine au service d'Empire, et Mme de Hochemur, comtesse de Pindray, dame de FRÉMONVILLE.
Un parlementaire, M. Harmand de Bénaménil, seigneur de CHAZELLES (6), Mme Marguerite Conigliano, veuve de Barail de Bussène, enfin la famille du baron de Laugier, seigneur censitaire du fief de Belcourt (près REMONCOURT) complètent ce cercle très restreint de privilégiés, société polie, plus riche en général d'honneur que d'argent, et à laquelle ne manque même pas l'abbé, aimable et indulgente parure de toute réunion mondaine, en cette fin du dix-huitième siècle.
L'abbé Louis-Gabriel de Laugier, né le 5 septembre 1732, frère du seigneur de Belcourt, était comme lui le fils d'un gentilhomme autrefois page du duc Léopold, et qui avait conservé, avec le grand-duc de Toscane devenu empereur, des relations profitables. L'abbé jouissait, indépendamment de quatre prébendes en Lorraine, d'un important canonicat de la métropole de Florence. A Blâmont, il était de toutes les fêtes de famille: témoin en 1772 au mariage de Mlle de Nettancourt, en 1786 à celui de M. Antoine de Sailly, etc. Mais si nous savons de lui quelque chose, ce n'est pas par le babil des mémoires du temps, c'est par la brutale indiscrétion de l'inventaire qui fut dressé en 1792, lorsque, privé de ses bénéfices lorrains par la constitution civile du clergé, l'abbé s'en fut vivre à Florence des revenus de sa prébende italienne, résolution funeste qui devait attirer sur sa famille et sur lui les pires catastrophes.
Par ce pittoresque constat, nous savons que l'abbé de Laugier avait une modeste bibliothèque de 237 volumes reliés et 156 brochures, dont plusieurs rongées des souris, un lit recouvert d'une housse de camelot, à deux boudins, dont l'un garni de plume, mais l'autre rempli de paille; une table de sculpterie demi-ronde, avec son dessus de marbre surmonté d'un trumeau en deux morceaux de glace, et un bonheur du jour. Nous retrouvons les chandeliers, l'éteignoir et les indispensables mouchettes que notre siècle eût érigés en bibelots de musée, si la nation de les eût fait fondre; enfin les gands de chamois, la soutane de dauphine et les porte-perruques, qui seraient les édifiants témoignages d'une existence très calme, bien ordonnée, et très orthodoxe, si le protocole impitoyable n'enregistrait pour finir... un tablier de franc-maçon.
Rien ne nous autorise à suspecter le loyalisme de ces derniers représentants de l'ancien régime. Au début de la Révolution, ils témoignent en général de tendances sympathiques au nouvel ordre de choses, puis de soumission résignée aux coups qu'il leur porte. M. de Prémont était encore, en 1790, l'un des administrateurs du nouveau district. Lors du sac de l'abbaye de Haute-Seille, il avait contenu de son mieux et sans violence les paysans exaspérés. M. de Mitry, maire élu de la Ville de Blâmont, exerça ses fonctions jusqu'en 1791; le baron de Châtillon était membre de l'Administration départementale.
Il faut ajouter cependant que quelques-uns se montraient moins attachés à la France qu'à la famille ducale qu'ils avaient servie, et dont cinquante ans de régime français n'avaient pas aboli le souvenir. MM. de Chéville, de Mirbeck, de Rochemur ont servi dans l'armée royale, mais M. de Sailly, ancien capitaine, reçoit une pension de l'Empire, le baron de Laugier est entré par mariage dans une famille dont plusieurs membres ont fait leur carrière au service de la reine de Hongrie; lui-même a servi l'Empire et ses deux fils sont en Allemagne.
Si l'on a pu dire qu'en 1789 la Lorraine a complètement oublié son passé ducal, c'est en ce sens que les intérêts et les sentiments qui pouvaient l'y relier encore, furent désormais sans influence sur les actes politiques et les faits sociaux. Mais nous allons voir que, dans le domaine des intérêts privés, la persistance de ces souvenirs pourra déterminer de graves et parfois funestes résolutions.

§ 2. - Les officiers du bailliage.
A la tête de l'ancien bailliage, était M. le baron de Lubert (7), bailli d'épée, personnage absolument inconnu dans sa circonscription, où ne l'avaient attiré ni les réformes de 1787, ni les élections de 1788, ni l'énorme émotion causée dans le pays par la convocation des États généraux.
Les fonctionnaires effectifs étaient le lieutenant général civil et criminel, le lieutenant particulier, les juges au bailliage.
A la noblesse, plus ou moins ancienne, qui possède les terres seigneuriales, confine de très près la classe la plus élevée de la société bourgeoise, celle qui détient, à titre à peu près héréditaire, les charges de judicature au bailliage et à la municipalité.
Les fonctions publiques, dans cette petite ville de Blâmont, n'ajoutaient par elles-mêmes, aux conditions d'une existence modeste, que le relief flatteur d'un peu d'autorité et de considération. Mais en fait, elles se rehaussaient toujours du cumul lucratif et nullement interdit de la gérance des grands domaines seigneuriaux et des justices privées, profits appréciables qui menaient assez vite à l'aisance, puis à l'acquisition très convoitée et relativement facile du titre d'anobli.
De là des relations étroites d'intérêts et de politesse, auxquelles la noblesse de race elle-même ne cherche pas à se soustraire, parce que sur tous ses domaines, dans toutes ses affaires, elle rencontre l'homme de loi, avec son expérience, son influence avisée et agissante, qui, dès les premiers jours de la Révolution, va inspirer, dominer même pendant quelque temps, toutes les manifestations de l'esprit public.
Un personnage avait incarné à Blâmont cette magistrature d'ancien régime. C'était Jean-Baptiste Jacques Fromental (8), d'abord avocat conseiller du Roi et lieutenant en la maîtrise des Eaux et Forêts de Lunéville. Il était devenu à la fois lieutenant général au bailliage de Blâmont, subdélégué de l'intendant et, par surcroît, prévôt et gruyer du prince de Beauvau dans ses terres de Lorquin et d'Harbouey. Il était mort à cinquante-huit ans en 1787, mais ses deux fils s'étaient partagé ses multiples fonctions. L'aîné, Théodore (9), déjà procureur du Roi en la ville de Blâmont, où il avait épousé la fille de l'un des échevins, était devenu, après son père, subdélégué de l'intendant, tandis que son frère Louis (10) héritait des fonctions de lieutenant général civil et criminel au bailliage, où leur cousin Christophe Bathelot (11) cumulait déjà les fonctions de lieutenant particulier avec celles de haut officier de la baronnie de Cirey.
Au nombre de leurs amis et comme témoins dans leurs actes de famille, on rencontre Louis Laurent, haut officier pour le duc de Richelieu du comté de Réchicourt, et son frère César, procureur fiscal du marquisat de Grandseille.
Tant d'influences combinées et ramifiées appellent les égards. Le comte et la comtesse de Lignéville, seigneur et dame d'Herbéviller en 1761, ont tenu Louis Fromental sur les fonts baptismaux; puis en 1788, la marquise de Lurnbertye, au bras du même Louis Fromental, devenu grand, a accepté d'être marraine de la fille de son frère Théodore (12). Enfin, lorsque, en pleine Terreur, le baron de Châtillon devra prendre une résolution d'où peut dépendre sa liberté, il priera Théodore Fromental de le conseiller « en ami (12) ».
Telle était la petite société, diverse d'origine, mais groupée par le lien commun du privilège, sur laquelle allait s'abattre la tempête révolutionnaire.
Avant les nobles, les magistrats furent menacés et atteints.
La suppression radicale de tout le système judiciaire et administratif, la division nouvelle de la France en départements et districts, les plaçait brusquement dans l'alternative de perdre sans retour l'influence et les avantages attachés à leurs fonctions abolies, ou de briguer les faveurs du nouveau souverain, dispensateur de tous les emplois : le suffrage populaire.
Louis Fromental se fit élire juge de paix du canton de Cirey; Théodore trouva dans ses fonctions nouvelles de procureur-syndic du district beaucoup plus que l'équivalent de son ancien titre de subdélégué de l'intendant, car ce mandat lui conférait sur un territoire doublé, des pouvoirs d'autant plus redoutables qu'ils étaient moins définis.
Il eut l'habileté de s'y maintenir jusqu'à la fin de la période révolutionnaire, changeant son titre de procureur-syndic sous la Constitution de 1790, en celui d'agent national, sous le gouvernement démocratique, jusqu'en 1795, puis de commissaire du Gouvernement auprès de la municipalité cantonale, jusqu'à la fusion en 1800, de ces petites circonscriptions administratives dans l'arrondissement. Il demeura ainsi le personnage le plus important de la région, disposant d'une influence énorme, parfois d'une puissance ·redoutable; et nous allons voir que, comme exécuteur des mesures révolutionnaires, il l'exerça contre ses anciens amis. N'essayons pas de rechercher dans quelle mesure ont pu le déterminer successivement le patriotisme, le zèle démocratique, l'intérêt personnel, la nécessité d'obéir, la peur. C'est un problème bien redoutable que de prétendre fixer et expliquer le caractère des hommes qui ont traversé cette tragique époque. Nous nous contenterons de dégager sans parti pris le rôle qu'a joué Fromental au cours des événements.

§ 3. - Premières mesures contre les absents.
Les premières lois inspirées à l'Assemblée législative par le fait de l'émigration sont celles des 9 février et 8 avril 1792.
Elles ne sont encore que des menaces; elles suffisent néanmoins à aiguiser les convoitises déchaînées, mais non satisfaites par la mise en vente des biens d'Eglise, et par conséquent à jeter l'alarme dans les familles menacées.
Les biens des émigrés sont mis sous la main de la nation et sous la surveillance des corps élus. Ils constituent la garantie de l'indemnité que la nation exige pour le tort que lui cause la fuite d'une partie des citoyens. En conséquence, chaque municipalité enverra au district l'état des biens situés sur son territoire, appartenant à des personnes « qu'elle ne connaîtrait pas pour être actuellement domiciliées dans le département ». Les directoires de district, les administrations départementales, enfin le pouvoir central vérifieront, contrôleront, amenderont, compléteront ces premières données, et de ce travail en apparence sérieux et réfléchi, sortiront les listes provisoires d'abord, puis définitives d'émigrés.
Mais, tandis que les municipalités, guidées par les instructions de Fromental, se mettent en devoir de dresser les listes d'absents, les unes avec zèle, les autres avec quelque appréhension de l'abus qu'on pourra faire de leurs déclarations, les passions s'agitent autour d'elles, s'impatientent de leur lenteur, et élèvent contre les administrateurs que le peuple a récemment élus pour exécuter ses volontés, des soupçons qui rendent leur tâche singulièrement délicate et compliquée.
On ne saurait s'étonner que Théodore Fromental, devenu procureur-syndic dans la ville même où il avait occupé la première place de judicature du régime monarchique, dût rencontrer quelques difficultés au début de sa nouvelle carrière de fonctionnaire républicain.
En travers de sa route, se dresse en effet un de ces personnages que la Révolution a vus surgir par centaines, ignorants, ambitieux, sans scrupules, agitateurs et dénonciateurs incorrigibles, jouets de tous les événements et surtout de cette fièvre de la domination et du pouvoir qui a fixé depuis lors le type célèbre du Jacobin. Malgré la vulgarité du personnage, il doit nous retenir un instant, puisqu'il a eu son heure d'influence et, en quelques mois de popularité, a pu faire beaucoup de mal.
Ce personnage, qui ne savait pas l'orthographe de son nom (14), était Jean Claudon, cultivateur et propriétaire de l'auberge du Grand-Cerf.
Depuis l'époque des premières élections populaires (15), où il avait convoité sans succès les fonctions de maire, sa jalousie n'avait désarmé ni contre son concurrent heureux, M. de Mitry, ni contre ceux qui, avec Fromental, entendaient réaliser au seul profit de l'ancienne bourgeoisie, les espérances du régime nouveau (16).
Ils avaient commis la faute de faire rayer ce gêneur de la liste électorale. En se posant en victime, Claudon put s'assurer pour un jour les faveurs populaires, se faire élire le 4 septembre 1791, et imposer à ses adversaires et à la ville entière toute l'intolérance de sa tyrannie démagogique.
M. de Mitry supplanté, insulté et menacé, s'est bientôt éloigné, ou, pour employer l'expression de Claudon, il a émigré de ses fonctions, qu'il avait cependant remplies avec conscience et désintéressement, car il n'avait pas hésité à contracter personnellement un emprunt, pour procurer du blé à la commune (17). Claudon saisit le moment propice, et, par un de ces abus auxquels se prêtait trop facilement la loi du 8 février 1792, fit inscrire M. de Mitry sur la liste des citoyens non présents.
Les meubles de la maison qu'il possède à Blâmont sont inventoriés, les caves visitées, et Claudon veut entrer de force dans le manoir de Repaix. En vain les autorités et la population indignée prêtent main-forte aux domestiques qui résistent; il amène de Sarrebourg des hommes armés, qui l'aident à saisir la laine de quatre à cinq cents moutons, et neuf petits canons, objets de musée, qu'il rapporte comme un trophée.
Il se fait gloire auprès du directoire départemental d'avoir provoqué le séquestre de tous les biens de M. de Mitry, et d'avoir, en trois jours, consommé le partage des biens communaux, en dépouillant Fromental de 14 arpents de jardin qu'il se serait arbitrairement attribués; abus moins criminel d'ailleurs que celui qu'aurait commis l'ancien subdélégué, de concert avec ses collègues du district, en dépensant les fonds destinés à l'entretien des routes, sur le seul chemin de Frérnonville, afin de se rendre plus commodément au dîner hebdomadaire que leur offre la ci-devant comtesse de Pindray (18).
On sait ce que peut à certains moments la perfidie de pareilles attaques. Répandant partout le trouble et l'alarme, elles atteignaient l'autorité de Fromental, et l'obligeaient, en jetant le soupçon sur le civisme de son attitude et la probité de sa gestion, à donner sans cesse des gages nouveaux de son loyalisme démocratique. Son zèle d'agent du pouvoir exécutif dut, pour conserver son prestige, se montrer de jour en jour plus ardent.
M. de Mitry, menacé et violenté, dès l'avènement de Claudon comme maire, passera à l'étranger en mai 1792, à la nouvelle du séquestre jeté sur ses biens. M. de Prémont se retirera à Strasbourg avec un domestique, prétextant les soins qu'exige sa santé.
M. de Rochemur, qui séjourne depuis quelques années en Alsace, se tiendra à proximité de la frontière; l'abbé de Laugier se retirera à Florence, puisque la constitution civile du clergé l'a privé de ses bénéfices lorrains.
Mme de Pindray, le baron de Laugier, Mme Ervet, M. de La Garde de Fage et le baron de Châtillon tiennent bon devant la tourmente. Mais le jeune de Mirbeck rejoint à l'armée de Condé son père, officier des gardes du corps de Monsieur, croyant faire ce que lui commandent l'honneur militaire et la fidélité à son prince. Enfin M. de Chéville, qui avait annoncé en 1791 son intention de revenir, comme tous les ans, habiter au printemps sa propriété de Montreux, n'y paraît plus en 1792.
Nous ne pouvons savoir dans quelle mesure les événements généraux, la fuite du Roi, l'émigration des princes, ont pu déterminer ces graves résolutions. Mais l'administration de Claudon et d'autres désordres qui éclatèrent dans la région suffiraient à les expliquer. Il ne faut pas oublier en effet que, de toutes les abbayes lorraines, seule Haute-Seille, à 2 lieues de Blâmont, avait été saccagée par les paysans d'alentour le 1er août 1789 (19), et qu'un peu plus tard (20), la garde nationale de Blâmont avait accompli l'investissement burlesque des ruines du château de Turquestein, où l'imagination populaire voulait voir un dépôt d'armes et de munitions. Les violences de Claudon à Repaix et à Blâmont n'étaient pas faites pour dissiper le malaise qui pesait sur toute la région.

§ 4. - Établissement de la liste des émigrés.
Voici donc comment, sous la pression de tous ces événements, les municipalités, puis le directoire du district de Blâmont ont procédé, en exécution de la loi du 9 février 1792, au recensement des biens des citoyens non présents.
Le plus grand propriétaire du pays est sans contredit l'illustre maréchal de Beauvau. Il était encore ministre de la Guerre en 1790. Il a soixante-douze ans. Il possède l'important domaine appelé les Baronnies qui s'étend sur dix-huit villages. Il n'y réside pas, mais c'est Fromental qui est son homme d'affaires.
La commune de Harbouey dit qu'elle n'a pas connaissance que le maréchal soit domicilié dans le département; puis, se conformant à la loi, donne l'énumération des terres qu'il possède sur le territoire communal (21). Merviller fait de même, mais Hattigny, visiblement préoccupé de l'abus qui pourrait être fait de ses déclarations, manifeste ses scrupules. Il ne se trouve, dit la municipalité de cette commune, le 9 mars 1792, aucun bien étranger, sinon celui qui appartient à M. le maréchal de Beauvau ; mais comme ledit sieur n'a point déguerpi son poste, selon la voix commune, son dit bien se trouve exant de la déclaration (22). Le district en délibère le 14 mai, et, sans trop de peine, Fromental, qui ne peut ignorer la situation de son maître, fait décider que M. de Beauvau « est considéré dans le moment présent comme maréchal de France, et n'a aucun soupçon d'émigration » (23).
La situation du duc de Richelieu, possesseur du comté de Réchicourt, était moins nette. Le trop célèbre maréchal de Richelieu, petit-neveu du cardinal, était mort en 1788 à l'âge de quatre-vingt-douze ans, laissant un fils, Louis-Sophie-Antoine, et un petit-fils Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu Fronsac, comte de Chinon (24), auquel paraissait destinée la possession du domaine de Réchicourt. Il avait pris la précaution de déposer et de faire enregistrer à Blâmont un passeport qu'il avait obtenu de l'Assemblée nationale, le 1er août 1791, pour aller, disait-il, acquérir en Russie « des connaissances militaires ».
On interrogea les fermiers) on nomma un commissaire qui n'hésita pas à déclarer que « suivant la réponse que les agant lui ont tait, il est croïable que Chinon est émigré, et qu'il ne faudrait rien négligé pour le faire dénoncé ». Cependant Fromental et ses collègues, Pacotte et Dumont, éludant la grave conséquence que commandent ces conclusions péremptoires, déclarent, le 10 octobre 1792, que l'émigration ne parait pas certaine, mais renvoient l'affaire au département (25).
Le comte de Chinon se défendit, fit valoir le passeport déposé à Blâmont et obtint, le 8 novembre, qu'il fût sursis à son inscription sur la liste.
Toutefois, le séquestre étant maintenu, le comté continuait à être régi par la nation, et, pendant ce temps, M. de Chinon, abusant de son passeport, allait rejoindre l'armée des princes...
Tout autre fut l'attitude des autorités à l'égard de ceux qui ne disposaient pas du prestige de ces grands seigneurs, ni surtout de l'appui des régisseurs de leurs biens devenus magistrats du district. Leur sort se régla sommairement.
Comme l'avait fait la commune de Hattigny à l'égard des biens du maréchal de Beauvau, celle de Montreux, après avoir libéré sa conscience en énonçant que M. Billard de Chéville est venu dans le village en 1791, et qu'il a annoncé qu'il reviendrait en mai 1792, donne la déclaration de ses terres. Mais le Directoire, trahissant l'évident scrupule des gens de Montreux, décide le 7 mai qu' « il y a lieu de présumer que la municipalité a regardé le sieur J.Louis Billard comme n'étant pas actuellement domicilié dans le département, puisqu'elle a fourni le détail de tous les biens qui lui appartenaient' : décision jésuitique, inconciliable d'ailleurs avec celle qui allait être prise huit jours après en faveur du maréchal de Beauvau, et qui, malheureusement, n'est pas un fait isolé, car une sentence pareille devait atteindre M. de Prémont qui n'avait quitté Cirey que pour aller se faire soigner à Strasbourg.
Il n'est donc pas permis de douter que le Directoire, de parti pris, maintient sur la liste des gens dont les municipalités avaient signalé la présence toute récente.
Un prêtre, Christophe Barbier, a passé à Bréménil, vers le 16 avril 1792; son frère J. -B. y était venu en décembre 1791 et avait obtenu, pour voyager, un certificat de la municipalité, qui en conclut que l'un et l'autre ne peuvent être que soupçonnés. Le Directoire fait, de ce soupçon, une certitude qui suffira pour faire vendre tout ce que possédaient les deux frères (26).
Colvis Nicolas, prêtre à Buissoncourt, était encore à Ancerviller le 30 juillet 1792. S'il a fait une déclaration de résidence à Nancy d'où dépend sa paroisse, il ne peut passer pour émigré. Mais le district de Blâmont, considérant que l'émigration de Colvis « paraît certaine », puis surchargeant son procès-verbal pour écrire qu'elle « est certaine », le couche sur la fatale liste (20 octobre 1792). Colvis avait fait sa déclaration à Nancy (27).
Tandis que s'établit cette liste toute provisoire, que les municipalités hésitantes dressent d'après de simples suppositions, les événements se précipitent.
Du séquestre à la confiscation il n'y avait qu'un pas. L'Assemblée législative l'a franchi le 27 juillet 1792, et, le 5 septembre (28), le Conseil exécutif proclamait que l'obstination des mauvais citoyens dans une désertion coupable, depuis surtout le danger déclaré de la patrie, et les pertes incalculables qu'elle lui a fait éprouver, ne permettent pas d'user plus longtemps de ménagements à leur égard»; et le lendemain, l'Assemblée décrète la vente de tous les biens saisis, assimilant même à l'émigration l'absence du territoire français « par maladie ou nécessité de traitement » (28).
Tous ces biens jetés sur le marché doivent aider à enrayer la baisse de l'assignat qui a déjà perdu 31 % de sa valeur. Le ministre Rolland le dit sans ambages dans une circulaire du 30 octobre où il exalte les avantages « inappréciables que la République attend de la vente prompte des biens d'émigrés, et de l'influence que cette opération doit avoir pour rehausser le crédit national, et pour subvenir aux dépenses de la guerre ». Il termine par une menace: « Vous devez vous attendre à trouver en moi le dénonciateur le plus sévère, si j'ai de la négligence ou des fautes à vous reprocher. »
Naturellement les agents locaux renchérissent sur les sévérités ministérielles. Fromental n'y manque pas. Il écrit, le 27 avril 1793, à la municipalité de Foulcrey (29) : « J'apprends que ..., Fleurence, prêtre, a du bien dans votre commune et que nous ne l'avez pas déclaré... je vous requiert (sic), au nom de la loi, de me déclarer, dans les trois jours, le bien de cet homme qui est soupçonné être émigré, et je vous requiert de donner connaissance de ma lettre à tous les citoyens. » Fleurence avait en effet un mobilier qui fut vendu... 40 francs (30).
La liste provisoire des émigrés du district de Blâmont, dressée sous l'empire des suggestions que nous venons de décrire, était affichée à Nancy dès le 19 juillet 1792. Définitive, elle fut signée par Fromental le 14 novembre de l'année suivante : 24 frimaire an II.
Elle comprit d'abord vingt-huit noms (31), dix nobles : M. Arnould de Prémont, ci-devant baron de Cirey; Billard de Chéville, ci-devant seigneur de Montreux; Jean-Thomas de Mitry et Rose de Bault, sa femme, seigneur et dame de Repaix; Mathieu de Sailly; le duc de Richelieu, comte de Réchicourt; de Fage de Rochemur, seigneur en partie de Frérnonville; l'abbé Louis de Laugier; Julie de Laugier, sa soeur; Marguerite Conigliano, femme Barail de Bussène.
A ces noms s'ajoutaient ceux de neuf prêtres ou religieux et de dix autres personnes presque toutes attachées au service des nobles dont elles avaient suivi la fortune. Plus tard la liste s'allongea, on y porta : le chevalier de Sailly, Mme de Pindray, dame de Frémonville, M. de Mirbeck, seigneur du fief de Barbas.
Ainsi la déclaration toute provisoire des municipalités était devenue la base d'une liste de proscription ignorée de beaucoup de ceux qui y furent portés, et qui demeura définitive en dépit des réclamations qui s'élevèrent tardivement.

§ 5. - Ventes du mobilier des absents.
La loi du 5 septembre et les décrets du 31 octobre 1792, qui ordonnaient cette vente immédiate du mobilier des émigrés notoires, et dans le mois celle des absents simplement soupçonnés, furent exécutés avec une hâte fébrile. Pour éviter le désastre de la mise aux enchères, il fallait se présenter au moment de la rente et produire soit des certificats de résidence et de civisme certifiés par huit citoyens, soit une décision du district appuyé d'un avis conforme de la municipalité.
En fait, les réclamations se produisirent très nombreuses; mais instruites avec lenteur, rendues très hasardeuses par la difficulté des preuves, elles n'aboutirent, sauf de rares exceptions, que quand tout était vendu depuis longtemps. Bien plus, si finalement la réclamation était accueillie, elle ne donnait droit qu'à la remise de ce qui pouvait rester du prix de la vente, après déduction de tout ce qui avait été prélevé pour les besoins de la nation.
Que restait-il dès lors (32)? Les matières d'or et d'argent sont envoyées à la trésorerie générale; les statues et objets d'art sont réservés; les objets en fer, cuivre, étain, sont fondus et l'on devra les rechercher, dit une circulaire du 3 novembre 1793 (13 brumaire an Il) jusque dans les bâtisses et sur la couverture des principaux édifices (33). Le linge et la literie vont aux hôpitaux, la bijouterie à la Monnaie, la toile et la laine aux magasins de pansement ou aux manufactures nationales (34). Blâmont envoyait, le 15 avril 1795, 542 livres d'argenterie prélevées sur les ventes.
On peut juger ainsi de la valeur de ce qui fut jeté pêle-mêle à l'encan de ces marchés tumultueux, mais qui n'en furent pas moins délaissés, quand le public spécial des mégères et des brocanteurs se fut repu de ces dépouilles. On cite un mobilier estimé 5.081 francs, qui fut vendu 25.300 francs, payables en assignats, dont la valeur réelle, à l'époque de la vente (prairial an IV), ne dépassait pas 380 francs.
Toutes les convoitises, toutes les fraudes se donnaient carrière, au point que, dès avril 1793 (35), il fallut un décret pour défendre aux municipalités d'acheter pour leur propre compte, aux officiers municipaux de se rendre acquéreurs sous des noms supposés, aux gardiens de trafiquer des objets déposés entre leurs mains.
Il arriva que les scellés restèrent posés pendant huit mois sur du lard, de la graisse, des jambons (36), qu'on vendit les portes, les cheminées, les grilles, boiseries et balcons des maisons, qui eussent été prêtes à recevoir leurs acquéreurs et « qui, comme le déclara le ministre Rolland, ne présentaient plus que des masures inhabitables » (37).
Enfin, lorsque la Terreur eut pris fin, une circulaire ministérielle du 7 septembre 1794 (21 fructidor an II) constata que les corps administratifs avaient provoqué des ventes pour lesquelles ils n'étaient pas autorisés, et alors que les lois ordonnant le séquestre n'avaient encore rien prononcé sur le fond.
Blâmont dut avouer, le 3 brumaire an III (24 oct. 1794), que toutes les ventes mobilières du district étaient terminées dès avant le 13 avril 1793, c'est-à-dire bien avant la publication de la liste des émigrés (38).
Comment, au milieu de cette hâte désordonnée, stimulée d'ailleurs par les injonctions des Directoires (39), les réclamations pouvaient-elles aboutir? Tous ceux qui, devant les menaces et les violences, avaient quitté leurs résidences, même sans passer à l'étranger, s'efforcèrent d'y rentrer et protestèrent contre leur inscription sur les listes.
Mme de Mitry accourait à Blâmont dès la fin de 1792, et demandait sa radiation, protestant qu'une femme, contrainte de suivre son mari, ne pouvait être assimilée à une émigrée. Beaucoup ne connurent que plus tard les mesures qui s'exécutaient contre eux. Ceux qu'on jeta en prison ne purent réclamer: et, quand ils furent relâchés, ils se trouvèrent dans un complet dénuement.
Un vieillard de soixante-six ans, Jean-Jacques Pierre, mis en liberté après une détention de vingt mois, expose, le 20 frimaire an III (10 nov. 1794), « qu'il n'a même plus une paillasse pour se coucher et que, dénué de ressources, il est hors d'état de se procurer le moindre meuble, mais même de subsister ». Il demande qu'on lui remette au moins le prix de ce qu'on a vendu; mais le Directoire a repoussé sa requête (le 11 germinal an II) en chicanant sur la validité des serments qu'il avait prêtés.
Ces rigueurs inutiles ont d'ailleurs été générales, mais on ne songea à les trouver odieuses qu'après la chute de Robespierre. Il semble que Dubois-Crancé ait connu le cas du malheureux Pierre, lorsque, le 11 novembre 1794 (21 brumaire an III), il appela la pitié de la Convention sur ceux qui, « ayant été jetés en prison puis relâchés, parce qu'on n'avait pu établir aucun fait à leur charge, ne trouvaient plus, en rentrant chez eux, une paillasse pour se coucher ».
Nicolas Colvis, que nous avons vu maintenir sur la liste, par la supercherie d'une surcharge, n'est nullement un émigré. C'est un prêtre, et il a été déporté pour refus de serment. Il réclame le 8 avril 1793 et le Directoire du département prononce sa radiation. Mais cette décision semble ignorée à Blâmont, et tout son bien y est vendu le 16 décembre (26 frimaire an II).
M. de Bussène a quitté Blâmont (40) en 1789 pour aller exploiter une minière en Dauphiné, où sa femme l'a suivi. Le directoire de Blâmont la porte sur la liste des émigrés. Mais quand, devenue veuve, elle réclame contre cette iniquité, toute la partie utilisable de son mobilier a disparu, et ce qui reste, c'est-à-dire un crible et un cadre, a été vendu 10 livres (41).
Bref, à la fin de 1794 (25 brumaire an III), les rapports officiels constatent que tout ce que M. de Chéville possédait dans sa maison de Montreux est vendu pour 3.189 livres; que le mobilier de l'abbé Laugier, celui de sa belle-soeur et de son frère sont vendus; qu'il ne reste rien de ce que possédaient M. et Mme de Mitry, ni de M. de Sailly. Il n'y a pas eu de vente du mobilier du château de Frémonville, parce qu'il appartient non à M. de Rochemur, mais à sa femme, Charlotte de Pindray qui, bien qu'un instant inquiétée, n'a pas émigré; mais à sa mort, la nation aura à reprendre 2.000 livres de rente viagère dont le capital ne sera disponible qu'à cette époque. Enfin, on n'a rien pu prendre à M. de Mirbeck parce que le mobilier du château de Barbas est la propriété de sa grand'mère, Mme Ervet.
Une mention prise au hasard, dans ce rapport officiel, montre jusqu'où le zèle patriotique des agents avait poussé l'ardeur des séquestres et des ventes. A Saint-Maurice, il ne restait plus que les effets du nommé Martin, qui a abandonné dans une baraque sa femme et ses cinq enfants, dont un est volontaire et les quatre autres très petits (42).

DEUXIÈME PARTIE
VENTE ET DISPERSION DES DOMAINES SEIGNEURIAUX

§ 1. - La famille d'ancien régime.
Les lois révolutionnaires ont frappé la famille de l'émigré plus durement que l'émigré lui-même. Elles ont prétendu disloquer l'organisation familiale telle que la comprenaient les traditions nobiliaires.
Le décret du 7 mars 1793, qui abolit le droit de tester en ligne directe, visait surtout les grands fortunes « toujours dangereuses, disait Cambacérès, dans une République ». Les lois qui suivirent se proposèrent de ruiner l'autorité paternelle dans la famille, ainsi, que l'esprit de tradition sur lequel reposait tout l'ancien régime (43).
Le droit successoral variait selon les provinces; mais partout, la coutume écrite et les moeurs s'accordaient pour assurer, avec un soin jaloux, la conservation du bien patrimonial, alors même qu'elles excluaient ou limitaient le privilège de l'aîné.
C'était le cas de la coutume de Lorraine et de celle de l'évêché de Metz, dont l'application simultanée s'imposait aux nouveaux magistrats du district de Blâmont, formé de localités empruntées à ces deux provinces. « En directe, dit la coutume de l'Ëvêché (44), fils ou filles sans distinction succèdent également et sans que l'un puisse prétendre avantage sur l'autre. » De même en Lorraine (45), « entre annoblis et roturiers, les frères et soeurs, fils ou filles, sans distinction, succèdent également aux biens meubles et immeubles, fiefs et de roture »,
Seul le statut particulier de l'ancienne chevalerie admet le privilège de l'aîné; mais il le soumet à de telles restrictions qu'il n'apparaît plus guère que comme un vestige de l'indépendance de ce corps politique et militaire, auquel la suppression des Assises a porté le coup mortel.
« Entre gentilshommes (46), tant qu'il y a fils ou descendants d'eux, ils excluent les filles. Le frère aîné ou son représentant ... prend par préciput et sans obligation d'aucune récompense, le château ou maison forte avec ses dépendances immédiates (47). » Mais là s'arrête le droit d'aînesse, et même si, dans l'enceinte du château, il y a « moulins, pressoirs et fours banaux », ils ne sont attribués au chef de la famille qu'à charge de récompense.
Les filles seules sont maintenues en état d'infériorité. Elles reçoivent indistinctement « sommes de deniers selon l'ordonnance du père ». A défaut de testament, elles sont pourvues « selon les qualités, moyens et facultés de leur maison, outre et par-dessus les habillements convenables à la décence de leurs états, et frais de festin de noces ».
La plupart du temps, soit que la médiocrité des fortunes lorraines rende trop difficile, sans un démembrement ruineux, la séparation des intérêts, soit que, d'un commun accord, et pour conserver l'intégrité du domaine patrimonial, on prolonge de génération en génération la jouissance commune, la majeure partie du bien reste en la possession de l'aîné. Seulement, et par cela même, les cadets, les filles, les oncles et tantes non mariés conservent comme un droit leur place au foyer. Ils y sont toujours accueillis, ils y gardent souvent, nous allons le voir, un appartement, et ces obligations du chef envers les puînés et les collatéraux se traduisent en pratique par des conventions multiples, compliquées, qui toutes ont pour effet de constituer l'aîné débiteur, sous des formes diverses, des autres membres de la famille et de perpétuer entre eux un état d'indivision que le temps aggrave de jour en jour.
Toutes ces circonstances rendaient très difficiles la mise sous séquestre et la vente d'un bien d'émigré. Elles offraient tout au moins de nombreux moyens dilatoires pour en retarder la consommation.
Pour renverser tous ces obstacles et réaliser la conception qui présidait à toutes les lois d'exception, c'est-à-dire l'idée de vengeance et de réparation pécuniaire du tort causé à la nation, le Gouvernement révolutionnaire fut conduit aux mesures terribles de la mort civile, aggravées encore par le système draconien et cruel de la présuccession. Les parents durent, du vivant même de leur fils émigré, subir le partage anticipé ou la vente de tous leurs biens, dans lesquels la République s'attribuait la part de l'absent qu'elle considérait comme mort, pour prendre sa place dans le partage qu'elle imposait à ses parents encore vivants (48).
Mais les difficultés du partage n'en demeuraient pas moins très ardues. Pressés de donner une satisfaction immédiate aux convoitises qu'éveillait toujours la perspective d'une vente, harcelés par la Commission des biens nationaux qui voulait, pour masquer l'état des finances, jeter sans cesse de nouveaux domaines sur le marché, les agents nationaux ne sortirent, le plus souvent, de ces graves embarras, qu'au mépris des quelques règles et des formalités pourtant bien sommaires que les décrets de la Convention tentaient d'imposer à l'arbitraire des directoires et des municipalités.
C'est dans le trouble et la confusion de ce conflit entre les lois révolutionnaires et le régime séculaire de la propriété familiale que s'est accomplie l'oeuvre de dislocation et de dispersion dont nous voudrions suivre les péripéties.
Le démembrement de la seigneurie de Repaix, propriété de M. de Mitry, nous en fournit un premier tableau.

§ 2. - La seigneurie de Repaix, Le comte de Mitry.
La famille de Mitry, d'ancienne chevalerie, avait ses domaines à Vigneulles, à Charmois et au Ménil-Mitry (cantons d'Haroué et de Bayon). Un mariage l'avait unie, en 1699, à la maison de Châtillon, puis, en 1787, son représentant d'alors, Jean Thomas (49), chevalier de Saint-Louis, avait acheté à M. de Bussène la seigneurie de Repaix et le domaine de Gogney. Fixé dans le pays, il avait présidé en personne en 1788, l'Assemblée de paroisse, premier échelon des réformes ébauchées par l'Assemblée des notables. Il avait même été élu maire de Blâmont aux élections de 1790.
M. de Mitry possédait une maison à Gogney, trois autres à Repaix, chef-lieu de sa seigneurie, plusieurs fermes auxquelles on attribua une valeur de 47.000 livres, et un mobilier estimé 4.000 livres. Mais il devait 1.500 francs à l'une de ses soeurs, Louise Françoise (50), 34.000 livres à une autre soeur) Jeanne Charlotte, chanoinesse de Poussay, qui les lui avait prêtées pour permettre l'acquisition du domaine de Gogney (51), une rente de 400 francs à Marie-Charlotte, née en 1756, dont c'était l'unique ressource, 6.000 livres à Mme de Pindray. De plus, comme, dans la constitution traditionnelle de la famille d'ancien régime, les serviteurs attachés à la maison ont coutume de laisser leurs gages entre les mains de leur maître, M. de Mitry doit 2.273 livres à ses domestiques.
Tels sont les détails que livrait à la malignité du vulgaire, le registre ouvert à la municipalité, le 10 octobre 1792, sur lequel quiconque avait eu des l'apports avec l'émigré ou soi-disant tel, devait déclarer tout ce qu'il connaissait de ses affaires (52). A nous, qui n'y puiserons qu'avec le respect qui convient, il révèle l'extrême complication des intérêts qui s'agitaient autour de ce centre familial, où les mesures révolutionnaires et les rancunes locales venaient jeter le trouble d'abord, la ruine ensuite.
Il faut ajouter encore, comme élément de cette situation complexe, l'effet des douaires et des dispositions entre époux, qui mêlaient et confondaient souvent les intérêts de deux familles alliées par mariage.
Dans les biens de M. de Mitry, mis sous séquestre, sa femme, Catherine de Bault, a droit, par suite de conventions matrimoniales, à un sixième. Ils ont un fils de douze ans, élève à l'école de Brienne (53), auquel les lois révolutionnaires, malgré leur rigueur, réservent un quart de sa part héréditaire. Mais quelle sera cette part ? Elle variera selon que la mère de l'enfant, femme d'émigré, sera elle-même considérée comme émigrée. Aussi, dès qu'elle apprend la vente qui se prépare (54), Mme de Mitry accourt-elle à Blâmont. Elle n'a quitté, s'écrie-t-elle, le territoire que contrainte et forcée. Peut-on considérer comme émigrée la femme qui n'a fait que suivre son mari?
Fromental, et les membres du district, en face de l'avidité pressante des spéculateurs, trouvent une solution qui ne les compromet pas. Ils renvoient la question au ministre (55); mais en attendant, Mme de Mitry reste internée à Nancy à la Maison du Refuge (56); les créanciers attendent la décision ministérielle, et cette soeur de l'émigré, qui n'a pour vivre que la rente de 400 francs que doit lui servir son frère, demeurera dans le dénuement. Elle exhale sa plainte en une requête touchante qui n'a guère d'autre effet que d'attirer sur elle l'attention et la défiance; car si on lui accorde, en l'obligeant à donner caution, un faible subside, nous la retrouvons en 1794 arrêtée comme ex-noble et suspecte, et internée aux Tiercelins du 4 juin au 27 septembre, c'est-à-dire jusqu'après la chute de Robespierre (57).
L'état des biens de M. de Mitry, dressé immédiatement après son départ, porte leur valeur à 46.855 livres. Fromental l'ayant signé le 4 novembre 1793, la vente commençait le 17, pour se poursuivre jusqu'en mai 1794, puis, après une interruption, en juin 1795 (58). Tout ce bien, dépecé en 157 lots, atteignit le prix de 130.446 livres. Seulement, si l'on considère que l'assignat, pendant cette période, perdit plus des deux tiers de sa valeur nominale, on est ramené au chiffre de 43.000 livres, inférieur à l'estimation.
Il s'en fallut de peu que M. de Mitry ne fût déclaré en faillite, et il semble bien que, sans une protestation des autorités de Blâmont, c'est-à-dire de Fromental, il n'eût point échappé à cette nouvelle catastrophe.
Il restait encore des lambeaux de ses terres que l'on vendit en 1796, alors que l'assignat de 100 livres n'en valait plus que 3. Il en restait encore en 1803, que racheta M. de Mitry lui-même rentré en France, où nous le retrouvons en 1823, vivant à Nancy avec Mme de Mitry, et en possession de la charge de prévôt de la Cour prévôtale. Mais il avait quitté Blâmont sans esprit de retour.
Il nous faut revenir cependant au château de Repaix, où l'on avait posé les scellés sur une chambre réservée à un frère de Mme de Mitry, Antoine de Bault, né en 1758 (59), ancien garde du corps, qui, habitant Nancy lors du départ de son beau-frère, n'a pu s'opposer à l'inventaire de ce mobilier, et a été, comme conséquence, porté sur la liste des citoyens absents. Malgré ses réclamations, le Directoire de Blâmont s'apprêtait à procéder à la vente (8 avril 1793), prétendant que M. de Bault n'avait pas demandé sa radiation en temps utile. A force d'insistance, il avait enfin obtenu un sursis, mais ses démarches même avaient attiré les soupçons, et le 13 avril 1794 (24 germinal an II) une dénonciation était adressée à Fromental, alors agent national, par le Directoire de Nancy.
« Je te préviens que Dieudonné Henry, François de Salle Antoine de Bault, domicilié à Blâmont, actuellement résidant dans cette commune, prévenu d'émigration, te serait dénoncé comme suspect pour avoir été garde du tyran et s'être trouvé à Paris à la journée du 10 août 1792; il passe même pour un être ... incivique. Il est conséquemment dangereux qu'il communique ses principes gangrénés. Ta haine contre les ennemis de la patrie m'est un sûr garant ... que tu t'empresseras de le réunir à ceux de son espèce » (60).
Immédiatement de Bault est arrêté à Lunéville (61) et envoyé à Nancy. Il reste en détention cent quatre vingts jours et n'est relâché que le 20 septembre (4e sans-culottide an II) sur la déclaration du Directoire de Blâmont qui reconnaît enfin « que Bault est en instance pour se faire tirer de la liste des émigrés, et que, d'après les certificats qu'il produit, il a été avéré qu'il n'était pas dans le cas d'émigration ».
Il avait suffi des quelques meubles laissés à Repaix, dans l'appartement réservé à son beau-frère par M. de Mitry, pour attirer sur lui tous ces dangers (62).

§ 3. - Comté de Réchicourt. Le duc de Richelieu.
La vente du comté de Réchicourt (63) nous présente les mêmes complications, mais sous un aspect différent auquel le rang et la célébrité des personnages qu'elles mirent en scène prêtent un certain intérêt.
Ce comté, possession ancienne de la famille de Linange-Dabo, comprenait des terres et des forêts que les actes administratifs, en dépit de leur sécheresse ordinaire, qualifient d'immenses. Il s'étendait sur sept villages, et sa valeur approchait de 800.000 livres, non compris le château estimé 12.000 livres et son mobilier 10.000 livres. Il était entré dans la famille de Richelieu en 1751, du chef de la seconde femme du maréchal, Marie-Elisabeth-Sophie de Guise morte en 1740, et par l'effet des partages de sa succession confondue dans la masse des biens de cette famille.
Il était loué 20.300 Iivres, réduites à 10.465 depuis la suppression des dimes et droits féodaux (64). Un ami de Fromental, Louis Laurent, en était régisseur et haut officier.
Le maréchal étant mort en 1788, à l'âge de quatre-vingt-douze ans, le comté était passé aux mains de son fils, Louis-Sophie-Antoine, père de trois enfants, deux filles (65) et un fils puîné, le jeune comte de Chinon qui, nous le savons déjà, était passé en Russie, dès les débuts de la Révolution, au moyen d'un passeport qui n'avait pas empêché le Directoire de Blâmont de séquestrer provisoirement son bien.
Depuis lors, le soupçon d'émigration qui pesait sur lui était devenu une certitude, le comte de Chinon ayant rejoint l'armée de Condé. Aussi, dès que son père mourut, en 1794, on le considéra comme seul propriétaire de tout ce comté, sur lequel la République avait hâte de jeter un arrêté définitif de confiscation (66). Elle n'y parvint pas sans difficultés. La haute situation de la famille de Richelieu ne se soutenait en effet que grâce à une série de substitutions, qui frappaient la majeure partie de ses biens entre les mains de l'aîné des fils et en assuraient la conservation en dépit des prodigalités et des gestions les plus désordonnées. La plus importante de ces substitutions remontait aux dispositions testamentaires du cardinal (1642) et voici ce qu'en dit le cynique et présomptueux maréchal dans ses Mémoires (67) :
« Le chagrin que j'eus de la mort de mon père fut si faible, qu'il n'eut pas de peine à être effacé par le plaisir que je ressentis d'être plus riche ... Je succédais à une substitution très avantageuse, et j'admirai la prudence du cardinal mon grand-oncle, qui faisait passer dans mes mains les duchés de Richelieu et de Fronsac, la terre de La Ferté-Bernard, etc ... Sans cette sage prévoyance du cardinal, j'étais perdu ... Mon père ... s'était ruiné sans se faire honneur. Si j'ai hérité de lui le goût des femmes, du moins j'ai su l'anoblir un peu. Il s'y livrait presque toujours crapuleusement... Je ne puis assez bénir l'usage des substitutions. C'est sans doute ce qu'on a pu faire de mieux pour le soutien des grandes familles; sans cela, il n'en subsisterait pas la moitié... Ce serait la faute la plus grossière en politique de les éteindre, et je suis bien persuadé qu'aucun roi ne le souffrira (68). »
Une autre substitution avait été créée en 1728 par la mère du maréchal sur des biens provenant de la famille de Guise. La troisième était d'origine galante.
« Une dame, lisons-nous dans les mémoires déjà cités (69), qui se ressouvenait avec plaisir de quelques moments qui lui avaient été anciennement donnés, Mme Gayac, crut probablement s'honorer en léguant à peu près 100.000 livres, sans compter le mobilier, à un grand seigneur qui n'avait pas besoin de cette augmentation de fortune, et en déshérita un neveu sans ressources, qui était en apprentissage chez un ouvrier. La bonne dame avait substitué une partie de son bien en faveur de Fronsac; les plaintes du pauvre neveu furent inutiles. La loi était contre lui et le cri de la justice et de l'humanité ne fut point entendu. »
Il fallait ces abus de l'ancien régime pour soutenir l'opulence apparente de certains grands seigneurs, car la succession de Guise, fort obérée, n'avait été acceptée que sous bénéfice d'inventaire. Le duc de Richelieu avait emprunté 16.000 livres à son propre fermier de Blâmont, et il redevait, en outre, 19.583 livres au régisseur de ses forêts, qui fit de son chef une coupe extraordinaire pour se payer (70).
Le directoire du district de Blâmont hâtait les expertises et tous les préparatifs de la vente, lorsque la Commission des biens nationaux, plus prudente, se demanda si, en définitive, la nation, en se substituant à l'émigré, ne risquait pas de payer ses dettes sans en trouver l'équivalent dans le patrimoine confisqué. Il faut, écrit-elle le 26 prairial an III (71), donner les ordres les plus précis et les plus prompts au district de Blâmont pour qu'il suspende la vente du lot en question jusqu'à ce que les opérations servant à constater l'état actif et passif de cette succession et à déterminer le parti qu'il convient de prendre, soient terminées.
En dépit des espérances déçues il fallut obéir et surseoir. De longs débats furent engagés devant la Commission des biens nationaux (72). Les soeurs du comte de Chinon, nouveau duc de Richelieu, obligèrent l'État à rechercher l'origine et la portée de ces substitutions, dont il prétendait s'attribuer tout le profit comme représentant de l'émigré; et l'on dut reconnaître en définitive qu'elles ne pouvaient frapper le château de Réchicourt. C'était un bien libre qu'il fallait partager également entre les trois enfants du duc défunt, et dans lequel le comte de Chinon n'avait droit qu'à un tiers. La République, n'en pouvant prendre davantage, fit opérer un lotissement; l'agent national, usant du privilège que la coutume de Lorraine réservait en pareil cas au plus jeune des héritiers, choisit, comme substitué au comte mort civilement, le lot le plus avantageux pour la nation. Il put enfin faire vendre le château de Réchicourt le 6 juillet 1796. Mais il n'empêcha pas M. de Richelieu de poursuivre en Russie, après ses études militaires, sa carrière diplomatique. Le duc rentrait en France avec les alliés en 1814, signait avec eux, pour le roi Louis XVIII, le traité qui replaçait les Bourbons sur le trône de France, et devenait ministre en 1815 et 1821, après avoir participé au procès du maréchal Ney.

§ 4. - Les Baronnies. Le maréchal de Beauvau.
Nous avons dit qu'un autre grand domaine, la baronnie de Saint-Georges, était entré dans la composition territoriale du district de Blâmont.
Il appartenait, comme Réchicourt, à un grand seigneur dont la mémoire cependant nous est plus chère que celle du maréchal de Richelieu : le prince de Beauvau-Craon, né à Lunéville en 1720, fils de l'ancien gouverneur pour le duc François III du grand-duché de Toscane, maréchal de France et ministre de la Guerre en 1790. Nous savons déjà que, sur l'avis de Fromental, son homme d'affaires, le Directoire de Blâmont avait renoncé à le considérer comme suspect d'émigration.
Le maréchal mourut à Paris en 1793 sans avoir été inquiété. Mais sa fille, la princesse de Poix, bien que n'ayant jamais quitté la France, n'en eut pas moins à se défendre, pour d'autres raisons, contre les prétentions du fisc, sous la République, sous l'Empire, et même, circonstance plus singulière, sous la Restauration. Nous avons recueilli ailleurs les péripéties de ce procès des Baronnies qui ne prit fin qu'en 1835, par la reconnaissance définitive des droits de la Princesse (73).
Mais le sort de ces grands domaines nous intéresse moins que celui des familles plus humbles qui constituaient la noblesse terrienne du district, car les lois révolutionnaires devaient les atteindre plus directement, plus injustement et souvent plus cruellement.

§ 5. - La Tour de Frémonville. La famille de Pindray.
La seigneurie de la Tour de Frémonville était, dès la fin du seizième siècle, aux mains d'un conseiller d'etat, M. de Lampugnan, dont une descendante, Anne-Françoise, l'apporta par mariage à George-Louis de Pindray. C'était une famille originaire du Périgord, fixée en Lorraine depuis 1641 par une alliance avec la maison d'Anglure.
Dès le premier tiers du dix-huitième siècle, la famille de Pindray était entrée dans celle de Nettancourt-Châtillon, par le mariage d'Anne de Pindray avec Nicolas-Adrian de Nettancourt (13 janvier 1739), puis dans celle de Sailly, par l'union de Marie-Madeleine de Nettancourt, dernière de ce nom, avec François de Sailly. Mais, en 1790, elle n'était plus représentée que par quatre filles, issues de François de Pindray, toutes nées à Fremonville, et dont deux au moins habitaient la Tour.
Fromental, nous l'avons vu, était reçu chez elles, et Claudon, dans ses dénonciations, avait prétendu que, pour rendre ses relations plus commodes, le procureur syndic avait dépensé tous les fonds affectés à l'entretien des routes sur le seul chemin de Blâmont à Fremonville.
Il était difficile cependant de faire passer ce château des dames de Pindray pour un repaire de la réaction, car Marie-Catherine épousait, en 1793, le curé constitutionnel de la paroisse et les sentiments que professait ou qu'affectait Charlotte, nous sont connus par un curieux document. Elle avait épousé M. Xavier de Fage de Rochemur, plus jeune qu'elle de dix-sept ans, et qui, au moment de l'établissement de la liste des citoyens non présents, se trouvait à Colmar. Mais comme il ne possédait rien à Blâmont, son avoir se bornant à une rente de 10.000 livres que sa femme lui avait reconnue par contrat (74), le séquestre ne put la frapper. Cependant une lettre sans signature venant de Colmar et adressée à Mme de Rochemur tomba, le 18 avril 1793, sous les yeux du comité révolutionnaire, dont la fonction quotidienne était de décacheter les lettres à la poste. Sa lecture, dit le procès-verbal des séances, a fait penser qu'elle pourrait être de X. de Rochemur, son mari émigré, ce que la tournure mystérieuse de la lettre donne lieu de présumer (75). De ce jour, Mme de Rochemur devenait suspecte; elle fut arrêtée un peu plus tard, le 10 novembre (28 brumaire an Il) et ne put qu'avec peine obtenir un certificat de civisme (76).
Voici en quels termes elle protesta deux jours après:
« Aux citoyens composant le Comité de surveillance révolutionnaire.
« Expose Charlotte Pindray que, victime d'une alliance malheureuse, elle gémit dans les liens d'un mandat d'arrêt... quoiqu'elle ait obtenu un certificat de civisme... Elle a précisément fait connaître... combien elle était détachée de son mari, qui cause dans le moment ses chagrins, et qui la compromet aux yeux de ses concitoyens, en la rendant suspecte... L'exposante a prouvé dans toutes les circonstances tout le civisme dont une femme est capable; elle a toujours regretté de ne pouvoir contribuer davantage à l'affermissement de la République... Elle ose espérer que ses concitoyens ne la confondront pas avec les aristocrates impudents qui causent tous nos maux. L'exposante se présente au Comité, détachée des liens qui l'unissaient à un ennemi de la patrie, et si elle n'a fait plus tôt des démarches pour y parvenir, c'est qu'elle n'avait pue (sic) se persuader qu'il l'eût abandonnée ou qu'il fût émigré. Mais son absolu silence depuis plus d'un an lève tous les obstacles et son coeur a prononcé le divorce même avant son arrestation. »
Peu de jours après, le 3e nonidi de brumaire, cette supplique était lue à la réunion plénière des corps administratifs et judiciaires, présidée par Fromental, et paraissait si touchante et si vraie, que l'Assemblée, s'en appropriant les idées et les termes, comme si quelqu'un de ses membres les eût inspirés, déclarait: « que la citoyenne Pindray- Rochemur est la victime d'un mariage malheureux; qu'elle a toujours été dans le sens de la Révolution; qu'elle a manifesté dans toutes les circonstances les intentions les plus favorables, que la calomnie même n'a pu trouver moyen de lui nuire (allusion aux dénonciations de Claudon) et qu'on ne peut rien lui reprocher ». Mme de Rochemur fut mise en liberté sans surveillance (77).
Elle réalisa ses projets de divorce le 16 février 1794 (28 pluviôse an II), affirmant ainsi la sincérité momentanée de ses griefs contre son mari, et l'ardeur de ses sentiments révolutionnaires. La fin de la Terreur et l'établissement de l'Empire calmèrent toutefois les uns et les autres, car, en 1806, Mme de Rochemur vivait avec son mari à Blâmont même, où elle mourut l'année suivante (78). La Révolution a ébranlé les consciences non moins profondément que les institutions.
La quatrième des châtelaines de Frémonville, Thérèse de Pindray, darne de Guéblange, avait épousé Antoine-Joseph de Sailly, capitaine au régiment de La Fère, qui ne fut porté sur la liste des émigrés qu'à la suite de son frère Mathieu, et probablement à cause de la confusion de leurs biens (79). Ils possédaient, en effet, une maison à Blâmont avec deux jardins et une vigne, qui furent vendus, dès le 17 décembre 1793, pour 10.155 livres.
Cependant M. Mathieu de Sailly n'acceptait pas la qualification d'émigré. Dès le 4 mars 1793, il accourait à Nancy pour se faire rayer de la liste encore provisoire. Il expliquait qu'il ne s'était retiré à Luxembourg que pour ne pas se voir priver de sa pension d'officier ayant servi l'Empire. On lui répondit qu'il avait eu tort de laisser expirer le délai d'un mois imparti par la loi (80), et il ne réussit qu'à sauver son mobilier, estimé 3.000 livres, en démontrant qu'il appartenait à la citoyenne Martimprey, sa soeur (81).
Quant à Antoine-Joseph de Sailly, il semble bien qu'il ait réellement émigré. Sa femme, Thérèse de Pindray, ne l'avait pas suivi. Elle demeura à Guéblange, assez paisible pour obtenir un passeport le 10 juillet 1794 (22 messidor an II) (82), puis vécut à Blâmont jusqu'en 1816, donna à l'hospice la plus grande partie de sa fortune et, par sa bienfaisance, mérita la reconnaissance publique. La municipalité fit élever à sa mémoire, en 1844, un petit monument qu'on voit encore au cimetière de Blâmont (83).
Mais, avec elle, le nom des trois familles de Nettancourt, de Pindray, de Sailly, habituées dans la contrée depuis deux cents ans, disparaît. La tempête révolutionnaire avait rompu les liens d'intérêt et de sentiment qui les y avaient si longtemps fixées.

§ 6. - Le fief de Barbas. M. de Mirbeek.
Fromental paraît avoir usé de plus de rigueur envers la famille de Mirbeck qu'envers les châtelaines de Frémonville.
Au château de Barbas habitait avec sa grand'mère, Mme Ervet, un tout jeune homme, M. de Mirbeck, lieutenant de cavalerie (84), qui, par suite du décès prématuré de sa mère, possédait du chef de celle-ci un quart du fief de Barbas, et, du chef de M. Ervet, son grand-père, un dixième de la même seigneurie.
Le 24 août 1792 (85), la municipalité de Blâmont avertissait le district que ce jeune homme avait quitté Barbas depuis un an (ce qui n'avait rien d'étonnant puisqu'il était officier), en ajoutant: « Nous le soupçonnons avoir passé aux émigrés à Comblenzt (sic). J) Cinq jours après, et sans plus ample informé, M. de Mirbeck était déclaré suspect, et ses biens étaient mis sous séquestre pour être éventuellement affectés à l'indemnité due à la nation. Mais ces biens, confondus avec ceux de la famille Ervet, n'étaient pas liquidés, il fallait attendre une occasion de les saisir.
Le 20 août 1793 (86), Mme Ervet est dénoncée comme donnant refuge à des émigrés. La garde nationale accourt, fouille sa demeure et, dans un réduit derrière une tapisserie, trouve 20 réseaux de blé, 3 sacs de farine, 2 bichets de pois. Mme Ervet n'avait déclaré que 6 réseaux (87). Elle a donc commis une fraude. Le blé sera confisqué au profit des pauvres, et livré à un boulanger bon patriote. Le Comité de surveillance laisse cependant Mme Ervet en liberté.
Mais deux jours après, Fromental, au retour d'une absence, s'émeut à la lecture du procès-verbal de la séance, à laquelle il n'a pas assisté. Il demande la révision de la délibération et exige l'arrestation de Mme Ervet, à cause dit-il, « de la suspicion publique (qui pèse) sur cette maison, de l'asile qu'elle a donné aux prêtres insermentés, des correspondances qu'elle a entretenues avec eux, et des violents soupçons que le public a, qu'elle cache et a caché des émigrés ». L'arrestation, à laquelle nul n'avait songé l'avant- veille, est votée à l'unanimité.
La pauvre femme comparait le lendemain devant le Comité, où elle obtient de se faire assister du citoyen Mengin, homme de loi à Lunéville (88). Elle se défend de receler du blé appartenant à autrui. On n'a trouvé chez elle que sa récolte de deux années, qu'elle conserve pour les pauvres et pour elle-même. Les sacs seuls lui ont été prêtés. Elle croit avoir obéi à la loi en déclarant ce qui provient de la récolte de 1791, et non des précédentes. Elle a caché ce blé parce qu'elle craint les voleurs et brigands qui plusieurs fois l'ont insultée et menacée, dans sa maison, où elle vit seule, à l'écart du village. Enfin, c'est elle-même qui spontanément a montré la cachette.
L'arrestation n'en est pas moins maintenue. Fromental se charge de partager les grains saisis. Il donne double part aux volontaires qui, pendant plus d'un mois, ont occupé militairement la maison, et fait vendre le reste pour en distribuer le prix aux pauvres (89).
Mme Ervet, enfermée d'abord à Blâmont, fut ensuite transférée à Nancy et livrée au juré criminel. Nous n'avons pas trouvé la solution de son procès (90), nous savons seulement qu'elle y survécut.
Le cas de Mme Ervet n'entraînait pas confiscation de son bien personnel, et, grâce à l'indivision compliquée qui liait sa situation à celle de M. de Mirbeck du chef de sa femme, et du jeune de Mirbeck du chef de son grand-père, la vente n'en eut lieu qu'en juin 1796, sous l'empire d'une législation déjà adoucie, qui permit à Mme Ervet de racheter le bien de son petit-fils. Mais la poursuite des biens de la famille de Mirbeck continuait encore en 1800, et l'on vendait, le 25 messidor an VIII, le tiers dans la moitié de huit domaines, formant la part de l'un des membres de la famille, porté sur la liste des émigrés.

§ 7. - Seigneurie de Montreux, M. de Chéville
Nous avons vu comment M. Billard de Salins, dit de Cheville, seigneur de Montreux, fut porté sur la liste des émigrés, bien qu'en se retirant à Nancy pour l'hiver, il eût annoncé son intention de revenir à la campagne au printemps de 1792, comme il le faisait tous les ans. Cette injustice fut peut-être pour quelque chose dans la résolution qu'il prit; mais il paraît certain qu'il émigra et se joignit même à l'armée des princes (91). Une lettre, dans laquelle il était question de Dumouriez qui, nouveau Monck, pourrait bien préparer la reddition de toute son armée, fut interceptée en Belgique. Elle était adressée à M. de Cheville, lieutenant-colonel de cavalerie en France, « Volontaire dans la compagnie des gentilshommes de la province de Champagne en cantonnement à ... près Namur, armée de S. A. S. M. le duc de Bourbon (92). La vente de tous ses biens, séquestrés dès 1792, fut dès lors poursuivie avec un zèle probablement intéressé, car on n'y eut souci, ni des erreurs matérielles, ni de la loi. On mit en vente, le 24 janvier 1794, comme contenant 309 jours, une ferme qui n'en contenait que 209 (93). La loi du 6 août 1790 défendait de vendre les bois particuliers attenant aux forêts domaniales ou communales; on mit aux enchères un petit bois appelé les Boulottes, contigu à la forêt de Montreux. Le domaine qui constituait cette seigneurie fut également adjugé en bloc, alors qu'il eût été avantageux de le diviser, et le nom des acquéreurs ne permet guère de douter des complaisances qui favorisèrent leur convoitise (94).
Le scandale fut assez évident pour qu'une réclamation s'élevât et parvînt jusqu'à la Commission des biens nationaux, qui demanda des explications. Le Directoire de Blâmont répondit que la vente s'était faite en gros à cause des mauvaises terres dont les habitants n'auraient pas voulu; et que, quant au petit bois, il était par sa position exposé à des délits qu' « il est toujours désagréable de faire réprimer par les agents de la patrie contre ses propres enfants» (95). Cette phraséologie parut pitoyable, et la vente fut provisoirement annulée. Mais on acheva de ruiner M. de Chéville en l'empêchant de recouvrer ses fermages, sous prétexte qu'un Français émigré n'avait plus qualité pour exercer les droits de propriété, sentence « qui fait éclater, déclara le tribunal du département, le patriotisme déjà connu des magistrats qui y ont concouru » (10 août 1792) (96). Ils avaient en effet découvert et appliqué les conséquences de la mort civile, plus de six mois avant qu'elle ne fût décrétée (28 mars 1793).
Les ventes furent reprises le 18 mars 1795, en 25 lots, Les pièces détachées fournirent environ 28.000 livres, la ferme principale et la maison 66.200, mais l'assignat ne valait plus alors que 15 % (97). M. de Cheville, coupable, mais ruiné par des agissements contraires à tout droit, ne reparut jamais à Montreux.

§ 8. - Baronnie de Cirey. M. de Prémont.
M. de Prémont (98), acquéreur, vers 1784, de la baronnie de Cirey, dernier démembrement de la seigneurie de Turquestein, demeurée jusque-là entre les mains de la famille du Châtelet, était, de ce chef, un des grands propriétaires du pays. Sa baronnie comprenait une ferme de 80 hectares et 1.360 hectares de forêts, feuillus, sapinières et chaumes,
Séparée de corps dès avant la Révolution, Mme de Prémont s'était hâtée de divorcer, dès que les lois nouvelles le lui avaient permis, et se prétendait propriétaire de la moitié du domaine de Cirey. Un procès était depuis longtemps engagé sur cette question.
M. de Prémont qui, comme tant d'autres, avait en 1789 manifesté des sentiments libéraux, avait été élu administrateur du district, en 1790; mais, en 1792 il s'était retiré à Strasbourg, pour raison de santé.
Il n'en fallut pas plus pour que ses biens, objets de vives convoitises, fussent portés dans la déclaration imposée aux municipalités, par la loi du 8 avril 1792, en dépit des explications courageusement données par Christophe Bathelot, juge et gruyer de sa baronnie, qui dut se défendre comme d'une action incivique d'avoir accepté de se charger de ses affaires. « Il ne croyait pas mieux faire, dit-il, qu'en se rendant utile à un individu qui s'était montré dans le sens de la Révolution. » (99)
Ici encore, la simple déclaration des biens de l'absent suffit à le faire considérer comme émigré, et Fromental en arrêtait la liste le 4 décembre 1793 (14 frimaire an II). La ferme fut estimée 18.000 livres, les forêts 240.000 (100).
Tout d'abord, dans la hâte de jeter sur le marché une proie si tentante, on ne tint pas compte des prétentions de Mme de Prémont, et dès la fin de 1793 on procédait à une vente qui fut plus tard annulée comme illégale.
Mais l'adjudication du moulin de Cirey souleva une protestation d'un autre genre, et qui révèle la mentalité créée dans certains milieux par l'établissement de la dictature démocratique.
La fièvre du patriotisme exaspéré qu'exalta jusqu'au délire la menace de l'invasion étrangère, est l'excuse des procédés que ce régime mit en oeuvre pour sauver la République et la liberté; mais en province, l'esprit jacobin, ne s'exerçant guère que dans le cercle restreint des intérêts locaux, confondit simplement et presque naïvement les convoitises du sans-culotte avec l'intérêt public. De cette mentalité procède l'étrange protestation qui s'éleva contre la vente du moulin de Cirey (101) :
« Le soussigné, depuis deux mois et demi, désire se maitre en possession de l'ancien battant et enclos de Cirey... A cet effet, j'ai entré en composition avec les différents acquéreurs... J'ai eu beau leurs apprécier que c'est pour y établir une fabrique de limes et visse, objets de la première nécessité pour la République, puisque ce sont les objets desquels nous manquons le plus, et qu'il fallut envoyer des sommes énormes à l'étranger... pour se procurer ces objets. J'ai en conséquence recours à vous, Citoyens administrateurs, pour l'optenire. Le bien général vous y oblige de donner des ordres à ce sujet... la nation y gagnera par une fabrique des plus essentielles, surtout dans les vues du Comité de Salut public... Je vous demande à qui je dois m'adresser pour pouvoir solidement m'y établir en vertu d'une fabrique aussi nécessaire à tous égards.
« Je suis le citoyen Aurne demeurant ordinairement à Strasbourg, rue de la philosophie 25, et propriétaire à Turquestein (102). »
Le Directoire prit la peine de répondre au pétitionnaire que le droit de propriété était sacré, et qu'il ne pouvait obliger les acquéreurs à se dessaisir d'un bien que la nation leur avait vendu.
Mais il fallut tenir compte des difficultés soulevées par Mme de Prémont, reconnue créancière de son mari de 77.841 livres (103). On dut, en définitive, lui céder une part des forêts qu'elle fit immédiatement défricher, et ce n'est qu'après le 10 octobre 1795 (18 vendémiaire an IV) que furent vendues, à Cirey, deux maisons, l'une avec volière et potager, l'autre à plusieurs logements, serre, charmilles, verger, attenant au parterre, avec clos de 53 jours, dépouilles de M. de Prémont, et restes défigurés ou transformés du vieux manoir des du Châtelet.

§ 9. - Baronnie de Châtillon. M. Regneault de Châtillon.
Le baron de Châtillon, Charles-Gabriel Regneault (104), dont les ancêtres habitaient ce château depuis plus de cent ans, n'émigra pas. Mais il fut, malgré sa soumission aux lois et les bons rapports qu'il entretint avec Fromental, plus d'une fois inquiété. Son frère cadet, Joseph-Romain, qui habitait Rosières, ayant émigré, Charles-Gabriel dut faire la déclaration des sommes que ce frère pouvait lui devoir. Il la souscrivit en ces termes (105) le 26 octobre 1792 :
« Moi, Charles-Gabriel-Regneault, citoyen, déclare par la présente devoir une somme de 24.000 livres cours de France à Joseph-Romain Regneault mon frère cadet, par contrat de vente de son quart dans la terre de Châtillon; de laquelle somme je dois lui payer les rentes jusqu'à parfait paiement. Donné à Châtillon le 26 octobre 1792, l'an IV de la liberté et la première de l'égalité. - Regneault-Châtillon citoyen. »
Ce pacte de famille sauva le château de Châtillon du séquestre, et de la vente à laquelle il n'eût pas échappé, si la cession à l'aîné par le cadet de sa part du domaine n'eût fait cesser l'indivision.
Mais l'émigration de Joseph-Romain n'en porta pas moins un trouble profond dans les intérêts de cette famille, car, jusqu'en 1800, l'Etat s'immisça dans ses affaires. Le 25 messidor an VII, il faisait vendre cent neuf cinq cent quatrièmes (109/504) d'une cense restée indivise entre M. de Châtillon et cinq autres copartageants, depuis une longue suite de générations.
M. de Châtillon crut prudent de déclarer aussi ce qu'il devait à chacune de ses soeurs, l'une habitant Nancy, l'autre, Mme de Bast, fixée à Gross-Hermestrof près Saint-Avold, et qui était peut-être émigrée. Il confiait ses doutes à Fromental, le 13 frimaire an II (106) et lui demandait « en ami » ce qu'il devait faire. Cette prudence n'était que trop commandée par les circonstances, car, le 12 novembre 1793, le Comité de surveillance de Blâmont recevait de celui de Rosières « l'invitation de surveiller la maison de Regneault, ci-devant Châtillon et les environs, crainte qu'il ne s'y rassemble des émigrés » (107). Fromental avait répondu qu'une surveillance active allait être immédiatement exercée « sur cette partie de la montagne ».
La tradition rapporte que M. de Châtillon dut se tenir caché pendant plusieurs jours sous les roches qui portent son château, pour échapper à ces menaces, contre lesquelles le défendait mal l'amitié de Fromental; et dès lors il fut obligé de se présenter tous les deux mois devant la municipalité de Cirey, pour prouver sa présence et solliciter un certificat de civisme (108).

§ 10. - Fief de Belcourt. Le baron de Laugier.
De toutes les catastrophes causées par l'émigration, la disparition de la famille de Laugier est la plus poignante et la plus tragique.
Cette famille, nous l'avons dit, était surtout attachée à la maison ducale. Originaire de Provence, elle était ancienne, et en Lorraine deux de ses membres, Jean-François en 1754, François de PallIe en 1769, avaient fait partie de la Société royale des Sciences et Belles-Lettres.
Louis, baron de Laugier, né en 1725, était seigneur d'un domaine situé sur le territoire de Remoncourt, à 2 lieues de Blâmont, vieille métairie appelée les Rappes que son père avait acquise du domaine à titre d'acensement, et dont il avait obtenu en 1736 l'érection en fief sous le nom de Belcourt.
Le père et le fils avaient servi l'Empire comme officiers; le premier en recevait encore une pension (109). Trois autres de ses fils servaient à l'étranger. La famille Dumesnil, à laquelle appartenait Mme de Laugier, avait conservé avec la cour d'Autriche des rapports non moins étroits. Son père, seigneur de Hoëville (110), avait été capitaine au service de la reine de Hongrie; un frère de celui-ci avait en Toscane le grade de général. On ne saurait s'étonner dès lors que les deux fils du baron de Laugier, dont l'un avait étudié à l'école du génie à Metz, fussent passés en Allemagne dès avant les débuts de l'émigration.
Deux soeurs du baron, Julie et Françoise-Charlotte, celle-ci née en 1733, vivaient d'une rente que leur servait le chef de la famille. Enfin, son frère cadet, Louis-Gabriel, titulaire de quatre canonicats en Lorraine et d'une prébende du chapitre métropolitain de Florence, habitait l'une des maisons que sa famille possédait à Blâmont.
Atteint par la suppression de ses bénéfices lorrains, l'abbé eut la fatale idée de se réfugier à Florence. Il laissait à François Balthasar Lafrogne, homme de loi, devenu secrétaire adjoint de Fromental, le soin d'obtenir les indemnités promises par la constitution civile du clergé (111), confiait son mobilier et celui de sa soeur Julie à Louis Fromental, locataire dans sa maison de Blâmont, et lui empruntait 600 livres pour faire le voyage d'Italie.
De son côté, Mme de Laugier, à l'annonce d'un accident grave qui mettait en danger la vie de l'un de ses fils, était partie précipitamment pour l'Allemagne, où l'avait surprise la promulgation de la loi frappant les émigrés de mort civile. Tandis qu'elle implorait de la Convention une autorisation de rentrer en France, on avait profité de son absence pour séquestrer non seulement son bien personnel, mais celui de son mari (112).
Celui-ci, demeuré à Belcourt, protestait. Il soutenait que l'émigration de la femme ne justifiait pas le séquestre des biens du mari; tandis que, pour gagner du temps, son avocat, M. Chippel, exaspérait par de savantes procédures dilatoires la convoitise des spéculateurs.
Le malheur voulut que, en avril 1793, M. de Laugier confiât à un sieur Braun ·de Sarrebourg, qui se chargeait de faire passer des correspondances en Allemagne, une lettre non signée pour son ami M. d'Olonne et probablement aussi un peu d'argent pour sa femme, restée dans le dénuement, et qui n'osait repasser la frontière.
Le Comité de surveillance de Sarrebourg intercepte cette correspondance, il y voit tous les éléments d'un complot. Laugier est arrêté le 21 avril, et un exprès court à Blâmont à la recherche d'un corps d'écriture permettant de prouver que la lettre saisie est de sa main.
Le soir même les scellés sont apposés à Belcourt par le juge de paix de Leintrey, et Marquis, lieutenant de gendarmerie, fouille la maison de Blâmont où il ne découvre que de vieux papiers. Le lendemain, dès 4 heures du matin, il est à Belcourt, force un bureau, et trouve enfin, au milieu de papiers intimes qu'il saisit, un livre de comptes. Il rapporte ce trophée qu'on expédie à Sarrebourg, non sans avoir félicité le lieutenant de son zèle, et l'avoir admis, à titre de récompense civique, aux honneurs de toutes les séances du Comité révolutionnaire.
Les patriotes de Sarrebourg remercient leurs frères de Blâmont, protestent qu'ils « achèveront de purger la terre de la liberté de tous les traîtres », et envoient Laugier à la maison de justice criminelle de Nancy (25 avril).
Celui-ci ne cesse cependant de répéter qu'il n'est ni créancier ni débiteur de son ami, qu'il n'a chargé personne de lui envoyer de l'argent. Il n'en est pas moins maintenu en état d'arrestation. Peut-être le tribunal criminel eût-il, après un examen moins sommaire, renvoyé Laugier faute de preuves. Malheureusement, l'affaire lui fut retirée pour être déférée au tribunal révolutionnaire.
L'existence à Nancy de cette juridiction exceptionnelle et heureusement éphémère est peu connue. Voici les souvenirs qu'en gardent les archives.
C'est le 22 novembre 1793 (3 frimaire an II) que le représentant du peuple en mission, Balthasar Faure, institue ce tribunal, auquel il donne le nom et qui partage les attributions du trop célèbre tribunal révolutionnaire de Paris.
A la tête de ce terrible instrument de terreur, il a mis le citoyen Marc, dont le prénom de Tricolor qu'il s'est donné, révèle suffisamment le zèle et l'ardeur (113). Il l'a chargé de juger « toutes les personnes soupçonnées d'aristocratie, fédéralisme, royalisme, projets, actions et propos contre-révolutionnaires » (114).
Dans son audience d'ouverture, le tribunal délibère qu'il ne recevra aucun solliciteur. Ceux qui feraient cette démarche seraient dénoncés comme suspects, « attendu que l'innocent doit être fort de sa conscience et que le coupable perdrait son temps ».
Durant les quarante-trois jours qu'il a vécu, le tribunal révolutionnaire (115) semble avoir été saisi de vingt-neuf affaires d'incivisme, propos tendant à rétablir la royauté, infractions à la loi du maximum, faux passeports, actions fanatiques. Une dame du Plessis lui fut déférée pour correspondance avec les ennemis, au moyen d'un bâton creux, MM. de Nicéville et de Mahuet pour aristocratie, Mme de Lignéville pour action incivique. Mais presque toutes ces plaintes restèrent sans suite, ou furent renvoyées aux tribunaux réguliers; et je ne trouve la trace que de quatre jugements dont l'un, celui du 23 frimaire (13 décembre), maintient la détention jusqu'à la paix du trop fameux Claudon, ancien maire de Blâmont, et un autre, malheureusement plus déplorable, qui est la condamnation à mort du malheureux baron de Laugier.
Le 18 frimaire an II (8 décembre 1793) le greffier du tribunal criminel déposait au greffe du tribunal révolutionnaire la procédure suivie contre lui à Sarrebourg pour avoir entretenu une correspondance avec les ennemis de la République et avoir fait passer des fonds aux émigrés. En marge est écrit: « Jugé le 19 frimaire. » (116).
Presque aussitôt on procédait à la vente des biens du condamné et de ceux de ses parents émigrés.
La modeste maison de Blâmont, estimée 3.000 livres, louée pour 96 livres à Fromental, n'atteignit que le prix de 1.391 livres (117). Le 16 fructidor an II (2 septembre 1794), on vendait de même une « belle grosse maison, dont la face prend jour sur la rue des Émigrés ». Estimée 1.000 livres, elle fut adjugée 8.120. Un membre du district et un spéculateur se la disputèrent; une autre encore, place de la Liberté et rue des Érnigrés, estimée 13.500 livres, fut vendue 31.000 livres à un spéculateur. Enfin, le 25 juin (7 messidor an II), on dépeça le domaine de Belcourt : 440 jours de terres enclavées en partie dans les bois, 4 jours de jardin, 100 jours de friches, 80 jours de pré, maison de ferme et bergerie. On en fit deux lots qui atteignirent 172.800 livres (118). L'assignat de 100 livres valant à cette époque 34 %, le désastre fut complet; et les paperasses de cette triste affaire conservent un témoignage de la détresse où resta plongée la seule personne de la famille Laugier qui fût restée en Lorraine, Françoise-Charlotte, l'une des soeurs du condamné. Dans une supplique adressée aux Pouvoirs publics le 14 août 1797 (27 thermidor an III), elle expose « qu'il dépendait de la succession de son père la terre de Belcourt... Cette seigneurie a été dévolue à son frère, et l'exposante, comme fille de gentilhomme, a été rétribuée d'une somme modique. Ce frère, baron de Laugier, a été une des victimes du régime assassin de Robespierre, et est péri sur l'échaffaud, pour avoir voulu faire passer à son épouse émigrée une somme modique de dix pièces d'or. Il avait deux fils qui, à cette fatale époque, étaient au service de l'Empire. En conséquence, la succession de leur père a été dévolue à la nation qui les a considérés comme émigrés ». Ne s'étant pas soustraite aux lois de la République, elle demande sa part de ces successions prématurément ouvertes, puisque le droit d'aînesse n'existe plus.
Cet appel à l'équité se heurtait à la rigueur des lois, il ne fut pas entendu; et ni Charlotte de Laugier ni aucun membre de sa famille ne reparurent dans le pays de Blâmont. La nation ne rendit même pas les correspondances intimes saisies à Belcourt, elles restent confiées à la discrétion des habitués de nos archives.
Ainsi, à la fin de 1796 (an IV) les ventes étaient à peu près terminées, la dislocation, la dispersion des anciens domaines seigneuriaux accomplies. Il ne restait guère que des terres sur lesquelles les prétentions de la nation étaient contestées; et, comme la faillite définitive de l'assignat, tombé à moins de 4 livres en mai 1796 (prairial an IV), rendait désormais l'opération aussi ruineuse pour l'Etat que pour les particuliers dépossédés, les ventes furent suspendues. Le but d'ailleurs est atteint. A l'exception de trois, toutes les anciennes seigneuries du district sont démembrées ; les familles, même celles que les ventes n'ont pas totalement ruinées, ont quitté, sans esprit de retour, une contrée où elles n'eussent retrouvé que l'amertume de leur déchéance et le souvenir de ce qu'elles avaient souffert. Celles que la Révolution a épargnées demeurent meurtries et diminuées. Après Mme de Sailly, morte à Blâmont en 1816, les maisons de Nettancourt, de Pindray, de Sailly, deviennent étrangères à ce pays où leur influence s'est exercée pendant près de deux cents ans. Si M. de La Garde de Fage, protégé par son grand âge et ses infirmités, conserve et transmet à sa postérité le château d'Herbéviller-Lannoy, sa petite-fille, Mme de Brunet, cessera de l'habiter en 1873. Seule la maison de Châtillon, alliée en 1835 à celle de Klopstein, conservera jusqu'à nos jours le château et le domaine qu'elle n'a pas quittés depuis deux cent trente-sept ans.
Mais tandis que disparaissait le régime foncier de la propriété nobiliaire, entraînant la déchéance et, l'exode des familles privilégiées, les magistrats de l'ancien régime, devenus pour la plupart fonctionnaires républicains, traversaient plus facilement la tourmente. Fromental, plus habile et plus heureux que tous les autres, demeurait, nous l'avons vu, le maître incontesté de la contrée tant que dura la division du département en districts, c'est-à-dire jusqu'en 1795. Il survivait encore à cette organisation avec le titre d'agent national, commissaire du Directoire exécutif, lorsqu'il n'y eut plus que des cantons reliés directement au chef-lieu de département. Seule la division nouvelle du département en cinq arrondissements, en supprimant au chef-lieu de canton tout rouage administratif, mit fin sans compensation à sa carrière politique. Son collègue Lafrogne était devenu notaire; Bathelot, juge de paix (119). Pour refaire sa carrière brisée pour la seconde fois, Fromental dut de nouveau briguer les emplois. En 1801 (an X) il entrait au Conseil d'arrondissement de Lunéville; en 1803 (an XII) il devenait suppléant du juge de paix et maire de Blâmont. Mais en 1804 (an XIII) son nom ne figure plus sur la liste des membres du collège électoral et Bathelot lui est préféré comme maire. Enfin l'Empire met fin à ses vicissitudes; en 1806 il obtient la charge de juge de paix à Blâmont. C'est dans ce poste très modeste, qu'il a terminé sa carrière à soixante-six ans, le 26 novembre 1821, ayant servi, après la Monarchie et la République, l'Empire et la Restauration.
Probablement sceptique, égoïste, mais étonnamment laborieux, comme le·furent en général les fonctionnaires de ce temps, rarement sinon jamais violent, mais savamment énergique ou résigné, souple ou impérieux suivant les circonstances, Théodore Fromental avait réalisé pendant trente ans, au milieu de bouleversements sans précédents, le type intéressant du fonctionnaire avisé et fidèle sous tous les régimes.


(1) Le bailliage de Blâmont comprenait, outre la, ville ; Amenoncourt, Avricourt, Autrepierre, Barbas, Blérnerey, Chazelles, Domèvre, Foulcrey, Frèmonville, Gogney, Halloville, Igney, Leintrey, Saint-Martin, Montreux, Raon-lès-Leau, Reillon, Remoncourt avec le fief de Belcourt, Repaix, Saint-Sauveur, Xousse, Barville, village isolé des autres, non Ioin de Lorquin, Hermaménil, territoire sans maisons, aujourd'hui relié à Emberménil, qui était alors terre d'évêché, Grandseille, siège d'un marquisat créé pour M. du Chatelet, hameau près de Verdenal, enfin le fief de la Grand'haye, commune de Nonhigny.
(2) Arch. M.·et·M., Suppl. E. Blâmont, 1626-1656
(3) Les familles de Mitry et Regneault de Châtillon sont alliées depuis 1699. Cette dernière l'est depuis 1706 à la famille de Mortal, à laquelle appartient Mme de Prémont, etc., etc.
(4) Renaud de Bar, évêque de Metz en 1308, promit au duc Thiébaut de rebâtir ce château, détruit au cours d'une guerre.
(5) La première maison d' Haussonville, qui s'éteignit au commencement du dix-septième siècle, possédait Châtillon et Turquestein depuis le quinzième. Lors du partage de ces seigneuries, en 1567, le lot dit de Châtillon échut aux deux filles de Gaspard d'Haussonville : Anne, femme de Georges de Nettancourt, et Marguerite, femme de Jean II du Châtelet. Après un sous-partage, en 1611, Châtillon fut vendu, puis racheté en 1676 par Nicolas Regneault.
Cirey, érigé en baronnie, demeura à la famille du Châtelet jusqu'en 1769, et la branche des Nettancourt-Châtillon se fixa à Frémonville. Antoine-Joseph épousait en 1786 MarieThérèse-Marguerite de Pindray, sa cousine, soeur de Charlotte, épouse de Xavier de Fage de Rochemur, et toutes deux habitaient Fremonville en 1789.
(6) La justice de Bénaménil (Lunéville-sud) avait été acensée pour partie, en 1771, à Nicolas-Joseph Harmand, conseiller au Parlement, déjà seigneur censitaire de Chazelles (Blâmont-Lunéville) par contrat du 26 avril 1714:, confirmé par arrêt du bureau de réunion du 18 février 1730.
(7) Louis-Pierre de Lubert, ancien major des gardes du corps de Stanislas, était fils de Louis de Lubert, président au Parlement de Paris; il s'était marié à Lunéville le 28 juillet 1766.
(8) Né en 1729, avait épousé en 1754 Élisabeth Zimmermann; mort en 1787 (Arch. M.-et-M., Suppl. E. Blâmont).
(9) Né en 1756, avait épousé en 1779 Catherine Voinot.
(10) Louis Fromental, né en 1761.
(11) Originaire de Saint-Georges, chef-lieu d'une des baronnies du prince de Beauvau (Arch. M.-et-M., Suppl. F, 1766).
(12) Emmanuel-François, marquis de Lambertye, maréchal de camp, et Louise Antoinette de Lambertye, sa femme (Arch. M-et-M, Suppl. E, 1766).
(13) Lettre du baron Charles-Gabriel Regneault de Châtillon, à Fromental, du 13 frimaire an II (3 déc. 1793) (Arch. M.-et-M, Suppl. Q, 1036).
(14) Il l'écrivait Glodont.
(15) Elles avaient eu lieu le 8 février 1790.
(16) M. Thomas de Mitry, maire le 25 juillet 1790, en suite de la démission du titulaire, conserva ses fonctions jusqu'au 4 septembre 1791 (Voir, sur ces incidents, Bibliothèque publique F L, 1236, un factum n° 35)
(17) Emprunt de 4 louis à la soeur de l'abbé de Laugier. Le Directoire contesta cette Créance, sous prétexte qu'elle n'avait pas date certaine (Arch. M.-et-M., Q, 1038).
(18) Arch. M.-et-M., L, 662, et Bibliothèque publique, F L. 1236, 35).
(19) J. S. A. L., 1894, p. 172.
(20) 14 sept. 1791, 111. S. A. L., 1886, p. 166.
(21) Arch. M.-et-M., Q, 1034.
(22) Arch. M.-et·M., Q, 1031.
(23) Arch. M.-et·M., Q, 1034.
(24) Né le 25 septembre 1766, mort le 16 mai 1821.
(25) 26 octobre 1792 (Arch. M.-et-M., Q, 1038).
(26) Arch. M.-et-M., Q, 1034:.
(27) Arch. M.-et-M., Q, 1038.
(28) Proclamation du 5 juillet; lois des 27 juillet et 6 septembre 1792.
(29) Arch. M.-et-M., Q, 1033.
(30) Arch. M.-et-M., Q, 1033.
(31) Arch. M.-et-M., Q, 431.
(32) Décrets des 1er mars, 31 août, 16 septembre, 17 octobre 1792, 13 brumaire, 2 ventôse, 9 messidor an II.
(33) L'exécution de cette décision provoqua de vives réclamations, L'agent national de Lunéville, Haillecourt, écrit, le 12 janvier 1195 (3 pluviôse an III), qu'il ne trouve pas de cuivre, sauf quelques chanlattes en rosette au château et à la comédie, mais que leur remplacement en fer-blanc, qui est d'une rareté et d'un prix extraordinaire dans ce moment, serait singulièrement contraire aux intérêts de la République. Il en envoie cependant 2.365 livres (Arch. M.-et-M., Q, 62).
(34) Peu après, le 14 août 1794 (27 thermidor an II), le Comité de Salut public revenait sur cette décision, et reconnaissait que les couvertures fines de coton et toutes celles réputées de luxe, étaient inutilisables dans les hôpitaux (MARION, Vente des biens nationaux, chap. IX, p. 239).
(35) Décret du 24 avril 1793.
(36) MARION, loc. cil, p. 236.
(37) Lettre du ministre Rolland, du 7 septembre 1794 (21 fructidor an II) (Arch. M.-et-M., Q, 1034).
(38) Arch. M.-et-M., Q, 1036.
(39) Articles 6, 7, 9 de la loi des 1er·2 février 1793.
(40) Arch. M.-et-M., Q, 1038. - Marguerite Conigliano, veuve de Marie-Joseph de Bussène, originaire de Franche-Comté, anobli le 22 septembre 1760 « étant venu à Lunéville il y a environ vingt-cinq ans, après avoir épousé la fille de Marie-Joseph Conigliano, attaché au service du roi de Pologne pour la fourniture des marchandises nécessaires à la dépense de sa maison ». M. de Bussène avait successivement acheté la seigneurie de Bathlémont (1749), puis les droits utiles de la seigneurie d'Igney et la terre de Gogney (1778). Il avait ensuite cédé Igney à l'ingénieur Lecreulx, et Gogney à M. de Mitry.
(41) Arch. M.-et-M., Q, 1033. - On pourrait multiplier facilement ces exemples. La mère du curé de Montreux, Barbiche, s'est retirée avec ses meubles chez une voisine. Elle y est morte. Le district de Blâmont revendique les meubles comme appartenant à un émigré (Arch. M.-et-M., Q, 1038). Blaise, prêtre à Rambervillers, est parti, donnant à sa domestique son mobilier, qu'elle ramène dans son village, à Hablainville. La municipalité s'empare de tout et fait enfermer à Blâmont cette femme et sa fille. Elles ont pu s'évader. Marianne Lhommée est la soeur d'un prêtre chassé pour refus de serment. Elle vivait avec lui et demande qu'on lui laisse au moins le mobilier qu'elle a reçu de ses parents. Le Directoire qualifie cette réclamation de ridicule, et la pauvre femme est dépouillée de tout (avril 1793).
(42) Arch. M.-et-M., Q, 431 et 1033.
(43) Charles DE RIBBES, Les Familles et la Société avant la Révolution, t. Il, 289·292.
(44) T. XI, art. II.
(45) T. XI, art. II.
(46) Coutumes nouvelles du titre XI, article IV.
(47) Ces dépendances sont: basse-cour, parc fermé de murailles, jardins et pourpris contigus, avec le droit de guet, etc.
Suivant la coutume de Paris, l'aîné prend, outre le château, soit les deux tiers soit la moitié des fiefs.
(48) Loi du 17 frimaire an II (7 déc. 1793) : « Les biens des pères et mères dont les enfants majeurs ont émigré sont séquestrés et mis sous la main de la nation. » Loi du 9 floréal an III (28 avril 1795) : « Tout ascendant d'émigré doit faire la déclaration détaillée de ses biens. Le Directoire procède à la liquidation de tout patrimoine supérieur à 20.000 livres. Il fera autant de parts égales qu'il y aura de têtes ou de souches, l'ascendant comptant pour une. Les parts revenant aux émigrés sont acquises à la nation. Les parents peuvent racheter à certaines conditions. » L'application de cette loi, suspendue comme inique le 25 juin 1795 (11 messidor an III), fut rétablie à titre facultatif le 31 mars 1796 (11 germinal an IV).
(49) Fils de Jean-Hyacinthe et de Jeanne de Franquemont, épouse le 6 avril 1777 Marie-Charlotte (ou Catherine) de Bault, née le 11 novembre 1759 de Dieudonné-Henry-Antoine-François de Bault, gentilhomme du roi de Pologne, habitant Blâmont, et de Rose-Élisabeth Abram (Arch. M.-et-M., E, Suppl. n° 1765).
Antérieurement, le 20 février 1699, Charles-Joseph de Mitry avait épousé Anne-Nicole, fille de Nicolas Regneault et de Marie-Catherine Haxaire, acquéreurs en 1676 du château de Châtillon (Dom PELLETIER).
(50) Arch. M.-et-M., Q, 1033-1035.
(51) Le district contesta cette créance, en alléguant qu'il y avait eu concert entre l'émigré et sa soeur, pour « ôter à la nation la juste indemnité que lui doivent les ennemis du bien public » (Arch. M.-et-M., Q, 1038).
(52) Arch, M.-et-M., Q, -103.5.
(53) Arch. M.-et-M., Q. 1041.
(54) 24 décembre 1792 (Arch. M.-et-M., Q, 1041).
(55) Arch. M.-et-M, Q, 638. - Le district se compose, à cette époque, de Hanus, Ducret, Fromental l'aîné, Marchal. Pacotte, Hertz et Lafrogne.
(56) 8 septembre 1792 (Arch. M.-et-M., Q, 1041).
(57) Arch. M.-et-M., L, 1525 et 3294; Q, 1038.
(58) Arch. M.-et-M., Q, 1033 et 431
(59) M. de Bault et Catherine (ou Charlotte) de Bault, sa soeur, née le 11 novembre 1759, devenue épouse de Jean-Thomas, comte de Mitry, étaient les enfants de Dieudonné-Henry-Antoine-François de Bault, né en 1712, mort le 14 mai 1762, gentilhomme du roi de Pologne, qui avait épousé en premières noces Catherine Massu de Fleury, morte le 4 juin 1756, et en secondes noces Rose-Élisabeth Abram, qui, en 1781, se remariait à M. de Villaucourt (témoin Jean-Thomas de Mitry, son gendre). (Arch. M.-et·M., E, Suppl., Blâmont, nos 1765-1766, et Q., 1038).
(60) La dénonciation est signée : Sonnini, administrateur; Brandon, secrétaire général (Arch. M.·et-M., L, 1524).
(61) Arch. M.-et-.M., Q, 3300. - Procès-verbal signé Laurent, Placiard, Georgeot, Bourguignon le jeune, Delorme, Petit et Castara.
(62) Arch. M.-et-M, Q, 1041.
(63) Réchicourt-le-Château, ·ancienne Meurthe, canton de l'arrondissement de Sarrebourg. Le comté s'étendait sur Avricourt, Foulcrey, Gondrexange, Ibigny, Moussey, Richeval (Arch. M.-et-M., Q, 1033-1040).
(64) Cette ventilation avait été faite le 12 janvier 1792 (Arch. M.-et-M., Q, 1095).
(65) Armande-Marie-Antoinette et Simplicie-Gabrielle-Armande.
(66) Louis-François-Armand de Vignerod du Plessis, duc de Richelieu, maréchal de France, petit-neveu du cardinal, était né en 1696. Il mourut en 1788. De sa seconde femme, Marie-Élisabeth-Sophie de Guise, morte en 1740, il avait deux enfants : Louis-Sophie-Antoine, duc de Fronsac, et, après son père, duc de Richelieu, mort en 1794, et une fille, qui fut la comtesse d'Egmont.
Le duc de Fronsac avait épousé successivement Mlle de Haute fort et Mlle de Galifet. Il eut trois enfants: deux filles et un fils puîné, Armand-Emmanuel, comte de Chinon, né en 1766, mort en 1821 sans enfant de son épouse, Mlle de Rochechouart. Louis XVIII a substitué sa pairie au fils de sa soeur, comtesse de Pumillac.
(67) Mémoires du maréchal de Richelieu, dans Mémoires relatifs à l'histoire de France, t. II, p. 414.
(68) Loi du 25 octobre 1792, art. 1 « Toutes les substitutions sont interdites et prohibées à l'avenir. »
(69) T. II, p. 316.
(70) Arch. M.-et-M., Q, 1035.
(71) Arch. M.-et-M., Q, 59.
(72) 24 thermidor an II (Arch. M.-et-M. Q. 1034)
(73) « Le procès des baronnies » (M.A.S. 1912).
(74) Contrat de mariage du 5 juillet 1791 (Arch. M.-et-M. Q, 1033, et L. 638).
(75) Arch. M.-et-M., L, 3157.
(76) Arch. M.-et-M., L, 3162.
(77) Arch. M.-et-M., L. 3160.
(78) M. GERMAIN DE MAIDY, Notice sur Frémonville, dans B. S. A. L., 1912, p. 186.
(79) Mathieu de Sailly dit l'ainé, capitaine au service d'Empire, et son frère Antoine-Joseph, étaient fils de François de Sailly, seigneur de Montigny et d'Igney, et de Marie-Madeleine de Nettancourt, fille de Gabriel-Laurent de Nettancourt (mort le 7 décembre 1735) et de Jeanne Cossu (morte le 27 août 1739). Antoine avait épousé, le 30 janvier 1786, Marie-Thérèse-Marguerite, comtesse de Pindray, dame de Guéblange. De ce mariage était née, le 29 janvier 1787, Charlotte-MarieThérèse de Sailly (Arch. M.-et-M., L, 3162).
(80) Arch. M.-et-M., Q, 1038-1041, L, 638 - Loi du 8 avril 1792 : « Ceux qui rentreront avant le 9 mai seront réintégrés..., mais ils paieront les frais du séquestre, toutes leurs contributions arriérées, et, a titre d'indemnité, une somme double de leurs impositions. » Le 23 octobre, la Convention décrétait que tous les émigrés sont bannis à perpétuité, et seront punis de mort s'ils rentrent.
(81) Catherine, baronne de Sailly, épouse de Georges-Constant-Alexandre de Martimprey (Arch. M.et-M., Q, 1033, et E, suppl., n° 1766, à la date du 27 janvier 1777).
(82) Arch. M.·et·M., L, 639.
(83) Notice précitée, B. S. A. L, 1912, p. 187.
(84) Arch. M.-et-M., L, 454. - Michel-Nicolas de Mirbeck, né à Barbas en 1769 de Nicolas de Mirbeck, chevalier de Saint-Louis, officier aux gardes du corps de Monsieur, lequel vivait encore en 1791, et de Marie Ervet, morte à vingt et un ans, peu après la naissance de son fils, le 15 novembre 1769. Elle était fille de Jean Ervet, ancien chirurgien militaire, et de Françoise Valier qui, en 1791, habitait le château de Barbas avec son petit-fils.
(85) Arch. M.-et-M., Q, 1034.
(86) Arch. M.-et-M., L, 3157.
(87) Loi du 4 mai 1793.
(88) Arch. M.-et-M., L, 3160.
(89) Arch. M.-et-M., L, 3157.
(90) Les actes du tribunal criminel ne sont pas déposés aux Archives départementales, mais sans doute à celles de la Cour, qui ne sont pas complètement classées.
(91)· Arch. M.-et-M., Q, 1034, 1038. - Jean-Louis de Billard de Salins, dit de Cheville, chevalier, lieutenant-colonel de cavalerie, seigneur de Montreux qu'il avait acheté en 1784, avait été maintenu dans les droits accordés à ses ancêtres de se qualifier gentilshommes (Complément au nobiliaire, LEPAGE et GERMAIN, p. 2233). II était célibataire, du moins en 1787.
(92) Arch. M.-et-M., L, 3375.
(93) Arch. M.-et-M., Q, 4340.
(94) La plupart des domaines seigneuriaux ont été acquis par des spéculateurs, toujours les mêmes, agissant individuellement ou en société. Leurs noms, très répandus dans le pays, sont portés actuellement encore par d'honorables familles dont plusieurs, malgré cette coïncidence, n'ont peut-être rien de commun avec eux. C'est pour ne prêter à aucun rapprochernent que nous ne les citons pas.
(95) Arch. M.-et-M., Q, 59 et 434
(96) Arch. M.-et-M., Q, 1034.
(97) Arch. M.-et-M., Q, 434.
(98) Joseph-Sigisbert-Arnould de Premont descendait du sieur Arnould, gentilhomme ordinaire du duc Léopold (1709), seigneur de Parey-Saint-Césaire et du fief de Prémont, ban de Thelod (canton de Vézelise) (LEPAGE, Communes, II, 267-727). Il avait épousé Marie-Thérèse-Marguerite Mortal, née le 7 octobre 1750.
(99) Arch. M.-et-M., Q, 1036.
(100) Ce séquestre arrêta la construction d'un château que M. de Prémont avait commencé et au sujet de laquelle il devait 600 livres à son architecte, Piroux, de Lunéville, qui venait tous les quinze jours visiter les travaux (Arch. M.-et-M., Q. 1034 et 1035).
(101) Arch. M.-et-M., Q, 1041, 12 mai 1794.
(102) C'est chez ce citoyen, et dans les ruines de Turquestein qu'il habitait en été, et où il venait d'édifier une chapelle approuvée par l'évêque constitutionnel, que la garde nationale de Blâmont avait fait une perquisition le 11 septembre 1791, pour rechercher les armes qu'on y disait cachées (.M. S. A. L., 1886, p. 166).
(103.) Arch. M.-et-M., Q, 1034.
(104) Né en 1742, mort le 1er septembre 1817.
(105) Arch. M.·et-M., Q, 1035.
(106) Arch. M.-et-M., Q, 1036.
(107) Arch. M.-et-M., L, 3158.
(108) Arch. municipales de Cirey, D, I, 1793, 1.
(109) Arch. M.-et-M, B, 11386.
(110) Hoëville, arrondissement et canton nord de Lunéville.
(111) Arch, M.-et-M., Q, 1034-1035. Les prébendes dont jouissait l'abbé de Laugier étaient celles de chanoine à Domèvre, Deneuvre, Saint-Jean-de-Briey et Saint-Amand-de-Metz.
(112) Arch. M.-et-M., E, 190.
(113) Tricolor Marc ou Marque est connu par deux factums conservés à la Bibliothèque, F L, 1574-1575.
(114) Le président du tribunal touche 300 livres par mois, les juges 250.
(115) Arch. M.-et-M., L, liasse et registre 3291-3292.
(116) Arch. M.-et-M., L, 3292.
(117) Arch. M.-et-M., Q, 431.
(118) Arch. M.-et-M., Q, 59 et 434
(119) Annuaires de l'an VIII, IX, X et suivants.

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