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12 août 1914 - Badonviller - L. Schaudel (2/3)
 

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Révolution de 1789. - Ce grand événement débuta à Badonviller par une assemblée du Tiers-État tenue, le 17 mars 1789. dans l'Hôtel de Ville. La ville, comptant alors 380 feux, choisit comme députés:
Joseph Duparge, prévôt; Ferdinand Pleigner, syndic; Louis-Joseph Chenal, rentier ; Joseph-Hubert Ganier, négociant, chargés de porter le cahier de remontrances de la ville, à Lunéville pour l'assemblée fixée au 23 mars, devant le lieutenant-général du bailliage. Ce cahier contenait 31 articles, dont les extraits suivants nous intéressent plus particulièrement:
Le Tiers-État demande:
1) Qu'aucun impôt ne puisse être établi ou prorogé, que du consentement de la Nation.
3) Qu'on achève la route d'Ogéviller à Badonviller et qu'on la prolonge jusqu'à Allarmont.
5) La suppression des maîtrises des eaux et forêts et le rétablissement de la gruerie de Badonviller.
7) Qu'on rende aux forgerons, boulangers, cloutiers, tonneliers, etc, le droit de prendre le bois nécessaire à leur profession dans les forêts du roi, droit qui leur avait été concédé en 1596.
8) L'autorisation de défricher le bois communal, dit de la Voivre contenant 200 arpents.
9) Que le prévôt de Badonviller juge en dernier ressort jusqu'à 150 livres et que la procédure soit simplifiée
14) L'abolition de la banalité des moulins.
16) Que le sel soit moins cher et de meilleure qualité.
17) Que le tabac soit meilleur et le prix diminue de moitié.
20) La suppression de la dime des pommes de terre.
23) La suppression du droit de guet et de garde au château de Pierre-Percée qui est ruiné.
24) Que la police soit administrée par les officiers municipaux.
28) L'établissement d'un impôt unique pour tous les besoins de l'État.
29) Que le clergé et la noblesse supportent leur part de cet impôt.
30) Que les ministres soient responsables de leur administration et punis dans le cas de prévarication.
31) La suppression de la vénalité des offices et la gratuité de la justice.


Le 2 août 1789, il est établi un comité de sûreté et on organise la milice bourgeoise.
Le 20 septembre 1789, on décide de fixer au dernier dimanche d'octobre la nomination des membres du conseil général de la commune. Ces membres sont choisis parmi tous les habitants, sans distinction de nobles, clercs et roturiers, au nombre de 25 et renouvelables tous les ans par cinquième. Le conseil général choisit, tous les 3 mois, le comité permanent de la ville, composé de 6 membres, d'un syndic et d'un greffier.
Le premier comité permanent élu était composé d'Antoine Chaurand, curé; Jean-Baptiste Brazy, chapelain; du comte de Bannerot; de Pierre-Blaise Lesaint; Nicolas Charton; Dieudonné Gouttier; le sieur Catabel, syndic et Joseph Aubry, greffier.
On sait que l'hiver 1788-89 fut un des plus rigoureux dont, à l'époque, on ait conservé la mémoire: « un grand nombre d'arbres ont été gelés; les moulins n'ont pu moudre et on a été sur le point d'éprouver une famine. La récolte, en 1789, fut mauvaise dans tous les grains; les pommes de terre, qui sont la ressource de cette province, ont manqué partout ».
Aussi, à la date du 6 octobre 1789, le conseil général vote-t-il un emprunt de 10.000 livres, pour acheter des grains et des pommes de terre à distribuer aux indigents.
Les idées nouvelles avaient trouvé ici et dans plusieurs localités voisines un terrain favorable. Un incident caractéristique, au cours d'une assemblée pour la fête de la Reconnaissance et des Bonnes Moeurs, fixée au premier décade du troisième mois (30 novembre 1793), témoigne de l'exaltation des esprits: pendant la promenade civique, on s'arrête devant l'arbre de la Liberté, et on allume un bûcher; soudain se détache de la foule, Nicolas Bannerot, dernier rejeton d'une famille honorée dans le pays. Il tient en main des papiers, les déchire avec mépris, les piétine, puis les jette au brasier, pendant que les assistants crient: « Vive la République ! périssent les tyrans ! »
Le cadre restreint de cette étude ne me permet pas de m'étendre sur les bouleversements, qui marquent la fin du 18e siècle et les premières années du XIXe. Rappelons seulement que la prévôté de Badonviller fut supprimée pour être remplacée par une Justice de Paix, dont le siège fut le chef-lieu d'un canton, duquel ressortissaient les communes de Pierre-Percée, Bionville, Angomont, Bréménil, Montreux, Neuviller, Sainte-Pôle, Vacqueville, Veney, Neufmaisons, Pexonne et Fenneviller. Supprimée en l'an VIII, la Justice de Paix fut rétablie en 1883 avec quelques modifications de son ressort, portant sur les communes de Veney, Vacqueville et Montreux, qui en furent détachées et remplacées par celles de Saint-Maurice et Raon-les-Leau. Un nouveau transfert à Baccarat eut lieu en 1925; mais ce siège étant sans titulaire depuis juin 1926, le service est provisoirement assuré, à Badonviller comme à Baccarat, par les Juges de Paix suppléants restés en fonction.
Les invasions de 1814 et 1815 n'ont pas laissé de souvenir pénible dans la région de Badonviller. Celle de 1870 s'est manifestée, à la fin de septembre dans la contrée, par l'arrivée d'une colonne de 1200 hommes débouchant de la forêt, à la Charbonnière.
Les jours suivants; . des escarmouches eurent lieu entre cette troupe ennemie et les gardes mobiles et francs tireurs des Vosges, dans la combe de Xapenamoulin et à la scierie Lajus.


Ruines de Pierre-Percée côté occidental (versant de la combe de Jérusalem-Xapenamoulin)

Les Allemands occupèrent la région du 30 Septembre 1870 au 28 août 1871. Durant cette période, Badonviller fut soumis à de multiples réquisitions. L'autorité prussienne ayant fait évacuer des ambulances de Metz, 900 malades, pour être entretenus et soignés à Lunéville, le préfet prussien décida que la dépense, estimée de 25 à 30.000 francs, serait répartie entre les commune de l'arrondissement. Badonviller dut, en outre, payer une somme de 3.433 francs pour quote-part de la contribution de 750.000 francs imposée aux trois arrondissements de Toul, Nancy et Lunéville, sous prétexte de dommages causés aux nationaux allemands.
Une délibération du conseil municipal du 28 avril 1871 nous apprend, que pour satisfaire aux diverses réquisitions faites pendant la durée de la guerre, par l'autorité allemande, et dont la commune a été frappée du 1er août 1870 au 2 mars 1871, M. Mangeon, ancien notaire, prêta 27.692 francs et M. Grilliet, négociant, 2.000 francs. Le règlement définitif du 2 août 1871, mentionne encore une indemnité de 3.500 francs payée aux convoyeurs requis par les Allemands pour perte de chevaux et acquisition de bétail.
L'élection de la municipalité, après la chute de l'Empire et la proclamation de la République, eut lieu le 30 avril et le 7 mai 1871. Les élus de ce nouveau conseil furent: MM. PERRET HELLUY, Joseph; LICOURT, Charles Théodore; MAROTEL, François Ernest; FENAL, Nicolas; GRILLIET, Jean-Baptiste fils; GEOFFROY, Jean François; JACQUE, Arsène; CHOINIER, Constant; SEYER, Sébastien; MUNIER, Nicolas; COMBEAU, Jean-Baptiste; HALLER, Michel Martin; MANGEON, Pierre Jose ph; MESSIER, Léon; CROUZIER, Prosper et AUBRY, Jules.
Le conseil municipal ainsi constitué choisit, pour Maire M. PERRET HELLUY, et pour adjoint, M. GRILLIET.


Objet en pierre taillée trouvé dans le mur d'enceinte de la Ville accompagné d'un oeuf de poule.
(voir pages 9 et 10) - Dessin de Marcel Kartener


Ancienne Grande rue à hauteur de la place de la République actuelle.


Rue de Lorraine avant sa reconstruction.


Rue Saint-Martin. Sur l'emplacement du bâtiment central, se trouve maintenant la Justice de Paix.

DEUXIÈME PARTIE
Badonviller pendant la grande guerre

L'invasion. - M. E. FOURNIER, maire actuel, présent à Badonviller durant toute la campagne, par conséquent témoin oculaire, a pour ainsi dire noté jour par jour les événements ainsi rapportés:
« Dès le 10 Août 1914, les habitants eurent l'impression que des événements graves se déroulaient autour d'eux. Parux en entier brûlait - Bréménil était incendié.
« Le mardi 11 Août, vers 16 heures, les fumées des incendies semblèrent plus proches. Le feu était à Malgréjean, à 1500 mètres de Badonviller, où l'ennemi était parvenu. Les premiers obus sifflaient sur la ville. Le lendemain 12 Août, après un combat qui dura de 5 à 9 heures du matin, quatre heures pendant lesquelles le 20e bataillon de chasseurs à pied résista héroïquement à des troupes bien supérieures en nombre, les Bavarois entrèrent en force à Badonviller. A ce moment, quelques chasseurs en retraite tirèrent sur les colonnes qui venaient renforcer l'ennemi. Furieux de cette fusillade, les Allemands alléguèrent que des civils avaient tiré sur eux, prétexte mensonger toujours invoqué pour justifier
leurs crimes. Ce fut alors un déchaînement de rage d'une sauvagerie inouïe. "Feu et sang" ! tel fut l'ordre donnée par l'un des chefs digne émule d'Attila. Et malgré les protestations et les assurances du maire et des notables, le sinistre carnage s'accomplit.
« A Badonviller, comme dans bien d'autres communes de France et de Belgique, obéissant à l'ordre criminel de terroriser les habitants, les premiers envahisseurs teutons:
« Ont pillé: Après avoir ordonné à la population de se rendre: les hommes à l'Hôtel-de-Ville, les femmes dans la propriété enclose de M. FENAL, et de laisser portes et fenêtres ouvertes, les Vandales pénétrèrent partout, brisant et pillant de la cave au grenier, jetant sur le sol les denrées qu'ils ne pouvaient pas • emporter. Des voitures vinrent, dans cet après-midi du 12 Août, enlever literies et couchages.
« Ils ont incendié: Brûlant les maisons l'une après l'autre, méthodiquement, scientifiquement, avec ces engins spéciaux qui faisaient partie de leurs équipements de guerre, ne permettant à aucun propriétaire de sauver quoi que ce soit, même le bétail. - 84 maisons et l'église furent entièrement détruites dans cette journée.
« Ils ont assassiné. - Tirant sur les habitants sans distinction d'âge ou de sexe, les tuant au hasard, dans les rues, sur le pas de leurs portes, presque à bout portant. Douze civils ont ainsi trouvé la mort.
« Ils ont achevé des blessés. - Deux chasseurs à pied, blessés, ayant été surpris dans l'écurie de l'hôtel de la Gare, les bandits vinrent demander des allumettes à l'hôtesse et mirent le feu à son écurie, en sa présence, empêchant les blessés de sortir. Ces malheureux furent carbonisés avec un cheval qui se trouvait encore dans le bâtiment. Ils incendièrent la maison de M. DÉBUS, directeur de la Faïencerie, servant d'ambulance et protégée par la Croix Rouge. L'on eut à peine le temps d'évacuer les blessés.
« Ils ont brutalisé les prisonniers civils et otages. - L'ordre de se réunir sous les halles fut appliqué pour tous sans souci de l'âge et des infirmités. Ils y traînèrent, en les rouant de coups, des vieillards (M. NIER, 85 ans; M. OLIVIER, 75 ans); des aveugles (M. GRANGÉ); des simples d'esprit (M. X.). M. BATOZ, 65 ans, malade, fut traîné en chemise de son lit sur la route.
« Le 13 Août, en se retirant, ils emmenèrent comme otages : MM. Dedenon, représentant de la municipalité; Coulon, Juge de Paix; Jeanniot, Receveur des Postes ; L. Ory, Commis de Perception ; Thomas, chef comptable de la Faïencerie; Bertrand et Diedler, gardes-champêtres ; Gustave Dony; Jean-Baptiste Duhaut; Auguste Georges ; Marcel Grandclaude; René Grandclaude; André Job;
Jean Ott; Victor Chevalier..., vieillards ou adolescents désignés d'office ou pris au hasard. Sur la route de l'exil, nos malheureux compatriotes subirent injures et mauvais traitements; ils furent incarcérés pendant 25 jours à la prison de Strasbourg.


Photo J. Scherbeck, Nancy
M. R. COULON, Juge de Paix.

« Le 14 Août, la joie de revoir les nôtres nous était rendue - Vers 8 heures du matin, le 105e régiment d'infanterie, suivi des 123e et 139e (13e Corps d'Armée) entraient à Badonviller et repoussaient l'envahisseur. Ils firent quelques prisonniers, dont trois Bavarois réfugiés au café Choinier. La population courroucée, les menaça ; mais M. BENOIT, maire, qui cependant venait d'avoir son épouse lâchement assassinée et ses propriétés dévastées, s'interpose et les soustrait à la colère de la foule.
« Le 19 Août, M. MIRMAN, Préfet, accompagné de M. MINIER, Sous-Prefet de Lunéville et de M. MÉQUILLET, Député, vint remettre la croix de la Légion d'honneur à M. BENOIT, Maire. Madame MIRMAN, au nom de toutes les femmes de France déposa, sur les tombes des victimes du 12 Août, des gerbes de fleurs nouées de rubans tricolores.
« Le 22 Août, le Zeppelin VIII, qui lançait des bombes, dont une tomba au cimetière, était descendu par l'équipe mobile du 2e échelon du 21e Corps placé sous les ordres du Commandant Beaucourt, et établie au sud de la ville à "la Valence". Au cinquième coup de 75, les pointeurs Gondouin et Colibert abattaient le monstre, qui atterrissait vers la Chapelotte. Ce fut le premier Zeppelin abattu sur la terre de France.
« Le soir de ce même jour, la retraite de nos troupes, qui venaient de se heurter aux positions, fortifiées et préparées à l'avance, de Sarrebourg, s'accélérait. Et hélas ! le lendemain 23 Août, l'ennemi, dans sa ruée sur Paris et la trouée de Charmes, occupait de nouveau Badonviller jusqu'au 12 septembre 1914.
« Craignant de nouvelles représailles, les neuf dixièmes de la population partirent, accablés, pour l'exil, sans but précis, se chargeant de quelques objets indispensables. Lamentable exode !
« Pendant cette seconde occupation, les Allemands enlevèrent tout ce qui, la première fois, avait échappé au pillage. M. Lejeal, Percepteur, administra la commune, avec un tact et un courage au-dessus de tout éloge.
« Après un nouveau retour de nos troupes, qui devait encore être éphémère, l'ennemi envahissait pour la troisième fois Badonviller, le 21 septembre. Mais, devant la pression de nos chasseurs alpins, il du battre en retraite vers Cirey quatre jours après. Furieux de ces échecs successifs, les Allemands bombardèrent Badonviller dans la nuit du 5 au 6 octobre 1914. Il n'y eut heureusement aucune victime.


M. LEJEAL, Percepteur

« Les Bombardements. (1915 -1918). -Après une période de calme qui se prolongea jusqu'en février 1915, les Allemands montrèrent à nouveau de l'activité dans notre région.
« Le 21 février, ils envoyaient sur la ville trente obus de gros calibre, qui ne firent que des dégâts matériels. Les 27-28 février, 1er, 2 et 3 mars, ils attaquaient en force le secteur, notamment la Chapelotte, Neuviller et le Chamois, et ils établissaient leurs lignes à 1500 mètres de Badonviller. Les vaillantes troupes de la 71e Division d'infanterie et du 34e Régiment d'infanterie territoriale résistèrent énergiquement à l'ennemi, supérieur en nombre, et sauvèrent Badonviller d'une quatrième invasion.
« A partir de cette époque jusqu'au jour de l' Armistice, l'ennemi s'acharna sur notre malheureuse cité, qui ne comprenait plus une seule maison épargnée par les obus. Le nombre des bombardements directs sur la ville est d'environ 190, dont plusieurs à obus incendiaires et une douzaine à obus toxiques. Dix personnes de la population civile sont mortes victimes des bombardements; vingt deux autres ont été blessées par éclats d'obus.
« Le ravitaillement fut des plus pénibles, les convois civils circulant obligatoirement de nuit, et deux fois par semaine seulement, sur les routes sans cesse battues par l'artillerie.
« En mars 1916, il ne restait plus que 260 habitants, chiffre qui s'est maintenu jusqu'au commencement de l'évacuation totale de 1918.
« Le 21 avril 1915, M. Mirman, Préfet et M. Minier, Sous-Préfet visitent Badonviller encore violemment bombardé, confiant l'administration de la Commune à M. Émile Fournier qui a continué à l'exercer sur place jusqu'a l'évacuation définitive en juin 1918, secondé par une commission municipale composée de MM. le Docteur Bauquel, Berte, Charles; Colin, Jules; Ferry, Louis; Siatte, Honoré et Thomas, Émile.
« Le 18 mai 1915, la population est munie de masques contre les gaz.
« Le 20 août suivant, date du 100 bombardement de la ville, il y eut une visite d'officiers supérieurs de toutes les nations alliées, suivie, le 11 septembre, par la visite d'attachés militaires des pays neutres, parmi lesquels figurait encore un officier Bulgare.
« Du 21 février 1916, jusqu'au mois d'avril suivant, Badonviller supporta 26 bombardements très violents, qui firent plusieurs victimes parmi la population civile; les Allemands attaquèrent plusieurs fois aux étangs de Thiaville.
« Le 20 mars 1916, passage du Président de la République ; sous un violent bombardement, M. Raymond Poincaré visita les tranchées et le Chamois.
« Le 25 avril suivant, l'ennemi attaque la Chapelotte; il est repoussé et laisse près de mille morts sur le terrain.
« Le 21 juin, Badonviller reçut la visite du général Berthelot et le 15 juillet, celle de M. Mirman.
« Le 11 décembre1916, passage du général Franchet d'Esperey, commandant alors le groupe des Armées de l'Est, et, le 23 juillet 1917, visite du général Marchand, commandant la Division en secteur, venant se rendre compte des dégâts du bombardement allemand de la veille, qui avait fait quatre victimes civiles.
« Les 19 et 20 août1917, violents coups de main ennemis, vers le Village Nègre, chaque fois repoussés.
« Le 27 décembre 1917, le général Mangin visita les cantonnements et Badonviller; il revint à nouveau le 16 janvier suivant féliciter et décorer les troupes du vaillant 169e Régiment d'infanterie qui, la veille, dans un coup de main réussi, avaient fait 41 prisonniers au Chamois.
« Le 9 février 1918, les premiers obus à gaz tombèrent sur Badonviller. Le 23 février, les premiers soldats Américains (42e division) venant combattre sur notre territoire, entraient à Badonviller se rendant directement aux tranchées. La population présente fut frappée et réconfortée par le calme admirable de ces nouveaux alliés qui, dès le 5 mars, montrèrent leur bravoure, en repoussant victorieusement un fort coup de main ennemi. C'est ce jour là que, sur le territoire de Badonviller, fut tué le premier officier Américain, un capitaine, avec 18 de ses soldats.
« Le lendemain, 6 mars 1918, le général Pershing vint féliciter à Badonviller ses vaillantes troupes. Les drapeaux des nations alliées flottaient à l'Hôtel de Ville depuis l'arrivée des frères d'armes américains.
« A partir du 14 mars 1918, l'évacuation de Badonviller, conseillée depuis le 27 janvier, entra en exécution avec l'aide de camions automobiles qui, à partir du 16, effectuèrent leurs transports sous d'incessants bombardements. Les tirs allaient en s'accentuant jusqu'au dimanche 24 mars, date d'un des plus violents bombardements de Badonviller avec obus de gros calibre. Plusieurs incendies se déclarèrent, et toute la nuit le tir continua, avec obus explosifs et toxiques, précédant de larges coups de main ennemis. Les jours suivants, Badonviller est encore bombardé et nombreuses sont les maisons rendues inhabitables. Le 26 mars, visite de M. Mirman, Préfet. L'évacuation générale fut décidée et se termina le 30 juin 1918.
« Entre temps, de nouvelles et fréquentes émissions de gaz étaient effectuées par l'ennemi, notamment les 27 et 29 mai, 12, 19, 20, 24 et 25 juin. Mme Job et M. et Mme Émile Thomas furent sérieusement atteints par l'ypérite. Quelques jours seulement avant l'armistice, les Allemands, dans leur rage folle, bombardaient encore Badonviller avec minenwerfer (projecteurs à gaz).


12 Août 1914 - L'église en flammes (bas-relief du monument)


Ruines de la rue Gambetta et de l'église après le bombardement et l'incendie du 12 août 1914. Au premier plan, barrage crénelé qui barrait la rue.


Intérieur de l'église après le bombardement du 12 août 1914.


Hôtel-de-Ville et, à droite, rue de Lorraine, aujourd'hui rue du bienfaiteur Crouzier.
Au premier plan, barrage crénelé au bas de la rue Gambetta.


Portraits de Madame et Monsieur Benoît, Maire de Badonviller en 1914 et décoré de la Légion d'honneur, le 19 août 1914. Ruines de leur maison incendiée le 12 août 1914.
La croix indique la fenêtre de l'appartement où Madame Benoit fut tuée et laissée dans les flammes.


Cité ouvrière de la gare, incendiée le 12 août 1914.


Ruines d'un coin du cimetière de Badonviller.


Ruines de la maison Georges, sur l'avenue de la Chapelotte. A gauche, tombe de trois victimes de cette famille (père, mère et gendre).


Avenue de la Chapelotte après l'invasion du 12 août 1914. Ce quartier fut plus particulièrement le théâtre de la fureur des troupes bavaroises. La croix blanche indique l'endroit où fut tué, sous les yeux de ses parents, le jeune Massel. A droite, ruines de la maison Georges


Faubourg d'Alsace, maintenant rue Pasteur, après l'incendie du 12 aoùt1914 et les bombardements ultérieurs.


Propriété de M. Édouard-Théophile Fenal; vue avant et après l'incendie. Une ambulance y avait été organisée par Mesdames Fenal et fonctionnait au moment de l'invasion.


Bâtiments de la Faïencerie Ed.-Théophile Fenal, après les bombardements.


Ruines au carrefour de la rue de la Gare, aujourd'hui avenue du Maréchal Joffre, et de la route de Bréménil, maintenant avenue du Chamois.


Badonviller après la guerre

Le jour à jamais mémorable de la cessation des hostilités se leva, enfin, à l'aube du 11 novembre 1918. Les milliers de bouches à feu qui depuis si longtemps semaient la mort, la douleur, la dévastation, déchiquetant les arbres fruitiers de nos vergers et ceux de nos magnifiques forêts, creusant et bouleversant le sol, au point de transformer en paysages lunaires la zone des tranchées, ces engins de toutes formes, de plus en plus meurtriers, cessèrent tout à coup de faire entendre leur roulement presque continu de tonnerre d'un orage ininterrompu de plus de quatre interminables années.
L'attachement inné de l'homme à son foyer se manifesta cette fois encore dans toute sa force, car dès les premiers mois de l'année 1919, les familles revinrent en grand nombre de leurs plus ou moins lointains lieux de refuge, bien que Badonviller n'offrît plus, aux habitants accourus à la première heure, que le tableau lamentable d'une ville en ruines. Ils s'installèrent bravement, les uns dans les bâtiments susceptibles d'être restaurés et de leur procurer un abri, d'autres dans des baraques en planches hâtivement élevées, demeures très sommairement meublées, incommodes et souvent malsaines.
La guerre leur ayant démontré que l'union fait la force, les sinistrés, suivant le judicieux conseil d'un initiateur persuasif et entraînant, M. l'abbé Thouvenin, fondèrent l'une des toutes premières coopératives de reconstruction, qui réunit près de 200 adhérents. Conformément à ses statuts, la première assemblée élut ses administrateurs: MM. Ed. Fenal, E. Fournier, Jacquemin Ernest, Jacquemin Pierre, Kayser, Ory, Perrin, Siatte, Schaudel et Trudelle. Par la suite, MM. Kayser, Perrin et Siatte furent remplacés par MM. Cuny Alphonse, Geoffroy et Hovasse, et M. Trudelle nommé commissaire des comptes eut à son tour pour successeur, M. Ch. F. Devaux, Juge de Paix à Nancy et M. le Docteur Jacquot; ce conseil d'administration élut M. P. Jacquemin, président; M. Ed. Fenal, vice-président; M. L. Ory, secrétaire et M. L. Schaudel, trésorier.
Une oeuvre aussi importante ne pouvait réussir que si tous les membres élus, et surtout ceux du bureau, étaient décidés à y consacrer tous leurs efforts. L'éloignement du président, habitant Nancy, ne tarda pas à obliger le trésorier de joindre à la charge déjà pesante d'une gestion compliquée, celle d'administrateur-délégué, comportant la transmission des mémoires, et la correspondance journalière avec les services de la Préfecture. La partie technique (accords et marchés avec l'architecte et les entrepreneurs, ordre et réception des travaux) fut assurée par le président et les autres administrateurs~
La tâche assumée par la Coopérative de reconstruction était formidable et huit années entières n'ont pas épuisé les efforts à accomplir, dans des conditions particulièrement difficiles. La reconstruction de l'église, sous la direction des architectes des monuments historiques, MM. Guët et Charbonnier, aggrava dans une forte mesure le travail de gestion, d'autant plus que les allocations de l'État ne s'obtenaient que par tranches multiples, le plus souvent en obligations de la Défense Nationale, aux cours variables, entraînant parfois des pertes sérieuses. Mais, en acceptant ce surcroît de labeur, la Société coopérative a pu donner à la population de Badonviller la grande satisfaction d'avancer, de quelques années peut-être, la jouissance de son église et, par suite, d'abandonner la chapelle provisoire en planches qui, les jours de grande affluence, constituait un véritable danger pour les occupants.
Une Commission des Dommages de guerre, instituée pour le canton en exécution de la loi du 17 avril 1919 et chargées d'évaluer et d'accorder les indemnités demandées par les sinistrés, fonctionna à partir de 1920. Elle était composée par MM. Coulon, Juge de paix, président; Louis Schaudel, Receveur principal des Douanes en retraite et Juge de paix suppléant, représentant les Ministres des Finances et des Régions libérées; M. Chollot, de Cirey, Receveur des contributions indirectes en retraite, remplacé après quelques mois, par Me Roger Rbhaud, Avocat à Lunéville, représentant du Préfet; MM. Morel, Chanot, Fort, Poussardin, Seyer, Chenu, Thomas, Cadix, Demetz décédé en cours de fonction et remplacé par M. Dufour, tous deux de Neufmaisons, Haxaire, brigadier forestier, commissaires experts.
Le rôle de cette Commission était extrêmement important, offrant une certaine analogie avec celui d'un tribunaI; car la loi lui attribuait une procédure d'instruction se rapprochant de l'instruction judiciaire et aboutissant, en cas d'accord, à des décisions définitives. Une telle mission ne pouvait être loyalement assurée que par des hommes bien pénétrés du sentiment du devoir, faisant abstraction de toute sympathie ou antipathie personnelles, ne s'inspirant que des principes d'une stricte impartialité ou d'une saine justice. A ces qualités de caractère devaient se joindre des qualités professionnelles de compétence et une connaissance très utile de la situation de presque tous les sinistrés du canton, de leurs immeubles et exploitations.
Il ne m'appartient pas d'apprécier ici comment cette mission a été remplie; mais je puis dire, que le rôle de la commission a été particulièrement pénible, quand elle avait à décider sur des demandes parfois exagérées, résultant surtout de l'obligation où se trouvaient les sinistrés illettrés ou peu instruits, de recourir à des écrivains publics improvisés, plus ou moins consciencieux.
Par contre, la Commission s'est trouvée, en ce qui concerne les immeubles, devant des devis estimatifs souvent hâtivement bâclés par des architectes nullement préparés à une oeuvre de restauration d'une telle envergure, et qui présentaient, les uns des majorations évidentes, et d'autres, surtout pour des maisons réparables, des insuffisances que les experts de la Commission ne pouvaient que bien difficilement apercevoir et qui se sont surtout fait sentir au moment de l'exécution des travaux. Il y eut ainsi des sinistrés, qui s'étaient fiés à la compétence et à la conscience des architectes, insuffisamment dédommagés et subissant des pertes, que la coopérative de reconstruction s'est efforcée d'atténuer autant que possible.
Dès 1919, (1) Badonviller tint à commémorer la journée tragique du 12 Août1914, par une cérémonie religieuse, que voulut bien présider Mgr Ruch, évêque de Nancy. Pour faire honneur aux hôtes venus en grand nombre, les habitants avaient revêtu le deuil de leurs ruines d'une parure de fête: drapeaux, guirlandes de mousse et de feuillage, décoraient les maisons aux blessures béantes. Un cortège, où prirent place M. Langeron, Sous-Préfet de Lunéville; M. le Général Jacquemot; M. le Colonel Saint-Hillier, etc, précédés de la musique du 109e, d'un piquet d'infanterie et de jeunes gens porteurs de palmes et de couronnes, se rendit devant l'église, dont les ruines tapissées de verdure servirent de fond de tableau à un autel érigé sur les marches du parvis. La messe fut célébrée par le Curé-Doyen, M. l'abbé Mougin, décoré de la médaille militaire, devant une foule silencieuse et recueillie. Mgr Ruch prononça un sermon impressionnant qu'il termina par un hommage aux morts de la Grande Guerre, aux défenseurs de Badonviller: « qu'ils soient bénis, ajouta-t-il, pour avoir sauvé le sol sacré de cette cité martyre ! »

(1) Déjà en 1915, 16 et 17, pendant les bombardements, des cérémonies commémoratives, organisées par M. Fournier avaient eu lieu, honorées chaque fois, de la présence de M. Mirman, de M. Langeron, Sous-Préfet de Lunéville et des Représentants de l'Armée. Après un service funèbre, des couronnes et gerbes étaient déposées sur les tombes des victimes.

Après l'absoute, donnée par le vénéré et regretté évêque, le cortège se reforma pr le pieux pèlerinage aux tombes des victimes civiles et aux cimetières militaires. Devant la croix, qui se dressait au milieu de la nécropole, des discours furent prononcés; celui de M. Benoit, maire, se termina par ces mots, qui, dans la bouche de l'homme le plus terriblement éprouvé de la ville, prennent une signification d'une haute valeur morale: « nous n'avons pas de haine, la haine est indigne de nous, nous devons seulement réclamer le châtiment exemplaire des coupables».


Photo Meurey, Celles-sur-Plaine.
M. l'Abbé MOUGIN, Curé-Doyen.

Ajoutons que depuis, l'anniversaire de la terrible journée du 12 Août est célébré, avec la même ferveur et le même cérémonial, en souvenir des victimes civiles et des héros aujourd'hui réunis dans le vaste cimetière militaire, prolongement du cimetière de la ville.
Dès 1920, sous les auspices de la municipalité, fut constitué un Comité pour l'érection, sur l'une des places publiques, d'un monument commémoratif en l'honneur des victimes de Badonviller et des soldats français et alliés tombés, au nombre de plusieurs milliers, sur le territoire de notre canton martyr. Un comité d'honneur, sous le haut patronage du Président de la République, M. Millerand et de MM. les Maréchaux Foch et Lyautey, et un comité d'action, composé de M. E. Fournier, président; M. Édouard Fenal, conseiller général et M. Coulon, juge de Paix, vice-présidents; M. Carrier. trésorier et M. Didierjean, secrétaire, réunirent en peu de temps une somme suffisamment élevée pour la réalisation de ce projet. Le 31 octobre 1923, une assemblée du comité d'action, entre autres dispositions utiles, décida l'organisation d'un concours d'artistes français et alliés, et il fixa l'emplacement du monument. Un Jury, composé de 15 membres, désignés par le comité, porta unanimement son choix sur la maquette présentée par MM. Antoine, architecte, à Nancy et P. Bachelet, sculpteur à Paris. Dans une dernière réunion, le 26 juin 1924, furent fixés les derniers détails d'exécution. Sur ma proposition, il fut décidé que sur la face postérieure du monument figurerait la carte du canton, avec reproduction des anciennes lignes de tranchées et inscription des lieux célèbres par la violence de la lutte.
Parmi les premières adhésions et souscriptions figure celle du général Marchand, le héros de Fachoda, avec la lettre suivante, adressée à M. Fournier, maire, le 7 juillet 1920.

Paris, le 7 Juillet 1920.
4, Avenue Brouardel (VIIe)
Monsieur FOURNIER, Maire de Badonviller,
J'accepte bien volontiers de faire partie du comité de patronage ou du comité d'organisation du monument commémoratif de la grande guerre 14/18, que vous projetez d'ériger sur le territoire de l'héroïque Badonviller.
Nulle ville en France et sur tout le front occidental n'est plus désignée, en effet, que la vôtre, pour symboliser l'arrêt brutal et définitif signifié dès le début de la guerre, et le premier effet de surprise passé, à la marée germanique, qui dut s'étaler entre Badonviller et Bréménil, dès sa première étape sur une de ses principales routes d'invasion, minutieusement reconnue et préparée depuis longtemps.
Badonviller est, à ma connaissance, et sur le front occidental, la ville la plus rapprochée des lignes ennemies (1200 mètres), et que sa population ne s'est jamais résignée un seul jour à abandonner. du début des hostilités à l'armistice, en dépit de l'imminent et quotidien danger de destruction instantanée que l'artillerie lourde allemande fit peser sur elle pendant chacune des heures des cinquante mois d'un investissement presque complet.
Commandant les troupes françaises à la double reprise de la ville des 14 et 25 septembre 1914, et étant revenu exercer le commandement du secteur de Baccarat pendant l'été de l'année 1917, je sais mieux que personne ce que cette population lorraine, vaillante entre les vaillantes, a souffert durant le long martyre de quatre années, et j'ai eu bien des occasions d'apprécier son héroïsme. sa foi patriotique, sa ténacité sans précédent même du Lorrain, sa résolution froide et tranquille de se laisser ensevelir sous les ruines de ses maisons et de ses monuments, plutôt que de fuir ou de céder.
Cela n'est pas phrase de littérature, pas même langage de symboles. Ce sont des faits, des faits vécus. J'ai vu des soldats de France et ceux d'Allemagne aux prises sous les vergers, dans les rues et sur les places de Badonviller l'indomptable. J'ai vu ses maisons flamber dans la bataille. J'ai vu ensuite, bien des fois, les gros obus tomber dans les avenues et les jardins, défoncer les toits, prélever une trop lourde rançon sur ses habitants obstinés, et toujours la population sans émoi visible, vaquer à ses occupations journalières, aider au sauvetage, secourir les soldats blessés, plaisanter avec des valides et les encourager.
J'ignore si ces choses de l'existence quotidienne de guerre se sont vues ailleurs. Elles étaient monnaie courante à Badonviller. Et je puis dire que cette étonnante population avait réussi ce tour de force de faire entrer la guerre, son drame permanent, trop souvent ses horreurs, dans son geste domestique de tous les jours, et de la traiter avec la même indifférence née de l'accoutumance.
Je vous prie, Monsieur le Maire, de vouloir bien agréer pour vous comme pour tous vos administrés, l'hommage de mon respect admiratif.
Général Marchand.

Aucun hommage ne pouvait venir de plus haut, ni être prononcé avec une plus incontestable autorité. Le général Marchand traduisait ainsi les termes concis de la citation à l'ordre de l'armée qui ajoute un immortel fleuron à la couronne de gloire de Badonviller.
L'appel des comités d'honneur et d'action fut entendu dans la France entière; il s'est répercuté en échos profonds jusque dans le coeur des poilus qui, sous le toit modeste où ils se reposaient de leurs fatigues, de leurs souffrances, de leurs blessures, ont répondu par l'envoi de leur obole.
Le 21 juin 1921, une belle manifestation eut lieu à Badonviller. M. Dior, Ministre du Commerce, délégué par le Gouvernement, vint, accompagné des sénateurs et députés du département, pour la remise de la croix de Guerre aux communes du canton. La réception eut lieu sur une estrade dressée devant les ruines de l'église. Des discours, très applaudis, furent prononcés, par M. E. Fournier, maire, M. Édouard Fenal, conseiller général, M. G. Mazerand, député et par M. le Ministre. M. le général Penet épingla ensuite la croix de Guerre sur des coussins également ornés tenus par le maire de chacune des communes d'Angomont, de Badonviller, de Bionville, de Bréménil, de Fenneviller, de Neuviller, de Pexonne, de Pierre-Percée, de Saint-Maurice, de Sainte-Pôle, de Montigny et de Parux.
Cette imposante cérémonie, s'est terminée par la remise des décorations individuelles et posthumes. « Des veuves, des mamans sont venues sur l'estrade recevoir la croix du fils, du mari disparu. Des enfants ont été embrassés par le général, qui épingla sur le petit veston, la croix de la Légion d'honneur qu'avait gagnée le pauvre papa ! Et, ajoute notre barde lorrain, Fernand Rousselot, ce ruban rouge sur la poitrine du tout petit était une chose plus émouvante que je ne saurais dire, puisque, je l'avoue, elle m'a tiré de vraies larmes ».
L'oeuvre de reconstruction, marqua une première étape par l'inauguration, le 28 Octobre 1923, de l'Hôtel-de-ville, reconstruite sous la direction de l'architecte, M. Deville, par les entrepreneurs Gayet et Fauvet pour la maçonnerie; Chanot, pour la menuiserie; Cottinaut, pour la plâtrerie et les staffs; Roppenneck, pour la peinture et la décoration; Cayette, l'artiste nancéien, qui a fait la rampe du grand escalier et le magnifique balcon de la fenêtre centrale; M. Corette, un enfant de Badonvlller, qui a peint trois beaux panneaux décoratifs, en dessus de porte pour le grand salon et la salle du conseil attenante.


Rue Thiers et son barrage crénelé au premier plan.


Ruines de la Grande Rue, aujourd'hui rue du Maréchal Foch.
A droite, emplacement de l'ancienne "Porte d'en haut ou Porte de France". Partie complètement détruite.


Entrée de la rue Notre-Dame.


Angle de la rue Saint-Martin et de la rue de la Blette, maintenant rue Claudot. L'emplacement
de cet édifice en ruine, l'un des plus anciens de la ville, est transformé en jardin.


Faubourg d'Alsace, aujourd'hui rue Pasteur, après l'incendie du 12 août et les bombardements.


Chalet " Les Merises" sur la route de Pierre-Percée, après les bombardements.
Propriété de M. Trudelle.


Ruines de la rue Chanzy vers l'hôpital.


Mitrailleurs en action en première ligne.
Chamois 1915.


Boyau de communication de Badonviller à Malgréjean, en 1915.


Poste de commandement de la partie de la forêt "La Charbonnière" où se trouvaient les abris connus sous le nom de "Village Nègre".


Tranchée de 1re ligne, au Chamois.


Autre tranchée de 1re ligne au Chamois.

A 11 heures, le Maire, M. Fournier, assisté du conseil municipal, reçut les personnages officiels: M. Paul Bouët, Sous-Préfet de Lunéville; M. G. Mazerand, député; M. Ed. Fenal, conseiller général; M. le capitaine Beaudouin; M. le Dr Jacquot, président de l'A.M.C.; M. Feunette, président des médaillés militaires; M. Parmentier, chef technique des Régions libérées; M. Quinio, percepteur; M. Marchal, receveur des Postes; M. Génin, directeur de l'École de Garçons; Mlle Schaudel, directrice de l'École de Filles, l'un et l'autre à la tête de leurs élèves.
Après l'exécution de la Marseillaise, par la musique "l'industrielle" des Établissements Mazerand, des discours furent prononcés, par M. Fournier, Maire; M. Ed. Fenal; M. G. Mazerand et M. Paul Bouët, Sous-Préfet qui, dans une spirituelle improvisation, débuta ainsi: « J'ai bien eu l'impression, tout à l'heure, de pénétrer dans la maison commune de l'ancien comté de Salm, en montant les marches de ce somptueux escalier, où de magnifiques pompiers montaient la garde », - Il félicita les architectes et entrepreneurs d'avoir conservé à l'hôtel-de-ville son style initial, du moins extérieurement. A l'intérieur, ajouta-t-il, c'est une note de clarté et de grâce qui prévaut; aussi, dans ces salles envahies de lumière, dans une atmosphère de chaude intimité, il n'est pas possible que l'on ne fit pas de bonne administration.
M. G. Mazerand remit ensuite des médailles de familles nombreuses à Mesdames Urbain, de Neuviller; Chaudron, de Badonviller; Voinot, de Saint-Martin.
Le 14 juillet 1924, eut lieu l'inauguration du Monument aux Morts du 358e R.I., que l'amicale des anciens combattants du 358e R.I. a fait élever sur la route de la Chapelotte, à la naissance des chemins d'Angomont et du Chamois.
Le Dimanche 19 Octobre 1924, Mgr de la Celle, évêque de Nancy, accompagné de M. le vicaire-général Barbier, vint baptiser, en grande solennité les quatre cloches de l'église, fondues par M. Farnier, de Robécourt, et dont voici la description :
1re Cloche. Bourdon - Do - a reçu les noms de Édith, Marie, Rose, Paule, France.
Parrains: MM. Édouard Fenal; Louis Danjou ; Georges Vouaux.
Marraines: Mesdames Fournier-Crouzier; Didierjean; Mademoiselle Henriette-Rose Schaudel.
2me Cloche - Fa - a reçu les noms de Léonie, Charlotte, Alice, Suzanne, Claude.
Parrains: MM. Pierre Jacquemin; Louis Ory; Théophile Poussardin.
Marraines: Mesdames Calon-Messier; Diedler; Morel.
3me Cloche - Sol - a reçu les noms de Marguerite, Marie, Anne.
Parrains : MM. Edmond Crépin ; André Spatz; Léon Lemoine.
Marraines: Mesdames Besnard-Licourt; Duvic;. Mademoiselle Hovasse.
4me Cloche - La - a reçu les noms de Marie, Anita, Henriette, Gabrielle.
Parrains: MM. Henri Geoffroy; Honoré Siatte; Pierre Gondrexon.
Marraines: Mesdames Pointeaux-Marchal; Friedel; Mademoiselle Gruber.
C'est M. l'abbé Kruchten, professeur à Saint-Pierre Fourier, de Lunéville, qui s'acquitta très éloquemment du sermon de circonstance, devant la foule assemblée sur le parvis de l'église.
Une année entière se passa encore, durant laquelle on dut continuer à utiliser le baraquement-chapelle aménagé en 1920, à gauche de l'entrée du cimetière. Cependant pour éviter les inconvénients et même les dangers qu'offrait ce local délabré surtout en hiver, les travaux avaient été vigoureusement poussés. Aussi, l'église, entièrement rétablie dans son état primitif, put être inaugurée le 22 novembre 1925. Malgré la rigueur de la température, de nombreux étrangers étaient venus se joindre à la population locale pour cette imposante cérémonie, présidée par Mgr de la Celle, assisté de M. le vicaire-général Barbier, de M. l'archiprêtre de Briey, M. Baillly et de M. le chanoine Lacombe, supérieur de Saint-Pierre Fourier.
C'est M. Bailly, qui, en son ancienne qualité de curé de Badonviller, avait dit la dernière messe la veille de la destruction de l'église, eut l'honneur de célébrer la première dans le nouveau sanctuaire magnifiquement paré.
Les travaux de reconstruction, dirigés par M. Guêt, architecte en chef des monuments historiques et par M. Paul Charbonnier, architecte départemental, furent exécutés par l'entrepreneur M. F. Bancon, assisté de M. Bailly, de Baccarat et de M. Max Braemer, sculpteur à Paris. Les vitraux sont l'oeuvre de M. Gruber, de Paris; la ferronnerie d'art (lustres, etc), de MM. E. Borderel et Robert, de Paris; les trois autels, de la Marbrerie Vienne, de Consolre (nord); les bronzes d'ornement (portes des tabernacles, croix, chandeliers, etc), de MM. Biais, frères, de Paris; l'orgue, de M. Jacquot, de Rambervillers; la menuiserie d'art (chaire, confessionnaux etc), de la maison Buisine, de Lille. La Pietà du monument aux morts est due au ciseau du statuaire Vermare, de Paris et le chemin de croix, à H. Chantrel, fils, de Paris. L'installation électrique est l'oeuvre de la Société du Beffroi électrique, à Paris, et de M. Louis Fages, électricien à Lunéville.
Le chauffage central fut installé par la maison L. Drevet, de Paris.


L'horloge a été fournie par M. Paul Blot-Garnier, de Paris.
Nous terminerons cette deuxième Partie, que nous aurions voulu plus détaillée, s'il n'avait fallu se borner, en donnant le compte rendu intégral de la mémorable fête de la Résurrection du 1er août 1926.


Cimetière militaire, faisant suite au cimetière de Badonviller.


Bas-relief taillé dans le roc, en 1915, par le sculpteur Sartory, en bordure de la route, qui contourne au sud les ruines du château de Pierre-Percée et descend vers le village tout proche

Relation de la fête du 1er Août 1926.

Le 1er Août 1926 marquera une date mémorable et glorieuse dans les Annales de Badonviller. Magnifiquement parée, ornée de verdure, d'arcs de triomphe, de guirlands, de fleurs, de banderolles multicolores, de drapeaux et d'oriflammes aux couleurs nationales et de Lorraine, la Ville ressuscitée inaugurait son majestueux Monument du Souvenir, en même temps qu'elle fêtait la reconstruction de son église, de ses écoles, de ses maisons, dans le cadre prestigieusement embelli de ses rues élargies, de ses avenues et de ses places publiques.
Suivant la tradition celtique, du jour commençant et finissant avec le coucher du soleil, la fête, dès la disparition de l'astre du jour et l'apparition du crépuscule, fut annoncée par la sonnerie de toutes les cloches dont le joyeux carillon, ponctué par la note grave du bourdon, alla porter au loin, dans les villages et les hameaux du canton, cet harmonieux prélude aux solennités du lendemain.
Se conformant au programme établi par la municipalité, sous l'active impulsion de son maire, M. E. Fournier, l'incomparable organisateur de la fête, la population se porta alors en foule à la gare où à l'arrivée du dernier train, qui amenait les invités, eut lieu la réception du glorieux drapeau des Chasseurs, dont l'autorité militaire, par une faveur exceptionnelle hautement appréciée, avait autorisé le déplacement de son lieu de dépôt de Vincennes à Badonviller, rendant ainsi ce suprême honneur à la bravoure, la vaillance et l'héroïsme des chasseurs des 20 et 21 e bataillons tombés nombreux, hélas ! dans la sanglante journée du 12 août 1914.
L'apparition du glorieux emblème, bien qu'enroulé dans sa gaine, fit sur la foule une impression profonde, se manifestant par une émotion contenue éclatant soudain en de chaleureux applaudissements.
Le cortège, précédé de la musique de la faïencerie Fenal, se mit ensuite en marche et, comme si un voile funèbre se fût tout à coup étendu sur la ville, c'est dans les rues plongées dans les ténèbres que la foule, derrière le drapeau et son escorte d'honneur, se rendit sur la place de l'église où un phare installé à proximité fit apparaître en éclatante lumière, le groupe de figures de la partie supérieure du pylone de pierre.
Avec le cérémonial règlementaire, le drapeau fut étendu sur les faisceaux, que l'escorte militaire forma à quelques pas du monument. La garde d'honneur fut assurée toute la nuit par les anciens combattants se relayant d'heure en heure. Suivant l'usage lorrain, le glas funèbre des cloches se fit entendre par intervalles depuis le commencement de la veillée d'armes jusqu'après minuit. Il reprit dès l'aube, donnant ainsi à cette nuit le caractère funèbre, que la fête devait garder jusqu'après la solennelle inauguration du monument.
Les cérémonies de cette inoubliable journée commencèrent par la réunion des autorités locales et des invités, à huit heures et demie devant la Mairie. Précédés de la musique et des drapeaux, tous se rendirent à l'église. L'affluence en y arrivant était telle, qu'une partie seulement des assistants put pénétrer dans l'intérieur. Un magnifique catafalque se dressait devant l'entrée du choeur où, de chaque côté, les drapeaux inclinés rendaient le suprême honneur aux héros immatériellement représentés par le symbolique cénotaphe.
Le service funèbre fut célébré par M. le Curé-Doyen Mougin, titulaire de la médaille militaire; après l'absoute, eut lieu la bénédiction du monument commémoratif, qui orne l'un des côtés de la chapelle située à l'extrémité méridionale de la nef latérale de gauche. Ce monument représente une Pietà en bas-relief, accostée de panneaux de marbre blanc portant gravés les noms des victimes de la guerre.
Le clergé se rendit ensuite sur la place nouvellement aménagée à droite du parvis de l'église, sur l'emplacement de l'ancienne école de Filles, où se dresse maintenant l'admirable Monument du Souvenir. M. le Curé Doyen procéda à la bénédiction liturgique, en présence des autorités locales, des délégations avec leurs drapeaux et d'une foule silencieuse et recueillie.
Il est neuf heures et demie, et cette cérémonie étant termonée, les assistants se rendent à l'Hôtel-de-Ville, où doit avoir lieu la réception des délégués du Gouvernement. Bientôt arrive, précédé d'une escorte du 8e dragons, le Maréchal Joffre, en tenue très simple bleu horizon, coiffé de son légendaire képi rouge, qui maintenant est orné de trois rangs glorieux de feuilles de chêne. Il était accompagné des généraux Mordrelle et de Metz, de M. le Commandant Koenig, délégué de l'ambassadeur des Etats-Unis, de M. Bouché, Inspecteur général représentant le ministre de l'instruction Publique, de M. André Magre, Préfet et M. Léon Mirman, Préfet de guerre, de M. Georges Mazerand, Député, de MM. Ed. Th. Fenal, Adrien Michaud, Albert Tourtel, Charles Sadoul, conseillers généraux.
La réception eut lieu dans le grand salon de l'Hôtel-de-Ville, où M. Fournier, maire et M. Diedler, premier adjoint souhaitèrent la bienvenue et firent les présentations d'usage. Cinq jeunes filles, dont quatre pupilles de la Nation, offrirent des gerbes de fleurs. Denise Schurra, en présentant sa gerbe, s'exprima ainsi:
« Monsieur le Maréchal, je suis heureuse et fière de vous offrir ces fleurs et de vous exprimer la joie et la vive reconnaissance de toute la population de Badonviller, pour l'honneur que nous fait le grand généralissime vainqueur de la Marne, d'être venu présider cette fête de la Reconstitution et du Souvenir ».
Jeanne Martin s'exprima de son côté comme suit:
« Monsieur l'Inspecteur général, j'ai le grand plaisir de vous offrir ces fleurs en reconnaissance de l'honneur, hautement apprécié, d'être venu assister à la fête si longtemps désirée de la reconstitution de Badonviller, embellie par l'admirable groupe scolaire ».
Jeanne Diedler, en remettant sa gerbe à Monsieur le Préfet, ajoute:
« Daignez accepter ces fleurs, avec l'expression de notre vive gratitude pour les marques nombreuses de bienveillance et de sollicitude données à notre cher Badonviller »,
Gilberte Fournier-Laviron, s'adressant à Monsieur Georges Mazerand, Député, s'exprime ainsi:
« j'ai le grand honneur de vous offrir ces fleurs en témoignage de notre vive et profonde reconnaissance, pour le haut appui que vous n'avez cessé de nous donner pendant les années d'épreuves qui ont précédé cette fête de la reconstitution de Badonviller ».
Andrée Gruber, en remettant sa gerbe à Monsieur le Commandant Koenig, représentant des États-Unis, le complimente ainsi:
« Les fleurs, que je suis fière de vous offrir sont un faible témoignage de l'admiration que nous avons conservée pour les vaillants soldats d'Amérique tombés à côté des nôtres et dont cette fête glorifie le souvenir ».
Le cortège officiel se reforme ensuite pour se diriger, par la rue Thiers superbement décorée, vers le cimetière d'où, par la grande allée centrale, il gagne le cimetière militaire qu'il traverse lentement. Rien de plus impressionnant, que ce tableau d'une foule émue jusqu'aux larmes, s'avançant silencieuse derrière l'illustre chef de nos Armées, qui n'eut qu'un signe à faire pour que les héros, dormant ici sous les innombrables petits tertres uniformément ornés d'une croix blanche et d'un petit drapeau tricolore, courussent à là mort et à la victoire, heureux de sacrifier leur vie pour la défense du foyer et le salut de la Patrie ! Arrivé à l'extrémité du champ de repos et après l'émouvant appel "au Drapeau" suivi d'un moment de profond recueillement, le cortège se remit en marche pour se rendre sur la place de l'église, où le monument élevé à la gloire des victimes de l'horrible guerre, se dresse maintenant, en souvenir immortel, sur le ciel lumineux et le merveilleux fonds de verdure des massifs étagés de la vaste forêt des Elieux.


Poste de secours du "Village Nègre", sur la route de la Chapelotte.


Tranchée de soutien sur la route de la Chapelotte.


Poste de commandement du " Rendez-vous des Chasseurs", sur la route de la Chapelotte.


Tranchées et ruines du Chamois à 1500 mètres de Badonviller.


Tranchées dans la forêt du "Village Nègre"


Camp de "Ker-Arvor", dans la forêt de Pexonne, vers la tranchée de Raon.


Dévastation de la forêt du Gros Hêtre, sur le chemin de Thiaville-Angomont


Propriété de M. Adrien Michaut, Maire de Guerre de Baccarat, à Thiaville, près du chemin d'Angomont.


Tranchées des étangs de Thiaville, dans le pittoresque vallon d'Allencombe.


Poste de commandement au Chamois.


Canon de la défense aérienne près de Badonviller, en 1916.


Pièce de 120 long participant à la défense de Badonviller en 1915 et 1916, installée dans la tranchée de "la Galisière ".


Photo J. Scherbeck; Nancy.
M. Henry ANTOINE,
Architecte à Nancy.

« Ce monument, impressionnant de grandeur et de simplicité, est dû à deux jeunes artistes de talent : Henry Antoine, architecte à Nancy et E. J. Bachelet, sculpteur à Paris. Au-dessus d'un pylone de pierre, élancé, s'érige une calme et grave Victoire (bien Française), les ailes étendues. A sa droite, un poilu armé et casqué, figurant les morts militaires ; à sa gauche, une femme au visage émergeant d'un voile, symbolise les victimes civiles. Sur deux bas reliefs de bronze, d'un côté l'antique forteresse médiévale du comté de Salm, de l'autre l'incendie de l'église en 1914. Aux flancs du pylone, les noms gravés des morts. Derrière, un plan montrant les tranchées de ce secteur particulièrement émouvant, puisqu'il comprenait la fameuse et tragique Chapelotte». (1) Au devant du monument, une sorte de bas autel supporte une cassolette en pierre ornée de quatre casques français, anglais, belge, américain.

(1) Description de mon honoré confrère de l'Académie de Stanislas, M. René d'Avril, dans l'Eclair de l'Est.


Photo Bernés et Marouteau,
E. J. BACHELET, Sculpteur à Paris

Aux pieds de la victoire figurent les armes de Badonviller, telles qu'elles ont été dessinées par le savant héraldiste lorrain, M. Edmond des Robert, Président de l'Académie de Stanislas et de la société d'Archéologie lorraine : de gueules à deux saumons adossés d'or, l'écu semé de croix recroisetées et fichées de même, orné extérieurement, en pointe, d'une croix de guerre pendante. Au-dessous, est gravée la citation de la ville de Badonviller à l'Ordre de l' Armée:
« Ayant eu à supporter, au début des hostilités, les souffrances de l'occupation et la destruction systématique de l'envahisseur, sut conserver ensuite, aux cours des nombreux bombardements qui se succédèrent jusqu'à l'Armistice, un courage stoïque au milieu des privations de toutes sortes et des dangers continuels, prouvant ainsi l'indomptable énergie de ses habitants et leur foi dans la victoire ».
Sur de larges tribunes, à gauche du monument, prirent place les autorités et autres personnalités: le maréchal Joffre, à ses côtés, les deux Préfets MM. Léon Mirman et André Magre, ainsi que M. Mazerand, député; le commandant Koenig, l'inspecteur général de l'Enseignement primaire, M. Bouché; les généraux Mordrelle et de Metz; le commandant Sauvain; MM. Ed. Fenal, Adrien Michaut, Albert Tourtel, Charles Sadoul, conseillers généraux, Émile Fournier, maire, Diedler, premier adjoint ; M. Coulon, Inspecteur de l'enseignement primaire, M. L. Schaudel, Juge de Paix intérimaire et président de la délégation cantonale, MM. Guët, architecte en chef et P. Charbonnier, architecte départemental des monuments historiques, M. H. Antoine, architecte et M. J. Bachelet, sculpteur du monument, etc ....
A l'arrivée du cortège, les fillettes des écoles, en toilettes claires, sous la direction vigilante de leurs maitresses, déposèrent au pied du monument les magnifiques gerbes de fleurs dont leurs bras étaient chargés. Les garçons, aussi sous la conduite de leurs dévoués maîtres, déposèrent leurs bouquets, pendant que les groupes d'anciens combattants apportaient d'immenses couronnes.
Le glorieux drapeau des Chasseurs à pied et les drapeaux des sociétés locales se groupèrent autour du monument.
Sur un signe du Maire, la "Céramique" de la Faïencerie de Badonviller et l'Industrielle des Établissements Mazerand jouent la Marseillaise, pendant que le voile tricolore couvrant le monument est descendu lentement et que la flamme du souvenir s'allume à l'autel de pierre supportant les casques symboliques des soldats alliés. L'hymne national américain est ensuite exécuté. Tous les fronts se sont découverts. Un roulement de tambour annonce les deux minutes de silence. Une émotion profonde étreint les coeurs. Des larmes mouillent les yeux de ceux qui se souviennent, de celles qui n'ont pas encore quitté leurs robes noires. (1)

(1) M. Achille Liégeois, dans l'Est Républicain.


M. ÉMILE FOURNIER, Maire de Badonviller.

M. le Maire, ÉMILE FOURNIER, se lève pour prendre le premier la parole et prononcer le discours suivant:
Il y a douze ans aujourd'hui même, notre Cité, placée à quelques kilomètres de l'ancienne frontière et qui avait son territoire déjà protégé par les troupes de couverture, était brusquement arrachée à son labeur paisible. La mobilisation, qui pour nous tous, signifiait la guerre, venait de sonner. La Patrie était en danger. A cet appel, tous nos concitoyens, animés d'une foi ardente et patriotique, répondaient avec enthousiasme, manifestant l'espoir d'un retour prochain après une victoire rapide escomptée de tous.
Mais hélas, l'ennemi était proche et dans les mois qui suivirent, Badonviller, l'ancienne capitale du comté de Salm, au passé glorieux et souvent agité, connut les pires épreuves de son histoire.
Aucune souffrance ne lui fut épargnée. Trois fois envahie, elle supporta, dès le 12 août 1914, une des premières de France, les méthodes barbares de l'ennemi: le vol, le pillage, l'incendie méthodique, le prélèvement d'otages, la brutalité et l'assassinat sans motif.
Puis vinrent les attaques de février 1915; un nouvel exode des habitants, l'ennemi s'installant à 1000 mètres de la ville et s'y accrochant jusqu'aux derniers jours de la guerre; les combats furieux du Chamois, de la Chapelotte; 190 bombardements à petits et à gros calibres; les émissions de gaz asphyxiants; ses terrains défoncés et bouleversés; ses forêts saccagées; 203 maisons détruites dont tous les bâtiments publics; 205 autres maisons et ses usines gravement endommagées et enfin le 31 mai 1918, l'évacuation totale et l'abandon forcé de la commune.
Puis vint la victoire décisive, l'armistice, le retour des guerriers et de la population dans les ruines; c'est alors que l'on se compta et que fut établi le triste bilan des pertes humaines, hélas irréparables: 100 de nos compatriotes étaient glorieusement tués à l'ennemi et ne répondaient plus à l'appel, 7 autres moururent ensuite de leurs blessures ou maladies contractées au service; 27 habitants étaient tombés victimes de la barbarie allemande ou sous les obus, sans compter la longue liste de nos concitoyens morts prématurément en exil, terrassés par suite de l'abandon des êtres chers, du clocher natal, de leurs biens et souvenirs pour eux détruits à jamais.
Une immense tâche s'offrait donc aux vivants: déblayer, défricher, organiser et reconstruire. Comme durant la guerre chacun accourut à ce nouvel appel de la Patrie et se mit résolument à l'oeuvre. Tout à l'heure, nous énumérerons les résultats obtenus et exprimerons notre gratitude à tous les auxiliaires de notre résurrection matérielle.
Mais un autre devoir s'imposait à nous; rendre hommage à nos morts glorieux ; unir dans cet hommage les nobles soldats de France et d'Amérique qui, venus nous défendre, ont versé leur sang par milliers sur notre territoire; perpétuer le souvenir de tous, leur marquer notre gratitude en l'étendant à tous les mutilés et les survivants, rios Défenseurs.
Là encore, Badonviller ne voulut pas démériter. Dès 1920, le Conseil Municipal constitua un comité pour l'érection d'un Monument Commémoratif digne d'un tel programme. Grâce à la bonne volonté, à la collaboration et à la générosité de tous, il put accomplir sa tâche avec un résultat dépassant toutes les espérances. Au nom du Comité, j'adresse nos plus vifs sentiments de reconnaissance à tous les généreux donateurs de Badonviller et du canton, aux sociétés locales, aux dévoués collecteurs de souscriptions, quêteurs, quêteuses, organisateurs de fêtes, à la presse et à tous ceux qui de près ou de loin nous ont aidés et encouragés.
Il fallut cependant retarder la mise à l'étude et l'érection du Monument, la ville bouleversée par son plan d'alignement et les travaux de reconstruction ne permettant pas l'aménagement de la place choisie, occupée par les dépôts de diverses entreprises. C'est seulement après les gros travaux exécutés, en 1924, que le comité décida la mise en concours de l'ouvrage et le Jury porta son choix sur la belle oeuvre que je suis heureux de vous présenter et qui est due aux grands talents de Messieurs Bachelet statuaire et Antoine architecte, que j'ai grand plaisir de féliciter chaleureusement et de remercier au nom du Comité et de la population entière. M. Bancon entrepreneur, exécuta le gros oeuvre d'une façon remarquable.
Comme au 1er août 1914, Badonviller s'est réveillée ce matin avec un bel enthousiasme. Tous ses enfants répondant à l'appel de leur coeur se trouvent réunis ici pour rendre un solennel hommage à ceux qui ont permis que notre cité reste Française.
C'est en effet les fêtes du souvenir et de la reconnaissance qui nous rassemblent ici au pied de ce monument élevé dans un cadre magnifique dominant la ville, à l'ombre du clocher reconstruit. Il est conçu en style moderne comme se sont battus à la moderne les soldats de la Grande Guerre.
Trois figures allégoriques le surmontent: au centre, la France glorieuse et reconnaissante tenant une pleine brassée de feuilles de chêne et de lauriers. A droite, une femme en deuil personnifiant la courageuse population de la ville restée pendant quatre ans sous les bombardements en première ligne, après les terribles épreuves d'août 1914. A gauche, un soldat à l'image de ceux qui sont morts ou de ceux qui sont revenus après avoir si vaillamment défendu la France et lui avoir donné la victoire.
A la base, émerge d'un trophée de casques français et américains pour perpétuer la participation de ces derniers à la défense de la ville, un foyer, d'où s'échappera, les jours anniversaires, la flamme du souvenir, semblable à celle qui surmonte nuit et jour la tombe du Soldat Inconnu sous l'Arc de Triomphe.
Deux bas-reliefs ornent le monument: l'un rappelant l'incendie et le pillage de Badonviller en 1914; l'autre, le passé historique de la ville, ancienne capitale fortifiée des comtes de Salm.
Sur la face principale, figure la belle citation à l'Ordre de l' Armée que le Gouvernement de la République a décernée à Badonviller et qui atteste aux yeux du monde que durant toutes ses épreuves et malgré les dangers permanents, chacun ici sut faire humblement son devoir et tout son devoir.
Sur la face postérieure se détache la carte du canton avec les lignes du front et les lieux rendus célèbres par la vaillance de nos défenseurs.
En dessous on lit en termes lapidaires les diverses phases du sac et de la défense de la ville de 1914 à 1918.
Nous sommes fiers et satisfaits d'avoir pu mener à bien l'érection de cette belle oeuvre d'art digne du but proposé et de ceux qu'il honore.
Ce monument marque d'abord l'arrêt de l'ennemi aux portes de la ville pendant quatre années. Il rend ainsi un hommage éclatant aux vaillantes troupes, inscrites sur sa stèle, dont nous sommes si heureux de saluer ici les délégués et plusieurs de leurs chefs. Après avoir rejeté trois fois les armées Allemandes souvent supérieures en nombre, ils ont arrêté dans des conditions pénibles et meurtrières leurs retours offensifs. A eux nous devons que Badonviller n'ait pas été sous la botte pendant quatre années et nous leur crions ici notre affectueuse reconnaissance et notre impérissable souvenir.
Il est élevé, en outre, en l'honneur des 107 enfants de Badonviller "Morts pour la France". Cette longue liste est imposante pour 2000 habitants. Nos chers compatriotes étaient partis en 1914 forts, sans une plainte. Ils connurent pour la plupart toutes les souffrances de l'affreuse guerre; rien ne leur a été épargné, ni la faim, ni la soif, ni les fatigues. Ils ont connu l'accablement des interminables veillées aux postes d'écoute, les émotions des patrouilles dans la nuit, l'horreur des bombardements, les angoisses de l'infernale guerre de mine, les appréhensions de l'attaque. Ils ont enduré la chaleur, le froid, la pluie, la neige, la boue, les blessures, puis la mort.
Nous leur devions ce témoignage de reconnaissance et devions perpétuer leur souvenir en inscrivant leurs noms sur cette pierre. Pour nous, survivants, nos coeurs n'ont pas besoin de rappel; mais les générations futures doivent conserver leur mémoire et seront ainsi appelées à méditer sur leurs sacrifices.
Aux familles de ces chers disparus, qui aujourd'hui sentent leur douleur ravivée, nous adressons à nouveau l'expression de notre profonde sympathie.


Cérémonie commémorative du 12 août 1919 célébrée devant la façade de l'église de Badonviller en ruine et présidée par Mgr Ruch, aumônier de guerre du 20ème Corps d'Armée et actuellement évêque de Strasbourg.


Remise de la Croix de Guerre à dix communes du canton de Badonviller, le 21 Juin 1921


Vue générale de Badonviller.


Croix de Guerre de Badonviller attachée à un écusson, aux armes de la ville, que montre à la foule, son Maire, M. E. Fournier.


Façade et dôme de l'église de Badonviller après leur restauration.


Intérieur de l'église après son entière reconstitution.


Bénédiction des quatre cloches de l'église de Badonviller, le 19 Octobre 1924, par Mgr. de la Celle, évêque de Nancy.


Grand Salon de l'Hôtel-de-Ville où eut lieu la réception des autorités par la Municipalité de Badonviller, le 1er Août 1926.


Monument du 358e R. d'infanterie, sur la route de la Chapelotte à la naissance du chemin d'Angomont.


Intérieur de l'église. Vue prise du choeur après le bombardement du 12 Août 1914.


Façade principale de l'Hôtel-de-Ville après sa reconstruction.


Façade méridionale de l'Hôtel-de-Ville reconstruit.

Ce monument rappelle, de plus, le nom de nos innocentes victimes civiles. Au même titre que les soldats, ils ont acquis le droit de figurer sur ce tableau d'honneur. Au nombre de onze, ils sont tombés dans cette tragique journée du 12 août 1914, dont tous les ans nous rappelons, pour l'enseignement des jeunes générations, l'anniversaire. Sans distinction d'âge ni de sexe, ils ont été lâchement assassinés et martyrisés sans aucun motif par un ennemi sans pitié. Seize autres sont morts au cours des bombardements de la ville, ou des suites de blessures de guerre.
Leur mémoire restera parmi nous, comme un symbole de courage et de résignation.
Il exalte enfin les sacrifices des milliers de soldats venus de tous les coins de France, du Maroc et de la lointaine Amérique pour former de leurs corps une barrière à l'envahisseur et arroser de leur sang généreux le territoire de notre canton martyr.
Héroïques Chasseurs à pied des 17e, 20e et 21e bataillons, qui, écrasés par le nombre et malgré des charges épiques, ont dû, la rage au coeur, se replier en août 1914 laissant tant de nobles victimes sur le terrain du combat, je salue ici bien bas leurs représentants et leur glorieux drapeau, que nous sommes heureux et si fiers de posséder, pour, en son image, manifester notre amour, notre respect et notre dévouement envers la Patrie et l'Armée entière qu'il représente. Braves fantassins du 13e Corps, Alpins et Spahis de la Brigade Marchand qui nous délivrèrent des invasions; vaillants chefs et soldats de la 71e Division d'infanterie et du 39e R.I.T. qui avez soutenu le choc en 1915 et 1916 et qui nous avez préservés d'un nouveau retour des Boches; à tous les survivants représentés si nombreux ici, nous renouvelons notre admiration. Glorieux défenseurs du bois des Chiens, de Neuviller, du Haut d'Arbre, du Chamois, de Malglève, du Gros Hêtre, des étangs de Thiaville et de la Chapelotte, tués si nombreux au milieu des 8e, 13e et 21e corps d'armée, 7e, 12e, 17e, 21e, 38e, 41e, 42e, 43e, 47e, 61e, 62e, 71e, 76e, 77e, 128e et 170e divisions d'infanterie; 45e division marocaine; 6e division de cavalerie : 10e division coloniale; 42e et 77e divisions américaines; les chasseurs cyclistes de la 2e division de cavalerie; 39e, 52e, 54e et 115e régiments territoriaux d'infanterie.
Nous avons connu votre vaillance, votre abnégation et votre mort héroïque. Vous reposez en partie près de nous en ce cimetière national que nous venons de fleurir. Soyez assurés, que nos populations ne sont pas ingrates et que nous n'oublierons jamais votre sacrifice. Magnifiques soldats de la grande Amérique, qui, sentant le droit menacé et se souvenant du geste de nos pères, avez traversé l'Océan pour barrer la route aux Germains. Ici, les premiers de vous sont tombés, et hélas, nombreux. Nous avons voulu que ce geste soit commémoré sur ce monument et ces casques mêlés à ceux des nôtres diront à vos compatriotes que les Lorrains et les Français n'oublient pas et qu'ils unissent dans une même piété tous leurs sauveurs.
A la demande de notre ami, Monsieur le Député Mazerand, et en raison des circonstances présentes, qui retiennent toute l'attention et empêchent le déplacement de Messieurs les Ministres, le Gouvernement de la République a désigné pour le représenter à nos cérémonies et apporter ses condoléances aux familles en deuil, un des chefs les plus éminents et les plus aimés de nos armées, Monsieur le Maréchal Joffre, le glorieux vainqueur de la Marne, le sauveur de la France en 1914.
Ce choix nous a remplis de joie, puisqu'il nous procure l'heureuse occasion de vous témoigner, Monsieur le Maréchal, notre admiration et notre gratitude.
Tout à l'heure, dans une courte visite de la ville, nous passerons par l'avenue du Maréchal Joffre, qui voisine avec celle du 20e Corps, de Monsieur le Maréchal Foch et du Général Gérôme, notre éminent compatriote. Ce sera pour vous une preuve, Monsieur le Maréchal, qu'en Lorraine et à Badonviller, l'on se rappelle que nous vous devons, ainsi qu'à vos superbes soldats, une grande part de la victoire.
En venant dans notre cité martyre, vous nous avez fait un grand honneur. Nous vous en sommes profondément reconnaissants.
Monsieur le Premier Adjoint,
Au nom du comité, je vous confie la garde de ce monument pour que la ville veille sur lui et le protège contre toute atteinte et afin qu'il dresse toujours sa fière silhouette au-dessus de notre cité, comme étant l'expression de notre éternelle reconnaissance et de notre fidèle souvenir.

M. DIEDLER, Premier Adjoint au maire.
Monsieur le Président,
Messieurs les Membres du Comité du Monument,
« Interprète du conseil municipal et de la population de Badonviller, je reçois en leur nom le monument que vous me confiez.
Je suis certain de traduire la pensée de tous en vous disant qu'il sera notre monument, comme nous avons notre hôtel-de-ville et notre église, c'est-à-dire un objet de fierté pour les Badonvillois.
Il sera protégé contre toute atteinte non pas par des règlements de police, mais par notre affectueuse reconnaissance pour les morts glorieux en mémoire de qui ce monument est élevé.
Merci au comité, présidé avec tant d'activité et de dévouement par M. Fournier, de l'avoir fait si beau et d'avoir su le placer dans un cadre si approprié à son but de recueillement et de hautes pensées.
Merci d'avoir organisé cette belle cérémonie de ce matin qui nous a amené tant d'hôtes éminents, en tête desquels figure le chef aimé et respecté de l'armée française en 1914.
Merci au nom des anciens combattants de Badonviller de leur avoir donné la joie de revoir un de ces glorieux drapeaux pour lesquels ils ont souffert et versé
leur sang.


Photo Neurey, Celles-sur-Plaine.
M. DIEDLER, Premier Adjoint au Maire.

Mes camarades des autres armes pardonneront à un ancien chasseur à pied de dire un merci tout particulier, au nom des anciens chasseurs ici présents, de nous avoir permis de contempler un des fanions de bataillon dont la vue nous faisait oublier la terrible angoisse de la bataille et notre drapeau que certains d'entre nous n'avaient jamais vu, et pour l'honneur duquel tant de noms sont gravés sur cette pierre.
Au nom du conseil municipal, je remercie toutes les personnes qui ont contribué à la décoration de cette place, du cimetière national, du groupe scolaire, des rues et des édifices de la ville.
Pour terminer, mes chers concitoyens, je vais vous demander ceci: quand nous viendrons nous recueillir au pied de ce monument, à notre grande tristesse mêlons beaucoup de fierté, car si cette pierre nous rappelle le tombeau de nos chers disparus, souvenons-nous aussi que c'est leur arc-de-triomphe ».
Un ban est alors ouvert et M. le premier adjoint se rend au pied du monument et fait l'appel si émouvant des morts. Les enfants des écoles répètent avec tristesse la sublime réponse: Mort au champ d'honneur, ou Mort pour la France.
Un frisson passe dans le coeur de tous, quand résonnent les noms des victimes civiles, pères, mères, frères ou soeurs des habitants de Badonviller. Des yeux s'emplissent de larmes. Que sont maintenant les paroles ? Le silence est seul apaisant. Comme l'on comprend alors la force pathétique de la minute de recueillement. (1)

(1) René d'Avril.

(à suivre)

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