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Ermitage Saint-Jean - Les ermites de Saint-Antoine

On dispose de peu d'information sur l'ermitage de Saint-Jean, Etienne Grosse se contente d'écrire en 1836 : St.-Jean était autrefois un ermitage habité par deux religieux, sous le patronage du chapitre de la collégiale; il ne reste rien de cet antique manoir. Albert Troux (1936) nous indique que l'ermitage a disparu pendant la révolution, avec la vente des biens : On trouve toujours, sur les listes d'acquéreurs, quelques membres du clergé : [...] François Mariotte, ex-ermite de Saint-Jean près de Blâmont (il acheta, le 14 janvier [1793], pour 3700 l[ivres], son ermitage avec ses dépendances).
Le texte ci-dessous nous apporte de précieuses informations sur ces ermites du XVIIIème siècle rattachés à la congrégation de Saint-Antoine, fondée par le frère Michel Legrand.

Dans un article sur « L'Ermitage de Saint-Joseph de Messein » des Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorraine (1882) :
« En 1676, un humble religieux, frappé de la profonde solitude de ces lieux à peine accessibles, et de leur situation si favorable à la vie contemplative, sollicita et obtint des « mayeur et gens de justice de Messein l'autorisation de s'établir sur ce point, alors nommé la Viot, et d'y construire une chapelle ». Les lettres délivrées à cet effet portent la date du 9 janvier et soumettent l'impétrant, désigné sous le nom de frère Michel Legrand, à l'obligation de satisfaire à toutes les personnes qui ont des héritaiges audict canton de la Viot ».
Le nouvel arrivé avait, déjà depuis quelque temps, fondé aux environs de Lunéville, sous le vocable de sainte Anne, un ermitage qui avait pris un rapide développement. Né près d'Evreux, Michel Legrand avait d'abord servi en France avec le grade de lieutenant de cavalerie. Blessé dangereusement et foulé aux pieds des chevaux dans un engagement livré en Alsace, sous le règne de Charles IV, le jeune officier fit voeu de renoncer au monde s'il échappait à la mort. Immédiatement après son rétablissement, il chercha un endroit propre à l'exécution de son projet. En se rendant à Lunéville, il s'arrêta au point où la Vezouse se jette dans la Meurthe, et, ayant aperçu une masure nommée la maison Alba, qui dominait un coteau entouré d'arbres, il résolut d'en faire l'acquisition pour la transformer en ermitage. La vie exemplaire et laborieuse de frère Michel lui attira des disciples qui, avec lui, se mirent à défricher tout le coteau, autrefois planté en vignes, mais que les ravages des Suédois et des Français avaient, comme une grande partie du duché, transformé en taillis incultes.
Soutenu par une foi sincère, Michel, non seulement pratiqua, avec ardeur, la vie érémitique, mais il comprit que dans les temps malheureux où il vivait, il pouvait rendre service à ceux de ses semblables qui désiraient comme lui se retirer du monde.
C'est dans ce but que l'ermite de Sainte-Anne se rendit à Messin et y prépara les bases d'un établissement semblable à celui qu'il venait de créer.


Semaine religieuse de Nancy - 14 avril 1928 - n° 15 - p. 234

HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE
[...]
Les Ermites au Diocèse de Toul (Suite)

Nous avons donné la liste des ermitages de la Congrégation de Saint-Jean-Baptiste (12) ; celle que nous allons présenter, des ermitages de la Congrégation de Saint-Antoine, n'a pu être non plus dressée par ordre chronologique d'affiliation; nous suivrons l'ordre topographique adopté plus haut (13). Les renseignements nous font défaut, pour préciser le chiffre des habitants de toutes ces solitudes (14).
LA ROCHOTTE. - 5 frères; SAINTE-MARIE-MADELEINE, de Flin (15). - SAINTE-ANNE, de Deuxville-Lunéville. - 4 frères: SAINT-JEAN, de Blâmont. - 2 frères; LES CROIX-FERRY. - 2 frères; LA MADELEINE, près de Saint-Nicolas-de-Port. - 3 frères; ROMÉMONT - 2 frères; SAINTE-GENEVIEVE, de Dommartemont. - 3 frères; SAINTE-BARBE, de Charmes-sur-Moselle. - NOTRE-DAME DE GRACE, à Crevéchamps. - 2 frères : SAINT-JOSEPH, de Messein. - 12 frères : c'était, au moment où fut rédigée cette statistique (1780 et 1786) le noviciat et l'asile des vieillards de la Congrégation ; SAINT-JEAN- BAPTISTE, de Frouard. - 2 frères; SAINT-EUCHER. - 2 frères; SAINT-GRAS. - 2 frères; SAINT-CLAUDE, de Thelod. - Les ermitages de CHÈVEROCHE, que visita, si même il n'y séjourna pas; le cardinal de Retz, quand, exilé en sa seigneurie du Château-Haut de Commercy, il venait rejoindre, à Saint-Baslemont (16), son co-seigneur du Château-Bas, Louis des Armoises, gendre de la célèbre «Dame de Saint-Baslemont » (17). - SAINT-JEAN DE ROUVEY - SAINT-GÉRARD, de Houéville. - SAINT-PIERRE, de Choloy. - 2 frères; le VAL DES NONNES. - 5 frères, NOTRE-DAME DE PITIÉ, de Jainvillotte. - 2 frères; VALROSE. - 2 frères; OFFRÉCOURT. - 2 frères; NOTRE-DAME DE CÉRUS. - NOTRE-DAME DE BELLEFONTAINE. - 2 frères; SAINT-JOSEPH, de Harréville. - SAINTE-ANNE, de Rouceux. - 2 frères : SAINT-ANTOINE, de Rupt-aux-Nonnains, le seul qui fût situé dans la région, pourtant considérable, du diocèse qui appartient aujourd'hui au département de la Meuse.
En même temps qu'elle croissait en nombre, la Congrégation s'organisait. Elle était gouvernée, non plus par un supérieur-frère, - il ne paraît pas qu'elle eût compté des prêtres parmi ses membres, - mais, au nom de l'Evêque, par un Supérieur général, archidiacre ou chanoine de la Cathédrale, son mandataire, et, sous l'autorité de ce supérieur, par un Visiteur et un Conseil de quatre Définiteurs, assisté d'un Secrétaire, tous sic élus pour trois ans et rééligibles par l'Assemblée générale ou chapitre, qui se tenait vers le début de mai, et à laquelle tous les ermites devaient assister, sauf motif sérieux d'absence agréé par le visiteur. (Les Définiteurs devinrent, dans la suite, des Visiteurs, sous l'autorité du Visiteur général.)
Les ermitages étaient répartis en quatre districts, à la tête desquels se trouvait l'un des définiteurs : les districts de PORT, de BARROIS, de BOURMONT et de JORXEY (18).
Ils devaient vivre, non de quêtes, mais des ressources que procuraient la culture de l'enclos et le travail. Une caisse: l'Aumônerie, assurait des secours en cas de besoin.
Celui qui désirait embrasser la vie d'anachorète et, à cet effet, être reçu dans la Congrégation, devait, avant tout, se présenter au supérieur général; en principe, il ne devait pas avoir moins de 20 ans, ni plus de 45. S'il était agréé par lui, il se rendait au Noviciat, installé, jusqu'en 1761, au Val des Nonnes, et transféré ensuite à Saint-Joseph, de Messein. Là, après quelques semaines de probation, il prenait l'habit, au cours d'une cérémonie qui, pour se dérouler intime, dans une humble chapelle, devant une assistance restreinte, n'en était pas moins impressionnante. Elle était, du reste, présidée par le supérieur général ou son délégué (19)
Après lui avoir fait subir un examen, sur les motifs qui le portaient à s'engager dans l'état érémitique, et s'être assuré qu'il en comprenait les obligations, le supérieur, en son absence, consultait les frères et, si leur avis était favorable, il le faisait entrer et lui disait :
« Nous voulons bien vous donner l'habit que portent les ermites de la Congrégation de Saint-Antoine, pourvu que vous ayez une volonté sincère de renoncer à vous-même, de vous donner à Jésus-Christ, de vous charger de sa croix et de le suivre dans le chemin de la pénitence. L'avez-vous cette volonté ? - Oui, Monsieur, répondait le postulant, et j'espère de l'accomplir, moyennant la grâce de Dieu, »
Le supérieur procédait, alors, à la bénédiction de l'habit, selon les formules du Rituel. Puis, tandis que le postulant, aidé par le visiteur et le maître des novices, premier définiteur, quittait les vêtements séculiers, il lui adressait ce paternel souhait : « Que Dieu vous dépouille du vieil homme, de toutes ses mauvaises habitudes et de toutes ses inclinations corrompues; et vous revête de l'homme nouveau qui se renouvelle dans la connaissance de la vérité et se réforme sur Jésus-Christ, qui est son modèle. - Ainsi soit-il ! » répondait l'assistance.
Et le supérieur poursuivait, en lui imposant la robe d'ermite : « Que Dieu vous revête de toutes ses armes, pour pouvoir vous défendre des embûches el des artifices du démon que vous allez combattre avec Jésus-Christ ! - Ainsi-soit-il »
En le ceignant de la ceinture de cuir : « Que la vérité soit la ceinture de vos reins et que la justice soit votre puissance. Ainsi soit-il ! »
En lui mettant le capuce : « Que Dieu vous revête de l'espérance du salut, comme d'un casque, et de sa parole, comme d'une épée spirituelle ! - Ainsi soit-il !»
En lui tendant les chaussures : « Que Dieu donne à vos pieds une chaussure qui vous dispose à aller à lui, par les voies les plus dures de l'Evangile, et qui vous rendent prêt à marcher partout où sa sainte volonté vous appellera ! - Ainsi soit-il ! »
En lui jetant le manteau sur les épaules : « Que Dieu, surtout, vous couvre de la foi comme un bouclier impénétrable, pour éteindre tous les traits enflammés que le malin esprit enverra contre vous ! - Ainsi soit-il ! »
Le supérieur, ensuite, lui imposait un nom de religion, de préférence un nom d'anachorète : Pacôme, Hilarion, Sérapion, Jérôme, Elie ... Colomban, Bruno, Romuald, etc ... et lui recommandait de travailler à imiter les vertus de son patron. Il terminait, en lui donnant l'accolade : « Que Dieu le Père et le Seigneur Jésus-Christ vous accorde la paix et la charité, avec la foi ! » Et lui, de répondre, avec ses nouveaux frères : « Que la grâce soit avec ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'un amour pur et incomparable ».
Héros de la fête et témoins se sentaient appartenir vraiment à un Ordre religieux; et ces formules, inspirées de paroles de l'apôtre saint Paul, devaient se graver profondément dans les mémoires, pour servir de thème, pendant une vie entière de solitude, à de fécondes et réconfortantes méditations,
L'Institut portait que le noviciat devait durer douze mois, dont huit après la vêture; en pratique, il n'en était pas toujours ainsi ; le temps prescrit était souvent écourté de quelques semaines. Il eût mieux valu, semble-t-il, qu'il fut allongé : qu'était-ce qu'une année de formation, si remplie fût-elle, pour toute une vie à passer dans l'isolement ! Mais, ou bien il fallait, sans doute, céder la place à de nouvelles recrues, dans l'étroite maison du Val des Nonnes, ou bien un ermitage, réduit à un seul occupant, était à compléter sans trop tarder.
Après ces mois de probation, pendant lesquels non seulement il était formé à l'oraison et aux vertus religieuses, mais encore il apprenait à lire et à écrire, s'il ne le savait pas, et était initié, si besoin était, à quelque métier, selon ses goûts et ses aptitudes, le novice était envoyé en un ermitage, pour faire l'essai de la vie érémitique, sous la direction d'un ancien, homme de sagesse et d'expérience; et c'est seulement après plusieurs mois de cette épreuve qu'il était admis à faire profession, d'ordinaire le jour de l'Assemblée générale.
La formule qu'il prononçait, à la chapelle, en présence de tous les capitulants, entre les mains du supérieur général ou de son délégué, était conçu en ces termes :
« Je, frère..., fais voeu et promesse à Dieu, en votre présence, Monsieur, et en la présence de tous les frères qui sont ici, d'observer exactement cet Institut, que Monseigneur de Camilly, notre évêque, a donné aux Frères Hermites de la Congrégation de Saint-Antoine, dans laquelle, j'ai le bonheur d'entrer, et d'y garder fidèlement la chasteté, la pauvreté et l'obéissance, tout le temps que je serai attaché à ladite Congrégation, et que j'en porterai l'habit. » (20)
Ce n'étaient donc que des voeux simples, dont celui qui les émettait, prévoyait qu'il pouvait être relevé : sage précaution, étant donné ce genre de vie, privé de bien des réconforts qu'assurent à leurs membres les Ordres religieux.
Ces voeux étaient renouvelés, chaque année, lors de l'Assemblée générale ; et ils ne furent pas rares, ceux qui les renouvelait ainsi 40, 50. 60 fois et même davantage : faisait-on déjà des « noces d'or » et de « diamant » ? En tous cas, on remerciait le Seigneur, et on redisait le mot : « O beata solituda, sola beatitudo ». Si on l'avait connu, on se serait appliqué, mais dans un sens chrétien, ce vers de La Fontaine : « Solitude, où je trouve une douceur secrète !»
François Blouet de Camilly, dont la formule des voeux faisait mention, avait fait. compléter l'Institut, qu'avait approuvé Jacques de Fieux. Maintenant que le temps avait exercé son contrôle sur l'entreprise du frère Michel Legrand, il lui avait semblé opportun d'en commander une nouvelle rédaction, revue et augmentée. Et pour obvier à ce que « les ermites ne soient ermites que d'habit... aimant le monde et les choses du monde, sujets aux vices les plus grossiers... ou se laissent emporter plus facilement aux péchés de l'esprit, à l'orgueil, à l'ambition, à la colère, à la paresse »... (21), excès auxquels avait entendu parer l'auteur de la première édition et qu'il était bon de signaler de rechef, un « Mandement», en date du 3 septembre 1708. avait ordonné qu'on observât désormais les prescriptions de cet Institut, mis au point, et enjoint à tous les supérieurs de la Congrégation « de tenir la main à ce qu'elles soient exactement suivies. » Une explication de quelques articles fut donnée par l'évêque lui-même, dans l'Assemblée générale, qu'il voulut tenir et présider, en son palais épiscopal, le 2 septembre 1710 (22). Ainsi, les ermites de la Congrégation de Saint-Antoine occupaient une place appréciable dans les préoccupations pastorales du chef du diocèse.
Mais tous les habitants des ermitages ne s'étaient point affiliés, tant s'en faut, à l'une ou à l'autre des congrégations existantes. De plus, un bon nombre, suivant un abus tenace, s'étaient «revêtus eux-mêmes de l'habit d'ermite, sans en avoir la vocation, ni les vertus»; ils «le déshonoraient par leurs moeurs corrompues, scandalisaient le public, profanaient les saintes retraites dont ils s'étaient emparés et en faisaient des retraites de voleurs et de brigands» (23).
Voulant remédier à ces abus, François de Camilly s'appliqua « à ne souffrir, ni admettre d'ermites, qu'ils ne soient de bonne vie et de moeurs irréprochables, et qu'ils n'aient subi des examens et passé des épreuves », qu'il avait jugées nécessaires (24), entre autres, un séjour de quelques semaines au Val des Nonnes, sous la direction du maître des novices. Une ordonnance du 14 janvier 1716, donna corps à ce règlement, leur prescrivit le port d'une robe grise, ne descendant que jusqu'aux genoux, pour qu'on les distinguât des membres des deux congrégations; l'assistance régulière aux offices et aux catéchismes de la paroisse; le travail, qui devrait fournir leurs moyens d'existence ; leur interdit les quêtes hors de la paroisse et les soumit à la visite des dignitaires de la Congrégation de Saint Antoine (25). Dans la pensée du prélat, les « gardes-chapelles » - tel était le titre qu'ils prendraient dorénavant - devaient constituer comme un « second ordre » séculier du « premier ordre » régulier des ermites.
Un arrêt de la Cour souveraine, du 4 avril de la même année, pendit cette ordonnance obligatoire, dans toute la partie du diocèse qui appartenait aux duchés de Lorraine et de Bar (26).
Quoique l'acte épiscopal n'en ait point parlé, à partir d'une époque que nous ne pouvons préciser, une Assemblée des gardes-chapelle se tint, jusqu'en 1750, au Val des Nonnes, une quinzaine après le chapitre des ermites (27). Ce fut, semble-t-il, sur l'initiative de M. Vatelot (+ 1748), car l'institution ne lui survécut pas; il y eut encore deux assemblées, en avril-mai 1749; mais, l'année suivante, le registre porte que quatre gardes-chapelle assistèrent à l'Assemblée générale de la Congrégation, et ne mentionne pas d'autre réunion. Il n'est même plus question, dès lors, de gardes-chapelle, dans les procès-verbaux. La dépendance, établie par François de Camilly, s'était émancipée; et les ermites libres reparurent, si tant est qu'ils se soient laissé confondre avec les simples gardes-chapelle.
(A suivre)
E. M.


(12) Voir Ch. V.
(13) Voir Ch. III.
(14) Les chiffres que nous donnons figurent l'effectif normal, qui ne fut pas toujours atteint. - La plupart sont de CHATRIAN (La Lorr, mon., supr. cit.) Le manuscrit est de 1786, et l' Auteur, en ceci, semble bien informé; car il donne une liste de 70 ermites, correspondant exactement au total des effectifs indiqués pour cette époque.
(15) Cet ermitage, qui fut de Saint-Antoine (Ordonn. de Lor., I, 294) passa, dans la suite, à Saint-Jean-Baptiste (Arch. M.-M;, E, suppl. 2131) et disparut avant la fusion des deux Congrégations.
(16) Saint-Baslemont, c. de Darney, Vosges.
(17) L'abbé IDOUX, dans son importante étude sur les Ermites de Chèvreroche, p. 185 et sq. Mem, Soc. Arch. Iorr. 1910, examine à fond cette question; il opine pour la vraisemblance de la visite; mais il ne croit pas à la tradition que Retz se serait retiré là, pendant quelque temps, pour y écrire des chapitres de ses Mémoires.
Chèvreroche fut des premiers à s'agréger à la Congrégation. Nous avons vu (Ch. V) que le frère Agathon, son supérieur, en était le supérieur général, en 1702. Toutefois, le rôle de ce frère ne parait pas avoir été aussi considérable que le suppose M. Idoux (loc. cit.)
(18) Port et Jorxey étaient les titres, l'un, d'un archidiaconé et d'un doyenné; l'autre, d'un doyenné de l'archidiaconé de Vôge.
(19) Institut..., p. 98 et sq.
(20) Institut, p. 110.
(21) Mandement... en tête de l'Institut infra citandus.
(22) Cette explication est publiée à la suite de l'Institut, p. 356.
(23) Ordonnance, publiée à la suite de l'Institut, p. 369.
(24) Ibid., p. 10.
(25) Ibid., p. 368
(26) lbid., p. 374.
(27) Nous tirerons les détails qui vont suivre du Registre de la Congrégation de Saint-Antoine (1747-1789), conservé aux Archives de Meurthe-et-Moselle, H. 2352 ... sauf toutefois indications spéciales.


Semaine religieuse de Nancy - 12 mai 1928 - n° 19 - p. 301

HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE
Les Ermites au Diocèse de Toul (Suite)

Plus dociles et plus persévérants furent les membres de la Congrégation de Saint-Antoine. La plupart se montrèrent dignes se la sollicitude dont leurs évêques les entourèrent : Scipion-Jérôme Bégon, après Camilly, et Claude Drouas de Boussey, après. Bégon. Nous en trouvons le témoignage, dans la Notice de la Lorraine, où Dom Calmet écrit, à propos du Val des Nonnes, en 1756 : «Les ermites répandus dans tout le diocèse de Toul s'y rassemblent toutes les années, quelquefois au nombre de quarante. Ils ne font que des voeux simples ; ils vivent, dans cette solitude, avec beaucoup d'austérité, s'occupant du travail des mains et ne buvant du vin qu'une fois la semaine. » Et, surtout dans ce qu'écrit des solitaires de Sainte-Anne, près de Lunéville, Valentin Jamerai-Duval, qui fut -employé, chez eux, cinq années durant, se ses 18 à ses 23 ans. « Je n'ai jamais vu les traits de la rustique simplicité mieux exprimés que sur leurs visages et dans leurs manières. Leur langage répondait parfaitement à leur extérieur : rien de plus inculte et de plus négligé. Quant à leurs sentiments, ils n'étaient pas aussi massifs que leur personne. Mais la nature leur avait donné un grand fonds de bonté et de candeur, joint à une santé robuste et à une admirable aptitude pour les travaux de l'agriculture. A la vérité, ces bonnes gens n'entendaient rien à parler de la vertu : ils se contentaient de la réduire en pratique, sans daigner s'en apercevoir et sans se soucier que le public y fît attention... Je puis dire avec sincérité que les pénitences et les macérations que je leur ai vu pratiquer, m'ont convaincu de la possibilité de celles qui m'avaient effrayé; en lisant la vie des Pères de la Thébaïde. Sans parler des trop fréquents Jeunes au pain et a l'eau et de l'usage de la haire et du cilice, pendant le travail et au milieu des chaleurs de l'été, j'ai vu de ces solitaires qui couchaient sur la dure, même en temps de maladie, et, malgré la rigueur de l'hiver, la tête et les pieds nus, et n'ayant qu'un bloc de bois pour chevet. Un autre, qui ne vivait que de fruits et de légumes, craignant que leur saveur naturelle ne fût un piège du démon, pour le porter à la sensualité, avait soin d'en prévenir les amorces, soit en mêlant des cendres avec ses aliments, soit en y versant de l'eau dans laquelle il avait fait tremper les osiers dont il fabriquait des corbeilles, infusion aussi amère que l'absinthe, faite pour le supplice du goût» (29). Ce VALENTIN JAMMERAI était ne à Arthonay, en Champagne, le 24 avril 1695, d'un pauvre laboureur émigré d'Irlande.
Il avait 10 ans, quand son père mourut, laissant sa veuve et ses nombreux enfants dans une détresse extrême. Pour soulager sa mère, il se mit «en condition » et, ayant changé plusieurs fois de maîtres, il fut amené, par les hasards de sa vie errante - disons mieux : par la Providence - près de Deneuvre, à l'ermitage de la Rochotte. Le frère Palémon, qui en était le surveillant, l'accueillit avec bonté et, le voyant intelligent et avide de s'instruire, lui enseigna le peu qu'il savait : il nourrissait l'espoir qu'il entrerait, quand il aurait l'âge, au noviciat, et les dispositions du jeune domestique encourageaient cette confiance.
Mais, au bout de deux ans, en 1713, le charitable frère fut envoyé à Jainvillotte, où il devait mourir, en 1768, à l'âge de 84 ans, après soixante-cinq ans de solitude. Sainte-Anne (29) n'était pas très loin : la communauté, composée de quatre ermites. pourrait utiliser son protégé. Il confia donc Valentin au frère Martinien, surveillant de la maison, qui l'engagea comme pâtre, pour garder le troupeau. Cette occupation monotone luilaissait des loisirs : il les employa à satisfaire la passion de l'étude qu'il sentait grandir en lui. A l'école de l'un des solitaires, le frère Zozime, en peu de temps, il apprit à écrire et se familiarisa avec- les premiers éléments de l'arithmétique. Il parvint à se procurer des ouvrages de géographie, d'histoire et autres branches des connaissances humaines; assis au pied d'un arbre, dans la forêt de Vitrimont, il étendait sur l'herbe se cartes, ouvrait ses livres et, sans perdre de vue le troupeau confié à sa vigilance, il poursuivait son instruction.
En 1715. dans une partie de chasse, le duc Léopold le surprit, lisant un volume; il l'interrogea, fut. frappé de ses réponses et songea un instant, à le tirer de son humble condition; il se contenta, toutefois, de lui envoyer quatre louis. Il ne songeait plus au jeune pâtre, si friand de lecture, quand le comte- de Vidampierre, gouverneur de ses fils, qui avait fait une rencontre analogue et éprouvé le même étonnement, le lui présenta, deux ans plus tard, et le recommanda à sa bienveillante attention.
Vidampierre l'avait trouvé, gardant ses bêtes et vaquant à l'étude, dans un étroit vallon. de la forêt; en considération de cela, le duc- ajouta à son nom patronymique, celui de DUVAL. Envoyé à l'Université de Pont-à-Mousson, il y fit, en peu de temps, de rapides progrès... Bref, il devint conservateur de la bibliothèque nouvellement formée, au château de Lunéville, professeur d'histoire, de géographie et d'antiquités, à l'Académie, sorte d'école supérieure pour les fils de la noblesse lorraine et les jeunes étrangers qui fréquentaient la cour. Il suivit à Florence le fils de Léopold, François III, devenu duc de Toscane, de par le Traité de Vienne, en 1737, et y reprit ses fonctions de bibliothécaire du palais; enfin, il fut appelé à Vienne, où le même François, époux de Marie-Thérèse et empereur d'Allemagne, les charges de la direction de l'importante collection de monnaies et de médailles qu'il venait de rassembler. Mais nullement ébloui par toutes ces faveurs, le savant bibliothécaire, l'érudit numismate, n'oubliait point les humbles ermites pauvres et ignorants, qui l'avaient si paternellement accueilli. Nous ne tarderons pas à le constater.
(A suivre.)
E. M.


(28) Oeuvres de Jamerai Duval, I, p. 77 et 80. - C'est de ce recueil que sont tirés les détails biographiques qui vont suivre.
(29) Il s'agit de Sainte-Anne, près de Lunéville. Le texte du contrat a été publié dans le Journ. Soc., Arch. lorri., 1680, p. 141.


Semaine religieuse de Nancy - 7 juillet 1928 - n° 27 - p. 451

HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE
Les Ermites au Diocèse de Toul (Suite)

Valentin Jamerai-Duval n'avait guère connu, durant les sept années qu'il vécut sous leur toit, que les anachorètes de la Rochotte et de Sainte-Anne; Dom Calmet ne fait l'éloge que des solitaires du Val des Nonnes. Mais nous avons un document authentique, officiel, peu suspect de complaisance, qui nous permet de généraliser cette louange et de l'étendre jusqu'à la suppression de la Congrégation touloise, par l'Assemblée nationale constituante : c'est le registre des délibérations de l'Assemblée générale annuelle (30). Le premier tome en est perdu; mais le second nous renseigne sur la vie que menèrent les ermites de 1747 à 1789.
D'après ces « résultats», cette vie apparaît avoir été, en général, pour le moins régulière. L'Assemblée se montrait très stricte sur l'observance de l'Institut ; elle recommandait aux visiteurs d'être «attentifs et sévères»; elle ne se faisait pas faute de punir les manquements.
Pourtant, en cette succession de quarante-deux assises, ne rencontrent que quatre répressions, pour fautes graves... et les sujets, à certains moments, durent être de soixante-dix à quatre-vingt.
En 1747, ordre est intimé à un frère qui avait été dépouillé de l'habit d'ermite, l'année précédente, nous ignorons pour quel motif, de prendre la robe grise et courte de garde-chapelle ; et on « donne établissement» au frère Marcien, pour aller demeurer à Saint-Jean, de Blâmont, avec ordre de faire sortir le frère Isidore, qui devra, dans les trois jours, se présenter au supérieur Vatelot, « sous peine d'être rasé et dépouillé de toutes marques d'ermite, rayé de la Congrégation et relevé de ses voeux, à cause de la vie désobéissante et scandaleuse qu'il mène, depuis dix ans. - En 1760, le frère Benoît Hyacinthe Montigny, de Saint-Mihiel, qui avait pris l'habit le 29 octobre 1747, mais n'avait pas été admis à la profession, est envoyé en disgrâce, de Jainvillotte, à Saint-Claude, de Thelod, à cause de sa mauvaise conduite. Il ne s'y amende pas. Le chapitre de l'année suivante le condamne à venir faire un mois de noviciat - nous dirions de retraite - au Val des Nonnes, «pour y reprendre, à ses frais, l'esprit de son état », sous peine d'être exclu de la Congrégation, et l'ermitage de Thelod serait fermé. Comme son mois de retraite ne l'avait guère assagi, l'Assemblée de 1765 prononça son expulsion. Il lui fut interdit, en outre, d'être garde-chapelle, à Thelod ou ailleurs, - En la même année 1760, le frère Théodore est envoyé faire un stage de trois mois au noviciat, à cause de sa conduite peu édifiante.
Les autres cas sont moins graves : ils témoignent de la forte discipline qui maintenait l'esprit de l'institution. Nous les citerons tous.
Les frères Onuphre et Pacôme ont fait du trafic, chose défendue aux ermites : ils verseront 31 livres, à la caisse de l'aumônerie, et le premier est transféré de Sainte-Anne, de Rouceux, aux Croix-Ferry, de Rambervillers (1748) - Le frère Sérapion, de Saint-Pierre, de Choloy, a bu et mangé chez un séculier, sans nécessité : un mois de noviciat (1749). - Plusieurs cas analogues. - Le frère Piamont, qui s'était présenté avec son père, le 12 mars 1750, et avait été seul admis ce jour-là, avait reçu plus tard, par mandat du chapitre., son père, devenu ermite, comme compagnon, à Notre-Dame de Cerus. Quelle faute commirent-ils, l'un ou l'autre ? L'Assemblée de 1757 lui ordonne de se séparer du vieillard au plus tôt, pour aller demeurer, avec frère Anatoile, à Saint-Eucher, sous peine d'être expulsé. - Au chapitre du 2 mai 1759, le frère Paul, surveillant de Sainte-Geneviève, définiteur du district du Port et un autre, dont le nom est illisible, demandent pardon à genoux, « pour une démarche imprudente, pour ne rien dire de plus, qu'ils ont faite » : ils avaient quêté et avaient été, pour ceci, condamnés, par la Cour de Nancy, à demander à leurs supérieurs d'être changés de résidence. Dans la suite, le frère Paul sortit de la Congrégation, «pour quelque disgrâce » ; mais, en 1777, il sollicita sa réintégration, qui lui fut accordée, « étant donné qu'il s'était toujours bien comporté » (31). - Le frère Siméon a quitté son ermitage, sans autorisation, pour aller « refaire sa santé » : six semaines de « séjour » au Val des Nonnes, complèteront la cure (1760). - Le frère Léon est d'un caractère «peu sociable, entêté» : un mois de noviciat, pour l'assouplir ! (1760, également). - Le frère Arnauld, condamné à trois mois de Val des Nonnes, pour avoir désobéi, a donné des marques de repentir : il est envoyé à Saint-Pierre, de Choloy.
Outre ces sanctions, plutôt rares, des « avis charitables » étaient donnés, à chaque assemblée, soit en termes généraux, soit avec précisions de personnes, et les procès-verbaux mentionnent que « les frères paraissent y déférer », A en juger par l'insistance que l'on met à leur en rappeler l'interdiction, plusieurs toutefois étaient quelque peu rétifs sur la question des quêtes.
On voit combien furent injustes les accusations que porta, devant Léopold, l'ancien visiteur général de la Congrégation de Saint-Jean-Baptiste, le Père Hugues de Saint-François (32). Cet homme, aigri par les disgrâces que son caractère violent et ses abus de pouvoir lui avaient attirées, n'avait pu rester à l'ermitage Saint-Arnould, où il s'était retiré, après sa déposition, en 1717. Il était venu demander asile aux ermites de Sainte-Anne, deux ou trois ans après que leur pâtre et admirateur, Valentin Jamerai, les avait quittés. Son art d'intrigue, lui ménagea la confiance ducale ; il en profita, pour les desservir, auprès de Son Altesse, ainsi que ses anciens subordonnés, assurant que, dans ces deux congrégations, il n'y avait « pas un honnête homme»; que c'étaient « tous des fripons et des coquins » (33).
Avec le contrôle des visiteurs et de l'Assemblée, l'autorité du supérieur général et les retraites spirituelles, auxquelles, depuis 1761, furent conviés les ermites, ce qui maintenait dans les solitudes de la Congrégation l'esprit de régularité, c'était l'excellente formation à la vie érémitique, que recevaient les postulants, de la part des maîtres des novices, qui se succédaient dans cette charge importante : le frère APOLLON, le premier dont nos documents nous transmettent le nom et qui cumula les fonctions de visiteur, de maitre des novices et de secrétaire, jusqu'à l'assemblée de 1761, dont il signa ainsi le procès-verbal : «Apollon, à présent simple ermite, déclaré jubiley »; il mourut au Val des Nonnes, le 13 novembre 1764 - le frère ZOZINE, «grand docteur en agriculture », qui avait donné, à Sainte-Anne, « les premières notions d'écriture er d'arithmétique » à Valentin Jamerai et qui ne resta en fonctions que trois ans - le Frère ROMAIN qui, lui aussi, cumula, de 1767 à 1790, les charges de visiteur et de maître des novices. Né à Dommartemont (34), Nicolas Ferry dans le siècle, vigneron de son état et protégé du frère Paul, alors surveillant de Sainte-Geneviève, il était entré à 21 ans, au noviciat, le 6 décembre1755, et le registre porte qu'il savait « lire, écrire passablement bien et faire des paniers à dessert et autres ouvrages. Il reçut l'habit, à l'assemblée du 4 mai 1756, fut envoyé à Sainte-Anne (Lunéville) et prononça ses voeux à l'assemblée du 19 avril 1757. - ces deux cérémonies ne se faisaient plus qu'à la Messe d'ouverture du chapitre annuel. Nous aurons à constater la vigilance et la fermeté de son gouvernement.
Le recrutement des solitaires était relativement bien fourni : deux ou trois, quelquefois plus, chaque année, et d'ordinaire des jeunes gens ou des hommes dans la force de l'âge : vignerons, cultivateurs, manoeuvres, maçons, tisserands, tapissiers, cordonniers, fileurs de laine, fouleurs de bas, etc ... presque tous sachant lire et écrire convenablement ; venus des Duchés ou des Evêchés, du Bassigny, de l'Alsace, même d'outre- Rhin ; quelques-uns ayant du patrimoine. Un clerc tonsuré, François Blanverlet, de Spincourt (35), qui avait été quelque temps précepteur, fut admis, en 1767, et prit le nom de frère Odilon. Nous ignorons s'il se prépara plus tard au Sacerdoce.
Jamerai-Duval, malgré la distance qui le séparait d'eux, perdait point le souvenir de ses bienfaiteurs. Ayant dû se rendre, de Vienne, à Paris, pendant l'été de 1752, il profita de ce voyage pour visiter les lieux où s'étaient écoulées, dans les ravissements de l'étude, les années de son adolescence besogneuse (36). Il vint à la Rochotte, puis, à Sainte-Anne, et, frappé de la vétusté des humbles logis, il donna amplement de quoi les réédifier. Son vieil ami, le frère Zozime, avait envoyé à Saint-Joseph, de Messein; il monta l'y retrouver ; et il lui parut, écrivit-il, « que la pauvreté de cette maison ne cadrait nullement avec le charmant paysage où elle était située.» Il en entreprit la reconstruction et en dressa lui-même le plan.
Et ce fut un couvent en miniature qui s'éleva, propre et discret, de 1755 à 1759, sur cette côte ardue, à l'abri des roches du vieux camp gaulois, parallélogramme de 80 pieds de long sur 69 de profondeur, avec une cour, à l'intérieur. La chapelle occupait le côté est, avec le choeur des ermites et la sacristie; au rez-de-chaussée, le bâtiment de façade comprenait, outre l'entrée, l'escalier et un corridor, la salle du Chapitre, le réfectoire, la cuisine et une cellule; et les deux autres côtés, une écurie, une orangerie, la chambre à four, des halliers et autres dépendances. Dix cellules, un dortoir, une chambre d'étranger et de vastes greniers occupaient l'étage. Enfin de caves étaient susceptibles d'emmagasiner la récolte de huit à dix jours de vignes (37).
« Peut-être, écrivait Duval à l'une de ses correspondantes, me saurez-vous mauvais gré d'avoir été aussi généreux envers des ermites que l'on regarde comme les pygmées de la vie monastique ; mais sachez bien que, si ces solitaires n'eussent été que des moines, je n'eusse rien fait pour eux - ceci est bien du temps de l'encyclopédie - mais n'étant que des paysans travestis, nullement fondés aux dépens d'autrui, ne demandant rien à personne, subsistant du travail de leurs mains et totalement dévoués à l'agriculture, je me suis fait un plaisir de concourir, avec eux, à parer cette innocente nourrice du genre humain et à décorer des paysages, où il me semblait que la nature et la paix avaient établi leur séjour. D'ailleurs ces bonnes gens avaient un titre qui m'en a toujours imposé : ils avaient été mes bienfaiteurs... et j'avais souvent abusé de leur patience, en préférant ma volonté à la leur... » (38).
Sa reconnaissance n'obligea pas des ingrats. Quand sa dernière heure eut sonné, ils consignèrent, sur leur registre, en guise d'éloge funèbre, cette notice simple et touchante : « 3 novembre 1775, est mort M. Duval, bibliothécaire et antiquaire de S. M. Impériale, qui est un très grand bienfaiteur pour les ermites, ayant fait rebâtir Sainte-Anne, près Lunéville, l'ermitage de la Rochotte, près Baccarat, Saint-Joseph de Messein et Notre-Dame de Grâces, près Crévéchamps, et fait quantité de bienfaits à différents ermites, de sorte qu'il a fait du bien à la. Congrégation, pour environ quarante-cinq mille livres. C'est pourquoi on prie tous les frères de se souvenir de lui, devant le Seigneur, d'autant plus qu'il n'a été établi, ni fondations de Messes, ni dit de prières, pour le repos de l'âme de ce bienfaiteur. »
Si Duval avait reconstruit Saint-Joseph sur un plan relativement vaste, c'est qu'on lui avait fait entrevoir que le centre de la Congrégation y serait mieux placé qu'au Val des Nonnes. Aussi, les bâtiments à peine terminés, l'assemblée du 22 avril 1761 décida que, dès juin, le noviciat serait transféré à Messein et mis sous la direction du frère Zozime. Le chapitre de 1762 se tint encore au Val des Nonnes; celui de 1763, également; mais il y fut statué que, désormais, l'Assemblée générale se réunirait à Saint-Joseph.
Cette nouvelle maison-mère, d'après une délibération du chapitre de 1776, servit aussi à hospitaliser les vieillards de la Congrégation, dans la mesure des logements disponibles: en même temps que ces vétérans de la solitude y étaient «soulagés de leurs infirmités et caducité », les novices « étaient accoutumés à exercer la charité», envers leurs frères âgés et impotents.
Cette judicieuse considération dicta cette réunion des jeunes et de vieux, qui serait aujourd'hui contraire au Droit canonique : le noviciat, en effet, doit être absolument séparé du reste de la communauté.
Le bénéfice de ce transfert fut complété par l'impression votée en 1767, de l'Institut, tel que l'avait complété François Bleuet de Camilly et tel que l'expérience d'un demi-siècle en avait consacré la sagesse. Aux statuts eux-mêmes et aux mandements et ordonnances qui les édictaient ou les interprétaient, on ajouta une instruction sur la prière, une méthode de méditation et diverses formules de prières... Et ce fut un joli volume in-12 relié en veau, de VIII et 388 pages, qui sortit, cette même année 1767, des presses du libraire Monnoyer, de Neufchâteau, sous ce titre : « Institut des Hermites du diocèse de Toul, sous l'invocation de saint Antoine, premier père des solitaires. Imprimé par ordre de Monseigneur ».
L'écu « d'azur au chevron d'or, accompagné de trois fers de lance d'argent; au chef d'or, chargé de trois molettes de sable » qui figure au frontispice, indique que l'approbation venait de Claude Drouas de Boussey, alors évêque de Toul, oncle ou cousin de Hector-Bernard Drouas, archidiacre, et vicaire général, supérieur de la Congrégation.
La bibliothèque municipale de Nancy en possède un exemplaire, qui appartint au frère Hilarion ermite à Notre-Dame de Grâces, de Crévéchamps.


(30) Arch. de M.-et-M., H. 2352
(31) Il mourut à Sainte-Anne, de Rouceux, en 1781, âgé de 80 ans, après soixante années de solitude. (L. BOSSU, L'Ermitage d'Offrécourt)
(32) Voir Ch. V.
(33) Mémoires... d'Archottes, supr. cit.
(34) Dommartemont, c. de Nancy-Sud.
(35) Spincourt, arr. de Montmédy, Meuse.
(36) Oeuvres, II, p. 290.
(37) On peut encore aujourd'hui se rendre compte sur place de la disposition.
(38) Lettre à Anastasie Socoloff. (Oeuvres, I, p. 156.)


 

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