BLAMONT.INFO

Documents sur Blâmont (54) et le Blâmontois

 Présentation

 Documents

 Recherche

 Contact

 
 Plan du site
 Historique du site
 
Texte précédent (dans l'ordre de mise en ligne)

Retour à la liste des textes

Texte suivant (dans l'ordre de mise en ligne)

Accès à la rubrique des textes concernant 1914-1918

1914-1918 - L'Invasion des rats aux tranchées
(notes renumérotées)

Voir aussi 1914-1918 - Les rats dans les tranchées


Revue générale des sciences pures et appliquées
Éd. Doin (Paris)
15 juillet 1918

Dr P. CHAVIGNY - L'INVASION DES RATS AUX TRANCHÉES PENDANT LA GUERRE DE 1914
SES CAUSES. - SES REMÈDES

PREMIÈRE PARTIE

Au début de la campagne de 1914, trois fléaux vinrent s'abattre presque en même temps sur les armées françaises les Allemands, les rats et les poux. Quelques semaines de campagne apprirent à nos troupes à lutter efficacement contre les Allemands. On eut plus de peine à se débarrasser des rats et des poux.
La pullulation extrême des rats inspirait tout d'abord des craintes légitimes au point de vue épidémiologique et infectieux: Le rat est en effet un des principaux propagateurs du bacille pesteux ; la morsure du rat est le point de départ d'une infection très particulière, le sokodu (1) ; le rat est encore un récepteur de choix pour quelques microbes : Saccharomyces tumefaciens, Sporotrichum. Enfin, récemment, on a accusé aussi le rat d'égout d'être un réservoir de virus de la spirochétose ictéro-hémorragique (2).
Les craintes épidémiologiques restèrent vaines, fort heureusement; il n'en fallut pas moins organiser une lutte acharnée contre les rats, devenus bientôt, en raison de leur extrême abondance, un fléau des tranchées.
Nos soldats souffraient réellement de l'incessante persécution de ces rats qui, innombrables, ne respectaient plus rien, dévoraient les provisions jusque dans les musettes, dans les poches même, rongeaient les vêtements, le linge, les chaussures, réveillaient les dormeurs sur la figure desquels ils venaient se promener, leur mordillant même parfois les mains ou les oreilles. Leur audace ne connaissait aucune borne. Les cris de bataille entre les mâles, le bruit que font ces animaux en rongeant le bois, la répugnance instinctive et profonde que certaines personnes ressentent pour ces animaux achevaient de troubler le repos de soldats qui en avaient pourtant grand besoin.
Un médecin me disait Le bombardement m'est égal, mais je déserterais plutôt que de vivre dans un local infesté de rats.
Chargé de tout ce qui concerne l'hygiène du combattant, le Service de Santé pouvait paraître naturellement désigné pour étudier et appliquer les procédés de destructions des rats. Or, cette attribution fut peut-être une des causes de l'échec indiscutable auquel on aboutit. Malgré l'organisation d'équipes de dératisation pourvues des moyens les plus savants, les plus modernes de destruction, les rats continuèrent à pulluler; et, aux tranchées, les combattants en furent réduits à s'y habituer.
Si l'on veut bien s'abstraire de l'ambiance médicale prédominante, il semble que cela s'explique. Les médecins, tout imprégnés dans leur mentalité par les doctrines pastoriennes, n'étaient guère capables d'envisager et d'étudier une question d'hygiène autrement que sous l'aspect d'un problème de bactériologie. Leur déformation professionnelle est trop complète. Ils s'adressèrent à l'Institut Pasteur et on sait quel fut le succès des méthodes préconisées par celui-ci. En réalité, il s'agissait d'une question de Zoologie générale et c'était strictement à ce point de vue que le cas devait être analysé; la présente étude en est tout entière la démonstration. Prétendre à détruire un animal dont on connaissait mal les mœurs était une oeuvre irréalisable, vouée d'avance à l'échec.
Quelques-uns de ceux qui avaient charge de détruire les rats étaient, au sujet de l'histoire naturelle de ces animaux, d'une ignorance vraiment stupéfiante, décevante : Un chef d'équipe de dératisation auquel on demandait De quelle sorte sont les rats auxquels vous avez affaire ? répondit sans hésiter : Il y en a des gros, des moyens et des petits. C'était tout ce qu'il en savait. Vraiment, dans la lutte ainsi comprise, les rats avaient la partie belle. Ils devaient l'emporter et c'est ce qui eut lieu.
Si d'un esprit attentif et exempt d'idées préconçues on étudie les mœurs des rats, on trouve dans leurs habitudes alimentaires, dans les lois de leur reproduction, une série de notions encore trop peu connues, qui expliquent la pullulation des rats aux armées en campagne et qui doivent obligatoirement guider l'hygiéniste dans le choix des mesures prophylactiques à opposer au développement de ce fléau. Cette étude doit avoir pour base l'observation directe, l'expérimentation. Elle ne doit accepter que bien rarement et sous contrôle immédiat les notions courantes, celles que le public possède sur ces questions. Presque toutes les notions de notoriété publique en ces questions sont fondées sur des on-dit dépourvus de la moindre valeur. Au cours de mes tournées journalières aux tranchées, j'interrogeais inlassablement les uns et les autres au sujet des rats et j'étais souvent stupéfait des réponses qui m'étaient fournies avec une conviction déconcertante. J'ai éliminé de mon récit toutes ces sornettes, produit de l'imagination dépourvue de toute critique.

I. - HISTORIQUE

II est de notion courante en hygiène militaire n que les armées en campagne ont toujours été en butte à une véritable persécution due au développement excessif des rats dans les cantonnements.
Peu importe la valeur historique à attribuer au fait rapporté dans l'Ecriture, d'après laquelle le mulot d'Egypte aurait causé la perte de l'armée de Sennachérib en dévorant pendant la nuit toutes les cordes des arcs et toutes les courroies des boucliers assyriens. Ce qu'il faut en retenir, c'est la notion si ancienne de constatation du fléau constitué par les rats aux armées en campagne.
Divers mémoires d'écrivains militaires retracent mention identique.
Au début de la campagne de 1914, l'invasion des tranchées par les rats a été assez rapide. Cependant, rien ne permet de l'attribuer à une émigration de ces animaux qui seraient venus d'un autre endroit pour s'y établir. Cela n'a nulle part revêtu le caractère d'une invasion massive, instantanée; c'était, a-t-il semblé, une pullulation sur place, mais pullulation d'une rapidité vraiment incroyable. Nombre de témoignages établissent que cette pullulation a commencé dès que la stabilisation des lignes se fut produite, au moment précis où la guerre de tranchées a succédé à la guerre de mouvement, par conséquent à une date postérieure au mois de septembre 1914.
Malgré une différence profonde dans leur façon de comprendre et d'appliquer les règles de l'hygiène sociale, individuelle et militaire, les armées anglaises, tout comme les armées françaises, ont connu l'invasion par les rats et en ont souffert. Il est vrai de noter que les troupes anglaises venaient progressivement occuper des secteurs tenus par les Français et déjà envahis par les rongeurs.
Les troupes italiennes ont également pâti de la pullulation des rats. Ces animaux leur furent particulièrement pénibles pendant les mois durant lesquels elles eurent à tenir des tranchées sur le Carso, pendant les périodes où l'alimentation était abondante. Elles les virent presque complètement disparaitre lorsque, après leur retraite du mois de septembre 1917, elles vinrent s'établir plus en arrière dans des contrées où elles ne reçurent plus qu'une ration plus strictement mesurée.
Au Maroc où, habituellement, les rats sont abondants dans les agglomérations indigènes et autour des magasins de l'Intendance, il n'y a pas eu, depuis 1914, de multiplication anormale du nombre des rats. En colonnes, dans les camps mobiles, les rats sont à peu près inconnus. Dans les postes-fixes-blockhaus, les rats apparaissent dans les 4 ou 5 mois qui suivent leur construction (Médecin-major Colleye).
Tout ceci constitue encore une preuve manifeste de ce que le rat est bien spécialement le fléau des armées en guerre de position (siège, tranchées).

II. - LIMITATION DE L'INVASION PAR LES RATS A LA RÉGION DES TRANCHÉES

Les rats ont pullulé à l'excès dans toutes les régions de l'extrême front-avant, là où des troupes nombreuses étaient cantonnées, logées dans des conditions d'hygiène sommaire. La zone de cette pullulation ne dépassait guère une bande de terrain d'une dizaine de kilomètres de largeur. Même lorsque des villages, de petites villes abandonnés par la population civile se trouvaient occupés par des troupes, tout près de la zone des tranchées, les rats ne s'y montraient pas trop nombreux, parce que ces villages conservaient encore un rudiment des installations hygiéniques du temps de paix.
Dans les villages tout à fait déserts, abandonnés de leurs habitants et non occupés par la troupe, même en pleine zone de tranchées, les rats étaient rares. Pour schématiser les choses, on peut dire que les rats étaient les inséparables compagnons du soldat aux tranchées et qu'ils se localisaient depuis la région des cuisines roulantes jusqu'aux premières lignes.
Voici à ce sujet un fait bien caractéristique : Dans le village d'Ancervillers, vide de ses habitants, dans aucune maison, pourtant soigneusement visitée, on ne retrouve aucune trace de crottes de rats, témoignage constant de leur présence. Par contre, dans une des maisons de ce pays, dans une seule, les cuisines roulantes d'un bataillon d'infanterie avaient été installées. Les cuisiniers se plaignaient de ce que cette maison fût rendue inhabitable par le nombre des rats qui y avaient élu domicile. En fait, dans toutes les chambres de cette maison, les crottes étaient innombrables. Cette localisation si stricte dans une maison déterminée d'un village, auprès de la cuisine, auprès des provisions, a une signification qu'il faut retenir.
A quelque distance de Tahure, une ambulance vient s'installer sur un terrain de culture, loin des habitations. Les premiers jours, il n'y existait aucun rat. Quelques jours plus tard, les rats font leur apparition dans l'ambulance, et bientôt ils s'y montrent aussi nombreux, aussi insupportables que dans les formations voisines.
Cette invasion générale des rats aux tranchées était en relation étroite avec les conditions de la vie des troupes dans la zone de l'avant. C'est dans une analyse serrée des conditions particulières à cette région, des habitudes ou des défauts de ceux qui y habitaient qu'il fallait rechercher l'explication du fait anormal qu'on y observait.
Toute cause d'ordre général devait être fatalement éliminée d'emblée impossible d'invoquer l'influence de l'année, d'une saison plus particulièrement chaude ou même du hasard. Il y avait bien une cause locale et il fallait la préciser. Entreprendre la lutte contre les rats sans connaître cette cause de leur développement, c'était agir en aveugle et fatalement courir à un échec.
Il faut bien retenir que cette extraordinaire multiplication des rats aux tranchées ne correspondait nullement à une invasion générale des campagnes ou des villes parles rongeurs. Dans certaines contrées, certaines années, les rongeurs deviennent incroyablement nombreux sous l'influence de causes mal déterminées encore, et ces invasions sont bien connues à la campagne où elles ruinent les récoltes. En 1904, par exemple, des millions d'hectares de cultures et de bois avaient été ravagés par ces rongeurs devenus légion dans l'Ouest de la France (Charentes, Deux-Sèvres, etc.). En 1911, c'était le tour du Soissonnais. En 1913, le fléau se manifestait de nouveau en Charente-Inférieure. On le retrouvait, mais à un degré moindre, en Normandie, où les rongeurs s'étaient montrés plus nombreux que de coutume. Au contraire, en 1914 et pendant les années suivantes, en France, le nombre des rongeurs des champs resta presque normal, et, dans son rapport à la Commission de l'Agriculture de la Chambre en 1914, M. Perrier signalait encore la présence des campagnols en divers départements.
Notons de suite que la pullulation des rongeurs des champs et des bois n'a qu'un rapport bien indirect avec celle des rongeurs des tranchées, puisqu'il s'agit d'espèces animales absolument distinctes. Les désastres agricoles sont provoqués par les mulots, les campagnols, qui ne fréquentent jamais l'habitation humaine.
Dans les contrées dont les champs, les exploitations agricoles sont ravagées par les rats, la distinction est assez facile à faire.
Une notion épidémiologique intéressante, concernant la suette miliaire, vient confirmer cette idée, de la répartition stricte et exclusive des rats en rats des villes et en rats des champs. Chantemesse, Marchoux et Haury, ayant remarqué que la suette arrêtait ses ravages épidémiques aux portes des villes, rappelaient que là aussi s'arrêtait l'habitat du campagnol, auquel ils attribuaient un rôle important dans la diffusion de la maladie (3).
Pourtant, ces notions d'habitat strict des diverses espèces de rongeurs de la famille des
Muridés ne sont pas encore acceptées par tous ou peut-être ne sont-elles pas suffisamment connues. Ainsi, Strickland (4) admet que le Mus Decumanus est surtout un rat des champs, un rat sauvage, tandis que le Mus Rattus serait le rat de ville, semi-domestique. Cette distinction est loin d'être d'accord avec les données admises par la plupart des naturalistes et qu'il est facile d'ailleurs de contrôler soi-même.
Dans la zone voisine des tranchées, il y a eu parfois pullulation de certaines espèces de rats des champs. Ainsi, j'ai eu occasion de constater, au cours des années 1915 et 1916, une multiplication anormale du rat des champs (Mus Sylvaticus) dans les environs de Nancy, particulièrement vers le village de Hoéville. Dans les champs, où les récoltes de l'année précédente étaient restées sur pied, ces rats se multiplièrent à un degré véritablement incroyable. En plein jour, la surface du sol semblait mouvante, tant était formidable le nombre de ces rongeurs; autour de toutes les mottes de terre le passage incessant de leurs allées et venues avait créé de véritables sentiers, des couloirs de terre battue. Aucune mesure de destruction ne fut prise à l'encontre de ces rats des champs et leur disparition fut aussi rapide que l'avait été leur apparition.
Dans les champs demeurés incultes, ces rats ne trouvèrent plus la nourriture dont ils avaient besoin, et dès l'été 1917 ils avaient absolument disparu de ces régions qu'ils avaient dévastées les années précédentes.

III. - ESPÈCES DE RATS QUI ONT PARTICIPÉ A L'ENVAHISSEMENT DES TRANCHÉES

Il est couramment admis en Zoologie que, depuis le milieu du siècle dernier, le rat noir a disparu de l'Europe devant son concurrent, mieux adapté, le surmulot, venu des régions caspiennes (5). En réalité, le rat noir n'a pas disparu, mais il s'est partagé avec le surmulot le parasitisme de nos habitations. Chacune de ces espèces a choisi les conditions qui convenaient le mieux à ses habitudes, à ses nécessités d'existence. Le rat noir réside dans les parties supérieures de nos habitations, dans les greniers, dans les combles, dans les parties sèches. Le surmulot, au contraire, habite la cave; il s'installe près des cuisines, dans les sous-sols, dans toutes les parties humides; il pullule dans les égouts, dans les abattoirs. Jamais d'ailleurs ces deux espèces animales ne s'écartent de nos habitations ou de leurs dépendances. Si parfois on rencontre le surmulot à quelque distance des maisons, c'est parce qu'il suit le tracé des égouts jusqu'à leur débouché dans les cours d'eau voisins, et s'y nourrit de tous les détritus qui passent.
L'espèce qui prédominait absolument aux tranchées était le surmulot (Mus decumanus, Mus ou Epimys norgevicus).
Les caractères spécifiques de cet animal sont les suivants Pelage de la région dorsale d'un brun roux, ventre gris clair ou blanchâtre; pieds presque nus, couleur chair; les oreilles mesurent un tiers de la longueur de la tête. La queue, plus courte que le corps, est garnie de 200 à 210 anneaux; enfin, les plis du palais sont verruqueux.
A titre presque exceptionnel, beaucoup plus rarement que le surmulot, on rencontrait également aux tranchées le rat noir (Mus rattus). On m'en a procuré plusieurs échantillons capturés aux tranchées des villages voisins du Bois-le-Prêtre. Ce rat noir occupait parfois les mêmes portions de tranchées que le surmulot, mais il habitait de préférence les tranchées sèches, ce qui expliquait bien naturellement sa rareté relative.
Le rat noir a le pelage dorsal d'un gris très foncé avec des reflets presque noirâtres. (Souvent les troupiers m'avaient dit avoir vu et capturé des « rats bleus »). Les poils de la région ventrale sont de couleur cendrée foncée. Les pieds sont noirâtres, les doigts semés de poils blanchâtres. Les oreilles ont une longueur qui dépasse la moitié de celle de la tête; la queue plus longue que le corps, porte de 250 à 280 anneaux. Les plis transversaux du palais sont lisses. Pour l'étude de la biologie de ces animaux, il a fallu, en général, en captivité, recourir aux renseignements fournis par le rat blanc, espèce de laboratoire autrement maniable, car en captivité, le rat noir, et surtout le surmulot, sont des adversaires avec la férocité desquels il faut compter. En outre, toutes les questions de reproduction en captivité ne peuvent s'étudier que sur le rat blanc, puisque le rat noir et le surmulot restent habituellement stériles quand on les a mis en cage.
D'après les renseignements obligeamment fournis par MM. les Professeurs E. Perrier et Trouessart (du Muséum), ainsi que par M. Prévot (chargé de l'élevage des animaux à l'Institut Pasteur à Garches), il semble bien que le rat blanc couramment rencontré dans le commerce soit simplement une race albinos héréditairement fixée par l'élevage en domesticité. On rencontre indifféremment dans les laboratoires, paraît-il, soit la variété albinos du rat noir, soit la variété albinos du surmulot; à défaut des autres caractères devenus indistincts, le moyen de reconnaître l'espèce à laquelle ces albinos se rattachent originairement consiste à peu près exclusivement dans l'examen des plis du palais et dans la numération des écailles de la queue.
Les rats albinos qui ont servi à mes expériences de laboratoire en 1917 étaient des surmulots blancs.

IV. - ÉTUDE DU RAT EN CAPTIVITÉ

Le rat noir et le surmulot peuvent se conserver longtemps en captivité pourvu qu'on leur fournisse une nourriture appropriée et suffisamment abondante. Le rat blanc, à l'inverse des deux autres, se reproduit aisément en captivité.
Pour éviter que les jeunes rats blancs des élevages ne s'échappent des cages, il suffit de placer les mères, sur le point de mettre bas, dans des cages pourvues de grillage à mailles de 13 ou 16 millimètres; le calibre de ces mailles ne permet pas aux jeunes de les traverser quand ils commencent à sortir du nid. Pour les cages d'adultes, on peut adopter le grillage à mailles de 19 et même de 22 millimètres (6).
Quand on veut garder longtemps en captivité des rats noirs ou des surmulots, il est bon de les placer dans des cages qui communiquent chacune de l'une à la suivante par des trappes à coulisse. On peut ainsi opérer aisément le nettoyage de chaque cage en faisant passer alternativement les animaux captifs dans la cage voisine. A défaut de cette précaution, on risque de rencontrer de grandes difficultés dans l'entretien des cages, le surmulot et le rat noir étant très habiles à s'échapper dès que la porte de leur cage est entrouverte. C'est une installation à prévoir à l'avance, avant le début de toute expérience.
Il ne semble pas que la captivité, même prolongée (expérience portant sur quatre mois), modifie en rien le caractère, les habitudes ni même l'intelligence du rat noir ou du surmulot.
Le rat blanc, très maniable à la main de l'homme qui le prend doucement, a cependant conservé ses instincts de défense à l'égard de ses ennemis. J'ai vu un rat blanc sauter résolument au museau d'un chien qui s'approchait de lui avec des manifestations hostiles.
1. Organes des sens. Une grande partie des mœurs et des habitudes des espèces animales tiennent au degré de développement relatif et à l'acuité de leurs organes des sens.
Chez le rat blanc, avec lequel des constatations d'acuité visuelle ou de finesse d'odorat sont beaucoup aisées et plus précises, on peut affirmer que l'odorat est très peu développé. D'ailleurs, chez cet animal, la vue ne paraît guère plus que l'odorat l'aider à la recherche de sa nourriture Sur une table on place un morceau de viande, en ayant soin qu'il ne soit pas voisin de l'un des bords, puis sur cette table on lâche un rat blanc à jeun depuis 24 heures. L'animal met un temps très long à trouver le morceau de viande, à le happer. Manifestement, il ne s'en empare qu'au moment où le hasard de ses allées et venues le fait passer presque au contact du morceau de viande.
En ce qui concerne la vision très défectueuse du rat blanc, en plein jour, on pourrait être tenté de penser que l'absence des pigments oculaires en est la cause et que le rat est aveuglé par la lumière diurne. Pourtant, M. le Dr' Dor, qui a fait des recherches sur la rétine des rats blancs, a constaté que chez ceux-ci le pigment des franges rétiniennes était conservé.
Le rat noir et le surmulot paraissent avoir une vision meilleure que-celle du rat blanc, surtout dans l'obscurité : Par exemple, si exiguë que soit l'entrée du trou dans lequel ils se réfugient en cas de danger menaçant, ces animaux en retrouvent instantanément l'orifice.
Des manifestations presque innombrables d'une intelligence, d'une astuce vraiment surprenantes ont été observées chez le rat noir et le surmulot, surtout en tout ce qui concerne le souci d'assurer leur alimentation et de se préserver du danger. Ils sont particulièrement avisés quand il s'agit de se rendre compte du mécanisme d'un piège qui les retient prisonniers. Ou encore là où, pour la deuxième ou la troisième fois, on place des tartines recouvertes de mort-aux-rats sur une de leurs faces, les rats retournent la tartine et grignotent toute la face non recouverte du toxique.
Parmi les moyens de défense du rat retenu prisonnier, il en est un qui est certainement original et dont le rat blanc a conservé le secret tout comme ses ancêtres de race libre. Si on prend un rat par l'extrémité de la queue et qu'on le tienne ainsi suspendu dans l'espace, l'animal trouve le moyen d'imprimer à son corps un mouvement de rotation rapide; la torsion de la queue arrive bientôt à provoquer la rupture de celle-ci, avec sacrifice de quelques lambeaux détendons. A ce prix, l'animal recouvre sa liberté.
2. Repos diurne. Activité nocturne. Le rat et le surmulot sont des animaux nocturnes. Ils dorment ou somnolent dans leur trou pendant toute la durée de la journée et en sortent à la nuit tombante, quand la période du travail humain cesse. L'activité nocturne de ces rongeurs rend leur présence tout à fait pénible aux tranchées parce qu'ils troublent, empêchent tout sommeil dans les abris où ils circulent en grand nombre; mais aussi la nuit est-elle la période favorable quand on veut les chasser, les détruire.
3. Résistance aux parasites. Les rats sont d'une résistance incroyable au parasitisme. Ainsi, pour les trypanosomiases, le rat ne manifeste aucun trouble apparent de la santé, même quand son sang est infesté à tel point que les parasites y sont aussi nombreux que les hématies. On sait d'ailleurs que le rat blanc, malgré ses facilités de manipulation et d'élevage, reste à peu près sans emploi dans les laboratoires de bactériologie, parce qu'il est trop réfractaire à l'action de la plupart des germes pathogènes. (7)
4. Longévité. D'après des renseignements recueillis de divers côtés, il semble que le rat blanc vive environ de deux à trois ans. Vers la fin de leur existence, les femelles deviennent un peu moins prolifiques, tandis que les mâles restent de bons reproducteurs jusqu'à la fin, Il est probable que la longévité des surmulots et des rats noirs est sensiblement la même que celle du rat blanc, sans que j'aie pu trouver de renseignements précis cet égard.
5. Lutte entre espèces. Sous certaines conditions de sexe, le rat noir et le surmulot se tolèrent fort bien et vivent ensemble dans la même cage, même exiguë, sans s'attaquer, pourvu que la nourriture soit abondante.
On peut placer dans la même cage un rat noir et un surmulot, pourvu qu'ils soient de sexe différent, ou encore l'un quelconque des précédents avec un surmulot blanc, mais toujours à condition que le sexe diffère. Deux mâles, ou de même espèce ou d'espèce différente, se battent jusqu'à la mort, tandis que deux femelles vivent en bonne intelligence.
Par contre, une souris placée dans la cage d'un surmulot est immédiatement attaquée, étranglée et dévorée. En liberté pourtant, la concurrence alimentaire ne semble pas mettre aux prises les surmulots et les souris. Il est fréquent de rencontrer les deux espèces se perpétuant dans une même maison.

V. - ALIMENTATION

1. Régime alimentaire. Le surmulot, le rat noir sont des commensaux stricts de l'homme. Ils se nourrissent des mêmes substances alimentaires que lui, de celles qu'il a accumulées, préparées pour son usage, de celles qui restent comme détritus de sa cuisine, comme déchets de sa table. Aucune autre nourriture ne leur convient, ne leur permet de se sustenter. Cette adaptation si nettement limitée à des conditions très précises de vie domine toute l'histoire de ces animaux. Elle conditionne leur reproduction, leur pullulation, leurs invasions. C'est un fait qui ne semble pas jusqu'ici avoir été suffisamment mis en relief. Il mérite pourtant qu'on le précise, qu'on s'y arrête, qu'on en fasse la démonstration bien complète, qu'on s'en persuade, car c'est l'idée fondamentale qui devra servir de point de départ dans la lutte contre ces animaux.
Cette idée est en contradiction avec des notions courantes considérées comme bien établies, presque indiscutables, Un des travaux les plus documentés et les mieux faits sur la biologie des surmulots, celui de Lantz, donne une longue liste des divers objets qui servent de nourriture aux rats (8). D'après Lantz, le surmulot, presque omnivore, mange deux onces de nourriture tout à fait quelconque par jour (9) (l'animal demi-adulte mangeant déjà comme un adulte).
Selon lui, un surmulot consommerait de 45 à 50 livres anglaises de grain par an. Le surmulot, dit encore Lantz, dévore des poulets et leurs œufs, détruit le gibier, mange des fruits, des légumes, du café, des dattes, des oranges, du cacao il ronge les vignes cultivées dans les serres, les draps, les vêtements, les livres recouverts de peau; il est friand de colle, il attaque volontiers les harnais, surtout quand ils sont usagés ; il dévore aussi les rideaux, soit en soie, soit en coton, les tapis, etc., etc.
Cette liste est à la fois incomplète et inexacte : Elle est incomplète, car le rat s'attaque sans exception à toutes les substances sur lesquelles ses dents sont capables de faire prise. Elle est surtout inexacte parce qu'on a confondu gâcher, ronger et manger. Or, le rat est un terrible gâcheur. Poussé par un besoin irrésistible, il ronge sans cesse et indistinctement tous les objets qui tombent à portée de sa dent redoutable.
Cependant, son régime est loin d'être quelconque. En réalité, le rat noir comme le surmulot sont omnivores, mais au sens étroit que ce mot comporte pour l'homme. Il leur faut les mêmes aliments que lui, il les leur faut sous les mêmes formes. On pourrait presque dire qu'ils ont besoin de la même cuisine. Le rat mange à la même table que l'homme. En général, il mange après lui, se contentant de ses restes.
Le rapprochement est curieux à faire, de l'homme au rat, entre deux espèces animales dont le type dentaire est aussi différent.
L'une des premières particularités qui dominent la question alimentaire du rat, c'est, pour celui-ci, la nécessité absolue de manger souvent, de manger beaucoup. Le rat meurt très vite d'inanition. Par exemple, un surmulot jusque-là grassement nourri est placé le 16 mai dans une cage d'isolement où il est soumis à la diète absolue d'aliments et de boisson. Il cherche, s'agite, tourne. Le 18 à midi, il paraît encore aussi vif qu'au début. A 3 heures de l'après midi, le même jour, il semble abattu, et à 5 heures, il est mort.
Le surmulot est un animal qui absorbe avec sa nourriture une grande quantité de liquide : l'eau lui est nécessaire. On pouvait alors se demander si, dans l'expérience précédente, l'animal était mort de faim ou de soif. Donc, parallèlement, un autre surmulot avait été isolé dans une autre cage, sans aucun aliment, mais avec de l'eau à discrétion (16 mai à midi}. L'animal boit avec avidité, et il meurt le surlendemain, 18 mai, à trois heures de l'après-midi, assez brusquement aussi. C'est donc bien l'inanition qui est la raison de la mort rapide dans ces expériences. Le surmulot meurt donc très vite d'inanition. Cela se comprend, car l'animal, relativement au poids de son corps, absorbe chaque jour une proportion considérable d'aliments. D'après Lantz, un surmulot adulte dévorerait chaque jour 57 grammes de nourriture. Pour un poids moyen de 140 gr. qui est le poids d'un surmulot adulte, une ration journalière de 57 gr. est dans la relation de 1 à 2,4. Si l'on rapportait la même proportion au poids d'un adulte-homme, celui-ci devrait absorber chaque jour 33 kilogs de nourriture. Ces chiffres représentent donc une digestion journalière d'une intensité presque incroyable. Les chiffres de Lantz paraissent d'ailleurs un peu exagérés, et j'ai pu conserver des surmulots en bon état avec une ration d'entretien de 30 à 40 gr., ce qui représente encore un coefficient de nutrition très élevé.
Ce besoin d'une nourriture abondante conduit les rats à s'entre-dévorer quand on en abandonne plusieurs dans une cage sans nourriture. Ils engagent presque aussitôt la bataille pour la vie, pour la viande. Des soldats avaient fait l'expérience en laissant 8 rats dans une cage. Le huitième jour, il n'en restait plus qu'un et encore était-il sérieusement blessé.
Les données zoologiques courantes nous ont habitués à déduire le régime alimentaire d'un animal de sa formule dentaire. Cette conception, extrêmement simpliste, est presque fausse en pratique. Dominé en gros par la formule dentaire, le régime de toute espèce animale est conditionné dans le détail par des habitudes très strictes auxquelles l'animal ne peut déroger sous peine d'une mort rapide. Par exemple, l'écureuil et le surmulot sont bien effectivement deux rongeurs de formule dentaire identique or chacun d'eux mourrait rapidement d'inanition si on prétendait le soumettre au régime alimentaire de l'autre espèce.
Même entre les rongeurs, et entre des espèces qui nous paraissent très pareilles, la Zoologie connait des différences portant précisément sur la dentition. Ainsi, chez le campagnol (Arvicolien), les molaires sont dépourvues de racines et par conséquent continuent à croître pendant toute la vie, tandis que chez les Muséides (rats omnivores), les molaires, pourvues de racines, cessent de croître dès qu'elles sont complètement formées.
Les recherches sur le régime alimentaire exact du surmulot et du rat sont plus difficiles à réaliser qu'il pourrait le sembler à première vue. Il y a en effet des différences individuelles qui viennent troubler les résultats. Assez souvent, dans une cage contenant par exemple une dizaine d'animaux, qu'on nourrit d'une façon identique, si, un jour quelconque, on substitue à la ration habituelle un aliment imprévu dont on veut connaître la valeur alimentaire, on constate qu'un ou deux de ces animaux du lot tentent franchement de s'en nourrir, tandis que les autres s'y refusent. Il faut donc faire des expériences répétées et déduire les résultats d'une série de moyennes.
D'expériences ainsi conduites et multipliées qui ont été faites avec la collaboration de M. le Médecin-Major Laurens, il résulte que le surmulot, contrairement à l'opinion reçue, a un régime alimentaire très étroit. Ce sont des animaux beaucoup plus difficiles qu'on ne le croirait. C'est ainsi qu'ils mangent la mie du pain et laissent la croûte ; il faut qu'ils soient pressés par une faim extrême pour y toucher. Des rats dépérissent, ayant à côté d'eux des croûtes sèches dans leur mangeoire.
Rats noirs et surmulots mangent volontiers le riz cuit, le poisson cuit, le fromage, le lard surtout quand il est grillé, les pommes de terre quand elles sont cuites, les carottes (cuites), un peu des divers fruits de table (poires, mirabelles, pommes), les diverses salades crues, les pâtes cuites, les choux. Dans un melon, ils dévorent la chair, laissant de côté l'écorce. Ils croquent volontiers le sucre et le chocolat (10). Rats et surmulots mangent volontiers de la viande, principalement de la viande cuite, bien que cette nourriture paraisse fort peu en rapport avec leur dentition. Ils mangent parfois de la viande crue, mais c'est pour eux un aliment de nécessité et non de choix.
Constamment ils délaissent les navets, les raves, le pissenlit; ils grignotent l'avoine, mais dépérissent s'ils n'ont pas d'autre nourriture. Quand on leur donne un morceau de viande un peu putréfiée, ils mangent les parties restées saines et délaissent le reste.
Ils ne touchent pas à l'orge.
Un rat nourri pendant quelques jours exclusivement avec des fruits de table meurt d'inanition.
Un rat meurt d'inanition plutôt que de dévorer des vers blancs mis à sa disposition dans sa mangeoire. Si l'on essaie de nourrir exclusivement ces animaux avec l'une des substances peu alimentaires qu'ils rongent volontiers, cuir, drap, étoffes, bois, etc., on constate que le rat ou le surmulot en expérience meurt dans le même délai exactement que s'il était privé de toute nourriture. Ces substances n'ont donc pour lui aucune valeur alimentaire. En usant de cette méthode expérimentale d'alimentation, on constate d'abord, non sans étonnement, que le surmulot n'est même pas un animal granivore. Nous avons dit déjà qu'il meurt de faim à côté d'une provision d'orge et il ne mange le blé qu'à défaut de toute autre chose. II est même incapable de se nourrir couramment, en les consommant à l'état cru, de la plupart des légumes et des fruits qui poussent dans nos jardins et dans nos champs. Des carottes crues, des pommes de terre crues, des salades, etc., retardent chez lui la mort par inanition et ne l'empêchent pas. Entre tous les produits de nos champs et jardins, il ne pourrait tirer quelque profit alimentaire que de certains de nos fruits de table, bien maigre butin, et surtout bien transitoire au cours de l'année.
Privé de sa nourriture normale, le rat cherche à tromper sa faim en rongeant tout ce qu'il trouve. Cela cause des incertitudes et des erreurs d'expérience. Il faut répartir les aliments en deux classes ceux avec lesquels on peut continuer à maintenir l'animal en bon état, avec son poids normal, et ceux d'autre part à côté desquels il meurt d'inanition au bout d'un certain temps, bien qu'il les ronge avec avidité. Par tous ceux qui ont habité les tranchées, on a entendu raconter avec quelle prestesse les rats s'emparaient du savon et de la bougie. Pourtant ces substances ne constituent jamais pour eux un aliment de quelque valeur. Toutes les fois que du savon ou de la bougie étaient distribués dans les cages, ils n'étaient mangés qu'à la dernière extrémité, quand les autres aliments faisaient défaut. On peut parfois cependant à tort croire que les rats en sont très friands. Dès que le morceau de savon est jeté dans la cage, un rat s'en empare et le grignote un autre immédiatement se précipite et le lui enlève. Ce jeu continue et bientôt le morceau de savon a été attaqué par tous, mais ils s'en dégoûtent vite et, en fin de compte, le savon reste sur le sol de la cage, à peine diminué de volume. Il en est de même pour la bougie.
On entend dire parfois que les rats abondent autour des feuillées. Rien ne permet pourtant de croire que le rat trouve dans les matières fécales humaines une nourriture qui puisse lui suffire. Son tube intestinal est trop pareil à celui de l'homme pour pouvoir en être complémentaire. Les restes de notre digestion ne le nourriraient pas.
On sait que le rat s'attaque aux cadavres. Dans les amphithéâtres, dans les morgues, on constate très souvent que les cadavres ont été partiellement rongés par les rats, mais l'attaque est presque toujours extrêmement localisée. Les surmulots vident les orbites de leur contenu, ils dévorent les parties adipeuses des oreilles, parfois les lobes graisseux du visage, vers l'arcade zygomatique. Il faut des conditions spéciales pour que les rats poussent plus loin leurs dégâts sur les cadavres. Le cadavre n'est pour le rat qu'un aliment de nécessité vers lequel son instinct et son flair ne l'attirent guère. On peut s'en convaincre en constatant que les cimetières militaires du temps de guerre, avec leurs cadavres sommairement ensevelis, à profondeur restreinte, ne sont pas d'ordinaire bouleversés parles rats ni par leurs galeries.
Sur le champ de bataille, on sait que les cadavres abandonnés sont assez souvent dévorés par les rats, et, quand on déplace un de ces cadavres, il n'est pas rare de voir s'échapper quatre ou cinq rats qui, sous celui-ci, trouvaient le gite et le couvert. Mais un vieil axiome affirme que le rat nourri de cadavres en meurt bientôt. Souvent, en effet, on trouve des rats crevés sous les cadavres du champ de bataille.
Puisque la nourriture du rat est si strictement limitée à un lot de substances seules capables de le nourrir, on pourrait se demander pourquoi le rat ronge, grignote, détruit un si grand nombre, une si grande variété de matières qui ne sont nullement assimilables par son intestin. Il y a là un problème dont la solution n'apparaît guère. Des expériences seraient nécessaires sur ce point. Peut-être pourrait-on faire un rapprochement avec une constatation due à Dehne. D'après celui-ci, quand on conserve pendant un certain temps des rats en captivité, privés de substances qu'ils puissent ronger sans arrêt, ces animaux verraient bientôt leurs incisives s'allonger démesurément et percer même les joues. Ce fait a été répété par beaucoup d'auteurs qui ont vu cet accident se produire quand, l'une des incisives ayant été cassée par une cause fortuite, l'incisive opposée à celle qui manque pousse indéfiniment n'étant plus usée contre l'autre. Mais quant à la croissance indéfinie des incisives chez les animaux simplement conservés en cage, il y a là quelque chose que je n'ai jamais observé, ni chez le rat blanc après plusieurs années de captivité, ni chez le rat noir ou le surmulot après plusieurs mois.
2. Recherche des aliments sous terre. Peu guidé, comme nous l'avons vu, par un odorat qui semble assez défectueux, le rat ne paraît guère se faire fouisseur pour atteindre la nourriture. Les expériences que j'ai tentées à ce sujet ont été trop peu nombreuses et leur dispositif était trop rudimentaire pour qu'on en puisse tirer des conclusions formelles, indiscutables pourtant, ce fait m'a paru suffisamment établi pour qu'il y ait intérêt à le confirmer et à le prendre comme guide pratique de conduite dans certaines conditions, dans la lutte contre les rats.
3. Raisons de la commensalité du rat et de l'homme. - Toutes ces constatations expérimentales concernant le mode d'alimentation des rats cadrent avec un fait d'observation qui aurait pu suffire à les faire deviner d'avance et qui, d'ailleurs, m'avait servi de fil conducteur pour bâtir l'hypothèse que ces expériences étaient destinées à contrôler : Si le rat était en effet un animal réellement omnivore, il n'y aurait eu aucune raison pour que son habitat fût si strictement limité aux habitations humaines. On ne s'expliquerait par exemple nullement, si le rat était susceptible d'être granivore, que sa pullulation se soit limitée pendant la guerre à la zone des tranchées et qu'il ne se soit pas répandu dans les champs environnants. S'il suivait la troupe, c'est que la troupe le nourrissait et il n'habitait pas les champs parce qu'il y serait mort de faim.
Une autre raison encore intervient pour que le rat soit rigoureusement commensal de l'homme: il n'est ni hibernant ni approvisionneur. Pour les rongeurs, en effet, sous nos climats, dans des contrées où, en hiver, il n'existe plus aucune substance alimentaire sur le sol des champs, ni dans les bois, il faut choisir entre ces deux termes: hiberner ou faire des provisions d'hiver. Hiberner est un moyen de se soustraire aux difficultés de l'alimentation pendant la mauvaise saison. Les rongeurs non hibernants sont approvisionneurs. L'écureuil est du type approvisionneur, tandis que la marmotte est du type hibernant. Le rat noir et le surmulot ne sont pas hibernants. Sur eux, le seul effet de l'hiver est d'atténuer simplement leurs facultés de reproduction.
Ces animaux ne constituent jamais d'approvisionnements alimentaires. Le fait est directement constatable : l'animal, dans nos habitations, loge dans les entrevous, dans les recoins inaccessibles au bouleversement du balai. Il ne se creuse pas de terriers. Si, à titre très exceptionnel, ne trouvant aucun refuge pour son habitation, il est parfois astreint à fouir, son terrier ne renferme jamais de provisions alimentaires. De nombreuses constatations de ce fait ont été apportées par ceux qui, aux tranchées, se sont efforcés d'observer les mœurs de ces animaux et qui m'ont conté ce qu'ils avaient vu.
D'ailleurs, avec son mode d'alimentation, le rat ne peut pas être approvisionneur en vue de l'hiver, car toutes les substances dont il se nourrit sont putrescibles à très brève échéance. C'est une raison de plus pour qu'il soit notre commensal obligé; nous constituons pour lui ses provisions d'hiver et nous les lui distribuons à mesure de ses besoins.
4. Essais de substances répugnantes. A propos de la prophylaxie, nous verrons qu'on pourrait songer, pour écarter les rats, à imprégner les déchets de cuisine avec une substance qui les dénature, les rende impropres à servir de nourriture au rat. La substance voulue pour cette dénaturation existe peut-être, mais, malgré des essais répétés, nous ne l'avons pas trouvée. Le rat mange avec la même avidité que d'ordinaire ses aliments coutumiers, même quand on les imbibe abondamment soit de crésyl, soit de pétrole. Il semble pourtant qu'il manifeste quelque répugnance pour les aliments arrosés de carbonate de soude ou d'hyposulfite de soude. C'est un chapitre d'expérience qu'il serait utile de compléter. Mandoul, d'après ses expériences, conclut que le pétrole éloigne le rat, sans cependant l'empoisonner (11). En temps de guerre moderne, le pétrole devient trop rare pour qu'on puisse le réserver à des emplois de ce genre.
5. Gâchage d'aliments - Les rats sont voraces, mais ils sont encore bien plus gâcheurs. Si, dans une journée, ils absorbent près de la moitié de leur propre poids en nourriture, ils en déchirent, rongent, gaspillent deux où trois fois plus. Toutes les fois qu'ils rencontrent un fragment alimentaire dont le poids ne dépasse pas la limite extrême de leurs forces, ils l'entraînent aux environs de leur trou, ils en mangent une partie, puis ils en souillent le reste de leurs excréments et de leur urine (12). Cette façon d'être est très remarquable sur les animaux en cage. Quand on essaie sur ceux-ci les effets d'une inanition relative, affamés, et recevant une ration insuffisante, ils en gaspillent, en gâchent au moins la moitié, la couvrent de crottes et, alors, dépérissent d'inanition à côté d'aliments ainsi altérés par eux-mêmes. En captivité, ils ne manquent jamais de souiller de leurs crottes l'eau qu'ils devraient boire; ils s'en privent ainsi et en manquent bientôt.
6. Terriers. Aux tranchées, dans des conditions inusitées de vie, ne trouvant parfois que des abris insuffisants pour leur fournir un gîte sûr, il semblait que les surmulots, par un retour à des habitudes ancestrales, devaient volontiers se creuser des terriers. Le surmulot est, en cas de nécessité, un excellent fouisseur; il creuse vite et facilement. Cependant, aux tranchées mêmes, les terriers s'observaient en petit nombre: les rats noirs, les surmulots nichaient de préférence dans tous les coins où les rondins, où les planches laissaient un interstice, une double paroi. Dans certains secteurs, cependant, on trouvait de véritables et nombreux terriers dont les boyaux d'accès venaient s'ouvrir dans la paroi même de nos tranchées. Toutes les fois, à ma connaissance, que des terriers de cette sorte ont été ouverts, les conduits aboutissaient une sorte de chambre centrale située à une profondeur de 0 m. 70 à 1 mètre. Cette chambre centrale mesurait environ 0 m. 20 de diamètre.
De cette chambre centrale, plusieurs boyaux divergeaient, au nombre de deux ou trois en général. Dans la chambre centrale de ces terriers, on trouvait constamment une nichée de jeunes surmulots. Jamais, dans aucun cas, cette chambre ne contenait de provisions de nourriture au delà de ce qui pouvait être consommé dans la journée. Le terrier, pour le surmulot, représente une construction exceptionnelle et qui a un but spécial, celui de protéger les jeunes, car ceux-ci doivent être soigneusement tenus par la mère à l'abri de la voracité du père et des autres mâles, qui dévorent d'une façon constante les jeunes qu'ils rencontrent tant que ceux-ci ne sont pas encore en état de fuir leurs atteintes.
En hiver, le terrier peut être aussi un abri contre le froid.

VI. - FONCTIONS DE REPRODUCTION

Les notions qu'on possède sur la reproduction du rat noir et du surmulot proviennent de quelques rares faits d'observation directe chez l'animal eh liberté. Bien autrement précises sont les notions tirées, par comparaison, d'expériences faites en captivité sur le rat blanc et sur le surmulot blanc.
Ni le rat noir, ni le surmulot, nous l'avons dit, ne se reproduisent en captivité. J'ai mis en cage une femelle de surmulot capturée à l'un des derniers jours d'une période de gestation. On lui avait fourni tous les matériaux nécessaires pour se construire un nid et mettre bas à l'abri de tous les regards. Cette femelle a pourtant dévoré tous ses petits aussitôt après leur naissance. En captivité également, j'ai souvent répété le séjour par couples dans la même cage soit pour le rat noir, soit pour le surmulot, et jamais les femelles n'ont eu de portées.
Des faits de ce genre sont trop connus pour quantité d'autres espèces animales, dans les jardins zoologiques, pour qu'il y ait lieu de s'en étonner, bien que le mécanisme et la raison exacts n'en soient pas bien déterminés. C'est ainsi, par exemple, que le Dr Rugger (13) nous apprend que le chat du Paraguay ne se reproduit pas en captivité et qu'une chatte de cette espèce, enfermée après fécondation, dévore ses petits. Le nombre des petits d'une portée de surmulots paraît être, d'après des chiffres qui m'ont été fournis à bien des reprises par des équipes de dératiseurs ou par des soldats aux tranchées, de huit à dix ou douze. Ces chiffres concordent avec ceux de Lantz, qui donne le chiffre de 8,1 comme moyenne sur 12.000 observations le chiffre le plus fort qui ait été noté par lui a été de 14. Cet auteur n'a pas précisé toutefois si les nombres donnés par lui provenaient d'observations sur l'animal libre ou, au contraire, de résultats obtenus par l'élevage des variétés albinos.
1. Faits expérimentaux chez le surmulot blanc. Les données fondamentales sont les suivantes Une femelle de surmulot blanc met bas au bout de vingt et un jours. Bientôt elle peut être remise au mâle à nouveau et le temps minimum qui s'est écoulé entre deux portées consécutives a été dans mes expériences de soixante-deux jours.
Ainsi, une femelle a mis bas une première portée le 26 avril (9 petits, dont 4 femelles). Soixante-deux jours après, le 27 juin, elle donne une seconde portée (10 petits, dont 4 femelles). Soixante-huit jours plus tard, elle fournissait une troisième portée (11 petits, dont 5 femelles). D'autre part, les jeunes arrivent très rapidement à l'état adulte et de jeunes mères sont capables de mettre bas à leur tour quand elles parviennent à l'âge de deux mois et demi à trois mois. Les premières portées sont d'ordinaire de nombre un peu réduit (cinq à six petits en moyenne). Mais, dès la portée suivante, les nombres se relèvent à dix ou douze. Contrairement à ce qu'on observe dans l'élevage des autres rongeurs, les nichées sont d'une grande robustesse et les déchets d'élevage sont d'une rareté extrême(14).
Même lorsqu'on connaît toutes les données précédemment énumérées sur le nombre des portées des rats et leur durée de gestation et d'élevage, l'esprit a la plus grande peine à s'imaginer quelle est la marche de la progression vraie dans cette multiplication d'animaux, si, partant d'un seul couple de rats, on place ces animaux dans des conditions telles que leur multiplication ne soit entravée par rien. C'est une question amusante à poser à des esprits même avisés auxquels on fournit toutes les données du problème. Les audacieux, auxquels on demande quel est le nombre des descendants d'un couple de rats en trois ans, s'imaginent avancer des chiffres presque fantastiques en parlant de cent ou même de cinq cents. Le chiffre fourni par Lantz (15), avec documentation à l'appui, diffère d'une façon extraordinaire de ces appréciations portées a priori. D'après Lantz, en effet, un couple de rats engendre en trois ans 20.155.392 animaux (nous disons bien vingt millions).
Ce chiffre est bien fait pour provoquer à première vue quelque incrédulité; il est pourtant incontestable, et je résume ici quelques nombres obtenus dans un élevage de surmulots blancs au cours de l'année 1917. Les conditions de cet élevage étaient médiocres, la quantité de nourriture parfois insuffisante et j'ai prélevé un certain nombre de sujets pour des expériences en cours. La progression est cependant déjà presque formidable.
Une paire de surmulots donne :
26 avril, une portée de 9 petits (dont4 femelles)
27 juin - 10 - 4
3 septembre - 11 - 5
Des femelles de la première portée ont elles-mêmes des petits
1° Le 19 juillet 11 petits;
2° Le 25 juillet 5 petits;
3° Le 25 juillet 3 petits;
4° Le 12 août 6 petits.
Le 17 octobre, j'avais au total 80 rats et il m'était devenu impossible de distinguer entre tous ces animaux, malgré les marques que j'avais essayé de leur appliquer, et de reconnaître à temps quelles étaient les femelles prêtes à mettre bas. Dans la cage commune des adultes, les < petits étaient piétines par les autres adultes, quand bien même ils n'étaient pas dévorés par eux. Il faudrait une installation presque immense pour poursuivre rigoureusement ces essais d'élevage total pendant une année seulement. J'ai été rapidement débordé, même dans les limites d'une reproduction bien réduite. Le tableau ci-après retrace théoriquement quelle est la progression d'un élevage de cette sorte pour lequel on arriverait à réaliser de bonnes conditions d'expérimentation

OBSERVATIONS
Ce tableau fournit une donnée minima (il est par 4 portées de 8. On peut avoir 5 portées dans l'année).
Au printemps suivant 360 femelles seront prêtes à avoir des petits et chacune d'elle devient le point de départ d'un calcul analogue, soit: 1.120 x 560=627.200, auxquels s'ajoutent les restants de l'année précédente, soit un total de 628.320.
Dehne avait obtenu les chiffres suivants Un couple de rats blancs lui donne une portée le 1er mars. Il sépare la mère le 9 avril. Le 11 mai il a une nouvelle portée (soit 72 jours après la première). Une paire de rats de la portée du 1er mars lui donne des petits le 1er juin (soit 103 jours après leur naissance) Ces chiffres ont longtemps servi de base aux évaluations des naturalistes pour parler de la rapidité de multiplication des rats.
On voit, d'après les chiffres du tableau précédent, que les chiffres de Lantz restent au-dessous des nombres théoriques.
M. Perrier, dans son rapport déjà cité, rappelait, à propos du campagnol (Arvicola arvensis), la terrible fécondité de celui-ci : un seul couple de campagnols peut en une seule année avoir 4.000 descendants !
2. Développement des jeunes- Les jeunes te surmulots blancs, au moment de leur naissance, pèsent environ 5 gr., et la longueur du corps, queue non comprise, est de 2 cm. On remarque combien est relativement considérable le poids de la nichée d'une femelle par rapport au poids de cette femelle même. Celle-ci pèse en effet 150 gr. et elle a produit dix petits pesant chacun 5 gr., soit en tout 50 gr., le tiers de son propre poids. (A cela il faudrait encore ajouter le poids des placentas).
Les petits, nés aveugles et glabres, commencent à ouvrir les yeux quand ils atteignent leur quatorzième jour. Ils sont déjà à ce moment pourvus d'un duvet court, et bientôt, vers le 20e jour, ils font leurs premiers pas hors du nid, dans lequel la mère les a tenus jusque-là à l'abri a de tous les regards.
Au cours de l'élevage, de l'allaitement (soit pendant vingt jours environ), la mère change généralement son nid une seule fois de place. Dans mes premières observations, j'avais été surpris de voir que, malgré la présence de dix petits qui jamais ne sortaient du nid, ce nid n'était pourtant souillé ni par les excréments ni par l'urine de ces jeunes. Un peu surpris de cette constatation, j'ai soumis une nichée à une surveillance assez minutieuse. J'ai alors constaté que de temps en temps, dans l'intervalle des tétées, la mère retournait prestement les jeunes et leur léchait la région ano-génitale, avalant de toute évidence les matières qu'elle exprimait ainsi de leur rectum et de leur vessie,
Ce système, quoique contrôlé par une observation bien attentive, n'avait pas été sans me causer quelque étonnement et je doutais presque de mes constatations, quand le hasard de mes lectures m'a appris que ce mode opératoire n'était pas aussi exceptionnel qu'on pourrait se l'imaginer à première vue. Dans l'ouvrage de Féré (16) sur l'instinct sexuel, j'ai trouvé mention identique se rapportant au lapin. C'est d'ailleurs un fait bien connu en zoologie.
3. Influence du froid. Le froid a une action nocive très nette sur la pullulation des rats et des surmulots. Le surmulot, par exemple, répandu à l'heure actuelle sur toute la surface du globe, ne se rencontre toutefois pas dans les contrées froides. Une autre preuve de cette action est encore donnée par l'époque à laquelle, sous nos climats, naissent les portées de rats. La reproduction est en effet absolument interrompue pendant tout l'hiver. Il faut cependant déjà que le froid soit assez vif pour que son action se manifeste. Ainsi, à Nomény, il y avait de la neige sur la terre au mois .de novembre 1917 quand des soldats, détruisant un terrier de surmulots, y trouvèrent une nichée de huit jeunes à moitié développés et parfaitement bien portants. Cependant, dans la nuit du 16 au 17 octobre 1917, par un temps seulement frais (+1°), une de mes nichées d'élevage âgée de 10 jours a perdu 5 jeunes sur 9. Il est vrai que, dans mes cages, mes animaux étaient infiniment moins bien protégés que dans l'intérieur d'un terrier. C'est peut-être dans ce cas ce qui explique les différences observées.
4. Influence de l'intoxication sur la reproduction. - Une expérience déjà ancienne de Masse et Gscheidler (17) prouve que la période de reproduction est celle dans laquelle la race des rats est le plus accessible aux causes de destruction, aux accidents frénateurs de la pullulation excessive. Ils ont rendu une femelle de rat blanc passagèrement stérile par une injection de 15 gouttes d'une solution de morphine à 1 %.
5. Influence de l'inanition - Mais le froid et l'intoxication ne sont pas les seuls à agir pour limiter la reproduction de ces animaux, et dans les conditions ordinaires le manque de nourriture ou même une simple restriction dans l'alimentation des rats suffisent à modérer ou à empêcher la reproduction de se poursuivre. C'est une cause qui bien plus souvent l'occasion d'intervenir et de faire sentir ses effets. Elle a donc, à ce titre, une bien autre importance.
J'ai maintenu en cure d'amaigrissement un surmulot femelle qui pesait 190 gr. au début de l'expérience. La ration alimentaire était calculée de façon à maintenir l'animal au poids de 175 gr. (25 gr. environ de nourriture au lieu de 40 gr., ration habituelle.)
Cette femelle ainsi préparée conservait toutes les apparences de la santé ainsi que toute sa vivacité. Elle a été, de très nombreuses fois, accouplée à un mâle bien nourri et bien portant. En l'espace de trois mois, jamais cette femelle n'a fourni aucune portée, tandis qu'auparavant, en état d'alimentation normale, elle m'avait fourni dans les délais habituels, après un seul accouplement, une portée de 11 petits. D'autres femelles, de la même portée qu'elle, servaient de témoins et, abondamment nourries, donnaient des portées régulières aux dates normales. Cette constatation n'a d'ailleurs rien qui doive surprendre. C'est une règle de biologie générale, car elle a été constatée jusque chez les végétaux. Naudin, L. Blaringhem et Bordage ont reconnu que le sexe des fleurs est sous la dépendance de l'intensité de la nutrition. Ainsi, le sexe mâle dans les descendants est la traduction d'un affaiblissement de la nutrition de la plante qui sert de générateur.
Il apparaît donc, par des faits d'observation et aussi d'expérience, que cette question du taux de la nutrition est d'importance primordiale sur la reproduction des rats, et c'est évidemment elle qui est l'agent régulateur habituel et efficace de l'extension prise par ces animaux dans une contrée.
Nous abordons ici un de ces problèmes curieux de concurrence vitale, de cette règle aux mille données, aux formules variées, qui préside à la diffusion des espèces animales et des espèces végétales dans l'Univers (18).
La plupart des espèces animales, et, à plus forte raison encore, les espèces végétales, dont les moyens de reproduction sont autrement puissants; seraient susceptibles d'encombrer à elles seules toute la surface disponible du globe si certaines conditions n'intervenaient pas pour limiter la progression géométrique de leur descendance théorique.
Or, le rat et le surmulot n'ont que fort peu d'ennemis capables de les détruire quand ils ont atteint l'état adulte, et nos recherches, quand il s'agira des procédés de destruction, indiqueront bien la difficulté qu'on éprouve à triompher de la vitalité, du courage et de la malice des rats adultes.
La régulation dans la pullulation des rats paraît se faire surtout par l'intermédiaire de la ration alimentaire que trouvent les femelles. C'est par là, vraisemblablement, que, en tous lieux du monde, le nombre des rats reste proportionnel à la quantité de nourriture globalement offerte à leur voracité.
Cette question da nourriture devient primordiale quand les autres facteurs de restriction diminuent d'importance à l'égard d'une race envahissante. C'est vraisemblablement un degré un peu supérieur dans la faculté de s'assimiler nos résidus alimentaires, de se les réserver, qui a assuré à au surmulot, dans des conditions presque identiques de vie, la prédominance sur le rat noir, qui, depuis les Croisades jusqu'au XVIIIe siècle, avait tenu en Europe le rôle de rat des agglomérations humaines.
Les lois d'équilibre des diverses espèces animales dans la Nature sont toujours difficiles à saisir dans leur complexité, qui aboutit habituellement à des résultats stables, presque invariables. Il est curieux de rappeler ici que l'homme est l'agent perturbateur devenu le plus important à la surface de la Terre, à l'époque actuelle, dans les modifications des espèces animales et végétales du monde.
C'est lui, par exemple, qui a provoqué l'invasion de l'Australie par les lapins qu'il y avait importés, lui encore qui, ayant importé les chevaux dans l'Amérique du Sud, y a ainsi provoqué l'extension formidable qu'ils y ont prise. En sens inverse, c'est lui aussi qui a provoqué la disparition des bisons de l'Amérique du Nord, celle déjà plus ancienne de l'Epiornis de Madagascar, celle actuellement en cours de la girafe et de l'éléphant, etc.
C'est nettement à son intervention que se rapporte la diffusion du surmulot sur toute la surface du globe. Il l'a implanté partout, de proche en proche, à mesure que cet animal trouvait à sa portée de nouvelles habitations où des résidus de table lui permettaient de vivre. Ainsi encore, au commencement de la guerre, le rat et le surmulot ont envahi les tranchées non pas par émigration, mais par pullulation, et parce que les tranchées, avec leur population humaine excessive en des lieux toujours dépourvus d'égouts, répandaient à profusion sur le terrain les résidus de cuisine humaine, nourriture nécessaire à ces animaux.
Dans les agglomérations urbaines, le rat est un agent complémentaire de transformation des résidus alimentaires; mais là où les égouts manquent, on peut dire que les rats les remplacent : ils sont des agents actifs de la transformation des matières azotées résiduelles. II n'y a pas en effet à la surface du globe de substances alimentaires qui tombent au rebut sans qu'elles soient immédiatement utilisées par une espèce animale préposée à cette fonction, dont les insectes des cadavres fournissent un exemple si typique et bien connu (Mégnin-Favre).
Donc, groupant ces constatations précises, ces expériences, nous nous représentons bien maintenant quelles furent les causes qui présidèrent à l'invasion des tranchées par les rats cette invasion tout entière fut due à la présence d'une nourriture appropriée aux besoins des rats, et accumulée en si extraordinaire abondance que les rats ont pu y réaliser cette pullulation formidable, dans les limites de leur multiplication en progression géométrique. Dans une seconde partie, nous examinerons les procédés de destruction des rats, et nous tirerons les conclusions qui se dégagent de cette étude.

Dr P. Chavigny,
Médecin principal de 2e classe,
Professeur agrégé du Val-de-Grâce.

(1) L. DESSAUYAGES La maladie par morsure de rat (sokodu des Japonais). Th. Montpellier, 1917.
(2) Paris-Médical, 1917, t. XXIII, p. 168 et 193. Louis MARTIN et AUGUSTE PETTIT Présence de Spirochoeta ictero-hémorragie chez le surmulot des tranchées. C.R ? Société de Biologie, 6 janvier 1917. - COURMONT et DURAND : Bulletin de la Société Médicale des Hôpitaux, Paris, 26 janvier 1917. - Noter encore que le rat donne asile à un bacille fort voisin de celui de la lèpre (MAMHOUX Presse médicale, 1914, p. 201).
(3) CHANTEMESSE, MARHOUX et HAURY: Suette militaire et rat des champs. Bull. Acad. de .Méd., 1906, p. 293.
(4) STRICKLAND : Lancet, 14 novembre 1914.
(5) Pallas écrit qu'à l'automne 1727, après un tremblement de terre, des bandes innombrables de surmulots, parties des bords de la Caspienne, avaient traversé la Volga près d'Astrakan et s'étaient répandues en Russie. Le surmulot est apparu en Angleterre en 1732, en Prusse Orientale en 1750, à Paris en 1753. En 1780, il était répandu dans tonte l'Allemagne. En 1809, on le trouve en Suisse. En 1775, il était arrivé en Amérique.
On pourra remarquer que cette lenteur de diffusion subséquente n'indique guère que l'animal soit migrateur au sens habituel de ce mot. II semble plutôt que ce rat ait été transporté par l'homme dans ses voyages, devenus plus fréquents à cette époque (transport des marchandises).
(6) Dans le commerce on trouve les tailles suivantes de grillage métallique mesurées en millimètres: 13, 16, 19, 22. 25, 31, 40, 45, 51. La mesure se compte transversalement dans la maille, d'une torsade à celle qui, en face, lui est parallèle.
(7) Exception faite pour le Saccharomyces tumefaciens et pour les Sporotrichum.
(8) LANTZ Les rats aux Etats-Unis. Washington, 1909.
(9) Une once anglo-américaine = 28 gr. 35 et un surmulot absorberait ainsi environ 57 grammes de nourriture.
(10) Dans un magasin où les vivres étaient en boîtes métalliques, les rats avaient dévoré ou déchiqueté les étiquettes gommées apposées sur les caisses. Dans les serres, les rats causent de gros dégâts en rongeant les bulbes, les oignons à fleur, mais là, la distinction entre ce qu'ils détruisent et ce qui leur sert à proprement parier de nourriture n'est pas faite d'une façon exacte. On a remarqué qu'ils respectent toujours les bulbes de certains narcisses.
(11) H. MANDOUL Arch. de Parasitologie, 1909, p. 451.
(12). Un fait de même genre est bien connu de tous ceux qui tentent l'élevage des lapins domestiques, lesquels gâchent exactement autant qu'ils mangent.
(13) Dr RUGGER: Naturgeschichte der Säugethiere von Paraguay
(14) Comparer ce fait par exemple avec les insuccès nombreux dans les nichées de jeunes lapins. - Pourtant, malgré cette fragilité des jeunes, il a suffi aux lapins de rencontrer des conditions favorisantes pour prendre en Australie l'extension qu'on connaît.
(15) LANTZ Les rats aux Etats-Unis, p. 16. Washington, 1909.
(16). FËRÉ Instinct sexuel, p. 66, d'après Bellion (en note).
(17) MASSE et GSCHEIDLER : Untersnchungen an den physiolog. Laborator. in Wurtzburg, II, I. Leipzig, 1869.
(18) DARWIN : De l'origine des Espèces, chap. III : Concurrence vitale.


Revue générale des sciences pures et appliquées
Éd. Doin (Paris)
30 juillet 1918

L'INVASION DES RATS AUX TRANCHÉES PENDANT LA GUERRE DE 1914 SES CAUSES. SES REMÈDES
DEUXIÈME PARTIE

VII. - LES PROCÉDÉS DE DESTRUCTION DES RATS ET SURMULOTS

La plupart, sinon la totalité, des moyens de destruction mis en usage contre les rats ont une efficacité très restreinte, on pourrait même dire presque illusoire dans les conditions dans lesquelles on les a appliqués. Il semble que les notions précédemment exposées, concernant les mœurs des rats, peuvent conduire à adopter une orientation différente et plus assurément efficace dans la lutte contre ces rongeurs.
La multiplicité même des moyens de lutte préconisés contre les rats prouve, à l'évidence, combien leur efficacité est mal établie. S'il existait un bon procédé, on s'y tiendrait et on négligerait les autres. Ces procédés sont si nombreux qu'il faut, pour les rappeler même sommairement, les classer par catégories.
On peut adopter par exemple la classification qui a été proposée par Khayatt (1)
1° Moyens d'ordre mécanique (pièges divers, obturation des trous, noyade par l'eau ou le goudron bouillant)
2° Emploi des ennemis naturels des rats (chiens ratiers, chats, etc.)
3° Moyens bactériologiques (Bacillus typhimurium de Loeffler, bacille de Lacer, B. de Mereshkowsky, B. d'Issatschenko, B. de Danysz)
4° Moyens chimiques (poisons divers, produits asphyxiants).
Il est certain que tous ces moyens ont chacun une certaine efficacité. Chaque ouvrage qui traite de la question des rats fait mention de quelques-uns de ces procédés de destruction ou en prône spécialement un nouveau, mais aucun auteur ne paraît avoir cherché à en faire une revue quelque peu complète, et les renseignements pratiques et d'ordre technique sont souvent difficiles à se procurer. L'énumération du plus grand nombre possible de ces moyens de destruction peut cependant être utile à ceux qui sont chargés d'en user pour se délivrer eux-mêmes ou pour délivrer la collectivité des inconvénients de ces rongeurs. Les rats, grâce à leur intelligence, ne se laissent jamais prendre deux fois au même artifice; il semblerait même que certains d'entre eux soient presque capables d'interpréter le danger d'un piège en bénéficiant de l'expérience qu'un autre rat a payée de sa vie.
« Les rats semblent se communiquer leurs impressions sur les dangers qu'ils redoutent. Ainsi, mon ami André Fossé d'Arcosse m'écrit qu'en ce moment il expérimente chez lui - à Soissons - un piège à rats perfectionné. Le premier jour, dix rats se laissèrent prendre, et depuis on en trouve bien parfois deux ou trois enfermés, mais si on les abandonne dans leur prison, le lendemain ils sont partis. Cela n'est possible que par l'aide que se prêtent les rats, et en effet, on trouve des empreintes de dents à la boule de plomb qui sert de contrepoids et fait fonctionner la bascule. La boule est sans doute tirée par un rat qui en explique aux autres le mécanisme (2) »
On m'a récemment cité un fait tout aussi probant de l'astuce des rats, on peut même dire de leur intelligence. Dans un magasin d'Intendance fréquenté par les rats, on essaie de soustraire un fromage de gruyère à leur voracité en l'isolant sur une large plaque de tôle ondulée posée elle-même sur un gros tonneau. La tôle empêchait les rats de grimper jusqu'à l'objet convoité, la hauteur du tonneau mettant le fromage hors de leur portée. Cependant, on constatait bientôt qu'ils étaient parvenus à ronger le fromage. On observa alors leur manège. Les rats grimpaient jusqu'au plafond, et d'une poutre de celui-ci se laissaient tomber sur le fromage.
L'inventeur d'un piège à rats perfectionné, la nasse Marty, disait qu'il existait « des rats savants » d'une habileté sans pareille à sortir des pièges, rats pour lesquels il fallait construire des pièges spéciaux (Raynaud).
Il faut donc, quand on entreprend la lutte contre ces animaux, disposer de toute une gamme de moyens de destruction et en changer souvent, autant que le permettent le matériel et les circonstances.

VIII. - LES PIÈGES

Beaucoup de ces appareils sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en donner une description complète. D'une façon générale, le piège simple, robuste et bon marché est celui vers lequel doivent s'orienter les préférences. Par principe, il vaut mieux se servir des pièges qui tuent l'animal. Leur inconvénient est qu'aucun d'eux ne peut prétendre au titre de piège perpétuel, car, si ingénieux que soient ces pièges perpétuels, ceux-ci sont des appareils où les animaux entrent parfois et d'où ils s'échappent presque toujours.
La plupart des pièges destinés aux rats comportent comme appât un fragment alimentaire ; l'animal, au moment où il touche cet appât, déclanche le mécanisme de fonctionnement du piège. Toute une série de pièges de cette catégorie sont représentés par un cercle métallique dont les deux moitiés, sous la pression d'un ressort, se referment et étranglent l'animal.
Certaines ratières ont la forme d'une sorte de couloir en treillage métallique quadrangulaire. L'appât, placé vers le milieu, commande le mécanisme de fermeture des deux portes situées aux extrémités, et l'animal est prisonnier.
D'autres appareils sont basés sur un système un peu différent. Ce sont les nasses et les appareils automatiques. Attiré par l'odeur d'une friandise, l'animal entre dans l'appareil et, pour poursuivre son chemin, franchit à un moment quelconque une trappe à contrepoids qui, ne s'ouvrant que dans un seul sens, lui ferme le chemin du retour.
Les grands pièges perpétuels pour rats sont des appareils volumineux et coûteux.
Il est assez rare qu'ils prennent un grand nombre de rats. Puis les animaux éventent le système et ils n'entrent plus dans un piège qui a contenu un rat crevé.
On peut improviser un piège perpétuel pour rats en prenant modèle sur un système fort usité comme piège à souris. Le principe de l'appareil est basé sur ce que l'animal entre dans le piège en grimpant le long d'un plan incliné capable de basculer sur un axe qui le soutient vers son milieu. Quand l'animal est arrivé en haut de ce plan incliné, son poids rompt brusquement l'équilibre et le plan incliné bascule. Pris ainsi dans un espace rétréci, le rat passe dans la chambre principale du piège en soulevant une trappe. Le mouvement imprimé alors à celle-ci libère le plan incliné qui reprend sa position première, prêt à recueillir un nouvel hôte. En Algérie, j'ai vu construire économiquement de ces pièges avec de vieux bidons à pétrole.
Un type de piège perpétuel improvisé en usage parmi les troupes américaines peut être utile à connaitre, car il est de construction simple
Dans un tonneau dont on a enlevé un des fonds, on met de l'eau. Au milieu du tonneau est planté un piquet qui supporte un appât. Au-dessus du bord du tonneau est une planchette qui va vers l'appât, et cette planchette, à bascule, déverse dans l'eau tout rat qui s'y est engagé. Un rat agrippé au piquet de l'appât pousse des cris qui attirent les autres rats.
Il existe divers pièges-assommoir : l'animal, donnant une impulsion à un aliment qu'il convoite, fait tomber sur lui un appareil qui l'écrase. L'un des systèmes classiques de ce genre, celui qui est le plus simple à improviser avec quelques baguettes, est le piège en 4 de chiffre. Il est bien connu des braconniers qui l'emploient pour beaucoup d'autres animaux que le rat, en modifiant seulement ses dimensions. Ce piège se compose, pour le rat, de trois baguettes mesurant chacune environ quinze centimètres et s'engrenant mutuellement par de petites encoches. La queue de la barre transversale du 4 est pointue et on y enfile l'appât. La partie supérieure de la branche oblique du 4 sert de point d'appui à une large planche lourdement chargée d'un pavé. Tout mouvement communiqué à l'appât effondre le système et l'animal est écrasé sous le poids qui s'abat sur lui.
Un moyen de destruction des rats encore fort simple à improviser c'est le collet, vieux système emprunté aussi à l'art du braconnier. Le collet est extrêmement efficace à condition d'être monté par un individu exercé au braconnage. Le collet consiste en une boucle de fil de fer fin, laissée très mobile pour être de fonctionnement aisé et disposée dans le sens vertical, le plus habituellement, au moyen d'un piquet de soutien la boucle est enfin retenue au sol par un piquet d'arrêt. Le collet ne comporte pas d'appât et il doit être placé sur une piste de passage du rat. L'animal, en traversant la boucle, s'y prend ou s'y étrangle.
Disons à propos de ces collets, ainsi d'ailleurs que pour placer un piège quelconque dans le point favorable, qu'on doit connaître les habitudes du rat, sa façon de circuler. Dans les habitations, le rat erre toujours en rasant le pied des murs, ne traversant le milieu des pièces qu'à titre tout à fait exceptionnel. Par conséquent, tous les pièges doivent être disposés le long des murs, leur orifice étant aussi près que possible du mur lui-même.
Certains pièges à palette qu'on trouve dans le !c commerce sont en entier conçus sur cette donnée : une fois tendus, ils comportent une sorte de pédale qui, sous l'influence de la moindre à pression, déclanche un fort système d'assommoir. Il est recommandé de placer cet appareil au ras des murs. Le rat est pris par ce piège et assommé au cours de ses allées et venues, sans qu'il y ait besoin de munir le piège d'aucun appât.
On s'entend mal sur la forme de piège à laquelle il convient de réserver le nom de traquenard. Pour les uns, c'est le banal piège à palette dont le déclanchement libère deux demi-cercles dentés qui emprisonnent en se redressant soit le cou, soit une patte de l'animal.
Pour d'autres, c'est une sorte de hameçon à plusieurs lames qui, tenues réunies dans un appât, s'écartent dès que le gibier mord à l'hameçon, et tire sur celui-ci. Ce dernier appareil, plus usité pour les carnassiers de moyenne ou de grande taille, peut cependant s'employer aussi contre les rats. On suspend l'appât préparé à une certaine hauteur, de telle façon que l'animal visé saute pour happer le morceau de viande et déclanche ainsi le mécanisme de l'appareil.
Un ingénieur italien, devant lequel était soulevée cette question de la destruction des rongeurs, émettait une idée qui, pour être un peu originale à première vue, ne semble pas moins devoir retenir l'attention. Il disait qu'on pourrait efficacement protéger des approvisionnements un peu importants en les entourant d'un câble conducteur de courant. Tout rat qui toucherait ce câble serait électrocuté. En raison de la sensibilité des animaux aux courants, le voltage nécessaire n'aurait pas besoin d'être très élevé.
La plupart des appâts usités ont déjà été cités au furet à mesure. Donnons cependant une place spéciale à l'essence d'anis, très recommandée. Les graines de tournesol ont également été préconisées par diverses personnes qui disent s'en être servies avec profit.
On a signalé que l'odeur du tabac était extrêmement antipathique aux rats et que ceux qui préparent des pièges pour les rats devaient s'abstenir rigoureusement de fumer pendant qu'ils se livrent à cette besogne; qu'ils doivent même se laver soigneusement les mains avant de toucher les pièges ou les appâts.

IX. - OBTURATION DES TROUS

Quand les rats pénètrent dans un local où l'on emmagasine des substances alimentaires, il peut être avantageux d'obturer les trous par lesquels ils y entrent; mais, le rat étant un excellent fouisseur, il est bon de faire cette obturation d'une façon très soignée. Si on n'a pas employé de matériaux solides, le rat a bientôt fait de désencombrer le passage et de recommencer ses méfaits.
On a recommandé de boucher les trous de passage avec du ciment mélangé de tessons de bouteilles. Le moyen est bon, mais assez souvent le rat tourne la difficulté en se creusant un nouveau passage quelques centimètres plus loin.
Le rat est très industrieux pour pénétrer dans les locaux fermés. On l'a vu, par exemple, entrer dans un magasin clos de tôles ondulées enfoncées, par leur bord inférieur, de 30 centimètres en terre, et, pour cela, se creuser un tunnel qui descendait au-dessous de ces tôles et remontait ensuite de l'autre côté.
On a encore proposé d'inonder les rats dans leurs terriers avec de l'eau bouillante, avec du goudron bouillant, etc. Mais le terrier du rat, lorsqu'il en existe, a souvent plusieurs orifices; l'animal échappe ainsi aux liquides dangereux si l'on n'a soin au préalable de les boucher tous.
Selon Brehm, dans certaines contrées, infestées de rats, on utilise une sorte de piège perpétuel du modèle suivant On creuse une fosse de 1 m. 20 de profondeur en forme d'entonnoir renversé, avec une dalle horizontale au fond et quatre dalles obliques formant paroi. Un appât y attire le premier rat; celui-ci, bientôt affamé et incapable de s'échapper, attire, par ses cris, d'autres rats. Il étrangle le rat suivant qui y tombe et le dévore. C'est donc un piège perpétuel dans lequel on économise l'appât. Ce piège est d'un modèle bien encombrant et n'est guère de mise que dans une exploitation rurale.
Du groupe constitué par les procédés précédents, on pourrait encore rapprocher l'emploi de la glu, habituellement réservée à des animaux de plus petite taille. A. Ilvento s'est bien trouvé, dans ses essais de dératisation des docks de Palerme, de l'emploi de planches de 0 m. 50/0 m.25 qu'il enduisait d'une sorte de colle très puissante.
Aux tranchées, l'invasion obsédante par les rats stimulait l'ingéniosité des soldats, décidés aux moyens les plus extrêmes pour se débarrasser des rats qui les harcelaient. Ils ont eu recours aux procédés les plus étranges Dans une compagnie du génie, employée à la guerre de mine, des hommes prenaient au piège des rats vivants, puis les relâchaient après avoir fixé derrière eux un pétard de cheddite avec une mèche lente allumée. Le rat effrayé par le bruit de la combustion se réfugiait dans son trou qu'il faisait sauter et on espérait qu'il y ensevelissait avec lui un certain nombre de ses compagnons.

X. - EMPLOI DES ENNEMIS NATURELS DES RATS

Au voisinage des habitations humaines, le rat est à l'abri de ses ennemis, des animaux qui détruisent les petits rongeurs des champs (hiboux, chouettes, couleuvres, fouines, etc.), que notre présence éloigne.
On a essayé, aux tranchées, d'employer les animaux destructeurs des rats. Il ne faut pas songer à employer le chat. Celui-ci n'attaque pas les rats, il les redoute. Le rat, au contraire, n'a aucune crainte du chat, qu'il méprise. Voici une expérience bien démonstrative : Dans une grande cage, où il y a plusieurs rats, on introduit un chat. Celui-ci s'accroupit dans un coin de la cage et laisse les rats lui grimper sur le dos, lui passer entre les oreilles. Lorsqu'on excite les rats, ce sont ceux-ci qui attaquent le chat, lui mordillent le museau ou les oreilles et le chat se défend mollement.
Le chien est un auxiliaire bien préférable dans la lutte contré les rats. Certaines races de chiens, les fox-terriers, en particulier, peuvent être convenablement dressées à la chasse aux rats, mais ces chiens ratiers, pour rendre des services efficaces, doivent être dirigés par un homme au courant de cette sorte de chasse. Le chien ratier a en effet besoin qu'on le guide, qu'on lui donne des ordres et aussi qu'on l'aide à débusquer le rat des réduits dans lesquels celui-ci s'est réfugié. On aura par exemple soit à ouvrir les galeries d'un terrier, soit à inonder, soit à enfumer le rat dans son terrier. Alors, le chien ratier fera son office et ne laissera échapper aucun des rats quand ceux-ci prendront la fuite.
La présence seule d'un chien ratier dans une maison jusque-là infestée suffit parfois à en faire déloger les rats, même sans en avoir fait aucune hécatombe. J'ai connu des faits très précis de cet ordre. Il semble que le rat sente la présence d'un ennemi redoutable et lui cède la place.
Mal dirigé, le chien ratier ne produit aucun résultat et, dans beaucoup de secteurs visités, on me signalait que des chiens ratiers y avaient séjourné pendant un certain temps sans qu'on en eût tiré le moindre bénéfice.
Il semble d'ailleurs que cet insuccès ait été officiellement constaté, puisque, après avoir été militairement constitués par équipes pendant un certain temps, les chiens ratiers ont à peu près disparu des armées, ainsi que cela s'était produit déjà pour les chiens sanitaires.
Une idée originale de protection a été, paraît-il, préconisée. C'était celle qui consistait à favoriser le développement du rat sibérien, grand ennemi du surmulot. Mais on a bien vite renoncé à ce système, car le remède était plus néfaste que le mal, ce rat sibérien étant encore beaucoup plus gênant et beaucoup plus redoutable que l'autre.

XI. -EMPLOI DES MOYENS BACTERIOLOGIQUES

L'emploi de ces moyens repose sur une idée séduisante elle consiste à répandre dans les régions infestées par les rats les germes d'un microbe susceptible de provoquer chez ceux-ci une infection mortelle. Cette idée a déjà été exploitée dans la lutte contre d'autres rongeurs. On se rappelle, sans doute, les espoirs qui avaient été fondés sur cette donnée, lorsque l'Institut Pasteur avait fait entreprendre, sous la direction du Dr Loir, une campagne de destruction des lapins en Australie. Cette tentative avait abouti à un échec presque complet. Elle a été peu à peu abandonnée.
La difficulté est de découvrir un germe à la fois assez virulent pour créer une infection, une épidémie mortelle chez l'animal visé, et en même temps assez hautement spécifique pour ne pas risquer de propager ses effets meurtriers parmi les espèces voisines, surtout sur nos espèces domestiques. Il faut, en outre, que l'épidémie ne puisse en aucun cas être nuisible à l'homme.
La première idée de communiquer une affection épidémique au rat pour nous en débarrasser semble, d'après Loriga, remonter à G. Joseph (3), qui employait dans ce but le favus.
En France, nous sommes assez tentés de croire que le seul virus utilisable contre le rat est le virus Danysz (4), celui qui avait été adopté par l'Institut Pasteur, mais toute une autre série de germes de même catégorie avait été proposée :
Bacillus Typhi Murium de Loeffler (5),
Bacille de Lacer (6)
Bacille de Mereshkowsky (7),
Bacille d'Issatschenko.
Après des promesses qui autorisaient toutes les espérances, on a presque renoncé à l'usage de ces virus figurés destinés à la destruction des rats. Ils se sont montrés, à l'usage, tout d'abord extrêmement infidèles, et ce fut le cas particulièrement pour le virus Danysz. Quand on répand dans les régions infestées des appâts imbibés de cultures de bacille de Danysz, le nombre des rats diminue généralement quelque peu; mais c'est un résultat bien insignifiant, puisque, rapidement, le nombre des rongeurs augmente de nouveau. Puis, comme tous les autres moyens destructeurs, ce virus épuise vite ses effets. Les rats qui ont échappé à une première distribution de virus ne se laissent plus prendre à la suivante.
On voit, par exemple, que les tartines de virus sont rongées seulement du c6té non imprégné. Surtout, ce qu'il faut reprocher au virus Danysz, et ce qui a fait renoncer radicalement à son emploi depuis 1915, c'est que ce bacille se rapproche beaucoup trop des paratyphiques. On a nettement, depuis 1892, incriminé son emploi de n'être pas étranger à la diffusion des épidémies paratyphoïdes survenues depuis cette époque. Cette assertion était exposée en termes précis dans un article de Lereboullet en 1916, et ne paraît avoir suscité aucune réplique (8).
La résistance naturelle du rat aux agents infectieux reste et restera un obstacle à peu près insurmontable à sa destruction par un agent microbien. Pour triompher de cette résistance, on est en effet obligé d'avoir recours à un germe de virulence très exaltée, et les germes très virulents ne restreignent pas leur activité à une seule espèce animale. C'est là qu'est le danger.
Tromsdorf, Shibayama, Babès et Busila ont signalé des cas d'infection humaine par le B. typhi muriem, et Cayrel, dans son travail sur ce procédé de destruction des rats, a rapporté un cas net d'infection dû à ce bacille. Danysz lui-même a reconnu le danger de son procédé.

XII. - EMPLOI DES MOYENS CHIMIQUES

Les substances chimiques comptent au nombre de celles qui ont été le plus anciennement employées, et le commerce fournit les plus usuels de ces ingrédients sous le nom de « mort-aux-rats ». On a ainsi usé de la pâte phosphorée, de la pâte à l'arsenic, etc.
Pâte phosphorée :
Phosphore. 20
Eau bouillante. 400
Farine de blé. 400(ou farine quelconque)
Suif fondu. 400
Huile de noix ou d'œillette. 200
Sucre pulvérisé. 300
à étendre en couches légères sur des tranches de pain minces. Dangereuse aux animaux de basse-cour.
Autre formule:
Phosphore divisé. 8
Farine de seigle 180
Eau tiède. 180
Beurre fondu. 180
Sucre. 125
Ou encore
Farine 24
Phosphore. 3
Eau. 173 (Schattenmann)
On prépare aussi avec le phosphure de zinc des pâtes toxiques ayant sur les pâtes phosphorées ordinaires l'avantage de ne pas dégager des vapeurs gênantes, et, de plus, ce phosphure est spécialement toxique pour les rongeurs, qui y sont plus sensibles que les autres animaux.
Pâte arsenicale
Suif fondu. 1000
Farine. 1000
Arsenic en poudre très fine 100
Noir de fumée. 10
Essence d'anis. 1
(Formule de l'Ecole de Pharmacie)
On a conseillé aussi l'emploi du carbonate de baryte (très peu actif), du camphre, du chlorure de chaux, mélangés aux aliments, mais l'essai de ces substances ne paraît pas avoir donné satisfaction à ceux qui s'en sont servis. On peut dire que toutes les substances toxiques, sans exception, ont été ainsi utilisées. Leur gros inconvénient, c'est que la plupart d'entre, elles sont tout aussi toxiques pour les animaux de basse-cour et pour l'homme et que leur emploi ne va pas sans de graves dangers. Les enfants par exemple et des personnes non averties sont capables de manger l'appât empoisonné.
En outre, de même que tous les produits précédents, ces toxiques sont d'une efficacité restreinte contre les rats, toujours pour ce même motif que les rats épargnés par une première distribution du poison ont leur éducation faite par les accidents qu'ils ont constatés, et, quand leur méfiance est éveillée, il devient impossible de les prendre par le même procédé.
Il faut savoir que la façon de préparer les appâts a une grande importance sur les résultats qu'on obtient et qu'il faut avoir fait une éducation du mode d'emploi de ces produits pour être capable de bien les utiliser (Guerrapain).
Pour la destruction des rats dans les égouts, Nehring conseille de placer sur les trottoirs de ces égouts, et surtout vers les points de bifurcation, de petits poissons dont on a badigeonné le ventre avec la mort-aux-rats (9).
Pour écarter les rats, on a recommandé de badigeonner les sacs de blé avec un lait de chaux à 10/1000 (10).
Dans la catégorie des toxiques destinés aux rats, il a semblé qu'on avait fait un progrès considérable quand on a eu l'idée, depuis quelques années, de recourir à l'emploi de la scille. La scille contient un glucoside, la scillitine, substance très active, qui, très toxique pour le rat, l'est au contraire infiniment peu pour les animaux domestiques et pour l'homme. Il semblait, théoriquement, que l'on touchait avec cette découverte à la solution tant cherchée du problème qui nous occupe ici.
L'Institut Pasteur, qui prépare ce poison à la scillitine, a formulé dans un texte très précis toutes les précautions à observer pour arriver à un résultat favorable. Cet extrait toxique est délivré en bouteilles stérilisées à l'autoclave à 120°. Ce produit est dosé de façon à ce qu'un centimètre cube suffise pour cinq ou six grammes d'appât. Il ne faut pas pousser plus loin le degré de concentration, car l'amertume deviendrait telle que les rats n'accepteraient plus l'appât. Un excellent moyen d'allécher le rat est de mélanger la scillitine à du lait sucré ou à du bouillon gras. Il est souvent difficile dans les circonstances de guerre de se procurer ces substances adjuvantes.
L'extrait toxique de l'Institut Pasteur doit être employé frais, car cette substance perd son activité au bout de 3 à 4 jours.
Cette nécessité d'avoir recours à une substance aussi fraîchement préparée peut être le point de départ de réelles difficultés pratiques en certains cas (11). On peut alors, pour suppléer à la scillitine, user de la poudre de scille, beaucoup moins fragile
Loir et Legangneux (12) préconisent deux modes de préparation de ce produit
1° Pâte à la scille :
Poudre de scille. 5 gr.
Farine. 20 gr.
Poudre de fenouil. 20 gr.
Essence d'anis. 1 gtt.
Axonge (graisse ordinaire). Q. S. pour faire une pâte dure que l'on met en tablettes de 10 grammes environ.
L'odeur d'anis, d'après ces auteurs, attire les rats qui en sont très friands.
2° Poudre de seille et de viande hachée à parties égales ; faire des boulettes de 5 grammes environ. On s'est, paraît-il, servi avec profit aussi de pâtes toxiques à la strychnine. D'ailleurs, toutes les substances toxiques peuvent être utilisées. On n'est limité que par leur prix de revient et par les risques d'intoxication pour l'homme et les animaux domestiques. La strychnine est, à ce dernier point de vue, particulièrement redoutable.
Les produits toxiques gazeux ont pendant un certain temps joui d'une grande notoriété.
Pour la dératisation dans les espaces clos, et tout particulièrement dans les cales des bateaux, on a commencé par conseiller l'emploi des vapeurs dégagées par la combustion du soufre à l'air libre. On a parlé d'abord de 10 kilos de soufre et de 20 kilos de charbon de bois par 1.000 mètres cubes (durée 10 heures), puis Raynaud demandait de 60 à 100 gr. de soufre par mètre cube. Wade tenait l'acide sulfureux pour efficace à condition qu'on pût assurer pendant deux heures une teneur uniforme de 0,5 d'acide sulfureux pour 100, mais ce taux était très difficile à atteindre. - Langlois et Loir (13) montrèrent que le gaz Clayton est beaucoup plus actif que l'acide sulfureux, parce qu'il agit comme aldéhyde sulfureux. Les appareils Clayton constituent le matériel classique des ports en temps d'épidémie de peste.
Galaine et Houlbert (14) ont présenté en 1916 à l'Académie des Sciences un appareil employant l'anhydride sulfureux. Cet appareil paraît simple et il mérite qu'on l'essaie pour en vérifier l'efficacité pratique. Leur appareil se compose : 1° d'un récipient qui contient l'anhydride sulfureux liquide, 2° d'un réchauffeur à eau bouillante, 3° d'une petite turbine à ailettes en aluminium entraînant une hélice à 4 branches formant ventilateur. Le récipient contenant l'anhydride est une bouteille en acier à parois de 3 mm. Il faut calculer 72 gr. d'anhydride par mètre cube d'air à une température optima de 20°.
Apéry (15) a proposé l'emploi du CO2 pour asphyxier les rats dans les cales des bateaux, mais on a fait remarquer que ce produit risquait d'être dangereux pour le personnel du bord.
Jacques (16) constatait que la sulfuration des cales, même vides, n'avait pas donné les résultats espérés. Il a essayé de la carbonication appliquée au moyen d'un chaland carbonique Lafond, portant tout le matériel nécessaire à l'opération. Ce système paraît être promptement tombé dans l'oubli.
David et Duriau, comparant les résultats obtenus avec CO2 et l'acide sulfureux (appareil Clayton), trouvaient ce dernier bien préférable (17).
Nocht et Giemsa ont Insisté sur les inconvénients du CO2 qui est surtout insuffisant et du SO2 qui détériore gravement certaines marchandises, et ils ont proposé d'avoir recours à l'oxyde de carbone. En raison des dangers immenses de l'emploi de ce gaz, leur conception est restée à l'état théorique (18).
Le sulfure de carbone est un gaz très toxique pour les rongeurs parasites. Il a l'inconvénient d'être extrêmement inflammable et d'être toxique. Il doit par conséquent être manipulé avec précautions. Ce n'est pas un produit qu'on puisse mettre sans danger entre toutes les mains.
L'aldéhyde formique peut être également employée contre les rats, mais il est nécessaire qu'elle soit à la dose de 15 gr. par mètre cube et qu'elle puisse agir pendant 36 heures. Elle ne convient donc pour la dératisation que si elle peut être employée dans des espaces clos tels que les cales des navires. On peut encore en injecter dans des terriers de rats et en boucher ensuite l'entrée.
Tout fortuitement, on a pu constater au cours de la guerre que les gaz toxiques employés par les Allemands, particulièrement les gaz chlorés envoyés sous forme de vagues, étaient d'une réelle efficacité comme produit destructeur de rats. Toutes les fois que j'ai eu à constater les effets de ces vagues aux tranchées, j'ai récolté un très grand nombre de cadavres de rats. Ceux-ci, expulsés de leurs trous par les gaz, étaient venus mourir sur les caillebotis. C'était un bien mince bénéfice au regard des accidents produits. Dans des égouts, on pourrait user des vapeurs de chlore en versant de l'acide sulfurique sur de l'hypochlorite de chaux (Raynaud).
Aucun de ces procédés d'asphyxie par les gaz ne peut, bien entendu, être utilisé ni dans les habitations, ni aux armées en campagne.
Loir a recommandé l'intoxication des rats dans leurs terriers par l'acétylène dans l'orifice du trou de rat, on introduit quelques fragments de carbure de calcium, on bouche l'orifice avec de la terre et on arrose abondamment. On doit au préalable bien vérifier si le terrier n'a pas d'autres sorties, qu'on boucherait de la même façon. Un procédé de destruction des rats qui se rapproche des précédents, bien qu'il s'agisse probablement d'une action mécanique, est celui qui est conseillé par Brehm on prépare un mélange de malt et de chaux vive avec un peu de sucre. La soif provoquée chez le rat par l'absorption de ce mélange conduit l'animal à boire abondamment. Le rat meurt- dès qu'il a bu la quantité d'eau suffisante pour éteindre la chaux. Ce procédé a son explication théorique, mais il serait intéressant de contrôler si ce vieux procédé a l'efficacité que la tradition lui attribue.

XIII. - PRIMES A LA. DESTRUCTION

Pour la destruction de tous les animaux nuisibles, le système des primes est un de ceux qui donnent des résultats satisfaisants, car il est bien fait pour stimuler un zèle que les bons conseils n'arriveraient pas à susciter. Les primes ont été pendant un certain temps en usage dans la marine marchande, particulièrement dans la Compagnie des Messageries maritimes. Celle-ci avait un gros intérêt à ce que les marchandises transportées fussent à l'abri de la destruction par les rongeurs, et aussi à ce que ces animaux ne fussent pas incriminés de servir d'agents de transport pour la peste. La prime allouée alors était de 0 fr. 10 par rat présenté au recensement. On s'est promptement aperçu que les matelots s'entendaient fort bien à exploiter ce genre de revenus en prenant toutes les précautions voulues pour ne pas en tarir la source. Ils favorisaient par tous les moyens en leur pouvoir la multiplication des rats et n'en détruisaient que l'excédent. Les compagnies durent renoncer à l'emploi de la prime à la destruction.
Loir et Legangneux ont cité le cas d'un dératiseur qui, aux tranchées, faisait de véritables hécatombes de rats. En 105 jours, il avait tué de sa main 5.437 rats (50 environ par jour).
Dans divers secteurs, j'ai rencontré de ces spécialistes, proches parents, en général, des braconniers. Ils rendaient des services parce qu'ils étaient arrivés à bien connaître les mœurs des rats et qu'ils savaient utiliser, placer et varier leurs appâts et leurs pièges. En cas de besoin, ce sont des capacités qu'il faudrait savoir rechercher et utiliser dans les équipes de dératiseurs, car il ne suffit pas de désigner un infirmier comme dératiseur pour que les capacités voulues dans cet emploi surgissent en lui, sans préparation et sans éducation préalables.
On m'a cité le cas d'un de ces débiles mentaux qu'on rencontre parfois dans les compagnies, qu'ils encombrent de leur incapacité absolue. Cet homme n'avait jamais été bon à rien jusqu'au jour où il a été désigné pour faire la chasse aux rats. Il avait quelque peu braconné lorsqu'il était chez lui, et il se montra dans cet emploi de dératiseur d'une habileté réelle, très profitable à tous.
Les dératiseurs rendent surtout de bons services quand ils sont stimulés par une prime et un peu surveillés.
II règne dans le public certaines croyances auxquelles nous ne nous arrêterons pas. On a raconté par exemple qu'on se débarrassait à tout jamais des rats en en prenant un, lui cousant l'anus, ce qui le rend enragé; on le lâche alors, et l'exemple terrifie les autres rats qui décampent aussitôt. - La crédulité populaire a une série de ces recettes.
Quand il s'agit de la destruction des rongeurs par les procédés habituels (pièges ou poison), dans une installation un peu importante, il est bon de calculer à l'avance le prix de revient de l'entreprise de dératisation. Dans ce prix de revient, il faut faire entrer l'achat du matériel (appâts, pièges ou poison) et surtout la main-d'œuvre qui peut être importante. Faute de cette précaution, on risquerait parfois de sérieux mécomptes.
Un chef d'équipe de dératisation a établi le prix de revient du matériel employé dans le secteur dans lequel il opérait. Selon lui, sur une période de quelque durée, chaque rat capturé revenait sensiblement à 7 fr. 50.

XIV. - VALEUR PRATIQUE DES DIVERS MOYENS DE DESTRUCTION

La multiplicité des procédés de destruction préconisés est, avons-nous déjà dit, un sûr garant de leur efficacité très restreinte. Rien n'est plus vrai et lorsqu'on a, au moyen des procédés réputés les plus efficaces, conduit d'une façon même rigoureuse la chasse aux rongeurs, on constate qu'on parvient à en réduire le nombre, mais qu'on n'arrive pour ainsi dire jamais à les faire disparaître.
Dans son travail sur la destruction des rats aux tranchées, le Dr Cayrel se déclare très satisfait des résultats obtenus par ses équipes de dératisation Dans un secteur qui mesurait approximativement 270.000 mètres carrés, avec un front de 7 à 8 kilomètres, deux équipes; constituées chacune d'un caporal et de trois brancardiers, ont pratiqué la dératisation du 9 décembre 1915 jusqu'au 5 avril 1916. Dans cet espace de 4 mois, Cayrel estime à 46.000 environ le nombre des rongeurs détruits (sur ce chiffre, 9.000 ont été tués par les chiens ratiers; le reste a péri par l'emploi de la scillitine de l'Institut Pasteur). Cayrel, en terminant son travail, déclarait lui-même que les résultats étaient insuffisants.
Il a obtenu là un résultat déjà appréciable, mais il serait bien nécessaire de savoir si les rats avaient notablement diminué dans ce secteur et si, surtout, le résultat a été quelque peu durable.
On a en effet remarqué que, si un secteur est soigneusement nettoyé de rongeurs, l'envahissement s'en fait à nouveau d'une façon rapide aussitôt que la surveillance a cessé. Il semble bien en effet que les rats des secteurs voisins, toujours limités, là où ils habitaient, par la question de nourriture disponible, viennent bientôt prendre la place des rats disparus dans la zone où des aliments non disputés s'offrent à leur voracité. Nombre de fois, cette observation a été faite.
Puis, combien ce chiffre de 50.000 animaux détruits est insignifiant à l'égard des nombres bien autrement formidables de la multiplication du rat. Ces chiffres, nous les avons fournis plus haut. Dans un seul secteur, où la substance alimentaire paraît être redevenue abondante, de nouvelles nichées de rats auront vite comblé les quelques vides dus aux efforts des dératiseurs.
Henri Thierry avait déjà fait observer, il y a longtemps, qu'après destruction par les poisons « les rats se déplacent ». C'est presque le seul bénéfice obtenu.
Les échecs d'une dératisation complète, même très soignée, et dans les conditions les meilleures, sont bien connus. Dans la Revue d'Hygiène, on peut lire le fait suivant (19) :
Le Saqhalien subit au Frioul une dératisation et une désinfection rigoureuses par la sulfuration ajoutée aux autres moyens en usage. On tue 1.011 rats. Pourtant, à l'arrivée à Marseille, on constatait que les cales renfermaient encore quelques rats qui avaient trouvé moyen d'échapper aux procédés de destruction employés.
A. Ilvento (20) avait organisé la lutte contre les rats dans les docks du port de Palerme. Ces docks, très vieux, installés sur terre battue, n'étaient pas étanches et ne permettaient pas l'emploi de gaz asphyxiants. Il a donc fallu se contenter là des moyens mécaniques, Ilvento a eu satisfaction de l'emploi d'une espèce de colle très forte, sorte de glu qu'il étendait sur des planches de 0 m. 50 sur 0 m. 25. Mais, malgré ses soins, les résultats restaient peu brillants. C'est ainsi qu'il avait capturé seulement 1.599 rats en 4 ans, ce qui mettait, vu le nombre de pièges employés, la proportion des prises à 2 par an et par piège.
Créel, au cours de l'épidémie de peste de 1912, avait été chargé de la dératisation à Porto-Rico, Il a employé simultanément presque tous les procédés connus (poison, ratières, sulfuration et pétrolage). Il a ainsi capturé 45.000 rats (21).
Wade et Haldane (22), Batko (23) fournissent d'autres exemples des résultats bien insuffisants que donne la dératisation des bateaux.
En outre, quand il s'agit d'estimer les résultats pratiques obtenus par la lutte contre les rats, on est obligé, quand on a employé les virus bactériens ou les substances toxiques, de fournir des chiffres approximatifs, puisque les rats atteints ont été, pour un grand nombre, mourir dans leurs trous. Très naturellement, l'opérateur a quelque tendance à faire valoir les résultats de la méthode qu'il utilise, de la peine qu'il a prise. Il est presque trop facile et un peu tentant d'améliorer la statistique en lui concédant discrètement un ou deux zéros, pour arrondir les chiffres. Il est de notoriété que la chasse conduit volontiers à l'exagération. Le chef d'équipe de dératisation risque donc de totaliser des chiffres que ses piégeurs auront ainsi majorés.
Quand on se sert de pièges, on ne risque pas de s'illusionner soi-même sur les résultats, et les chiffres ci-dessus fournis par A. Ilvento sont plus remarquables par leur sincérité que par le bénéfice vrai.
Enfin, aux tranchées, on a fait des reproches au système de destruction employé par le Service de Santé. Quelques-uns de ces reproches sont, il est vrai, jugés dès qu'on les énonce. Tel, celui-ci : On incriminait les équipes de dératiseurs de venir frustrer les soldats des primes dont ils bénéficiaient par la chasse aux rats. D'autres critiques plus sérieuses étaient faites Quand les rats contaminés ou intoxiqués par l'un des virus ou toxiques employés allaient mourir dans leurs trous, ils infestaient d'odeur de putréfaction l'abri dans les parois duquel ils avaient logé. J'ai entendu souvent cette plainte émise en ma présence par des témoins absolument dignes de foi, nullement exagérateurs ni de parti pris.

XV. - DÉRATISATION MASSIVE, DERATISATION PROGRESSIVE

La destruction des rats par secteurs successifs, aux tranchées, est en contradiction avec la loi de répartition de ces animaux, qui vont là où i il y a de la nourriture disponible. C'est au contraire sur de très grandes étendues qu'il faut agir simultanément. C'est d'ailleurs ainsi qu'on opère en agriculture pour la destruction des campagnols on fait la destruction le même jour sur de très vastes espaces.
Pourquoi les moyens de destruction sont-ils insuffisants, car ils le sont, le fait est indéniable ?
On a pu se faire illusion sur leurs résultats et certains esprits seront tentés de faire valoir que, dans le courant des derniers mois, les rats sont devenus plus rares aux tranchées, ce qui, selon eux, serait un argument en faveur des procédés employés. Ce mode de raisonnement est tout à fait contestable, nous le verrons dans un instant. Il ressemble un peu trop à celui du public qui admirerait l'efficacité indubitable des calculs des astronomes sur la production des éclipses. La lutte contre les rats reste en général inefficace parce qu'on aborde le problème de telle façon qu'il est fatalement insoluble. La pullulation des rats comporte en effet deux facteurs :
1° Des portées à progression formidable;
2° Une multiplication liée à la quantité des aliments disponibles.
Le second facteur conditionne le premier. Dans la lutte, nous nous trouvons constamment distancés, parce que notre effort se borne à détruire quelques adultes, tandis que, d'un autre côté, par le fait de notre négligence et de nos mauvaises habitudes hygiéniques, nous fournissons aux mères toute l'alimentation nécessaire pour que la multiplication de l'espèce atteigne les extrêmes limites possibles. Quand on connaît toutes les données réelles de la question, notre conduite habituelle ne peut paraître que formellement irrationnelle et aussi irréfléchie que possible c'est essayer de vider un bassin sans s'occuper de fermer le robinet d'alimentation. En somme, c'est aborder un problème de Biologie sans avoir en rien essayé d'en connaître les données.
Dans la lutte que les hygiénistes conduisent au nom de l'Intérêt général contre d'autres espèces parasites dangereuses, on en est arrivé, en divers cas, à des résultats réellement intéressants, à une prophylaxie efficace, toutes les fois qu'on a pu attaquer le parasite dans ses formes de moindre résistance, dans les conditions qui déterminent réellement sa pullulation. Rappelons-en les exemples les plus typiques. C'est ce qui est arrivé partout où, pour se débarrasser des mouches, on a supprimé les fumiers ou les amas de détritus sur lesquels leurs œufs se développent. C'est encore ce qui s'est produit, avec un succès indiscutable, lorsque les Américains, à Cuba, ont obtenu la disparition des Anophèles à partir du jour où ceux-ci n'ont plus trouvé aucune eau stagnante disponible où leurs œufs puissent éclore, où leurs larves puissent prospérer.
Ces remarquables exemples d'une lutte bien comprise et bien dirigée permettent de dire ceci En général, l'homme souffre des atteintes d'un parasite quand, par ignorance ou par incurie, il le nourrit et en facilite la multiplication.
Appliquons aux rats ces idées générales, les préceptes de défense qu'on en doit déduire, et la formule directrice devient : Nous sommes infestés par les rats quand nous laissons trainer autour de nous des quantités de détritus alimentaires. Rien n'est plus démonstratif dans l'histoire des invasions de rats que ce qui s'est produit aux tranchées depuis le début de la campagne de 1914.
Il faut avoir circulé dans les tranchées et dans les cantonnements de repos, surtout pendant les premiers mois de la guerre, pour avoir idée de l'effroyable gâchage de substances alimentaires par les troupes. En cette période d'abondance, la ration alimentaire dépassait largement les besoins de l'homme, et de tous les côtés, aux tranchées, dans les boyaux, sur les talus, on ne rencontrait que des restants de gamelle répandus sur le sol. C'est d'une façon assez tardive, aussi, que l'hygiène des cuisines improvisées s'est peu à peu constituée, et, encore, est-elle restée bien rudimentaire. On en est pourtant assez généralement arrivé à creuser près des cuisines des fosses à détritus.
Depuis quelques mois, avec la pénurie progressive des aliments, les excédents de déchets de cuisine, les fonds de gamelle se sont faits beaucoup plus rares, et, pour ma part, je serais tenté d'attribuer un rôle à ce fait dans la diminution assez réelle du nombre des rats aux tranchées, dans la période la plus proche de nous.
Cette sorte de proportionnalité serait tout à fait d'accord avec les résultats de l'étude que nous venons de faire sur les causes de la multiplication des rats à partir de 1914.

XVI. - PROPHYLAXIE

Que faut-il donc faire ? Peut-être pourrait-il sembler que les résultats de cette étude sont plutôt décevants, puisqu'ils se bornent à constater l'inefficacité des moyens de protection mis en usage, et qu'il n'a été question d'aucun procédé nouveau de défense. Pourtant, il est rare, en hygiène, qu'une question plus complètement élucidée ne porte pas avec elle les germes de principe d'une solution pratique.
Les rats sont donc, d'après tout ce que nous avons vu, les commensaux stricts de la desserte de la table de l'homme. Il faut donc en arriver, dans les secteurs où les rats deviennent insupportables, à les réduire à la famine. Lorsque cette famine aura enrayé leur pullulation, il deviendra alors à la fois aisé et efficace de poursuivre et de détruire les adultes par tous les moyens de destruction connus. A cette condition et à cette condition seule, on fera de bonne besogne, c'est-à-dire qu'on obtiendra des résultats durables.
Opérer autrement, c'est se contenter de mesures administratives; ce n'est pas travailler, ce n'est pas produire.
Les mesures de prophylaxie ainsi comprises comportent à la fois des mesures individuelles et des mesures collectives.
1. Mesures individuelles. II ne faut pas se cacher que celles-là seront les plus difficiles à organiser. Elles auront contre elles cet état d'ignorance, d'apathie et de méfiance qui fait le fond de la nature humaine être malpropre, négligent, indifférent à toutes les règles les plus élémentaires d'hygiène, c'est, semble-t-il, pour la plupart des individus, faire preuve de caractère et d'un esprit louable d'initiative, d'indépendance. Contre cet état d'esprit, la lutte est difficile à conduire, mais il semble que le commerce ait réellement bien saisi la psychologie de cette mentalité populaire le jour où il a accepté cette formule si puissamment pensée de la réclame. Il faut répéter indéfiniment la même chose pour que le publie arrive à la croire (peu importe, d'ailleurs, qu'elle soit vraie ou fausse).
Ayant une idée vraie à faire pénétrer, nous pouvons nous inspirer de ce précepte en essayant de trouver une formule capable de constituer proverbe et de faire image. Il semble donc qu'on puisse, pour atteindre le but proposé, engager à répéter à d'innombrables exemplaires les deux écriteaux suivants :
1° On le nombre de rats qu'on mérite par sa malpropreté.
2° Qui sème sa gamelle fait pousser des rats.
2. Mesures collectives. Les mesures collectives sont le complément obligé des mesures individuelles. Elles doivent tendre à en faciliter l'application, mais elles ne sauraient en aucun cas y suppléer et elles ne doivent pas avoir pour but de dispenser l'individu de s'intéresser aux mesures à prendre, sous prétexte que c'est à la municipalité, ou à ses chefs, ou à l'Etat à faire le nécessaire.
Les mesures collectives doivent viser
1° A mettre les approvisionnements de matières alimentaires à l'abri des rongeurs. Qu'il s'agisse de gros approvisionnements ou au contraire d'approvisionnements de petites collectivités, il faut opposer à l'habileté des parasites l'obstacle infranchissable et en même temps le plus économique : c'est le grillage de fil de fer à mailles de 19 millimètres. C'est le type de la défense contre les rats, qui ne peuvent trouver aucun moyen quelconque de triompher de cet obstacle, puis c'est réellement un moyen pratique, toujours applicable;
2° A empêcher que les déchets alimentaires, que la desserte de nos tables ne profitent à la multiplication des rats.
Par exemple, aux armées, c'est aux unités et non aux individus qu'appartient le soin de créer en nombre suffisant et en des points moyennement distants les uns des autres, bien répartis, près des cuisines, près des points de rassemblement, les fosses à détritus.
Quand on aura obtenu que les déchets, au lieu d'être semés partout, soient régulièrement déversés dans ces fosses, on avisera alors à les mettre là, hors des atteintes des rats.
Trois moyens s'offrent à l'esprit
1° Asperger ces détritus d'une substance dénaturante qui, nous l'avons vu, reste encore à déterminer;
2° Tous les soirs, couvrir la fosse d'une certaine quantité de terre;
3° Recouvrir la fosse aux détritus d'un cadre en grillage de fil de fer.
Enfin, à propos de ces détritus, une autre idée peut être envisagée. C'est un système qui est, bien entendu, inapplicable dans les secteurs agités, de circulation difficile, mais certainement utilisable dans les secteurs de repos le procédé consiste à utiliser les détritus alimentaires pour l'engraissement des porcs.
Porcs et rats ont exactement la même formule alimentaire. Là encore, c'est une formule stéréotypée qui peut donner à réfléchir aux esprits imprévoyants
Quand on nourrit des rats, c'est autant de perdu pour l'élevage des porcs.

Dr P. Chavigny,
Médecin principal de 2° classe.
Professeur agrégé du Val-de-Grâce.

(1) KHAYATT : Prophylaxie de la peste par la destruction des insectes et des rongeurs. Th. Paris, 1902.
(2) FOVEAU DE COURMELLES : Les faculté: mentales des animaux. Baillière, 1890, p. 145.
(3) G. JOSEPH : Der Landwirth, 1882.
(4) DANYSZ : Ann. de la Science agronomique, 1895, Vol. I. Revue d'Hyg. 1900, p. 321. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1900, p., 193.
(5) LOEFFLER : Cent. f. Bakt. 1892, t. XII, p. 129; 1892, t. XIII, p. 1 ; 1893, t. XIV, p. 647.
(6) LACER : Centr. f. Bakt. 1891, t. XI, p. 184; 1893, t. XIII, p. 184; 1894, t. XVI, p. 33.
(7) MERESHKOWSKY Centr. f. Bakt., 1894, t. XVI, p. 612.
(8) LEREBOULLET : La lutte contre les rats des tranchées. Paris Médical, 26 août 1916, p. t65. Lettre du Dr Vinsche.
(9) NEHRING : Hygienische Rundschau, 15 décembre 1899.
(10) KOSSEL et NOCHT : Arbeiten aus dem Kaiserlichen Gesundheitsamte, 1901, p. 100.
(11) La disparition rapide de l'activité du toxique à la scillitine de l'Institut Pasteur est un inconvénient tel pour l'usage courant de cette substance que le Service de Santé l'a fait remplacer (mai 1918) par un extrait gras de conservation beaucoup supérieure.
(12) LOIR et LEGANGNEUX Paris Médical, 21 janvier 1916.
(13) LANGLOIS et LOIR Destruction des rats à bord des bateaux. Revue d'Hygiène, 1902, p. 411.
(14) GALAINE et HOULBERT C. R. de l'Académie des Sciences, 6 mars 1916.
(15) APÉRY : Archives orientales de Médecine et de Chirurgie, 6 janvier 1900, p. 5.
(16) JACQUES : Destruction des rats à bord des navires par la « Carbonication ». Revue d'Hygiène, 1903, p. 120.
(17) DAVID et DURIAU : Désinfection des navires, Carbonication et Sulfuration. Revue d'Hygiène, 1903, p. 500.
(18) NOCHT et GlEMSA. Arbeiten aus den Kaiserlichen Gesundheitamte, 1903, p. 91-94.
(19) Revue d'Hygiène 1902, p. 834.
(20) ARCHANGELO ILVENTO Les rats et la prophylaxie antipesteuse dans le port d& Palerme. Arch. . f. Schiffs und Tropenhygiene, juin 1913.
(21) CRÉEL : Eradication de la peste à Porto-Rico. Journal of Amer. med. Ass. 1913.
(22) WADE et HALDANE : 33° Annual Report of the local Government Board, 1903-1904.
(23) BATKO : Destruction des rats à bord des navires à Alexandrie. Bull. du Serv. de Santé et de l'Hygiène de Belgique, espt. 1901, p. 591.

 

Mentions légales

 blamont.info - Hébergement : Amen.fr

Partagez : Facebook Twitter Google+ LinkedIn tumblr Pinterest Email