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Jean Coupaye - Héros de la Résistance - 1944
 


Jean Hubert COUPAYE, né le 17 décembre 1904, était domicilié à Fumay (Ardennes). Nommé en tant que Maréchal des logis chef, commandant de la Brigade de Gendarmerie de Blâmont, son action au sein des Forces Française de l'Intérieur (Région C - Secteur 412), conduit à son arrestation le 10 octobre 1944 à Blâmont. Transféré à la Kommandantur situé au château de Cirey sur Vezouze occupé par la Gestapo, il y est torturé, puis fusillé à proximité de Cirey sur Vezouze dans la Forêt de Maîtrechet le 14 octobre 1944 (à 200 mètres de la RD 993) .
Son nom figure :
  • sur la Stèle des fusillés de Cirey sur Vezouze, en compagnie de trois autres FFI fusillés le même jour :
    - Edouard MORQUIN (Domèvre sur Vezouze, né le 14 février 1893 à Jallaucourt, inhumé à Domèvre sur Vezouze),
    - Roger ROGER (Pexonne, né le 3 août 1914 à Baccarat),
    - et l'ancien sergent (9ème Zouave) Charles THOMAS (né le 1er mai 1913 à Val et Châtillon. Charles Thomas appartenait à la résistance locale sous le pseudonyme de "César". Il fut, suite à une dénonciation, arrêté à son domicile de Val et Châtillon par la Milice française (en réalité, des membres du GAPPF * de Rennes) le 1er octobre 1944 et livré à la Gestapo de Cirey sur Vezouze. Médaillé de la résistance, Croix de guerre 39/45, et Chevalier de la Légion d'Honneur).
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  • au Mémorial de la résistance ardennaise à Berthaucourt
     
  • sur la plaque à l'entrée de la Gendarmerie de Blâmont.

Note : depuis le mois d'août 1944, les maquis lorrains ont été activés pour favoriser la progression de l'armée Patton, avec notamment les parachutages de soutien de l'opération Loyton. La répression s'abattra très vite sur la résistance ; concernant la gendarmerie, tous les hommes de la brigade de Moussey sont arrêtés dès le 18 août, et emmenés au camp de Schirmeck. Les gendarmes Morelle, Rappenecker, Teyber, sont exécutés au Struthof dans la nuit le 1er septembre 1944, et le chef Demaline  sera exécuté à Buchenwald le 24 février 1945. Seul survivra le gendarme Koch, rentré de Kuppenheim.


Registre des délibérations de la commune de Blâmont
Séance du 5 décembre 1944
Rapport de M. Jean Crouzier.

[...]
Le 10 octobre, le Maréchal des Logis chef Coupaye est arrêté à son tour. Son corps a été retrouvé il y a quelques jours dans une forêt près de Cirey ; il a été inhumé à Blâmont le 25 novembre. Le docteur Thomas et moi-même avons pu constater que M. Coupaye avait été tué d'une balle dans l'oeil.


Registre des délibérations de la commune de Blâmont
Séance du 27 avril 1945

Apposition d'une plaque à la mémoire du Chef de Gendarmerie Coupaye.
Le conseil, sur la proposition du Maire, et à l'unanimité décide pour perpétuer la mémoire du Maréchal des Logis chef Coupaye assassiné par la Gestapo en octobre dernier, de faire apposer sur le bâtiment de la Gendarmerie de Blâmont une plaque de marbre portant l'inscription suivante :
« A la mémoire du maréchal des Logis Chef Jean Coupaye pur héros de la Résistance, lâchement assassiné par les Allemands au mois d'octobre 1944, alors qu'il commandait le Brigade de Gendarmerie de Blâmont. »
Il vote un crédit de 1500 francs à cet effet.

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* En 1944, le Parti Populaire Français (créé en 1936 par Jacques Doriot) organise des Groupes d'action pour la justice sociale, afin de protéger les familles des militants, et de pourchasser les réfractaires au Service du Travail Obligatoire. Très vite, ces Groupes d'Action (GAPPF) échappent au contrôle du Parti pour ne plus travailler qu'au profit du Sicherheitsdienst. Ils livrent des résistants et des juifs à la Gestapo. et mi-août 1944, les membres du PPF se regroupent à Nancy pour échapper aux représailles, avant de prendre la fuite vers l'Allemagne. Des membres du GAPPF de Rennes vont séjourner dans la région de Cirey, au siège de la Gestapo (château de Cirey sur Vezouze).
On trouve ainsi dans l'interrogatoire d'Armand Lussiez le 4 décembre 1945 (membre du GAPPF de Rennes, condamné à mort), les propos suivants :
« En quittant Lunéville, mon groupe a gagné Blâmont, Cirey, l'Allemagne, puis est revenu à Cirey où il est resté environ un mois et demi. Durant le séjour du groupe dans cette localité, l'activité à laquelle il se livra contre la Résistance, en collaboration avec la SD de Rennes fut grande. Des enquêtes eurent lieu tant à Cirey que dans les environs, notamment à Val-ès-Chatillon, à Badonviller, à Petitmont le 8 octobre 1944 en Moselle. J'ai participé à Cirey à l'arrestation de deux gendarmes qui furent remis aux allemands et d'un épicier nommé Valentin qui fut dévalisé. J'étais présent aussi lors du pillage du « Café Lorrain ». Mes camarades se livrèrent de leur côté à diverses opérations, c'est ainsi que fut arrêté à Val-es-Chatillon un nommé Thomas. Il fut exécuté avec trois autres prisonniers dans les bois proches de Cirey. J'avais creusé leurs fosses avec Pottier sur ordre d'Imbert. En définitive une vingtaine de personnes furent arrêtées à Cirey et dans la région par le Groupe d'Action du PPF et les Allemands. Elles furent déportées en Allemagne et envoyées d'abord à Schirmeck.
C'est à Neustadt que les membres du groupe furent mis en demeure de choisir entre différentes solutions : engagement dans la Légion Brandebourg, dans les Waffen SS, dans une école d'espionnage ou enfin travail dans les usines avec mission de mouchardage.
»

On peut citer aussi le témoignage d'un dénommé Gaston G., envoyé au camp de Schirmeck, transféré à Dachau, libéré par les Américains, et rentré en France le 29 mai 1945 : « Après être passé dans différentes localités, le groupe est arrivé à Cirey où le séjour fut prolongé. Toujours sous les ordres de la SD des enquêtes furent menées dans cette ville et dans les environs. Notamment à Blâmont et Badonviller, par Tilly, Goavec, etc. Elles eurent pour conséquence l'arrestation d'un grand nombre de personnes par Imbert, Chaperon et Lussiez. Parmi les personnes arrêtées, je peux citer le curé de Petitmont, l'abbé Père, deux gendarmes de Cirey, dont un fut maltraité par Goavec. Toutes ces personnes furent déportées en Allemagne. J'en ai retrouvé plusieurs au camp de Schirmeck et de Dachau. C'est le 13 octobre 1944 que j'ai été arrêté sur ordre d'Imbert et envoyé à Schirmeck avec les autres prisonniers du groupe. Imbert donna comme motif de mon arrestation le fait que je lui ai escroqué une certaine somme d'argent. En réalité c'était là l'aboutissement d'une vieille rancune qu'il gardait contre moi. »
 
De nombreux compléments d'informations sur ces nationalistes bretons sont données dans l'ouvrage de Kristian Hamon sur le "Bezen Perrot" :

Le Bezen Perrot : 1944 : des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand
2004 - ISBN 2-9521446-1-3
Kristian Hamon

« Lorsque les Allemands décident d'une opération contre un réseau de Résistance ou un maquis, ceux ci ont déjà fait l'objet d'une infiltration ou d'un repérage par des agents Français du SD. Dans ces bas fond de la collaboration se distingue tout particulièrement la quinzaine de membres du groupe d'Action du PPF.
A son origine au mois de mai 1944, le groupe d'Action placé sous l'autorité du Service Allemand de la main d'oeuvre était chargé de dépister et arrêter les réfractaires au STO. Il va très vite passer sous le contrôle du SD et participer aux opérations contre la Résistance. Ses membres sont rétribués 3 600 F par mois, plus diverses primes. Ils sont armés et disposent de carte de police. Certains d'entre eux se livrant à des trafics en tous genres reconnaîtront gagner jusqu'à 20 000 F par mois. Tout ce beau monde loge au 25 Rue d'échange à Rennes. La discipline y est apparemment plus souple qu'au Bezen puisque ces hommes vivent avec leurs femmes ou maîtresses. Le groupe d'Action est dirigé par un certain Rollin et Maurice Imbert, dit "Le Caïd", employé au garage Hopmann de Saint Malo, comme son acolyte Chappron qui se distinguera contre le maquis de Broualan.

Ils ont tous été recruté par le docteur Daussat, responsable du PPF à Saint Malo. Ce docteur qui est également le médecin de l'organisation. Todt, pour un secteur s'étendant de Granville à Saint Brieux rencontre Lainé le 24 mai 1944 à Rennes et lui de confie son projet de constituer à Saint Malo une formation militaire semblable à l'unité Perrot. Daussat lui manifeste également son désir de voir leurs hommes rendre communes leurs actions anti-terroristes. Composé essentiellement d'éléments du PPF de Saint Malo, la section la plus importante du département avec 165 adhérents, le groupe s'installe à Rennes le 8 juin 1944.
S'il fallait établir une graduation sur l'échelle des horreurs commises sous l'occupation, les exactions du groupe d'action du PPF dépassent de loin celles du Bezen. D'après un membre du groupe qui ne passe pas pour être lui même un enfant de coeur, il faut reconnaître que Imbert s'est retrouvé à la tête d'une bande de gangster qu'il n'a pas pu toujours maîtriser. Parmi ces gangster qui ont fait la une dans la presse à la Libération, le cas de Georges Tily est intéressant car c'est un transfuge du Bezen. Avant guerre il travaillait dans une carrière de granit de la Clarté en Perros Guirec. Sous l'occupation, on le retrouve employé à la Kriegsmarine. Recherché par les Allemands pour une histoire de vols de pneus il se dissimule en rejoignant le maquis de Priziac dans le Morbihan. Tout du moins, c'est sa version des faits. En réalité, il semble bien qu'il était déjà au service de l'occupant lorsqu'il fut accueilli par ce maquis. Affecté à la surveillance d'un carrefour, il se fait prendre les armes à la main par les allemands. Sur ses indications, le maquis est neutralisé le 8 juin 1944.
De si bonnes dispositions le font évidemment remarquer par le SD qui stationne alors à Guémené sur Scorff avec le Bezen. Georges Tily participe ensuite à diverses opérations dans la région aux côtés du Bezen. "C'est vers le 14 juin 1944 que j'ai adhéré au SD de Rennes. Les bureaux auxquels j'étais rattachés étaient installés à Guémené sur Scorff. Le 2 juillet j'ai été envoyé à Uzel jusqu'au 8 juillet." De retour à Rennes, il devient garde au QG de Lainé. Finalement, il ne sera pas accepté au Bezen à cause de son vol de pneus. Il entrera au Groupe d'Action.
Le 24 juillet 1944, avec un autre membre, il arrête le patron d'un café du boulevard Chezy à Rennes suspecté de relations avec la Résistance. Emmené rue d'Echange, le pauvre homme est torturé dans la cave. L'interrogatoire ne donnant rien, Tilly et deux autres acolytes vont chercher la femme du cafetier et la violent à tour de rôle devant lui. Reconduite à son domicile, ils lui volent 30 000 f. De retour rue d'Echange ils retrouvent le prisonnier trop esquinté pour l'interroger de nouveau et lui tire une balle dans la tête puis ensuite vont jeter le corps dans le canal d'Ile de Rance face au Bd de Chezy..
L'un des participants qui a participé à la scène du viol, un GMR (Groupe Mobile de Réserve) et qui devient trop compromettant est emmené dans la forêt de Saint-Aubin-du-Cormier par ses deux camarades puis égorgé. La sentence sera sans appel pour ces deux hommes à la libérations. Ils seront fusillés. Le groupe d'Action quittera Rennes pour l'Allemagne en août 1944. Ses membres intègreront l'école de sabotage et d'espionnage de Reuntlingen à côté de Tübingen, ou bien finiront dans la Waffen. »


Article de l'Est-Républicain du 29 octobre 2011 (avec une "légère" erreur de calcul dans le titre)

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Rédaction : Thierry Meurant

 

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