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Edit de Charles III contre les protestants - 22 mars 1587


EDICT ЕТ ORDONNANCE
DЕ CHARLES, РAR LA
grace de Dieu Duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldres, Marchis,Marquis du Pont- aMonsson, Comte de Prouence, Vaudemont, Blamont, Zutphen,&c. Pour le faict de ceux de la nouuelle Religion.

Donné en nostre ville de Nancy, le vingt-deuxiesme iour du mois de Mars, 1587

Edict & ordonance de son altezze, pour le fait de ceux de la nouuelle Religion.

Charles Par la grace de DIEV Duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldres, Marchis, Marquis du Pont-aMonsson, Comce de Prouence, Vaudemont, Blamont Zutphen, &c. A TOVS ceux qui ces presentes lettres verront Salut, Chavun a veu & peu congnoittre, auec quel soing nous auons recherché & essayé par tous moyens de veoir reünis à l'Eglise Catholique, Apostolique, & Romaine noz subiects qui se sont distraits & separez d'icelle, & les remedes que nous auons tasché d'y mettre par tant de bonnes & si loüables ordonnances par nous faictes, Et toutefois iusques icy la diligence dont nous auons vsé pour les faire obseruer ny la rigueur & la douceur de nostre iuftice & clemence qu'auons appliqué selon les occasions, n'y ont apporté tel prouffict & aduancement qu'eussiõs bien desiré, pour le seruice de Dieu, de son Eglise & repos de noz Païs & subiectz.
ΡOVR à quoy remedier & à fin d'oster à l'aduenir toute occasion de doubte & difficulté, sur l'interpretation de noz susdictes Ordonnãcse, & retrancher le chemin à aucuns mal affectionnez au bien de leur propre salut, d'esperer plus long delay sur l'execution de nostre dicte volonté. Cõsiderãt aussi les difficultez qu'ordinairemẽt suruiennent & pourroyent suruenir sur les confiscations & saisies des biens de ceux de la nouuelle Religion pretenduë reformée, ayant le tout mis en la deliberation des gens de nostre Conseil, Auons dict, statué, & ordonné, disons, statuons, ordonnons que ceux de noz subiects tant relaps qu'autres qui par cy deuant ont recognus leur erreur auec abiuration telle quelle est prescripte par nostre Saint Père, seront receuz en noz pays, terres, & Seigneuries, comme noz autres bons & naturels subiects a condition toutesfois qu'a l'aduenir, ils se contiendront en l'obseruation des constitutions de ladicte Eglise, & exercice de la foy Саtholicque, Ароstoliques & Romaine, suyuant noz precedentz Edicts & Ordonnances. Et si aucuns leurs biens tant meubles qu'immeubles, sont ou auroient esté saisis par nos Officiers, ou ceux de noz vassaulx, haut Iusticiers voulons leur en estre donné plaine & entiere main leuee, en faisant deüement paroistre de ladicte abiuration: Et quant à ceux que d'vne malice dureté & desobeissance deliberee dcmeurent obstinés en leur herésie, & ne sont retournez en l'Eglise, ny ont abiuré leur erreur suiuant nosdictes Ordonnances, Nous voulons & entendons qu'ilz ayent incontinent a desloger de noz Pays, & de ne s'y retrouuer, a peine d'emprisonnement de leur personne, & d'estre punis comme ínfracteurs d'icelles, & à disposer de leurs meubles dedãs quatre iours pour toutes presixions & delais, à compter de la datte de la publication de ceste. Et pour le regard des deniers & debtes actiues à eux deuës, seront tenus les recepuoir & leuer dedans trois mois, apres que les termes du payement seront escheus, auec deffence à eux d'en contracter des nouuelles, le tout à peine de commise & confiscation desdicts meubles, debtes, & deniers, qu'en hayne de leur desobeissance & contrauention à nosdictes Ordonnances & à ceste seule consideration nous auons des-maintenant comme pour lors declaircz acquis & confisquez à nous comme aussi aux Haults Iusticiers soubz lesquelz ils se trouueront assis. Et quand à leurs maisons, terres heritages & autres choses sortans nature d'immeubles, ilz demeureront saisis & regis par commissaires, les fruicts & reuenus desquels neantmoins seront & appartiendront à nous & aux Haults Iusticiers pour les consideratíons que dessus. En nous reseruant par cy apres d'ordonner sur la cöfiscation d'iceux, selon que cognoistrons le cas le requerir, par la perseuerance de leur rebellion & proteruité. Que si aucuns mineurs d'ans constitues en bas aage, οnt quelques biens en noz Païs ores que leur pere ou mere estans de ladicte Religion les ayẽnt enmenés auec eux & sabsentes pour le faict de ladicte Religion nouuelle.
Novs ordonnons quilz auront main leuee de leurs biens, si aucuns sont saisis, à cõdition toutesfois que lesdicts mineurs serõt mis en la garde & tutelle d'vn de leur proches parens ou autres qui soient Catholiques, & residans en noz pays pour le nourrir, esleuer, & instruire en ladicte Religion Catholicque, Apostolique & Romaine, qui auront aussi le regime & gouuernemẽt de leurs biens pour l'administrer fidellement, & leallement, comme tuteurs sont tenus de faire auec l'adionction de noz Procureurs generaux, ou leurs substitutz à charge d'en rendre bon & fidel compte.
SI donnons enmandement à tous noz Mareschaux, Seneschaux, Baillis, vassaux, Haut Iusticiers, & autres noz Officiers, hommes & subiectz qu'il appartiendra, que noz present Edict, statut, ordonnance, reglement & vouloir. Ilz entretiennent, gardent & obseruẽt facent de poinct en poinct inuiolablement entretenir garder & obseruer, & en chacun de leur ressort lire publier & enregistrer, & d'iceux faire ioyr & vser noz subiectz respectivement chacun endroict soy plainement & paisiblement, sans aller ny venir aucunement au contraire en quelque maniere que ce soit, en contraignant les infracteurs & desobeissans aux peines y contenues. Et à noz Procureurs generaux de tenir la main à l'entretement accomplissement & entiere obseruation d'icelles. Nonobstantz quelconques aultres Edict & Ordonnances faisant au contraire. Car tel est nostre plaisir. Et affin que ce soit chose ferme & fiable. Auõs à cesdictes presentes signees de nostre main faict mettre & apposer en placart nostre Scél secret. Donné en nostre Ville de Nancy, le vingt-deuxiesme iour du mois de Mars, 1587.
Ainsi signé CHARLES


Note: le graphie a été respectée. On y voit le ~ sur les caractères ã  õ et ẽ, comme évoqué dans l'article Blâmont : ce curieux accent circonflexe.


Cet édit tardif de Charles III, du 22 mars 1587, fait suite à un précédent édit de 1572 (« Édit de Monseigneur le duc de Lorraine sur le règlement de la religion en ses pays et terres de son obéissance »), mais restera de peu d'effets.

Cinq mois plus tard, fin août 1587, l'armée de protestants venue d'Allemagne au secours de Henri de Navarre entre en Lorraine par Sarrebourg, et le 30 août occupe les faubourgs de Blâmont. Le lendemain les protestants se lancent à l'assaut du château, mais renoncent à sa prise après y avoir perdu 200 soldats, car là n'est pas le but de leur invasion, et reprennent la route en saccageant et pillant avant de sortir de la Lorraine le 12 septembre (ils seront défaits par le Duc De Guise à Vimory le 26 octobre 1587, puis à Auneau le 24 novembre 1587).


Mais à 12 kilomètres de Blâmont se trouve Badonviller qui dépend du comté de Salm. Vers 1541 le Rhingrave Philippe-François de Salm-Dhaun (1518-1561), vassal de l'empereur d'Allemagne, y adopte la réforme luthérienne. Le culte s'étend et la communauté protestante de Badonviller, qui cohabite pacifiquement avec la population catholique, obtient même un usage partagé de l'église catholique. Vers 1550, la communauté opte massivement pour le calvinisme, et en 1564 Jean Calvin envoie de Genève Jean Figon qui devient le premier pasteur de l' « Église Réformée de Badonviller ». A compter de 1567 il ouvre un registre où figurent plus de 2000 baptêmes en 57 ans.


L'Edit de Charles III en 1587 eut peu d'effets : il semble qu'on ne recense pas de confiscation sur la base de cet édit, mais l'édit ne vise pas réellement le culte, mais les désordres qui pourraient advenir et le prosélytisme qui pourrait tenter d'imposer un autre culte que le catholicisme.
Il y eut quelques départs de protestants, sans doute aussi pour se rapprocher de lieux de culte ; par exemple le tabellion Jacques Louis avait quitté Saint-Nicolas pour Metz en 1562 (en raison de la dissolution de la communauté protestante en janvier 1562, par une expédition nocturne des troupes du Duc qui ne fit comme victime que Florentin de Colongne - voir le récit au Livre VIII de l'Histoire des martyrs de Jean Crespin). Louis était rapidement revenu à Saint-Nicolas, tout en fréquentant les communautés de Metz et de Badonviller, où il vient définitivement s'installer en mars 1587, sans doute suite à l'édit.

Les protestants du duché de Lorraine n'avaient finalement tenté que trois communautés réformées : à Saint-Mihiel (où suite à leur non reconnaissance en 1560, les protestants rejoignirent Metz) , à Saint-Nicolas-de-Port et à Pont-à-Mousson (qui par sa position se rattachait à la communauté de Metz).
Les protestants les plus zélés avaient donc rejoint Metz de puis longtemps (voir par exemple Chaussetier de Blâmont devenu solchier protestant de Metz - 1554) , ou plus localement, Badonviller.

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