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Blâmont dans les romans (3)

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Publié en 1908 par la « Maison de la bonne presse », le roman « La Chevauchée des Reîtres » de Charles Lesbruyères, dont l'action se situe en 1587, a donné lieu à une publication en feuilleton dans le journal « La Croix » (du même éditeur).

« LA CHEVAUCHÉE DES REITRES, par CHARLES LESBRUYÈRES. Un vol. broché de 350 pages, 0 fr. 75, port en sus. Bonne Presse, 5, rue Bayard, Paris.
La France du XVIe siècle revit dans ces pages captivantes. Avec une grande puissance d'évocation, l'auteur la montre mise à feu et à sang par les luttes entre catholiques et calvinistes. Sur ce fond tragique se détachent les personnages de deux charmantes idylles que traversent les arquebusades, les coups de dague ou de pertuisane, les sacs de villes et toutes les horreurs de la guerre. Il y a agrément et aussi profit à lire ces aventures où s'exerce une fantaisie toujours respectueuse des droits de la vérité historique.
H. L. »

Le Mois littéraire et pittoresque - 1909

De ce récit sur les terribles évènements de cette guerre, voici les inévitables extraits concernant Blâmont :


  • La Croix - Feuilleton du 5 août 1908

La chevauché des Reîtres

En réalité, le père Goldmann était un juif de Francfort ; s'il trônait dans l'échoppe de la place des Cordeliers, juste à côté du palais ducal, c'est qu'il n'y avait pas de ghetto à Nancy et que la maison de lorraine avait une administration très tolérante pour l'époque.
Malgré qu'il escomptât cette bénignité bien connue, le père Goldmann avait pris ses précaution au cours de son exode. En passant à Blamont, sa fille Rachel avait été baptisée sous le nom tout lorrain de Renée ; quant au fils Josué, il s'était mué en Joseph et avait été inscrit parmi « ceux de la religion réformée » par les soins des membres du Consistoire de Saverne.
Ces abjurations méthodiques n'étaient point la manifestation d'un éclectisme philosophique ; elles répondaient à des préoccupations extrêmement pratiques.
[...]

CHARLES LESBRUYERES


  • La Croix - Feuilleton du 21 août 1908

La chevauché des Reîtres
[...]
Tandis que ces évènements se déroulaient au château de Joinville; loin, encore très loin, à travers les sombres défilés des Vosges, débouchait la grande chevauchée des reîtres.
La Lorraine était en émoi les pâtres avaient les premiers déserté les chaumes et
descendaient en toute hâte vers leurs vaches en grand péril de maraude: les bûcherons de la Sarre passèrent ensuite traînant sur des schlittes femmes, enfants et leur pauvre mobilier. Tout ce peuple s'engouffrait dans la plaine et s'empilait dans les murailles de Blamont.
Lorsque la place fut pleine et que le gouverneur en eut fait fermer les portes, la horde misérable s'écoula le long de la Vezouse et, toujours grossissant, s'en vint échouer à Lunéville et, plus loin, à Saint Nicolas-de-Port.
Là veillait le duc Henri de Guise c'était la sécurité. Les maisons s'emplirent, on campait sur les places et dans les rues, même dans les bois, pas trop loin des remparts et, le soir venu, on montait sur les hauteurs de Flainval pour voir dans le lointain la lueur des grands feux d'alarme qu'allumaient les schlitteurs restés sur le Donon.

(A suivre)

CHARLES LESBRUYERES


  • La Croix - Feuilleton du 22 août 1908

La chevauché des Reîtres

On était au 31 août de ce triste année 1587.
La cornette du capitaine Hugo de Bromberg descendait par la route qui vient de Sarrebourg.
Entre les grands sapins dont le soleil matinal striait les sommets aigus, les reîtres chevauchaient par deux, par trois, par quatre, poussant au milieu d'eux des vaches, ses ânes, des moutons. On voyait aussi dans les rangs deux grands chariots chargés de couvertures, d'ustensiles de cuisine et d'armes ; des femmes les conduisaient et tout autour des paysans étaient requis pour pousser aux roues dans les passages difficiles.
Le capitaine Hugo ouvrait la marche encadré de quatre géants casqués et cuirassés comme lui, mais portant de plus le pistolet tout armé sur l'arçon de la selle.
L'arrière-garde était formée par deux reîtres qui, philosophiquement, cheminaient à pied tirant leurs chevaux par la bride.
Ce devaient être des amateurs de la belle nature : le plus gros tendait en l'air sa bonne face rougie afin d'aspirer plus largement la brise matinale, tandis que le plus mince, un tout jeune homme, s'arrêtait à chaque instant pour suivre de l'oeil les bonds capricieux que la Vezouse multiplie de cascadelle en cascadelle
-Tarteifte disait le gros blond, cet amer parfum des bourgeons de sapin me rend le cerveau plus libre pour la poésie ; mens sana in corpore sano
- Et moi, répondait l'autre, j'écoute la voix du torrent ; elle me chante la patrie prochaine où je rentre en ennemi.
- Laisse tes idées noires, camarade. La patrie du reître est sur son cheval.
Le jeune homme ne répondait pas. C'était pourtant un beau soldat au teint bruni, à l'air martial il portait crânement la salade de fer et la côte de mailles. Qui donc eut reconnu le timide Rémy Fontaine ? Trois mois de route et d'exercice avaient transformé le jouvenceau.
Le capitaine Hugo de Bromberg n'en revenait pas lorsqu'il avait confié son singulier volontaire aux talents instructeurs du poète
- Wilhelm Cottbus, avait-il dit, dresse-moi celui-là et je te promets double part au butin. D'ailleurs, s'il bronche, tu peux le mettre comme cible à ton pistolet.
Wilhelm était un malin, il remarqua d'emblée l'intelligence de sa recrue. Faisant appel à ses sentiments, il se présenta donc plutôt comme un compagnon que comme un geôlier; sa faconde de poète incompris lui était d'un précieux secours pour soutenir ce rôle, et en peu de temps il conquérait la sympathie du captif.
Cette tactique n'était pas sans profits ; le capitaine employait volontiers Rémy comme interprète, fonction importante dans cette armée de Babel où les reîtres allemands coudoyaient chaque jour les huguenots français. Il était à prévoir que les talents de la nouvelle recrue acquerraient d'autant plus de prix qu'on s'avancerait davantage en Lorraine et qu'ils lui donneraient quelque jour accès aux quartiers des grands chefs. Le protégé deviendrait alors protecteur ! Wilhelm voyait loin, ainsi qu'il est naturel à un fils des Muses.
- Sois sage, répétait-il, et bientôt tu pourras acheter cette liberté que tu désires.
Malgré les exhortations du gros poète, le pauvre garçon ne dormit guère durant les cinq jours où l'armée descendit la vallée de la Vezouse, marchant vers la Moselle.
Oh ! les affreux cauchemars, lorsque, le soir il se tournait et retournait dans son manteau, cherchant en vain le sommeil entre les roues du chariot sous lequel il s'était abrité.
Ces villages en flammes qui jalonnaient les croupes successives du terrain allant rejoindre à l'horizon d'autres colonnes de fumée Ces cadavres percés de hideuses blessures qui alternaient avec les arbres chargés de pendus; on distinguait des femmes, des enfants, des vieillards.
Sans doute, après avoir dépassé Blamont, on avait encore entendu le canon tout un jour, et Rémy pensa avec joie que la vaillante forteresse conservait ses murailles inviolées. De même, il avait pu se rendre compte que la colonne contournait Lunéville sans s'attarder devant les arquebuses du baron d'Offenville.
Enfin, le soir, on doublait les vedettes, parce que le duc de Guise, disait-on, ne laissait pas une nuit sans assaillir les quartiers.
Mais que signifiaient ces escarmouches aux yeux du jeune homme, lorsque, dix fois par jour il se retournait et jetait les yeux sur l'horizon, voyant toujours et sur chacune des croupes qui s'élevaient jusqu'aux Vosges, les longues, les interminables bandes noires que traçaient les colonnes de lansquenets, de Suisses, de Brabançons ! C'étaient comme d'immenses serpents vomis sans trêve par la grande montagne boisée; toujours ils s'allongeaient, poussant toujours plus avant leurs inépuisables anneaux.
- Dieu de Jeanne d'Arc, pensait Rémy, protégez votre France
Enfin, l'avant-garde atteignit la Moselle aux environs de Bayon. [...]

CHARLES LESBRUYERES

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