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Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain
1914-1919 et 1920

Le Pays des Baronnies.
Emile AMBROISE

2e PARTIE - BARONNIES DE LORQUIN ET DE SAINT-GEORGES

I. - François, comte de Vaudémont (1601-1632).

Le commencement du XVIIe siècle marque l'époque du démembrement définitif de la terre de Turquestein.
Nous avons vu que le dernier des d'Haussonville, qui s'éteignit en 1607, avait, deux ans auparavant, élu comme héritier de son nom et de ses biens, son petit-neveu Nicolas de Nettancourt, enfant en bas âge, dont les intérêts étaient gérés par son père, Jean de Nettancourt- Vaubécourt, qui tenait résidence à Gerbéviller (1).
Cette extinction de la maison d'Haussonville favorisa les desseins d'un nouveau venu dans la vallée de la Vesouze : François, comte de Vaudémont. Il avait épousé en 1598 Christine de Salm, fille de Paul VIII, sur la tète de laquelle se réunirent par l'effet de diverses donations et partages, toutes les parts que possédaient dans les domaines de Salm, son père et son oncle Jean IX (2).
Il était naturel que le comte de Vaudémont, devenu par sa femme seigneur en partie de Badonviller; Pierre-Percée, Fénétrange, Viviers, Puttelange, Ogéviller, etc., cherchât à profiter du démembrement de Turquestein pour se constituer dans ces parages un brand fief seigneurial.
En 1601, et dès avant la mort de Jean IV d'Haussonville, il achetait aux héritiers de Jean Ill, c'est-à-dire aux représentants de ses filles mariées l'une à Gaspard de Marcous sey, vicomte d'Étoges, l'autre à Jean de Saviny, vicomte de Rusne, la portion de Turquestein échue à cette ligne par le partage de 1567. C'était Lorquin, Fraquelfing, La Neuveville., Neufmoulin, Lafrimbolle (3). Cette acquisition fut faite pour 172622 francs 9 gros (4).
Tout de suite après la mort de Jean V (1607), le comte de Vaudémont, poursuivant son dessein, acquit la portion léguée au jeune de Nettancourt, c'est-à-dire la baronnie de Saint-Georges. Il l'acquit, le 8 juillet 1608, par voie d'échange avec le comte de Nettancourt-Vaubécourt, au nom de son fils mineur, contre la seigneurie de Choiseuil qu'il possédait en Champagne (5) et devint ainsi seigneur et baron de Saint-Georges, Hattigny, Landange, Hablutz., Richeval, Bertrambois et Laforêt.
Le nom d'Haussonville et le souvenir de cette antique maison s'effacent dès lors dans le pays de la Vesouze. Il n'en subsiste d'autre trace qu'une humble ferme isolée entre lbigny et Richeval, à laquelle est resté le nom d'Haussonville.
François de Vaudémont acquit encore des parts dans la dernière portion de Turquestein, celle de Gaspard, dite de Châtillon, que le partage de 1567 avait attribuée indivisément à Anne d'Haussonville, épouse de Georges de Nettancourt, et à Marguerite, épouse de Jean du Chàtelet. Nous n'avons pas l'acte qui constate cette acquisition, mais il est plus que vraisemblable que François de Vaudémont l'obtint du père de Nicolas de Nettancourt, Jean V, et de son frère Henry, qui possédaient ces parts en leur nom personnel, comme petit-fils de Georges de Nettancourt, époux d'Anne d'Haussonville, fille de Gaspard, et avaient sur Châtillon les mêmes droits que Jean-Philippe de Nettancourt leur oncle, conjointement avec Érard et René du Châtelet. Puisque le père de Nicolas de Net tancourt jugeait à propos de ne pas garder à son fils l'importante seigneurie de Turquestein-Saint-Georges, il était naturel qu'il se défit aussi de la petite part indivise qu'il avait personnellement dans Châtillon (6).
Nous ne savons pas ait juste quelles furent les propriétés qui, dans les sous-partages de Châtillon, formèrent le lot du prince lorrain. Il y a lieu de croire qu'il y trouva une prérogative très précieuse attachée de temps immémorial à la possession de ce fief le droit, en commun avec les comtes de Salm, de convoyer les voyageurs au col du Donon et par conséquent de garder cet important passage.
Nous devons croire aussi que le village de Harbouey fit partie du lot acquis par le comte François, puisque c'est à dater de cette époque qu'on le trouve énuméré parmi les possessions ducales, et quelquefois aussi qualifié de baronnie (7).
François de Vaudémont acquit aussi en 1606, d'un bourgeois de Metz, la seigneurie d'Angomont et du Ban-le-Moine, territoire qui appartenait originairement à l'abbaye Saint-Symphorien de Metz (8), et qui comprenait, outre le village d'Angomont, ses forêts et ses écarts, la portion des territoires de Neuviller et Bréménil qui n'était pas lorraine, et que depuis l'annexion de l'évêché, et de nos jours encore, on appelle la France.
La guerre de 30 ans devait bientôt ruiner tout ce pays de fond en comble (3).
François de Vaudémont avait ainsi réuni deux des parts taillées dans le domaine primitif de Turquestein, Saint-Georges et Lorquin, plus 1/6 du troisième lot dit de Châtillon. Il ne put acquérir le surplus que conservèrent toujours les familles de Nettancourt et du Châtelet, et qui, par conséquent, n'appartint jamais au prince lorrain ni aux ducs ses héritiers.
De toutes ses acquisitions, François de Vaudémont fit un grand domaine seigneurial, qu'il unit à la part des possessions échues à sa femme Christine de Salm par les partages de 1598. Puis en 1613, il demanda à l'empereur Mathias le privilège des droits régaliens qu'il avait déjà acquis sur le comté de Salm, avec le titre de prince. Les fonctions de « gouverneur et lieutenant-général pour le roi de France ès villes et places de Verdun, Toul, etc.) qu'il avait exercées sous Henri IV, ne parurent pas un obstacle à l'obtention de ces faveurs impériales (9). Ce privilège des droits régaliens était la source de gros profits. Il conférait d'abord les droits les plus étendus de justice et de prééminence, le monopole de l'exploitation des minières et mines de cuivre, de fer, d'étain, de plomb les droits de chasse et de pèche de battre monnaie « de la même manière que le duc de Lorraine ou l'évêque de Metz » d'exploiter les eaux salées qui pourraient être découvertes et d'en tirer profit; enfin de pouvoir frapper les sujets de corvées gratuites, pourvu qu'elles soient raisonnables, et de taxer tous les charrois qui se faisaient par les chemins (10). L'importance de ces droits régaliens était encore rehaussée par la pompe dont s'entourait le personnel administratif et judiciaire de la seigneurie.
Le châtelain y prenait le titre de haut-officier un procureur d'office l'assistait, et les forestiers, personnages très importants dans ce pays couvert de bois, portaient des Enseignes, nous dirions aujourd'hui insignes, en argent, aux armes du prince et des médailles d'or à son effigie (11).
Ce grand domaine ainsi constitué fut immédiatement soumis à la fiscalité lorraine. On le voit figurer dès l'année 1615 au registre des tailles, savoir
Landange, pour 380 francs.
Aspach, - 120
Saint-Quirin, - 50
Petitmont, - 240
Hattigny, - 520
Niederhoff, 170
Saint-Georges, - 47
Hablutz, - 80
Rogern (Richeval), - 130
Bertrambois, - 130
Fraquelfing, - 155
La Neuveville et Neuf-Moulin, - 150
La Frimbolle, - 45
Au total 2 642 francs (12).

Ces tailles n'étaient pas précisément imposables à merci mais seulement une fois l'an au bon plaisir du seigneur. Ajoutées aux autres ressources du domaine, elles produisaient un revenu qui, durant l'époque de prospérité qui précéda l'invasion française, varia de 13 000 à 18000 francs (13).
Les autres obligations féodales des manants étaient analogues à celles que nous trouvons dans toute la contrée elles comportaient bien entendu la garde du château de Turquestein, pour laquelle on recrutait des arquebusiers dans les villages d'alentour.
Toutefois, et en dépit de ces diverses prérogatives, les juridictions établies dans lés baronnies par le prince de Vaudémont, et maintenues par le duc Charles IV n'étaient et ne pouvaient être souveraines. Elles étaient soumises au contrôle du bailliage épiscopal de Vic, puis en dernier ressort à la cour impériale de Spire.
Vic était le véritable centre du petit état féodal constitué par le temporel des évêques de Metz. La vieille cité messine se gouvernait elle-même, et n'était que rarement d'accord avec son évêque. L'occupation française commencée en 1552 faisait subir à cette indépendance des échecs de plus en plus graves. Cependant, tant que les princes lorrains furent tout-puissants à la cour de France, et qu'ils purent user de leur pouvoir pour installer sur les sièges de Metz, Toul et Verdun, des prélats de leur famille, les magistrats du bailliage de Vic conservèrent d'importants vestiges de leur indépendance et en usèrent volontiers au profit de la politique lorraine.
Ils formaient cependant un tribunal fort imparfait. Les juges pouvaient cumuler les fonctions de trésorier, de chancelier, de gouverneur des salines ; ils étaient pris dans la bourgeoisie locale ; ils recevaient des épices dont les procureurs répondaient pour leurs clients.
La chambre de Spire était une institution surannée où la procédure ne se faisait qu'en latin, et où les procès étaient ruineux et « immortels ».
Au moment où le prince de Vaudémont venait d'acquérir les baronnies, de grands événements politiques changeaient brusquement cette situation. La défaite de la Ligue, la conversion d'Henri IV ruinaient les espérances des princes lorrains. Dès lors ils durent abandonner tout rêve de conquête sur les évêchés, et la domination française qui jusque là ne s'était exercée que sur les villes, commença à s'étendre pas à pas sur tout le pays.
En 1609, Henri IV décidait que le gouverneur français de Metz ferait seul fonction de gouverneur dans toutes les places de l'évêché. En 1631, le maréchal de La Force entrait à Vic, dont il faisait sa place d'armes pour envahir l'Allemagne enfin, en 1633, Richelieu créait le Parlement de Metz (14), et lui conférait juridiction sur tous les bailliages sans en excepter celui de l'évêque à Vic, auquel cependant, et par concession spéciale, on laissa son titre de bailliage seigneurial ou cour féodale de l'évêché.
La France toléra de même l'existence d'une justice particulière à Turquestein, laquelle, nominalement tout au moins siégeait dans les ruines du vieux château, et en réalité à Lorquin où s'élevait le signe patibulaire. Elle relevait bien entendu du bailliage de Vic (15).
On dit communément que le château de Turquestein fut un de ceux dont Richelieu ordonna la destruction en 1634. En réalité, château et seigneurie avaient. été dévastés dès le XVIe siècle par la peste et les guerres religieuses, avant d'en arriver, lors de la guerre de Trente ans, à la ruine définitive, Le souvenir de ces guerres apparait dans les documents du commencement du siècle. Elles avaient tellement bouleversé la vie rurale, qu'en 1612 il avait fallu, à la suite d'un long procès, rétablir transactionnellement le système des dimes de Saint-Georges où tout était confondu; et dans leurs plaintes, qui figurent aux pièces du procès, les communautés intéressées rappellent « que les divisions de religion ont ruiné les biens ecclésiastiques du temps de messire African d'Haussonville » (16). C'est un souvenir du passage des reitres en 1587.
La peste avait sévi en 1611. Le village de Turquestein était à peu près détruit dès cette époque, puisqu'il ne figure même pas au rôle des tailles de l'année 1615. Cent soixante-quinze ans plus tard, en 1790, il n'avait encore recouvré que 70 habitants, hommes, femmes et enfants, en sorte qu'on ne put y former le corps des notables prévu par la loi municipale (17).
Zufall, le château qu'avait habité African, a lui-même complètement disparu, et rien ne prouve que sa destruction ne soit pas antérieure au passage des Suédois. Il n'en reste aujourd'hui aucun vestige. Seul un sentier rural porte encore le nom de « Sentier du château », bien qu'il n'aboutisse à aucune construction.
Dès 1631, des orages, des tempêtes qui sévirent les 13, 14 et 15 novembre, emportèrent 12 pieds environ de murs au corps de logis du château (18). Tout ce domaine était donc déjà fort appauvri avant le commencement des grandes guerres.
Il convient cependant de signaler quelques traces d'activité industrielle qui s'y manifestèrent au début du XVIIe siècle, Deux frères, Claude et Barthélemy Jacquemin, qui résidaient à Hattigny, y avaientt installé une fabrique de « mirotters en bosses ». A diverses reprises, ils s'adressèrent au prince de Vaudémont et au duc, leur exposant qu'ils manquaient des moyens de faire revivre un art qui, disent-ils, a été admirablement pratiqué du temps passé, et que, pour lui rendre sa pristine renommée, il leur faudrait quelques subsides. Ils en reçurent de Charles Ill, de Henri Il, du prince de Vaudémont, qui leur fournirent de quoi acheter des outils, des pierres, des fourneaux. Ils furent même autorisés à établir leur usine aux abords de la forêt de Bousson (19), au comté de Blâmont, afin d'y puiser les bois nécessaires à l'alimentation de leurs fours. Mais les guerres qui suivirent ont anéanti cette intéressante industrie. On en chercherait en vain la trace et le souvenir (20),

Il. - Le duc Charles IV (1632-1675)

Le prince de Vaudémont mourut en 1632. Il laissait pour héritiers Charles IV et Nicolas-François qui tous deux furent successivement ducs de Lorraine, et c'est ainsi que le territoire des baronnies entra dans le domaine de nos ducs. Ils le possédèrent donc non à titre de souverains, puisqu'il relevait toujours de l'évêché de Metz, c'est-à-dire de la France, mais à titre de propriétaires et de vassaux, situation dont les conséquences devaient se manifester longtemps, soit après la réunion définitive de l'évêché à la France, soit après l'annexion de la Lorraine, soit même après la Révolution francaise, par de longs et retentissants débats (21).
Les événements politiques allaient encore compliquer cette équivoque, En 1583, le duc Charles III avait acquis la principauté de Phalsbourg et les six villages (22) qui entouraient celle petite ville. Phalsbourg avait été bâti au XVIe siècle par Georges-Jean, comte palatin et duc de Bavière. Cette acquisition que le duc de Lorraine réalisa pour 400 000 florins, avait pour lui une importance politique de premier ordre, parce qu'elle le rendait maître du col de Saverne.
Charles IV, après les malheurs de ses premières guerres avec la France, ne put conserver Phalsbourg. Par le traité de Vincennes (1661) il dut en consentir la cession au roi Louis XIV, avec celle d'une bande de territoire jalonnant la route de Metz en Alsace (23).
D'autre part, la France restant maitresse du pays de la Sarre comme de l'évêché de Metz, y affirma sa souveraineté par l'organisation d'une administration centralisée, dont tous les rouages ressortirent en définitive au Parlement de Metz, et dont nous avons vu plus haut les principaux éléments.
C'est dans ces conditions confuses et compliquées que Charles IV, rentrant dans son duché de Lorraine, retrouva les baronnies de Turquestein, Lorquin et Saint-Georges.
A une situation politique amoindrie, s'ajoutaient les ruines accumulées par près de trente années de désastres.
Dès la première année de ces guerres, en 1633, Lavallée, capitaine de Turquestein, signalait les ravages causés par le passage des douze compagnies du régiment lorrain de Bassompierre à Hattigny, et d'un corps de cavalerie qui s'était logé au château (24). On voit en effet que les troupes du duc Charles, notamment les compagnies de de Lenoncourt, du Châtelet, Lignéville, s'étaient concentrées à Blâmont et Ogéviller (25).
Il en fut de même pendant tout le cours des guerres, et l'on ne peut s'étonner de trouver en 1661 le moulin de Xouaxange ruiné, sans meule ni attachement, le village de Neufmoulin, ruiné et complètement abandonné, Il n'y a plus de porcs à Aspach, il reste six chevaux à Frémonville(26). On ne perçoit par conséquent ni dimes, ni impôts.
On ne sème rien dans les terres depuis plusieurs années; les vignes, car il y en avait à Neufmoulin, à Fraquelfing, à Niderhof, ont disparu depuis longtemps ; les haies, les buissons, les aulnes ont pris leur place.
Le duc est propriétaire d'un grand nombre de rentes constituées à 5 0/0, mais « les débiteurs sont tous morts il y a longtemps, personne n'a souvenir d'eux ni de leurs héritiers, et il y a plus de cinquante ans qu'on n'en a rien tiré ».
Beaucoup de terres sont acensées, mais les propriétaires ne peuvent payer. L'un « ne jouit pas de son domaine, ains les Français »; l'autre invoque sa pauvreté et l'occupation étrangère (27). La métairie de Turquestein est acensée pour 50 ans, à raison de 60 francs, à la condition d'en relever les bâtiments détruits, et de les remplacer par une construction à chaux et sable (28).
Quant au château « qui était an paravant les guerres d'une belle et ample circuit, il a été démoli en l'an 1634 par ordre de sa majesté Louis XIII ». On ne l'a jamais reconstruit. Le comptable, n'y trouvant même plus un gîte, s'est réfugié à Hattigny. Il supplie qu'on lui accorde pour cela quelque indemnité (29).
Il reste sept habitants et une veuve à Niderhof, trois laboureurs et cinq manoeuvres à Fraquelfing, deux laboureurs et cinq manoeuvres à Aspach, un seul habitant à Lafrimbolle. Les tailles de ces villages qui donnaient, en 1615, 640 francs sont réduites à 116 francs et voici un fait qui montre avec quelle âpreté on traitait les malheureux survivants : dix-sept bourgeois de Saint-Quirin furent convoqués pendant huit jours, dans les ruines du château, pour affirmer la persistance du droit de garde qu'ils devaient avant sa destruction. Les revenus bruts du domaine affermés d'abord pour 3 120 francs étaient tombés à 384, puis à 251 francs. Les dépenses excédaient les recettes et l'on redevait 89 francs au comptable (30).
Tel est le sombre tableau, plus tragique que toute description, que mettent sous nos yeux les comptes officiels de 1665 et 1667 qui sont, croyons-nous, les premiers qui aient été rendus à la Chambre des comptes depuis le retour de Charles IV.
Au lieu de songer à réparer le désastre qui a ruiné le domaine de Turquestein, Charles IV l'appauvrit encore en le démembrant au gré de son caprice.
Dès 1665 il en détache, sous le nom de fief de !a Tour, toute la baronnie de Saint-Georges, en sorte que le comptable constate avec amertume « qu'ayant plu à son altesse gratifier le sieur Roussel des rentes, revenus et usufruit des baronnies de Saint-Georges sans aucune exception », il ne peut y faire aucune recette (31). Le sieur Roussel avait rendu de grands services à Charles IV. Mais l'aliénation de Lorquin au profit de M. de Thiard de Bissy est un fait plus surprenant (32).
Le marquis Claude Thiard de Bissy, gentilhomme bourguignon, servit pendant de longues années en Lorraine, dans l'armée royale que commandait le maréchal de Créqui. D'abord colonel d'un régiment de cavalerie, puis lieutenant-général, gouverneur de Nancy en 1670, commandant pour le roi « aux troupes étant en Lorraine » en 1672, il devint gouverneur des Trois Évêchés lorsque, après la paix de Ryswick, la Lorraine fut rendue à Léopold.
Il avait eu, comme lieutenant de M. de Créqui, sa part de responsabilité dans les rigueurs qui avaient sévi sur la Lorraine, et dont Charles IV devait conserver un juste ressentiment. Le duc n'en détacha pas moins la baronnie de Lorquin pour la lui donner vers 1665. Cette libéralité en faveur d'un général ennemi serait inexplicable, si l'on rie connaissait la politique indécise et cauteleuse de Charles à l'égard de la France et de ses agents en Lorraine. En comblant de faveurs le général français, il se sera proposé sans doute d'obtenir pour lui et ses sujets un traitement moins rigoureux. L'administration de M. de Bissy fut en effet plus humaine que celle de M. de Créqui. A sa mort, arrivée en 1701, Saint-Simon put dire qu'il fut fort regretté « pour son équité, sa discipline, et la netteté de ses mains ». La baronnie de Lorquin, ainsi que nous le verrons, fut rachetée plus tard par le prince de Beauvau ; mais la famille de Bissy demeura en Lorraine où elle posséda, au XVIIIe siècle, des fiefs à Burthecourt, à Velaine, à Frolois (33). Un des fils de M. de Bissy, pour lequel son père obtint l'évêché de Toul, fut auprès du roi un ardent et redoutable adversaire de la politique du duc Léopold (34).
Charles IV aliéna aussi Petitmont et Harbouey au profit de Pierre-Alexandre Hilaire, l'un de ses conseillers; en sorte que dès 1665 il ne pouvait plus se dire seigneur haut-justicier dans l'ancien domaine de Turquestein qu'à Niderhof, Fraquelfing, Aspach, Neufmoulin et Lafrimbolle, et nous avons vu dans quel état lamentable la guerre et l'occupation française avaient laissé ce dernier lambeau des baronnies.
Nous allons rechercher comment elles se sont relevées et reconstituées sous le règne de Léopold.

Ill. - Les Français, le duc Léopold (1675-1721).

Le territoire de Turquestein était, comme nous l'avons vu, un fief dle l'évêché de Metz. Le prince de Vaudémont en était devenu propriétaire, mais non souverain. Ce n'était pas une partie intégrante de la Lorraine. C'est ce qui explique comment Charles IV, dans son imprévoyance, et Léopold, dans ses largesses, ont pu l'entamer à plusieurs reprises par des concessions gratuites ou des acensements, sans soulever d'aussi vives protestations que s'il s'était agi d'aliénations du domaine ducal.
On sait avec quelle munificence Léopold qui, de retour dans ses états, avait à la fois tant de ruines à réparer et tant de dévouements à récompenser, reconstitua, aux dépens de son domaine, les biens des grandes familles qui avaient servi son père et son grand-oncle, et dont plusieurs s'étaient ruinées pour la cause nationale. Toutefois, ces libéralités s'inspirèrent aussi de motifs moins respectables, et l'on ne connaît que trop le scandale causé à la cour de Lorraine par la passion du duc pour la femme de son chambellan, la séduisante Anne-Marguerite de Lignéville, marquise de Beauvau, dame d'honneur de la duchesse et surintendante de sa maison (35).
Déjà en 1712, Léopold avait, en faveur de Marc de Beauvau, érigé en marquisat le village d'Haudonviller, aujourd'hui Croismare, sous le nom de Craon, qui était celui d'un ancien fief que cette famille avait possédé en Anjou (36). Le 5 mars 1721, il lui donnait à titre purement gratuit les terres et seigneurie de Turquestein et Saint-Georges, ainsi que toutes leurs dépendances (37). En 1726, Léopold ajoutait. ces largesses la terre et seigneurie d'Angomont dite le Ban-le-Moine, naguère acquise par François de Vaudémont et qui provenait de l'abbaye de Saint-Symphorien de Metz (38). Le marquis de Beauvau, qui devint prince de l'Empire en 1721, compléta ce beau domaine par des acquisitions particulières. La baronnie de Lorquin, autre démembrement de Turquestein, avait été, nous l'avons vu, aliénée par Charles IV au profit du marquis de Bissy. Il l'acheta à son fils en 1725 (39). Il acquit de même la seigneurie d'Harbouey également aliénée par le domaine au profit de Pierre-Alexandre Hilaire, conseiller (40).
Ainsi se trouvait reconstituée entre les mains du prince de Beauvau la seigneurie de Turquestein, à l'exception toutefois de celles des terres de Saint-Georges qui avaient été données à Claude Roussel par Charles IV et qui, ayant fait retour ait domaine par voie de reversion, avaient été échangées avec M. du Châtelet (41).
Il conviendrait d'en excepter aussi l'emplacement et les ruines du vieux château de Zufall, ancienne demeure d'African d'Haussonville, que Léopold donna en 1718 à Simon-Melchior Labbé, baron de Coussey, l'un de ses conseillers d'État (42).
Mais la famille de Beauvau en fit l'acquisition plus tard, et les possédait encore en 1834 (43).

IV. - La famille de Beauvau (1721-1835).

L'étonnante faveur dont avait joui la famille de Beauvau faillit sombrer à la mort de Léopold. Au lendemain de son décès, la duchesse régente, obéissant au cri public autant qu'à son légitime ressentiment contre sa rivale, révoquait toutes les aliénations faites au détriment du domaine depuis 1697. Les terres achetées par l'État pour être données ou cédées à des particuliers durent être restituées en nature ou en argent. Un édit du f4 juillet 1729 les réunissait à la couronne et en soumettait la gestion au contrôle de la Chambre des comptes.
Le prince de Beauvau s'exécuta d'abord. On trouve aux Archives les comptes de la seigneurie, y compris Harbouey et le Ban-le-Moine, pendant plusieurs années (44). Il y avait mis tant de bonne grâce apparente que non seulement il s'était déporté de toutes les donations qu'il avait reçues de Léopold, mais qu'il avait encore cédé au nouveau duc la baronnie de Lorquin et la seigneurie de Harbouey, acquises cependant sur des particuliers (45).
Cette soumission n'était toutefois qu'apparente. Dès qu'il en trouva l'occasion favorable, Marc de Beauvau réclama contre ces désistements. Très habilement, il invoqua cette situation particulière des baronnies, dont nous avons étudié les causes, situation qui les laissait en dehors du domaine de la couronne ducale comme n'étant et ne pouvant être que des fiefs du temporel de l'évêché de Metz, dont les ducs n'étaient que les propriétaires à titre purement privé. Pour cette raison, les édits de 1729 n'avaient pu les atteindre.
Ce raisonnement, juridiquement exact, finit par triompher devant la chancellerie lorraine par contrat du 16 mai 1736, François III rétrocédait au prince de Beauvau et à la princesse, les baronnies et toutes les terres qui en dépendaient (46), et dans le traité de Vienne signé l'année suivante, le roi Louis XV, par faveur toute spéciale, ratifiait cette restitution (47).
Ainsi furent provisoirement consolidées les possessions de la famille de Beauvau dans le pays de la Vesouze. Elle n'y fixa cependant pas sa résidence, et s'en remit du soin de leur administration à des intendants dont les procédés soulevèrent plus d'un mécontentement. Marc de Beauvau suivit d'ailleurs la fortune de François Ill, qui le fit gouverneur de son grand-duché de Toscane, sous l'administration effective du comte de Richecourt. A Florence, son exquise politesse, ses manières de grand seigneur, les fêtes qu'il donna et que rehaussaient la grâce et l'esprit de la princesse, lui concilièrent pendant quelque temps les sympathies des Toscans. Mais François Ill, devenu empereur le 13 septembre 1745, lui ayant témoigné quelque froideur, il revint en Lorraine en 1 749, affligé de sa disgrâce et plus encore de la mort de son fils Alexandre, glorieusement tombé à Fontenoy, et en définitive appauvri par les dépenses qu'il avait faites pour le service de son maître. Il vécut dès lors assez retiré à Nancy, puis à Haroué plutôt qu'à Lunéville, où, en dépit du crédit de sa fille, madame de Boufflers, on lui pardonnait difficilement son attachement à la famille ducale. Il mourut à Haroué en 1754, à l'âge de 74 ans. La princesse vécut jusqu'en 1772. Nous la retrouvons en 1766, alors âgée de 80 ans, suppléant à Herbéviller (48) au baptême d'un enfant de son parent, le comte de Lignéville, la princesse Anne-Charlotte de Lorraine, abbesse de Remiremont, choisie comme marraine du nouveau-né (49).
Sur le caractère du prince de Beauvau, nous avons un témoignage qui n'est pas suspect. C'est celui du bouillant abbé de Domèvre, qui lui fit tant de procès et dut lui restituer 413 arpents de forêts. « C'est, dit l'abbé, le seigneur qui aime le plus la justice et l'équité, qui hait les chicanes et les mauvais procès, qui est le plus poli, le plus gracieux, le plus débonnaire, le plus désintéressé, le plus chrétien, en un mot le plus accompli qui se voie (50). » Après Marc de Beauvau, et dès avant son décès, qui survint en 1754, son fils, Marc-Just, né à Lunéville le 10 novembre 1720, devint propriétaire des baronnies par l'effet d'une donation de ses parents.
Il devait être un des grands seigneurs de l'époque et l'une des gloires de l'armée royale. Maréchal de France, membre de l'Académie française, ministre de la guerre en 1790, il n'habita pas la contrée de Cirey. Il avait loué les ruines de Turquestein avec soixante jours de terres environnantes, par bail emphytéotique.
Après la mort de Stanislas, le maréchal était devenu à peu près étranger à la Lorraine, et avait vendu en 1768 le château de Haudonviller (Croismare) dont Léopold avait fait pour ses parents le marquisat de Craon (51). Conjointement avec sa mère douairière, il présenta alors au roi Louis XV une supplique dans laquelle il exposait qu'ayant vendu Craon, eu vertu d'une sentence du Châtelet de Paris du 9 janvier 1768. il se trouvait dépouillé de la seule terre qui portât ce nom, dont il lui importait de conserver la mémoire, et il demandait de changer le nom de l'ancienne baronnie d'Ormes-Haroué, dont Léopold avait déjà fait un marquisat (28 juillet 1723) et François III une prévôté bailliagère (24 mai 1736).
Louis XV y souscrivit, en accompagnant son consentement des motifs les plus flatteurs pour la vanité du maréchal et de sa famille, car il rappela dans ses lettres patentes du 22 février 1768, qu'ils avaient l'honneur d'appartenir à sa personne royale par Isabeau de Beauvau, dame de Champigny et Roche-sur-Yon, laquelle épousa Jean de Bourbon, comte de Vendôme, qui fut bisaïeul du roi Henri IV, et que d'ailleurs les princes de Beauvau, qui sont les premiers de la noblesse d'Anjou, sont issus du côté maternel de Jeanne de Craon, petite-fille au vingtième degré de l'empereur Charlemagne (52).
Les biens du maréchal de Beauvau à Cirey étaient administrés par des régisseurs ou hauts-officiers, au nombre desquels on rencontre M. Benoit de Sailly qui construisit le château de Risholz près Hattigny, chef-lieu de la baronnie de Saint-Georges (53).
Le maréchal mourut en 1793, et plus heureux que les autres possesseurs de l'ancien domaine de Turquestein, il n'eut à défendre ni sa personne, ni ses biens, contre l'effet des lois révolutionnaires. Il acheta même des biens nationaux, notamment la principauté de Lixheim, à l'adjudication du 13 avril 1792. Il put transmettre sa fortune à sa fille Anne-Louise-Marie, épouse de Philippe-Louis-Marie-Antoine de Noailles et de Mouchy, prince de Poix, qui, par elle-même ou ses héritiers, les conserva jusqu'en 1837, mais au prix de graves et intéressants démêlés avec le fisc impérial et la régie des domaines sous les deux restaurations (54).

V. Démembrement de la baronnie (1835).

C'est alors qu'eut lieu le démembrement définitif de cet immense domaine forestier, dont l'exploitation provoqua dans la contrée une fièvre de spéculation, et à la suite duquel s'édifièrent des fortunes, ou se consommèrent des ruines qui ont laissé dans le pays un souvenir presque légendaire.
Les premiers acquéreurs furent deux étrangers, Jean-Édouard et André-Jules Naville, tous deux membres du conseil souverain de la ville de Genève, qui versèrent 600.000 francs, coupèrent de grandes quantités de bois, et bâtirent le château de Sainte-Catherine, dans la vallée qui sépare Turquestein de Chatillon (55). Puis ils revendirent en détail les forêts exploitées. L'un des lots, qui comprenait « une partie des propriétés connues sous le nom de baronnies, situées sur le territoire de Turquestein » fut acquis par Georges-François Auguste Chevandier de Valdrôme, sous-directeur de la manufacture de glaces de Saint-Quirin.
On sait le rôle considérable que cette famille a depuis.lors joué dans le pays. Jean-Auguste Chevandier fut député de Sarrebourg, pair de France (56). Son fils, Georges, qui se fixa de préférence à Abreschviller a été l'une des physionomies les plus populaires de la contrée ; son second fils, Eugène, était ministre de l'Intérieur en 1870 sa veuve a laissé à Cirey un souvenir vénéré. Auguste Chevandier avait réussi à rentrer en possession des ruines du château de Turquestein, en rachetant pour cinq mille francs le bail emphytéotique consenti autrefois par le maréchal de Beauvau. :Mais l'histoire du vieux manoir avait été close en 1791 par un étrange incident.
L'imagination populaire, surexcitée par les premiers événements de la révolution, troublée par la menace d'une invasion étrangère, animée d'ailleurs du même souffle de rancune qui avait déterminé l'année précédente le sac de l'abbaye de Haute-Seille (57), cherchait dans le souvenir des vieilles légendes qui hantaient les murs délabrés de Turquestein, un aliment à ses angoisses patriotiques. Elle se figura que, dans ces débris d'un autre âge, des gens mal intentionnés assemblaient des amas de munitions en vue d'entreprises criminelles contre la constitution. Les gardes nationaux de Lorquin, d'Abreschviller, de Saint- Quirin y firent des rondes et des patrouilles. Ceux de Blâmont, plus zélés encore, s'ébranlèrent à l'appel de leur commandant qui avait, à force d'instances, obtenu l'autorisation d'y faire une descente sous sa propre responsabilité. Fusiliers, sapeurs et tambour, après une marche secrète « dans le silence le plus absolu en cernaient toutes les avenues le 11 septembre 1791, chargeaient leurs armes et abordaient la roche par deux issues différentes. Ils trouvaient là deux bourgeois de Strasbourg, installés pour y passer l'été, et qui entre-temps faisaient confectionner par des ouvriers d'alentour, quelques lits pour un hôpital. On leur en montra deux, ainsi que dix chaises et des fagots. Ils éventrèrent un mur, parce que, frappé d'un coup de crosse, il avait sonné le creux mais ni dans les caves ni dans « toutes les ruines de cette antique demeure ils ne trouvèrent rien qui pût éveiller les soupçons. Enfin, satisfaits et rassurés, ils rentrèrent à Blâmont à dix heures du soir, et dressèrent pour la postérité, un récit officiel de leur exploit ridicule (58).
Depuis lors, les orages et les vents achèvent de niveler les ruines de Turquestein. Elles ne reçoivent plus que de rares visiteurs, le plus souvent indifférents et ignorants du passé, mais qui du moins ne troublent plus le mystère de cette solitude solennelle, mélancolique et douloureuse, comme les souvenirs lorrains qu'elle abrite.

APPENDICE
18 septembre 1613. Requête présentée au nom de François, comte de Vaudémont, à l'Empereur Mathias, à l'effet d'obtenir le privilège des droits régaliens sur la baronnie de Turquestein.
Potentissimo Invictissimoque Principi ac Domino, Dno Matthiaex Romanorum Imperatori semper Augusto.
Caesareae Majestati vestrae supplex exponit Franeiseus a Lotharingiae, Marchio Hattonis-Castri, Comes Vaudemontensis se ab hinc paucis annis allodia quoedam Comitatui Salmensi ex una parte, ex altera vero Episcopatui Metensi contermina liberrimo titulo acquisivisse, nempe ditione et Baronatum Turquesteinis et Sancti-Georgii, territorium d'Angomont et partem territorii Castillionensis, quae quidem allodia quamvis juribus amplissimis sint decorata, quia tamen honorifleum sibi esse duceret, si ea ijsdem Regalibus dotata essent quibus Comitatus Salmensis qui pro dimidià parte ad eum pertinet, ut ratione ipsorum inter Vasallos et Clientes vestrae Majestatis Caesareae connumerari possit, Idcirico obnixe eam rogat uti dignetur in feudum sibi conferre jura regalia sequentibus expressa : vectigalia nimirum vix quae ducit ad pagos Rougernt, Landange, Sti Georgii et Neufmoulin. et quae ex oppido de Blâmont, Falsebourg usque sese extendit, sicut et via quae ex Ciré et Nidrehauf porrigitur in Baudonviller et Fatsebourg, et tria semitum quae appellantur semita de boutelliers, quarum una lambit arcem de Turquestein altera transit per pagum Saint-Quirin et per Haichapron (Lafrimbolle-Laxenborn) descenditque in hajeto, et tertia quae transit super la Chette, est que in dominatu de Dorbo (Dabo) quae quidem viae sitoe sunt omnes in Baronatu Turquestenio et Sti Georgii; videlicet pro quolibet equo, mulo vel majori quadrupede mercibus onusto vel atiis rebus quatuor denarios, item pro singulis minoribus pecoribus uti capris, ovibus, porcis, aliisque similibus denarios duos, item pro singulis Charris onustis sicut supra quatuor denarios ; item pro singulis curribus onustis octo denarios monetae argentinensis ; Praeterea jus omne justitiae exercendae jurisdictionis absolutae, superioritatis et potestatis supremae, sicut et effossionis omnis generis metalli, auri, argenti, argenti vivi, mineralium, minii, cupri, ferri, stanni et plombi ; venationis, piscationis, aucupit in omnibus libertatibus, jurisdictionibus, auctoritatibus ; nec non potestate exigendi ac obligandi subditos ad operas gratuitas, et rationabiles ; similiter potestatem cudendi in praedictis Territoriis et Baronatibus monetam auream et argenteam ex materià et metallo, eodem quo Lotharingiae dux et Episcopus Metensis in sua utuntur, ijsque valorem assignare secundum Imperii praescripta. Ad haec ut tam praefatus supplicans quam sui haeredes, successores futuri praedictorum territoriorum et Baronatum, in casu quod reperirentur in suis vel subditorum terris, aliquae aquae saleae, possint salinarias officinas erigere et in perpetuum laborare cum iisdem immunitatibus, privilegiis et usibus sive consuetudinibus quibus alii utuntur, qui salinarlas officinas possident, nec non fructum et emolumentum suum quaerere optimo quo poterit modo, cum facullate eas vendendi, impignorandi, commutandi et faciendi quod ipsis bonum videbitur. Cujus beneflcii causa affirmat se fidem et homagium praestiturum, eaque omnia facturum, quibus ratione dictorum Jurium regalium erga Caesaream vestram Majestatem astringetur.
Concordat cum archiva Imperiali aulico, id quod hinc attestor. Vienna, 26 julii 1701. Rab Herm de Bertram secretarchiv. - avec sceau.
(Arch. M.-et-M., B. 463, n° 30.)

(à suivre)


(1) Voir : Châteaux de la Vezouze, chap. XIV et XV.
(2) Arch. de la Marne, Registre des insinuations au greffe du bailliage de Chalons, 1657-1664, fol. 14-15, (Référence obligeamment fournie par M. le comte de Nettancourt-Vaubécourt).
(3) Étoges (Marne, arr. Épernay, cant. Montfort) était une seigneurie provenant de Saladin d'Anglure dont la fllle Anne avait épousé Balthasar d'Haussonville; Rosne (Meuse, arr. Bar, cant.. Vavincourt) était une terre de la famille de Savigny. LEPAGE, dans Turquestein, etc..., M. S. A. L., 1886, p. 149, parait croire que cette vente comprenait la totalité du domaine de Turquestein. Mais ce ne pouvait être que la part des héritiers de Jean III, Marcoussey et Savigny.
(4) Arch, M.-et-M., H. 1280, 1264, fol. 90; H. 1450.
(5) Notes dues à l'obligeance de M. le comte de Nettancourt-Vaubécourt. - Arch. nationales, KK, 1119, I. IV, fol. 63 I,
(6)
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(7) Harbouey, M.-et-M, arr. Lunéville, cant. Blâmont, autrefois du temporel de Melz, mais du diocèse de Toul. Devenu propriété patrimoniale des ducs, il fut donné à un sieur Hilaire, conseiller, et le prince de Beauveau le racheta en 1727. (LEPAGE, Statist. de la Meurthe, t. II, p. 239.)
(8) L'abbaye avait réussi à le vendre le 17 décembre 1605, à Charpentier, bourgeois de Metz, sous prétexte « du trop grand éloignement de ce domalne, (Expédition authentique aux Arch. de la manufacture de glaces de Cirey.)
(3) Arch. M.-et-M., B. 11753, passim. - Angomont, Neuviller et Bréménil, M.-et-M., arr. Lunéville, cant. Badonviller ces deux derniers villages mi-partie Évêché et mi-partie Lorraine, comté de Salm, diocèse de Toul.
(9) DE PIMODAN,, Hist. de la réunion de Toul à. la France, p, 261.
(10) Requête en vue de l'obtention des droits régaliens, arch. M.-et-M.., B. 463, n° 30. Voir appendice.
(11) Arch. M.-et-M., H. 1462, fol. 59, et LEPAGE, Turquestein, dans M.S.A.L., 1886, p. 151.
(12) Arch M.-et-M., B. 9534.
(13) Elles furent par exemple de 13 000francs en 1627. Arch. M.-et-M.; B. 1462, fol. 8. En cette même année, le domaine entier de Salm y compris les forêts et les forges de Framont, rapporta plus de 58 000 francs. Ibid., B. 1462, fol. 9 à 12.
(14) Voir le procès-verbal de l'installation du Parlement de Metz, dans le Pays lorrain, 1913, p. 541.
(15) Nous avons emprunté ces détails à la notice de M. DUVERNOY, sur Alph, de Ramberviller, dans M.S.A.L., 1908, Avant la mise en vigueur du régime français, la justice seigneuriale de Turquestein, connaissait en matière civile seulement « des causes qui s'audiencent et des sentences qui se rendent par devant les juges desdites villes. Y ayant appellation elles viennent à Son Altesse ». Cette prétention du duc de Lorraine d'évoquer les appels d'une juridiction étrangèe à sa souveraineté territoriale, ne pouvait manquer d'être contestée par la France.
(16) Arch. de M.-et-M, H. 1450.
(17) Arch. de M.-et-M., C, 561.
(18) LEPAGE, Turquestein, dans M.S.A.L., 1886, p. 155.
(19) Forêt domaniale dans la haute vallée de la Vesouze, territoire de Saint-Sauveur, M.-et-M., arr. Lunéville, cant. Cirey.
(20) Arch.M.-et-M., B. 9061. 1261, f° 243, 3351 fo 10 vo
(21) Voir Procès des baronnies dans Mém. Acad. Stan., 1912. p. 281
(22) Einartshausen, Vilsperg, Mittelbronn, Lutzebourg, Hüttenhausen, Hazelbourg. LEPAGE, Communes de la Meurthe, t. Il, p. 46 1.
(23) Voir le texte du traité de Vincennes dans CALMET, Hist. Lorr., t. IV, preuves, col. 563.
(24) Comptes du domaine, Arch. M.-et-M.., B. 889, foI. 112, 113, 116.
(25) Comptes du domaine, ibid., B. 1583
(26) Frémonville, arr. Lunéville, cant. Blâmont.
(27) Arch- M.-et-M., B. 1510, fol. 6.
(28) Ibid., B. 11043, no 25, acensements de 1706.
(29) Ibid., B. 9536, fol. 89,
(30) Comptes du domaine, ibid., A. 9535, passim, notamment fo 23-29, 34 et 9536, passim.
(31) Arch. M.-et-M., R. 9536, n" 89; LEPAGE, Communes, t. Il, p, 461. - Il y a plusieurs familles Roussel ; Claude, dont il s'agit devait appartenir à celle qui fut anoblie en 1669 et qui portait : d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoiles de même et en pointe de 3 croissants aussi de même entrelacés.
(32) DE BISSY : d'or à 3 écrevisses de gueules:
(33) B.S.A.L., 1910, P. 174-178 ; BAUMONT, Règne de Léopold, p. 39, 61; LEPAGE, Communes, t. I, p. 386, t. II, p. 645; PFISTER, Hist. de Nancy, t. III, p. 219 ; CALMET, Hist. de Lorr., t. III, col. 756.
(34) Comme gouverneur de Nancy, M. de Bissy avait en 1674 recueilli et ravitaillé les restes de l'arrière ban de la noblesse d'Anjou taillée en pièces à Bénaménll.
(35) De Beauvau porte : d'argent à quatre lionceaux de gueules, armés, lampassés et couronnés d'or.
(36) Lettres patentes données à Lunéville le 21 août 1712 - Cette indication et les suivantes sont tirées des archives de la baronnie de Châtillon, qui nous ont été gracieusement ouvertes par M. le baron Jean de Klopstein, auquel nous témoignons ici notre vive gratitude.
(37) Acte dressé le 5 juin 1721 au bailliage de l'évêché de Metz à Vic.
(38) Donation insinuée à la Chambre des comptes de Nancy le 29 avril 1727.
(39) Acte du 4 sept. 1725, contrôlé à Nancy le 27 octobre et à Lorquin le 11 décembre. Leclerc, notaire à Nancy. Voir aussi LEPAGE, Communes, t. Il, p. 55.
(40) Acte Ferry, tabellion à Lunéville, du 28 avril 1727, enregistré à Vic le 1er juillet 1728.
(41) Contrat passé en 1722 devant Denys, tabellion de Cirey et Ibigny (mention sur un titre aux archives, B. 127).
(42) La famille Labbé comptait, au temps de Léopold, de nombreux représentants dans l'administration et la magistrature. Elle se disait originaire de Bohème, et sa noblesse remontait au moins au temps du duc Henri Il. Cf. dom PELLETIER, Nobiliaire, vo Labbé; Mémoire à la Biblioth. de Nancy, Fonds lorrain, no 7326.; LEPAGE, Communes, t. I p. 480.
(43) Arrêt de la cour de Nancy du 14 mars 1834, à sa date aux arch. de la cour.
(44) Arch. M.-et-M,. B. 1726 n° 4 et 1749.
En 1732, recette. 3.000 fr., dépense. 14 500, Excédent. 18342 En 1735, recette. 29600 dépense. 20800, Excédent. 8 600
(45) Actes Pierrot, tabellion du duc à Lunéville, du 1 février 1730, contrôlés et insinués à Vic le 13 novembre ; procès-verbaux de prise de possession du bailliage de l'évêché des 14, 15, 16, 17, 18 novembre 1730.
(46) Procès-verbaux de prise de possession du bailliage de Vic des 28-29-30 mai 1736.
(47) Voir notre notice Le procès des baronnies, dans Mém. Acad. Stan., 1912, p. 281,
(48) Herbéviller, arr. Lunéville, cant.. Blâmont. Voir notice sur le château d'Herbéviller-Lannoy, dans Revue lorraine illustrée, février 1009.
(49) Actes de la paroisse d'Herbéviller. La princesse Anne-Charlotte, fille du duc Léopold, était la seule princesse de la famille ducale qui, après la mort de sa mère à Commercy, fùt restée fidèle au sol lorrain.
(50) Arch. M.-et-M., H. 1415.
(51) Le maréchal avait eu deux frères Nicolas-Simon-Jude, né en 1710, mort à Rome en 1734, et François-Vincent-Marc, né en 1713, primat de Lorraine en 1718, mort en 1742. Marc-Just resta ainsi le seul héritier de son père. Il avait reçu de lui et de sa mère, en 1749, à titre de donation, le domaine des baronnies qu'il se constitua en dot lors de son mariage en 1767 avec Mari e-Sophie-Charlotte de la Tour d'Auvergne.
(52) Copie des lettres patentes insérée dans le Nobiliaire de Dom PELLETIER, vo Beauvau.
(53) Renseignement dû à l'obligeance de M. Ch. Maire, propriétaire du château de Risholtz.
(54) Un an avant sa mort, le maréchal de Beauvau, par acte du 14 mars 1792, reçu Forget. notaire à Aix-la-Chapelle, dont expédition fut déposée en l'étude de Paulmier, notaire à Paris, le 18 brumaire an IX, fit donation à son neveu Marc-Etienne-Gabriel de Beauvau- Craon, à l'occasion de son mariage avec Mlle de Mortemart, de la moitié des biens-fonds qu'il possédait. Mais à sa mort (1793), la princesse de Poix, sa fille, resta seule propriétaire des baronnies à la suite d'un partage liquidatif reçu Paulmier, notaire à Paris, le 9 fructidor an IX, après inventaire dressé en septembre 1793 par Brochart, notaire à Paris. Le prince de Poix eut deux enfants Antonin Claude-Dominique-Just de Noailles, duc de Poix, qui épousa Françoise- Xavier-Mélanie-Honorine de Talleyrand-Périgord, et Arthur-Tristan-Jean-Charles Languedoc de Noailles, duc de Mouchy. Antonin étant mort avant sa mère, la fille d'Arthur, Rosalie-Charlolle-Antoinette-Léontine de Noailles, veuve d'Alfred Dominique Vincent-de-Paul, vicomte de Noailles, se trouva dans l'indivision avec le prince de Poix. (Actes de Buchère et Calouet, notaires à Paris, du 27 février 1835.)
(55) Actes des 19 février et 22 février 1837, reçus Cahouet et Buchère, notaires à Paris.
(56) Il avait épousé en 1840 Mlle. de Guaita.
(57) J.S.A.L., 1868, p. 154 ibid., 1894, p. 172.
(58) M.S.A.L., 1886, p. 163.

 

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