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Le Pays des Baronnies - E. Ambroise (3/3)
 

 

Les notes de bas de page ont été ici renumérotées et placées en fin de chaque document.


Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain
1914-1919 et 1920

Le Pays des Baronnies.
Emile AMBROISE

TROISIÈME PARTIE (1).

Dans les deux premières parties de cette étude sur l'ancienne seigneurie de Turquestein, nous étions parvenus, à la fin du XVIe siècle, à l'époque du démembrement de ce grand fief messin, que possédait depuis 135 ans, la famille lorraine d'Haussonville. Le partage consommé en 1567, l'avait morcelé en trois seigneuries séparées mais chacune d'elles, conservait le titre de baronnie.
Nous avons suivi jusqu'à la fin de l'ancien régime, les deux premiers de ces petits états féodaux, la baronnie de  Lorquin et la baronnie de Saint-Georges. Il nous reste à parler de la troisième, celle de Châtillon.
Elle formait le lot des descendants de Gaspard d'Haussonville, et s'étendait sur les localités de Cirey, du val de Bonmoutier, de Petitmont, d'Ibigny, d'Harbouey, et sur le grand massif de forêts compris entre les deux ruisseaux qui forment la Vezouse, depuis la roche de Châtillon jusqu'aux abords du Donon. Tous ces villages sont de langue française. Ils étaient demeurés français, même après 1871. Pour cette raison, ils viennent de subir cruellement les effets de la grande guerre. Entre eux et, les autres parties de la seigneurie primitive, où l'idiome alsacien est plutôt en usage, ont été bien souvent tracées au cours des âges, des limites, voire des frontières que prétendaient fixer pour jamais les hautes pierres qu'on retrouve encore ça et là dans la forêt. La dernière, celle des bornes blanches que, depuis 47 ans, nous ne franchissions jamais sans tristesse, n'a pas duré plus que les autres. Elle n'est déjà plus que le témoins caduc de la ruée germanique, qui vient de se briser sous nos yeux. (2)

I. La Baronnie de Châtillon. - Famille de Nettancourt.

Les deux filles de Gaspard d'Haussonville, en faveur desquelles, lors des partages de 1567, avait été créée la baronnie de Châtillon (3), étaient Anne d'Haussonville mariée en 1539 à Georges de Nettancourt, et sa soeur Marguerite, femme de Jean II du Châtelet, qu'elle épousa après 1544. Ce partage avait laissé subsister entre les deux familles une indivision, qui ne prit fin qu'en 1607 et 1611, par de nouveaux accords. Nous savons déjà qu'à la suite du premier, les petits-fils de Georges de Nettancourt, Jean V et son frère Henry (4) aliénèrent leurs parts au profit du comte François de Vaudémont, tandis que leur oncle, Jean-Philippe, conservait la sienne mais à l'état d'indivision avec le prince lorrain (5).
Le second accord, celui de 1611, détermine et sépare définitivement les deux lots. François de Vaudémont reçoit Harbouey et Petitmont, qu'il réunit aussitôt à ses baronnies de Lorquin et Saint Georges. Nous en connaissons déjà la destinée. René et Érard du Châtelet prennent Cirey, où nous les suivrons bientôt Jean-Philippe de Nettancourt conserve le val de Bonmoutier et le château de Châtillon, auquel reste attaché le titre de baronnie. (6) Il transmet l'un et l'autre à son fils Gabriel-Siméon, qui, moins attaché au manoir familial, devait terminer sa carrière à Paris en 1661, laissant un fils, François-Siméon, capitaine au régiment des gardes du prince de Vaudémont, mais qui mourait prématurément en 1669, tué en duel au cours du siège d'Arras. Cet événement paraît avoir gravement amoindri la famille de Nettancourt-Châtillon dans le pays des baronnies. L'année même où disparaissait François-Siméon, son château était mis en vente par décret du Châtelet de Paris, très-probablement comme conséquence de la situation obérée, laissée par Gabriel- Siméon son père et, du même coup, ses descendants perdaient leurs droits au titre de barons de Châtillon.
Des cinq enfants de François-Siméon, Gabriel-Laurent, né d'ailleurs avant ces événements (1664) est le dernier auquel il ait été donné. Il n'a point d'ailleurs habité Châtillon.
Cependant, bien que dépossédés, les anciens seigneurs de Châtillon, n'ont pas quitté le pays. Par des alliances ou autrement, ils avaient acquis des biens dans le comté de Blâmont, à Foulcrey en 1592 (7), puis à Igney. C'est à Repaix qu'ils se retirèrent, dans le vieux manoir du XVIe siècle dont un artiste lorrain, l'architecte Morey a donné un dessin très connu (8). Un contact étroit avec les populations les y a retenus jusqu'aux derniers temps de l'ancien régime. Leur nom est répété plus de trente fois dans les actes paroissiaux de Repaix, Foulcrey, Igney Herbéviller, Blâmont, et enfin Lunéville, où les appelèrent leurs charges à la Cour. Leur vie familiale s'y déroule pendant un siècle, ainsi que la succession de leurs alliances avec les familles lorraines et résidantes aussi de Martimpré, Bannerot, Pindray, Sailly.
D'origine barrisienne (9), les barons puis comtes de Nëttancourt avaient de tout temps servi tantôt la France, tantôt la Lorraine. Dès 1426, l'un d'eux est bailli et gouverneur de Bar (10). En 1476, Vautrin de Nettancourt, alors que le Téméraire assiège Nancy, conserve à René II la forteresse de Vaudémont, où il reçoit la visite de son duc. Jean IV qui épouse en 1573 sa cousine, Ursule d'Haussonville (11), se distingua sous Henri III, puis à Ivry et à Fontaine-Française avec Henry IV. En 1633 le régiment de Nettancourt compte dans les rangs de l'armée que Richelieu et Louis XIII conduisent au siège de Nancy (12).
A la bataille de Seneffe, puis en Italie, sous Catinat, ils se distinguent en toute rencontre. Ils s'allient aux familles lorraines de Bassompierre, de Savigny, des Armoises et c'est ainsi que, dès le retour de Charles IV dans ses-États, et plus tard sous Léopold et Stanislas, ils exercent à la Cour ducale des charges importantes. Gabriel-Laurent (1664-1735) est capitaine aux gardes ; Nicolas-Adrian (1702-1782) au régiment du prince de Pons. Elisabeth- Charlotte, née à Lunéville le 7 juillet 1705, est tenue sur les fonts baptismaux par le duc et la duchesse dont elle porte les prénoms. Mme de Nettancourt est gouvernante de ses filles d'honneur (13).
Le dernier de leurs héritiers mâles qui ait habité ce pays, est Nicolas-Adrian, capitaine au service de France. Il mourut à Blâmont le 19 mai 1782, à l'âge de 80 ans. Deux de ses cousines, Catherine de Nettancourt, femme de Guillaume de Bannerot, et sa soeur. Marie ou Madeleine, comtesse de Sailly, y représentent encore à la même époque la descendance féminine des Nettancourt-Châtillon, et ce n'est qu'après leur mort (1780 et 1786) que peu à peu leur nom tombera dans l'oubli (14).

II. - Baronnie de Châtillon
Famille Regneauld et de Klopstein.


L'acquéreur du château et de la baronnie de Châtillon, lors de la vente forcée de 1669, fut Jean Huin, écuyer, ci-devant chancelier et lieutenant-général au bailliage de Vic, où siégeait, comme nous l'avons vu (15), la justice ou cour féodale de l'évêque de Metz, pour l'ensemble de ses vastes enclaves en terre lorraine. Pris dans la bourgeoisie locale, les magistrats de ce tribunal qui recevaient des épices et cumulaient des fonctions très diverses, ne s'interdisaient pas les affaires lucratives. Acquéreur le 15 mai pour 28.000 francs, Jean Huin revendait Châtillon le 2 octobre à la comtesse de Linange-Réchicourt pour 35.000 francs barrois (16).
Celle-ci ne le conserva que peu de temps. Elle le cédait le 7 octobre 1676 à Nicolas Regneauld.
La famille Regneauld (17) avait été anoblie par le duc Charles IV pour les services que ses membres, comme receveurs et gruyers du domaine de Rosières, avaient rendus au cours de la période des guerres. Devenus propriétaires et barons de Châtillon, Nicolas et ses successeurs ne l'ont plus quitté; et, par leur présence constante dans la contrée, y ont acquis et conservé jusqu'aujourd'hui une influence légitime et des sympathies reconnaissantes, Leurs alliances les rattachaient à de vieilles familles lorraines : Haxaire, Reboucher, Mortal. Joseph-Claude Regneauld fut, en 1709, capitaine au régiment des gardes de Léopold qui le reconnut comme baron de Châtillon (18). Même à l'époque révolutionnaire, Charles-Gabriel n'abandonnait pas son manoir. C'était un vieux soldat qui, d'après le signalement minutieusement établi par le Comité de surveillance de Blâmont, portait au front une cicatrice double. En dépit des dénonciations véhémentes qui prétendaient le rendre responsable de l'émigration de son frère, il vécut retiré « dans sa maison isolée au milieu des bois », protégé plutôt qu'inquiété par la surveillance qu'avait établie (19) « sur ce partie de la montagne », le procureur syndic de Blâmont, son ami et son conseiller.
Mais, au commencement du XIXe siècle, il ne restait de la famille Regneauld qu'une fille, Joséphine-Gabrielle, qui épousait en 1835 le baron Antoine-Louis-François de Klopstein.
Dès la fin du XVIe siècle, François Clopstain est prévôt de Marsal, où il possède un fief appelé la Cour douaire. Cette famille, d'origine allemande (20), s'était réfugiée en Lorraine au cours des guerres religieuses, afin d'échapper, lisons-nous dans les archives du château de Châtillon, à la tyrannie luthérienne. Mathias se distingue par sa ferme attitude lors de l'attaque de Blâmont par l'armée des Reîtres en 1587 (21). Enfin Jean, en 1638, consacre et paye de sa vie, la juste renommée qu'attache à son nom l'héroïque défense de cette ville et de son château contre Bernard de Saxe-Weimar et les Français.
C'est ce même nom, entouré des mêmes respects, que portait encore 278 ans plus tard le baron dé Klopstein, ancien commandant de cavalerie. Le 4 août 1914, il tombait mortellement atteint par une balle allemande, alors que, d'une fenêtre de son château, il observait l'avance de l'ennemi.

III. - Baronnie de Cirey-en-Vôge, Famille du Châtelet.

René et Érard du Châtelet qui, avec Jean-Philippe de Nettancourt, partageaient en 1611 le domaine de Châtillon, appartenaient à la branche de cette famille, dont les membres s'intitulaient de préférence barons de Thons (22). Jean II qui vivait en 1562, était devenu gouverneur de Langres. Il prenait les titres de souverain de Vauvillars, baron de Thons et de Châtillon-en-Vôge. Erard qui mourut en 1635 âgé de 86 ans, y ajoutait celui de seigneur de Cirey-en-Champagne (23). De ses neuf enfants devait sortir une lignée, féconde, où figure son fils Érard, qui nous a laissé le récit de ses tentatives infructueuses pour la délivrance du duc Charles IV, alors enfermé à Tolède. Mais cette branche des du Châtelet n'appartient guère à l'histoire de Lorraine que par l'un de ses membres, Florent- Claude que nous retrouverons à Lunéville en 1735 et à Cirey-sur-Vezouse en 1748.
C'est René, chef de la branche aînée, qui, lors du démembrement en 1611 de la baronnie de Châtillon, eut en partage Cirey-en-Vôge et les forêts voisines (24). Il affecta le titre de baronnie à ce chef-lieu des terres qui composaient sa part (25), laissant celui de seigneur de Châtillon à Jean- Philippe de Nettancourt, auquel échut le château. A sa mort, survenue eu 1617, son fils Antoine s'intitula donc marquis du Châtelet, seigneur de Thons et baron de Cirey-en-Vôge. Après lui Pierre, puis Pierre-Denis et René-François portèrent les mêmes titres, et résidèrent effectivement dans leur domaine vosgien, ainsi qu'en font foi les registres paroissiaux (26).
Ils eurent des charges importantes à la Cour de Léopold.
Pierre-Denis y fut chambellan et capitaine aux gardes.
Mais nous avons surtout des renseignements sur René-François (1668-1755) qui, plus que les autres, a joué un rôle important dans les affaires lorraines, et a laissé, étant mort à Blâmont, un souvenir durable dans la contrée (27).

IV. René du Chatelet, marquis de Grandseille

René-François, né en 1689, était à 19 ans (1708) capitaine dans les troupes du prince Charles de Lorraine (28). En 1710 il épousait à Cirey une Irlandaise d'une grande beauté, bien que beaucoup plus âgée que lui, Catherine Flèming (29), dont il semble que la noblesse ne fût point aussi incontestée que la sienne, car on avait eu recours à un expédient pour en obtenir la confirmation authentique. A ce moment vivait en France, au château de Saint-Germain-en-Laye, le dernier des Stuarts, Jacques III. Il y tenait une sorte de cour. On avait sollicité et obtenu de ce souverain déchu, une reconnaissance des titres de Catherine Fléming. Il attesta qu'elle était descendue de l'ancienne et noble famille des milords de Slaves, dans le royaume d'Irlande, connue en ce pays depuis plusieurs siècles (30).
Mme du Châtelet se montra très attaché à sa baronnie de Cirey. Mais elle était petite. Le village, réduit depuis les guerres à une cinquantaine de pauvres habitants, n'avait nulle importance. Les forêts seules conservaient quelque valeur. Soixante ans plus tard, on les estimera 240.000 francs. Patiemment et pendant 12 ans, M. du Châtelet s'appliqua à arrondir son domaine., et en 1723, il jugeait le moment venu de demander au duc Léopold de l'ériger en marquisat, sous le nom de Grandseille. Dans le même temps, M. de Beauvau, son voisin dans le pays des Baronnies, poursuivait le même dessein pour la terre d'Haroué (31). L'élévation d'une seigneurie au rang de marquisat, exigeait alors des possessions territoriales importantes, mais surtout la concession de certains droits réguliers qui donnaient au titulaire une place privilégiée dans la noblesse du pays. C'est le but qu'atteignit M. du Châtelet par une longue série d'acquisitions, et plus encore par l'effet des faveurs du prince. Mais l'excès même de ces faveurs devait provoquer des protestations, et, dès la mort de Léopold, des mesures de répression d'où sortit bientôt le démembrement du marquisat, puis l'exode de la famille du Châtelet, amoindrie et humiliée. Ces vicissitudes, aggravées par l'intervention de l'État français, dépassent, nous semble-t-il, la portée des intérêts particuliers qu'elles atteignirent, nous découvrant divers aspects de la vie sociale et politique du temps.
Nous dirons donc quelques mots de l'existence éphémère du marquisat de Grandseille.
Grandseille est un hameau dépendant du village de Verdenal, terre infertile, où n'existait au XVIIIe siècle que la maison du fermier (32). L'élégant pavillon qu'on y voit aujourd'hui, est de construction plus moderne. Comme on ne pouvait installer en ce lieu désert un personnel administratif, c'est à Frémonville que s'établirent le prévôt, le procureur fiscal, le greffier, le tabellion. M. du Châtëlet avait acquis non seulement des terres, des étangs, des scieries, des bois, mais des cens, des rentes, des dîmes, des corvées et autres droits surannés. Le tout composait déjà un revenu de 7.000 livres. Léopold, sous couleur d'indemnité pour des bois situés en France que sur sa demande M. du Châtelet aurait renoncé à vendre, pour ne pas nuire aux salines de Rosières, y avait ajouté les ruines du château de Blâmont qu'illustraient les souvenirs de Jean Klopstein, des droits de justice haute, moyenne et basse, des usines, « le revenu desquels domaines peut monter à 2.500 livres, à cause de la grande dépense que le dit marquis du Châtelet y a faite ». Le duc, voulant lui donner des marques de son estime, et en considération de ce que ses ancêtres avaient sacrifié leurs biens et par conséquent de nombreuses terres et dignités, au service de ses prédécesseurs, et pour le soutien de ses États, où ils avaient toujours tenu des premiers rangs, érigea tout cet ensemble, l'éleva, illustra et décora en dignité, titre, rang et prééminence de marquisat, avec permission d'y joindre toutes autres acquisitions, dans le bailliage de Lunéville. Et ce n'était qu'un commencement. L'année suivante, il érigeait en fief, avec droit de haute justice les terres du marquisat acquises sur des particuliers, y attachant les droits de juridiction en matières personnelles, réelles, civiles ou criminelles dans les villages du domaine où M. du Châtelet ne les possédait pas encore, droits souverains qu'il déclara « désunir et démembrer de sa prévôté et gruerie de Blâmont, pour les attribuer aux officiers du marquisat, sauf appel. Comme faveur spéciale, il y ajoutait encore la dispense de tous droits fiscaux, et même la, remise de toute déchéance déjà encourue en vertu des ordonnances.
En résumé, Léopold, augmentait la modeste baronnie de Cirey, des terres équivalant à une très grande partie de la prévôté de Blâmont, et nanties, au préjudice de la souveraineté lorraine, des droits réguliers les plus précieux (33).
L'édit de 1722 autorisait M. du Châtetet à continuer ses acquisitions dans toute l'étendue du bailliage de Lunéville. Il n'y manqua point et, le 15 octobre 1726, il se faisait céder te village de Parux avec sa haute justice et la cense de Fléville à Harbouey (34). Quelque temps après, le duc l'autorisait encore a racheter à son profit personnel, des droits féodaux sur le village de Verdenal, qu'un ancien comte de Blâmont avait engagés à la fin du XIVe siècle (1392) au chapitre de Saint-Dié, lequel, depuis 400 ans, les avait incorporés à la partie de ses domaines qui conservait le vieux nom de prévôté de Chaumontois (35).
Enfin, un peu plus tard, on s'aperçut qu'il manquait encore au marquisat de Grandseille l'importante prérogative des droits de sceau et de tabellionnage. Ce fut l'objet d'un dernier édit du 19 août 1728 qui, poussant à l'extrême l'étendue des munificences princières, déclara que ces droits régaliers pourraient être perçus au profit du marquisat, même sur les actes reçus par les notaires royaux (36).
Le marquis et la marquise du Châtelet conservèrent les faveurs de Léopold jusqu'à sa mort. François III ne leur fut pas moins favorable. Lorsqu'il échangea son duché de Lorraine contre celui de Toscane, et confia au marquis de Beauvau la mission d'implanter et de faire accepter à Florence le gouvernement du nouveau grand-duc, M. du Châtelet le suivit dans cette ville, où il fit son entrée le 16 mars 1738, à la tête de 500 gardes lorraines (37). Il recevait bientôt après (1741) le titre de général major du grand-duc de Toscane, puis rentrait en Lorraine en 1743 pour se fixer définitivement à Cirey, où il semble bien que le soin de ses affaires, les soucis que lui donnait déjà le marquisat de Grandseille, et ses démêlés avec l'abbé de Domèvre, dont nous avons fait ailleurs le récit (38) aient absorbé la plus grande part de son activité.
Les registres paroissiaux nous révèlent qu'il eut de Catherine FIéming 7 ou 8 enfants. Mais; dès 1748, tous ses fils étaient morts prématurément, notamment l'ainé Luc-René, né en 1716 et qui avait été chambellan du grand-duc de Toscane. De ses filles, qui presque toutes reçurent le titre de dames d'honneur, il restait seulement Anne-Catherine, née le 21 janvier 1720, que Marie-Thérèse, grande-duchesse, puis impératrice, avait élevée à la dignité de dame de la Clef d'or. Seule survivante de cette grande famille, elle fut la troisième femme de François-Philippe duc de Marmier (39).
Le mariage fut célébré à Blâmont le 23 juillet 1748 (40); et, parmi les personnages qui y assistèrent, figure comme témoin, Florent-Claude du Châtelet, baron de Cirey-en- Champagne, grand bailli du pays d'Auxois et de Sarrelouis, commandant pour le roi dans les duchés de Lorraine et de Bar, sous les ordres du roi de Pologne (41), cousin de l'épouse. Ce grand personnage représentait alors la descendance d'une branche de la famille du Châtelet, dont l'auteur, Érard, avait reçu en 1611 une part dans la baronnie de Châtillon(42). Nous avons dit qu'il ne restait pas de traces de la présence dans le pays des Baronnies, et que, selon toutes probabilités, sa part avait été cédée a René, premier baron de Cirey-en-Vôge. Mais la venue de Florent-Claude au mariage de sa cousine n'était pas purement fortuite. Il est facile de pénétrer les raisons de sa présence en Lorraine (43).

V. - Florent-Claude du Châtelet, baron de Cirey-en-Champagne.

Né en 1695, d'abord mousquetaire du roi, puis colonel au régiment de Hainaut, Florent-Claude déjà grand bailli de Semur-en-Auxois, cumulait encore la charge surtout honorifique de grand bailli de Sarrelouis.
La création de cette province ou département de la Sarre où, plus que jamais se débat actuellement pour la France le grave problème de sa sécurité, était l'oeuvre, malheureusement éphémère, de la prévoyance de Louis XIV et du génie de Vauban. Leur pensée commune avait été de suppléer, par une puissante barrière militaire, à l'indispensable frontière géographique que la nature a refusée à la France, entre la Moselle et le Rhin. Mais après les amputations et les restitutions imposées par les traités de Nimègue et de Ryswick, il ne restait guère de la nouvelle province que la forteresse de Sarrelouis, et les quelques territoires épars dans la Lorraine, et l'évêché de Metz que le marquis du Châtelet administrait au nom du roi Louis XV (44). Comme il avait établi à Phalsbourg, à 15 lieues seulement de Lunéville, le siège de son gouvernement (45), ses rapports fréquents et officiels avec la Cour de Lorraine devaient naturellement y attirer, avec le gouverneur de la Sarre, sa femme, la savante et séduisante Gabrielle-Emilie de Breteuil, et l'ami commun qui, dès cette époque, avait lié son existence à celle de la marquise, Voltaire.
Voltaire étalait volontiers cette double et singulière amitié. Il s'en autorisait pour traduire, en même temps que les sentiments de celle dont il avait fait « la moitié de lui-même », ceux qu'il prêtait au mari complaisant, auquel il ne marchandait pas d'ailleurs une admiration enthousiaste (46). « M. et Mme du Châtelet, écrivait-il, vous font leurs plus tendres amitiés » et dix ans plus tard, 21 septembre 1749, au lendemain de la mort tragique de la marquise, dont il avait conduit le deuil aux côtés du marquis « Je vais, disait-il, passer-deux jours chez une amie de ce grand homme » (47). Exagération presque ironique que l'histoire n'a pas ratifiée, se contentant de voir en Florent-Claude du Chatelet, un brave officier, plusieurs fois blessé, mais surtout une figure assez particulière du grand seigneur de son temps.
On a de Voltaire une lettre écrite en 1734 dans un cabaret hollandais, sur la route de Bruxelles, où il devait retrouver la. divine Émilie (48), et de 1735 plusieurs autres datées du château de Cirey, dont les charmes lui faisaient écrire « Je ne demande qu'à vivre enseveli dans les montagnes de Cirey... Je vivrai là, ou dans un pays libre (49). » Comment s'étonner dès lors qu'en mai 1735, il ne se soit fait aucun scrupule de suivre la marquise à Lunéville, lorsqu'elle y fut appelée par son mari, et accueillie par la veuve de Léopold ? Le duc régnant, François III, resté presque étranger à son peuple par l'éducation allemande qu'il avait reçue à Vienne, hautain, parcimonieux et toujours absent, ne se souciait point, comme le fera plus tard le bon Stanislas, d'ouvrir dans son château, dont il avait expulsé les courtisans, un libre asile aux écrivains persécutés. C'était donc à la marquise qu'était offerte l'hospitalité de Lunéville, beaucoup plus qu'à l'auteur des Lettres philosophiques, que commençait à inquiéter, pour lui-même, le sort de son livre brûlé cette année même par les mains du bourreau. Cependant Voltaire se complut délibérément à mener à Lunéville une vie de parasite, puisqu'il en a tracé lui-même, avec plus d'esprit que de dignité, ce tableau suggestif « Me voici dans une cour sans être courtisan j'espère vivre ici comme les souris d'une maison, qui ne laissent pas de vivre gaiement, sans jamais connaitre le maître, ni la famille. Je ne suis pas fait pour les princes, encore moins pour les princesses (50) ».
Lorsque plus tard, en 1748 et 1749, Voltaire accompagna de nouveau la divine Emilie à Lunéville, le marquis Florent-Claude, en pleine possession des faveurs du roi de Pologne, vivait à sa Cour avec le titre de grand maréchal des logis, aux appointements de 2.000 écus, partageables entre le mari et la femme (51), dont les amis anciens et nouveaux, Voltaire déjà vieilli et le jeune Saint-Lambert, y recevaient comme le mari le plus large et plus bienveillant accueil.
C'est à l'époque de ces derniers séjours à Lunéville que Voltaire put se rendre à Cirey-sur-Vezouse. Une tradition répandue veut qu'il y ait fait des visites au marquis de Grandseille, et lui ait donné ses conseils pour !a mise en valeur des forets. Cependant René-François du Châtelet savait, nous le verrons, défendre son bien, et, comme ses prédécesseurs, gouverner sévèrement ses domaines. Dans le vieux manoir de Cirey, on montrait encore, il y a cinquante ans, la chambre où le philosophe aurait écrit, croyait-on, quelques-unes, de ses lettres. Henri Lepage, qui a partagé cette erreur, l'a rétractée depuis, avec sa conscience habituelle (52). C'est du luxueux château de Cirey-en-Champagne, résidence ordinaire de son amie, que Voltaire a pu écrire en 1736 « Voilà ce que je dis à Emilie dans les entresols vernis, dorés, tapissés de porcelaine (53) », ou bien « Des terrasses de cinquante pieds de large, des cours en balustrades, des bains de porcelaine, des appartements jaune et argent, des niches en magots de la Chine, tout cela emporte bien du temps (54) ». Mais il n'existait rien de pareil dans le triste château de Cirey-en- Vôge. On ne trouve même pas, dans ce qu'il en reste, une trace intéressante d'architecture. Le marquis de Grandseille s'en contentait cependant; et, c'est dans cette vieille demeure qu'il a pu recevoir accidentellement son cousin Florent-Claude, sa femme et le philosophe qui s'attachait à leurs pas. Mais l'examen de la correspondance de Voltaire ne permet pas de supposer qu'il y ait écrit aucune de ses lettres datées de Cirey.
Après la mort du marquis de Grandseille (1755), Florent-Claude se trouva le chef de la dernière branche survivante des du Châtelet, qui s'éteignit bientôt elle-même avec Florent-Louis, son fils (55). Ce dernier, député de la noblesse aux États généraux, colonel des gardes françaises, à la tête desquelles il défendit les Tuileries à la journée du 10 août. Arrêté bientôt après, il mourait sur l'échafaud le 13 décembre 1793. Sa femme, courageusement défendue devant le tribunal révolutionnaire, par la duchesse de Grammont, subissait le même sort en 1794 (56).
Leur fille, Marie-Gabrielle-Pauline, née en 1726, mariée à Alphonse duc de Monténégro, mourut à Naples, où son épitaphe a été retrouvée en 1887 (57). Ainsi s'est éteinte la famille du Châtelet (58).

VI. - Démembrement du marquisat de Grandseille

La baronnie de Cirey et le marquisat de Grandseille devaient être pour leurs possesseurs une source de soucis, de contestations et de débats irritants.
Nous avons rapporté ailleurs les péripéties du grand procès que le marquis eut a soutenir pendant 22 ans, et pour l'époque ce n'était pas un très long procès contre l'abbé de Domévre, qui lui disputait la possession d'un canton de forêts presque abandonné depuis les guerres du siècle précédent (59). A ce moment même il allait prendre à Florence le commandement des troupes lorraines, et laissait à la marquise la tâche, qu'elle accepta très vaillamment, de défendre ses. intérêts devant le parlement de Metz.
Mais à la mort de Léopold, avait commencé avec l'Etat lorrain une série de démêlés qui mettaient, en question l'existence même du marquisat, et dont il ne devait sortir qu'amoindri et presque démembré.
On sait qu'au lendemain de la mort du duc Léopold, le 14 juillet 1729, un édit de la duchesse régente révoqua, d'un trait de plume, toutes les aliénations de biens ou droits domaniaux qu'avait consenties le feu duc depuis son retour en Lorraine. Le souverain,- affirmait le droit public de l'époque - peut toujours reprendre ce qu'il a donné..Grave mesure qui, si elle visait surtout la famille de Beauvau, contre laquelle la duchesse pouvait nourrir de justes ressentiments (60), allait atteindre bien plus gravement encore les libéralités qu'avait reçues M. du Châtelet. M. de Beauvau avait réussi à trouver ou les thèses juridiques, ou les hautes influences qui en définitive, et après un siècle, devaient confirmer sa petite-fille la princesse de Poix dans la possession de la baronnie de Saint-Georges. Il avait prouvé que ce démembrement de l'antique seigneurie de Turquestein était une terre française, que Léopold n'avait pu posséder que comme particulier, et non comme souverain, et que, par conséquent, l'ayant donnée, il ne pouvait la reprendre. Au contraire, toutes les terres que Léopold avait démembrées de la prévôté de Blâmont en faveur du marquisat de Grandseille étaient lorraines, inaliénables. Après les avoir données, le duc ou ses successeurs pouvaient-les reprendre à leur gré. De cette théorie du despotisme, dans les rapports du souverain avec ses sujets, à celle du chiffon de papier, dans les rapports des Etats entre eux, il n'y avait qu'un pas celui que, de nos jours, François-Joseph, arrière-petit-fils de Léopold, a fait franchir en Belgique par son artillerie autrichienne.
M. du Châtelet subit donc les effets de l'Edit de réunion. Seulement son exécution paraît n'avoir été que mollement poursuivie par le duc François III plus mollement encore par Stanislas. Le bureau de réunion, dès le 22 juin 1730, avait trouvé un biais pour laisser à M. du Châtelet la possession d'une grande partie du marquisat (61). Elle la lui laissait à titre d'acensement Puis, le duc, par lettres patentes, lui faisait remise de la redevance de 200 francs moyennant laquelle l'acensement avait été consenti. On trouve aussi, en 1740, un arrêté du Conseil des finances qui, sans tenir compte de la révocation de 1729, confirmait l'ordonnance de l'année précédente, par laquelle le marquisat avait été doté des droits régaliens de sceau et tabellionnage (62). Enfin, en 1753, Stanislas attribue ouvertement à M. du Châtelet et à sa femme, une rente annuelle de 3.000 francs, pour les dédommager de la réunion au domaine des biens que l'arrêt de 1740 n'avait pu soustraire à la restitution (63).
La mort de Stanislas et la réunion définitive de la Lorraine à la France devaient couper court à ce régime de bienveillance et d'atermoiements, qui, depuis trente ans, tenait en échec la rigueur des édits. En 1768, M. de Marmier, ayant prétendu continuer l'exercice de ses droits de sceau et de tabellionnage, se heurtait à l'administration française et à cette Chambre de réunion installée à Metz depuis 1633, qui n'avait cessé de poursuivre, avec une âpreté croissante, ce qu'on appelait la restitution des droits de la couronne. Le dénouement fut brusque. Moins d'un an après, était rendue une sentence définitive, qui consacrait l'écroulement de toutes les prétentions du marquis et l'abolition de tous ses droit régaliens.
Les théories absolutistes de cet arrêt sur l'effet des volontés et même des caprices souverains, le ton sur lequel elles sont affirmées, la sévérité incisive, presque violente, de son jugement sur la famille du Châtelet, en font un document d'histoire. On y prend sur le vif la raideur et l'intransigeance du régime français, appliqué sans ménagements, après la période indécise du règne de Stanislas, au duché de Lorraine, devenu province conquise. Il est même difficile de ne pas voir dans la rigueur voulue de ses termes, comme une revanche avidement exploitée des agents du roi, roturiers ou magistrats de petite noblesse, sur les gentilshommes titrés, que les faveurs princières plaçaient trop souvent au-dessus des arrêts de Cours réputées souveraines. On en jugera par ces quelques extraits (64) L'héritier bénéficiaire du marquis du Châtelet est sans droit pour les droits de sceau et de tabellionnage. Tout a été révoqué et mis à néant par l'édit de 1729. Tout a été compris dans la réunion de cet édit. et tout est rentré dans la main et puissance du domaine du roi. En vain on invoque l'arrêt du conseil du 23 avril 1752, lequel ordonne l'exécution de celui de 1728. Mais cet arrêt n'avait plus ni force, ni teneur, ni consistance, ni existence. Il était mort et ne pouvait plus avoir d'effet par l'édit de 1729. Il ne pouvait suffire pour entraîner la privation de droits régaliens, et ôter au roi ce qui est attaché & la Couronne et à son domaine. - Le marquis du Châtelet a omis de parler, dans sa requête au Conseil, de l'Edit de réunion de 1729, laquelle omission et réticence dolum redolet. En passant cet Edit sous silence dans sa requête, il a voulu surprendre, en cachant et supprimant la vérité du même édit, et de la réunion des droits domaniaux et utiles y portés. On ne.peut empêcherun prince de retirer les bienfaits, sa voplonté sert de loy; et le marquis du retirer se trouvant dans la clause de ceux dont le marquis du Châtelet se trouvant dans la clause de ceux dont les bienfaits ont été retirés, en conséquence de t'édit de 1729, il suit de la que la prétention de son héritier est mal fondée. Car de quel oeil peut-on regarder la jouissance par usurpation, puisqu'il ne s'est pas fait confirmer dans ses droits par le duc François. En conséquence, les Commissaires cassent l'arrêt du Conseil des finances de 1752, les arrêts d'enregistrement des deux cours qui ont suivi, lesquels sont déclarés nuls, subreptices et obreptices. En conséquence, tous les actes. seront à l'avenir reçus par notaires royaux et scellés du scel royal, à peine de dommages-intérêts contre le seigneur et son notaire.»
On conçoit aisément que M. de Marmier ainsi malmené par les Commissaires du roi, dépossédé de la plus grande partie de son marquisat et des privilèges qui faisaient toute la valeur de ce titre, ait ressenti de l'arrêt de 1769 une profonde amertume et n'ait plus songé dès lors qu'à se défaire d'un bien qui n'était plus pour lui qu'une cause d'humiliation. D'ailleurs, s'il possédait quelques terres en Lorraine (65), il appartenait à la noblesse de Franche- Comté. A la mort du marquis du Châtelet, il avait fait sculpter ses armes au-dessus de la porte du manoir de Cirey (66) mais dès 1756, il avait déjà vendu l'hôtel seigneurial de Blâmont (67). Dès qu'il connut l'arrêt de 1769, il aliéna la baronnie de Cirey, avec ses 10.000 arpents de forets (68), à Pierre-Gabriel Launoy, écuyer, seigneur de Tichermont, dont la veuve et les enfants, qui n'y résidèrent pas, le recédèrent, le 29 décembre 1781, à M. Arnould de Prémont, pour 280.000 livres (69).
On trouve encore en 1772 les actes de foi et hommage de M. de Marmier pour ce qui lui restait du marquisat de Grandseille (70). Mais en 1777 Gogney, Remoncourt, l'étang de Gresson sont déjà entre les mains d'un sieur Stock. La terre de Grandseille avait eu le même sort. Stock, ou l'un de ses successeurs, !a vendit, bientôt au fermier qui la cultivait. Enfin elle, fut acquise par Louis-Nicolas Mathis, conseiller au baillage de Dieuze, dont les descendants la possèdent encore aujourd'hui. Ce fut donc un démembrement général. La révocation des largesses de Léopold, prononcée après sa mort par l'Edit de 1729, avait entraîné la destruction totale du grand domaine seigneurial patiemment édifié par René-François du Châtelet, et l'exode d'une famille qui, pendant plus de 200 ans, avait habité le pays des Baronnies.

VII. - M. de Prémont, dernier baron de Cirey-en-Vôge

Il nous reste à suivre pendant quelques années encore, c'est-à-dire jusqu'à la Révolution, la baronnie de Cirey, vendue en 1781, pour le prix de 280.000 livres de France ou 361.660 livres de Lorraine. L'acquéreur, qui devait être le dernier baron de Cirey, était Joseph-Sigisbert-Arnould, seigneur d'un fief appelé Prémont (71), que Léopold avait concédé à son père, gentilhomme ordinaire du duc. Ancien officier de dragons, il s'était marié à 17 ans à Marie-Thérèse-Marguerite Mortal (72), d'une vieille souche lorraine au passé fort honorable, mais plus âgée que lui de trois ou quatre ans. Des questions d'intérêt les avaient profondément divisés. Pour acheter Cirey. M. de Premont avait prétendu vendre un bien que sa femme possédait à Saint-Germain au baillage de Châtel (73), à quoi celle-ci et sa mère s'étaient violemment opposées. Une séparation de biens, un procès en nullité de mariage, une séparation de corps, puis après la Révolution un divorce, devaient livrer à la malignité publique les phases prolongées de ces dissentiments familiaux. Mme de Prémont avait refusé d'habiter Cirey où, disait-elle, les vernis empestaient l'air. Malade, elle avait réclamé en justice à son mari « homme furieux, sous les coups duquel elle va périr », les subsides nécessaires pour aller aux eaux, et ensuite à Strasbourg, où les soins du célèbre Cagliostro, alors en possession d'une vogue universelle, lui étaient indispensables (74). Ces débats retentissants contribuaient à mettre en défiance contre leur nouveau seigneur les sujets de la baronnie. M. de Prémont ne fit rien pour recouvrer leurs sympathies. Non seulement il n'adoucit pas les rigueurs administratives dont ses prédécesseurs avaient été coutumiers, mais il prétendit faire revivre tout un régime de redevances féodales, dont l'exercice était depuis longtemps impossible, dans un pays qui ne s'était point encore relevé des misères du siècle passé. Déjà un des ancêtres du marquis du Châtelet avait tenté de lever des tailles, tombées en désuétude depuis les guerres. Il avait voulu tirer de Cirey, réduit à 42 habitants, les 433 francs de redevances que le village payait, quand il en comptait plus de 100; et la Cour féodale de Vic, gardienne obstinée des privilèges seigneuriaux les plus surannés, lui avait donné raison. Les habitants avaient dû porter leurs doléances devant le parlement de Metz, investi par la France d'un droit souverain de contrôle sur les justices seigneuriales. Ils avaient obtenu que la taille fut réduite à 300 francs. Or, M. de Prémont avait entrepris de rétablir cet impôt dans un village qui ne comptait encore en 1788 que 18 laboureurs. Il avait fait sien cet argument, que jadis Pierre du Châtelet avait produit devant le Parlement, que « bien éloignés que les habitants fussent fondes à se plaindre, ils avaient lieu de s'en louer, puisque bien qu'en moins grand nombre, ils jouissaient des mêmes terres (75) ». Il ne disait pas que ces terres avaient été dévastées. Il ne disait pas surtout, qu'il s'en était approprié une grande partie par le jeu des plus étranges et des plus contestables pratiques du droit féodal. En effet, vers 1722, le même Pierre du Châtelet avait fait procéder a un remembrement des terres de Cirey; et les détenteurs n'ayant pu, pour la plupart, produire des titres de propriété, il s'était emparé, sous couleur de droit de déshérence d'un tiers du village, profitant de ce que « le malheur des temps, le modique rapport des terres... ou la bonne foi qui régnait alors dans les campagnes, avaient rendu rares les titres de propriété ». Il en était résulté que beaucoup d'habitants n'ayant même plus de maisons, étaient réduits à louer un logement et quelques terrains pour y planter des pommes de terre, ou à louer leurs services pour les travaux de la moisson et le charroi des bois. Malgré tout, dès le Carême, il leur fallait recourir au boulanger. L'élevage des porcs procurait à peu près l'argent nécessaire pour payer le maréchal et le charron, l'avoine payait les impôts, et« la quenouille des femmes pendant l'hiver était l'unique moyen d'élever et nourrir de pauvres enfants ». Tel est le tableau que la Communauté de Cirey faisait de sa détresse à l'assemblée provinciale de Metz en 1788 (76). Sans nul souci du fait brutal de cette misère, M. de Prémont maintenait ses prétentions féodales. Il restait en possession des bois que la famille du Châtelet avait repris à la Communauté, ne laissant à chaque habitant que deux ou trois cordes pour son chauffage. II faisait revivre l'antique taille de Saint-Remy, dont on ne parlait plus depuis trente ans dans les baronnies voisines, ni dans le reste de la province. Au temps des corvées, il n'accordait qu'une livre et demie de pain pour toute la nourriture d'un laboureur et de son domestique, sans que, faute d'argent, les sujets pussent se racheter de cette servitude humiliante. Il avait dépossédé de leur modeste charge les bangards, élus de temps immémorial par la Communauté, pour mettre à leur place ses propres domestiques, ses gardes, ses jardiniers, et tirait ainsi des exactions de ses gens, auxquels il abandonnait une part des amendes, un revenu de 600 francs. Cependant il ne voulait contribuer en rien aux charges publiques, fontaines, chemins, ponts. Il ne payait même pas le luminaire de l'église, ni le chantre, ni les gens de service. « II n'est pourtant pas juste, s'écriaient les gens de Cirey, que le pauvre sujet soit toujours obligé de faire tout lui seul »; et nous abrégeons le récit de leurs plaintes. Quelle que soit la part d'exagération qu'il convienne d'en retrancher, les faits incontestables qu'elles révèlent, laissent l'impression pénible d'une tyrannie tracassière et avide, s'exerçant sur une population pauvre, qu'on n'a jamais aidée à réparer ses ruines, et sur laquelle on s'obstine à faire peser la gène et l'humiliation de droits féodaux tombés en désuétude, sans aucun souci des devons et des obligations qui les avaient autrefois justifiés.
M. de Prémont devait donc subir les effets de l'impopularité qui s'attachait à lui comme particulier et comme seigneur. Il avait cependant accueilli les idées libérales. Il avait été délégué de la noblesse aux États provinciaux de 1787, membre de l'administration départementale en 1790.
Avec l'aide de ses domestiques il avait tenté d'empêcher le sac de l'abbaye de Haute-Seille. Mais les démêlés judiciaires qui s'agitaient entre sa femme et lui, laissaient prévoir une vente prochaine, bien faite pour allumer les convoitises. Se sentant inquiété et menacé, il partit à Strasbourg en alléguant l'état de sa santé. C'était assez pour le rendre suspect d'émigration. Ses biens, portés sur la liste des citoyens absents, furent bientôt séquestrés. Bathelot, juge et gruyer de la baronnie, dut se défendre, non sans peine, d'avoir fidèlement servi, les intérêts d'un maître qui était, déclara-t-il pour sa défense, dans le sens de la Révolution (77). Une loi du 8 avril 1792 ouvrait dans chaque mairie un registre où se dressait, sur les déclarations de tout intéressé, un minutieux inventaire de tout ce que pouvait posséder l'absent (78). Nous savons par là que M. de Prémont redevait 50.000 francs sur son acquisition de la baronnie que sa soeur Ursule et M. de Turique, colonel en Toscane, étaient ses créanciers qu'il n'avait pas eu le temps avant son départ de payer ses gardes, ses domestiques, un boucher, un tailleur qui réclamait le prix d'une culotte de velours mordoré et d'un gilet de basin blanc. Les spéculateurs avides de ce bien contesté n'eurent pas de peine à en obtenir la vente. Mais ils allèrent trop vite. Une adjudication hâtive fut annulée, pour n'avoir pas assuré les droits justifiés de M. de Prémont, qui se montaient à 78.000 livres. Puis le dossier se perdit, accident qui en ce temps-là causait encore en haut lieu une légitimé émotion. On a les réclamations sévères de la Commission des revenus nationaux, et les réponses embarrassées du directoire de Blâmont (79). Et, d'ailleurs, M. de Prémont était-il réellement un émigré ? Strasbourg où il s'était retiré était en France comme aujourd'hui. Une enquête sur sa résidence véritable n'aboutit pas; seulement ceux que l'on interrogea étaient presque sûrs qu'il ne reviendrait pas dans le pays où il n'avait que des ennemis (80). De là des hésitations dont le zèle des spéculateurs eut quelque peine à triompher, et qui prolongèrent jusqu'à l'an IV l'agonie de là baronnie de Cirey. Enfin un mobilier estimé 18.000 livres fut vendu pour 4.132 francs; puis vint le démembrement des 380 jours de terre et des, 8.000 arpents de forêts, non compris les droits contestés sur les bois communaux (81) ; enfin la mise aux enchères de deux maisons, l'une avec volière et potager, l'autre à plusieurs logements, serre, charmilles, verger et parterre, avec un clos de 53 jours.
Ce démembrement définitif n'en reste pas moins inexplicable, car M. de Prémont n'avait pas émigré. Cependant c'est en l'an X seulement (1802) qu'il réussit à se justifier et à obtenir sa radiation: On lui rendit quelques débris de ses biens, qui n'avaient pas encore trouvé acquéreur; mais il ne reparut pas à Cirey. On le voit en 1810 réfugié quelque temps au village de Parux, et l'on sait qu'il mourut à Paris en 1819 (82).
Si c'est la tempête révolutionnaire et ses terribles conséquences qui ont dispersé les derniers, lambeaux de la seigneurie de Turquestein, il faut remarquer que ces événements n'ont fait que hâter une chute préparée depuis longtemps par les transformations politiques et sociales. Les derniers du Châtelet et surtout M. de Prémont n'avaient plus de la puissance féodale que de vaines apparences; et de ses profits autrefois légitimes, que des droits pécuniaires devenus odieux et justement contestés.
Ainsi à la fin de notre étude nous avons trouvé pour la première fois dans des documents d'archives un tableau quelque peu vivant de la vie sociale et de la condition des sujets. Nous avions vu, traversant les Baronnies, les rustauds et les reîtres du XVIe siècle, les Suédois du XVIIe sièc!e semant derrière eux la ruine du pays, sans rencontrer la trace d'un effort quelconque persistant des seigneurs pour réparer des misères qui ne les atteignaient. que de loin, et dont les faveurs princières les indemnisaient suffisamment. De siècle en siècle, l'antique seigneurie de Turquestein s'était amoindrie, désagrégée, démembrée. Passée successivement aux mains de cinq ou six familles lorraines, ce n'est, pas des plus illustres que lui étaient venus l'aide, le soulagement, le progrès. La fin de cette baronnie de Cirey, survivant, seule, si l'on en excepte Châtillon. à la décomposition de. l'héritage des d'Haussonville, laisse l'impression d'une chute inévitable, à peine accélérée par le souffle révolutionnaire et les torts de son dernier seigneur. On s'était partagé et repartagé le pays des Baronnies on avait, exploité la richesse de ses forêts, on n'avait rien fait pour ses habitants. La France elle-même, qui - au moins depuis 1766 - aurait pu y introduire des principes d'ordre et d'unité, n'avait pas tenté de réunir, sous une administration unique, les terri toires lorrains qu'elle venait d'acquérir et les enclaves messines qui, depuis le Xe siècle, les pénétraient de toutes parts.
Cette histoire du pays des Baronnies n'est donc qu'un des aspects de la déchéance progressive d'un régime qui, depuis près d'un siècle, courait inévitablement à la ruine.

E. AMBROISE

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(1) Cf B S.A.L., 1914, p. 130-147.
(2) Le manuscrit de cette notice, dont le Bulletin devait achever la publication en 1914, a disparu dans le pillage et l'incendie du hameau de Norroy. Il a dû être refait sur des notes et de nouvelles recherches, qui n'ont restitué qu'une partie des documents perdus, notamment de ceux qu'avaient fournis les riches archives de Cirey et de Chatillon, enlevées par les Allemands. On voudra bien accueillir avec quelque indulgence cette refonte très imparfaite.
(3) B.S.A.L., 1914, p. 25.
(4) Henry de Nettancourt, baron de Vaubécourt, chef de la branche Passavant-Neuville. Voir sur lui Doc. sur l'hist. de Lorr. 1864. p. 242-243.
(5) B.S.A.L. 1914,p. 132.
(6) Actes sur la baronnie de Chatillon, dans J.S.A.L., 1894, p. 44.
(7) Foulcrey, ancienne Meurthe, Sarrebourg, Réchicourt,;voir LEPAGE, Communes Meurthe.
(8) Igney et Repaix, M.-et-M., Lunéville, Blâmont.
(9) Leurs armes sont de gueules au chevron d'or.
(10) J.S.A.L., 1891, p. 41 et ss.
(11) Cf. B.S.A.L., 1914 p. 25..
(12) PFISTER, Hist. de Nancy, t. III, p. 26.
(13) BAUMONT, Études sur le règne de Léopold, p. 252.
(14) Tableaux généalogiques, A. B. C., de l'appendice.
(15) B.S.A.L., 1914, p. 136
(16) J.S.A.L., 1894, p; 45.
(17) D'argent au chevron d'azur, accompagné de 3 étoiles de gueules posées 2 et 1 ; au chef de même, chargé d'un lion léopardé d'or.
(18) LEPAGE, Communes Meurthe ; t. I, p. 503, t. II, p. 505.
(19) Voir: Les derniers seigneurs du district de Blâmont, dans Mém. Acad. Stan. 1913-14, et Arch. M.-et-M., Q. 1035.
(20) La famille de Klopstein porte : D'or M la fasce d'azur, accompagnée en chef de lionceaux naissant de sable, et en pointe de 2 mais frappantes avec des pierres qui lancent des flammes.
(21) LEPAGE, Communes Meurthe, t. I, p. 103 et 250.
(22) Les Thons, Vosges, Neutchâteau, Lamarche.
(23) Cirey-en-Champagne ou sur Blaise, Haute-Marne, Wassy, Doutevant.
(24) Cirey-en-Vôge ou sur Vezouse, M.-et-M., Lunéville, chef-lieu de canton.
(25) est difficile de comprendre comment le partage de 1611 se serait fait en trois lots égaux comme le porte un acte appartenant à la famille de Rosières (J.S.A.L., 1894, p. 44). René, attributaire du lot, tenait bien ses droits de sa mère Marguerite d'Haussonville. Mais Erard, qui n'était que son frère consanguin, issu du second, mariage de son père avec Claire-Renée de Choiseul, n'avait, ni personnellement, ni du chef de sa mère, aucun droit sur la succession d'Haussonville. Les droits qui lui donnaient accès à ce partage, ne pouvaient être que ceux qu'il tenait de son autre frère consanguin Jean, mort sans postérité en 1610. Dès lors, sa part ne devait être que du 1/6 au plus. En fait, René seul a pris possession de Cirey. Erard et ses descendants n'y ont laissé aucune trace et n'y ont pas résidé.
(26) Arch. M.-et-M., E. suppl. 1968 J.S.A.L., 1888. p. 66 ; CALMET, Hist. généalogique de la Maison du Châtelet p. 96 et ss.
(27) Les armes de la famille du Châtelet sont : D'or à la bande de gueules chargée de trois fleurs de lys dans le sens de la bande. - Voir la succession des barons de Cirey-en-Vôge à l'appendice.
(28) Charles de Lorraine, évêque d'Osnabrück, frère du duc Léopold.
(29) Elle mourut à Cirey en 1756. L'acte de décès lui donne 80 ans environ sa pierre tombale, retrouvée aussi à Cirey, 77 seulement. J.S.A.L., 1888, p. 11 et 67. M. du Châtetet était mort l'année précédente à 67 ans. Voir aussi l'intéressant ouvrage : Cirey-sur-Vezouze, par M. CUISSARD, 1944, p. 64.
(30) CALMET. Histoire généalogique de la Maison. du Châlelet, p. CCXCVII. Cette déclaration est du 23 novembre 1702.
(31) B.S.A.L., 1914, p. 253.
(32) On dit encore qu'un lièvre ne s'y engage que muni d'une besace de provisions. Notes conservées dans la famille de l'ancien régisseur, obligeamment communiquées par M. Cloud cf. aussi LEPAGE, Communes Meurthe, V° Verdenal (M.-et-M. Lunéville, Blâmont).
(33) Arch.M.-et-M., lay. Blâmont, IV.
(34) Voici à titre de document t'énumération des terres et des droits, qui constituèrent le marquisat de Grandseille (Arch. M.-et-M., B. 158, p. 17.) « Haute, moyenne et basse justice et justice foncière de Grandseille, les dîmes, environ 1.000 jours de terres et prés, une tuilerie ; les Amienbois, où il y a 300 jours, à Autrepierre environ 250 jours; un gagnage à Gogney de 50 jours par saison et 18 à 20 fauchées de pré ; un gagnage a Frémonville de 159 jours et 20 fauchées; avec bergerie, moulin, rentes en argent et, en avoine une maison- fief à Blâmont avec enclos, jardins, vignes, colombier, 145 jours de terre et des prés; les étangs d'Atbe, Vilvaucourt, Gresson, Combres, et Rancogney avec leurs breuils et rosats ; les cens en argent, avoine et chapons, dus par te prieuré de Manonviller, les cens de Lanouveville-au-Bois, de Couvay et Jesing, la Neuve-Grange. Biens domaniaux Le château enclos et ancien gagnage de Blâmont avec les corvées, droit de troupeau à part et de colombier, tous les chapons les poules de cens dus audit lieu, avec quelques petits cens en argent la haute justice d'Autrepierre, Frémonville, Amenoncourt. Gondrexon, Remoncourt ; les breuils de Jambrot. les corvées et droits en dépendant les scieries de la Boudouze, Machet, Mauvé, avec les marches desdites scieries.
(35) LEPAGE, Communes Meurthe, t. Il, p. 647..
(36) Les armes du marquisat furent : Accolé d'or à la bande de gueules chargée de 3 fleurs de lys d'argent qui sont du Chatelet ; et de vair, au chef de gueules chargé de six billètes d'or 1, 2, 3 qui sont de Fléming.
(37) POULET, Les lorrains à Florence, dans la. Revue lorraine illustrée, 1909, p. 23.
(38) Le procès des Baronnies, dans Mém.. Acad. Stan. 1911-12, p. 281.
(39) Fils de feu Francois-Philippe, comte de Marmier, seigneur d'Avrainville (Vosges) et de Marguerite de Hamilton.
(40) Arch. M.-et-M., E suppl. 1760-1765.
(41) Ibid., 1765.
(42) Cf. B.S.A.L., 1914, p. 132.
(43) Voir à l'appendice la succession des barons de Cirey en Champagne.
(44) BABELON, Sarrelouis et Sarrebrück, p. 96 et ss.
(45) Gaston MAUGRAS. La Cour de Lunéville au XVIIIe siècle, p. 271.
(46) Oeuvres complètes de Voltaire, correspondance, t. I. 7 mai 1739,
(47) Oeuvres complètes de Voltaire, de Cirey, 23 septembre 1749 et du 19 septembre « On m'entraîne a Cirey avec M. du Chàtetet. »
(48) Oeuvres complètes de Voltaire ; M. d'Argental, sept. et nov.1734 « J'arrive a Bruxelles ou je jouis du bonheur de voir votre amie ».
(49) Oeuvres complètes de Voltaire ; à M. d'Argental, 1 mars 1735 « Je profite du voyage de Mme du Châtelet, pour répandre mon coeur dans le vôtre ».
(50) Id à M. Thiriot, 15 mai 1735.
(51) Maugras, op. cit.
(52) LEPAGE, Communes Meurthe, t. Il, p. 649.
(53) Corresp. de Voltaire, du 5 sept. 1736 à M. Thiriot.
(54) Corresp. de Voltaire, du 21 octobre au même.
(55) Né en 1728. époux en 1752 d'Anne-Adelaide de Rochechouart.
(56) B.S.A.L., 1904, p. 279.
(57) J. S. A. L., 1887, p. 193 et 1888, p. 19.
(58) La correspondance de Voltaire peut servir à fixer les dates de ses séjours à Lunéville. Ils se-placent en 1735 entre le 29 avril et le 25 juin; en 1748 du 13 février au mois de mai, puis du 23 octobre au 20 décembre; enfin en 1749 du 21 juillet au 12 septembre. Émilie de Breteuil était morte le 10; et Voltaire ne revint plus à Lunéville.
(59) Le procès des baronnies, dans Mém. Acad. Stan., 1911-12.
(60) Cf. B.S.A.L., 1914-1919, p. 149.
(61) Autrepierre, Fremonville, Amenoncourt, Gondrexon, Remoncourt, les Breuils de Jambrot, et les droits domaniaux assis sur ces localités.
(62) Arch. M.-et-M., H. 11407.
(63) Ibid, B. 10456.
(64) Arch. M.-et-M., R.10456.
(65) Notamment Avrainville, près Neufchateau.
(66) De gueules à la marmotte d'argent placée en pal, la queue trainante.
(67) Arch. M.-et-M., E. suppl., 1653. Cette maison, devenue l'hôtel de ville, fut bientôt après détruite par un incendie.
(68) Le grand Retour, le rein des Boulles, la basse Marmot, la basse Léonard, l'Escargot, la Glaçonnieère, la basse d'Enfer, la basse de Raon, le Nid d'oiseau, la forêt de Thons, la belle Liyne, le moyen- Sapinot, les Harcholins.
(69) Arch. M-.et-M., B. 10456.
(70) Arch. M.-et-M., B. 11004-11008
(71) Premont, écart de Thélod, M.-et-M., Nancy, Vézelise.
(72) Née le 7 octobre 1750 (Arch. M.-et-M., Q. 1035). Voir aussi Almanach des Trois-Évêchés, 1789, et LEPAGE, Comm. Meuthe, t. II, p. 267 Une soeur de M. de Prémont, Madeleine-Ursule, avait épousé Innocent- Hector-Maillard de Landreville (Arch. M.-et-M., Q. 1036).
(73) Saint-Germain, M.-et-M., Lunéville,Bayon.
(74) Bibliothèque de Nancy, Fonds lorrain, factums 7540 et 7648.
(75) Arch. M.-et-M., C. 137.
(76) Observations de la Communauté à t'Assemblée provinciale en 1788 (Archives municipales de Cirey, D. 3-3).
(77) Arch.M.-et-M., Q. 1036.
(78) Ibid., 1034-1035.
(79) Arrêté du 18 vendémiaire an IV (10 octobre 1795).
(80) Arch. M.-et-M., L. 179.
(81) Arch. M.-et-M., Q. 1033. - 1.043 arpents de bois de plaine, 4.092 de sapinières. 1.725 de chaumes.
(82) Ch CUISSARD, Notes pour servir l'histoire de, Cirey-sur- Vezouze, 1913, p. 73.

 

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