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Il y a trop de vin dans ce monde pour dire la messe...

Nous avons évoqué l'enfermement de Alexandre-Balthazar-Laurent Grimod de la Reynière de 1786 à 1788 à l'abbaye de Domèvre. Nous savions que les conditions de détention avaient été relativement douces, et Grimod de la Reynière donne, dans l' « Almanach des Gourmands », l'origine d'une de ses plus célèbres citations sur le vin, phrase en réalité fréquemment prononcée par le « Procureur des Chanoines réguliers de Domêvre ».
Il faut donc réattribuer cette maxime au chanoine Jean-Baptiste Gabriel (né à Pont-à-Mousson en 1748, et ayant pris l'habit à Pont-à-Mousson en 1767), procureur de l'abbaye de Domèvre, nom que Grimod de la Reynière confirmera ultérieurement d'ailleurs par une affiche dans son château de Villers-sur-Orge.

On notera aussi que le séjour forcé de Grimod de la Reynière à Domèvre n'a sans doute pas relevé de la rigueur monastique, puisque dans l' « Almanach des Gourmands - Septième année » (1810), il publie une lettre que lui aurait adressé un prétendu R.m.z.t, où l'on relève ce passage : « Il vous seroit peut-être agréable d'informer vos Lecteurs que, même parmi les personnes obligées d'être sobres, il se rencontre des aspirans à la candidature de cet aimable Jury dégustateur, que vous avez fondé pour la plus grande gloire de l'Art alimentaire; art dont vous avez puisé le goût dans cette célèbre Abbaye de Domêvre, dont vous souteniez le choeur tout en festoyant sa cuisine. » 


Almanach des gourmands: servant de guide dans les moyens de faire excellente chere
Seconde année
Grimod de la Reynière
1805

Du Vin

« Il y a trop de vin dans ce monde pour dire la messe ; il n'y en a point assez pour faire tourner les moulins : donc il faut le boire ». C'est ainsi que s'exprimait fréquemment le procureur d'une Abbaye de Chanoines réguliers, qui, pour leur gourmandise, étoient dignes d'être Bernardins ; et notre homme appuyoit toujours ses conclusions d'un grand verre de vin, afin de joindre l'exemple au précepte. On conviendra que tous les prédicateurs ne font pas de même.
Plus on y réfléchit, et plus on voit combien cette réflexion profonde et lumineuse cache un grand sens des paroles simples. C'est un véritable apophtegme.
Le Vin est, selon beaucoup d'auteurs, le meilleur ami de l'homme, lorsqu'on en use avec modération et son plus grand ennemi si on le prend avec excès. C'est le compagnon de notre vie, le consolateur de nos chagrins, l'ornement de notre prospérité, la source principale de nos vraies sensations. Il est le lait des vieillards, le baume des adultes, et le véhicule des Gourmands. Le meilleur repas sans Vin est comme un bal sans orchestre, comme un comédien sans rouge, ou comme un apothicaire sans quinquina. Les premiers services de tout dîner sont en général silencieux, moins encore parce qu'on s'occupe du soin de garnir son estomac, que parce que les cordes du cerveau n'ont pas encore été tendues par des libations généreuses. Chacun s'observe et raisonne ses morceaux en silence ; mais dès que les Vins fins ont commencé à couler dans les verres, et même avant que la pétillant vin d'Aï ait fait sauter le bouchon qui le retenoit captif, tous les coeurs s'ouvrent à la confiance, à l'hilarité ; chacun perd sa gravité, votre voisin devient votre ami ; les doux propos, les joyeuses réparties, les épanchements tendres, annoncent la présence de l'aimable fils de Sémélé ; et pour peu que l'Amphitryon ait le soin de servir graduellement ses Vins, en finissant par les plus capiteux, la table n'offrira bientôt plus qu'une réunion de bons frères et d'amis véritables.
Si quelques beautés aimables et indulgentes (ainsi que toutes devraient l'être pour le plus grand avantage de la société) assistent à ces joyeuses agapes, la scène sera plus intéressante et plus vive encore ; mais leur présence contiendra les buveurs dans les bornes de la simple hilarité. C'est surtout avec les dames qu'un festin ne doit pas cesser d'être décent et ne jamais dégénérer en orgie. Les coeurs auprès d'elles se dilatent ; les têtes se montent, les imaginations se colorent, les langues se délient, mais les sens doivent toujours rester tranquilles. Malheur à l'homme qui, même au sein d'une douce ivresse, oublieroit qu'une salle à manger n'est point un boudoir...
Les vrais Gourmands offrent ici des modèles de conduite, de prudence et de retenue. Il est prouvé que le Vin a beaucoup moins d'empire sur la tête de celui dont l'estomac est largement pansé, que sur celle de l'homme prétendu sobre, qui n'a fait qu'effleurer les plats ou dont les morceaux sont restés presq'entiers sur son assiette. Le Gourmand ne craint donc pas de s'abandonner à un vin Naturel et généreux, tel capiteux qu'il puisse être, il l'emportera toujours de quatre bouteilles sur le buveur sans appétit.
Ajoutons, que si les uns ont le Vin méchant, les autres grossier, ceux-là triste, ceux-ci extravagant, le Gourmand l'a toujours extrêmement tendre ; et comme l'on n'est jamais Gourmand sans avoir beaucoup d'esprit, l'hilarité chez lui donnera naissance çà des propos aimables, à des compliments ingénieux, à des déclarations délicates. Les dames le savent bien : aussi, lorsqu'elle sont maîtresse de choisir leur couvert, nous avons remarqué qu'elles se place à table de préférence auprès des Gourmands, parce qu'elle sont bien sûres d'être intéressées, amusées, égayées, et que leur honneur n'y court aucun risque : leurs oreilles pourront bien être chatouillées, mais elles n'auront à endurer ni excoriations, ni souillures, et tout le reste de leur personne sera dans une sécurité parfaite. Il n'en seroit pas de même à côté de ces buveurs d'eau à tête noire, convive sans esprit, mangeurs sans appétit, Satyres sans retenue : il y a tout à craindre, et rien à gagner dans le voisinage de tels hôtes.
Revenons à notre texte, et convenons, avec le Procureur des Chanoines réguliers de Domêvre, que puisqu'il n'y a point assez de Vin dans ce monde pour faire tourner les moulins, et qu'il y en a trop pour dire la messe, il est absolument nécessaire de le boire.
[...]


GASTRONOMIE
Charles Monselet
1874

Après la chute de l'Empire, Grimod de la Reynière se retira au château de Villers-sur-Orge, près de Longjumeau.
[...]
Les personnes qui ont été admises dans le château de Villers-sur-Orge en ont rapporté des choses phénoménales. C'était un château monté et machiné comme un théâtre ; après la mort de Grimod, il fut acquis directement par M. Mesner, qui le trouva
couvert d'inscriptions du haut en bas, en outre des curiosités de toute sorte, des planchers tournants, des corridors secrets, des observatoires dérobés et des tuyaux acoustiques, dont on sait que l'auteur de l'Almanach des Gourmands, curieux et mystificateur, aimait à s'entourer. Avant de procéder à des réparations indispensables à une appropriation nouvelle, M. Mesner voulut qu'on relevât ces inscriptions,  témoignage de la puérilité et de l'épicuréisme méthodique de son prédécesseur. Une copie nous en a été obligeamment transmise.
[...]
Un corridor menait à la bibliothèque; dans ce corridor, la fantaisie du propriétaire s'était donné carrière libre : l'oeil était arrêté à chaque pas par les manifestations de sa joyeuse doctrine. Nous copions ici au hasard : « Il vaut mieux se griser avec du vin qu'avec de l'encre, cela n'est pas si noir. Signé ; Badion, ancien bâtonnier de Saint-Dizier. » En voici une autre du même goût : « Il y a trop de vin sur la terre pour dire la messe, il n'y en a pas assez pour faire tourner les moulins ; donc il faut le boire. (Conversation de M. Gabriel, ci-devant chanoine régulier de la congrégation de N.-S. et procureur de l'abbaye de Domèvre. Il était digne d'être général de l'ordre des Bernardins.) »
[...]

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