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Le biplan d'Arracourt - 22 Avril 1913


Le 3 avril 1913, un Zeppelin allemand se pose en catastrophe à Lunéville. Moins de vingt jours plus tard, le 22 avril, c'est un biplan militaire allemand qui se pose en urgence près d'Arracourt.
Cet incident aura un grand retentissement, puisqu'au delà d'être un nouvel évènement fâcheux dans les relations avec l'Allemagne, et donc de passionner la presse (et les éditeurs de cartes postales comme on le voit en bas de cette page), il va entraîner des pourparlers franco-allemands pour établir des règles à appliquer à ce nouveau genre de problème.

Tour cela n'évitera cependant pas les atterrissages d'aéroplanes en territoire étrangers, comme on le reverra le 3 février 1914 avec l'incident de Croismare, et on notera que ces atterrissages allemands forcés en France ont un écho national dans la presse, alors que des événements similaires d'aéroplanes français en Allemagne sont passés sous silence (par exemple, Journal de Genève du 28 décembre 1912 : « On annonce que le 24 décembre, dans l'après-midi, un aéroplane monté par deux aviateurs français a atterri près d'Avricourt en territoire allemand. Le pilote, le lieutenant Chaize appartient au centre d'aviation militaire de Nancy. L'enquête n'a fait découvrir aucune charge contre les deux aviateurs qui s'étaient simplement égarés. Ils ont été remis en liberté et leur appareil a été ramené à Nancy. »)


Le Temps - 23 avril 1913

Enfin voici que ce matin un biplan militaire allemand, monté par dés officiers, est venu atterrir sur notre territoire à Arracourt. En vérité, c'est un peu trop. A l'heure où nous écrivons, on ne signale aucun incident, et c'est fort heureux. Mais s'il en était survenu, à qui la faute? Notre correspondant de Nancy, dans une dépêche qu'on trouvera plus loin, nous signale l'état d'esprit des populations de la frontière. Ces populations ont lu les journaux allemands qui les traitent de lâches, de canailles, de sauvages de l'Afrique centrale et dénoncent notre pays comme le ruisseau de l'Europe. Il serait excessif de supposer que ces aménités leur aient été agréables. Or c'est le moment qu'on choisit pour leur infliger, coup sur coup la vue de l'uniforme allemand dans des conditions sinon suspectes, du moins très anormales. C'est là jouer avec le feu.
Dira-t-on que ce ne sont que des accidents ? Nous répondrons que la sagesse consiste précisément à éviter les accidents. Rien n'obligeait les « boys scouts » de Metz à diriger leurs excursions vers le poteau-frontière et à le dépasser drapeaux déployés. Rien n'obligeait le Zeppelin à longer de si près notre territoire qu'il a été conduit par les courants à le survoler sur un parcours de plus de 150 kilomètres. Rien n'obligeait le biplan qui est venu atterrir à Arracourt à s'exposer à cette aventure, qu'il eût facilement évitée en se maintenant plus loin du sol français. Si les esprits inquiets remarquent que les pilotes allemands sont conduits par leurs « accidents » toujours dans le même secteur territorial et fondent sur cette remarque des inductions alarmistes, à qui la faute, nous le répétons?
Supposez le problème renversé. Supposez que le Zeppelin du 3 février ait été un dirigeable français atterrissant sur l'esplanade de Metz; que les « boy scouts » du 20 avril aient été des « boys scouts » français franchissant la frontière allemande avec des drapeaux français ; que le biplan de ce matin ait été un biplan français s'arrêtant avec des officiers français en tenue sur un point du territoire allemand, qu'aurait dit l'opinion allemande ? Il suffit de se rappeler comment elle a traité l'incident de Nancy pour se représenter de quelle façon elle eût traité les autres, si au lieu d'en être l'auteur l'Allemagne en eût été la victime.
Et c'est pourquoi nous sommes autorisés à prier nos voisins, en toute sincérité et sans aucune arrière-pensée, d'être à l'avenir plus attentifs et de ne pas faire aux autres ce qu'ils ne veulent pas qu'on leur fasse.

[...]
Dernières nouvelles
Un biplan militaire allemand en France
L'arrivée du biplan
(Dépêche de notre correspondant particulier)
Nancy, 22 avril.
Un aéroplane allemand a atterri ce matin vers huit heures à Arracourt. C'est un biplan monté par deux officiers allemands le capitaine von Wall et un lieutenant.
Les officiers ont été immédiatement arrêtés et gardés à vue par les gendarmes et les douaniers qui ont organisé un service d'ordre autour de l'appareil pendant qu'on prévenait le sous-préfet de Lunéville, le commissaire spécial d'Avricourt et le capitaine de gendarmerie de l'arrondissement.
Les deux officiers allemands appartiennent au centre d'aviation de Darmstadt. Ils ont déclaré qu'ils se rendaient à Metz ou au hangar de Frescaty, mais que trompés par le brouillard qui sévissait à ce moment sur la vallée de la Loutre-Noire, ils s'étaient égarés, et croyant atterrir en territoire annexé du côté de Château-Salins, ils jetaient venus au contraire atterrir sur le territoire français, à quelques kilomètres d'Arracourt.
Ils ont immédiatement demandé l'autorisation faire prévenir le centre d'aviation de Metz pour qu'on envoie du personnel à leur secours. Cette autorisation leur a été accordée.
En attendant qu'il soit statué à leur égard pour savoir s'ils repartiront par la voie aérienne ou devront démonter leur appareil, ils restent à Arracourt où sont arrivés les autorités civiles et militaires et de nombreux officiers des garnisons de la région, ainsi que des centres d'aviation de Toul, Nancy et Epinal.
[Arracourt - où, l'on s'en souvient, s'est produit, il y a quelques semaines, une fausse alerte de mobilisation, par suite d'une méprise du receveur des postes - se trouve à 18 kilomètres de Lunéville et à 3 kilomètres, environ de la frontière.]

Le biplan va repartir
(Dépêche de notre correspondant particulier)
Nancy, 22 avril.
On m'annonce qu'après enquête établissant l'accident et le cas de force majeure, le biplan sera autorisé à repartir cet après-midi.

Une note du ministère de l'intérieur
Au sujet de cet incident, le ministère de l'intérieur a communiqué la note suivante :
Ce matin, à sept heures et demie, a atterri près d'Arracourt, à environ 5 kilomètres de la frontière, un biplan allemand.
Cet appareil du modèle Heller avec moteur de 70 chevaux, était monté par deux officiers en tenue : un capitaine aviateur et un lieutenant d'infanterie. Il avait survolé le territoire français pendant environ 6 kilomètres.
Les officiers ont déclaré être partis de Darmstadt à destination de Metz vers 5 heures du matin, avoir perdu leur direction dans la brume aux environs de Dieuze et n'avoir reconnu être en territoire français qu'après avoir atterri et interrogé des habitants.
La sous-préfet de Lunéville a vérifié l'itinéraire suivi par l'aéroplane et interrogé les officiers qui le montaient.
Trois officiers aviateurs des centres de Toul, Epinal, Verdun et un capitaine aviateur de Nancy ont été envoyés sur les lieux par l'autorité militaire.
Les autorités civiles et militaires sont d'accord pour reconnaître que l'atterrissage est dû à un cas de force majeure.
Les résultats de l'enquête actuellement acquis laissent croire que le biplan pourra reprendre son vol cet après-midi.
Des instructions ont été envoyées à notre ambassadeur à Berlin pour l'inviter à appeler toute l'attention du gouvernement impérial sur la répétition d'atterrissages de ballons et d'avions allemands en France près de la frontière et sur les inconvénients sérieux qui pourraient résulter de ces regrettables incidents.
M. Cambon a été chargé de demander à la chancellerie allemande de faire prendre des mesures pour éviter le retour de ces faits.
Des pourparlers sont d'ailleurs engagés entre les deux gouvernements pour arriver aussi promptement que possible à un accord qui précise les règles à appliquer dans les difficultés pouvant surgir entre eux à propos de l'aéronautique.
Au sujet de la dernière partie de cette note, rappelons que, dès avant-hier, le Temps a publié une dépêche de Berlin qui faisait connaître l'ouverture de pourparlers annoncés aujourd'hui officiellement.

Nouveaux détails
Nancy, 22 avril
C'est dans un champ situé à 300 mètres environ du village d'Arracourt qu'a atterri ce matin le biplan allemand.
La petite fille du maire d'Arracourt les vit atterrir. Elle accourut. Les pilotes lui demandèrent en français :
- Où sommes-nous?
Elle leur répondit :
- Mais vous êtes en France !
- N... de D... ! s'exclama alors un des officiers.

Trois autres biplans allemands se sont égarés
Nancy, 22 avril.
L'aéroplane allemand qui a atterri à Arracourt fait partie d'une équipe de quatre biplans qui étaient partis ce matin de Darmstadt pour Metz, où ils devaient stationner.
Or, de ces quatre biplans, aucun n'est arrivé à Metz. Ils se sont tous égarés. On apprend en effet qu'outre celui qui a atterri à Arracourt, un autre a atterri dans le Palatinat; le troisième près de Forbach; quant au quatrième, on est sans nouvelles de lui. - (Information.)

Une déclaration du préfet de Meurthe-et-Moselle
Le nouveau préfet de Meurthe-et-Moselle, M. Reboul, que le sous-préfet de Lunéville avait tenu au courant de toutes les phases de l'incident d'Arracourt, a fait au correspondant de l'agence Fournier, les déclarations suivantes :
II n'est pas douteux que cet incident se borne à une erreur. Les aviateurs allemands sont de bonne foi lorsqu'ils déclarent qu'ils ne se sont aperçus qu'après l'atterrissage qu'ils mettaient le pied sur le territoire français. C'est un cas de force majeure qui les a obligés à descendre le brouillard, très épais dans la matinée, les empêchait de continuer leur voyage aérien.
Le sous-préfet de Lunéville me dit que les deux officiers se sont montrés très courtois et ont répondu avec sincérité aux questions qui leur étaient posées.
Quant à la population d'Arracourt, elle ne s'est pas départie de son calme, comprenant fort bien qu'il ne fallait pas attacher à cet incident plus d'importance qu'il n'en méritait.
Vous me demandez si les aviateurs repartiront par la voie des airs : je crois que oui, mais j'attends des ordres du gouvernement. En tout cas, ils ne pourront quitter Arracourt qu'après avoir rempli certaines formalités nécessaires.


Le Temps - 24 avril 1913

Un biplan biplan militaire allemand en France
(Dépêches de nos correspondants particuliers)
LE DÉPART DES OFFICIERS ALLEMANDS
Nancy, 23 avril.
La nouvelle de l'atterrissage en France, encore dans l'arrondissement de Lunéville, d'un avion militaire allemand avait cause une vive émotion dans la région. Mais ce fut surtout un mouvement de curiosité qui porta les populations vers le château d'Arracourt non loin duquel était venu atterrir le biplan allemand. Ses pilote et passager, le capitaine von Wall et le lieutenant von Mirbach du 31e régiment d'infanterie allemande, atterrirent dans un champ de luzerne.
Aux paysans travaillant dans les champs du voisinage et accourus à leur vue ils demandèrent où ils se trouvaient, posant leurs questions en allemand, puis en français quand ils virent qu'ils n'avaient pas de réponse. Ayant appris qu'ils étaient en territoire français, ils parurent assez embarrassés. A ce moment survenaient les gendarmes et douaniers d'Arracourt. Le brigadier de gendarmerie Blion interrogeait les deux officiers tandis que gendarmes et douaniers visitaient le biplan. On n'y découvrit rien de suspect. Il contenait seulement un sac de voyage renfermant du linge de rechange.
Le capitaine von Wall déclarait qu'étant parti vers cinq heures et demie de Darmstadt avec mission de gagner les hangars de Frescaty, à Metz, il n'avait pas tardé à perdre de vue trois autres aéroplanes et un Zeppelin, quittant Darmstadt pour la même destination que lui. Le brouillard se levait et il dut se diriger à la boussole comptant longer la frontière, en survolant le territoire annexé, Mais ses intentions ne purent se réaliser.
II se rendit compte, que son appareil déviait, vers l'ouest et ne voulant pas venir atterrir en France il songea à se rapprocher de terre après s'être maintenu le plus longtemps possible en l'air en attendant le moment favorable pour repérer sa route. La provision d'essence était en effet presque complètement épuisée et il était impossible de continuer à tenir l'air. Aussi, à la faveur d'une éclaircie dans la brume, ayant aperçu une prairie formant un terrain favorable, les deux aviateurs avaient coupé l'allumage et avaient pu se poser sur le sol.
Ces explications, les officiers allemands les répétèrent à MM. Lacombe, sous-préfet de Lunéville, Tavernier, capitaine de gendarmerie de l'arrondissement, Grollemann, commissaire, spécial de Moncel-sur-Seille qui, prévenus, par téléphone, s'étaient tout de suite rendus à Arracourt.
En attendant leur arrivée, les aviateurs allemands avaient été autorisés à gagner à tour de rôle le village pour s'y restaurer à l'auberge Simonin.
Vers dix heures et demie, les officiers aviateurs de l'escadrille de Villers-les-Nancy arrivaient en
automobile et examinaient en détail l'appareil. Les officiers allemands les saluèrent courtoisement, et ce fut de la même façon correcte que les officiers des deux pays prirent congé quand les aviateurs français repartirent pour Nancy après avoir terminé leur inspection.
Pendant ce temps les autorités françaises avaient pris toutes les mesures afin d'empêcher le moindre incident qui d'ailleurs ne menaçait guère.
Des chasseurs à pied et à cheval en manoeuvres dans ces parages demeurèrent à proximité du lieu d'atterrissage du biplan autour duquel veillaient gendarmes et douaniers de façon à leur prêter main-forte en cas de besoin. Mais celui-ci ne se fit point sentir car il n'y avait guère que 400 curieux venus Nancy, Lunéville ou des villes voisines, le reste de la foule ne comprenant que des cultivateurs des environs.
Les aviateurs allemands déjeunèrent paisiblement à une table dressée près de leur appareil. L'après-midi se passa en attendant les instructions du ministère de l'intérieur.
A quatre heures, le capitaine de Loubignac, chef du centre d'aviation de Nancy, qui était déjà venu dans la matinée, revint en automobile pour la seconde fois, à l'endroit où avait atterri le biplan militaire allemand. Il s'entretint avec le capitaine von Wall.
A cinq heures quinze M. Lacombe, sous-préfet, dit aux officiers allemands « Messieurs, le gouvernement français vous autorise à quitter le territoire par la voie des airs avec votre aéroplane, qui, je vous le fais remarquer, est intact. » Le captaine remercia le sous-préfet de son amabilité et lui témoigna toute sa reconnaissance de sa protection et de lui avoir fourni tout ce dont il avait eu besoin.
A ce moment les deux aviateurs revêtirent leur costume d'aviateur, l'hélice fut mise en marche par un mécanicien, venu de Lunéville.
L'appareil roula sur une trentaine de mètres, puis il prit son vol dans la direction de Metz, devant une foule considérable. Une cinquantaine de voitures automobiles stationnaient sur la route.
A cinq heures quarante-cinq les derniers groupes de curieux se dispersaient, regagnant les villages des environs ou les villes de la région.
A noter que vers midi, dans la direction de Juvicourt on vit soudain évoluer près de la frontière, mais au-dessus du territoire annexé, un Zeppelin qui disparut peu après dans la direction de Metz.
Dans la soirée un télégramme de Metz annonçait que le biplan militaire allemand, venant d'Arracourt, avait atterri à sept heures au parc d'aviation de Frescaty.
Les officiers ont exprimé leur vive satisfaction de l'accueil qu'ils ont reçu en France.

L'impression en Allemagne
Notre correspondant de Berlin télégraphie :
L'incident d'Arracourt produisit hier ici dès qu'il fut connu une fâcheuse et pénible impression. L'après-midi au Reichstag, on parlait dans les couloirs en termes sévères de la mésaventure des deux officiers aviateurs. Le mécontentement n'avait apparemment point pour origine l'appréhension d'une nouvelle affaire franco-allemande mais bien plutôt un fort explicable dépit. Cette note se retrouva le soir dans les commentaires des journaux.
Le Berliner Tageblatt, écrivait :
Le désir général en Allemagne est que ces incidents prennent fin. Ils finiront d'ailleurs par Jeter un certain discrédit sur nos aérostiers et nos aviateurs. L'ambassade d'Allemagne à Paris ne fait plus depuis ces derniers jours autre chose que de s'occuper de régler les conditions de retour de nos ballons et de nos aéroplanes.
Même note dans la conservatrice Deutsche Tageszeitung :
Les autorités militaires devront veiller à ce qu'à l'avenir la répétition de pareils incidents devienne impossible.
Seule, la Post persistait dans son attitude insultante :
Nous espérons que la douche froide que le gouvernement allemand fit subir ces derniers temps au chauvinisme français aura eu son effet. Si ce n'était pas le cas, ce nouvel incident peut avoir de plus graves conséquences que ceux de Lunéville et de Nancy. Nos galants voisins ne virent alors le poing allemand que de loin.

LA DÉMARCHE DE M. CAMBON
Dans la soirée, M. Cambon fit au ministère des affaires étrangères la démarche annoncée dans la note de l'agence Havas.
On sait en effet que M. Cambon a été chargé de demander à la chancellerie allemande de faire prendre des mesures pour éviter le retour de ces faits, et que des pourparlers sont engagés entre les deux gouvernements pour arriver aussi promptement que possible à un accord qui précise les règles à appliquer dans les difficultés pouvant surgir entre eux à propos de l'aéronautique.
M. de Jagow, secrétaire à l'office impérial des affaires étrangères, s'est montré très prévenant et il a confirmé l'information déjà donnée par le Temps, d'après laquelle l'Allemagne accepte la proposition française d'une réglementation de la navigation aérienne.
La Gazette de l'Allemagne du Nord émit de son côté dans la soirée un communiqué annonçant que le gouvernement allemand avait pris des mesures pour empêcher à l'avenir le retour de semblables incidents.
Des conversations se poursuivent cet effet, ajoutait cette note, entre Berlin et Paris, et aboutiront à un accord relatif à la navigation aérienne..

LA PRESSE ALLEMANDE DE CE MATIN
Ce matin le ton de la presse est très sobre. Aucun journal, sauf le Berliner Tageblatt, ne fait ressortir la correction et la courtoisie de l'attitude française.
La Toegliche Rundschau estime que ces atterrissages en territoire étranger sont inévitables.
Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut les empêcher. Il faudrait pour cela cesser de voler à la frontière et ces vols sont une nécessité pour les Français comme pour les Allemands. Des incidents semblables à celui d'hier deviendront de plus en plus fréquents, puisque nous sommes actuellement à même de voler par le brouillard, la pluie, la neige et le vent.
La Gazette de la Croix recommande aux étudiants allemands de s'abstenir de fréquenter les Universités françaises et leur conseille de visiter les établissements de Suisse et de Belgique.
 


Revue générale de droit international public
Dir. Paul Fauchille
1913

CHRONIQUE DES FAITS INTERNATIONAUX

ALLEMAGNE ET FRANCE. - Atterrissage d'aéronefs allemands en territoire français. - Incidents de Lunéville et d'Arracourt - A quelques jours d'intervalle, au mois d'avril 1913, deux aéronefs allemands, le dirigeable Zeppelin IV et un biplan monté par deux officiers, ont atterri en Lorraine française, le premier à Lunéville, le second à Arracourt. Des événements de ce genre se sont déjà produits. Les atterrissages trop fréquents de ballons allemands en territoire français ont amené le gouvernement de Paris à décider, en 1909, que ces ballons devraient payer ou consigner des droits de douane pour leur enveloppe et leurs agrès. Les mêmes faits survenant en Belgique et en Hollande ont soulevé, en 1911, des protestations dans les Parlements des deux pays. On a pu enfin relever, en mars 1913, l'atterrissage d'un aviateur français civil en Lorraine annexée. Les incidents d'avril ont tout particulièrement attiré l'attention. Pour la première fois, on a vu un Zeppelin atterrir en France. Quant à l'atterrissage du biplan d'Arracourt, survenant quelques jours après celui du Zeppelin, à un moment où l'émotion, causée par un autre incident, était à peine calmée (1), il était impossible qu'il passât inaperçu. Nous voudrions indiquer rapidement ce qu'ont été les faits et dire quelques mots des questions qu'ils soulèvent. Il importe, en particulier, de déterminer avec exactitude la nature juridique des deux aéronefs allemands et, tout spécialement, celle du Zeppelin. Il n'est pas sans opportunité de rechercher si des règles de droit international ne devraient pas être dégagées ou posées tendant à éviter le retour d'aussi fâcheux incidents.
[...]
(1) Nous faisons allusion à l'incident soulevé à la suite de la bagarre qui s'est produite dans la gare de Nancy le 13 avril 1913 entre Français et Allemands. - V. sur cet incident le rapport de M. le Conseiller d'Etat Ogier, dans le Temps du 19 avril 1913

[...]
L'incident d'Arracourt fut réglé plus rapidement encore. Le 22 avril, à 7 heures du matin, un biplan allemand se posait dans un champ, à 800 mètres environ du village d'Arracourt. Il était piloté par deux officiers. Ceux-ci expliquèrent que, partis à cinq heures du matin de Darmstadt pour atteindre Metz, ils s'étaient égarés dans le brouillard. Dès qu'ils avaient aperçu leur erreur, ils s'étaient décidés à atterrir. Les explications parurent suffisantes aux autorités civiles et militaires. A cinq heures du soir, conformément aux instructions à lui envoyées de Paris, et, après s'être entremis pour le payement de l'indemnité due au propriétaire du terrain où avait eu lieu l'atterrissage, le sous-préfet de Lunéville autorisait les aviateurs à repartir. La question du payement des droits de douane ne se posa pas. L'atterrissage avait eu lieu en dehors de la zone douanière. Aucune difficulté ne survint. Les aviateurs, de retour à Metz, se déclarèrent fort satisfaits de l'attitude correcte de la population et de la courtoisie des autorités. Il faut ajouter qu'à la nouvelle de l'incident M. Cambon, ambassadeur à Berlin, fut invité à appeler l'attention du gouvernement impérial sur la répétition des atterrissages de ballons et d'avions allemands en France près de la frontière et sur les inconvénients pouvant en résulter.
De la conclusion sans difficultés des deux incidents que nous venons de rappeler il convient assurément de se féliciter. II reste cependant, d'abord, que l'on peut avoir quelques hésitations, sinon sur la nature juridique du biplan d'Arracourt, du moins sur celle du Zeppelin.
[...]
Sur la situation juridique du biplan d'Arracourt, il y a moins a hésiter. Très certainement, on se trouvait en présence d'un aéronef militaire. Les officiers qui le montaient participaient à une manoeuvre. Ils étaient en uniforme. A supposer que le biplan ne portât aucune marque distinctive, son affectation purement militaire n'en était pas moins certaine. L'attitude de ceux qui le montaient échappe, au surplus, à toute critique. Dès qu'ils s'aperçurent qu'ils étaient égarés, les officiers allemands atterrirent. La seule difficulté qui eût pu se produire, pour le règlement des indemnités, a été évitée, grâce à l'intervention du sous-préfet de Lunéville. La conduite du gouvernement français, dans la circonstance, ne prête évidemment pas au moindre reproche. Il reste, cependant, que le renouvellement d'incidents de ce genre peut être assez fâcheux.

 

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