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Généalogie
de la maison de Mitry, de l'ancienne chevalerie
lorraine, 1269-1924
Tome 1
Éd. Crépin-Leblond (Moulins), 1926-1927
JEAN-THOMAS COMTE DE MITRY
1752-1832
Jean-Thomas, comte de MITRY, chevalier, seigneur du fief
de Bassompierre et de celui de Belmont, né et baptisé le
9 mai 1702 à Rosières-aux-Salines, eut pour parrain
Jean-Thomas Chenot, baron de Briel de Bonnenouvelle, son
grand-père maternel, et pour marraine
Louise-Françoise-Elisabeth de Mitry, sa sœur.
Il s'engagea en 1769 dans la légion de Saint-Victor à
l'île de Rhé et y servit pendant trois ans ; de là il
passa en Amérique où il servit à Saint-Domingue dans le
régiment du Cap. Il y resta trois ans en qualité de
volontaire et un an en qualité d'officier ; mais le
mauvais état de sa santé l'ayant obligé à quitter le
service en 1776, il rentra en France.
Il se fixa alors, après s'être marié, dans le fief de
Rosières que son père lui avait attribué en dot ; à la
mort de celui-ci, il vendit ce fief, acheta la
seigneurie de Belmont, sise sur le ban de Repaix, et
vint s'établir à Blâmont, dans une maison qu'il avait
acquise sur Antoine de Bault, son beau-frère. En 1790,
il était maire de la municipalité de Blâmont ; puis,
lorsqu'éclata la Révolution, il émigra avec son fils,
et, suivi de près par sa femme, il se rendit, au mois de
mai 1791, à Etenheim où se formait, pour l'armée des
Princes, la légion de Mirabeau.
Le 5 juin 1791, il fut nommé capitaine d'une compagnie
de grenadiers dans cette légion, et, le 29 avril de
l'année suivante, il reçut le brevet de
lieutenant-colonel, tout en conservant le commandement
de sa compagnie. La légion de Mirabeau ayant alors été
rattachée au groupe placé sous les ordres du prince de
Condé, il fit, avec l'armée de ce prince, les campagnes
auxquelles elle prit part (1) et ne cessa de s'y
distinguer par sa valeur militaire, son courage et son
abnégation.
Fait chevalier de Saint-Louis par le prince de Condé, le
1er décembre 1793, pour sa brillante conduite dans les
affaires de Wissembourg, blessé d'une balle au côté le
10 décembre suivant devant Haguenau, atteint d'un coup
de feu au bras à Hollengraben près de Fribourg le 17
octobre 1796, breveté colonel d'infanterie le 1er
janvier 1797 (2), blessé pour la troisième fois devant
Constance en 1799, il ne quitta l'armée du prince que le
jour de son licenciement, en mai 1801, emportant de
celui-ci le témoignage le plus élogieux qu'il soit donné
de recevoir (3).
Il se retira alors à Prague, puis à Ratisbonne, où,
pendant près de deux ans, il vécut dans un complet
dénuement.
Le Sénatus-Consulte du mois d'avril 1802 ayant accordé
l'amnistie aux émigrés, il put alors rentrer en Lorraine
où, trouvant ses biens confisqués, il dut, pour se
procurer quelques ressources, prendre la gestion de la
faïencerie de Cirey.
A la Restauration, il fut nommé président de la Cour
prévôtale instituée à Nancy, puis il obtint du Roi une
pension de retraite de 1.200 francs et fut élevé, le 31
juillet 1816, au grade honorifique de Maréchal de Camp.
C'étaient là de faibles compensations à tous les
sacrifices qu'il avait consentis pour la cause royale;
mais toutes les démarches qu'il fit pour l'amélioration
de sa situation matérielle - et elles furent nombreuses
- demeurèrent sans résultats, et celle-ci fut restée des
plus précaires, si la mort de ses tantes Anne-Gabrielle
et Jeanne-Charlotte de Mitry ne l'eût fait entrer, en
1818, en possession de la moitié du domaine du Mesnil
qu'elles tenaient de leur nièce, Charlotte-Antoinette,
marquise de Raigecourt.
En 1820, il se rendit acquéreur sur le marquis de
Raigecourt, époux de cette dernière, de l'autre moitié
du domaine : il se fixa alors au château du Mesnil qu'il
habita jusqu'à sa mort, cherchant à rétablir sa fortune
(4) et à laisser intacte à son fils une terre que la
famille possédait depuis près de trois cents ans.
Jean-Thomas de MITRY mourut au château du Mesnil le 13
juin 1832, à l'âge de quatre-vingts ans, et son corps
fut inhumé dans le cimetière de la famille où sa tombe
existe encore (5).
Il avait épousé :
A) En premières noces, par contrat du 6 avril 1777,
passé à Nancy, Marie-Catherine-Rose de Bault, née et
baptisée à Blâmont le 11 novembre 1769, fille de Henry
de Bault (6), chevalier, gentilhomme de la cour du roi
Stanislas de Lorraine, et de Rose-Elisabeth Abram (7)
qui lui apporta en dot une somme de 40.000 livres.
Marie-Catherine-Rose de Bault suivit son mari pendant
l'émigration, rentra avec lui en Lorraine en 1803,
mourut à Nancy le 20 août 1819 et fut inhumée dans le
cimetière de Boudonville, faubourg de Nancy (8).
De ce premier mariage sont issus :
1° Charles-Thomas de MITRY, né à Rosières le 25 juillet
1778 et décédé le 17 août suivant.
2° François de MITRY, né à Rosières le 30 décembre 1779
et baptisé le même jour; il eut pour parrain François
Régnault, seigneur de Vigneulle, et pour marraine
Françoise Poirot, épouse du sieur de Viterne, écuyer,
ancien lieutenant au régiment des Gardes. En 1791, il
suivit son père en émigration, et reçut, le 10 décembre
de cette année, un brevet de sous-lieutenant de
remplacement à la légion de Mirabeau, avec laquelle il
semble avoir pris part à toutes les campagnes de l'armée
de Condé.
Rentré en France en 1803, il vint s'établir à Nancy, où
il mourut le 11 avril 1817 (9).
3° Jean-Charles-Auguste de MITRY, né à Rosières le 2
décembre 1781 et décédé le 20 juillet 1782.
4° Charles-Auguste de MITRY, né à Rosières le 7 juin
1783 et décédé le 30 novembre suivant.
5° Charles de MITRY, né en Allemagne pendant
l'émigration vers la fin de 1799, reçu le 6 août 1800
dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem et décédé le 4
novembre 1801 à Ratisbonne, où son corps fut inhumé dans
le cimetière de Saint-Ulrich.
B) En secondes noces, par contrat du 30 novembre 1819,
passé à Metz, PHILIPPINE-MARGUERITE-CHARLOTTE-ROSALIE de
LAUZIÈRES de THÉMINES, née à Saint-Front, en Gascogne,
le 5 juillet 1784, fille de Pierre-Hugues de Lauzières
(10), vicomte de Thémines, chevalier, seigneur de
Lauzières, ancien officier au service du Roi, et de
Louise-Félicité d'Amelin de Rochemorin de Beaurepaire
(11), qui mourut au château du Mesnil le 27 avril 1822
(12) et fut ensevelie dans le cimetière de la famille où
sa tombe existe encore (13). De ce second mariage est
né : Charles-François-Xavier de MITRY, qui suit.
Fac-similé de la signature de
Jean-Thomas comte de Mitry, 1816.

CHARLES-FRANÇOIS-XAVIER, comte de
MITRY 1820-1901
Charles-François-Xavier, comte de MITRY, né à Nancy le 5
octobre 1820 et baptisé en l'église Saint-Epvre, eut
pour parrain Claude Régnault, baron de Chatillon, son
cousin, et pour marraine la vicomtesse de Lauzières de
Thémines, sa grand'mère maternelle.
[...]
(1). Tous ses états de service, pendant
l'émigration, sont consignés dans un Mémoire qu'il
adressa à la Dauphine en 1828 (Preuves : Général comte
de MITRY, op. cit., II. n, liasse 44, n° 88).
(2). A partir d'avril 1797, il commanda une compagnie
dans le régiment des grenadiers de Bourbon, fusionné
avec l'ancienne légion de Mirabeau, qui était devenue,
en 1792, légion Roger de Damas.
(3). Preuves : Général comte de MITRY, op. cit., t. II,
liasse 44, n° 25. Certificat donné par Louis-Joseph de
Bourbon, prince de Condé, le 21 février 1801.
(4). Sur l'indemnité accordée aux émigrés, il reçut
147.915. francs.
(5). Elle porte cette inscription : « Jean-Thomas, comte
de Mitry, décédé le 13 juin 1832 ».
(6). BAULT : Ecartelé aux 1 et 4 d'azur à trois paux
alaisés d'or, et un chef d'argent chargé d'un massacre
de cerf de gueules accosté de deux hures de sanglier
affrontées de sable ; aux 2 et 3 d'or à un lion de sable
; sur le tout, d'azur aux raies d'escarboucle pommelées
d'or. Antoine de Bault, écuyer, maître particulier des
eaux et forêts d'Epinal, fut reconnu noble, suivant
l'Armorial général de France, le 18 juillet 1698
{Armorial de d'Hozier, Bibliothèque nationale).
(7). ABRAM : bandé d'azur et de gueules de six pièces ;
au chef d'azur, chargé de trois abeilles d'or mises en
rang. Famille de Lorraine, anoblie en la personne de
Etienne-Charles Abram, avocat à la Cour souveraine, par
lettres du 5 mai 1710 (DOM Pelletier, l. c.).
(8). Son portrait, en manière d'ombre chinoise, figure
parmi les souvenirs de famille, au château du Mesnil.
(9). Son portrait au crayon, fait par la marquise de
Toustain et conservé dans les souvenirs de famille, le
représente sous des traits d'une extrême finesse. Au
dos, cet éloge, écrit par sa tante
Louise-Françoise-Elisabeth de Mitry :
« Doux, prudent, un cœur droit, le caractère égal,
« Né sans aucun défaut, il détesta le mal.
« Ami de la sagesse, il lui rendit les armes ;
« Studieux, son esprit en savourait les charmes.
« La raison fut pour lui toujours le plus grand bien,
« En sage il a vécu, pour mourir en chrétien,
« Son âme, en s'envolant dans la sainte patrie,
« M'enlève le bonheur : le sien fait mon envie !
(10). LAUZIÈRES : d'argent au buisson de sinople. Maison
des plus illustres du Languedoc, tirant son nom du bourg
de Lauzières, sis dans le bas Languedoc, au diocèse de
Lodève. Elle remonte à Flotard, seigneur de Lauzières,
qui mourut vers 1173. Elle contracta d'illustres
alliances et forma plusieurs branches, dont la seule
subsistant de nos jours est représentée par le marquis
de Thémines, ancien officier, demeurant à Toulouse (Cf.
Preuves : Général comte de Mitry, op. cit., t. II,
liasse G, n° 167).
(11). Amelin de Rochemorin de Beaurepaire : d'azur à
trois croissants d'argent, deux et un. Famille des plus
considérables du pays du Maine, remontant au XIVe
siècle. Marc d'Amelin, seigneur du château fort de l'Amelinay,
près Gennes, diocèse du Mans, servit dans l'armée de
Turenne, sous le règne de Charles VIL Ses descendants se
fixèrent dans le Périgord, vers 1490 : une branche
s'établit en Lorraine, au commencement du XVIIIe siècle,
et s'y allia à d'anciennes familles du pays. Alliances :
Muzac, Ladonchamps, Villers, Tinseau, Cabannes, Castres,
Puymaigre, etc... {Passim).
(12). Des suites de couches, à la naissance d'un second
fils, venu au monde sans vie le 25 avril 1822.
(13). Elle porte cette inscription : « P. M. R. de
Lauzières de Thémines. comtesse de Mitry, décédée le 27
avril 1822. » |