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Colons lorrains en Autriche - 1762-1773
 


Le Magasin pittoresque - 1890

LES COLONIES FRANÇAISES EN AUTRICHE.

Pour sauvegarder leur foi religieuse, les huguenots français allèrent fonder en Allemagne des colonies qui ont joué un rôle dans l'histoire ; c'est dans l'espoir d'améliorer leur sort que, vers la fin du dix-huitième siècle, des groupes importants de Lorrains et d'Alsaciens quittèrent leur sol natal et fondèrent en Hongrie des colonies qui, jusqu'à nos jours, ont conservé bien des traits de leur caractère originel.
Dans les vastes plaines du Banat de Hongrie, à environ 250 kilomètres à l'est de Pesth, au nord-ouest de Temesvar, et au nord du chemin de fer de Vienne à Basiaz, on est étonné de trouver, au milieu de villages à dénominations hongroises, allemandes, serbes ou roumaines, trois villages dont les noms de Charleville, Saint-Hubert, Seultour, rappellent l'origine française de leurs habitants.
Ce ne furent pas les seuls, d'ailleurs, qui reçurent des colons français; d'autres villages portant des noms hongrois ou allemands, tels que Trubswetter, Ostern, Gottlob, etc., furent, à leur origine, presqu'exclusivement habités par des Lorrains et des Alsaciens.
Pour repeupler les plaines de la Hongrie, ravagées pendant les luttes victorieuses soutenues par les Hongrois contre les Turcs, depuis le milieu du dix-septième jusqu'au début du dix-huitième siècle, l'impératrice Marie-Thérèse s'efforça d'attirer dans ses États de Hongrie des colons étrangers. Des Saxons, Badois, Wurtembergeois et aussi des Lorrains et des Alsaciens, se laissèrent séduire par les avantages réels qui leur étaient offerts et devaient leur faire oublier leur exil volontaire. Malheureux dans leur pays, à cette époque, écrasés par des impôts ruineux, les paysans lorrains cédaient d'autant plus aisément aux appels qui de loin leur étaient adressés, que François III, duc de Lorraine, était, sous le nom de François Ier d'Autriche, devenu l'époux de Marie-Thérèse.
De 1762 à 1773 furent fondées, en Hongrie, les colonies françaises. Les régions qui devaient former plus tard les départements de la Moselle, de la Meurthe et du Bas-Rhin fournirent les contingents de colons les plus importants.
Dans la petite forteresse de Kehl, qui faisait alors partie des possessions de l'Autriche, sur la rive droite du Rhin, les colons français étaient reçus par un notaire impérial, devant lequel ils signaient un acte d'engagement comme colons et qui les munissait des secours de route et instructions nécessaires. De Kehl, ils étaient dirigés sur Ulm, dans le Wurtemberg, où ils s'embarquaient sur le Danube, dont ils descendaient le cours par Passau, Vienne, Presbourg et Pesth, jusque dans le Banat de Hongrie.
En 1769, de nombreuses familles de la Lorraine allemande, notamment du comté de Dabo, d'autres des environs de Foug, dans la Lorraine française, en même temps que des familles alsaciennes, originaires entre autres de Strasbourg, Colmar, Obernai, Marckolsheim, Sainte-Marie-aux-Mines, Saint-Hippolyte (petite ville qui, bien que située en Alsace, au pied des Vosges, appartenait au duc de Lorraine) partaient pour la Hongrie. L'émigration atteignit son maximum d'activité en 1770. Dans cette seule année, plus d'un millier de familles de la Lorraine, de Commercy, Pompey, Marbache, Blâmont, Avricourt, Réchicourt, Saaralbe, Fénétrange, Thionville, Bitche, etc., prenaient le chemin de la Hongrie. Bien qu'à un moindre degré, l'immigration continua les années suivantes.
La plupart des colons étaient des cultivateurs et des artisans. Voyageant par groupes composés de plusieurs familles de la même localité, ils avaient des guides spéciaux qui leur distribuaient des secours en argent.
Arrivés en Hongrie, les colons français furent répartis dans des villages existant déjà ou dans des colonies nouvelles fondées pour eux. Une commission spéciale (Impopulations commission), créée à Vienne dans le sein de la Chambre Aulique, était chargée de l'administration des colonies et de la gestion des sommes considérables consacrées à leur création et à leur entretien.
Marie-Thérèse portait aux colons lorrains, anciens sujets de son époux, un intérêt tout spécial. Réunis, pour la plupart, par ses ordres, dans cinq villages rapprochés les uns des autres, ils furent, pendant dix ans, exempts de tout impôt. Les artisans qui préféraient se fixer dans une ville furent exemptés des droits de maîtrise et de bourgeoisie. Une maison entourée d'un jardin, des bestiaux, instruments aratoires, semences et jusqu'à des ustensiles de cuisine, parfois des allocations en argent remboursables par termes, furent accordés à chaque famille, qui reçut de plus, en toute propriété, un lot de terres d'un seul tenant, désigné sous le nom de cession, qu'il conserve encore aujourd'hui.

L. HECHT


Peintures de Stefan Jäger (1877-1962) représentant l'arrivée des colons lorrains :



Les villages de Charleville, Saint-Hubert, Seultour, forment désormais la commune de Banatko Veliko Selo en Serbie :


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