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Propagande destinée à la jeunesse - Aimé Agelot - 1914

(Voir aussi le cas d'Emile Bigarré : Journal des instituteurs - 1914 et Presse - Journal Le petit parisien - 1878-1931)

Aimé Joseph Agelot était né à Domèvre-sur Vezouze le 29 mars 1897.
Il sera, comme on le voit dans les documents ci-dessous, cité en exemple dans les écoles pour son engagement au combat. Mais après les épisodes relatés ci-dessous, Aimé Agelot, de la classe 1917, a été incorporé comme seconde classe, par le bureau de recrutement d'Epinal, au 64ème bataillon de chasseurs alpins. Il sera tué à l'ennemi le 23 octobre 1917 à Vailly sur Aisne.
A cette date, le Journal des Marches et Opérations du bataillon indique :
« A 5 h 15 attaque de la ferme du Panthéon. Le bataillon atteint une partie de ses objectifs et se cramponne au terrain conquis (1). (Voir pertes dans le carnet des pertes ci-joint)
(1) Voir dans la pochette en fin de cahier, les dossiers n° 1-2-3 et 4 indiquant le plan d'engagement, les C.R. et ordres donnés au cours de l'action - le rapport avec les opérations et quelques dépositions et récits anecdotiques. »


La Jeunesse Héroïque
Gustave Fraipont
1919

Petit Artilleur

Nous sommes dans un hameau tout proche de Lunéville. Tout en surveillant la rentrée à l'étable d'un troupeau de moutons, une campagnarde et un jeune garçon causent avec animation :
- « Non, s'écrie celui-ci, je ne peux plus rester, il faut que je parte !...
- « Partir, pourquoi ?... Tu te trouves donc mal à la ferme, mon p'tit gars ? Pourtant...
- « Oh ! non, madame, interrompt le petit, vous êtes bonne pour moi et je vous aime bien, mais je veux faire comme papa, je veux me battre.
- « Te battre, à ton âge ! Petiot comme tu es !...
- « J'ai dix-sept ans et je suis bien capable de me servir d'un fusil!... Qu'on m'en donne un, pour voir.
- « T'as dix-sept ans, c'est vrai, mais t'en parais à peine quatorze.
- « Possible ! Mais je suis aussi fort que si j'en avais vingt!...
La fermière avait beau raisonner le petit bonhomme, celui-ci ne cédait pas et trouvait réponse à tout...
- « Enfin, conclut-elle en s'éloignant, ton père m'a chargée de veiller sur toi, je ne te laisserai pas partir. »
L'enfant, Aimé Agelot, avait en effet été laissé, par son père, aux soins d'une brave cultivatrice dans laquelle il avait toute confiance. Le père Agelot, contremaître dans une usine de Lunéville, était veuf et vivait seul avec son fils dans un village des environs lorsqu'éclata la guerre. Dès le premier jour de la mobilisation il dut rejoindre son corps comme sergent aux chasseurs à pied.
Il partait plein d'enthousiasme, troublé seulement par la pensée de quitter son cher enfant. Il ne reprit un peu de tranquillité que lorsqu'il l'eût remis aux mains de la digne femme, qu'il connaissait depuis longtemps, et du dévouement de laquelle il était assuré.
Aimé Agelot, ainsi que l'avait dit la fermière, ne paraissait pas son âge.
Petit blond aux yeux doux, il avait plutôt l'aspect d'une fillette que d'un garçon, mais sous son air timide se cachait une énergie que rien ne laissait deviner, et ce fût d'un ton très décidé qu'il témoigna son désir de troquer les outils de cultivateur - (on l'employait aux travaux des champs) - contre le fourniment du soldat.
Depuis le départ de son père, Aimé était devenu sombre et taciturne lui d'ordinaire rieur et plein d'entrain. - Une idée fixe le hantait: partir, aller se battre.
Quelques jours après la conversation que nous avons entendue, Aimé revint des champs tout gai, tout joyeux.
- « Quoi donc qui t'arrive, petiot, que te voilà si en train? lui dit la fermière étonnée.
- « Il m'arrive que j'ai vu des soldats et que c'est entendu... je pars avec eux!
Des batteries d'artillerie avaient fait halte au village; Aimé s'était faufilé à travers les canons, les caissons, les attelages, avait causé aux soldats et, d'un petit air candide, les avait si adroitement interrogés qu'il avait pu apprendre leur lieu de cantonnement.
Dès lors, sa résolution fut prise... le lendemain il partait les rejoindre malgré toutes les bonnes raisons qu'invoquait la fermière pour le retenir. - Voyant enfin que la décision de son petit protégé était irrévocable, elle dut céder. Après lui avoir bourré les poches de tout ce qu'elle jugea pouvoir lui être utile et lui avoir donné quelque argent, les larmes aux yeux, elle le vit s'éloigner.
Lorsque Aimé rejoignit le régiment, il alla droit à un lieutenant:
- « Monsieur le lieutenant, je viens m'engager, je voudrais partir avec vous!
L'officier fut quelque peu interloqué à cette demande inattendue du moutard, de ce « gosse » campé crânement devant lui.
Il sourit et se disposait à le renvoyer gentiment d'où il venait, lorsque l'enfant renouvela sa demande, insista tant et si bien que, le prenant par la main, le lieutenant le conduisit chez le commandant.
L'aspirant-soldat fit si bien qu'il obtint enfin de rester, mais, ajouta le commandant « à la condition que ton père, auquel je vais écrire, m'autorise à te gar-, der; tout dépend donc de sa réponse. »
Cette réponse fut admirable: « S'il est dans les idées de mon enfant de servir son pays, je l'approuve... Nous ne serons pas trop de deux dans la famille. Qu'il se batte. »
L'homme qui écrivait cela, le père Agelot, blessé deux fois, à la poitrine et à la jambe, venait d'être promu adjudant, puis peu après, avait reçu ses galons d'officier et gagné la médaille militaire.
« Bon sang ne peut mentir », dit un proverbe, celui d'Aimé Agelot ne mentit point.
Devenu l'enfant gâté, le « tout-petit » du régiment, on lui apprit tout ce qu'un soldat doit savoir. - Vite il connut le maniement de l'admirable 75; bientôt, il fut une des sentinelles préposées à la garde du canon.
Il sait à merveille se servir de son mousqueton. Il le prouve.
A Nomény, après un vif engagement, au moment où deux pièces, repérées par les Allemands, s'éloignent pour changer de position, un parti de uhlans apparaît, fonce au galop sur les canons dont Aimé Agelot est l'un des gardiens... sans hésiter, il se blottit entre les roues, face à l'ennemi, épaule son arme, vise, tire, tire, tire... trois cavaliers sont descendus, mais l'un d'eux a pu avant de tomber, octroyer un coup de sabre au jeune artilleur, blessure peu grave, heureusement, que lui-même panse hâtivement, puis il continue avec ses camarades, à soutenir la lutte jusqu'à l'arrivée d'un détachement français... Les pièces sont sauvées.
Partout, Aimé Agelot se conduisit en brave.
- « C'est pas un môme, c'est un vrai brisquard », disait de lui un ancien soldat réengagé.
Le fait est qu'Aimé a à son actif une série de combats digne d'un vieux brisquard: il fut aux combats de Cirey, Blamont, Badonvillers, Charmes, Rambervillers, etc.
Après la bataille de la Marne il est affecté à une batterie d'artillerie lourde, se bat dans l'Aisne, à Neuville-en-Rue; va en Belgique où, près de Dixmude, il reçoit dans le mollet un éclat d'obus. Aussitôt guéri, il rejoint son corps, est aux affaires de Ille- sur-Noye, de St-Léger, de Courcelles-aux-Bois où, pour la troisième fois, il est blessé.
Aimé Agelot a su non seulement combattre, mais aussi entreprendre de difficiles missions, se glissant, par exemple, tout près de lignes prussiennes pour donner à nos officiers de précieux renseignements.
Cité à l'ordre du jour de l'armée, l'enfant pense à la joie de son cher papa...
Hélas! on est sans nouvelles de lui, les lettres qu'on lui adresse restent sans réponse !....
Le généralissime ayant décidé le renvoi à l'arrière des tout jeunes gens, Aimé a dû quitter le front; il est maintenant sous l'égide d'un excellent officier, le lieutenant Boubée qui s'est pris pour lui d'affection et consacre tout le temps qu'il a de disponible à parfaire l'instruction générale de son jeune protégé: «Je n'ai pas d'enfant, dit-il, et si son père est tombé, j'adopte celui-ci et je l'emmène avec moi au Maroc. »
Le brave petit sera en bonnes mains, mais nous souhaitons pour lui que son valeureux père revienne bientôt l'embrasser.


Le journal des instituteurs - ° 20 - 14 février 1915 - p. 276
La Guerre - A lire aux élèves


Publicité parue dans
Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur
N° 8 - 19 novembre 1916


On retrouve d'ailleurs trace de cette publication de Fabiano dans le
« catalogue raisonné des Estampes, Originaux, Affiches illustrées, Imageries, Vignettes,Cartes postales. Modes, Fantaisies diverses inspirées par la Guerre, Faïences, Médailles, Bons de monnaie. Timbres, etc. » de la Collection Henri Leblanc donnée à l'état le 4 août 1917 (Ed. 1918)

Voir l'illustration correspondante

 

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