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Note sur Marmod, Industriel

Voir aussi  Notes complémentaires sur MARMOD, Industriel


Henri Lepage dans « Le Département de la Meurthe » (1843) mentionne concernant Blâmont :
« Hommes marquants. La ville de Blâmont a vu naître : [...] MARMOD, industriel distingué, né en 1757 ».

Il mentionne encore Antoine-Benoît-Dieudonné et Jean-Claude-Nicolas Marmod dans un étude sur le Sauvoy (1879), dont les extraits sont reproduits ci-dessous. Sans doute avait-il relevé à l'origine ces noms dans l'Histoire de Nancy de Lionnois (1810), qu'il cite d'ailleurs dans ses notes en 1879.

L'ouvrage "Mille années d'histoire" de M. Paul Therret nous indique  Jean-Claude-Nicolas serait né à Blâmont en 1747, de François Marmod, maître de la poste aux lettres, et de Anne Gache, et qu'il serait décédé à Senones en 1806. Lepage nous évoque cependant un décès en 1819, et on trouve encore dans le "Exposition de 1819 - Rapport du Jury Central sur les produits de l'industrie" mention d'un établissement Marmod Frères à Domèvre, primé d'une "mention honorable" pour du coton filé.

Cette date de 1806 est cependant citée aussi dans "Biographie historique et généalogique des hommes marquans de de l'ancienne province de Lorraine" (Louis-Antoine Michel - 1829), avec une naissance située en 1757.
 


Histoire des Villes Vieille et Neuve de Nancy depuis leur fondation
J.J. Lionnois - 1810

JARVILLE.

Mais ce que nous avons appris et vû par nous-mêmes, des admirables expériences et des heureuses découvertes qu'ont faites depuis quelques années les Srs Marmod frères, tant dans leurs manufactures de Nancy que de Jarville, ne nous permet pas de laisser ignorer le nom et les travaux de Citoyens aussi précieux à l'Etat, et mille fois, plus dignes d'être consignés dans les fastes de l'Histoire, que les noms et les faits de tant de Héros prétendus, qui n'ont travaillé pour leur gloire, qu'en faisant périr une multitude de leurs semblables.
Les. Srs Marmod sont Lorrains, originaires de Blamont, domiciliés à Nancy, vers 1784. Voyant qu'en, cette ville il n'y avoit pas de manufacture en siamoise et toile de coton, et que la grande consommation qu'on y en faisoit, transportoit un argent immense en Allemagne, d'où s'en faisoit l'importation ; sur l'invitation du Sr Rolin, Curé de Saint Nicolas, pour occuper les jeunes gens indigens de sa Paroisse, ils se déterminèrent à faire monter quelques métiers de tisserands, et une filature de coton par le moyen de mécaniques alors inconnues en Lorraine.
Cet établissement, ainsi commencé, fut successivement augmenté, au point d'avoir entretenu, dans moins des 3 premières années, et dans les bâtimens qu'ils firent construire à cet effet dans la rue Paille-maille, plus de 400 jeunes gens de l'un et de l'autre sexe ; sans y comprendre encore un plus grand nombre d'autres qu'ils occupoient dans la ville et les environs, après avoir été instruits à ces ouvrages, aux frais des Srs Marmod.
En 1787, la grande consommation qu'ils faisoient de coton teint, la difficulté qu'ils éprouvoient quelquefois de s'en procurer d'assez beau, et sur-tout le désir qu'ils avoient de fournir de l'ouvrage à ceux qui imploroient leurs secours, leur firent naître le projet de monter une teinturerie, en surmontant en peu de temps les obstacles qui s'élevoient contre cet établissement, principalement pour le rouge, auquel ils ne purent parvenir qu'à force d'essais. Il ne leur suffisoit pas d'acquérir pour eux les connoissances nécessaires à ce travail; il falloit de plus en enseigner la manipulation à des ouvriers qui, n'y étant pas plus versés qu'eux, n'avoient ni le même intérêt au succès, ni les mêmes lumières pour profiter du résultat de chaque opération.
Par cette nouvelle découverte qui réussit au-delà de toute espérance, nos généreux Citoyens se trouvant trop resserrés dans leur première teinturerie à Nancy, qui ne suffisoit plus au roulement de leur fabrication en toile, divisèrent cette teinturerie, en conservant à Nancy celle des cotons rouils, bleus foncés et bleus célestes, et en transférant à Jarville celle dès cotons rouges.
Ce dernier établissement n'eut pas d'abord les mêmes succès que les précédents. Plusieurs années de dépenses, de nombreux travaux, souvent infructueux, et des pertes inévitables dans une entreprise de ce genre, leur firent plus d'une fois regretter d'avoir commencé cette branche de commerce. Cependant à force d'essais et de constance, ils sont parvenus à simplifier leurs procédés, et à obtenir, par la nouvelle construction de leurs chaudières et fourneaux, une réduction de près des deux tiers dans la consommation du combustible; et la beauté de leur coton, leur inaltération et leur solidité dans la couleur, les mettent maintenant dans le cas de rivaliser avec les meilleurs teinturiers de l'Europe, sans en excepter même ceux d'Andrinople si justement vantés.
Depuis plusieurs années, ces habiles Artistes s'étoient occupés de la construction de nouvelles machines à filer le coton, par le moyen d'un cheval ou par eau. Ces machines avoient l'avantage d'augmenter la force du fil et de donner plus de qualité à la marchandise, en rangeant, tous les filamens parallèlement, tandis que par les anciennes machines, ils sont tout hérissés. Mais il leur manquoit un moyen pour rendre la machine plus complète. C'étoit de communiquer avec facilité, économie et promptitude, le mouvement premier de la machine. Tel a été le but et le motif des essais de perforation qu'ils ont faits dans leur Manufacture de Jarville, qui supposent dans ces Messieurs autant de constance que d'intelligence.

Nouvelle fontaine jaillissante à 182 pieds de profondeur.
Pour venir à bout de leur dessein, et se procurer une eau jaillissante et suffisante pour faire mouvoir, au moyen d'une roue de moulin, la machine à filer le coton, ils tentèrent l'emploi de la sonde. Un nouveau moyen qu'avoient déjà employé ces Mrs pour diminuer le frottement des deux tiers, et augmenter la force motrice de l'eau, faisoit qu'ils n'avoient besoin que d'un très-petit calibre d'eau. Les essais qu'ils avoient déjà faits dans trois moulins, leur avoient prouvé cette assertion.
Voici les moyens qu'ils ont employés pour obtenir cette fontaine; moyens trop peu connus jusqu'ici dans cette Province, et qui pourroient être très-utiles aux Communes qui manquent d'eau, ou qui n'en ont que de mauvaises.
Ces moyens consistent uniquement dans l'emploi de la sonde, au bout de laquelle, ils ont fait adapter des tarrières pour perforer la terre, et des forets plats pour percer les roches. Ces forets étoient de plusieurs formes. Les plats ont servi à commencer; d'autres dont le dessous avoit la forme d'étoile, étoient destinés à agrandir le trou, et à lui donner 3 pouces et demi de diamètre, qui est la grosseur de ce trou depuis le sol jusqu'à sa plus grande profondeur.
Entre ces forets et ces tarières de plusieurs formes, et dont plusieurs étoient fort, coûteux, les plats moins chers et plus faciles à raccommoder, sont ceux qui ont rendu le plus de service. On adaptoit les barreaux les uns au bout des autres, par enfourchement couvert par un boëte en fer, quarrée, du calibre des barreaux. Une clavette passant à travers la boële et l'enfourchement, unissoit les deux barreaux. Le dernier accroché dans une Esse qui tenoit au cable, par le moyen d'une espèce d'anse de panier à boulon tournant, permettoit de faire mouvoir la sonde sans détordre le cable. Les barreaux ainsi disposés, deux hommes les tournoient, moyennant un lévier adapté dans le quarré des barreaux et maintenu par une clavette après son barreau. L'outil étant rempli, on le sortoit pour le vider. Souvent en retirant la, sonde, une clavette cassoit, et laissoit des barreaux jusqu'à 150 pieds de profondeur. Pour remédier à cet inconvénient, ces Mrs ont fait faire divers crochets pour les retirer. Mais ce qui les a mieux servi, c'est une espèce de sonnette vissée en dedans, n'ayant que 3 pouces 4 lignes de diamètre extérieur, laquelle s'adaptant après le barreau de la sonde, venoit se poser sur la pointe étroite du barreau, servant à l'enfourchement. Comme cette pointe augmentoit de grosseur en descendant, il suffisoit de tourner la sonnette par les barreaux, et la pointe s'introduisoit dans son intérieur vissé. Dès qu'elle s'étoit suffisamment engagée, on retiroit les barreaux, à quelque profondeur qu'ils fussent, aussi facilement que si la clavette y fût restée. Quelle constance n'a-t-il pas fallu pour dévorer tous les ennuis que de semblables obstacles apportoient fréquemment à cette entreprise !
Mais enfin, après 179 jours un quart de persévérance, ces Mrs ont vu, avec satisfaction, leurs travaux récompensés par le plus grand succès, par une fontaine jaillissante de 182 pieds de profondeur. Ils ont enfoncé 32 pieds de corps de chêne jusqu'au refus du mouton ; et le travail achevé, ils ont eu un calibre d'eau de 5 lignes de diamètre, montant à 14 pieds au-dessus du sol, et qui se seroit élevée beaucoup plus haut, si on ne l'eût arrêtée dans son jet. Quelqu'avantageuse que leur soit cette fontaine, elle ne répond point encore au dessein qu'ils s'étoient proposé, en commençant cette entreprise, qui étoit, d'avoir un pouce, ou un pouce et demi d'eau nécessaire pour leurs mécaniques. Mais après tant de constance et de dépenses, il est à présumer qu'en creusant un peu plus, ils obtiendront un plein et entier succès.
Voici les diverses espèces de couches qu'ils ont trouvées.
Au sol à 3 pieds de profondeur, terre végétale jaunâtre ;
à 87 pieds 6 pouces, Argile bleu. Ce ban est coupé à 20 pieds, par 6 à 10 pouces de pierre.
à 129 pieds, 5 pouces, Roche-argile-calcaire plus noire et plus ferrugineuse que la précédente.
à 137 pieds, 6 pouces, Argile-bolaire-violette, terminée par des débris granitiques.
à 152 pieds, 6 pouces plus rouge, comme le bol d'Arménie.
à 154 pieds, un pouce, idem, grise.
à 174 pieds, idem, plus grise et plus ferrugineuse.
à 178 pieds, grès-blanc, extrêmement tin, d'où est sortie l'eau.
à 182 pieds, ils ont eu un peu plus d'eau, c'est-à-dire, 5 pouces de diamètre; ce qui donne espérance qu'en creusant encore plus, l'eau sera plus abondante.
Cette fontaine qui contient à peu près les mêmes sels que celles de Schedschut et de Sedlitz, est purgative, fébrifuge, diurétique, et réussit assez bien dans les obstructions.

Chaudières économiques.
Outre les grands avantages que ces estimables Citoyens ont procurés et procurent encore à un si grand nombre d'indigens qu'ils font subsister par les travaux de leurs manufactures, et les expériences journalières auxquelles ils les emploient, la nouvelle manière dont ils construisent leurs chaudières, qui économisent les deux tiers du combustible, aujourd'hui si rare et si cher, mérite, de la part de leurs Concitoyens, la plus vive reconnoissance. Tous les Brasseurs et les Manufacturiers qui les ont vues, ont été forcés de convenir qu'avec deux pieds et demi de bois, mesure de Nancy, ils font bouillir, pendant 4 heures, une chaudière contenant 60 mesures d'eau. Quelques-uns ont déjà fait monter les leurs, par l'ouvrier instruit par les Srs Marmod; et il faut espérer que les autres, dans ce moment où on les accuse d'être la cause de la cherté du bois, renonceront à leur routine, plus dispendieuse pour eux, et fort onéreuse au public.


Journal de la Société d'Archéologie Lorraine et du Musée historique lorrain
Octobre 1879.

LE SAUVOY.
H. Lepage

A un kilomètre environ de Nancy, sur la route de Pont-à-Mousson, il y a un groupe de maisons, auberges et cafés pour la plupart, formant un hameau qui dépend de la commune de Maxéville ; on l'appelle Saint-Sébastien. Il doit sa naissance et son nom à une chapelle, avoisinée d'un ermitage, qui existait jadis en cet en- droit. Cette chapelle avait été fondée, au commencement de l'année 1516, par un officier de bouche de la maison du duc Antoine lequel avait suivi son maître dans son voyage par delà les monts, lorsque ce prince accompagna François le. qui allait tenter la conquête du Milanais.
[...] le « bien dit le Sauvoy fut vendu, pour la somme de 72,600 livres de Lorraine, à Jean-Louis- Stanislas Le Febvre de Saint-Germain, ancien capitaine au service de France.
Le nouvel acquéreur ne conserva pas intégralement le Sauvoy : il en aliéna quelques dépendances, mais il se plut à embellir ce qu'il s'en était réservé. Il n'en jouit pas longtemps, sans doute à cause des événements politiques, car la Révolution avançait à grands pas, et la noblesse ne la voyait pas venir sans un légitime effroi. Dès le 20 novembre 1790, 1 Le Febvre, « ci-devant comte et seigneur de Saint Germain », vendait, moyennant une rente viagère de 6,000 livres, cours de France, à Daniel-Pierre de Rorthays, capitaine au régiment du Roy « ci-devant marquis de Montbail », demeurant à Nancy, et à Marie-Victoire de Mahé, sa femme, encore mineure, «  le bien dit le Sauvois, consistant en une maison de maître entourée de fossés, au milieu desquels et en avant il y deux jets d'eau, une grande cour d'entrée avec une avenue plantée de tilleuls et hayes de charmilles qui la bordent, basse-cour, grange, écuries, bougerie dans laquelle il y a un pressoir, un grand jardin verger attenant à la maison de maître, un jardin potager dans lequel il y a un jet d'eau, environné de deux côtés d'une allée de charmille, un petit verger derrière ladite charmille, dans lequel il a y une grotte de rocher qui jette des eaux... »
Cette description, si peu poétique qu'elle soit, prouve que le Sauvoy devait être une charmante habitation. Néanmoins le marquis de Monbail, bien qu'il eût obtenu sa radiation de la liste des émigrés et fût devenu le citoyen Rorthays, ne jugea pas à propos de le conserver entre ses mains il le vendit, le 22 ventose an III, pour 222,000 livres, probablement en assignats ou autre papier-monnaie, à Antoine-Benoît-Dieudonné et Jean-Claude-Nicolas Marmod, négociants à Nancy.
Ces deux frères, originaires de Blâmont, et fixés dans notre ville depuis 1784, s'étaient fait un nom et une fortune dans l'industrie, en même temps qu'ils avaient rendu de grands services à la classe indigente en occupant une foule de jeunes gens des deux sexes dans leur manufacture de siamoise et de toile de coton. (1)

A la mort de Jean-Claude-Nicolas, sa veuve et son frère vendirent le « château » du Sauvoy, le 5 mai 1819, à Philippe-Jacques Stieler, baron de Landoville, colonel de la légion de la Lozère, moyennant la somme de 60,000 francs.

(1) Voy. ce qu'en dit Lionnois dans son Histoire de Nancy, I, p. 614.


Biographie historique et généalogique des hommes marquans de de l'ancienne province de Lorraine
Louis-Antoine Michel - 1829

MARMOD (Jean-Caude-Nicolas), né à Blâmont en 1757, décédé à Senones, en 1806; est cité dans l'histoire de Nancy, dans les statistiques de l'an 13, de 1822, et par plusieurs sociétés savantes, avec mention honorable pour les services qu'il a rendus aux diverses industries du département. En effet, il a introduit dans la province le filage du coton par mécanique, la teinture en rouge d'Andrinople ou des Indes ; il est l'inventeur du tissage et des procédés pratiqués aujourd'hui dans l'économie du chauffage des étuves et des chaudières. Avant 1790, M. Marmod avait importé des Pays-Bas dans l'arrondissement de Lunéville, la culture du trèfle qui alors y était encore ignorée. Il a monté beaucoup de grands et utiles établissemens industriels, qui ont tous prospéré jusqu'au moment de sa mort : entre autres, la création de 3 filatures, 2 teintureries en ronge des Indes ; 2 tissages, 2 forges et hauts fourneaux ; un sondage pour la recherche d'eaux jaillissantes, et un autre pour celle du charbon de terre. Les ateliers de M. Marmod étaient des écoles de morale et de religion : toute sa vie, il fut animé du désir d'être utile à la société, et spécialement à la classe indigente, dont, en toutes circonstances, il s'est montré le protecteur et l'appui.

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