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Vie politique dans le département de la Meurthe d'août 1792 à octobre 1795 (3/4)
Albert Troux

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La vie politique dans le département de la Meurthe d'Août 1792 à Octobre 1795
Albert TROUX
Nancy Imprimerie Georges Thomas, 1936.
TOME II - la convention montagnarde et la convention thermidorienne


[p. 18]
La levée en masse (août 1793).
« Déjà, un décret du 27 juin 1793 prescrivait une levée de trente mille hommes pour le recrutement de la cavalerie aux armées. La part de la Meurthe avait été fixée à 300 hommes, que les districts durent fournir, par engagement volontaire ou, à défaut, par tirage au sort. Au district de Nancy furent demandés 45 hommes (dont 26 pour la ville) ; 40 à celui de Lunéville ; 35 à Château-Salins, Pont-à-Mousson et Sarrebourg ; 30 à Dieuze et à Toul ; 25 à Blâmont et à Vézelise (ADM, L 82, L 1491). »


[p. 19]
Le District de Blâmont [exempta de la levée en masse] Nicolas, directeur des Messageries nationales (ADM, L 544)
[...] Les commissaires [désignés par le Département] pour suivre les opérations (*) [de la levée en masse] étaient invités à n'admettre aucun infirme ni aucun suspect désarmé (**). Rassemblé à Nancy malgré quelques incidents locaux (***), le contingent devait être dirigé sur Metz les 2, 3 et 4 septembre [1793].


(*)  [...] Pour [le district de ] Blâmont, Barail, officier municipal.
(**) Répartition : 300 hommes pour le district de Nancy (dont 230 fournis par la ville), 200 pour Lunéville, 120 pour Château-Salins, 120 pour Pont-à-Mousson, 110 pour Sarrebourg, 100 pour Dieuze, 100 pour Toul, 100 pour Vézelise, 90 pour Blâmont (ADM, L 82).
(***) Quatre jeunes gens de Badonviller, « tombés au sort », rechignèrent plusieurs jours à se rendre à Blâmont devant le commissaire du département.
 

[p. 23]
L'ardeur fiévreuse de Wulliez [procureur-syndic de Sarrebourg] et de ses collègues était encouragée par le général Schauenbourg, commandant l'Armée de la Moselle : le 24 août, il leur promettait de leur envoyer comme chefs « ...les lieutenants-colonels en second des ci-devant bataillons de volontaires et d'autres officiers ». Elle ne se calma pas, bien au contraire, lorsqu'arrivèrent, le 25 août, des renseignements alarmants sur l'Armée du Rhin. Le Directoire local [de Sarrebourg] fit aussitôt sonner le tocsin pour appeler tous les citoyens aux armes. Il exhorta les autres districts à se porter avec lui « en avant du péril » et Blâmont, au moins, lui donna son acquiescement. Le 26, cinq ou six mille hommes partaient de Sarrebourg vers la gorge de Lorentz. Ils n'allèrent pas loin : Schauenbourg lui-même suspendit leur manoeuvre.

[p. 26]
L'arrivée du décret du 23 [août 1793] obligea le Conseil départemental à modifier, le 30 août, son arrêté primitif. Il convoqua, cette fois, tous les citoyens de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants, et, dans les villes et les bourgs, tous les citoyens de 18 à 35 ans, sans exception. C'était exiger illégalement des populations meurthoises un sacrifice beaucoup plus considérable que le sacrifice demandé par l'Assemblée et accroître une confusion déjà grande. En fin de compte, les districts obéirent, les uns aux arrêtés départementaux du 25 et du 30, d'autres au décret de la Convention du 23, d'autres encore - Blâmont et Sarrebourg - à la réquisition plus ancienne des représentants Lacoste et Guyardin.

[p. 28]
Touché directement, comme Sarrebourg, par l'arrêté Lacoste et Guyardin, le District de Blâmont fit marcher d'abord, sans les organiser en bataillons, tous les citoyens de 16 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants ; mais, le 4 septembre, à Hochfelden, non loin de Saverne, un bataillon de 435 hommes se constitua, tandis que les cultivateurs et les individus mariés étaient libérés. Seul, par conséquent, le district de Sarrebourg exécuta fidèlement le levée en masse, sous la forme définie par les représentants.

[p. 34]
Ceux qui restaient rendraient-ils à l'armée les services qu'on attendait d'eux ? C'était peu probable, étant donné leur origine surtout rurale, leur manque totale d'instruction militaire, l'insuffisance de leur équipement, le peu d'homogénéité de leur armement (*) et surtout la médiocrité de leur encadrement. Un avenir prochain devait révéler la faible valeur des « bataillons agricoles » - comme on appelait aussi les réquisitionnaires de la levée en masse.

(*) Tandis que les bataillons de Nancy, de Toul, de Vézelise, de Dieuze, de Pont-à-Mousson étaient munis de fusils, ceux de Lunéville, de Blâmont et de Château-Salins n'avaient guère que des piques (R. TOURNES, p. 223-224). Pour la fourniture de piques, le Directoire départemental avait traité directement avec trois fabricants d'armes de Saint-Etienne (ADM, L 79).

[p. 38]
Il y a toujours, certes, des dénonciateurs et des dénoncés, mais en nombre plus restreint qu'auparavant. Nicolas Boren, jardinier à Château-Voué, a dit au cabaret que s'il n'était pas libre de boire à sa guise, ce n'était pas la peine de planter des arbres de la liberté : ce propos d'ivrogne, répété par d'autres, lui vaut une peine de prison. J.-B. Laurent, fabriquant de savon à Blâmont, a refusé le 10 août de s'agenouiller pendant la messe de la Fédération, parce qu'il n'adorait pas des « idoles » ; c'est une irrévérence envers le culte, une insulte à l'autel de la Patrie : il est mis sous la surveillance directe de la municipalité (*).

(*) ADM, L 3157.

[p. 39-40]
Le 13 août [1793], à la demande du Comité de surveillance, le Directoire départemental ordonna la réintégration immédiate, dans la maison de réunion, des ecclésiastiques provisoirement élargis pour cause de maladie. Le 16, à la réception d'une circulaire du ministre Garat sur la fréquence « effrayante » des évasions et la promiscuité courante des prisonniers politiques avec des détenus de droit commun, sans distinction de sexe ou d'âge, il écrivit aux Districts pour leur prescrire une organisation rapide, définitive et rationnelle de leurs maisons d'arrêt et de justice : sa lettre déclencha une révision et un aménagement de toutes les geôles du département (*).

(*) [...] D'importants travaux de serrurerie furent entrepris dans plusieurs prisons de Nancy (Annonciades, Cordeliers, Prêcheresses, Refuge) par Jean-Baptiste-Sigisbert Limonier. A la Monnaie, la chapelle construite dans le préau et appuyée contre le mur d'enceinte fut démolie, parce qu'elle avait « déjà servi de moyen d'évasion pour les prisonniers » ; on parla aussi d'élever le mur de la cour et de remplacer les planchers, pour éviter le même inconvénient. Une reconnaissance effectuée aux Annonciades et aux Carmélites par Sébastien-Nicolas Morin, administrateur du district de Nancy, et par un entrepreneur, révéla que les soixante-douze chambres du premier de ces couvents étaient en assez bon état, mais qu'il fallait envisager de sérieux travaux pour rendre sûres et commodes les quarante-sept chambres ou cellules des Carmélites. - A Lunéville, on élabora, le 26 août, un projet d'organisation d'une maison d'arrêt pour ex-nobles au second étage du bâtiment des chanoines réguliers. - Blâmont réitéra une demande d'octobre 1791 : l'Administration de ce district eût désiré installer aux Capucins - qu'elle occupait déjà partiellement - le tribunal, la gendarmerie nationale et des prisons « conformes aux loix ».

[p. 42-43]
Au total, le Directoire départemental étendait sensiblement les pouvoirs des comités de surveillance. Plus encore, il entourait les suspects et les tièdes d'un réseau de précautions aux mailles plus serrées, qui annonçait singulièrement, près d'un mois à l'avance, la loi des suspects du 17 septembre 1793. Mais l'exécution de ses volontés ne dépendait pas de lui seul. Les Comités eux-mêmes, les Sociétés populaires, et même les Districts et les municipalités y concourraient pour une large part.
On pouvait certes compter sur la vigilance toujours en éveil du district de Sarrebourg. Informé, le 18 août [1793], que les représentants à l'Armée du Rhin venaient de signer un arrêté destiné à relever le crédit des assignats, il leur en avait demandé le texte, avec la permission de l'appliquer provisoirement dans la circonscription : « A défaut de guillotine pour marcher à l'appuy de votre arrêté, nous mettrons en évidence les sabres de quelques grenadiers ». Apprenant, le même jour, que l'ennemi était à Sarreguemines et pouvait surgir d'un moment à l'autre, il s'était réuni au Conseil général de la commune pour décider la fermeture des portes de la ville, tous les jours, à 7 heures du soir, le renforcement de la garde placée à chacune d'elles, la cuisson immédiate de pain pour six ou huit jours, l'incarcération de cinq suspects, l'installation d'un factionnaire dans chaque prison et devant le magasin de vivres et fourrages, l'expédition immédiate à Nancy de 35.000 livres sur les 40.000 que contenait la caisse de son receveur, l'interdiction à tous les habitants de s'absenter sans permission spéciale. Le 22, une partie de ces mesures avaient été rapportées à la nouvelle que les envahisseurs reculaient ; les cinq suspects avaient obtenu la clef des champs, ainsi que l'ancien juge Lallemand, mais non sans avoir essuyé une sévère et menaçante algarade. Le 26 encore, Wulliez soumettait au département du Bas-Rhin un projet de battues simultanées dans les forêts du comté de Dabo, des régions de Haguenau, de Wasselonne, de Saint-Quirin, d'Abreschwiller, contre des « noyaux » contre-révolutionnaires capables de fondre sur les propriétés des patriotes partis au feu. Et pourtant, le Comité de surveillance de Sarrebourg, soit qu'il eût été désorganisé ou absorbé par la levée en masse, soit qu'il eût estimé suffisantes les arrestations antérieurement prononcées, et trop tardive l'action du Directoire départemental, ne répondit pas alors aux décisions de ce dernier.
Peu d'autres s'y astreignirent, du reste. Deux ou trois seulement réunirent sur une liste, dans la dernière semaine d'août, les ex-nobles, les parents ou agents d'émigrés passibles d'arrestation : sept à Marsal, quinze à Lunéville, trois - des ex-nobles - à Badonviller (*), trois à Maxéville, un seulement à Blâmont (**).

(*) ADM, L 544. Ils furent envoyés à la prison de Blâmont qui les refusa, faute de place.
(**) Nicolas Masson, ex-capucin, résidant à Barbas chez le curé Nicolas Thiriet et connu pour sa « lâche indifférence » à l'égard de la cause républicaine et pour fréquenter des personnes « mal notées » (ADM, L 3156 et L 3162).

[p. 52]
Le problème des subsistances en août 1793
[...] Les principales villes, Nancy et Lunéville en tête, souffraient toujours de l'insuffisance des grains. Dans l'ancienne capitale de Stanislas, la population se porta en murmurant, le 9 août [1793], vers l'Hôtel de Ville : la municipalité dut aviser sur-le-champ à protéger les magasins militaires menacés de pillage. Pour ravitailler Na ncy, le Directoire départemental frappait les districts les plus proches de réquisitions qui demeuraient à peu près complètement inexécutées. Même Blâmont se plaignait de la « disette de vivres », en l'attribuant aux méfaits de l'accaparement.

[p. 59-60]
Si, malgré tous les obstacles, les armées - grossies des hommes de la levée en masse - ne manquèrent pas de pain, elles le durent autant à la sollicitude du Département qu'aux réquisitions désordonnées des représentants et des agents des subsistances. Mais l'élément civil de la population pâtit inévitablement du fait que le ravitaillement des soldats prima le sien. A Nancy, dans les derniers jours d'août [1793], régnait une véritable fièvre, qui n'était pas due uniquement au départ prochain des réquisitionnaires. La municipalité n'avait plus de farine ; le 27 août, le Département l'autorisa - car « la faim ne s'ajourne pas » - à délivrer du blé aux citoyens porteurs de billets du bureau de bienfaisance ; mais, faute d'orge, ce blé « pur » fut tarifé à 23 livres le quintal à dater du 1er septembre. A Sarrebourg aussi, on appréhendait de se trouver bientôt sans pain, d'autant plus que le district de Blâmont refusait son aide (*). C'était le triomphe du « chacun pour soi » [...]

(*) ADM, L 79 (début de septembre)

[p. 62]
On entama enfin, mais d'abord sans particulière énergie, la lutte contre les accapareurs. Le 19 août [1793], la municipalité de Nancy distribua une instruction relative à la récente et terrible loi du 27 juillet sur l'accaparement des denrées et des matières de première nécessité ; elle désigna aussi des commissaires pour vérifier les déclarations obligatoires des commerçants et la vente « par petits lots et à tout venant » des marchandises déclarées. A sa demande, la Société populaire ouvrit, le 30, une enquête sur un accaparement de suif que lui avait dénoncé le directoire du district mosellan de Thionville. Au cours d'une perquisition organisée, le 20 août, par le Comité de surveillance de Blâmont chez la veuve Ervette, de Barbas, dont on pensait que la maison recélait des émigrés, on découvrit - derrière une porte masquée par un lit et dans un grenier - vingt réseaux de blé en tas, trois en sacs, six sacs de farine et deux bichets de pois : or, dans sa déclaration consécutive à la loi du 4 mai, elle n'avait porté que six réseaux de blé, nécessaires à son entretien et à celui de ses ouvriers. Malgré ses explications, elle fut appréhendée pour contravention au premier maximum (*), ses denrées saisies et distribuées ou vendues au profit des indigents (**).

(*) Elle ne tombait pas sous le coup de la loi du 27 juillet, qui frappait seulement les marchands.
(**) ADM, L 544, L 3157, L 3160 ; Procéd. Du tribunal du district de Blâmont.

[p. 72-73]
Les officiers municipaux qui, après s'être entourés des garanties indispensables, avaient consenti à accorder les certificats [de civisme], devaient assumer la responsabilité de leur geste : c'est pourquoi, le 16 septembre [1793], le Directoire départemental arrêta que, pour être valable, tout certificat porterait obligatoirement les noms des membres du Conseil général présent à la séance où il avait été octroyé et le détail exact du vote.
La Convention intervint elle-même quatre jours plus tard (20 septembre), en ordonnant que tous les certificats seraient révisés « à peine de nullité » par les comités de surveillance et de salut public établis dans les différentes villes de la République, ou à défaut, par un comité ad hoc, composé de six membres pris dans les Sociétés populaires.
Tant de précautions purent rester impuissantes à empêcher la délivrance de certificats immérités. La Société populaire de Lunéville prévoyait les complaisances douteuses lorsqu'elle écrivit au Comité de surveillance de Blâmont : « Défiez-vous surtout des certificats que les aristocrates extorquent à la sensibilité des faibles pour échapper à la punition qui les attend ».


[p. 81-82]
Alors que le Comité [de surveillance] de Vézelise paraît avoir limité son activité à l'incarcération d'un ex-noble de Haroué, celui de Blâmont prononça trois arrestations [en septembre 1793] : celle de Joseph Jeanclaude, de Gogney qui, écroué une première fois pour résistance tenace à la loi du 4 mai, puis relaxé en juin, n'avait pas été guéri de son incivisme ; celle d'un auteur de propos extravagants qui, pour comble, n'avait pas déposé sa croix de Saint-Louis ; celle enfin de la veuve Ervette, accapareuse : mais Jeanclaude, grossier et frustre, partant peu responsable, fut derechef élargi sous surveillance (*).

(*) ADM, L 3157, L 3160.

[p. 100-101]
La dictature de Marat-Mauger.
[Auguste Mauger, revenu dans la Meurthe en octobre 1793, voulait] « propager l'esprit public, le soutenir et l'élever à la hauteur républicaine ». Pour ce faire, le club nancéien et le comité de surveillance devaient lui être d'un précieux concours.
La Société populaire de Nancy, replacée depuis le 20 septembre sous l'influence des éléments les plus avancés et catéchisée tour à tour par Brisse et par Philip, semblait d'avance toute dévouée aux projets de Mauger. Une adresse qu'elle avait votée, le 10 octobre, pour féliciter la Convention « des mesures grandes et salutaires » prises par elle « pour se purger des traîtres » était révélatrice de son état d'esprit. Sans trêve, elle continuait à vitupérer les ennemis avérés ou sournois du régime montagnard. Et même, depuis peu, elle englobait parmi eux les Juifs, en dépit de leur soumission aux lois et des « nombreux actes de civisme » auxquels se livraient, par précaution, certains d'entre eux. Tant à Nancy qu'à Dieuze, à Sarrebourg et à Blâmont (*), on prétendait que les Juifs avaient agioté sur les assignats, spéculé sur la vente des biens nationaux, pris en tutelle l'administration des subsistances militaires : les plus « purs » des Montagnards, interprétant ici le sentiment profond du petit peuple, répugnaient à les traiter en bons citoyens. Dans le courant de septembre et sur la proposition de Febvé (**), la Société populaire nancéienne avait demandé à la Convention leur « exportation » comme « un moyen d'extirper l'agiotage ». Ces Juifs, disait-elle, ont été « toujours agioteurs, toujours accapareurs, toujours isolés du reste de la République. Ils semblent ne devoir pas de longtemps sentir le prix du bien que leur a fait notre Révolution ». Philip s'est même écrié : « Ces êtres que la philosophie et la justice ont rendu à l'état d'hommes et de citoyens, ingrats envers la patrie, conservant les moeurs et l'habitude des vices qui les ont rendus si odieux à toutes les nations, loin de se montrer dignes des bienfaits de la Révolution, semblent toujours n'exister que pour l'agiotage, l'usure et l'accaparement, et sont ainsi les complices des émigrés dont ils favorisent le luxe ». Bien qu'appuyée par une requête identique du club toulois, la motion antijuive des sans-culottes nancéiens devait sans doute, finalement, être repoussée par les Jacobins de Paris et par la Convention, mais, en attendant, elle suffit à réveiller les haines et les préjugés qu'on pouvait croire périmés et à attirer sur « les enfants d'Israël » la suspicion des autorités.


(*) Affaire des Juifs Samuel Weil et Jacob Salomon et de Nicolas Comte, de Neuviller (accaparement d'avoine) : ADM, L 545.
(**) AN, WI A17-756 bis

[p. 120-121]
Quant aux opérations des comités de surveillance autres que celui de Nancy, elles échappaient encore complètement à l'influence de Marat-Mauger. Ces comités continuaient sans éclat leur existence des mois antérieurs, visant des certificats de civisme, dressant des listes de suspects, recevant des dénonciations, accordant des autorisations de résidence à des officiers suspendus, décernant quelques mandats d'arrêt, prononçant quelques élargissements ou des sorties provisoires pour les détenus âgés, malades ou assagis, atténuant quelques sanctions au bénéfice des cultivateurs ou des repentants, examinant les correspondances de la poste (*), organisant parfois des perquisitions, infligeant parfois aussi aux suspects et aux indifférents des taxes destinées à secourir les soldats pauvres.

(*) ADM, L 3157 : affaire du citoyen Crolbois, ancien officier au service du prince de Nassau, commandant le bataillon des troupes agricoles du district de Blâmont, auteur de lettres hostiles à la République.

|p. 131-133]
Le 3 [novembre 1793, face à l'approche des ennemis qu'on disait maîtres de Saverne], les Conseil généraux du département, du district et de la commune [de Nancy], les juges des tribunaux (criminel, de district, de commerce, de paix), le Comité de surveillance décidèrent de former un comité central de seize membres qui dresseraient la liste des détenus à « refouler » (d'aucuns disaient sur Paris, d'autres sur Châlons) et ceux des détenus à élargir avec ou sans surveillance [...]
Ce comité commença à examiner les détenus des Prêcheresses, qui étaient environ deux cents [...] Il va sans dire qu'il n'interrompit en aucune manière les arrestations. On avait lancé quatre-vingt-six mandats d'arrêt le 26 octobre, quatorze le 29, onze le 31, trois le 2 novembre ; on en décerna six le 4, sept le 5, vingt-cinq le 6, vingt le 7, sept le 8, douze le 9, etc. Bien peu ne furent suivis d'aucun effet. Toutes les victimes, saisies et écrouées, astreintes en principe par le Département, depuis le 9 brumaire, à la même nourriture et au même mode de couchage, n'étaient pas nancéiennes : sur les quatorze arrêtés du 29 octobre, on notait treize habitants de Favières, dont le procureur Rémy Carel et dix femmes ; sur les onze du 31, six habitants d'Haraucourt, et parmi les vingt-cinq du 6 novembre, figuraient plusieurs Lunévillois, sans compter Catoire-Bioncourt et Quintard, alors à Paris. Les élargissements étaient beaucoup plus rares que les emprisonnements : une cinquantaine seulement entre le 26 octobre et le 8 novembre. Une vingtaine de détenus furent transférés à Paris (*). Un instant même, il fut question de jeter en prison les parents et les domestiques des suspects absents ; puis, finalement, le 9 novembre, le Comité de surveillance renonça à cette pratique, en admettant que le caractère personnel des fautes ne permettait pas sans iniquité « d'en faire subir la peine à un autre ».

(
*) Ainsi : Pellet-Bonneville, ex-officier, Mullet (de) la Gironzière, Crolbois, ancien commandant du bataillon des troupes agricoles de Blâmont, etc. ADM, L 3284.

[p.130-131]
Le Comité [de surveillance] de Marsal ajouta, le 10 novembre [1793], trois suspects aux huit femmes, filles ou soeurs d'émigrés, qu'il avait incarcérées à la fin d'octobre : un ancien noble qui avait gardé constamment son colombier, s'était toujours opposé à l'enlèvement des bancs de l'église de Saint-Médard dont il était collateur et conservait des accointances avec les ennemis du régime ; un ouvrier des magasins à fourrages qui avait tenté d'arracher le cordon tricolore du citoyen Sirgent, censeur de la Société populaire ; un ancien officier, garde-magasin des fourrages, dont les fréquentations, les propos et les menées contre le club étaient suspects au plus haut point. Avec un peu de retard sur les autres, mais vraisemblablement mû par une émulation analogue, le Comité de Munster porta sur le tableau des citoyens suspects, le 17 novembre, vingt-quatre citoyens et citoyennes, qui avaient injurié « la représentation populaire », annoncé comme imminente une invasion autrichienne, engagé les jeunes gens à ne pas tirer au sort, maltraité le maire, attaqué le curé constitutionnel jusque dans la sacristie de l'église ou criblé de brocards orduriers le culte schismatique.
Si le Comité [de surveillance] de Bayon hésita, le 24 octobre, à faire de même pour le chirurgien Petitjean, père d'un émigré, celui de Blâmont, le 10 novembre [1793], enferma sept suspects dans la maison d'arrêt de la bourgade (*) et celui de Niedersteinzel procéda, le 23 octobre, à l'incarcération de la veuve Marie Weber pour avoir entretenu des correspondances avec des émigrés, dont l'ex-curé Bexon, et accompli des déplacements suspects. Le Comité de Gerbéviller organisa une perquisition, du reste infructueuse, sur le bruit que l'ancien curé Dominique Bessat était rentré en secret. A Dieuze, le 11 brumaire(1er novembre), le Société populaire nomma dans son propre sein un Comité de sans-culottes de cinq membres -quatre titulaires et un adjoint - pour dépister et signaler au Comité de surveillance local, déjà excité par Richaud et Ehrmann, tous les abus possibles : ce Comité, en apparence réalisé sur le modèle du Comité Mauger, employa sa brève existence, sous la présidence de Boucard, à relever des délits forestiers ou des contraventions au maximum, à signaler un ancien clubiste comme ami de Foblant, enfin à empêcher les bouchers de saisir, pour les abattre, des vaches ou des génisses prêtes à vêler.


(*) ADM, L 3162

[p. 142]
Le 31 octobre [1793], le Conseil du district de Pont-à-Mousson envoya des commissaires dans les villages pour engager les citoyens « robustes et de bonne volonté » et pour lever des contributions sur les riches ; le surlendemain, celui de Blâmont exhorta les officiers municipaux de Badonviller à « exciter » leurs « frères » contre les ennemis à l'affût des défilés de Saverne (*) ; le 4 novembre, celui de Dieuze, trouvant insuffisant le nombre des volontaires de Fénétrange (quatre seulement), décida, pour secouer l'apathie des habitants, la création dans cette commune d'un Comité révolutionnaire composé du citoyen Mathieu et des quatre enrôlés, et il enjoignit à la municipalité d'opérer une ponction sur les grosses fortunes. Mais, au total, les gardes nationales des campagnes ne fournirent qu'un nombre infime de volontaires.

(*) ADM, L 589

[p.146-147]
Mais la dernière levée d'hommes, qui dépeuplait subitement les campagnes, la multiplicité des convois qui astreignait cultivateurs et voituriers à de longues absences, les labours et les semailles d'automne, impossibles à reculer, la lenteur des boeufs souvent employés - faute de chevaux - pour les transports, tout avait contribué à retarder le versement du contingent [de blé, d'avoine et de foin] exigé pour l'Armée du Rhin. Entre temps, l'administration des subsistances militaires, d'accord avec les représentants accrédités auprès des deux armées, avait, pour mettre un terme à des chevauchements maintes fois incriminés, réglé que les districts de Sarrebourg et de Blâmont seraient désormais seuls « annexés à la division du Rhin », et que sept autres verseraient exclusivement aux magasins de l'Armée de la Moselle : or, il n'était pas possible d'exiger des deux premiers (celui de Sarrebourg étant même le moins « agricole » du département) ce qui avait d'abord été demandé à l'ensemble des neuf. Saint-Just et Lebas n'en avaient pas moins décidé, le 3 brumaire (24 octobre [1793]), d'accorder un ultime délai de douze jours aux administrateurs meurthois pour fournir le restant des denrées qui leur avaient été demandées : s'il n'obtempéraient pas, ils seraient traduits au Tribunal Révolutionnaire « comme coupables d'attentat contre la liberté et le salut de la Patrie ». Ceux-ci, à leur tour, avaient pris, le 5, un arrêté à caractère révolutionnaire : il réduisait ce délai à huit jours pour les producteurs meurthois, menaçait du même tribunal les cultivateurs désobéissants, les officiers municipaux négligents ou apathiques, les ouvriers réquisitionnés qui se refusaient au battage des grains et au bottelage du foin, envoyait dans chaque district, pour assurer l'exécution de ces dispositions, une force armée révolutionnaire de cinquante hommes d'infanterie et de douze hommes de cavalerie (*) et un commissaire départemental doté de pouvoirs extraordinaires (**).

(*) Prise à Nancy pour Blâmont, Vézelise et Dieuze ; dans leurs propres garnisons pour les autres districts.
(**) ADM, L 70, 5 brumaire. Ce commissaire, investi des mêmes pouvoirs que le conseil départemental lui-même et payé à raison de 10 livres par jour (aux frais des officiers municipaux en retard, qui pourraient se retourner contre les propriétaires et les cultivateurs fautifs), avait le commandement de la force armée, ainsi que la faculté de requérir la gendarmerie et la garde nationale. Furent nommés : Chatriant (district de Nancy), Mourer (Vézelise), Sonnini (Lunéville), Saulnier (Blâmont), Wulliez (Sarrebourg), Chamot (Dieuze), Pierson (Pont-à-Mousson), Morel (Toul) et Poirson (Château-Salins).

[p.171-175]
La brouille irrémédiable survenue entre Faure et Mauger n'avait pu retarder l'exécution des volontés de Saint-Just et de Lebas [...] C'est l'arrêté relatif à la destitution et au remplacement de l'administration départementale qui fut appliqué en premier. Renkin, accompagné de Faure, l'apporta le 25 brumaire (15 novembre [1793]), à quatre heures de l'après-midi, au Comité de surveillance, qui n'eut qu'à s'incliner : il lança un mandat d'arrêt contre Mourer, procureur-général-syndic, et son suppléant Rollin le jeune, contre Harlaut, vice-président, Billecard, Cabocel, Sonnini, Rollin l'aîné et Grandjean.
[...] Faure avait une fois de plus bouleversé l'administration départementale. Trouvant qu'on l'avait formée avec trop de précipitation, sans consulter les administrés « autant que les mesures révolutionnaires peuvent le permettre » et sans y appeler des citoyens des différents districts, voulant peut-être aussi la débarrasser d'éléments compromis avec Mauger, il avait, le 14 frimaire, remercié Thouvenin-Fafet, Gillet et Munier, et prié les Directoires des districts de Blâmont, Sarrebourg, Lunéville, Vézelise et Château-Salins de proposer chacun, dans un délai de huit jours, le citoyen « le plus propre et le plus digne par son patriotisme prononcé dès en juillet 1789, son zèle révolutionnaire et ses connaissances » de les remplacer éventuellement : parmi les cinq candidats ainsi présentés, l'administration provisoire choisirait les trois citoyens dignes de participer à ses travaux. Si Faure avait écarté de la compétition les districts de Toul, de Pont-à-Mousson, de Dieuze et de Nancy, c'est que ceux-ci venaient de « fournir des citoyens », soit au Département, soit au Tribunal criminel.
En conséquence de cet arrêté, Lunéville mit sur les rangs Joseph Laroche, juge à son tribunal ; Vézelise, Dumont, procureur de la commune ; Château-Salins, Sauveur, de Vic ; Sarrebourg, Anselme Jordy, de Saint-Quirin ; et Blâmont, Vieujot-Descolin, secrétaire de la Société populaire. Le 4 nivôse (24 décembre [1793]), l'administration provisoire choisit, parmi eux, Laroche, Dumont et Sauveur, qui se présentèrent le 8 ou le 9.
Ainsi l'arrêté Saint-Just-Lebas sur la destitution et le remplacement de l'administration départementale avait bien été exécuté, tout d'abord, dans sa lettre et dans son esprit ; mais Faure, un instant relégué par lui au second rang, n'avait pas tardé à ressaisir ses prérogatives et, sous couleur de revenir à la légalité, il en avait sensiblement modifié les dispositions relatives à la commission de remplacement.


[p. 191-193]
Compte tenu des arrestations nouvelles et des élargissements, le nombre des détenus ne varia donc guère en frimaire, sauf à Nancy. Leur situation matérielle tendit vers l'égalisation : le 1er frimaire (21 novembre [1793]), le Conseil général revint sur la question des « repas somptueux et lascifs » que se permettaient certains prisonniers aisés malgré la défense récente qui fut renouvelée. Quelques jours plus tard, Faure chargea deux commissaires du Conseil, Jacques Darly et Jean Hasselot, de se rendre dans les maisons de détention nancéiennes pour « dresser une liste de démarcation des individus détenus comme étrangers, parents d'émigrés et de ceux détenus pour cause d'incivisme, et du sujet de leur détention » [...]
A la suite de cette visite, des précautions furent envisagées par le Conseil général pour empêcher les évasions, plus fréquentes à l'époque qu'on ne le croit généralement, en même temps que des mesures étaient étudiées pour la réparation des latrines des Prêcheresses, pour la guérison des détenus atteints de gale ou d'ulcères et pour la délivrance de vêtements et de linges, inutilisables ailleurs, à ceux qui n'avaient « qu'un morceau de toile » pour se couvrir. La consigne imposée par Mauger aux visiteurs des maisons de détention fut levée le 2 décembre [1793] et, le 18, l'officier de semaine au bureau de police reçut la mission de délivrer les billets de visite ; du reste, la surveillance des maisons de détention incomba désormais à ce bureau de police, à la place du procureur de la commune trop occupé par son service (*).


(*) Des prisons autres que celles de Nancy, il y a peu à dire pour ces semaines. Les travaux exécutés à la maison d'arrêt de Pont-à-Mousson pour le « local individuel » des détenus furent mis à la charge de ceux-ci, et le vétéran Pierre Remy fut nommé concierge, avec une rétribution de 3 livres par jour. La prison de Blâmont fut améliorée conformément aux directives ministérielles d'août (ADM, L 590). Celle de Vézelise fut dénoncée comme trop étroite, bâtie au dessus d'une ancienne porte, humide, incommode et particulièrement malsaine : on l'abandonnera bientôt pour la maison de cure désaffectée.

[p. 198-199]
En frimaire et en nivôse, le Tribunal Révolutionnaire [de la Meurthe, institué par Faure le 18 novembre 1793] reçut les dossiers de 44 affaires, déjà pendantes devant le Tribunal criminel de la Meurthe, qui s'en dessaisit, ou portées devant lui par les Comités de surveillance de Nancy, de Pont-à-Mousson, de Sarrebourg, par la Commission provisoire du Département, ou nées de dénonciations récentes [...]
[Conséquence de sa durée éphémère, le Tribunal Révolutionnaire] ne liquida finalement que quatre affaires.
La première et la plus grave fut celle de ce Louis Laugier, baron blâmontais, presque septuagénaire, que des lettres interceptées en avril 1793 par le Comité de surveillance de Sarrebourg avait convaincu de « correspondance criminelle avec les ennemis de la République ». Son grand âge ne lui évita pas la peine capitale qu'il subit dans l'après-midi du 19 frimaire (9 décembre [1793]).
Le 23 (13 décembre [1793]), furent examinées deux affaires d'infraction à la loi du maximum. Charles Deschiens, marchand de bois à Nancy, fut condamné à 500 livres d'amende (ainsi qu'aux frais d'impression et d'affichage du jugement dans tout le département) pour avoir vendu 90 planches de sapin à un prix supérieur presque du quadruple au taux fixé par la loi du 19 septembre. Jean-Claude Claudon, aubergiste à l'enseigne du Grand Cerf à Blâmont et ancien maire de la ville, qui comparut le même jour, avait exigé le 15 novembre une somme de 652 livres pour un repas d'une valeur maxima de 100 livres fourni à 17 habitants de Saverne, arrêtés en novembre 1793 pour « démonstrations aristocratiques » sur l'ordre d'une commission révolutionnaire établie par Saint-Just et Lebas, et qu'on transférait dans la prison de Mirecourt ; le tribunal de police municipale de Blâmont, estimant que rien n'autorisait à « écraser en frais » même des détenus, et que les exigences de Claudon décelaient ou un vol manifeste de sa part ou une atteinte au crédit des assignats, l'avait déjà condamné le 14 frimaire (4 décembre [1793]) à 1304 livres d'amende au profit de ses victimes (*) et à l'inscription sur la liste des suspects ; le Tribunal Révolutionnaire, saisi par le Comité de surveillance (**), lui infligea en sus 3000 livres d'amende « envers la République » (***), deux mois de détention et les frais d'affichage dans tout le département de cette sentence sévère (****).
Enfin, le 26 frimaire (16 décembre), un membre du Comité de surveillance de Nancy, Martin, inculpé d'incivisme, bénéficia d'un acquittement.
Après la publication à Nancy de la loi du 14 frimaire sur le gouvernement révolutionnaire, l'accusateur public et les juges estimèrent que le Tribunal n'avait plus qu'à disparaître.


(*) Somme double de la valeur de « l'objet vendu » (article 7 de la loi du maximum)
(**) Qui n'était sans doute pas fâché de se venger de Claudon, avec lequel plusieurs de ses membres avaient eu naguère des démêlés.
(***) Cette somme devait être versée dans une décade à la caisse du tribunal, établie chez Germain Mengin, rue Franklin, « sinon et à faute de ce », Claudon serait déporté et ses biens, confisqués.
(****) ADM, aux archives du TRM, non classées ; A. TROUX, p. 122.

[p. 204]
GUERRE AUX ENNEMIS DU PEUPLE
LIBERTE - EGALITE
JUGEMENT
DU
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE
ETABLI A NANCY, PAR LE REPRESENTANT DU PEUPLE
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VU par le Tribunal révolutionnaire du Département de la Meurthe, la procédure instruite par le citoyen Thomas, Juge de Paix & Officier de Police & de sûreté de la ville de Sarrebourg, & renvoyée au Tribunal par celui criminel du Département, le 17 de ce mois, contre LOUIS LAUGIER ci-devant Baron, demeurant ordinairement à Bellecourt, District de Blâmont, Canton de Lintrey, accusé d'avoir entretenu une correspondance criminelle avec les ennemis de la République, & d'avoir fait passer des fonds aux émigrés. Les témoins indiqués par l'Accusateur public, ayant été entendus devant le Tribunal, en présence du public & de l'accusé. Ouï Gérard, Accusateur public, qui a requis que LOUIS LAUGIER, ci-devant Baron, convaincu d'avoir entretenu une correspondance criminelle avec les ennemis de la République, & de leur avoir fait passer des secours pécuniaires, fût condamné à la peine de mort ; que ses biens fussent déclarés acquis & confisqués au profit de la République, & que le jugement à intervenir fût imprimé & affiché dans tout le Département. Après que Aubertin, défenseur de l'accusé, a été entendu dans sa défense,
LE TRIBUNAL, considérant que LOUIS LAUGIER, ci-devant Baron, accusé, est convaincu d'avoir entretenu une correspondance criminelle avec les ennemis de la République, & d'avoir fait passer des fonds aux émigrés, condamne ledit LOUIS LAUGIER à la peine de mort. Déclare ses biens acquis et confisqués au profit de la République. Ordonne que le présent jugement sera exécuté à la diligence de l'Accusateur public, imprimé & affiché dans tout le Département.
Fait & jugé, audience publique tenante, dans l'Auditoire du Tribunal révolutionnaire du Département de la Meurthe, à onze heures du matin, le 19 frimaire, an second de la République française, une & indivisible, siégeant Tricolor Marque, Président, Dominique Dommary, François Geoffroy, Laurent-Léopold Thouvenin, & Joseph Cropsal, Juges, qui ont signé la minute.
Signé, TRICOLOR MARQUE, Président.
Pour expédition délivrée par le Greffier du Tribunal révolutionnaire. DEMANGE.
A NANCY, chez PIERRE BARBIER, Imprimeur du Tribunal révolutionnaire.

[p. 227]
La confiscation progressive des objets du culte, l'interdiction des manifestations extérieures, l'abdication des ministres laissaient présager une étape dernière dans la déchristianisation : la fermeture des églises. On a vu que dans le district de Blâmont, un émissaire du Département, Louis Saulnier, y avait déjà procédé en novembre de son propre chef.

[p. 234]
Les prêtres rétifs ou repentants trouvaient souvent dans leurs paroissiens des auxiliaires tenaces, voire exigeants. Les « fêtes de calotin » célébrées à Nancy au début de nivôse avaient fait le vide dans les marchés, tandis qu'il y avait foule, si les cérémonies de la Raison tombaient un mardi, un jeudi ou un samedi, c'est-à-dire un jour de marché ; les bouchers de Nancy s'obstinaient à tuer leurs bêtes le vendredi, même s'il coincidait avec le décadi, et ce malgré une interdiction promulguée le 2 frimaire par le Département. Brisson, commissaire départemental à Blâmont, y constatait le 18 frimaire (8 décembre [1793]) la survivance des « préjugés », de la célébration des dimanches, des sonneries, etc. Les Sarrebourgeois boudaient de décadi : partout on travaillait ostensiblement ; les femmes lavaient leur lessive ; beaucoup de boutiques restaient ouvertes ; le peuple montrait « un air morne » ; la municipalité devait rappeler ses administrés à l'observation du repos décadaire.

[p. 246-247]
Le décret-loi du 14 frimaire [1793 sur le mode de gouvernement provisoire et révolutionnaire] ne parvint dans la Meurthe que le 29. (19 décembre [1793]). Le District de Nancy le fit immédiatement réimprimer en placards et porter aux communes. Son Procureur-Syndic, promu agent national, écrivit au comité de salut public, en lui annonçant cette diffusion : « ...Sans doute la carrière que je parcoure devient par cette loi infiniment plus épineuse par cela même qu'elle est plus essentielle : quoiqu'il en soit, je m'y élancerai avec le courage et l'énergie que mes facultés physiques et morales me le permettent jusqu'à ce que plus de talens réunis à l'amour ardent de la Révolution Républicaine qui m'anime, m'auront désigné un successeur ». Le District de Blâmont crut devoir informer le même comité [de salut public] qu'il approuvait entièrement l'adresse aux Districts qui accompagnait le décret, qu'il se pénétrait de plus en plus de ses devoirs contre les ennemis de la Révolution et qu'il donnerait un dévouement total à la République.

[p. 263]
Mais confinée par la loi du 14 frimaire dans ses « fonctions d'édilité et d' administration toute paternelle » - ainsi que s'exprimait une circulaire du Comité de Salut Public - l'Administration départementale s'effaçait devant les Administrations des districts. Celles-ci, dans la Meurthe, avaient depuis peu subi quelques changements. D'abord, et comme le voulait la loi, les procureurs-syndics s'étaient mués en agents nationaux depuis les derniers jours de frimaire ou, plus souvent, depuis les premiers jours de nivôse. C'étaient Fromental l'aîné à Blâmont, Noël à Château-Salins, Briquel à Lunéville, Jeandel à Nancy, Picquant à Pont-à-Mousson, Wulliez à Vézelise.

[p.264]
[...] Pour les districts dont les procès-verbaux nous ont été partiellement conservés (*) [...]

(*) Blâmont (ADM, L 637, L 662).

[p.265]
Nicolas Cambas, à Autrepierre, François Thiéry à Richardménil, Henri Laurin à Bouxières-au-Mont se jugèrent trop illétrés pour occuper une charge [d'agent national] qui leur semblait beaucoup plus lourde que celle de procureur [de leur commune]. Ceux de Saint-Clément et de Fraimbois démissionnèrent, parce que trop âgés ; celui de Bremoncourt, en nivôse seulement, parce que presque aveugle. D'autres avaient été appelés à de nouvelles fonctions (*).

(•) Peu d'incidents : une vingtaine de citoyens d'Ogéviller protestèrent bien contre la réélection du procureur Jean-François Cuny, due, selon eux, à des irrégularités, mais l'intimé se défendit avec fougue (ses ennemis, disait-il, étaient les aristocrates et les égoïstes de l'endroit : laboureurs qui lui imputaient la fréquence des convois ou lui en voulaient de les avoir forcés à vendre leurs grains à des manoeuvres ; maréchaux-ferrants excités par les laboureurs ; marchands de vin dénoncés pour infractions à la loi du maximum ; riches « compris dans la taxe révolutionnaire » de 2000 livres, sans compter deux femmes inciviques qu'il avait contraintes à « baiser l'arbre sacré de la Liberté »), et le directoire du district de Blâmont ne put faire recommencer l'élection.

[p. 267]
Dans le district de Blâmont, on comptait 2 comités [de surveillance] : un à Blâmont, un à Badonviller, établis par Anthoine et Levasseur.

[p. 270]
Même la surveillance des maisons d'arrêt et la libération des détenus échappaient maintenant à la compétence des comités : la première incombait aux Administrations des districts depuis la loi du 2 nivôse ; la seconde était formellement interdite aux « autorités intermédiaires » par celle du 14 frimaire. Et, de fait, Nancy restant le centre principal des prisons (*), c'est le conseil général du district qui y organisa, le 13 nivôse (2 janvier 1794), des visites sanitaires pour dépister les maladies contagieuses, et ordonna, le 15 (4 janvier), en prévision d'une vente prochaine des Annonciades, l'évacuation de leurs détenus au Refuge.

(•) Il n'y avait qu'un prisonnier à Blâmont, bien que le comité de surveillance local eût, en Brumaire, prononcé plusieurs arrestations : François Paquet, propriétaire de la manufacture de faïence de Pexonne, incarcéré le 9 frimaire (ADM, L 594) ; les corps administratifs et judiciaires avaient traduit les autres à Nancy au début de frimaire (ADM, L 3160, L 3162).

[p. 273]
L'élan des volontaires pour courir aux gorges de Saverne et l'abondance renouvelée des dons aux armées constituaient un témoignage irrécusable de patriotisme, quand bien même l'on admettait que certains engagés ou certains donateurs avaient agi par calcul plus que par conviction révolutionnaire. La reconquête des lignes de Wissembourg avait suscité une joie générale d'autant plus sincère qu'elle écartait pour des mois toute crainte d'un forcement de la frontière. La nouvelle de la reprise de Toulon sur les Anglo-royalistes, claironnée dans tout le département par les soins du directoire central, avait été célebrée, dans la première décade de Nivôse, à Lunéville, à Blâmont, à Château-Salins, à Sarrebourg, à Dieuze, à Nancy, à Toul, par des fêtes « triomphales », où figuraient jusqu'à des soldats blessés appuyés sur des sans-culottes valides, jusqu'à des jeunes chanteuses vêtues de blanc « et coïffées à la grec », où des cortèges alternaient (à Nancy, tout au moins) avec des chants, avec des représentations de « scènes patriotiques en vaudeville », des danses et de joyeuses rondes.

[p. 276-277]
Le conseil général nancéien, qui avait beaucoup de mal [...] à recevoir de certains districts, comme ceux de Vézelise, de Lunéville et de Blâmont, ou du département de la Meuse, les grains que soit les administrateurs départementaux, soit la commission des subsistances avaient requis de lui verser, ne tolérait le pain blanc, préparé par deux boulangers désignés, que pour les malades dûment reconnus, remettait en vigueur les visites domiciliaires destinées à découvrir les détenteurs de grains, sollicitait de la Convention la permission d'abattre les chiens, consommateurs inutiles, et lui dénonçait telle ville qui avait intercepté des vivres destinés au chef-lieu. Des envoyés des sociétés populaires ou des districts s'efforçaient de presser, dans les campagnes, les recensements et les versements de grains réquisitionnés, de traquer aussi l'accaparement, mais ils se heurtaient souvent au « moi meurtrier », c'est-à-dire à une inertie tenace, à de farouches résistances ou à des ruses adroites (*).

(•) Les paysans de la région de Phalsbourg, qui allaient chercher du vin en Alsace, dissimulaient des grains dans leurs tonneaux, préférant les échanger contre le vin plutôt que de les vendre (ADM, L 2109). Deux cultivateurs de Neufmaisons se refusèrent à laisser visiter leurs greniers à céréales ; le District de Blâmont ordonna de faire venir un serrurier, de laisser aux deux égoïstes une certaine quantité de blé (3 quintaux pour chacun de leurs commensaux de plus de 12 ans ; 2 pour les plus jeunes), de céder le surplus aux indigents au tarif du maximum, et de dénoncer les faits au Comité de surveillance de Badonviller (ADM, L 545).

[p.278]
Avec plus ou moins de conviction, les districts réitéraient auprès des municipalités de campagne et des agents nationaux leurs pathétiques et vains appels au secours, à la fois sentimentaux et chargés de menaces. Ils s'adressaient, entre temps, à la Convention ou à la commission des subsistances : Blâmont, au 5 pluviôse (24 janvier [1794]), demandait, pour tenir jusqu'à la moisson prochaine, 6000 quintaux en remplacement de ses fournitures à Nancy, à Raon-l'Etape, à Senones [...]

[p. 286-288]
De toute façon, en attendant leur retour dans la Meurthe et la réception de renseignements copieux et « plus sûrs » promis par Lacoste et Baudot, Bar [député de la Moselle, émissaire montagnard de la Convention chargé de l'épuration des Girondins] jugea opportun de suspendre ses opérations dans le chef-lieu du département et de se rendre dans les districts « en commençant par celui de Vézelise et suivant circulairement ceux de Lunéville, Blâmont, Sarrebourg, Dieuze, Château-Salins, Pont-à-Mousson et Toul » [...]
Le 20 pluviôse (8 février [1794]), les autorités de Lunéville ; le 23, celles de Blâmont subirent l'épreuve à leur tour (*) ; les changements, là encore, furent rares (**) et la plupart des fonctionnaires sortirent indemnes et « sans aucun reproche ». Dans aucun des trois districts, les agents nationaux n'avaient été remerciés (***).


(*) A Lunéville, l'épuration, faite au Temple de la Raison, date du 17 ou du 18 pluviôse ; l'arrêté de Bar est du 20 [...] A Blâmont, où Bar était arrivé le 20 et avait assisté quelques temps incognito à la séance de la Société populaire des Sans-culottes, l'épuration eut lieu le 21, mais l'arrêté ne fut pris que le 23 (ADM, L 546, L 630, L 3156).
(**) Chatton devint président de l'Administration du district de Lunéville et Catabel resta président de celle de Blâmont
(***) Fromental, celui de Blâmont, était l'aîné de 8 frères et le père de 8 enfants.

[p. 293]
Le jour même où les trois représentants [Lacoste, Baudot et Bar] « sans-culottisaient » les autorités nancéiennes, ils décrétèrent la formation immédiate d'une Société populaire réintégrée, dont ils fixèrent eux-mêmes le « noyau ». Febvé, « persécuté par le modérantisme et l'aristocratie », mais « accueilli par les Jacobins et les Cordeliers comme un frère de vieille date », était nommé président provisoire ; 44 autres citoyens - des concierges, des cordonniers, des tanneurs, des fondeurs, des menuisiers, des musiciens, des commis du Département, des artisans divers, et aussi l'ex-prêtre Guerre, maire de Château-Bréhain, Cayon, Lapleigné, Arsant l'aîné, l'instituteur Aubert, « Glaudont » [Claudon], l'ancien maire de Blâmont, le condamné du tribunal révolutionnaire de Faure - étaient désignés comme « premiers membres » et chargés de rédiger les règlements nécessaires pour l'admission des citoyens désireux de concourir par la suite à leurs travaux.

[p. 314]
Quand Glasson-Brisse fut redevenu maire de Nancy, il intervint en faveur d'anciens codétenus : à la femme Clément-Toussaint, qui l'avait imploré de la faire sortir du refuge - « je connais ton coeur qui est bon », lui disait-elle - il envoya la note suivante : « Elle a le malheur d'être noble, mais elle n'est point aristocrate. C'est une camarade de prison » - et il n'en fallut pas davantage à Lacoste et à Baudot pour lui rendre la liberté, ainsi qu'à son mari. La femme Febvrel, de Blâmont, autre prisonnière du Refuge, fut délivrée dans les mêmes conditions.

[p. 323]
Avant ou après son renouvellement par Bar, le Comité [de surveillance] de Blâmont enferme provisoirement dans la maison d'arrêt du district Nicolas Job, cultivateur à Sainte-Pole, « citoyen rebelle et égoïste, dont l'exemple pourrait nuire à la chose publique », Dominique Dufour, dénonciateur calomnieux, Claude-Antoine Duban, ex-noble, Jean-François Moitrier, dit l'Embarras, d'Ogéviller, qui a traité les Conventionnels de gueux, de voleurs, d'égorgeurs du peuple - quitte à relâcher bientôt les détenus qu'il juge moins coupables en réalité qu'en apparence. Le maintien des sonneries pour le « culte papiste » l'indispose et, le 18 pluviôse (6 février [1794]), il obtient de la municipalité un arrêté interdisant d'utiliser l'unique cloche de la ville autrement que pour annoncer l'aube - par un coup en volée, sans tintement - ou l'ouverture des écoles publiques.

[p. 332]
Exemples de ventes de meubles et d'effets ayant appartenus à des déportés : ADM, L 546 et Q 713 : biens de Joseph Guillot, curé de Blâmont, de François Lutz, curé de Dabo (estimation : 41 l. 6 s.) ; de J.-F. Pierron, prêtre de Sarrebourg (estimation : 341 l.) ; de Pierre-Michel Georgel, curé de Sarrebourg (estimation : 1414 l. 5 s.) ; de Charles Soleil, curé de Sarraltroff), de Pierre-Antoine Lacombe, curé de Hoff (estimation : 999 l. 10 s.)

[p. 333]
Le maire de Blâmont, J.-C.-M.-N. Vautrin, disparu pendant plusieurs semaines et dont on retrouva le cadavre, en novembre, dans une forêt proche de Schirmeck, ne fut pas inscrit sur la liste des émigrés (ADM, L 545, L 3162)

[p. 353]
Il a déjà été mentionné sommairement que l'arrêté pris le 2 pluviôse par Lacoste et Baudot pour interdire aux autorités départementales de faire exécuter les ordres de Faure tant que ceux-ci n'auraient pas reçu leur approbation parvint à plusieurs districts le même jour que l'arrêté rendu par Faure, le 27 nivôse, pour combattre le fanatisme. On a relevé aussi que l'embarras fut extrême dans plusieurs administrations de district, sinon dans toutes, mais il n'est pas superflu d'y revenir et d'y insister.
Que faire ? s'exclamait l'agent national du district de Dieuze. Pris « entre deux feux », le District de Blâmont en appelait à l'arbitrage du Comité de Salut Public, « comme à la boussole indiquée pour arriver sans danger au port pour nous garantir de tous les écueils et éviter Caribde sans tomber dans Siylla ». Le district d Lunéville se tourna de même vers Paris.


[p.361-363]
C'est le district de Blâmont, surtout, qui donnait des inquiétudes à [l'agent national du district de Sarrebourg] Wulliez [alors engagé en faveur de la déchristianisation]. En pluviôse, Bar avait jugé nécessaire d'éloigner à 20 lieues de Blâmont même les deux prêtres catholiques, dont le curé Voinot, qui y résidaient encore et y entravaient la marche triomphale de la philosophie. Trois autres avaient renoncé à leurs fonctions en ventôse ; d'autres devaient les imiter en germinal [1794] (*). Mais, de l'aveu même de l'agent national, les campagnards s'obstinaient à regretter la religion catholique ; les cloches sonnaient pour les offices ; les croix et les fleurs de lys restaient arborées. Cette fidélité des paysans au « papisme » se mariait fort bien avec leur attachement à la Révolution : l'agent l'affirmait du moins et s'efforçait, dès le 20 février [1794], de l'expliquer en ces termes au Comité de Salut Public :
« ... La contrée accablée de droits féodaux, de gabelles, de péages, courbée sous le poids de la puissance tyrannique des petits et grands cidevant seigneurs, peut-elle n'être pas fortement attachée à une révolution qui la délivré de toutes ces inventions despotiques : aussi nous pouvons assurer que les Citöyens du District sont de vrais et bons républicains, qu'une seulle passion les anime, le salut et le maintien de la République une et indivisible, les dons patriotiques qu'ils ont faits, le sacrifice de leurs subsistances pour les armées, des rideaux de leurs lits pour faire des gargousses, de leurs bestiaux pour faire des convois, sont les preuves les plus certaines de leur patriotisme et de leur énergie républicaine. Nous ne pouvons cependant dissimuler que de vieilles habitudes religieuses les attachent encore au culte catholique, et que quande les citoyens éclairés cherchent à les dissuader de tous ces préjugés insensés et déraisonnables, ils s'accrochent à la déclaration des droits et s'appuient de la liberté des cultes ; nous pouvons attendre cependant de l'établissement de l'instruction publique, surveillée par les autorités constituées et les sociétés populaires, la propagation des lumières de la saine philosophie et de la raison, et le mépris de tous ces ridicules hochets enfantés par le fanatisme et ses suppôts pour leur soutient et l'asservissement de leur ambition... »
En attendant, les « suppôts du fanatisme » restaient sournoisement actifs dans la circonscription ; de plus en plus inquiet, Wulliez finit, en germinal, par dénoncer à Lacoste la « nouvelle Vendée » qui se préparait : chaque jour, plus de 500 personnes de son district se transportaient dans celui de Blâmont ; chaque jour, les curés de huit communes - Hattigny, Bertrambois, Ibigny, Gondrexange, Saint-Georges, Tanconville, Cirey et Domèvre - leur inculquaient la haine de la Révolution et les poussaient à la révolte. Le 23 germinal (12 avril [1794]), Lacoste ordonna leur éloignement dans un délai de huit jours, leur envoi à Dijon sous la surveillance des autorités de cette ville avec obligation d'adresser chaque mois un certificat de résidence à l'Administration du district de Blâmont (**). Mais, par erreur, l'arrêté de Lacoste porta Frémonville au lieu de Tanconville. D'autre part, le curé de Gondrexange fournit la preuve de ses « bons sentiments » et six municipalités sur huit accordèrent des certificats élogieux à leurs anciens desservants. Malgré tout, 6 des curés visés durent prendre la route de la Côte d'Or.


(*) ADM, L 608, L 609, L 623. - Au 30 germinal, on comptait dans le district 25 prêtres abdicataires sur 48.
(**) Celle-ci se montra, en la circonstance, doublement mécontente : d'abord, parce que les municipalités ne l'avaient pas prévenue des tentatives de ces curés ; ensuite, parce que la dénonciation « inconsidérée d'un fonctionnaire public d'un district voisin », vraisemblablement fondée sur des rapports erronés et malveillants, nuisait à sa réputation.

[p. 372]
Départements et districts eussent aussi voulu « activer l'organisation de l'instruction publique ». Le 12 ventôse (2 mars [1794]), Sonnini et Febvé le jeune furent nommés commissaires à l'examen des livres classiques. L'agent national du district de Blâmont exhorta, vers la même époque, les agents des communes à s'occuper sérieusement de l'enseignement des enfants qui « doit élever l'esprit de tous les républicains » et « les mettre à même de sentir combien est précieuse la liberté ».

[p.411]
La rareté ou la brièveté des documents ne permettent de dire que peu de choses des épurations dans les autres districts. Elles s'effectuèrent comme à Lunéville, ce qui n'empêcha pas, en quelques circonstances, les Administrations des districts à destituer, pour fautes graves, des fonctionnaires publics déjà épurés. Dans le district de Blâmont, le comité de surveillance de Badonviller fut débarrassé de ceux de ses membres qui appartenaient déjà à la municipalité (*). L'épuration du conseil d'Ancerviller ne satisfit pas plusieurs habitants de la commune ; ils réclamèrent une deuxième assemblée qui leur fut refusée.

(•) Cf. ADM, L 547, L 548, L 662 : épurations à Badonviller, à Ogéviller, à Repaix, à Igney, à Avricourt, à Moussey, à Ancerviller...

[p.421]
L 593 : Lettre du District de Blâmont sur « l'égoïsme trop malheureusement pratiqué dans les campagnes ».

[p. 422]
Avec prairial [1794], la détresse se maintint à Pont-à-Mousson, à Nancy, à Lunéville, à Sarrebourg et dans les autres districts. Un seul peut-être fut relativement épargné : Salins-libre, qui n'en appela pas moins à l'aide. S'il n'y eut pas aggravation, c'est sans doute que les réquisitions en blé pour les armées - sinon en fourrages, paille et avoine - avaient alors, du consentement de Lacoste, momentanément cessé. Trois commissaires envoyés par le Département auprès de la Commission des Subsistances et arrivés à Paris le 5 prairial (24 mai [1794]), y tracèrent un sombre tableau, exagérément poussé au noir, du reste, de la « triste situation » de leurs administrés :
« ... Ils ont annoncé que dans le département, notamment dans les districts de Nancy, Sarrebourg, Dieuze, Pont-à-Mousson et Blâmont, la disette était telle que les hommes fauchaient les herbes pour s'en alimenter, qu'ils arrachaient des pommes de terre qui sont déjà levées, qu'ils abandonnaient leurs enfants, leurs femmes pour s'enfoncer dans l'intérieur de la république et y prendre des aliments qu'ils ne trouvaient plus chez eux, que des mères au désespoir de ne pouvoir plus allaiter leurs enfants les jetaient par terre, que quelques-uns même étaient déjà péris... ».


[p. 426]
A Blâmont, il y eut sans doute aussi quelques résistances à l'observation du décret du 11 prairial [1794 qui règlementait la réquisition et les salaires des moissonneurs], puisque l'agent national du district dut menacer de ses foudres ceux qui, « devant s'occuper de la récolte », ne le faisaient pas, ou les producteurs qui se refusaient à battre.

[p.427]
D'autre part, une loi du 8 messidor (24 juin [1794]), qui organisait le recensement général et la réquisition en bloc des grains et fourrages, obligea les cultivateurs à faire battre une partie de leurs grains pendant la récolte pour l'approvisionnement des marchés : on verrait ainsi, disait l'agent national du district de Blâmont, si, parmi les cultivateurs, il y avait encore des égoïstes et des aristocrates (*).

(•) En thermidor, à Verdenal, on trouva du blé caché et à demi pourri dans « un murot » en pleins champs. Les deux cultivateurs coupables eurent à répondre de leur acte devant le jury d'accusation du district de Blâmont (ADM, L 3159).

[p.433]
[L'école] s'organisait lentement et difficilement, depuis que la loi du 29 frimaire an II (19 décembre 1793) avait établi les écoles primaires, sous la surveillance des municipalités et des citoyens, décidé de salarier les « instituteurs » et les « institutrices » selon le nombre de leurs élèves et imposé aux parents ou aux tuteurs de faire donner à leurs enfants ou à leurs pupilles l'instruction du « premier degré ». S'il existait près de 60 écoles en floréal dans le district de Blâmont, il n'y en avait encore qu'à Dieuze et à Fénétrange pour tout le district de Dieuze, et c'étaient les anciens régents qui exerçaient provisoirement les fonctions d'instituteurs.

[p. 436-437]
La destruction progressive, dans leurs symboles, du passé religieux et du passé politique, si étroitement mêlés jadis, semblait donc se poursuivre à un rythme régulier et avec un succès croissant. Mais en réalité, l'étendue de la déchristianisation, à quoi tendait pour une part cette oeuvre destructrice, variait d'un district à l'autre. Après comme avant germinal [1794], c'est par district qu'il faut en mesurer l'ampleur.
Dans celui de Blâmont, où le nombre des prêtres abdicataires finit par atteindre 49 en thermidor, l'agent national prétendait que la religion s'oubliait, que les « préjugés » se perdaient dans les campagnes : pourtant, la Société populaire et le Comité de surveillance de Blâmont constataient encore en floréal que beaucoup de citoyens affectaient de porter leurs habits les plus beaux les « ci-devant dimanches » et de se couvrir de « haillons » les décadis (*). Au vrai, tout semblait favoriser la déchristianisation. Outre 7 religieux sans emploi ni pension (**), 27 ex-religieuses ou converses, 6 anciens lais ou ermites et un organiste - tous tranquilles ou âgés et pauvres -, il ne restait que 5 ecclésiastiques non démissionnaires, sur lesquels 3 avaient cessé toutes fonctions et un s'était marié à Thionville ; le cinquième (***), personnage d'une conduite privée et publique immorale, avait été incarcéré pour propagande fanatique et exercice illégal du culte. Des 49 abdicataires, 6 (****) avaient été « exilés » à Dijon par le représentant Lacoste, sur une plainte de l'agent national de Sarrebourg, Anselme Jordy (*****) ; pour un septième, Uriot, de Frémonville, inscrit par suite d'un lapsus, l'Administration du district avait sursis au transfert ; un huitième, Verniory, de Gondrexange - si aimé de tous ses paroissiens qu'ils menaçaient de noyer son confrère Demange, de Herzing, en qui ils soupçonnaient à tort son dénonciateur - s'était mis à la recherche de Lacoste, à Metz et à Strasbourg, et échappait momentanément à la relégation. Fort mécontente de l'intempestive intervention de Jordy qui laissait planer un doute sur sa vigilance, plus occupée -disait-elle - des intérêts généraux de la République et de l'exécution des réquisitions que de misérables querelles théologiques, convaincue de l'innocence et du patriotisme des six exilés, l'Administration du district prit vigoureusement leur défense auprès de Lacoste. Eux-mêmes, par la plume de l'un d'eux, Kippeurt, envoyèrent de Dijon protestations sur protestations, réclamèrent justice et firent certifier leur bonne conduite par la municipalité de leur nouvelle résidence.


(*) ADM, L 3158, L 3162. A Ogéviller, l'agent J.-F. Cuny avait du mal à détruire les objets « ennétophe et enferre » de la « superstissions » (ADM, L 604)
(**) Dont Saintignon, général des chanoines réguliers, paralysé.
(***) Sans doute Hubert Grody, de Reclonville.
(****) Jean-Antoine Kippeurt, François-Alexis David, Nicolas Cristallin, J.-B. Gabriel, Charles-Gaspard Laurent et François Claudon (ADM, L 744)
(*****) [...] ADM, L 611, L 621, L 623. L'agent national de Blâmont adressa de vifs reproches à son « frère et collègue » de Sarrebourg, qui aurait dû l'informer avant de porter ses accusations au représentant du peuple. Il « paraît avoir du temps de reste pour s'occuper de théologie », écrivait-il encore à Lacoste lui-même le 26 avril [1794]. Jordy répliqua bientôt qu'il pensait son collègue informé de la conduite de ces prêtres et qu'il avait cru prévenir son intention en les signalant à Lacoste dès qu'il avait vu celui-ci. La conduite de Jordy n'était pas très franche, quoi qu'il en dit : aux 8 curés exilés par Lacoste, il en avait ajouté 2 autres, de sa propre main, sur le texte de l'arrêté (ADM, L 547).

[p. 453]
[
Concernant les fêtes de l'Etre Suprême], sur Blâmont, ADM, L 610 et L 624, 29 prairial. Dans cette dernière ville, Descolin, juge au tribunal de district, composa une « Prière à l'Etre Suprême » (ADM, L 622).

(A suivre)
 

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