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Du Béarn à la noblesse blâmontaise - Epopée de Gratien d'Aguerre

A l'origine, la consultation de cette source avait pour fonction d'apporter un éclairage sur François de Saint-Vincent, dont le nom apparaît à plusieurs reprises :
- dans l'inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, à Barbas en 1666 et 1698, à Blâmont en 1696, 1697, 1735, à Domèvre en 1687, à Frémonville en 1698.
- dans Les communes de la Meurthe, article Blâmont, où Henri Lepage écrit « Par lettres patentes du 12 mars 1720, le duc Léopold accorde au sieur François de Saint-Vincent de Nancy, ancien sous-lieutenant des chevau-légers de sa garde, le privilège d'avoir un colombier dans sa maison de Blâmont, tous les droits honorifiques de la haute justice dans la ville, ban et finage dudit Blâmont et de Gogney, la préséance en tout lieu et assemblée publique de ladite ville, soit à l'église ou ailleurs, même sur les officiers du prince, le droit de chasse dans l'étendue des finages de Blâmont et de Gogney, enfin la pêche dans la rivière de Blâmont. (Ent. 1720) »
- et dans les registres de Tanconville cités par A. Benoit dans L'Abbaye de Haute-Seille.

Mais comme le montre très clairement le texte ci-dessous, l'origine de cette famille en lorraine nous ramène en 1473, lors de l'arrivée auprès de René II de capitaines de guerre béarnais, avec qui il s'était battu conjointement en Espagne. L'épopée de la famille d'Aguerre rejoint alors la grande histoire de la Lorraine, depuis la bataille de Nancy contre Charles le Téméraire, et il nous a paru peu propice de découper un texte qui relate si précisément les deux siècles qui séparent le Béarn de François de Saint-Vincent.


MÉNAUT ET GRATIEN D'AGUERRE
Versailles - Imp. Aubert 1867

Ménaut et Gratien d'Aguerre ne se seraient illustrés que par la défense de Nancy contre Charles le Téméraire, que ce titre suffirait à leur gloire. Mais ils se sont distingués par bien d'autres exploits, ces hardis soldats, toujours pleins d'une indomptable énergie, toujours avides de fatigues et de dangers. Leur nom nous a donc semblé mériter un souvenir ; leur histoire fait d'ailleurs passer en revue, sous une forme plus restreinte et pourtant non moins animée, tous les principaux faits contemporains auxquels ils ont pris une part si considérable, et dont plusieurs ont une incontestable
grandeur.
Mais, à côté de leur nom et de leur famille, il est un autre nom et une autre famille, celle des Bidos de Saint-Vincent, dont l'histoire n'en peut être détachée. Une union constante et peut-être sans exemple a comme identifié ces deux familles pendant près de deux siècles; plusieurs alliances ont rendu leur descendance commune, et font que, depuis l'extinction de la branche masculine des d'Aguerre, ceux-ci n'ont plus d'autres descendants que les Bidos de Saint-Vincent, à l'exception de ceux qui, par les Lorraine-Elbeuf, et après plusieurs changements de noms, les représentent avec beaucoup d'éclat à l'étranger. Aussi, partout où nous rencontrerons les d'Aguerre, au Béarn. en Espagne, en Lorraine, en Provence, à Rumigny et à Reims, partout nous retrouverons avec eux les fils de Bidos partageant leurs fatigues et leurs périls. Et c'est même une singularité assez rare et curieuse à observer que ces Béarnais, transplantés dans des pays étrangers et lointains, y conservant cette union particulière, souvenir des moeurs simples et patriarcales de leurs montagnes, et cela en tous temps, en tous lieux, et malgré la succession des générations et des individus.
Maintenant, nous avons à dire les causes qui amenèrent ces soldats béarnais à s'attacher à la Lorraine pour s'y faire une nouvelle patrie si éloignée de leur propre pays.
En 1467, Jean, duc de Lorraine, entreprit une expédition en Espagne pour faire valoir ses droits de succession au trône d'Aragon. De son côté, le Béarn avait de nombreux griefs contre le roi Jean II, alors en possession de l'Aragon, car Jean II avait fait mourir le prince de Viane, son propre fils du premier lit, et frère de la comtesse de Béarn; il avait, de plus, enlevé à tous deux la Navarre qui leur appartenait du chef de leur mère ; aussi des troupes béarnaises se joignirent avec empressement à l'armée lorraine pour attaquer le roi Jean.
Les principaux chefs de ces Béarnais étaient les deux frères Ménaut et Gratien d'Aguerre; ils étaient du pays de Soule et des environs de Mauléon (Basses-Pyrénées).
A eux se joignit Joannot, des seigneurs d'Agnos et de Bidos; il portait le nom de Bidos du lieu de sa naissance, de même que son fils Joannot de Saint-Vincent prit ce nom du lieu de sa naissance et de leur seigneurie.
Bidos est situé à l'entrée de la charmante vallée d'Aspe, à une demi-lieue d'Oloron et à six de Mauléon (Basses-Pyrénées). Joannot avait les armes d'Oloron qui n'ont point cessé d'être portées dans sa descendance, et qui sont « d'or à une vache de gueules, accollée et clarinée de sable, au canton senestre d'azur chargé d'une croix potencée d'or, écartelé d'or, à une cloche de gueules.» Armes significatives, car la vache de gueules désigne la ville du Béarn, comme la cloche et la croix la ville épiscopale.
Mais les seigneurs d'Agnos n'avaient aucune prétention sur Oloron, et ces armes viennent sans doute de ce que Joannot conduisait sa bande sous la bannière de cette ville (1).
Revenons maintenant à l'expédition des Lorrains en Espagne, pour laquelle nous consulterons Ferreras et Mariana (2) qui donnent des détails beaucoup plus précis et circonstanciés que les récits très incomplets de la Chronique de Lorraine et de Dom Calmet. Ce dernier historien s'appuie d'ailleurs beaucoup trop sur la chronique scandaleuse dont l'auteur, aussi étranger à la Lorraine qu'à l'Espagne commet souvent d'incroyables erreurs.

(1) Une branche puînée des Saint-Vincent a, pendant longtemps, substitué à ces armes celles des Vaillant, par suite d'une alliance avec l'héritière du nom et des biens de cette famille.
(2) Ferreras. - Mariana. - Coutumes de Soule. Archives des Basses-Pyrénées, B. 82lt, 876, 877. Recherches sur la noblesse de Champagne en 1668.

CHAPITRE I.
Guerre d'Espagne.
1467 à 1472.

L'armée lorraine, entrée en Espagne en 1467 pour marcher à la conquête de l'Aragon, y fit de rapides progrès et s'empara de la Catalogne et de Barcelone, sa capitale. Dès le 12 janvier 1468, le duc Jean délivrait à Barcelone des lettres portant donation à Jean d'Anjou, de Conflans-en-Jarnisy, ville par la défense de laquelle Gratien d'Aguerre allait bientôt s'illustrer.
Les Lorrains conquirent ensuite la plus grande partie de l'Aragon, et ils touchaient au but de leurs efforts lorsque le cours de ces triomphes fut interrompu par la mort soudaine du duc Jean, arrivée le 13 décembre 1470, à Barcelone. Ce fut Jean de Calabre, frère naturel du duc, qui commanda à sa place, mais il eut peu de crédit sur l'armée lorraine, dont la plus grande partie revint en France en 1471. Les d'Aguerre furent de ceux qui restèrent fidèles à Jean de Calabre qui, abandonné par la plus grande partie des siens, se vit enlever toutes ses places, à l'exception de la ville de Barcelone, dans laquelle il fut bientôt assiégé. Le 5 novembre 1471, Galeotto, l'un de ses capitaines, ayant fait une sortie, fut mis en déroute, fait prisonnier, et avec lui fut pris l'étendard de la ville de Barcelone; malgré ce revers, Jean de Calabre se défendit encore avec une rare constance pendant une année, et ne se rendit que le 17 octobre 1472. Ainsi l'armée lorraine avait su se maintenir à Barcelone pendant l'espace de cinq années.
Le courage et les services des d'Aguerre dans cette longue et difficile expédition sont attestés par les lettres patentes du duc René II, en date du 10 avril 1477 : « Ayant regart aux grans, notables et laborieux services que notre trèscher et féal chevaillier messire Gratien de Aguerre a fait à nostre. grant père le roy de Jhérusalem et de Siciles, et à feu nostre oncle le duc Jehan, duc de Calabre et de Lorraine, en leurs guerres et emprinses de Cathelongne;. ..» Les lettres du 23 décembre 1489 citent aussi : « Les grans, continuelz, laborieulx, très aggréables et recommandables services que ledit messire Gratien et les siens nous ont faitz par cy-devant, tant en nostre pays de Cathelongne, avecques et en la compagnie de nostre... oncle le duc Jehan de Calabre, et à nostre... grant père le roy de Sicille. » D'autres lettres des 14 août 1477 et 18 mai 1485 font aussi connaître que Ménaut avait, dans le cours de cette même campagne, avancé au duc Jean et à son frère Jean de Calabre une somme de sept mille écus d'or, qu'il ne parvint à se faire rembourser que bien des années après.

Ferreras. imariana. - Dom Calmet, Histoire de Lorraine, tome V, page 169. Idem, Notice de la Lorraine, tome II, page 276. Archives de Lorraine.

CHAPITRE II.
Guerre contre Charles le Téméraire.- Siège de Conflans. - Premier siège de Nancy.
1475.

Après cette issue désastreuse de l'expédition d'Espagne, Ménaut vint en Lorraine en 1473 avec les siens. Il ne s'y attacha point au service du duc Nicolas qui régnait alors, mais à celui de la tante du duc, Yolande, comtesse de Vaudémont, qui résidait à Joinville avec son fils René II. « Lui et ses gens sont venus au service de notre très redoubtée dame et mère et au notre. » (Lettres patentes du 1er mars 1480.) Du reste, Ménaut n'arrivait pas à Joinville entièrement en étranger, car, indépendamment des services qu'il venait de rendre au duc Jean, frère de la comtesse Yolande, celle-ci avait tout récemment perdu son mari, qui avait fait avec Ménaut la campagne d'Espagne, et l'un des principaux hôtes de Joinville, Jean de Brou, plus connu sous le nom de Petit-Jean de Vaudémont, revenait aussi de cette expédition. Mais Ménaut ne séjourna que peu de mois à Joinville, et il en fut bientôt tiré par un événement qui donna un bien plus vaste essor aux services de lui et des siens.
Le 27 juillet 1473, le duc de Lorraine, Nicolas, était enlevé après trois jours de maladie, sans avoir été marié. Le jeune comte de Vaudémont, René II, lui succéda et alla s'établir à Nancy où se fixèrent également, comme attachés à son service, Ménaut et Gratien d'Aguerre, ainsi que ceux qui les accompagnaient. Les premiers temps du règne de René furent tranquilles; aussi ne fut-il guère question ni des braves compagnons béarnais, ni de leurs services et bien moins encore du remboursement de l'argent qui leur était si légitimement du. Mais, plus tard, de graves difficultés étant survenues avec le duc de Bourgogne, pour lequel nombre de seigneurs lorrains avaient pris parti, les d'Aguerre, trop oubliés jusqu'alors, revinrent enfin en mémoire. Le 8 avril 1475, Ménaut fut nommé conseiller et chambellan du duc, et, le 1er mai suivant, Gracian était fait écuyer d'écurie. Le temps ne devait pas tarder ou les d'Aguerre justifieraient amplement ces modestes faveurs. En effet, René ayant commencé, le mois suivant, les hostilités contre les Bourguignons, Gracian d'Aguerre, que nous appellerons désormais Gratien pour nous conformer à l'orthographe lorraine, fut chargé de la défense de Conflans, que vinrent bientôt assiéger le comte de Campobasso et le maréchal de Luxembourg avec une armée de six mille hommes munis d'artillerie.
Par un singulier hasard, la fortune mettait ainsi en présence deux hommes qui s'étaient déjà vus et qui devaient se revoir encore plus d'une fois sur le champ de bataille, mais dont le caractère et la fortune étaient également dissemblables. Ces deux hommes étaient Gratien d'Aguerre et Nicolas de Montfort, connu sous le nom de Campobasso, qui tous deux avaient combattu en Espagne sous le même drapeau, dans l'armée lorraine.
Campobasso, que René venait de récompenser richement par le don de Commercy, avait, un instant après, trahi la Lorraine dont il s'était fait un des plus dangereux ennemis; pendant ce temps, Gratien, le simple écuyer d'écurie, était resté fidèle, comme il ne cessa jamais de l'être, et l'un des meilleurs soutiens de la cause des Lorrains.
Malgré la grande supériorité du nombre des assiégeants, Campobasso ne put s'emparer de Conflans, et, craignant d'être lui-même attaqué, il leva le siège.
« Gracian Daguerre, lequel estait dedans, quand il se veit assiéger, moult bien se sceut déffendre. De nuict et de jour faisaient leurs efforts pour la cuyder prendre. » (Chronique de Lorraine, n° 125.) Gratien, devenu ainsi libre par la retraite des assiégeants, alla à Pont-à-Mousson joindre l'armée du duc René ; il s'y retrouva avec son frère Ménaut et avec son compatriote Joannot, que nous appellerons, comme l'Histoire de Lorraine, Jeannot de Bidos. La Chronique de Lorraine défigure ainsi leurs noms à cet endroit : Menat de Guerre et Gracien son frère, Jennoy de BidoL
Peu après, René fut averti que le duc de Bourgogne accourait avec de grandes forces contre lesquelles il ne pourrait tenir; il résolut alors d'aller chercher du secours en France et en Allemagne. En se retirant, il confia aux chefs de son armée la défense de ses places les plus importantes. Gratien d'Aguerre fut placé au château de Prény, et Jean de Calabre reçut le commandement de Nancy. Ce dernier, ayant pu mieux que personne apprécier en Espagne la bravoure et la fidélité de Ménaut d'Aguerre, le prit avec lui dans Nancy, et, par une singulière fortune, les d'Aguerre devaient ainsi figurer avec honneur aux trois sièges successifs de cette ville dans le cours d'une année.
Le duc de Bourgogne arriva de Luxembourg en Lorraine au commencement du mois de septembre, et s'empara rapidement de toutes les places sur son passage. Seul Gratien d'Aguerre sut se maintenir à Prény comme il venait de le faire à Conflans. « Tentost après, dit Jehan Aubrion, ceulx de Ciercque s'accordèrent à luy et toutes les altres chastel et bonnes villes de Lorraine, réservé Prény, que ung appelé Gracia de Guerre tenait et ne la volt point rendre. »
Cependant il s'agissait pour le duc de Bourgogne d'une entreprise beaucoup plus importante, de s'emparer de la capitale de la Lorraine.
Le siège de la place commença le 20 octobre 1475; ce fut ce jour-là que Campobasso, auquel le sort réservait de se trouver toujours personnellement en lutte avec les d'Aguerre, ses anciens compagnons d'armes, enleva les troupeaux de la ville de Nancy, qu'on avait eu l'imprudence de laisser paître sans défense dans la prairie de Tomblaine ; c'était là un très grand revers pour la garnison qui voyait ainsi disparaître les moyens de subsistance indispensables pour pouvoir prolonger la résistance. Néanmoins elle se défendit vaillamment; mais René, sachant qu'elle manquait trop de vivres pour pouvoir tenir longtemps, écrivit aux assiégés de capituler, et, conformément à ses lettres qui arrivèrent le 25 novembre, la place se rendit après cinq semaines de siège, obtenant toute sûreté pour les habitants, et pour la garnison l'autorisation de se retirer libre avec les honneurs de la guerre. Le 27 novembre, Ménaut sortit donc de Nancy, ainsi que toute la garnison, et trois jours après Campobasso y entrait solennellement à la suite du duc de Bourgogne. Mais une année ne devait pas s'écouler avant que Ménaut, commandant cette fois en personne, ne prît par une nouvelle et plus heureuse défense de Nancy contre Charles le Téméraire et contre Campobasso une éclatante revanche. Du reste, les services de Ménaut durant ce siège sont honorablement reconnus par les lettres patentes du duc René, du 16 février 1476, dans lesquelles, en rappelant que Ménaut a été deux fois au nombre des assiégés dans la ville de Nancy, ce prince constate qu'il s'y est chaque fois « si vaillamment et courageusement porté que possible était à supporter à corps humain. »

Archives de Lorraine. Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 158, 178, 319. Chronique de Lorraine, n° 125 à 137. - Journal de Jehan Aubrion, bourgeois de Metz, p. 80.

CHAPITRE III.
La Lorraine reconquise sur les Bourguignons.
1476.

Après la prise de Nancy, Ménaut se rendit auprès du duc René, alors absent de la Lorraine, et nous ne le voyons reparaître qu'avec ce prince lorsqu'il revint un an après à la tête d'une armée ; il en fut de même de Bidos qui était retenu par un service dans la maison du duc. Nous devons, du reste, remarquer que Ménaut d'Aguerre et Bidos restaient tous deux généralement attachés à la personne et à la maison du prince, tandis que Gratien d'Aguerre, plus impétueux, aimait à se séparer pour commander des troupes et à entreprendre des expéditions seul et pour son propre compte.
Toutefois, comme la Lorraine se trouvait alors au pouvoir des Bourguignons, et qu'on était réduit à une inaction forcée, Gratien se retira dans l'asile qui avait été le premier séjour des d'Aguerre à leur arrivée dans nos contrées. Il se rendit auprès de la comtesse Yolande, au château de Joinville, où se trouvaient réunis quelques-uns des plus braves Lorrains qui sont cités par la Chronique de Lorraine. « Ains premier parlerons du bastard de Valdemont, de Gracian de Guerre, de Henry et Ferry, enfants de Tantonville, de l'escuyer Gérard, de Jehan d'Aigremont, assy de Petit Jehan de Valdemont. » Gérard est mis ici par abréviation de Gérard d'Avillers; les enfants de Tantonville, ce sont les deux Ligniville, et Petit Jehan de Valdemont n'est autre que Jean de Bron, appelé aussi M. de Pierrefort. Notons avec soin les noms de ces sept braves guerriers, noms qui se retrouveront si souvent et presque toujours ensemble dans l'histoire de cette guerre. Ces hommes, déterminés et entreprenants, attendaient avec impatience dans leur retraite de Joinville une occasion qui ne tarda pas à se présenter.
Le 3 mars 1476, Charles le Téméraire perdit la bataille de Morat. Dès lors, les capitaines retirés à Joinville pensèrent que le moment était arrivé de reprendre l'offensive à eux seuls et malgré l'absence du duc René. En effet, dans la nuit du 13 au 14 avril, ils s'emparèrent du château de Vaudémont par escalade, au moyen d'une intelligence avec le châtelain, et mirent bientôt la main sur plusieurs autres places. Gratien d'Aguerre devint capitaine de Foug; de là, il se joignit à la garnison de Fontenoy, et harcela tellement Gondreville, que les Bourguignons, qui l'occupaient, furent forcés de l'abandonner.
Ces premiers succès, suivis de plusieurs autres, firent comprendre aux chefs lorrains la nécessité d'agir de concert pour frapper un plus grand coup. En conséquence, Gratien se réunit aux deux Vaudémont, ainsi qu'aux autres capitaines, et tous ensemble vinrent, le 12 août, assiéger Bayon, qu'ils prirent par escalade. Le surlendemain, ils allèrent mettre le siège devant Lunéville, dont ils parvinrent à s'emparer au bout de quelques jours, malgré un assaut resté infructueux. Dès lors, ils crurent que rien ne pourrait leur résister et s'en vinrent, à la fin du mois d'août, mettre le siège devant la ville de Nancy. La Chronique de Lorraine relate ainsi les dispositions prises par les assiégeants : « Dès Virlay jusque à Sainct-Jehan ont faict un grand biez, dedans se sont lousgiés. Valthier de Panne à Virlay son losgis estait; Monsr de Pierrefort on moulin estait (Petit-Jean de Vaudémont). Monsr le bastard de Vaudemont, Gracien [d'Aguerre], l'escuyer Gérard, les enfants de Tantonville et ceulx d'Aigremont estaient tous entour de Sainct-Jehan. »
On voit que les sept de Joinville se retrouvaient encore là au complet comme dans les sièges précédents.
Depuis peu de jours cette entreprise était commencée, lorsque Jean de Vaudémont reçut des lettres de René qui le forçaient de s'éloigner; le duc l'informait de son projet d'aller lui-même s'emparer d'Épinal, et il lui donnait l'ordre de prendre cent ou cent vingt de ses hommes les mieux montés et de se rendre en toute hâte avec eux, pour le 8 septembre, en vue d'Épinal, afin d'y opérer sa jonction avec lui. Vaudémont s'empressa d'exécuter ces ordres; il alla à la rencontre de René qui, de son côté, arrivait au rendez-vous avec une armée de trois à quatre mille hommes. Ces forces étant trop supérieures pour que la garnison d'Épinal tentât de résister, la place se rendit sans coup férir, et René y fit son entrée.
« Il mit son féable serviteur Ménault Daguerre por bien ouadier ledit chastel, avecque luy y avoit xxx Gascons, tous gens de guerre et de bonne façon. » (Chronique de Lorraine, n° 163.)
Peu de jours après la prise d'Épinal, le duc René arriva devant Nancy avec Jean de Vaudémont, et poussa si vigoureusement le siège que la ville fut forcée de se rendre le 5 octobre. Ce fut un grand bonheur pour les Lorrains que Nancy n'eût pas tenu quelques jours de plus ; car, deux jours après le départ de la garnison, le duc de Bourgogne, qui arrivait en toute hâte avec une armée de secours, se présentait devant Toul. En apprenant la prise de Nancy, qui avait si malheureusement déjoué ses calculs, ce prince ne put retenir sa colère, « jura sainct Georges que devant que il fust les Roys, de toute la duchiéseigneur en serait, luy et ses gens li duc René hors chasserait, ou tous mors ils demoureraient. » (Chronique de Lorraine, n° 170.) Serment de funeste présage, et dont la dernière partie seulement devait se trouver, jour pour jour,. si funestement réalisée par le propre trépas du duc de Bourgogne.

Chronique de Lorraine, n°s 143 à 170. - Histoire de Lorraine, t. V, p. 347 à 353.

CHAPITRE IV
Le grand siège de Nancy.
1476

Après la prise de Nancy par les Lorrains, les deux armées passèrent quinze jours à se surveiller mutuellement sans en venir aux mains. Mais, le 21 octobre, les Allemands qui composaient une très grande partie de l'armée lorraine s'étant mutinés, René fut forcé de battre en retraite ; il quitta donc Pont-à-Mousson à l'heure même où le duc de Bourgogne y entrait de son côté, et il alla coucher à Saint-Nicolas. En même temps, René commit Ménaut et Gratien d'Aguerre à la défense de Nancy; cette mission de veiller à la défense de la capitale de la Lorraine contre un ennemi aussi formidable était sans doute d'une extrême importance, mais elle était en même temps entourée de difficultés presque insurmontables, car la place manquait de vivres et de munitions de guerre.
Le duc de Bourgogne commença aussitôt le siège de Nancy, qui fut investi le 25 octobre. Dès les premiers temps, on éprouva une disette que l'armée et les habitants supportèrent avec courage; toutefois, la place ne pouvait absolument tenir si elle n'était promptement secourue par le duc de Lorraine, ainsi qu'il en avait donné la promesse formelle en s'éloignant pour aller solliciter l'appui de ses alliés.
En effet, quelques semaines après l'ouverture du siège, René, qui était allé à Zurich, reçut des Suisses l'assurance qu'on lui donnerait une dizaine de mille hommes qui seraient entièrement prêts pour la fin de décembre. Aussitôt, Syffred de Baschi, maître d'hôtel du duc, que l'Histoire de Lorraine appelle simplement Chiffron, s'offrit pour aller porter aux assiégés cette bonne nouvelle. Arrivé à Vaudémont, il s'y aboucha avec les d'Aigremont (Choiseul), les Tantonville (Ligniville) et Gérard d'Aviller; tous conçurent alors le projet assez hardi de ne point se borner à faire tenir des nouvelles aux assiégés, mais de profiter de l'occasion pour ravitailler la place en hommes et en provisions ; ils résolurent donc de se jeter dans Nancy, et de charger leur bande de poudre et de viandes salées. Arrivés à Clairlieu, ils y attendirent la nuit; à l'heure de minuit, ils se glissèrent par derrière Laxou, parvinrent au sommet de la côte de Toul, et y firent une halte pour observer les lieux. N'ayant aperçu personne de garde, ils recommandèrent leur âme à Dieu, et, l'épée à la main, marchèrent sur les murs de la place. Arrivés aux fossés, ils s'y élancent en criant : Lorraine ! Ce bruit donne l'alarme des deux côtés : ceux de Nancy allument des torches, et les Bourguignons se jettent dans les fossés pour arrêter le convoi. Cette tentative ne réussit qu'en partie, car le gros de la bande fut forcé de battre en retraite et de retourner en toute hâte à Vaudémont; les chefs seuls qui étaient en avant purent pénétrer, à l'exception toutefois de Baschi. Ceux de Nancy accueillirent ces nouveaux arrivés avec une grande joie et se félicitèrent de l'assurance d'être bientôt secourus.
Cependant, Syffred de Baschi, n'ayant pu franchir une tranchée, avait été fait prisonnier. « Le bon maistre d'hostel Chiffron à duc de Bourgoigne fut mené, tous les seigneurs après de lui estaient. Quand il le veit, jura sainct Georges que incontinent pendu serait. » (Chronique de Lorraine, n° 183.) Toute la noblesse insistait pour obtenir la grâce de Syffred, « le comte de Nassol, le comte de Simay (Chimay), M. de Bièvre (Jean de Rubempré), le grand Bastard (le propre frère du duc), tous prièrent pour lui. » Mais le duc. résistait à tous avec colère, et cette scène nocturne avait sa sauvage et farouche grandeur. Cependant le comte de Campobasso, qui avait servi dans l'armée lorraine avec Baschi, insistait plus que tout autre, remontrant au duc les représailles, que ces actes de violence pourraient attirer sur ses propres serviteurs. « Le duc, quand il veit que le comte assy fièrement parlait, le duc airmé estait, en ses mains ses gantelets avait, haussy la main, à comte donna un revers ; le comte plus ne dit mot, ne tous les altres assy. Li duc le délivra à dict prévost. Va faire ton debvoir. » (Chronique, n° 183.) Incontinent Syffred fut conduit au supplice, au lieu où est maintenant l'église Saint-Nicolas. « Ledit prévost sus l'abre le feit monter; en disant son In manus tuas, etc..., en bas fut rué, le paure homme morut : Dieu luy veuille pardonner. » (Chronique, n° 183.) La nuit n'était donc point encore passée que déjà Syffred avait cessé de vivre. Au point du jour, Gérard d'Aviller et les Tantonville s'abouchèrent avec les Bourguignons pour recommander que le prisonnier fût traité avec humanité. Ayant appris, en réponse, sa mort funeste, ils demandèrent son corps qui leur fut délivré. Le grand bâtard le fit mettre dans un drap de soie et porter à ceux de Nancy par quatre gentilshommes. Toute l'armée et toute la population suivirent son corps, et on l'enterra avec la plus grande pompe à Saint-Georges, auprès du grand autel.
Tel fut ce célèbre acte de violence de Charles le Téméraire, acte dont les conséquences furent fatales; car, outre les représailles beaucoup trop sanglantes que René en fit tirer sur-le-champ, le silence de Campobasso, après l'outrage qu'il avait reçu du duc, pouvait laisser à penser de la part de cet Italien qui savait attendre et choisir son moment. En effet, la fortune allait bientôt solder tous ces comptes de sang. Campobasso sut se procurer une insigne vengeance à la bataille de Nancy, et deux mois ne devaient pas se passer avant que Charles le Téméraire allât, lui aussi, reposer sous les dalles de Saint-Georges, auprès du bon maistre d'hostel Chiffron. Et, par un singulier hasard, Ménaut d'Aguerre, qui venait d'ordonner la pompe solennelle de Syffred, devait être celui que, par une commission spéciale, « René choisit pour présider aux funérailles de Charles le Téméraire. » (Lepage, Commentaires sur la Chronique de Lorraine, p. 90.) Il lui fut ainsi donné de réunir ces deux ennemis au pied du même autel et dans la paix du même tombeau.
Au milieu du deuil de la mort de Chiffron, Gratien d'Aguerre et Petit-Jean de Vaudémont, qui était aussi renfermé dans Nancy, avaient pourtant à se réjouir d'avoir vu pénétrer dans la place les Ligniville, les d'Aigremont et Gérard d'Aviller, car ainsi se trouvaient, sauf un seul, réunis dans ce moment critique les sept seigneurs qui, partis de Joinville trois mois auparavant, avaient commencé à reconquérir la Lorraine. Quant à Jean de Vaudémont, qui manquait à cette réunion de chefs éprouvés et si habitués à se retrouver ensemble à la peine, il n'était point resté indifférent aux embarras des assiégés, et avait su leur donner de ses nouvelles. Il commandait-à Gondreville, et, le jour de la Toussaint, il était parvenu à se glisser secrètement, à la tête de trois cents soldats, par la forêt de Haie, auprès de Laxou; avec cette poignée d'homme, il se jeta la nuit sur les assiégeants qui occupaient Laxou, et cette surprise eut tout le succès qu'on pouvait en espérer avec le peu de soldats dont Vaudémont disposait.
Cependant les privations extrêmes des assiégés augmentaient chaque jour, et le secours impatiemment attendu n'arrivait pas. Pied-de-Fer, qui était sorti de Nancy pour aller chercher et rapporter des nouvelles de René, n'osa pas à son retour rentrer dans la place, et s'arrêta à Rosières. Il fallait donc trouver un homme de coeur qui voulût bien se hasarder à entreprendre avec plus de succès cette périlleuse mission. « Les capitaines Ména et Gratien et tous les altres cherchaient por en treuver ung. Un nommé Thierry, drapier que de Mirecourt estait, lequel dict : Messeigneurs, à l'ayde de Dieu, se vous voliez, je iray et dedans huit jours, à plus tard, je vous jure que céans retorneray. » (Chronique, n° 188.) Thierry remplit sa mission avec autant de courage que d'habileté, et il rentra à Nancy, annonçant qu'il avait vu plus de dix mille Suisses rassemblés auprès de René qui, dans huit jours, viendrait les secourir. Toutefois, la disette, qui était extrême, n'était pourtant pas le seul mal dont les assiégés eurent à souffrir, car le manque de poudre était tel que l'artillerie ne pouvait plus faire aucun service. On éprouva pourtant une légère amélioration à cet égard. « Messire Michel Glory, que gouverneur de l'artyllerie estait, dict à tous les capitaines Ména et Gratien que encore deux tonnes de pouldre avait, lesquelles coichiez les avait du temp des Bourguignons ; nuls ne les scavaient, fors que lui. » (Chronique, n° 189.) Pierre le Bombardier fit mener une pièce à la porte La Craffe et tira avec un grand succès sur l'ennemi.
Peu de jours après, le duc de Bourgogne reçut à son camp la visite d'un souverain. Son cousin germain, Alphonse, roi de Portugal, se trouvant en France, voulut faire une tentative pour amener la paix entre la France et les Bourguignons. Il se rendit d'abord à Toul, et Charles le Téméraire alla au-devant de lui jusqu'auprès de cette ville. Le roi de Portugal arriva devant Nancy le 29 décembre, et alla loger à trois lieues de cette ville, au château d'Amance. Mais, ses efforts en faveur de la paix ayant été inutiles, il repartit deux jours après.
A Nancy, la famine augmentait chaque jour, on était arrivé à la dernière extrémité. Le terme de Noël, annoncé plusieurs fois comme celui de la venue de l'armée de secours, était passé depuis dix jours; l'anxiété était des plus grande, et la situation désespérée. Malgré cet état de désolation et d'épuisement, les assiégés firent le dimanche 5 janvier, longtemps avant le jour, une sortie qui ne fut pas sans quelque utilité, suivant le témoignage du duc René lui-même; en parlant du duc de Bourgogne, il dit : « Mais là, Dieu merci, il eut deux empêchements, l'un que ceux de la ville, qui ne pensaient point que je fusse si près d'eux, saillirent par une poterne, et, du côté là, ils brûlèrent toutes les tentes et tuèrent ce qu'ils trouvèrent, puis se retirèrent dans la ville. » Leur retour eut lieu à sept heures du matin. « Les assiégés étaient à peine rentrés dans la ville, lors qu'un soldat bourguignon se jeta dans le fossé, près du palais, en criant : Vive Lorraine ! jour Dieu, sauvez-moi la vie, car des nouvelles vous apporte. On le conduisit devant les capitaines Ménaut et Gratien d'Aguerre, auxquels il raconta en détail tout ce qui venait de se passer. On annonça aux habitants l'arrivée des secours. » (Digot, p. 339.)
Le sort des assiégés allait ainsi être bientôt décidé par la bataille. Or, voici comment se passa ce grand et mémorable événement.

Chronique de Lorraine, p. 239 à 290. - Dom Calmet, p. 351, 379. Digot, Histoire de lorraine, t. III.

CHAPITRE V.
La bataille de Nancy.
5 janvier 1477.

René étant enfin arrivé à Saint-Nicolas, les deux armées se préparèrent pour la bataille dès le matin du 5 janvier 1477. Pendant ce mouvement, Campobasso avait déserté avec les siens pour passer à l'ennemi, et il se retrouvait pour la seconde fois au service de la Lorraine.
L'armée du duc de Bourgogne était ainsi disposée : elle avait devant elle son artillerie, en arrière le ruisseau de Jarville, à sa gauche elle s'appuyait sur la Meurthe, et à sa droite sur le bois de Saulrupt. Charles le Téméraire était placé au centre, le bailli de Flandre à l'aile droite, et Galéotto à la gauche, le même Galéotto qui avait combattu pour les Lorrains à Barcelonne. L'arrière-garde était commandée par le grand bâtard Antoine de Bourgogne.
L'armée de René commença l'attaque en tournant, à la faveur d'un bois, la droite de l'ennemi dont elle dépassa le corps d'armée, rendant l'artillerie des Bourguignons sans effet, puis elle tomba à l'improviste sur l'arrière-garde; celle-ci ayant été surprise et culbutée, sa déroute amena celle de toute l'armée de Charles le Téméraire.
La garnison de Nancy ne crut pas devoir rester inactive. « Ména Daguerre et Gratien son frère et tous les altres en airmes estaient, saillirent dehors tous embastonnés, frappaient et chargeoient sus ceulx que demeuré avaient. » (Chronique, n° 203.) Le duc de Bourgogne se trouva enveloppé de tous côtés; son artillerie, qui avait été tournée, ne put tirer qu'un seul coup qui tua deux hommes. Cependant, et bien que dès le début la situation semblât désespérée, les Bourguignons se défendirent longtemps et vaillamment; la bataille paraît en effet avoir duré six heures, puisque le duc René, qui poursuivit aussitôt les fuyards, ne franchit le pont de Bouxières qu'à cinq heures du soir.
Charles le Téméraire battit en retraite accompagné de son frère Antoine, et arriva près de l'étang Saint-Jean, entouré par l'élite de la noblesse ; là, plus de cinq cents des siens se firent tuer auprès de lui pour le défendre ; mais à la fin son cheval s'étant embourbé dans la vase, il fut frappé de plusieurs coups de lance et tué par Claude de Beaumont à l'endroit où se voit encore la croix érigée en mémoire de ce funèbre événement. « Quand la note blesse veirent que leur seigneur mort estait, tous le habandonnirent : les uns s'enfuyaient de çà et de là, le grand bastard Anthoine print la fuycte vers Laixou. »
Après la mort du duc. le grand bâtard Antoine de Bourgogne se trouvait l'homme le plus considérable de toute l'armée, et c'était à lui à en rallier les débris, s'il était encore possible. Jeannot de Bidos, qui combattait avec distinction dans l'armée lorraine, s'élança à la poursuite de ce personnage important et le fit prisonnier. « Quand il vient à la chenevière de Jeannot le Gascon, il fut prins. » (Chronique de Lorraine, n° 203.) Jeannot s'empara aussi d'un des principaux seigneurs bourguignons, Philippe de Neufchastel. Henri de Neufchastel, seigneur de Chastel, fut fait également prisonnier. Ils étaient l'un fils, l'autre neveu du maréchal de Bourgogne; la Chronique de Lorraine appelle le premier M. de Fontenoy, et le second M. d'Arricourt, seigneur de Chastel. Tous deux furent conduits au château de Foug, et le grand bâtard Antoine de Bourgogne fut mené à Pulligny. La prise si importante que Bidos venait de faire semblait être pour lui un événement des plus heureux, et pourtant nous verrons bientôt combien d'ennuis et de traverses il en résulta non-seulement pour lui, mais encore pour le duc de Lorraine.
Par suite de cette victoire signalée, René reprit enfin possession de sa capitale, mais il la trouva bien dévastée. « Les murailles étaient battues et comme arrasées par force de l'artillerie. » (Lettres patentes du 14 février 1476.) Il ne put se loger dans son palais, car on en avait été réduit à brûler une partie des matériaux pour empêcher la garnison de mourir de froid. Pourtant il fit son entrée sous le plus bel arc-de-triomphe où prince eût jamais passé : sous un arceau composé des os de tous les animaux immondes dont avaient mieux aimé se nourrir les habitants de Nancy, que de ne pas pousser jusqu'au bout leur sublime défense. » (Dumast, Nancy. Histoire, etc., p. 9.)
Les d'Aguerre avaient ainsi rendu un service signalé à la Lorraine en sauvegardant Nancy. Ils surent, malgré la famine et l'entier épuisement des munitions de guerre, prolonger, assez pour que René pût arriver à temps, cette résistance héroïque, juste sujet d'une gloire impérissable pour leur nom.

Chronique de Lorraine, nos 196 à 209. - Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 388.

CHAPITRE VI.
Pompe funèbre de Charles le Téméraire.
1477

Le corps du duc de Bourgogne ne put être retrouvé et reconnu parmi tous les morts que le lendemain de la bataille. Nous avons dit qu'au commencement du siège de Nancy Charles le Téméraire « jura saint Georges que devant que il fust les Roys de toute la duchié seigneur en serait ou tous morts ils demoureraient. » (Chronique, n° 170.) Et le lundi, jour des Rois, lendemain de la bataille de Nancy, la porte de Saint-Nicolas, qui conduisait à la collégiale de Saint-Georges, s'ouvrait de nouveau comme elle s'était ouverte six semaines auparavant pour le corps du bon maître d'hôtel Chiffron, et donnait passage à un aussi lamentable convoi.
Quatre gentilshommes se présentaient encore portant dans de riches draperies un corps inanimé ; mais, cette fois, c'était celui du dernier duc de Bourgogne, et dans ce drap funèbre gisaient avec lui le nom, la fortune et les destinées d'une vaste et puissante souveraineté. Cette journée était doublement douloureuse pour Ménaut d'Aguerre au milieu de son triomphe. Il était chargé par le prince de présider aux funérailles du brave soldat, du souverain malheureux contre lequel il avait souvent combattu avec des fortunes diverses; et, au même moment, il revoyait dans l'armée lorraine le comte de Campobasso par lequel il avait été assiégé deux fois dans Nancy, Campobasso qui avait comme lui combattu en Espagne sous le drapeau lorrain, et qui, après avoir trahi la Lorraine pour la Bourgogne, et ensuite la Bourgogne pour la Lorraine, venait d'être ce jour même rétabli par René dans sa seigneurie de Commercy.
Cependant, bien que le corps du duc de Bourgogne eut été reconnu par un de ses pages, on jugea prudent de ne pas procéder à son inhumation avant que cette reconnaissance n'eût été confirmée par ceux des prisonniers que leur rang rendait les plus familiers avec le prince. René manda donc aussitôt les deux Neufchatels, et par suite Bidos alla chercher et amena Philippe de Neufchastel, son prisonnier. Le duc René « en la chambre entra le premier. La teste desfula (découvrit). Quand lesdits seigneurs le veirent, à genouils se mirent. Hélas! vecy nostre bon maistre et seigneur. » (Chronique de Lorraine, n° 210.) Le grand bâtard, aussi amené, reconnut pareillement son frère; tous les doutes étant ainsi dispersés, on s'occupa de procéder à la pompe funèbre.
Le dimanche 12 janvier, le corps de cet infortuné prince entrait dans l'église Saint-Georges, porté par quatre comtes et six autres seigneurs. Le cortège était triste et solennel entre tous, car, lorsque tous les honneurs eurent été déposés sur le corps dans la tombe, on ne vit pas cette fois les grands officiers venir faire leur debvoir selon l'usage, descendre dans la fosse, en rapporter l'épée et la grande enseigne, et en l'agitant crier par trois fois : Vive le duc. En effet, avec ce prince avaient péri, son nom, sa race et sa souveraineté ; avec lui la Bourgogne était ensevelie dans cette tombe, et la pierre funèbre se refermait pour toujours sur tous deux.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 384 et 386. - Chronique de Lorraine, n° 209, 210. - Bulletin de la Société d'archéologie, Nancy, 1851, p. 182, 183.

CHAPITRE VII.
Guerre du Luxembourg.
1477 à 1478.

René s'occupa, le même jour 16 février 1477, de régler le sort de ses deux fidèles serviteurs Bidos et Ménaut d'Aguerre, qui, comme de coutume, étaient restés près du prince, tandis que Gratien était allé au loin recommencer la guerre. Le prince accorda à Bidos qui avait consenti à lui remettre ses deux prisonniers, Antoine de Bourgogne et Philippe de Neufchastel, non pas dix mille écus pour l'un d'eux seulement comme le dit Dom Calmet, mais cinq cents livres de rente sur les salines pour la remise de tous les deux ; « à laquelle a esté prins, disent les lettres patentes de René du 16 février 1476 (1477), messire Anthoine, bastart de Bourgongne, par nostre tréschier et bien amé pennetier, Jannot l'aubellestrier, lequel depuis, à nostre requeste, à iceluy messire Anthoine quiété de sa foy et le rendu et délivré en nos mains. et aussi que semblablement il nous a mis entre mains messire Phellipe du Nuefchastel. » Bientôt après, Louis XI pressa avec insistance le duc René de lui remettre Antoine de Bourgogne qu'il redoutait beaucoup, et le duc de Lorraine, après de grandes hésitations, n'osa refuser ; il conduisit lui-même Antoine à Arras, après avoir stipulé les assurances les plus formelles pour la sécurité du prisonnier qui, du reste, fut traité avec beaucoup de faveur à la cour de France. Nous verrons bientôt la suite de cette affaire et nous raconterons les persécutions dont elle fut l'origine pour Bidos.
L'année suivante, René fit encore don à Jeannot de Bidos des maison, place, terre et seigneurie de Rémicourt, près de Nancy. Les lettres patentes délivrées à cette occasion, le 8 avril 1478, font une mention encore plus formelle des services de Bidos, « en considération des grans, fructueux et aggréables services que nostre très cher et féal Jehannot de Bidou, nostre pannetier, nous a par cy devant faiz, résident continuellement en nostre service, mesmes au recouvrement de nostre duché, où il s'est vaillamment employé et exposé sa personne en plusieurs grans périlz et dangiers, sans nous habandonner. »
Peu après, Bidos obtint une charge qui témoigne de la confiance que le prince avait en lui; il fut nommé capitaine des cranequiniers ou arbalétriers à cheval de la garde. Nous avons vu qu'il était pannetier de Lorraine, charge qu'il conserva pendant plus de trente ans, car son épitaphe lui donne encore le titre de pannetier du roi de Sicile.
Ainsi que nous l'avons dit, le même jour 16 février, René fit une autre disposition en faveur de Ménaut d'Aguerre, et lui concéda des biens qui avaient fait retour au domaine. Ménaut était à cette époque conseiller, chambellan du duc et capitaine d'Épinal; il commandait, en outre, une compagnie d'hommes d'armes au service du duc de Lorraine.
Quant à Gratien d'Aguerre, incapable de rester inactif, il s'était, aussitôt après la bataille de Nancy, offert pour aller au pays de Luxembourg tenter des conquêtes sur les Bourguignons. René convoqua les États, à Épinal, pour délibérer sur la continuation de la guerre ; les États s'y opposèrent formellement et le prince parut se ranger à leur avis. Mais Gratien insista vivement, et, ayant fini par l'emporter, il partit sur-le-champ pour le Luxembourg avec le titre de lieutenant général du prince et de capitaine général. Il parvint rapidement à s'emparer de Louppy, de Chauvency, ainsi que des villes de Virton et de Damvillers. René engagea à Gratien Louppy et Virton et toute sa prévôté, pour l'indemniser des dépenses faites tant pour la prise de ces places que pour l'entretien des fortifications. Il lui donna, en outre, la seigneurie de Chauvency et celle de la ville de Damvillers. Dans les lettres patentes de cette concession, en date du 10 avril 1477, le duc rappelle de la manière la plus honorable pour Gratien les services qu'il avait rendus en Espagne et en Lorraine : « Ayant regart aux grans, notables et laborieux services que nostre très cher et féal chevaillier messire Gracien de Aguerre a fait à nostre grant père le roi de Jhérusalem et de Siciles, et à feu nostre oncle le duc Jehan, duc de Calabre et de Lorraine, en leurs guerres et emprinses de Cathelongne; lequel depuis en habandonnant et délaissant les propres pays et lieux de sa nativité, s'en est venu par deçà pour continuer envers nous sa bonne loyaulté, incontinent après nostre réception à cestui nostre duché, où il s'a emploié songneusement, honorablement et vaillamment, tant à la conduicte de ci noz gens d'armes en noz guerres et affaires qu'avons eu à l'encontre de feu nostre oncle, Charles, duc de Bourgogne, comme à la déffence de nostre ville de Nancy, en laquelle il, avecques autres de nos bons serviteurs, a esté assiégé par nostredit oncle et tenu ledit siège en grande extrémité, tant en déffault de vivres comme de baterie des murailles de nostredite ville, jusques à ce que, à l'ayde de Dieu, de Nostre Dame et de monsieur sainct Nicolas, nous avons, à puissance d'armes, levé ledit siège, » Après la prise de ces différentes places, Gratien allait s'occuper du siège de Montmédy et il rassemblait des provisions pour cet objet, lorsqu'une trêve avec les Impériaux, suivie bientôt d'un traité de paix, assura à la Lorraine les conquêtes qu'il venait de faire, et mit fin aux hostilités. Il se trouvait ainsi jouir d'un repos de quelques mois., chose assez rare dans son existence, et il le mit à profit pour songer à un établissement. II épousa Madelaine de Castres, fille de Nicolas de Castres et de Madelaine, dame de Vienne-le-Chatel. René lui témoigna en cette circonstance « toute son affection en faisant célébrer au palais ducal même ses noces avec Madelaine de Castres, et en donnant à cette occasion des joûtes et des tournois. »
Madelaine de Castres avait pour aïeul maternel Henry de Vienne, fils de Bertrand et petit-fils de Hugues de Vienne, qui vivait vers 1350. Hugues de Vienne eut pour second fils Jean de Vienne, seigneur de Pont-Saint-Vincent, près Nancy, dont le fils Nicolas et le petit-fils Jean Il furent aussi seigneurs de Pont-Saint-Vincent; ce dernier, bien qu'il possédât cette seigneurie lorraine, fut tué dans l'armée du duc de Bourgogne, et Pont-Saint-Vincent, dont nous aurons à reparler, fit retour au domaine ducal. Ce mariage donnait ainsi à Gratien des prétentions sur les terres considérables de Vienne-le-Chatel et de Pont-Saint-Vincent, prétentions dont nous verrons plus tard les résultats.

Archives de Lorraine. Dom Calmet, Histoire de Lorraine., t. V, p. 142, 390. - Journal de la Société d'archéologie, Nancy, 1863, p. 233. - Digot, Histoire de Lorraine, t. III, p. 364, 369. - Lepage, Commentaires sur la Chronique de Lorraine, p. 85.- Manuscrits de la Bibliothèque impériale. Recherches sur la noblesse de Champagne en 1668, au mot Vienne.

CHAPITRE VIII.
Guerre de Gratien d'Aguerre contre la ville de Metz. - Voyage de Ménaut en Provence et en Italie.
1478 à 1180

Gratien avait fixé sa résidence et celle de ses troupes dans la ville de Damvillers, où il se trouvait à même de surveiller ses seigneuries de Damvillers et de Chauvency, ainsi que ses domaines de Virton et de Louppy. Ce séjour lui donnait avec la ville de Metz, dont le commerce s'étendait beaucoup dans le Luxembourg, des rapports souvent délicats, par suite des plaintes dont l'occasion se présentait fréquemment entre voisins dans ces temps de désordre. Dans une affaire de cette nature, Gratien - adressa, le 20 octobre 1478, aux magistrats de la ville de Metz, une lettre qui a quelque intérêt, parce qu'elle est la seule qu'on possède de Gratien. Elle commence par ces mots : « Très honorés seigneurs et bons amis, je me recommande à vous tout ce que je puis ; » elle finit ainsi : « Et au surplus s'il est chose que pour vous puisse volontiers et en mon petit pooir le ferai; c'en scet Dieu notre Seigneur qui vous ait en sa sainte garde. Ecrit au chastel de Damvillers le 20e jour d'octobre 1478. Gracian Daguerre, seigneur de Damvillers et lieutenant et capitaine général pour mon très redouté seigneur Monseigneur le duc de Lorraine es marches par dessa. Tout votre... » Contresigné Guillaume Drouare, avec paraphe.
Peu après, il survint un plus grave sujet de querelle. Des soldats de Gratien s'étaient emparés du château de Pontoy. Ils étaient douze compagnons de guerre, selon la chronique en vers des Messins; neuf, selon les lettres d'instruction données par la cité à ses ambassadeurs près de Louis XI. Les Messins envoyèrent contre ces soldats une troupe nombreuse qui, après un premier assaut resté infructueux, fut plus heureuse au second, tua deux des assiégés, et fit prisonniers les autres qui furent amenés à Metz et mis à mort.
La cité leur manda brièvement
Qu'ils vuydassent paisiblement ;
Ils répondirent au sergent :
Vous n'êtes pas assez de gens.

Les seigneurs prindrent une bande
De gentils galants belle et grande,
Très tous jeunes galans de prix,
Furent au deuxième assaut prins.

Deux furent tués en la place,
Et les aultres amenés à Metz ;
Si mal s'avaient deffendus,
Que tous dix en furent pendus.
(Chronique de la noble cité de Metz.)

Une patience beaucoup plus grande que celle de Gratien eût été cette fois mise à l'épreuve ; aussi il n'hésita point à déclarer la guerre à la ville de Metz, dont la puissance était cependant formidable. Il lui envoya ses lettres de défi le 24 mars 1479, et commença aussitôt les hostilités en allant, à la tête de sept à huit cents hommes, attaquer le val de Metz. Pour se venger de ces entreprises, les Messins dirigèrent contre lui deux expéditions dans lesquelles ils n'eurent aucun succès. Leur récit n'en peut paraître suspect d'exagération en faveur de Gratien, car elles ne nous sont connues que par les écrivains de l'opulente cité, Gratien et ses hommes d'armes, qui étaient très peu clercs, n'ayant pas eu d'historien.
Voici comment le journal de Jehan Aubrion, bourgeois de Metz, raconte la première de ces entreprises conduite par Philippe de Raigecourt et Michiel le Gornais, à la tête de deux mille piétons et deux cent quarante chevaux : « Item, le premier jour de may, vint le massaigier (de) Gratial de Guerre en la cité, aporteit lectres aux srs; et demandait responce, et on le fit hosteller en l'ostel d'un appelez Jehan Husson, en la rue de la Haie. Et, le lendemain, Jehan Dex, qui estait clerc des septz de la guerre, par l'ordonnance de ses maistres, comme il disait, s'en allit vers le dit messagier en l'ostel du dit Jehan Husson et paiait tout ce que le dit messaigiés avait despendus avec iiij compaignons qui estoient avec lui de sa conguissance, et donnait audit messaigiés un florin au chat. Et luy dit qu'il s'en retournait vers son maistre, et qu'il n'averoit point de responce par escript, mais qu'il ly dit de bouche qu'il faisint bonne guerre à la cité, ét qu'il y vienit bien tost veoir, ou senon, ons l'yrait bien tost veoir luy mesmes. Et tantost le mercredy après, on mist gens emssamble bien environ ijer et XL chevalx bien au point, tant des sodiours comme des varlets d'ostel, et bien ij milles à piedz, tant de la cité comme du Vault, en là conduite du sr Michel le Gornais et du sr Philippe de Raigecourt, ambeduit tous deux chevaliers, et qui estoient septz de la guerre. Et s'en allont sur la nuit et emmenont avec eux xviij clerz chargiés d'artillerie, d'exuelle, de planches, de pain, de vin, et d'avoinne ; et s'en allont de bonne tire jusques à Billay. Et illec séjournont, et envoient ung sr appellé le Hurt du Lucembourg et les gens le conte de Biche, qui alors estoient aux gaiges de la cité; et les envoiont jusques devant Damvillers pour veoir par quelle manière cons y macterait le siège. Et quand ilz vinrent tous -devant la porte de Damviller, ils trouvont ung des serviteurs du dit Gracian qui s'en allait à provision, à tout ung mullet, pour ledit Gracial, et le prinrent et l'emmenont à Billey, de coste nos srs et nos gens l'interroguairent du fait de Gratia; lequel leur dit que le dit Gratia estoit fort sur sa garde et qu'il savait bien leurs venue. Et leurs dit tel chose que nos srs trouvont en conseille avec leurs gens de retorner pour celle fois; et s'en revindrent, grace à Dieu! sain et saulfz, et ramenont y celuy compaignon et le mulet, et encore ij aultres compaignons qu'ils prinrent au chemin. »
Cette première attaque ayant eu un succès assez médiocre, puisqu'elle s'était bornée à la prise d'un mulet et de son conducteur, que leur mauvaise fortune avait mis sur le chemin de cette armée, les Messins saisirent une occasion plus opportune peut-être que loyale de se venger de Gratien : « Un des officiers de l'armée de ce commandant vint secrettement à Metz, et promit aux gouverneurs de cette ville de lui livrer Gratien. Ils assemblèrent promptement quatre mille hommes, et se mirent en campagne : mais quand ils arrivèrent près de Damviller, comme ils faisaient repaitre leurs troupes, ils furent subitement attaqués et mis en déroute. » (Dom Calmet, t. V, p. 395.)
Voici comment les Messins racontent cet événement dans leur Chronique de la noble cité de Metz (Dom Calmet, Preuves, t. III, p. 317) :
Un nommé Gratian de Gueldre
Contre la cité feit la guerre,
En despitant sans nul mercy,
Vint brusler à Ars et Ancey.
...
De ce seigneur un serviteur
De son armée conducteur,
Vint noncer aux seigneurs de Metz,
Croyez-moi, je vous Je promets.

Que si mon maistre voulez avoir,
Je vous en ferai tel debvoir ;
Venez un jour, au lendemain
Le livrerai entre vos mains.

Une armée hors de la ville
Assemblarent de quatre mil,
Artillerie et charroy devant,
Estendars et bannières au vent.

Quand vinrent près de Dainviller,
Pour toute arrogance éviter,
En faisans un petit repas,
Fut rompu le tour du compas.

Cette guerre se prolongeait ainsi sans résultats décisifs, lorsqu'il survint entre la Lorraine et la France une complication qui changea beaucoup la situation de d'Aguerre.
Le duc René II se sentait à la veille de perdre son grand-père René Ier, duc de Bar, comte de Provence et roi titulaire des Deux-Siciles, royaume qu'il avait quelque temps occupé. Il s'agissait pour le duc de s'assurer la succession de son grand-père et de la défendre contre la cupidité de Louis XI, qui obsédait de ses intrigues la faiblesse naturelle du vieux roi René. Pour atteindre ce but, il résolut de partir avec son fidèle Ménaut d'Aguerre pour la Provence, où il s'aboucherait avec son aïeul; et, pour donner le change à Louis XI, il lui fit connaître que son intention était d'aller faire valoir les prétentions du roi René sur Naples et de reconquérir ce royaume. Louis XI ne pouvait que gagner à une expédition aussi aventureuse, et, comme si elle lui eût déjà semblé couronnée de succès, il a soin, dans sa correspondance, quand il parle de René, de l'appeler mon cousin le duc de Calabre. Pour lui montrer sa bonne volonté, il se charge de solder et d'entretenir une compagnie d'archers de sa garde; il veut qu'on se hâte de payer une année de solde à l'avance, « et gardez bien qu'il n'y eût faute, car j'aimerais mieux qu'il demeurât de mes autres affaires. » Mais, au même instant, et comme il était beaucoup moins dupe du duc de Lorraine qu'il ne lui convenait de le paraître, connaissant par expérience les moyens d'influence les plus efficaces sur le vieux roi toujours besogneux, il recommanda de lui verser une somme de vingt mille écus.
La bienveillance de Louis XI s'étendit non-seulement sur le duc de Lorraine, mais encore sur les d'Aguerre, qu'il savait en crédit à la cour de Lorraine ; aussi, le gouvernement de la ville de Mouzon étant venu à vaquer en ce moment, par suite du décès de Louis de Joyeuse, il le donna à Gratien d'Aguerre; et, en même temps, il s'entremettait entre les Messins et Gratien pour négocier une trêve qui fut en effet conclue le 20 juillet 1479.
Cependant le duc René était arrivé en Provence avec Ménaut; et, comme il y prolongeait beaucoup son séjour, il excita naturellement la défiance de Louis XI, qui parvint à découvrir que le duc de Lorraine s'était fait remettre par son grand-père des lettres pour la mise en possession du Barrois. Louis, qui avait ses créatures à la cour de Provence où il distribuait largement les pensions, contraignit le vieux roi à révoquer les avantages qu'il avait faits à son petit-fils. Celui-ci, voyant dès lors l'impossibilité de lutter contre un pareil adversaire, résolut de quitter la Provence ; mais, comme il lui importait de ne pas rentrer en Lorraine par la France et, de plus, d'aller en Italie pour y nouer des relations qui pourraient être utiles à ses prétentions sur le royaume de Naples, il s'embarqua à Marseille, le 25 décembre, pour aller à Venise.
Pendant que Ménaut d'Aguerre était ainsi embarqué avec le duc René, son frère Gratien se rendait près de Louis XI à Tours, où se trouvaient également les seigneurs Warry Roncel, Raigecourt et Dex, ambassadeurs de la ville de Metz, envoyés pour le traité de paix que les deux parties désiraient conclure sous les auspices du roi de France. On a encore les instructions données à cette occasion aux députés de la cité. Le traité fut signé à Tours, le 26 janvier 1480; en voici le préambule : « Nous les, maistre échevin, treize jurés, et Conseil de la cité de Metz d'une part, et je Gratian Daguerre, chevallier, seigneur de Damvillers, gouverneur de Mouzon, faisons savoir à tous que comme puis aucun temps en ça à l'occasion d'aucune poursuite ou querelie que je Gratian Daguerre, dessus nommé, prétendais faire à ladite cité pour certaines considérations ad ce me mouvant; lors eusse meu guerre par mes lettres de déffiance entreprise sur eux en leurs terres et pays, laquelle guerre fut continuée par l'une partie contre l'autre en exploits en guerre accoutumés... »
On convint dans le traité de se tenir quitte de part et d'autre de tous dommages et répétitions. Ainsi se termina, sans aucun désavantage pour Gratien, cette guerre qui témoigne autant de sa hardiesse que de sa puissance.
Quant au voyage où son frère Ménaut se trouvait engagé à la suite du duc René, il n'eut pas lieu sans de grands embarras. La traversée fut des plus difficiles, et le prince, assailli par des tempêtes successives, ne put arriver qu'au bout de trois mois à Venise. Mais là, ses négociations réussirent complètement. Le 16 avril, il fut déclaré lieutenant général de la République vénitienne, et il conclut en même temps un traité d'alliance, par lequel il s'engageait à venir au secours de la République aussitôt qu'il en serait requis, traité qui amena par la suite René en Italie. Après ces arrangements, le prince reprit le chemin de la Lorraine avec Ménaut.

Histoire de Metz, t. VI, p. 206, 228, 401. - Journal de Jehan Aubrion, p. 95. - Chronique de la noble cité de Metz, t. V, texte, p. 393. - Dom Calmet, t. III, Preuves, p. 316. - Digot, Histoire de Lorraine, t. III, p. 365. - Archives de Lorraine.

CHAPITRE IX.
Assemblée des Etats généraux. - Les d'Aguerre quittent la Lorraine.
1481.

Le duc de Lorraine était depuis peu de temps de retour de Venise lorsqu'il apprit la mort de son grand-père le roi René, comte de Provence. Désireux de faire valoir ses droits sur la succession de son aïeul, et de tenter une expédition dans ce but, le duc songea naturellement à Ménaut d'Aguerre et à Jeannot de Bidos, car les seigneurs lorrains étaient peu soucieux d'une entreprise aussi lointaine, et d'ailleurs, Ménaut, qui venait de séjourner en Provence, avait déjà été en relation avec les partisans des Lorrains. D'Aguerre et Bidos partirent donc pour cette difficile et périlleuse mission, dans laquelle on devait être aidé par les partisans que René croyait s'être conciliés en Provence.
Cependant le duc espérait obtenir de ses sujets, faute de soldats, au moins quelques subsides pour l'aider dans une entreprise aussi naturelle, car il eût été étrange d'abandonner des droits si évidents ; il convoqua donc les Etats de Lorraine pour le 8 août 1481. Mais il fut bientôt constant à l'avance qu'un violent orage éclaterait contre Gratien, dont les conquêtes dans le Luxembourg avaient excité la jalousie de la noblesse. Piqué de voir ainsi reconnaître ses nombreux services, Gratien abandonna Damvillers et la Lorraine pour aller fixer sa résidence en France, et, le 6 août, avant-veille du jour de l'ouverture des Etats, il remit au duc de Lorraine la seigneurie de Damvillers, la prévôté de Virton ainsi que le château de Louppy, dans lequel René devait plus tard passer ses dernières années. En échange de ces terres, le duc de Lorraine concéda à Gratien, à titre d'engagement, les baronnies, villes et châtellenies de Rumigny, Aubenton, Watephall, etc., biens que ce prince possédait en France.
On pouvait espérer que la retraite des d'Aguerre adoucirait les dispositions des Etats, mais il fut loin d'en être ainsi. Leur longue réponse fut insolente pour le prince, auquel ils disaient entr'autres : « Car vous voiez que, parceque vostre revenu va la pluspart au duire (plaisir), à boire et à manger, vous ne pouvez trouver argent pour despescher ung ambassadeur pour vos affaires. Aussy, tous vos conseillers, gentilshommes, officiers, et bref tous ceulx de vostre maison braient et crient après vous.... » D'ailleurs, Gratien était désigné aussi clairement que possible, et la jalousie contre ces conquêtes perçait assez. Les expéditions qui avaient suivi la bataille de Nancy avaient été entreprises « par la simulation d'aulcuns qui plus désiroient leur bien particulier, et qui, par les guerres, se vouloient faire grands, ainsy qu'ils ont faict..., Vous mistes gens d'armes en Bourgogne et en Luxembourg... et par la prinse du Luxembourg, le duçhé de Bar, ou vos gens d'armes vivoient, fut mis à pauvreté et destruict. » Du reste, on doit peu s'étonner de l'inimitié que montrait contre un soldat étranger une noblesse qui respectait aussi peu son propre souverain. En effet, ce n'était pas seulement Campobasso que les d'Aguerre retrouvaient à la cour de Nancy, après l'avoir combattu dans les rangs de l'armée de Charles le Téméraire, c'étaient encore les Desarmoises (notamment Simonin, grand-maître de l'artillerie de Lorraine), les d'Haraucourt, Lenoncourt, Dommartin, Toullon, d'Haussonville, Lucy, Vaudoncourt, Raville et tant d'autres. Leur sympathie pour Gratien était naturellement assez médiocre, et force était bien à lui et à son frère de s'exiler de la Lorraine. Certes, il ne dut pas quitter sans quelque émotion, pour ne plus les revoir, et le souverain qu'il servait depuis dix ans avec une fidélité rare en ces temps, et le palais où ce prince lui avait donné l'hospitalité, comme à l'un de ses proches, pour la célébration de son mariage, et la ville de Nancy où lui et son frère s'étaient tant signalés durant les trois sièges, cette ville où, suivant l'expression du duc René, Gratien avait « supporté et enduré innumérables misères et adversités pour l'amour de nous. » (Lettres patentes du 23 décembre 1489.) Et peut-être le prince lui-même ne se sépara-t-il pas sans quelque regret de cet utile et fidèle serviteur, dans ce moment où ni l'un ni l'autre ne pouvaient deviner que le fils de Gratien reviendrait près du fils de René, lors d'une guerre formidable qui mettrait de nouveau la Lorraine en péril, et qu'il séjournerait de longues années dans cette même cour comme le principal ministre de son souverain.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 397.- Archives de Lorraine. - Digot, Histoire de Lorraine, t. nf, p. 369.

CHAPITRE X.
Guerre de Provence.
1481.

On a vu que Ménaut avait quitté la Lorraine, accompagné de Jeannot de Bidos, pour aller faire la guerre en Provence; il s'agissait d'enlever ce pays à Charles, comte du Maine, qui s'en était emparé à la mort du roi René. Ménaut se rendit en Provence par le Rhône, il dépensa trente livres tournois pour bateaux et batelliers qui le menèrent de Chaalons en Bourgongne jusques en Avigon. A son arrivée en Provence, il fit pour le duc de Lorraine une levée de soldats à la tête desquels il plaça quatre connétables ; « il presta en outre à Jannot de Bidos neuf ducas d'or pour l'ayder à fournir à la soulde des gens qu'il avoit soulz luy, » et avança pour cette guerre des sommes nombreuses dont il ne put obtenir le remboursement que quatre ans plus tard. (Lettres patentes du 18 mai 1485.) Il combattit à la prise des villes de Forcalquier et de Boyon, se signalant comme toujours ainsi que le constatent ces lettres qui rappellent que Ménaut a fait la guerre de Prouvence, « où il alla de nostre commandement et ordonnance lorsque nostre dit sieur du Maine occupait nostredit conté de Prouvence ; ouquel pays, ledit Ménault, pour la grande affection et amour qu'il avoit à nous, s'est trouvé et mis plussieurs foiz en grant péril et danger de sa personne. » L'entreprise commençait à réussir, mais il survint un concurrent bien autrement redoutable que Charles, comte du Maine. Ce dernier était valétudinaire, sans enfant ; on attendait sa fin prochaine, et Louis XI s'était fait instituer son héritier. Aussi, après la prise de Forcalquier, Ménaut fut-il très grandement contrarié de voir arriver Vermandoys, roy d'armes de Monseigneur le Roy, accompagné de Prouvence, aussy roy d'armes, intimant défense, au nom dudit seigneur roi, de plus amplement persister sur cette entreprise au préjudice des droits du très redouté seigneur et roi. Ménaut regretta peu les six écus d'or qu'il remit par courtoisie et pour honorer la personne de leur auguste souverain à chacun de ces deux dignitaires, lesquels acceptèrent gracieusement et avec bénignité pour se conformer aux usages et coutumes de leurs fonctions féciales ; mais il lui était bien autrement pénible d'entrevoir, en présence d'une intervention aussi formidable, la chute d'une entreprise dont on avait espéré le succès. Toutefois, il fallut bien s'arrêter, et ce ne fut pas le seul revers de Ménaut, car bientôt il essuya, comme nous le voyons par les lettres de René, « la perdition de ses biens, meubles, artillerie, tapisserie et autres utencilles d'ostel que nostre feu sieur Charles, à son vivant conte du Maine, luy print et fist prendre audit pays de Prouvence. »
La fortune était en ce moment bien contraire à Ménaut; il venait d'éprouver tous ces désastres; d'un autre côté, après ce qui venait de se passer aux Etats de Lorraine, et peut-être peu satisfait du manque de fermeté du prince en faveur de ses plus utiles serviteurs, il ne voulut jamais rentrer dans ce pays, préférant y laisser en souffrance des intérêts considérables. Il lui restait, en effet, à poursuivre le remboursement des avances qu'il venait de faire pour l'expédition de Provence ; il avait aussi à toucher l'arriéré d'une rente sur les salines de Dieuze, et à obtenir le remboursement du capital de cette rente. Mais il aima mieux attendre quatre années, jusqu'au moment où il trouva l'occasion de joindre en Normandie le duc de Lorraine qui régla les comptes des sommes dues à Ménaut, auquel il renouvela dans ses lettres patentes toute la satisfaction de ses nombreux services. Ménaut était encore à cette époque conseiller et chambellan du prince; car, ainsi que son frère, même après avoir abandonné la Lorraine, il conserva une dizaine d'années ce titre honorifique, bien qu'ils se fussent tous deux défaits de toutes leurs autres charges.
Louis XI étant mort un an après l'expédition de Provence, Ménaut entra alors au service de la régente de France, et fut nommé châtelain, viguier et commandant de Sommières auprès de Nîmes. Il conserva ces fonctions pendant plus de douze ans, ainsi que le témoignent ses quittances conservées à la Bibliothèque impériale, et l'année 1496, date de la dernière de ces quittances, fut probablement voisine de sa mort. A cette époque, il était depuis plusieurs années conseiller et chambellan du roi.
Ménaut d'Aguerre ne laissa qu'une fille, Louise d'Aguerre, qui épousa Claude Strousse, plus connu sous le nom de Saint-Beaussant.

Archives de Lorraine. - Manuscrits de la Bibliothèque impériale.

CHAPITRE XI.
Duel de Jeannot de Bidos.
1482

Après l'expédition de Provence, Bidos n'abandonna pas la Lorraine comme les d'Aguerre, et il cessa de s'associer, ainsi qu'il l'avait toujours fait, à ses deux anciens compagnons d'armes, qui, du reste, se trouvaient également séparés l'un de l'autre. Mais s'il fut impossible à Bidos de prendre pour lui-même le parti d'accompagner les d'Aguerre, il le prit du moins pour son fils, qu'il envoya à Rumigny et loin de la Lorraine suivre la fortune de Gratien. Quant à lui, il se trouva, après le départ des d'Aguerre, figurer dans un duel que l'histoire de Lorraine a rendu célèbre.
En 1482, Baptiste de Roquelaure, qui avait combattu à la bataille de Nancy, et qui était passé ensuite au service de Louis XI, arriva de France et porta plainte au duc de Lorraine, « demandant par sa requête que Jeannon (Jeannot de Bidos) lui rendît sa part. et portion de tout ce qu'il avait gagné en cette bataille (de Nancy), en vertu d'une convention qu'ils avaient faite entre eux, de se partager par moitié tout le gain qu'ils y pourraient faire, offrant ledit Roquelaure de prouver ce qu'il avançait par un combat en champ clos. » Cette demande était assurément fort étrange, et il était facile de deviner quel en était le but et quelle en serait l'issue. Roquelaure, après la bataille de Nancy, avait quitté la Lorraine sans faire aucune réclamation, et c'était seulement près de six ans après qu'il se ravisait et venait tout d'un coup faire apparaître, avec un éclat affecté, une prétention que le bon sens indiquait assez n'avoir rien de sérieux et n'être qu'une simple et méprisable avanie; car le duel ne devait pas avoir lieu incontinent et avant que Roquelaure ne pût se dérober.
Cependant, la noblesse consultée accueillit la demande de Roquelaure et l'autorisa à provoquer Bidos en duel. Le 10 septembre, en présence du duc, Roquelaure jeta son gant pour gage de bataille. Alors Bidos se couvrit en face du prince d'un sien bonnet, « disant audit Roquelaure que faussement et comme lâche gentilhomme il faisait icelle demande. prenant Dieu, Notre-Dame et monseigneur saint Georges, avecque son bon droit, à son aide. » La journée du combat fut assignée à six semaines plus tard, au 22 octobre. Le but de Roquelaure étant dès lors atteint, il s'en retourna paisiblement en France.
Avant le jour du combat, le duc fit construire auprès de son palais un champ à doubles lices avec une tourelle à chacun des quatre coins pour les rois d'armes.
Le mardi 22 octobre, jour désigné pour le combat, le duc arriva sur le champ de bataille avec une cour très nombreuse. Puis on mit au dedans du champ « quatre notables chevaliers, Didier de Landres, Joffroy de Bassompierre, Philippe de Ragecourt et Jean de Baude, armez de toutes pièces et la tête couverte par estoutez, qui firent les serments en tels cas accoutumés. » Après quoi, Lorraine, héraut d'armes, fit les proclamations ordonnées.
Vers midi, « Jeannon de Bidotz, monté sur un cheval bardé et armé de toutes armes, tenant une lance en son poing et ayant l'épée et la dague ceints et la masse à l'arçon de la selle, s'en vint présenter à l'entrée des portes dudit champ de cousté senestre, disant y avoir jour à l'encontre de Baptiste deRoquelor. » A l'instant le duc René envoya vers lui Hardouin de la Faille, chevalier, commis en la place du maréchal de Lorraine, accompagné de deux chevaliers et de Lorraine, héraut d'armes, ainsi que du secrétaire du duc. Hardouin demanda à Jeannon « ce qu'il quérait. Bidos requit que la porte du champ luy fut ouverte et qu'il fut reparty de sa portion dudit champ, du vent et du souleil, » protestant que si ledit Roquelor, son ennemi, ne paraissait point, il fut déclaré déchu et exclu de ses demandes ; « que s'il avait des armes forgées par mauvais arts, charmes ou invocations, qu'elles luy fussent ôtées. »
Il demandait de plus qu'il pût faire entrer dans le champ avec lui ses conseillers, son pleige ou garant, et son grand avocat ou avoué. Hardouin de la Faille alla prendre et rapporter les ordres du duc; il fit ouvrir le champ à Bidos, qui entra accompagné de ses conseillers, de son pleige et de son grand avocat.
A la tête de ses conseillers marchait, témoignage honorable pour Bidos, le premier personnage de toute la cour par son rang, sa naissance et sa valeur, le maréchal de Lorraine, comte de Salm, « nostre cousin Jean, comte de Saulme; » les trois autres étaient: le sieur de Citain, messire Achille de Beauveau, le grand Bertrand ; puis messire Henri de Ligniville, sa seureté ou pleige. Deux de ces conseillers, le maréchal de Lorraine et le sieur de Citain, s'étaient signalés à la bataille de Nancy. Pendant que Bidos faisait prisonnier le grand bâtard Antoine de Bourgogne, le sieur de Citain avait pris, de son côté, Baudoin, frère d'Antoine. Quant à son pleige ou garant, c'était, comme nous l'avons vu, Henri de Ligniville, seigneur de Haroué, que la Chronique cite souvent avec son frère, sous le nom des enfants de Tantonville. Auquel des seigneurs de la cour Bidos aurait-il pu mieux s'adresser, pour choisir son pleige, qu'à Ligniville, le vieux compagnon d'armes de nos Béarnais, avec lesquels il avait souvent marché à des combats plus sérieux ? Comme les d'Aguerre et Bidos, Ligniville avait fait partie de l'expédition d'Espagne ; il avait été ensuite l'un des sept qui, partis de Vaudémont, avaient reconquis tant de places après la prise de Nancy par Charles le Téméraire. Enfin, avec les d'Aguerre, il avait combattu à deux des sièges de Nancy, et notamment au dernier, où nous avons vu qu'il s'était jeté dans la place lors de la malheureuse affaire du bon maistre d'hostel Chiffron.
Bidos se trouvait donc ainsi dans le champ de bataille avec ses quatre conseillers et son pleige, et il déclara être venu pour faire son devoir à l'encontre de Baptiste de Roquelor; mais il n'y rencontra point son champion. « Après lesquelles choses ainsi faites et avenues, dit le duc René dans son jugement, en attendant la venue et présentation dudit Roquelor, comme faire se devait, attendimes et demeurames en notre siège environ l'espace d'une heure. » Après quoi « fut ledit Roquelor, cité et proclamé pour la première fois, à haute voix, par ledit Lorraine, notre héraut, en trois parties dudit champ ; scavoir sur les deux portes d'icelui et au milieu, s'il était point illec pour satisfaire à la journée à lui assignée. » Et comme Roquelaure n'avait eu garde de se trouver ïllec, on attendit une autre heure, puis le hérault proclama de nouveau Roquelaure par trois fois. « Lequel semblablement ne vint, ne comparut; et derechef attendîmes icelui Roquelor par une autre heure, espérant qu'il viendrait. » L'heure expirée, vinrent encore comme ci-dessus de nouvelles criées et proclamations, mais toujours Roquelaure ne vint ni ne comparut.
Alors Bidos se présenta au duc avec ses conseillers, son pleige et son grand avocat, et requit que défaut lui fut octroyé contre Roquelor; or, le souleil était sur le point de se coucher, et il y avait déjà huit heures que les membres de cette illustre assemblée « attendaient et demeuraient sur leurs sièges. » Attendant derechef et toujours « icelui Roquelor par une autre heure, espérant qu'il viendrait. » Enfin, le duc René prononça son jugement, déclarant Roquelaure «récréant et déchu de sa demande,» et condamnant Thierry de Lenoncourt, son pleige, à satisfaire Bidos, pour tous les dommages par lui encourus à l'occasion de cette poursuite.
Ainsi se termina cette insigne machination ourdie par Roquelaure contre Bidos; ainsi se trouvèrent justifiées les paroles de Bidos lorsque, se couvrant en face du prince et de sa cour, il dit et déclara à Roquelaure qu'il avait agi « faussement et comme lâche gentilhomme. »
La famille de Roquelaure était illustre et eut assez de titres de gloire, puisque le petit neveu de Roquelaure fut maréchal de France. Aussi, sommes-nous étonnés de voir leur généalogie imprimée signaler Baptiste comme étant « celui qui fit ce combat fameux contre Janot de Budos. »

Jugement du duc René, donné par dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. VI. Preuves, p. 280. Moreri, au mot Roquelaure.

CHAPITRE XII.
Dernières années de Jeannot de Bidos.
1483 à 1508.

Gratien d'Aguerre avait, ainsi que nous l'avons dit, des droits du chef de sa femme, Madelaine de Castres, dont la mère était dame de Vienne le Chastel, tant sur la ville de ce nom que sur Pont-Saint-Vincent. Vienne avait été concédé par le duc René à Ménaut d'Aguerre qui le rétrocéda à Gratien. Quant à Pont-Saint-Vincent, cette seigneurie ne se trouvait plus du tout à la convenance de Gratien, désormais étranger à la Lorraine et fixé en Champagne; aussi fut-elle concédée par le duc René, et sans nul doute, grâce à l'intervention de Gratien, à Jeannot de Bidos qui abandonna Remicourt et fut seigneur de Pont-Saint-Vincent et de Lorey.
Pont-Saint-Vincent, qui s'est aussi appelé Saint-Vincent, Port-Saint-Vincent, Pont-à-Saint-Vincent, avait une assez grande importance due à sa situation, à son commerce et à ses lombards. A côté de la ville principale, celle de Saint-Vincent, Villa Sancti Vincentii, ainsi nommée parce qu'elle appartenait à l'abbaye de Saint-Vincent de Metz, s'élevait celle de Conflans, au confluent du Madon et de la Moselle, appartenant au comte de Vaudémont, Villa de Sancto Vincentio et de Conflans. Bien qu'elle fût alors déchue de son importance commerciale, cette ville restait toujours un lieu de passage très fréquenté, et d'un grand intérêt stratégique, comme commandant au loin la Moselle. Aussi, comme à Mousson, le pont finit par absorber le nom de la ville qu'il desservait.
Nous devons remarquer à cette occasion que l'historien Symphorien Champier appelle fort à tort Jeannot de Bidos monseigneur du Pont, nommé Scamot de Bides.
Jeannot était bien seigneur du Pont-à-Saint-Vincent, comme on disait alors; mais ni Jeannot, ni son fils ne se qualifièrent jamais de seigneurs du Pont, appellation réservée au Pont-à-Mousson, lieu beaucoup plus important. Le titre de monseigneur du Pont ne se donnait jamais qu'aux princes de Lorraine, marquis du Pont, qui étaient seigneurs de Pont-à-Mousson. Aussi les Bidos, loin de porter le nom de sieurs du Pont, ce qui eût pu faire croire qu'ils cherchaient à se confondre avec les seigneurs connus sous ce nom, évitèrent au contraire soigneusement cette appellation pour porter seulement le nom de Saint-Vincent (1).
Peu après avoir acquis cette seigneurie, Jeannot semble avoir pris part aux guerres soutenues, en 1489, par Gratien d'Aguerre. Les circonstances qui portent à le penser sont qu'en cette même année, Bidos fit à Barbe de Fénétrange un emprunt pour lequel il engagea Pont-Saint-Vincent, et nous voyons en même temps qu'il était aussi à cette date remplacé par le comte de Blâmont dans son office de pannetier au baptême du fils du duc René. Enfin, on voit qu'en 1489 également, Ménaut, alors gouverneur d'une place au fond de la Provence pour le roi de France, vint se joindre à son frère qui paraît avoir eu besoin à cette occasion de faire appel à tous les siens. Il serait étonnant que Bidos n'ait point suivi cet exemple, lui qui avait si souvent combattu avec les d'Aguerre, et dont son fils et ses petits-fils ne devaient point se séparer. Toutefois, aucune preuve formelle et directe ne confirme cette supposition, si vraisemblable qu'elle soit.
Quoi qu'il en soit à cette égard, nous retrouvons encore aujourd'hui à Pont-Saint-Vincent des souvenirs des dernières années de Bidos. En 1496, Bidos et sa première femme, Madeleine de Parspagaire, construisirent dans l'église de Pont-Saint-Vincent la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. Dans le vitrail du milieu, on lit le millésime de 1496; à gauche est le portrait fort bien conservé de Madeleine de Parspagaire et au-dessous se trouvent ces mots : J'ay fait ceste chapelle. Dans le vitrail de gauche, on voit le portrait de Jeannot avec celui de sa seconde femme, Eusseline de Montjoie, qu'on croit de la famille de Thuillères, car les Thuillères étaient les seuls en Lorraine qui portassent le nom de Montjoie.
C'est encore Jeannot qui construisit à la même époque un ermitage qu'il appela l'ermitage Saint-Vincent ; cette chapelle est située sur la montagne qui domine Pont-Saint-Vincent, point duquel on jouit d'une vue aussi gracieuse qu'étendue. Cet ermitage existe encore aujourd'hui, et il est connu sous le nom de Sainte-Barbe.
Sans doute que le vieux soldat vint souvent là rêver à sa belle vallée d'Aspe, à ses montagnes des environs d'Agnos et de Bidos, à ses souvenirs de guerre, à Ménaut et à Gratien, avec lesquels il avait si souvent combattu en divers pays, et maintenant séparés de lui pour toujours.
Par lettres du 27 décembre 1498, Bidos et sa femme, Madelaine de Parspagaire, fondèrent des offices journaliers et dotèrent trois chapelains pour le service de la chapelle et de l'ermitage qu'ils avaient construits.
Jeannot mourut en 1508. On a retrouvé, en 1864, sa pierre tumulaire brisée en trois fragments remaniés et encastrés dans le pavé de l'église, à une certaine distance l'un de l'autre. (Bulletin de la Société d'Archéologie, année 1864.) Ce n'est pas sans une certaine émotion que l'on peut revoir encore ce respectable débris d'un passé glorieux et lointain. En effet, le tombeau du duc René dans l'église des Cordeliers, la pierre tumulaire de Jeannot à Pont-Saint-Vincent, et dans le vitrail au-dessus le portrait qui le représente priant à genoux ; tels sont à peu près les seuls souvenirs qui restent aujourd'hui des braves combattants de la bataille de Nancy.
Jeannot ne laissa qu'un fils, Jeannot II, dit de Saint-Vincent, que nous allons retrouver avec Gratien d'Aguerre.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, p. 390. - Notice de la Lorraine, t. If, p. 182, 186, 234. - Lepage, Communes, t. 1, p. 613; t. II, p. 33. - Mémoires de la Société d'archéologie, 1861, p. 196. Nancy.

(1) C'est ainsi qu'on disait en Lorraine Jacques de Saint-Oüen pour Jacques de Parey-Saint-Ouen, Claude de la Tour pour Claude de Ménil-la-Tour.

CHAPITRE XIII.
Gratien d'Aguerre au siège d'Ivoi. - Seconde guerre de Gratien contre la ville de Metz. - Campagnes d'Italie.
1489 à 1507.

Nous avons vu qu'en 1481, à l'occasion de la tenue des Etats, Gratien d'Aguerre avait quitté la Lorraine. Il vint fixer sa résidence à Rumigny, près de Rocroi, et devint étranger aux affaires de notre province; aussi son histoire nous est beaucoup moins connue à partir de cette époque. Nous savons toutefois qu'en 1486 il assiégea la ville d'Ivoi, aujourd'hui Carignan, de concert avec Robert de Florenges (Robert de la Marck), duc de Bouillon et souverain de Sedan. Leur armée se montait à cinq mille hommes ; Florenges fut tué à ce siège, ce qui contraignit à abandonner l'entreprise. D'Aguerre recueillit le corps de son compagnon d'armes et le fit inhumer à Mouzon, dans l'église de l'abbaye.
Quelques mois après, les Messins se crurent menacés d'une nouvelle guerre avec Gratien, par suite d'un incident qui est ainsi raconté par un historien de la cité. « Item, dit le journal de Jehan Aubrion, le xxer jour de novembre, advint que sieur François le Gornais et a Jehan de Villers s'en allaient aux champs ; et quand ils vinrent assis près de la Halte Belvoix, vindrent gens à chevalx, qui estoient des gens Gracia de Guerre et cuidait le dit sieur François que ce fuissent ennemis ; par coy il approchont et se bontont tellement emssamble qu'il y olt ung des hommes dudit Gracia qui fut tués, et le valet dudit Jehan de Villers qui fut fort blessiez. Lequel homme mort fut aportés à Metz, et le lendemain fut enssevelis bien honnorablement aux Courdeliers sus les murs ; et y vinrent ses compaignons ausquels on fit très bonne chère ; et s'en rallant au chiefz de iij jours. Et incontinent après, vindrent nouvelles que le dit Gracia faisait grant assemblée de gens, par quoi on doubtoit fort, et fit on fuir lez gens du pays et les embastonner pour eulx deffendre, se mestier estoit. » (Journal de Jehan Aubrion.) Il paraît cependant qu'on parvint à arranger cette affaire, car Gratien resta encore près de deux ans en paix avec les Messins.
Cependant, en 1489, le duc René ayant déclaré la guerre à la ville de Metz, Gratien la lui déclara aussi de son côté ; mais il tint à se conserver dans cette guerre une situation, indépendante, et ses lettres de défi à la cité, du 16 mars 1489, portent fièrement qu'il agit pour son fait en chef. Il est plusieurs fois dénommé dans le traité qui eut lieu entre la Lorraine et Metz, en 1490, traité dans lequel on lui réserve son action séparée. Pour le récompenser des services considérables rendus par lui dans cette guerre, René lui donna les seigneuries de Valleroy, Moyenville et Bonvillez.
En 1492, au mois de mai, Gratien alla à la tête de cinq cents piétons et de trois cents cavaliers faire une expédition contre les impériaux dans le duché de Luxembourg.
En 1495, nous le trouvons conseiller et chambellan du roi de France, commandant d'une de ses compagnies d'ordonnance.
En 1497, il envoya en Sicile le capitaine Symon, chargé par lui d'une mission pour le service du roi.
En 1500, les officiers du roi de France, toujours en quête de domaines à réunir à la Couronne, et dont on put disposer, contestèrent au duc de Lorraine la propriété de Vienne-le-Châtel. Mais Gratien, qui avait souvent affaire à Reims, à cause de sa baronnie de Rumigny, vassale de l'église de Reims, déterra dans cette ville un certain vieillard, âgé de quatre-vingt-six ans, Aubert Drouyn, dont il fit recueillir la déposition. « Le pénultième d'avril 1500; » celui-ci déclara que, né à Vienne et y ayant demeuré l'espace de soixante-quatre ans, « il a vu ladite seigneurie de Vienne appartenir au roi de Sicile, nommé le bon roi René; » suit la nomenclature des donataires successifs du bon roi René, à la fin desquels figurent les d'Aguerre. Il est à présumer que si décisifs que fussent les souvenirs de ce bon vieillard, Aubert Drouyn, l'influence de Gratien à la cour de France n'aida pas moins à assoupir ce différend, qui se termina à l'avantage de la Lorraine et à celui de Gratien.
En 1504, Gratien vit se tenir à Mouzon, dont il était gouverneur, des conférences pour la paix entre les envoyés de la France et ceux de l'empereur, sous la présidence du cardinal d'Amboise, légat du pape, intermédiaire entre les parties. Ces illustres personnages furent reçus et défrayés avec magnificence pendant quatre mois dans l'abbaye de Mouzon.
En 1506 et 1507, Gratien prit pour la dernière fois les armes et fit les campagnes d'Italie au service de la France.

Journal de Jehan Aubrion, bourgeois de Metz, p. 192, 298. - Histoire de Metz, t. VI, p. 390. - Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. VI. Preuves, p, 290. - Manuscrits de la Bibliothèque impériale. - Annales d'Yvois-Carignan et de Mouzon, par Delahout, 1489 à 1504.- Histoire de Gascogne, par l'abbé Montlezun, t. VI, p. 148.

CHAPITRE XIV.
Dernières années de Gratien d'Aguerre.
1508 à 1512.

Après quarante ans de combats, Gratien se décida enfin à goûter pendant le peu de temps qui lui restait à vivre un repos si chèrement acheté. A la fois plus habile et plus audacieux que son frère Ménaut et que Jeannot de Bidos, seul de ces trois combattants partis ensemble du Béarn, il s'était fait une position considérable. Il était gouverneur de Mouzon, conseiller et chambellan du roi de France, commandant d'une de ses compagnies d'ordonnance, baron de Rumigny, seigneur d'Aubenton, etc. Sa principale résidence était depuis longtemps à Rumigny, près de Rocroy.

Cependant les fils de ces vieux soldats avaient grandi et s'étaient mariés Louise d'Aguerre, fille unique de Ménaut, avait épousé Claude Strousse, qui s'appelait aussi Saint-Beaussant, du nom de cette seigneurie. Saint-Beaussant, trop éloigné de Ménaut fixé en Provence, s'était rattaché à la fortune de Gratien. Le fils de Jeannot de Bidos, qui était connu sous le nom de Jeannot de Pont-Saint-Vincent ou de Saint-Vincent, avait fait de même, et était allé se fixer à Rumigny. Ce fut là qu'il épousa Marie d'Aguerre, fille de Gratien ; ce mariage consolida ainsi l'union des deux familles, entre lesquelles existaient déjà depuis si longtemps les liens les plus étroits.
Mais il importait surtout à Gratien de trouver pour son fils Jean un parti considérable, et mettant celui-ci à même de continuer et d'augmenter la brillante fortune de son père. Nous avons dit que, comme baron de Rumigny, Gratien était le vassal de l'Eglise de Reims; or, Robert de Lenoncourt était abbé de Saint-Remy, à Reims, et on n'ignorait point ses vues sur l'archevêché. Cette perspective donna à Gratien l'idée d'une alliance qui pouvait devenir avantageuse, et il parvint à marier son fils à Jacquette de Lenoncourt, nièce de Robert.
Après ce mariage, qui alliait son fils à une famille considérable en Lorraine, Gratien songea un instant à le rattacher aux affaires de ce pays, auxquelles lui-même tenait encore par sa seigneurie de Vienne-le-Châtel. Il envoya donc Jean d'Aguerre aux États de Lorraine du 3 février 1509 (1), qui proclamèrent la majorité du duc Antoine.
C'était pour la première fois que l'on voyait un d'Aguerre à Nancy depuis que, trente ans auparavant, les mêmes États avaient été l'occasion du départ des deux frères d'Aguerre.
Jean est ainsi cité au procès-verbal de la séaace : « Nobles hommes, Jean de Haracourt, Hardy Tillon et Jean d'Aguerre, escuyer avec plusieurs autres tant d'église comme séculiers. »
Toutefois, ce ne fut qu'une simple apparition, car il se passa aussitôt un événement qui changea les perspectives d'ambition de Gratien, et qui déplaça le centre d'activité de sa maison.
Peu après la tenue des États, Robert de Lenoncourt fut nommé archevêque de Reims. Il fit son entrée dans cette ville le 21 juillet 1509, accompagné de Robert de la Mark, souverain de Sedan, de Gratien d'Aguerre, de Jean d'Aguerre, son fils, et de Henry de Lenoncourt, bailli de Vitry, beau-frère de Jean d'Aguerre.

Gratien n'avait pas perdu de temps pour les agrandissements de sa famille qu'il avait en vue ; car, lors de cette entrée, Jean d'Aguerre se trouvait déjà capitaine de la ville de Fismes, auprès de Reims ; bientôt il allait y amener les siens, comme son oncle l'archevêque l'y avait amené lui-même, et donner ainsi à l'Eglise de Reims les défenseurs braves et fidèles dont, à cette époque de trouble et de désordres, elle avait grand besoin.
Claude de Saint-Beaussant, qui avait épousé Louise d'Aguerre, se fixa à Berlize, non loin de Fismes. Jeannot de Pont-Saint-Vincent, beau-frère de Jean d'Aguerre, se rapprocha encore plus de lui, et fut baron de Monthassin. Monthassin est situé entre Fismes et Reims, à une lieue et demie de chacune de ces deux villes. Jeannot de Monthassin eut deux fils, Bernard et François de Saint-Vincent, qui furent, le premier, baron de Monthassin, et le second, seigneur du même lieu.
Trois mois après l'entrée de l'archevêque à Reims, Gratien se trouve à l'assemblée tenue à Vitry pour la rédaction de la coutume. C'est le dernier acte connu de lui. Il vivait encore en 1512, mais il était mort en 1515, lorsque Claude de Lorraine racheta à Jean d'Aguerre la baronnie de Rumigny. Gratien fut inhumé à Vienne-leChâtel, dans la chapelle de Saint-Thiébault, ainsi que sa femme Madelaine de Castres. Sur sa tombe, qui est depuis longtemps détruite, se trouvait une inscription dont l'histoire de Sainte-Menehould ne nous a conservé que ces mots qui y étaient gravés : Le bon chevalier sans reproche.
Ainsi s'éteignit Gratien d'Aguerre, qui avait pris ou défendu tant de villes, livré tant de combats en Espagne, en Lorraine, au Luxembourg et en Italie. Ambitieux, adroit, et en même temps audacieux jusqu'à la témérité, toujours fidèle dans un temps où un grand nombre changeaient aussi souvent que la fortune, il fut presque toujours heureux, et, parmi tant de luttes souvent beaucoup trop inégales qu'il entreprit, on ne lui connaît qu'un seul revers, la levée du siège d'Ivoi. Il laissa après lui plus d'un titre de gloire, dont -le moindre n'est pas d'avoir son nom inscrit près de celui de son frère Ménaut pour la défense de Nancy contre Charles le Téméraire.

Manuscrits de la Bibliothèque impériale.- Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t, Iil, Préface, p. 63; t. V, p. 472; t. VI, Preuves, p. 356. - Dom Calmet, Notice de la Lorraine, l. I, supplément, p. 65. - Lepage, Commentaires de la Meurthe, t. II, p. 447. - Recherches de la noblesse de Champagne en 1668, v. Ambly et procès-verbal, p. 172. - Histoire de Reims, par Marlot, t. IV, p. 246. - Procès-verbal de la coutume de Vitry. - Annales d'Yvoi, par Dehahaut. - Histoire de Sainte-Ménehould, par Burette, p. 90.

(1) C'est à tort que dom Calmet donne la date de 1508 au procès-verbal des Etats, t. VI, Preuves, p. 356, et celle du 13 février au tome V, p. 472.

CHAPITRE XV.
Jean d'Aguerre sous le duc Antoine.
1525 à 1544

Les familles des d'Aguerre et de Bidos, après être venues ensemble du Béarn en Lorraine, et avoir quitté la Lorraine presque en même temps, semblaient être de nouveau réunies et fixées pour toujours en Champagne, lorsqu'un événement imprévu les rappela en Lorraine, où elles jouèrent un rôle important.
Le paysans luthériens arrivaient d'Alsace en Lorraine, ravageant tout sur leur passage, et faisant dans tous les villages allemands de l'Alsace et de la Lorraine de nouvelles recrues. Le danger ne pouvait être ni plus grave ni plus pressant; le duc de Lorraine, Antoine, écrivit, le 3 mai 1525, à son frère le duc de Guise, gouverneur de la Champagne, le priant devenir en toute hâte à son secours. Le duc de Guise déféra aussitôt à cette demande et, le 12, il arriva à Dieuze avec urne armée de huit mille hommes. Jean d'Aguerre s'y trouvait déjà avec son neveu, alors très jeune, Bernard de Saint-Vincent, fils de Jeannot de Monthassin et de Marie d'Aguerre. Jean d'Aguerre commandait une partie des troupes de Lamark, souverain de Sedan.
La guerre ayant été terminée en quinze jours par la défaite et la fuite des paysans, Jean d'Aguerre entra au service du duc Antoine, et il n'eut pas de peine à obtenir que son neveu Bernard de Saint-Vincent entrât en qualité de page dans la maison du prince.
D'Aguerre ne tarda pas à jouir de la confiance entière du duc, confiance qu'il conserva toujours et dont il reçut bientôt une marque signalée.
Vers 1532, Antoine, qui avait été lui-même élevé à la cour de France, envoya son fils François, marquis du Pont, alors âgé de quinze ans, pour plusieurs années, à la cour du roi François Ier, proche parent et parrain du jeune prince, qui fut « accompagné d'un bon nombre de gentilshommes et d'officiers pour le servir. Il (Antoine) lui donna pour gouverneur et surintendant de sa maison Jean Daguerre, baron de Vienne-le-Château, fils de Gratien d'Aguerre. » (Dom Calmet, t. V., p. 633.)
L'élève fit honneur à celui qui était chargé de son éducation, et François Ier aimait à dire « que son filleul serait un jour un des plus sages princes de son temps. » Le roi donna une compagnie de cent hommes d'armes de ses ordonnances au jeune prince et une autre de cinquante à son gouverneur. De retour en Lorraine, Jean d'Aguerre fut représenté dans cette compagnie par son neveu François de Saint-Vincent, qui était resté en Champagne, et n'avait pas, comme son frère Bernard, suivi Jean d'Aguerre lors de la guerre des paysans.
François était seigneur de Monthassin, de Lestanne et de plusieurs autres terres dans la baronnie de Rumigny.
L'éducation du jeune prince étant terminée, il revint à Nancy avec son gouverneur, en 1539, après avoir passé sept années à la cour de France. Ce retour fut suivi de promptes faveurs pour d'Aguerre et pour son neveu Bernard de Saint-Vincent; ils furent faits tous deux grands officiers de la cour de Lorraine, d'Aguerre devînt grand chambellan, et Bernard fut presque aussitôt nommé grand fauconnier de Lorraine. « Bernard de Saint-Vincent, baron de Monthassin, était grand fauconnier en 1540 (1).» Cette charge que Bernard remplit pendant trente années lui procurait un accès facile près du duc Antoine, qui « aimait la chasse et entretenait une aussi belle vénerie et fauconnerie que prince de son temps. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 548.) Jacques de Saint-Vincent, petit-fils de Bernard, semble avoir hérité des goûts cynégétiques de son aïeul, car il devint, au siècle suivant, grand veneur de l'empereur.
Jean d'Aguerre ne cessa de jouir de la confiance du duc Antoine, et il eut une influence considérable sur les affaires de la Lorraine. En 1540, eut lieu le mariage d'Anne de Lorraine avec le prince d'Orange ; « le duc Antoine nomma pour commissaires à la passation du contrat Jean, comte de Salm, sieur de Viviers, maréchal du Barrois, Jean d'Aguerre, baron de Vienne, grand chambellan, bailly et capitaine de Clermont, etc. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 531.)
Peu après ce mariage, Antoine conclut celui de son fils François avec Christine de Danemark, nièce de l'empereur Charles-Quint. Les pouvoirs donnés à ce sujet par le duc sont contresignés : « Par monseigneur le duc, le baron de Vienne, son grand chambellan et bailly de Clermont. » (Dom Calmet, Preuves, t. VI, p. 388.)
Le roi François Ier fut mécontent de ce mariage et porta aussitôt son attention sur un point de la Lorraine qui paraît, à cette époque, avoir préoccupé beaucoup l'empereur Charles-Quint et le roi de France, la ville de Stenay. La Lorraine possédait Stenay, mais sous la mouvance et la suzeraineté de l'empereur; comme duc de Luxembourg. François Ier, craignant qu'après une alliance aussi intime du duc Antoine avec l'empereur, celui-ci n'abusât contre la France de ses droits de suzeraineté sur Stenay, exigea d'Antoine la cession de cette ville.
Cette cession était pour la Lorraine un pénible sacrifice; d'Aguerre y était, en outre, personnellement intéressé, puisque Stenay était également à portée de son bailliage du Clermontois et de son importante seigneurie de Vienne. Néanmoins, comme il n'y avait aucun moyen de lutter contre un adversaire aussi redoutable, force fut bien de se résigner; la cession exigée fut donc consentie le 25 novembre 1541, et la France se hâta d'augmenter les fortifications de la place. On fut cependant heureux d'obtenir que François de Saint-Vincent, neveu de d'Aguerre, fût nommé, par le roi, gouverneur de Stenay, car cette nomination assurait le traitement le plus favorable aux habitants d'une ville dont le duc de Lorraine ne cessa de poursuivre la restitution qu'il obtint peu d'années après.
Cependant l'influence de Jean d'Aguerre continuait à grandir à la cour de Lorraine, et l'année 1543 fut l'époque de nouvelles faveurs, tant pour lui que pour son autre neveu, Bernard de Saint-Vincent. D'Aguerre devint grand-maître de l'hôtel et gouverneur de Châtel+sur-Moselle.
D'un autre côté, les domaines de tous deux, en Champagne, n'étaient nullement à la convenance de leur résidence à la cour de Nancy; ils songèrent donc à se former dans la même contrée des domaines composés de terres limitrophes.
Bernard était alors capitaine de Mandres; son mariage fut convenu avec Marguerite de Saulxure, fille de Mengin de Saulxure (Mengin Schouel). Peu de jours avant ce mariage, les biens du sieur de Sampigny, qui avaient fait retour au domaine et qui étaient situés auprès de Mandres, furent donnés par le duc, savoir : Sampigny à d'Aguerre, et Jouy à Bernard. Il ne s'agissait plus que de relier et d'agrandir ces possessions, c'est ce qui fut fait rapidement. D'Aguerre et Bernard achetèrent Boncourt et la Petite-Mandres, dont ils furent coseigneurs; en outre, d'Aguerre acquit Pont-sur-Meuse, et Bernard acheta de son côté Sorcy, Aulnoy, Vertusey, Fréméréville, Pargny, Saint-Julien, Broussey, Raulecourt, Rambucourt et partie d'Apremont, de sorte qu'ils possédaient ainsi entre eux deux une grande partie du vaste comté d'Apremont.
D'Aguerre occupait alors la première place à la cour : à la fois grand maître, grand chambellan, bailli et capitaine de Clermont, gouverneur de Châtel-sur-Moselle et de Hattonchatel, il est, en outre, désigné dans les lettres du duc Antoine, du 28 novembre 1540, avec la qualité de président de Lorraine; il avait enfin une compagnie d'ordonnances du roi de France. Il parvint à établir solidement sa fortune et n'oublia point non plus celle de ses neveux Bernard et François de Saint-Vincent. Bien qu'ayant rendu à la Lorraine des services beaucoup moindres que ceux de Gratien et de Ménaut, il en avait été cependant récompensé par une bien autre reconnaissance, et se trouvait depuis longues années dominer dans cette cour, d'où son père et son oncle avaient dû se bannir. Cependant, le moment approchait qui allait séparer le prince et celui qui l'avait utilement servi pendant vingt années.
Le 11 janvier i544, le duc Antoine, malade à Bar-le-Duc et sentant sa fin prochaine, prit congé des siens et fit son testament. Dans ce dernier acte, il n'oublia pas celui qu'il avait toujours honoré de sa confiance. « Nous eslisons et nommons pour nos bons et loyaux exécuteurs de ce présent notre testament nos très chers et très améz frères messieurs les cardinal de Lorraine et duc de Guyse nosdicts enfans, et avec eulx nos très chers et féaulx conseilliers messires Jehan Daguerre chevalier baron de Vienne le Chastel, notre grand maistre et chambellan. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. VI ; Preuves, p. 387.) Ce fut avec ce prince, appelé à juste titre le bon duc Antoine, que finirent les jours de paix et de prospérité dont la Lorraine avait si longtemps joui sous son règne.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 500 à 548, 633. - Recherches de la noblesse de Champagne, par Caumartin. - Digot, Histoire de Lorraine, t. IV, p. 88.- Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, Préface, p. 196; tome VI, Preuves, p. 388, 398; tome VII, Preuves, p. 394. - Notice de la Lorraine, t. II, p. 210, et Supplément, p. 78, 180. - Dénombrement du 20 mai 1626. - Lepage, Commentaires sur la chronique de la Lorraine, p. 87. - Nobiliaire de Lorraine au mot Saulxures. - Décret du duc Léopold du 14 août 1724.

(1) Berman, Dissertation sur l'ancienne chevalerie. Nancy, 1763.

CHAPITRE XVI.
Jean d'Aguerre sous les ducs François et Charles.
1544 à 1549.

Le nouveau règne s'ouvrait sous de funèbres auspices. Un mois après la mort de son père, le duc François perdait son beau-frère, le prince d'Orange, commandant de l'armée de l'empereur; il fut tué au siège de Saint-Dizier, sur la frontière même de la Lorraine. Divers autres contre-temps avaient fait ajourner la pompe solennelle de l'enterrement du duc Antoine, elle eut enfin lieu le 14 juin 1545, à Nancy.
Lors de cette funèbre cérémonie, lorsque Lorraine, roi d'armes, après avoir crié par trois fois le duc est mort, appela à haute voix l'un après l'autre tous les grands officiers de Lorraine, à commencer par le grand maître, en leur ordonnant de venir faire leur debvoir, on ne vit point à leur tête s'avancer Jean d'Aguerre pour « descendre les degrés en grande révérence, et meltre son bàton dedans la fosse. » Ce fut, au lieu de lui, « Claude deBeauvau, officiant pour le grand maître à cause que M. le baron de Vienne, qui estait le grand maître, n'y peut être. »
Ainsi, d'Aguerre avait déserté les restes mortels et la pompe de son ancien souverain, de son ami non moins que son maître, le bon duc Antoine, et celui-là seul manquait qui devait tenir la première place.
Mais, c'est que ce jour même et à cette même heure Jean d'Aguerre était loin de là et près d'une autre tombe non moins douloureuse pour lui. Deux jours avant cette cérémonie était mort, à Remiremont, l'ancien élève de d'Aguerre et son nouveau souverain, le duc François ; ainsi ce prince avait cessé de régner et de vivre avant même que la tombe se fût refermée sur son père.
Et, de plus, le jour même de la mort du duc, il s'était passé une scène qui dut impressionner d'Aguerre, et aussi avoir une certaine influence tant sur sa position dans la nouvelle cour que sur son désir d'y séjourner.
Le 11 juin 1544 avait été fait le testament du duc Antoine, acte contre-signé par d'Aguerre, nommé l'un des exécuteurs testamentaires. Et un an après, jour pour jour, le 11 juin 1545, avait lieu à Remiremont une sorte de testament du duc François, acte auquel d'Aguerre resta cette fois complètement étranger.
Ce jour-là, à dix heures du matin, alors que le duc, qui mourut le lendemain, n'avait pas encore reçu l'extrême-onction, la porte de la chambre, dans laquelle gisait le moribond, s'ouvrit, et le prince Nicolas, son frère, alors évêque de Metz, entra accompagné du comte de Salm, maréchal de Lorraine, d'un notaire apostolique et d'un cortège d'une vingtaine de personnes. Nicolas, prince qui fut toujours vigilant et avisé pour ses intérêts, voyait que peu de temps restait à perdre, car il s'agissait pour lui de s'assurer la régence de la Lorraine qui revenait de droit à la duchesse, mère du jeune prince encore enfant. Le maréchal de Lorraine adressa donc au souverain, ainsi que le constate le procès-verbal du notaire apostolique, « tels et pareils propos : Monseigneur, s'il plaisait à Dieu vous appeller, vous entendez que M. de Metz, votre frère, se mesle et entremette des affaires de messieurs vos enfants et de vos pays avec madame votre femme, en ratifiant ce que desja en avez dict et passé en présence de madite dame. »
Le moment n'était pas à de longues harangues entre les deux frères, aussi la conférence fut courte et laconique : « Sur quoy ledit seigneur duc a répondu : Ouy ; présent mondit seigneur de Metz qui a accepté la charge et promis s'en acquitter. » Tout étant ainsi brièvement terminé par cette seule et unique syllabe, le notaire continue : « Dont et desquelles choses et chacune d'icelles dessusdites et proférées respectivement, ledit sieur comte en a requis et demandé à moi ledit notaire publique, ung ou plusieurs instruments que lui ay ouctroyé en ceste forme. »
Peu d'heures après, à une heure de l'après-midi, cette illustre assemblée, composée desdits prince, maréchal, notaire apostolique, seigneurs et témoins, se transporta près de la duchesse, et ce fut cette fois le notaire apostolique qui fut chargé de la harangue : « Je Nicolas Brisson le jeune, ay leu intelligiblement de mot en mot l'instrument cy-dessus écrit, à très haulte, très puissante princesse et dame Mme Chrestienne de Danne march, et duchesse de Calabre, Lorraine, Bar, etc »
La lecture de l'acte qui la dépouillait de la plus grande partie de la régence, bien que faite intelligiblement de mot en mot par ledict Nicolas Brisson le jeune, notaire juré, était une médiocre consolation en un pareil moment pour cette malheureuse princesse qui se trouvait perdre dans la même année son mari, son beau-père et son beau-frère. Elle protesta vivement contre ce testament assez particulier et qui fut l'occasion de grands débats. L'envoyé de l'empereur, qui était alors à la cour de Lorraine, s'explique ainsi sur cette pièce dans sa correspondance : « certains actes passés assez suspectement.» Il recommande de faire entendre « audit sieur roy très chrétien le tort que l'on prétendait à ladite dame par moyens et façons estranges. »
Trois jours après ces testament, lecture et notification, toute cette honorable assemblée avait délaissé à Remiremont le corps du duc qui venait de rendre le dernier soupir, et se trouvait à Nancy, officiant chacun selon son propre cérémonial à.la pompe funèbre de l'avant-dernier prince, le duc Antoine. Mais d'Aguerre ne comparut ni à l'acte testamentaire, ni à sa notification à la duchesse, ni même, ainsi que nous l'avons déjà dit, à la pompe funèbre du duc Antoine, car son devoir le retenait près d'une douleur moins solennelle et pourtant plus profonde.
Peu après cette cérémonie, il y eut nécessité de statuer sur la régence, affaire qui souleva bien des difficultés. On crut devoir consulter la noblesse, et la duchesse finit par céder.
Il y eut donc à la fois une régente et un régent. En ce qui concernait la personne du jeune duc, on s'en tira par un compromis équivalent ; au lieu de nommer comme toujours un seul gouverneur, on en nomma quatre, et d'Aguerre fut du nombre. Ce fut là, sans doute, un simple témoignage d'estime et de respect pour l'ancien gouverneur du père du jeune duc, car, depuis le jour de la mort du duc François, d'Aguerre ne prit plus aucune part aux affaires. On ne le voit pas même à la pompe funèbre du duc François qui eut lieu un an après la mort du prince, et on dut le remplacer dans ses offices à cette cérémonie. Mais on y trouve son neveu, Bernard de Saint-Vincent, qu'on y reconnaît, bien que déguisé sous ces appellations officielles : « M. le grand fauconnier, capitaine de Mandres. »
Jean d'Aguerre mourut en 1549, après avoir constamment justifié, dans les fonctions les plus importantes et les plus variées, la haute confiance qui lui fut si longtemps accordée.
Il avait eu deux fils : Bertrand d'Aguerre, mort avant son père, ne laissant qu'une fille, Madeleine, laquelle épousa son cousin Pierre de Saint-Vincent, à qui elle apporta en dot Grimansart, acquis en 1486 par Gratien d'Aguerre. L'autre fils de Jean fut Claude d'Aguerre, dont nous allons parler.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. III, p. 543, 639 à 646, et t. VI, Preuves, p. 403 à 408. - Bulletin de la Société d'archéologie. Nancy, 1851, p. 143 à 169. - Dénombrement du 11 juillet 1549. - Recherches de la noblesse de Champagne, 1668.

CHAPITRE XVII.
Claude d'Aguerre.
1549 à 1559.

Nous avons eu plaisir à redire les actes mémorables de Gratien et de Jean d'Aguerre; mais ici notre tâche devient différente en passant à Claude, leur fils et petit- fils. On dirait qu'on pressent que ce nom illustre va bientôt s'éteindre, et son éclat semble baissera l'avance, peu à peu avant de disparaître en entier.
Claude, gâté par la fortune et par la dissipation qui régnait à la cour de France, ne fut point pareil à ceux qui l'avaient précédé. Il venait à peine de perdre son père, qu'étant au palais du Louvre, il se prit de querelle avec Fendille (Jacques de Fontaines), d'où une provocation à un combat singulier. Nous désirons peu nous étendre sur ce duel, et pourtant, cet événement eut beaucoup trop d'éclat pour pouvoir être simplement indiqué.
Le roi Henry II « renvoya le différend à Robert de la Marck, maréchal de France et seigneur souverain de Sedan, qui était alors à Paris; et le pria d'accorder à Daguerre et à Fendille un champ de bataille sûr et libre, dans la ville de Sedan, où ils pussent vuider leur différend par la voye des armes et par un combat d'homme à homme. » (Don Calmet, t. V, p. 659.) Fendille s'étant ensuite pourvu au conseil du roi, le jour du combat fut fixé au 28 mars 1549, « et cet arrêt du conseil privé du roi fut signifié par un roi d'armes aux parrains des deux champions. » (Id.) D'Aguerre avait choisi pour son parrain le duc de Nivernois, et Fendille François de Vendôme, vidame de Chartres.
C'était déjà beaucoup trop que deux souverains, ceux de France et de Sedan, se trouvassent dans cette querelle, et pourtant un troisième ne tarda pas à y venir aussi prendre sa part. La duchesse Christine et le prince Nicolas, régents de Lorraine, envoyèrent à Sedan une ambassade pour réclamer le jugement du duel; « le duc de Lorraine, en sa qualité de marchis qu'il a reprise de l'empereur et de l'empire, ayant de tout tems ce droit, que tous combats entre la Meuse et le Rhin se doivent faire par devant lui, et non ailleurs. » (Id.)
Le seigneur de Sedan répondit qu'il avait accepté cette assignation du champ de bataille « à la prière du roi, qui depuis lui avait encore écrit une ou deux lettres à ce sujet qu'il voulait bien leur montrer et non à d'autres ; qu'il était résolu de soutenir les droits de sa souveraineté, comme avaient fait ses prédécesseurs, » Sur cela, l'un des envoyés lorrains protesta contre tout ce qui s'était passé et tout ce qui se pourrait faire à l'avenir ; « à quoy le seigneur de Sedan répondit : A qui touche, ce fasse. » Heureusement la duchesse de Lorraine n'insista pas, car il eût été assez étrange qu'une guerre éclatât entre ces deux souverains pour savoir où et comment se battraient d'Aguerre et Fendille.
Le 28 août, au lever du soleil, Daguerre arriva, « conduit par son parrain et par plusieurs de ses parents et amis, au nombre de plus de deux cens. Ses habits étaient de ses couleurs, blanc et incarnat, et il était précédé de trompettes et de tambours battans... Il envoya l'écusson de ses armes (d'or à trois pies de sable), qui fut porté par ses gens autour du champ par dehors, puis le héraut d'armes le planta à la droite de la tente dudit sieur Daguerre. » Vers sept heures du matin, Fendille se présenta; « sa compagnie était d'environ trente personnes, et lui et son parrain étaient vêtus des couleurs de Fendille, qui était le blanc et le verd. »
A l'extrémité du champ de bataille, on avait préparé un autel, « couvert de velours violet, bordé de franges d'or, et pendant jusqu'à terre, sur lequel était un carreau de velours où étaient posés le livre des Evangiles et la vraie croix, sur lesquelles les combattants devaient faire le serment. »
Le duc de Nevers, tenant par la main Daguerre armé de toutes pièces, le conduisit, au son des tambours et des trompettes, dans le champ de bataille pour y faire son serment.
Après les deux serments et les intimations du héraut d'armes aux assistants sous la peine de la vie, « le trompette commença à sonner, et le héraut d'armes cria par trois fois : Laissez-les aller, laissez-les aller, laissez-les aller les bons combatans. En même temps les deux champions se levèrent, et, portant les yeux au ciel, et faisant la révérence en s'inclinant, baisèrent la croisée de leur épée, puis commencèrent à marcher à grands pas l'un vers l'autre, portant leur épée de la main gauche. »
Le combat commença aussitôt, et d'Aguerre fut vainqueur, bien qu'il eût affaire à un adversaire aussi redouté et aussi brave que lui; « Daguerre lui cria plusieurs fois : Rends-moi mon honneur, rends-moi mon honneur, Fendille répondit : Je te le rends de bon coeur, et te tiens pour homme de bien, tel que tu es. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p, 658 à 664.) Après ce duel, on n'entend plus parler de Claude, jusqu'au 25 novembre 1558; à cette date, il fut nommé maréchal de la Lorraine et du Barrois. Il dut nécessairement prendre une part active et signalée aux guerres nombreuses qui eurent lieu à cette époque, pour avoir pu conquérir cette haute dignité, dont l'honneur ne fut point réservé à son père et à son grand-père, Jean et Gratien, lesquels. pourtant en semblaient plus dignes. Toutefois les historiens ne nous ont conservé de Claude que le récit de ses combats singuliers.
Son histoire, ouverte par un duel, était malheureusement destinée à finir de même.
En 1559, au mois de juillet, le duc de Lorraine accompagnait dans son voyage de Reims à Paris le roi François II, qui venait de se faire sacrer. Le cortège traversait le bois de Villers-Cotterets, lorsque « deux gentilshommes de la cour prirent querelle, et se battirent en duel. Ces gentilshommes étaient Claude d'Aguerre, baron de Vienne et maréchal du Barrois; l'autre était Antoine de Luzelbourg, gentilhomme de la chambre du duc. Daguerre fut tué, et son corps était encore étendu a le long du chemin, lorsque le roi passa. Le duc Charles en demanda vengeance ; mais le roi intervint pour Luzelbourg et lui accorda grâce. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 727.) Il est malheureux pour Claude d'Aguerre d'avoir ainsi deux fois occupé de ses duels le roi de France et le duc de Lorraine, et de n'avoir laissé que ces souvenirs dans l'histoire, tandis que ses pères n'étaient connus de leurs souverains que par les services qu'ils leur avaient rendus. Cependant, s'il est triste de voir un maréchal de Lorraine périr sur un tel champ de bataille, il est juste, néanmoins, de faire la part des temps ; car nous voyons le comte de Salm, qui remplaça d'Aguerre comme maréchal de la Lorraine et du Barrois, tuer quelques années après, en duel, le chevalier des Salles. C'est ainsi qu'il était dans la destinée de Jean, comte de Salm, et de Gratien d'Aguerre, qui s'étaient signalés entre tous dans la guerre contre Charles le Téméraire, que leurs petits-fils à tous deux seraient, l'un après l'autre, maréchaux de Lorraine, et ne se distingueraient en cette qualité que par des exploits si dissemblables de ceux de leurs pères.

Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. I. Préface, p. 267; t. V, p. 658 à 664, 727 ; t. VII, Préface, p. 194.

CHAPITRE XVIII
Charles et Chrétienne d'Aguerre.
1559 à 1590.

De sa femme, Jeanne de Hangest, Claude d'Aguerre laissa deux enfants, Charles et Chrétienne.
Gratien et Jean d'Aguerre avaient fondé l'établissement de leur maison par les nombreux services qu'ils rendirent à leurs princes. Mais Chrétienne, qui épousa, en 1572, Antoine de Blanchefort, devait voir la fortune de son fils Charles surpasser de beaucoup celle des d'Aguerre, par suite des nombreux héritages que le hasard accumula sur sa tète.
D'abord, Chrétienne hérita bientôt de son frère, qui mourut jeune et sans avoir été marié. Ensuite le cardinal de Créquy, après avoir lui-même recueilli la succession de ses deux frères, légua tous ses biens à son neveu Antoine de Blanchefort, mari de Chrétienne, à charge de porter le nom et les armes de Créquy. Enfin, Chrétienne, après avoir perdu ce premier mari, se remaria au comte de Sault, qu'elle perdit également, ainsi que le fils qui était né de ce mariage ; celui-ci légua tous ses biens à sa mère, et Chrétienne se trouva ainsi transmettre à Charles de Créquy, son fils du premier lit, l'opulente succession de la famille de Sault.
Le fils de Chrétienne parvint, tant par suite de tous ces héritages que par son mérite personnel, à occuper une position considérable. Il était « sire de Créqui, prince de Poix, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France, comte de Sault, lieutenant général des armées du roi et gouverneur du Dauphiné; il a été l'un des plus célèbres capitaines de son temps. » (Moreri, v° Gréqui.) De son côté, Chrétienne d'Aguerre conserva toute l'énergie et toute l'activité de sa race. Elle fut l'un des partisans les plus dévoués de la Ligue, et le duc de Mayenne lui adressa plusieurs lettres pour s'entendre avec elle sur les affaires politiques du temps. Nous lisons dans celle du 22 novembre 1590, à l'occasion de la convocation qu'il venait de faire des États généraux : « A madame la comtesse de Sault. - Madame, je sais que vous pouvez et voulez tant pour le bien de ceste saincte cause au lieu où vous estes. je n'ay vollu fallir de vous en escrire particulièrement,... vous soyez moyen, comme je vous en supplie bien humblement, de faire a en la plus grande diligence qu'il se pourra, députer des personnages dignes et capables de bonnes affaires pour assister en ceste assemblée et en tirer moyennant la grace de Dieu, le fruict que nous en désirons,... ne ferai ceste plus longue que pour vous asseurer de plus en plus de ma dévotion à vous honorer et servir. Sur ceste vérité, je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu, etc. »
Chrétienne continua « à servir activement, en Provence, les intérêts de la Ligue, et elle appela à son aide « le duc de Savoie; plus tard, elle se rapprocha de Henry IV. » Nous ignorons la date de sa mort, car elle disparaît et se trouve complètement éclipsée par la gloire de son fils Charles de Créquy.
Nous allons terminer dans les chapitres suivants ce qui concerne les autres descendants de Gratien d'Aguerre.

Dom Calmet, Notice de Lorraine, t. II, p. 849. - Correspondance du duc de Mayenne, publiée par MM. Henry et Loriquet.

CHAPITRE XIX.
Descendants de Gratien d'Aguerre par Chrétienne et Madeleine d'Aguerre.

Gratien d'Aguerre laissa deux enfants : 1° Jean d'Aguerre; 2° Marie d'Aguerre, femme de Jeannot de Pont-Saint-Vincent, baron de Monthassin.
Nous nous occuperons, dans le présent chapitre, des descendants de Jean d'Aguerre, et, dans le chapitre suivant, de ceux de sa soeur Marie d'Aguerre, dame de Saint-Vincent.

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Jean d'Aguerre ne laissa de ses deux fils, Claude et Bertrand, que deux petites-filles, Chrétienne d'Aguerre, dame de Blanchefort-Créquy, et Madeleine d'Aguerre, dame de Saint-Vincent.
Nous parlerons successivement de la descendance de chacune d'elles.

A. Descendants de Chrétienne d'Aguerre, épouse d'Antoine de Blanchefort-Créquy.

Nous avons parlé longuement de Chrétienne d'Aguerre; nous avons vu à quel degré de splendeur fut portée la fortune de son fils, Charles de Créquy, par suite des héritages inespérés de Charles d'Aguerre, du cardinal de Créquy et du comte de Sault.
En ce qui concerne la descendance de Chrétienne d'Aguerre, nous nous bornerons à transcrire ce que dit à ce sujet M. Henri Lepage, archiviste, etc. (Commentaires sur la Chronique de Lorraine, p. 88.)
« Chrétienne épousa Antoine de Blanchefort, duc de Créquy, et, par suite des alliances que leur fils et ses descendants contractèrent, le roi actuel de Sardaigne, Victor Emmanuel, se trouve rattaché à la famille du hardi capitaine de René II.
« Cette généalogie m'a semblé assez intéressante pour que j'aie cru devoir la donner.
« 1° Gratien d'Aguerre, marié à Madelaine de Castres; de ce mariage :
« 2° Jean d'Aguerre, baron de Vienne, marié à Jacqueline (ou Jacquette) de Lénoncourt (Moreri, vis Brichanteau, Hangest); de ce mariage :
« 3° Claude d'Aguerre, baron de Vienne, marié à Jeanne de Hangest, veuve de Philippe de Maillé- Bresé (Moreri, vis Hangest, Maillé); de ce mariage :
« 4° Chrétienne d'Aguerre, mariée en novembre 1572 à Antoine de Blanchefort, sire de Créquy (Moreri, v° Créquy); de ce mariage :
« 5° Charles de Créquy, prince de Poix, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France, mort le 17 mars 1638, marié, en mars 1595, à Madelaine de Bonne (Moreri, v° Créquy); de ce mariage :
« 6° Madelaine de Créquy, morte le 31 janvier 1675, mariée, en juillet 1617, à Nicolas de Neufville, duc de Villeroi, pair et maréchal de France (Moreri, vis Créquy, Neufville); de ce mariage :
« 7° Catherine de Neufville, mariée, le 7 octobre 1660, à Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, grand écuyer de France (Moreri, vis Neufville, Lorraine et Atlas historique de Lascases, pl. 22); de ce mariage sont nés quatorze enfants, dont :
« 8° Henri de Lorraine, comte de Brionne, né le 15 novembre 1661, mort le 3 avril 1712, marié, le 23 décembre 1689, à Marie-Madeleine d'Espinay (Moreri, v° Lorraine, Atlas de Lascases); de ce mariage :
« 9° Louis de Lorraine, prince de Lambesc, né le 13 février 1692, marié, le 22 mai 1709. à Jeanne-Henriette-Marguerite de Durfort (Moreri, v° Lorraine, Atlas de Lascases); de ce mariage :
« 10° Louis-Charles de Lorraine, comte de Brionne, né le 10 septembre 1725, marié à Louise de Rohan-Montauban, mort en 1761 (Atlas de Lascases).
« Il est à remarquer que les enfants de ce prince sont les derniers princes de la maison de Guise, et les seuls qui aient conservé le nom de princes de Lorraine, la branche aînée ne comptant plus que des archiducs d'Autriche. Ces enfants ont été au nombre de trois, savoir :
« 11° Charles, prince de Lambesc, né en 1754, mort sans postérité en 1825 (Dictionnaire de Bouillet); - Joseph, prince de Vaudémont, né en 1759; - Anne de Lorraine-Brionne, mariée à Victor-Amédée, prince de Savoie-Carignan, mort en 1780 (Atlas de Lascases); de ce mariage :
« 12° Charles Emmanuel, prince de Carignan, né en 1770, mort en 1800, marié à Marie de Saxe (Atlas de Lascases); de ce mariage :
« 13° Charles-Albert, roi de Sardaigne, né en 1798, marié à Marie-Thérèse d'Autriche, mort en 1849 (Atlas de Lascases, Dictionnaire de Bouillet); de ce mariage :
« 14° Victor-Emmanuel, roi de Sardaigne, né le 14 mars 1820. »
Nous compléterons cette citation en ajoutant que cinq des archiducs d'Autriche actuellement existants se trouvent descendre également de Gratien d'A guerre par leur mère, Marie-Elisabeth, soeur du roi Charles-Albert, cité ci-dessus au n° 13, et femme de l'archiduc Rénier (Bouillet, Atlas d'histoire et de géographie).

B. Descendants de Madeleine d'Aguerre, épouse de Pierre de Saint-Vincent.

Madeleine d'Aguerre épousa son cousin Pierre de Saint-Vincent (de la branche de Lestanne), déjà lui-même descendant de Gratien par la fille de ce dernier, comme nous le verrons ci-dessous. Elle lui apporta en dot la terre de Grimansart. Le 16 décembre 1486, Jean de Custines avait fait vente à « honoré seigneur messire Gratian Daguerre, chevalier, baron de Rumigny, seigneur d'Aubenton et de Martigny, gouverneur de Mouzon, de la place forte, maison, terre et seigneurie de Grimansart, ensemble les bois, rivières, etc. »
Pierre de Saint-Vincent était gouverneur du marquisat de Montcornet, gruyer du duché de Rethel; seigneur de Bogny, Rogissart, Grimansart et du Baila (Ardennes). Son fils François et son petit-fil Louis lui succédèrent dans sa charge de gouverneur de Montcornet et dans ses seigneuries. Son arrière-petit-fils Ferdinand-Louis fut tué, en 1646, au siège de Dunkerque.
Avec Ferdinand-Louis finit ce rameau de la branche de Lestanne, branche que nous donnerons plus bas et qui subsiste encore ; avec lui sortit aussi de la famille la terre de Grimansart, qui y était restée cent soixante ans.

Recherches de la noblesse de Champagne par devant l'intendant Callmartin, en 1668. - Titre de la collection Mecquemem.

CHAPITRE XX
Descendants de Gratien d'Aguerre par Marie d'Aguerre et Jeannot de Saint-Vincent.

Nous avons dit au chapitre précédent que Jeannot II de Saint-Vincent ou Pont-Saint-Vincent, fils de Jeannot Ier de Bidos, seigneur de Pont-Saint-Vincent, épousa Marie d'Aguerre, fille de Gratien, et qu'il en eut deux fils, Bernard, seigneur de Sorcy, et François, seigneur de Lestanne. (V. le tableau page 77.) Ces derniers furent les chefs de deux lignes perpétuées pendant plusieurs siècles.
Nous nous occuperons, dans ce chapitre, d'abord des descendants de Bernard, et nous parlerons ensuite de ceux de François.

A. Descendants de Bernard de Saint-Vincent, seigneur de Sorcy, grand fauconnier de Lorraine.

Les descendants de Bernard se divisent en trois branches :
1° Branche des barons de Narcy;
2° Branche d'Allemagne ;
3° Branche des barons d'Aulnois et de Jouy.
Il est à remarquer que, lors des productions faites, en 1668, par devant l'intendant de Champagne, Caumartin, la branche de Narcy et celle d'Aulnois firent chacune leur production. Ces pièces ne sont pas entièrement conformes et servent à se compléter l'une l'autre. Cette explication est indispensable à donner, chaque exemplaire de Caumartin ne donnant que l'une des deux productions, parce qu'on a cru à tort qu'elles faisaient double emploi comme entièrement identiques.

I.- Branche de Saint-Vincent de Narcy.

1° Jeannot Ier, des seigneurs d'Agnos et de Bidos, seigneur de Pont-Saint-Vincent, épouse Madeleine de Parspagaire.
2° Jeannot II de Saint-Vincent ou Pont-Saint-Vincent, baron de Monthassin, épouse Marie d'Aguerre.
3° Bernard de Saint-Vincent, grand fauconnier de Lorraine, épouse, le 6 août 1543, Marguerite de Saulxures (Marguerite Shouel) ; meurt en 1570.
Seigneuries : Monthassin (Marne), Sorcy, Aulnois, Jouy, Fréméréville, etc. (Meuse).
Ces trois premiers degrés sont déjà connusparles détails que nous en avons donnés dans les chapitres précédents.
4° Claude de Saint-Vincent, mort à Sorcy, le 1er juillet 1609, épouse, le 7 septembre 1577, Catherine de Toulongeon, morte à Sorcy, le 13 décembre 1591.
Seigneuries : Sorcy, Goussaincourt (Meuse).
Claude fut gentilhomme de la chambre de Charles II, duc de Lorraine. Son épitaphe et celle de sa femme se voient dans l'église de Saint-Martin de Sorcy. Au-dessus de l'épitaphe se trouvaient les armes des quatre quartiers de Claude, savoir :
D'or, à une vache de gueules, accolée et clarinée de sable; au canton senestre d'azur chargé d'une croix potencée d'or, écartelé d'or, à une cloche de gueules, qui est de Saint-Vincent;
D'or, à trois pies de sable, qui est de d'Aguerre;
Parti en barre, bandé, contrebandé d'or et de sable, de six pièces, qui est de Saulxures ;
D'azur, au chef de gueules, chargé d'une aigle d'or, qui est de Clémery.
L'inscription subsiste encore pour la plus grande partie, mais les armoiries ont été mutilées pendant la Révolution. Elle est transcrite dans le manuscrit Collot de Saulx telle qu'elle a été recueillie dans son entier avant la Révolution; elle est aussi visée dans Caumartin et dans le décret du duc Léopold de 1724.
5° Philbert Ier épouse, le 20 juillet 1603, Claude de Clerget dame de Narcy.
Seigneuries : Sorcy (Meuse), Narcy (Haute-Marne).
6° Maximilien épouse : 1°, le 15 mars 1626, Antoinette d'Anglure; 2°, le 28 décembre 1628, Charlotte de Karendeffez. Seigneuries : Narcy (Haute-Marne), Colombey et Arentières (Aube).
Cette branche cesse d'être lorraine, et Maximilien passe au service de la France.
« Lettres patentes de l'année 1635, où le roi donne à Maximilien le titre de baron de Narcy et le nomme capitaine d'une compagnie de chevau-légers composée de 90 hommes. » (Décret du duc Léopold, du 14 août 1724).
« Commission du 11 avril 1636, octroyée à Maximilien de Saint-Vincent, escuyer, baron de Narcy, commandant une compagnie de chevau-Iégers pour arrester des cavalliers de sa compagnie qui l'avaient abandonné. »
7° Philbert II, né de 1626 à 1628, épouse, le 2 juillet 1610, Elisabeth de Pérignon.
Seigneuries : Narcy, Seigneville (Haute-Marne).
Un acte de tutelle de Charlotte de Saint-Vincent (branche d'Aulnois), du 5 mars 1672, mentionne parmi les parents, et sans indiquer les prénoms, « le sieur de Saint-Vincent, baron de Narcy. » Cet acte doit se référer à Philbert, et non à son fils François, qui n'avait alors que 21 ans, ni à son père, qui était mort à cette époque, car on lit dans des titres des 6 février 1657 et 6 juin 1660 : « Défunt Maximilien de Saint-Vincent, baron de Narcy. »
8° François, né en 1651, épouse, en 1696, Marguerite de Rang.
Seigneuries : Narcy (Haute-Marne), Bisping et Gogney (Meurthe).
François revint au service des ducs de Lorraine, que ses pères avaient abandonné pour prendre celui du roi de France; car le décret du duc Léopold, du 14 août 1724, le qualifie « François de Saint-Vincent, baron de Saint-Vincent, lieutenant-colonel au régiment de Forsal et sous-lieutenant des chevau-Iégers de nos gardes demeurant à Blâmont. »
Il conservait encore ces dernières fonctions à l'âge de 70 ans, comme on le voit par les lettres patentes du 12 mars 1720 : «Léopold. veu par nostre chambre des comptes de Lorraine la requeste à elle présentée par le sieur François de Saint-Vincent, baron de Narcisse, sous-lieutenant des chevau-légers de nostre garde. »
9° Jacques-François, né le 27 août 1699, à Blâmont, épouse Barbe de Beurges; il vivait encore en 1773, et mourut peu après à Bar-le-Duc.
Il ne laissa point de postérité.

II. - Branche d'Allemagne.

1° Jeannot Ier.
2° Jeannot Il.
3° Bernard.
4° Claude.
Ces quatre premiers degrés sont communs avec la branche de Narcy, dont nous venons de parler, et ils y sont détaillés.
5° Jacques épouse Marie-Barbe de Léonroden.
Seigneurie : Sorcy (Meuse).
Jacques prit du service en Allemagne, où il devint « grand veneur de l'Estat de S. M. Impérialle et de l'archiduc Léopold, » ainsi que l'indique un dénombrement du 20 mai 1626, pour Sorcy et Saint-Martin.
6° François épouse Marie-Françoise de Remchingen.
Seigneuries : Sorcy (Meuse), Pâlmershausen sur le Danube.
Dénombre pour Sorcy en 1666.
7° Charles Joseph, ainsi dénommé dans le décret du duc Léopold : « Léopold, duc de Lorraine, etc., savoir faisons que sur la requeste présentée en notre Conseil par messire Joseph, baron de Saint-Vincent, trésorier de l'Électeur Palatin, conseiller d'État de l'Ordre teutonique et gouverneur de Thannbourg. »
On n'a plus de documents authentiques sur cette branche qui paraît s'être éteinte vers 1780.

III. - Branche des barons d'Aulnoy et de Jouy.

La production de 1668 de la branche de Narcy ne donne pas cette branche, mais la production de la branche d'Aulnoy la détaille sous cette rubrique : « Barons d'Aunoy et de Jouy. »
1° Jeannot Ier.
2° Jeannot II.
3° Bernard.
Ces trois premiers degrés sont communs avec la branche de Narcy et ils y ont été détaillés.
4° René Ier épouse, en 1579, Madelène de Roucy.
Seigneuries : Aulnoy, Vertusey, Jouy (Meuse)..
5° Daniel épouse, en 1609, Anne de Ficquelmont.
Seigneuries : Jouy (Meuse).
Son frère, René II, seigneur d'Aulnoy, chambellan d'Henry, duc de Lorraine, meurt sans enfant de Gabrielle de Stainville, son épouse.
6° Charles, lieutenant-colonel du régiment du Chastelet, marié, en 1655, à Elisabeth de Cicon, ne laisse qu'une fille, Charlotte de Saint-Vincent, dite Mlle de Jouy, comme seule héritière du baron de Jouy.
Seigneuries : Jouy (Meuse).
Claude, son frère, épouse, en 1649, Catherine-Philiberte de Joyeuse, et meurt, à Aulnoy, en août 1653.
Seigneuries : Aulnoy, Vertusey (Meuse).
Moreri et le père Anselme le mentionnent en ces termes : « Catherine-Philiberte, alliée à Claude de Saint-Vincent, baron d'Aulnois. » Et on y voit que Catherine était soeur du marquis de Joyeuse, maréchal de France, gouverneur de Nancy et des trois évêchés. Son cousin, Anne de Joyeuse, était beau-frère du roi de France Henri III.
Dans la généalogie de la famille de Joyeuse, on relate le titre suivant : « Partage du 14 avril 1655 entre haut et puissant seigneur Charles-François de Joyeuse, chevalier, comte de Grandpré, etc., et CatherinePhiliberte de Joyeuse, veuve de haut et puissant sei neur Claude de Saint-Vincent, chevalier et baron « d'Aulnois, ses frère et soeur. »
7° Charles II, fils de Claude et de Catherine de Joyeuse, semblait appelé par le crédit de sa famille maternelle à un brillant avenir, mais il mourut à Aulnoy, le 17 mai 1662, encore jeune et non marié.
Charles ne nous est connu que par son épitaphe que sa mère avait fait faire au-dessous de celle de son mari, en ces termes : « Mme Catherine de Joyeuse, sa veuve, lui a fait dresser cette épitaphe : Pleurez, passants, et priez avec elle et ne vous fiez pas à la mort, et le 17 mai de l'an 1662 est arrivé la mort à Charles de Saint- Vincent, baron et seigneur desdits lieux, fils audit défunt. Priez Dieu pour leurs âmes. »
Avec Charles s'éteignit cette branche qui avait duré quatre-vingt-douze ans, en quatre générations, depuis la mort de Bernard, le grand fauconnier.

B. Descendants de François de Saint-Vincent, seigneur de Lestanne. (Voir le tableau, p. 77.)
1° Jeannot Ier.
2° Jeannot II.
Ces deux premiers degrés antérieurs à François sont communs avec les descendants de Bernard et ont été détaillés ci-dessus.
3° François, dont nous avons parlé au chapitre XV, épouse Jacquette de Vaillant.
Seigneuries : Monthassin (Marne), Lestanne, Clavy, Watephall, Baulgny et la Folye (Ardennes).
Son fils puîné, Pierre de Saint-Vincent, gouverneur de Montcornet, épousa sa cousine Madeleine d'Aguerre, et nous en avons parlé au chapitre précédent par suite de cette alliance.
L'aîné des fils de François de Saint-Vincent et de Jacquette de Vaillant fut :
4° Charles, marié à Nicole de La Fontaine.
Seigneuries : Monthassin (Marne), Lestanne, Vincy, Neufvisy (Ardennes).
Neufvisy resta dans la famille pendant plusieurs générations. On doit remarquer, comme singularité historique, que les seigneurs de Neufvisy étaient au nombre des quatre barons de la Sainte-Ampoule.
5° Hubert, marié à Guillemette des Laires.
Seigneuries : Lestanne, Vincy, Neufvisy (Ardennes).
Son frère puîné, Jean Ier, alla en Allemagne et y devint colonel au service de l'empereur; il fut tué dans une bataille contre les Turcs. A la même époque, son proche parent, Jacques de Saint-Vincent, de la branche de Sorcy, dont nous avons parlé ci-dessus, était grand veneur de l'empereur.
Robert, frère des deux précédents, fut tué au siège de Montbelliard.
6° Jean II, lieutenant-colonel du régiment de Hauregard, premier capitaine et commandant dans Stenay, né à Lestanne, en 1594, fut marié quatre fois : 1° à Jeanne de Vïllelongue, le 28 avril 1625; 2° à Antoinette de Mouzay; 3° à Marguerite d'Assy; 4° à Marguerite de Bigony; il mourut à Lestanne, le 1er septembre 1664.
Seigneuries : Lestanne, Vincy, Neufvisy (Ardennes).
7° Jean III, issu du premier mariage de Jean Ier, épouse Marguerite de Maucourt.
Seigneuries : Lestanne, Vincy, Neufvisy (Ardennes) et Murvaux (Meuse).
8° Jean IV, né en 1651, épouse 7 le 23 mai 1684, à Stenay, Jeanne-Marguerite de Tassigny; meurt à Murvaux, le 5 août 1735.
Seigneurie : Murvaux (Meuse).
9° Gabriel, né à Murvaux, en 1685, mort à Murvaux, le 7 décembre 1748; il épousa Geneviève Lefaucheux, morte à Murvaux, le 24 juin 1756.
Seigneurie : Murvaux (Meuse).
Il laissa deux fils, Antoine et Jacques-François, lesquels forment deux branches.
10° Branche aînée : Antoine-Charles, né à Murvaux, le 30 novembre 1731, épouse Anne-Catherine de Granfèvre, morte à Luxembourg, le 7 juillet 1794.
Il eut deux fils :
11° Charles-Louis, né à Murvaux, mort à Lachalade.
Le baron Charles-Louis de Saint-Vincent a été maire de Lachalade ; il y est mort sans postérité.
Il eut pour frère :
Jacques-François-Xavier, qui épousa la baronne de Beyerwelk. Pendant l'émigration, il prit du service en Autriche, et il est ainsi mentionné au Moniteur du 22 mars 1806 : « M. le baron de Saint-Vincent, général-major au service d'Autriche, a été présenté à l'empereur et lui a remis une lettre de son souverain, » Il avait été, en même temps que l'empereur Napoléon, élève de l'école de Brienne ; c'est ce qui explique cette mission, malgré sa qualité d'émigré. Aux offres bienveillantes que lui fit Napoléon de prendre du service en France, il témoigna son vif regret de ne pouvoir accepter, ne voulant point abandonner le service d'un souverain qui l'avait accueilli dans l'infortune.
Il ne laissa que deux filles : 1° Marie-Joséphine, née à Troeplitz, le 21 juillet 1805, d'abord chanoinesse titulaire de Munich, puis mariée au comte de Mirbach; 2° Rose-Marie, née à Troeplitz, le 18 mai 1808, d'abord chanoinesse titulaire de Prague, qui épousa le général comte Kaminski, chambellan de l'empereur.
Cette branche n'a plus ainsi de représentant mâle.
10° Branche puînée.
Jacques-François, né à Murvaux, le 8 juillet 1740, mort à Nancy en 1821, épouse, le 13 février 1770, à Aubreville, Magdeleine-Jeanne de Lisle de Moncel, morte à Nancy, le 16 décembre 1815.
Seigneuries : Courcelles, Moncel, Parois, Aubreville (Meuse), la Caussade (Gironde).
Nous nous étendrons quelque peu sur lui, parce qu'il fut le dernier des siens qui mena cette existence simple et patriarcale, laquelle avait été constamment celle de ses pères pendant plusieurs siècles. Comme eux, entièrement étranger à la cour et au séjour des villes, il se partageait entre la profession des armes, qui fut la sienne comme celle de tous les siens, et la culture de ses domaines, le commerce de sa famille et les devoirs d'une vive et sincère piété.
A la Révolution, il émigra, et toutes ses terres furent confisquées. Le roi Louis XVIII lui accorda, pendant l'émigration, plusieurs distinctions, et le nomma notamment colonel à Mittau. Sous la Restauration, le roi n'oublia pas le vieux serviteur qu'il avait distingué pendant l'exil et lui donna, outre une pension de retraite et diverses grâces pour ses proches, une pension sur la liste civile et une autre sur la caisse des chevaliers de Saint-Louis.
Ses fils, François et Philippe, périrent tous deux à l'âge de vingt-cinq ans dans les guerres de l'Empire; François fut tué à la bataille d'Austerlitz, et Philippe, dont nous allons parler, en Italie.
Au retour de l'émigration, le baron François de Saint-Vincent vint demeurer à Nancy, et il supporta avec un rare courage les afflictions profondes que la fortune accumula sur sa tête. Quant à la perte de son ancienne opulence, soit fierté permise au malheur, soit par l'effet d'une piété qui fut exemplaire dans tout le cours de sa vie, ce désastre ne sembla point compter au nombre de ses malheurs. Pendant de longues années, personne ne surprit de lui, à ce sujet, une seule plainte, un seul regret. Sa branche avait toujours habité Lestanne ou Murvaux, et, par un jeu de la fortune, ce descendant de Gratien d'Aguerre et de Bidos s'en revint, après la ruine de sa race, mourir pauvre et ignoré à Nancy, dans la ville que les siens avaient sauvée.
11° Philippe Ier, Marie-Louis, né à Parois, le 30 juin 1783, mort le 11 octobre 1808, épousa Anne-Charlotte de Romécourt.
Il était lieutenant au régiment d'Isembourg et fut tué, ainsi que nous l'avons dit, à l'âge de vingt-cinq ans, à la prise d'assaut du fort de Capri.
Cette place passait pour imprenable, et ce hardi fait d'armes fit le plus grand honneur au général Lamarque.
L'île était défendue par sir Hudson Lowe, depuis si tristement célèbre comme gouverneur de Sainte-Hélène pendant la captivité de Napoléon.
La mort de Marie-Philippe 1er de Saint-Vincent est citée au Moniteur du 22 novembre 1808.
Il eut pour fils :
12° Philippe II, Hyacinthe, né à Bar-le-Duc, le 16 juin 1807, marié à Anna de Villers.
Et pour petit-fils :
13° Philippe III, Eugène-Savina, né à Metz, le 1er octobre 1843.

Caumartin, Recherches sur la noblesse de Champagne en 1668 (Vis Ambly Joyeuse, Minette, etc.). - Manuscrit Collot de Sault. - Décret du duc Léopold, du 14 août 1724. - Arrêt de la chambre des comptes de Lorraine, du 12 mars 1720. - Actes de l'état civil de : Blâmont, 1699; Lestanne, 1664; Murvaux, 1730 à 1756; Aubreville, 1770; Parois, 1783; Bar-le-Duc, 1807; Nancy, 1815, 1821; Metz, 1843. - Archives de Lorraine, Moreri, t. III, p. 692. - Moniteur du 22 mars 1806 - Idem, année 1808, page 1237.

  

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