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1870 - Repli de l'armée française et passage à Blâmont le 8 août

Cet extrait relate la retraite d'un régiment de cuirassier après la défaite Foeschwiller le 6 août 1870, et son passage par Blâmont le 8 août. Pour plus d'information, et la passage du reste de l'armée le 9 août, voir 1870 - Repli de l'armée française et passage à Blâmont le 9 août



Historique du 8e régiment de cuirassiers, 1665-1874
Ed. 1875


[6 aôut 1870 - Foeschwiller] A midi, le feu prit plus d'intensité; le régiment monta à cheval, exécuta un changement de front sur son aile droite et se tint prêt à entrer en action.
La fusillade s'était insensiblement rapprochée; le sifflement des battes se faisait entendre à nos oreilles, la batterie d'artillerie placée devant nous avait déjà changé plusieurs fois de position : toute l'infanterie était engagée. Il ne restait plus de réserves à la disposition du général commandant la 4e division. A ce moment l'ennemi tournait notre droite et attaquait en même temps, avec la plus grande vigueur, le village d'Elsasshausen pour séparer la division de Lartigue de la division Raoult. Ses colonnes nombreuses, formées du 11e corps prussien et de la division vvurtembergeoise, étaient protégées par une batterie de 60 pièces.
Nos troupes te trouvaient très-compromises par ce double mouvement ; les balles venaient frapper les artilleurs sur leurs pièces, et leurs chevaux; nos tirailleurs reculaient : la retraite en bon ordre était impossible. Un effort héroïque pouvait seul arrêter la marche en avant des lignes prussiennes et permettre aux nôtres de se replier. Ceux qui le tentaient n'avaient à espérer ni secours ni appui ; c'était une attaque désespérée que la situation exigeait.
A ce moment le général de Lartigue fit prier le colonel du 8e cuirassiers de lui venir en aide ; sur l'ordre du général Duhesme qui te trouvait à quelques pas de nous, le régiment se mit en mouvement au pas, comme à la manoeuvre, traversa le chemin creux qu'il avait suivi pour se porter sur te terrain, et se présenta à l'ennemi. Dans sa marche, qui n'avait été que de 150 à 200 mètres, il avait déjà perdu quelques hommes.
Le sol descendait en pentes assez accentuées vers la Sauer et le village de Morsbronn, situé au sud-est ; il était parsemé de pommiers et de houblonnières qui en faisaient une sorte d'immense verger. Les tirailleurs ennemis étaient partout, couchés à terre, cachés derrière les arbres, à genoux dans les fossés. L'artillerie dominait cet pentes qu'elle couvrait de projectiles. Le colonel terminait ses dispositions pour charger, quand le général Michel se mit à notre tête et le régiment partit au galop vers Morsbronn.
La 22e division d'infanterie du 9e corps prussien, avait déjà occupé Albrecht-Hauserhof et Morsbronn et se portait sur les flancs du Niederwald pour l'attaquer par l'est. Le 2e régiment d'infanterie de Thuringe n° 32, colonel Foerster, était en première ligne; le 5e régiment de Thuringe n* 94, colonel de Bessel, en deuxième ligne, avec leurs deuxièmes bataillons, en colonnes de compagnies, couvertes de tirailleurs en avant. La droite de cette attaque était protégée par le 1er régiment de hussards de Hesse n° 13, lieutenant-colonel de Henduck.
Sous un feu vraiment épouvantable qui nous fit beaucoup souffrir, le régiment traversa les lignes de tirailleurs, que soutenait une vive fusillade, partant à gauche d'Albrecht-Hauserhof ; il reçut les salves des bataillons des deux régiments d'infanterie, déployés en ligne, et s'écoula par leurs intervalles ou par leurs ailes; deux escadrons tournèrent Morsbronn, les deux autres sautèrent sur la route placée en contre-bas où beaucoup de chevaux s'abattirent, et s'engagèrent dans les rues; des maisons déjà occupées, l'ennemi nous fusillait ail passage. Quelques cavaliers continuèrent à suivre la rue et tombèrent sous tes balles de nouvelles troupes arrivant dans la direction de Durrenbach et de Walbourg.
Le plus grand nombre se jeta à droite, près de l'église, pour tenter de rentrer dans nos lignes, regagna les hauteurs, et nos débris, auxquels s'étaient joints quelques lanciers du 6e régiment, dont deux escadrons avaient chargé après nous, eurent encore à soutenir l'attaque du 13e hussards, derrière lequel nous étions arrivés. Après une courte mêlée où ce régiment eut 1 homme tué, 23 blessés et 35 chevaux hors de combat, on repassa sur la rivé droite de l'Eberbach, et l'on s'engagea dans cette partie de la forêt de Haguenau connue sous le nom de Sang-Wald, où l'on trouva enfin un abri.
Cette petite colonne sortit du boit, traversa le chemin de fer de Bitche à Haguenau, tourna à droite et s'arrêta dans une prairie, près du village de Nieder-Gumbrechtshoffen. A ce moment la prise d'EIsasshausen, en flammes, amenait un effondrement dans notre ligne, entre les 3e et 4e divisions ; les Allemands se précipitèrent dans la voie qu'ils venaient de s'ouvrir, et dirigèrent sur nous un feu de mousqueterie très soutenu. Il ne fallait pas songer à une charge nouvelle que nous interdisait la chaussée du chemin de fer en remblai, bordée de fortes haies. Nous nous retirâmes alors sur Saverne, par Bouxviller, après avoir vu toute l'étendue de notre désastre.
Nous arrivâmes à Saverne à 11 heures du soir; les hommes étaient en selle depuis seize heures sans avoir pris de nourriture; les chevaux étaient exténués après une journée aussi pénible, sous un poids très-lourd qu'augmentait encore une réserve d'avoine de quatre jours, La place du marché de Saverne était libre; on y attacha les chevaux; la gendarmerie donna quelques fourrages, et les hommes se couchèrent dans leurs manteaux.
Ce fut alors qu'il fut possible d'apprécier nos pertes; elles étaient énormes. Les officiers avaient été très éprouvés. MM. les capitaines de Najac et Lot, le lieutenant Fabre, tes sous-lieutenants Revacly et Habary étaient tués ; MM. le capitaine Ginot, les lieutenants Rousseau, Paillard, Bernardet, les sous-lieutenants Germain, Huekel et Greslibin avaient reçu des blessures.
Beaucoup d'officiers eurent leurs chevaux tués sous eux ; quelques-uns seulement purent en arrêter parmi ceux qui erraient sans cavalier sur te champ de bataille, et se remettre en selle tous les balles. Les autres, blessés ou moins heureux, restèrent aux mains de l'ennemi. C'étaient MM. tes capitaines Delmas et Bourru, les lieutenants Boisaubin et Paillard, et les sous-lieutenants Benoit, Lerat, Germain et Gaudin de Vilaine.
La plus grande partie des bagages et des chevaux de main fut enlevée par les Allemands ou se retira à Strasbourg.
C'était la première fois que le 8e cuirassiers se trouvait sur un champ de bataille depuis qu'il avait été reformé ; il venait de se montrer digne de ton glorieux passé. Dans cette charge de 3 kilomètres, sous un feu terrible, il avait justifié sa vieille réputation et ajouté un nouveau titre à ceux dont il s'honore. Ces paroles du général de Lartigue, en le lançant à l'ennemi: « Allez-y comme à Waterloo », avaient été comprises.
Ceux qui aujourd'hui écrivent l'histoire de cette grande et si triste guerre n'ont que de l'admiration pour cet braves régiments qui te jetèrent sur les Allemands avec te plus brillant courage et l'esprit de sacrifice le plus absolu.

Le lendemain 7 août, les régiments se rallièrent à Saverne, car les Prussiens, trompés sur notre ligne de retraite, n'avaient poursuivi que mollement. Le 8e, en bataille sur la place, vers 9 heures, prit la route de Phalsbourg que suivait déjà l'artillerie, et vint bivouaquer aux Quatre vents dans une petite prairie à gauche de la route.
A 7 heures du soir il était sur les glacis de Phalsbourg, et la division réunie gagnait Sarrebourg par une longue et pénible marche de nuit. Elle quittait Sarrebourg le 8, vers 11 heures, avec un temps affreux, et venait coucher à Blamont au milieu de terrains à moitié inondés. Le 9, elle bivouaquait dans le bosquet de Lunéville, toujours sous une pluie torrentielle, et se dirigeait sur Nancy. Mais la marche de l'ennemi l'obligea à se jeter plus au sud. Le 10, elle était à Bayon; les 11 et 12, Colombey-les-Belles; le 13, à Neufchâteau, où elle trouvait le 10* dragons ; le 14, à Poissons; le 15, à Saint-Dizier; le 16, à Vassy; les 17 et 18, à Saint-Remy en Bouzemont et près de Vitry ; les 10, 20, 21, au camp de Châlons.

 

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